SÉANCE DU 2 OCTOBRE 1997
M. le président.
Sur l'article 2, je suis saisi de deux amendements qui peuvent faire l'objet
d'une discussion commune.
Par amendement n° 2, M. Lambert, au nom de la commission, propose de supprimer
cet article.
Par amendement n° 7, Mme Beaudeau, M. Loridant et les membres du groupe
communiste républicain et citoyen proposent, à la fin du premier alinéa du
texte présenté par l'article 2 pour le a
quater à insérer au I de
l'article 219 du code général des impôts, de supprimer les mots : « à
l'exception des parts ou actions visées aux premier et troisième alinéas du a
ter ».
La parole est à M. le rapporteur, pour présenter l'amendement n° 2.
M. Alain Lambert,
rapporteur. J'ai déjà décrit tous les inconvénients que présentent ces
dispositions. Ils justifient largement la suppression de l'article 2.
M. le président.
La parole est à Mme Beaudeau, pour défendre l'amendement n° 7.
Mme Marie-Claude Beaudeau.
Cet amendement porte sur le champ d'application de l'article 2, qui tend à
modifier le régime de taxation des plus-values de cession d'actifs.
Nous avons indiqué dans la discussion générale que cet article répondait à
l'un de nos souhaits les plus anciens, à savoir la suppression d'un régime
séparé d'imposition des plus-values, régime qui constitue une prime fiscales
accordée à des opérations aux conséquences souvent néfaste sur l'emploi, quand
elles ne menacent pas l'existence même des entreprises.
Dans le contexte économique actuel, il nous paraît indispensable de mettre un
terme à cette situation. C'est pourquoi nous proposons, par cet amendement,
d'étendre le champ d'application de l'article 2 aux cessions de titres de
participation.
De notre point de vue, l'exclusion des ces opérations limite considérablement
la portée de la mesure qui nous est proposée. En effet, le maintien du régime
séparé pour de telles opérations serait en fait interprété comme une sorte de
prime à la spéculation, les plus-values résultant bien souvent de la
valorisation enregistrée sur les marchés financiers.
M. Christian Poncelet,
président de la commission. Je demande la parole.
M. le président.
La parole est à M. le président de la commission.
M. Christian Poncelet,
président de la commission. Je tiens à féliciter Mme Beaudeau de son
excellente intervention, qui justifie pleinement que nous supprimions l'article
2. En effet, l'extension qu'elle propose serait particulièrement pénalisante
pour les entreprises françaises !
(Sourires.)
M. le président.
Quel est l'avis de la commission sur l'amendement n° 7 ?
M. Alain Lambert,
rapporteur. Au-delà de ce que vient de faire valoir M. le président
Poncelet, l'amendement défendu par Mme Beaudeau remédie à deux inconvénients
que nous avions recensés : la difficulté de lisibilité et la complexité.
(Nouveaux sourires.)
Mme Marie-Claude Beaudeau.
Effectivement, c'est clair !
M. Alain Lambert,
rapporteur. C'est si clair, ma chère collègue, que cela va peut-être un
peu trop loin pour la commission des finances. Cell-ci n'est donc pas favorable
à cet amendement, mais elle écoutera avec la plus grande attention l'avis que
va émettre le Gouvernement à son sujet.
M. le président.
Quel est l'avis du Gouvernement sur les amendements n°s 2 et 7 ?
M. Christian Sautter,
secrétaire d'Etat. Le Gouvernement rejette évidemment l'amendement n° 2.
Mais je voudrais apporter quelques précisions en réponse aux propos de MM.
Lambert et Marini.
En ce qui concerne la rétroactivité, je me réjouis que le président Poncelet
mobilise des juristes aussi éminents que le professeur Luchaire pour réfléchir
sur cette question.
Si l'on s'en tient à une conception très extensive de la rétroactivité, selon
laquelle il n'est pas possible de modifier en fin d'année des dispositions
fiscales qui portent sur les revenus de l'année en cours, cela signifie qu'on
ne saurait modifier ni l'impôt sur le revenu pour l'année en cours ni l'impôt
sur le bénéfice des sociétés.
Par conséquent, pour ma part, j'en reste à la règle juridique selon laquelle
le fait générateur est la clôture de l'exercice, quel que soit, par ailleurs,
l'intérêt des observations présentées par le professeur Luchaire au sein du
groupe animé par le président Poncelet.
M. Marini, quant à lui, s'est plaint de ce que le traitement des plus-values
soit différent selon que les entreprises sont imposées à l'impôt sur le revenu
ou à l'impôt sur le bénéfice des sociétés. J'avoue ne pas bien comprendre la
logique de son argumentation puisque le revenu proprement dit de ces
entreprises fait déjà l'objet d'un traitement différent.
S'agissant de l'amendement n° 7, trois arguments expliquent une certaine
réserve de la part du Gouvernement.
Tout d'abord, l'amendement vise des opérations sur des titres de participation
et non pas des activités spéculatives, qui voient des entreprises acheter et
vendre des titres à court terme. Il s'agit donc d'une des modalités de
l'activité industrielle, qui s'exerce souvent dans des groupes intégrés, avec
des sociétés mères, des filiales, des donneurs d'ordre, des sous-traitants.
Autrement dit, ces plus-values sur les titres de participation ressortissent
au moins autant à l'activité industrielle qu'à l'activité financière. En fait,
elles proviennent de la capitalisation de bénéfices issus de l'activité
productive des filiales et qui ont déjà été imposés.
Par ailleurs, même si l'on peut ne pas partager ce point de vue, nous nous
trouvons au coeur de la compétition européenne, dans une guerre économique
mondiale. Dès lors, il ne faudrait pas que les groupes de sociétés se
délocalisent en raison du régime fiscal des titres de participation, ce qui ne
pourrait que desservir l'intérêt national.
M. Christian Poncelet,
président de la commission. Absolument !
M. Christian Sautter,
secrétaire d'Etat. Enfin, en supprimant l'exception relative aux titres
de participation, les auteurs de l'amendement retirent également l'exception
relative aux actions de sociétés de capital-risque ou de fonds communs de
placements à risque. Or je crois qu'il est utile de réserver un sort
particulier à ces activités elles-mêmes particulières.
M. le président.
Je vais mettre aux voix l'amendement n° 2.
M. René Régnault.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Régnault.
M. René Régnault.
Monsieur le rapporteur, je comprends de moins en moins votre argumentation.
Tout à l'heure, vous nous avez proposé la suppression de l'article 1er au
motif que ces dispositions nous éloigneraient de la situation qui prévaut chez
nos partenaires européens. Or vous nous proposez maintenant de rejeter une
mesure qui tend à aligner notre législation sur celles que connaissent ces
mêmes partenaires.
M. Alain Lambert,
rapporteur. Vous ne m'avez pas bien écouté !
M. Emmanuel Hamel.
Pas d'alignement ! Restons libres !
M. René Régnault.
Quant au reste de votre argumentation, elle est également loin de me
convaincre. Cette mesure, dites-vous, accroîtrait la complexité de notre
législation fiscale. Pour ma part, je considère au contraire qu'elle tend à la
simplifier puisqu'il s'agit de supprimer un taux réduit au bénéfice de
l'application du taux normal.
Dans ces conditions, nous ne pourrons que voter contre l'amendement n° 2.
M. le président.
Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° 2, repoussé par le Gouvernement.
Je suis saisi d'une demande de scrutin public émanant de la commission des
finances.
Il va être procédé au scrutin dans les conditions réglementaires.
(Le scrutin a lieu.)
M. le président.
Personne ne demande plus à voter ?...
Le scrutin est clos.
(Il est procédé au comptage des votes.)
M. le président.Voici le résultat du dépouillement du scrutin n°
4:
| Nombre de votants | 317 |
| Nombre de suffrages exprimés
| 314 |
| Majorité absolue des suffrages | 158 |
| Pour l'adoption
| 217 |
| Contre | 97 |
En conséquence, l'article 2 est supprimé et l'amendement n° 7 n'a plus
d'objet.
Article 3