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Accès des ménages au crédit en France

 

III. EN FRANCE, LE DÉVELOPPEMENT DU CRÉDIT AUX MÉNAGES AURAIT EU UN IMPACT FAVORABLE MAIS LIMITÉ SUR LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE

L'essor du crédit aux particuliers a exercé un effet favorable sur la demande des ménages français et, ainsi, sur le rythme de la croissance économique. Mais, les Français ont sans doute moins profité que d'autres de la détente des conditions monétaires.

A. PREMIER CONSTAT EMPIRIQUE, LE CRÉDIT À LA CONSOMMATION EXERCE EN FRANCE UNE CONTRIBUTION MODESTE À LA DEMANDE

 Sur longue période, la baisse des taux du crédit à la consommation a entraîné une augmentation du taux de financement externe des biens durables.

LOYER DE L'ARGENT ET FINANCEMENT DES BIENS DURABLES

Sources : INSEE, Banque de France, BNP Paribas

On relève, entre 1995 et 2002, une croissance des encours de crédit à la consommation plus rapide que le PIB puisqu'ils sont passés de 5,4 à 6,9 % du PIB.

 Toutefois, la dynamique des crédits à la consommation semble n'avoir qu'une influence limitée sur la croissance.

Tout d'abord, l'endettement des ménages au titre des crédits de trésorerie reste peu développé, et n'est qu'une composante secondaire de leur endettement total.

ENDETTEMENT DES MÉNAGES PAR OBJET

Sources : INSEE, Banque de France

Par ailleurs, il faut mettre en évidence les effets de la spécialisation du crédit à la consommation. Celui-ci concerne surtout des acquisitions de biens durables, dont la part dans la consommation totale tend à se réduire et qui sont particulièrement élastiques à la conjoncture.

 Au total, les crédits à la consommation apparaissent étroitement corrélés avec les évolutions conjoncturelles, ce qui tend à leur conférer un caractère procyclique.

CRÉDIT À LA CONSOMMATION ET CROISSANCE

Sources : Banque de France, INSEE

Ainsi, la relation entre crédits à la consommation et croissance semble jouer indépendamment des variations des taux débiteurs, ce qui laisse à penser que les effets propres du crédit à la consommation en termes de croissance sont limités.

Tout se passe comme si la dynamique de la consommation commandait celle des crédits de trésorerie et non l'inverse.

B. LE CRÉDIT AU LOGEMENT A NOURRI LA DEMANDE DES MÉNAGES EN ALIMENTANT LA CROISSANCE, MAIS SURTOUT DE FAÇON INDIRECTE

La demande de logements a été très forte ces dernières années. Elle s'est traduite davantage par une hausse des prix que par une augmentation du volume de la production de logements. Ainsi, la contribution directe à la croissance de la demande de logements, quoique positive, est restée limitée.

C'est la dynamique du crédit à l'habitat aux particuliers qui a alimenté la demande. Elle a permis aux ménages, pris globalement, de supporter les augmentations de prix des biens immobiliers. L'instauration de conditions de crédit plus favorables est donc la condition critique de l'équilibre d'un marché immobilier qui connaît une pénurie d'offres.

Ce constat revêt une importance d'autant plus grande que, si l'immobilier n'a exercé qu'une faible influence directe sur la croissance, son impact indirect, lié aux effets de richesse semble avoir été important.

1. Une demande de logements dynamique sur un marché en mal d'équilibre avec une contribution directe à la croissance modeste

La demande de logements a été très soutenue ces dernières années. Elle s'est principalement répercutée sur les prix ce qui réduit a priori la solvabilité des acquéreurs et manifeste un équilibre peu satisfaisant du marché.

a) Une hausse des prix qui obère la solvabilité de la demande

 Excepté 2003, la dépense de logement des ménages a connu une forte progression ces dernières années.

CROISSANCE NOMINALE DE LA « DÉPENSE LOGEMENT » DES MÉNAGES (en %)

1999

2000

2001

2002

2003

2004

16,6

4,8

8,4

11,5

- 0,3

10,3

Source : Observatoire du marché de l'épargne et du crédit (OMEC), Mars 2005

 Cette évolution s'est répercutée sur les prix du logement dont la hausse a été importante.

Même s'il faut nuancer les données19(*), on constate que pour les seuls logements anciens, l'augmentation de 15,6 % en 2004 (après 14,6 % en 2003) conduit à une hausse de 88 % sur six ans (1998-2004).

 Une telle variation traduit un déséquilibre entre offre et demande, que la hausse des prix devrait réguler, soit que l'offre s'accroisse soit que la demande se tasse (ou les deux en même temps), avec des effets économiques différenciés selon le scénario envisagé.

 Elle entraîne de fait une dégradation de la solvabilité des ménages, appréciée sur la seule base de leur revenu disponible brut, et, donc, à l'exclusion de leur recours au crédit.

POUVOIR D'ACHAT D'UNE ANNÉE DE RDB PAR MÉNAGE

m² de logement

Source : BIPE

Guide de lecture : en 1997, une année de revenu moyen des ménages permettait d'acquérir 31,4 m² ; en 2005, seulement 18,6 m².

Un logement de 100 m² coûtait donc 3,2 années de revenu disponible brut en 1997, le ratio atteint environ 5,4 années en 2005.

* 19 L'évolution du prix de l'immobilier en glissement peut être plus ou moins « spectaculaire » selon les dates choisies. L'immobilier étant soumis à des variations cycliques, l'observation de ses prix doit être attentive, à ne pas comparer des valeurs observées aux points extrêmes (le plus haut et le plus bas) de son cycle.