Allez au contenu, Allez à la navigation



Se donner les moyens de l'excellence : la recherche polaire française à la veille de l'année polaire internationale

 

2. Conforter notre présence dans les régions australes

A la grande différence de l'Arctique, la France bénéficie de positions enviées en Antarctique et dans l'océan austral.

En effet, pour des raisons là aussi historiques, la France dispose de plusieurs îles ou archipels : Kerguelen, Crozet, et Saint-Paul et Amsterdam.

Elle revendique aussi une portion du continent antarctique : la terre Adélie.

Très peu de pays disposent de telles possessions. Seuls sont comparables à certains égards les îles et bases britanniques, australiennes, néo-zélandaises et sud-africaines.

La France y déploie depuis une cinquantaine d'années des bases scientifiques sur chacune d'elles, menant une activité d'observatoire qui est mondialement reconnue aussi bien dans les sciences de la vie que dans les sciences de l'univers.

(Source : IPEV)

Les bases subantarctiques françaises et le Marion Dufresne :

- Kerguelen - La base de Port-aux-Français - 49°S-70°E

Kerguelen est le plus grand archipel subantarctique français avec 7 215 km², une superficie comparable à la Corse. La principale île est La Grande Terre, où culmine le mont Ross à 1 850 m. Le climat y est très pluvieux avec des vents violents. La première installation permanente date de 1949 autour de la station météorologique. Aujourd'hui, l'ensemble des installations représente une superficie de 9 000 m² permettant l'hébergement de plus de cent personnes en été et 60 personnes en hiver. Le CNES y est présent depuis 1994 avec une station de suivi des satellites.

- Crozet - La base Alfred-Faure - 46°S-51°E

L'archipel de Crozet est constitué de deux groupes d'îles distants de 100 km environ. L'île principale est celle de la Possession, d'une superficie de 140 km². La base Alfred-Faure y est installée depuis 1964. Elle accueille 15 personnes durant l'hivernage et une trentaine l'été. Les précipitations y sont très importantes (2,5 m/an).

- Amsterdam - Saint-Paul - La base Martin-de-Viviès - 37°S-77°E

L'île d'Amsterdam est d'une superficie de 58 km². La base Martin-de-Viviès y est installée depuis 1950. Une quinzaine de personnes peuvent y hiverner.

- Le Marion Dufresne II :

Le Marion Dufresne est le navire qui permet, quatre fois pas an, la desserte des districts austraux. Il assure le reste de l'année des missions scientifiques. D'une longueur de 120 m et d'une largeur de 20 m, il déplace 10 380 t. Il a été construit en 1995.

Il est la propriété des TAAF et est armé par la CMA-CGM.

Ce navire est à la fois :

. Un paquebot - 110 passagers - scientifiques et touristes,

. Un cargo avec 4 600 m3 d'emport (2 500 t) et 5 grues, dont 2 de 25 t,

. Un pétrolier pour le ravitaillement des bases,

. Un porte-hélicoptères,

. Un navire de recherche doté de 650 m² de laboratoires et d'un carottier latéral capable d'extraire les carottes sédimentaires les plus longues du monde (65 m) et d'un sondeur multifaisceaux.

Adapté pour la navigation dans l'océan austral, il n'est pas équipé pour naviguer dans les glaces. Il ne peut donc pas accéder à l'Antarctique sauf circonstances exceptionnelles. Sa zone d'action logistique est strictement limitée aux îles.

En matière scientifique, il est équipé de moyens automatiques de recueil de données sur ses parcours répétitifs annuels et effectue quelques campagnes dans les régions australes. Mais cette activité scientifique australe est très marginale dans l'activité océanographique.

Notre pays est aussi l'un des trois seuls, en coopération avec l'Italie, à disposer d'une base permanente à l'intérieur du continent antarctique. Seuls les Etats-Unis, à Pôle Sud, et la Russie, à Vostock, disposent de tels moyens. Toutes les autres stations de l'intérieur sont des camps d'été ne fonctionnant que quelques mois par an.

Les bases françaises en Antarctique :

La terre Adélie forme un secteur angulaire de 432 000 km² compris entre les 136e et 142e méridiens de longitude Est. Il a pour sommet le pôle Sud géographique et pour base la portion de côte de 350 km de long comprise entre les deux méridiens.

- La base Dumont d'Urville en terre Adélie - 66°S-140°E

La base Dumont d'Urville est située sur l'île des Pétrels dans l'archipel de Pointe Géologie, à 5 km du continent antarctique. Les Français y sont installés de manière permanente depuis 1956. Elle a été construite à l'occasion de l'année géophysique internationale dans le territoire revendiqué par la France et à proximité du pôle magnétique Sud, qui se trouve aujourd'hui en mer, au large.

Les conditions de vie n'y sont pas très confortables en raison de l'ancienneté des bâtiments et des vents catabatiques violents.

Les bâtiments représentent une superficie totale de 5 000 m². Une trentaine de personnes peuvent y hiverner. De novembre à mars, pendant l'été austral, ce sont cent personnes environ qui peuvent y opérer.

Une base annexe a été construite à Cap André Prud'homme, sur le continent. Elle est le point de départ des trois raids qui chaque année permettent d'apporter le fret jusqu'à Concordia (350 t par an au minimum). C'est le raid qui a permis le transport des 3 800 t nécessaires à la construction de Concordia.

- La base Concordia - Dôme C - 76°S-123°E

La base Concordia est le fruit d'une activité de recherche glaciologique qui avait débuté sous l'impulsion de Claude Lorius en 1974. Le projet de construction d'une base permanente s'est concrétisé par un accord franco-italien entre l'IPEV et le PNRA (Programme national de recherche en Antarctique) en date du 9 mars 1993.

Elle est la 3e base permanente à l'intérieur du continent. Elle est située à plus de 1 000 km de la côte et à 3 233 m d'altitude. La base antarctique la plus proche est la base de Vostok, à 560 km.

Elle est composée principalement de deux bâtiments cylindriques de trois étages posés sur la glace. La superficie totale est de 1 500 m². Elle peut abriter environ 15 personnes, dont 9 scientifiques, pour un hivernage de 9 mois, et 30 personnes l'été.

Les conditions climatiques y sont extrêmes : - 51°C en moyenne (record de - 84 °C) mais avec très peu de vent et de précipitations (- 10cm).

En dehors de la liaison par raid, Concordia est atteignable via les petits avions Twin Otter permettant l'emport d'une tonne de charge. Ce moyen sert essentiellement pour le transport des personnes. Environ 40 vols ont lieu chaque année.

C'est dire si notre pays bénéficie d'une position privilégiée et bien affirmée.

Cette présence dans ces terres éloignées est nécessairement très coûteuse, qu'il s'agisse d'assurer leur accessibilité, l'entretien des matériels et des bâtiments et leur mise en valeur par le développement d'activités de recherche. Elle est donc soumise au risque permanent de désintéressement et de désengagement de la métropole, où il peut être difficile de prendre pleinement conscience de l'isolement et de la dureté du climat.

L'île Crozet est distante de la Réunion de 2 850 km et les îles Amsterdam et St-Paul de 2 880 km. Les Kerguelen sont encore plus éloignées puisqu'il est nécessaire de franchir 1 420 km à partir de Crozet et 1 480 km à partir de St-Paul... La base Dumont d'Urville est, elle, située à 2 700 km de son port le plus proche : Hobart en Tasmanie. Concordia est, elle, distante de 1 100 km de la côte à partir des bases DDU ou Casey (Australie) ou Mario Zuchelli (Italie, 1 200 km).

Il faut aussi prendre en compte le climat qui rend, dans la majeure partie de l'année, extrêmement difficile ou impossible tout contact physique en raison du froid, du vent et de la force de la mer. Enfin, aucune de ces bases ne dispose de pistes pouvant permettre de recevoir des avions gros porteurs et longs courriers.

Il n'est donc guère envisageable de coopérer avec un autre partenaire pour la desserte logistique des îles. En Antarctique la situation est un peu différente compte tenu de la coopération avec l'Italie, mais nécessairement complexe en raison de l'isolement géographique de nos bases.

A ce coût difficilement compressible s'ajoutent les frais d'entretien des bases elles-mêmes qui sont très éprouvées par le climat. En Antarctique, où les équipes d'hivernage sont laissées sans aucun secours possible pendant plusieurs mois, la sécurité ne peut être négligée.

Enfin, au-delà de ces données intangibles dans cette partie du monde, il faut ajouter que, comme pour l'Arctique, l'intérêt international pour l'Antarctique va croissant. De plus en plus de pays souhaitent y être présents de manière temporaire ou permanente.

La Chine a ainsi la volonté d'installer dans l'avenir une base continentale permanente sur le sommet de la calotte de glace antarctique, point le plus inaccessible et le plus élevé, le Dôme Argus, à 4 083 m d'altitude.

L'isolement des bases françaises fait que notre pays y est peu confronté dans sa zone mais cette évolution est très sensible dans la Péninsule et même dans la partie proche de l'Afrique du Sud. Dans la zone subantarctique, il est évident que plusieurs pays seraient immédiatement intéressés par nos bases si nous ne devions plus les utiliser.

Plus globalement, la France doit être attentive, en s'appuyant sur ses positions acquises, à rester dans le peloton de tête des nations antarctiques, alors qu'un plus grand nombre y est actif.

Votre rapporteur préconise donc de conforter la présence française dans l'océan austral et en Antarctique, et de poursuivre le développement concomitant de nos activités en Arctique en coopération avec nos partenaires, procédant ainsi à un certain rééquilibrage.