Séance du 19 octobre 1999
M. le président.
« Art. 2. _ L'article L.O. 141 du code électoral est remplacé par deux
articles L.O. 141 et L.O. 141-1 ainsi rédigés :
«
Art. L.O. 141. _ Le mandat de député est incompatible avec l'exercice
d'une des fonctions électives suivantes : président d'un conseil régional,
président du conseil exécutif de Corse, président d'un conseil général, maire,
président d'un établissement public de coopération intercommunale doté d'une
fiscalité propre.
« Pour l'application du présent article, la loi détermine le montant maximal
des indemnités versées aux titulaires des fonctions électives visées à l'alinéa
précédent.
«
Art. L.O. 141-1. _ Le mandat de député est incompatible avec
l'exercice de plus d'un des mandats électoraux énumérés ci-après : conseiller
régional, conseiller à l'Assemblée de Corse, conseiller général, conseiller de
Paris, conseiller municipal. »
Je suis saisi de sept amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion
commune.
Par amendement n° 4 rectifié, M. Larché, au nom de la commission, propose de
rédiger comme suit cet article :
« L'article L.O. 141 du code électoral est ainsi rédigé :
«
Art. L.O. 141. - Le mandat de député est incompatible avec l'exercice
de plus d'un des mandats énumérés ci-après : conseiller régional, conseiller à
l'assemblée de Corse, conseiller général, conseiller de Paris, conseiller
municipal. »
Cet amendement est assorti de deux sous-amendements identiques.
Le sous-amendement n° 28 est présenté par MM. Jolibois et de Richemont.
Le sous-amendement n° 30 rectifié est déposé par MM. Cornu et Vasselle.
Tous deux tendent à compléter
in fine le texte proposé par l'amendement
n° 4 rectifié par les mots : « d'une commune de plus de 3 500 habitants ».
Les trois sous-amendements suivants sont déposés par MM. Vasselle, Cornu,
Althapé, Doublet, Husson, Jourdain, Martin et de Richemont.
Le sous-amendement n° 37 vise à compléter
in fine le texte de
l'amendement n° 4 rectifié par les mots : « d'une commune de plus de 2 000
habitants ».
Le sous-amendement n° 38 a pour objet de compléter
in fine le texte de
l'amendement n° 4 rectifié par les mots suivants : « d'une commune de plus de 1
000 habitants ».
Le sous-amendement n° 39 tend à compléter
in fine le texte de
l'amendement n° 4 rectifié par les mots : « d'une commune de plus de 500
habitants ».
Par amendement n° 36 rectifié, MM. Carle, About et Humbert proposent de
rédiger comme suit l'article 2 :
« L'article L.O. 141 du code électoral est ainsi rédigé :
«
Art. L.O. 141. - Le mandat de député est incompatible avec l'exercice
de plus d'un des mandats ou fonction énumérés ci-après : conseiller régional,
conseiller à l'assemblée de Corse, conseiller général, conseiller de Paris,
conseiller municipal, président d'un établissement public de coopération
intercommunale doté de la fiscalité propre. »
Par amendement n° 34, MM. Vallet, de Montesquiou, André Boyer, Mouly et
Pelletier proposent, dans le premier alinéa du texte présenté par l'article 2
pour l'article L.O. 141 du code électoral, après les mots : « conseil général,
», de supprimer le mot : « maire ».
Par amendement n° 31, M. Delfau propose, dans le premier alinéa du texte
proposé par l'article 2 pour l'article L.O. 141 du code électoral, après le mot
: « maire », d'insérer les mots : « d'une commune de 20 000 habitants ou plus
».
Par amendement n° 29 rectifié, MM. Cornu et Vasselle proposent, dans le
premier alinéa du texte présenté par l'article 2 pour l'article L.O. 141 du
code électoral, après le mot : « maire », d'insérer les mots : « d'une commune
de plus de 3 500 habitants ».
Par amendement n° 35, MM. Vallet, de Montesquiou, André Boyer, Mouly et
Pelletier proposent, à la fin du premier alinéa du texte présenté par l'article
2 pour l'article L.O. 141 du code électoral, après les mots : « coopération
intercommunale », de supprimer les mots : « doté d'une fiscalité propre ».
Par amendement n° 32, M. Delfau propose, à la fin du premier alinéa du texte
présenté par l'article 2 pour l'article L.O. 141 du code électoral, d'ajouter
la phrase suivante : « Ces dispositions ne s'appliquent pas aux sénateurs. »
La parole est à M. le rapporteur, pour présenter l'amendement n° 4
rectifié.
M. Jacques Larché,
rapporteur. C'est évidemment l'amendement essentiel sur ce texte, puisque
nous posons le principe en vertu duquel le mandat d'un député - principe
extensible, par voie de conséquence habituelle, au sénateur est incompatible
avec l'exercice de plus d'un des mandats suivants : conseiller régional,
conseiller à l'assemblée de Corse, conseiller général, conseiller de Paris,
conseiller municipal.
M. le président.
Le sous-amendement n° 28 est-il soutenu ?...
La parole est à M. Vasselle, pour défendre le sous-amendement n° 30
rectifié.
M. Alain Vasselle.
Je mesure, dès à présent, la difficulté de l'exercice, car il semblerait
qu'une très forte majorité des membres de cette assemblée soit déterminée à
s'opposer à ce sous-amendement.
Je tiens à dire, avant de le défendre, qu'il n'engage, bien entendu, que moi,
et qu'en aucun cas je ne veux que l'on fasse une liaison entre l'initiative que
j'ai prise et la position du groupe politique auquel j'appartiens.
Je tiens à le préciser dès à présent pour éviter que d'aucun ne s'amuse à une
exploitation médiatique qui n'aurait aucune raison d'être.
Cela ayant été dit, pourquoi une loi sur le cumul des mandats ?
M. Henri de Raincourt.
C'est une bonne question !
M. Alain Vasselle.
On a entendu tout et son contraire, mais j'ai cru comprendre - et je serais
heureux d'entendre le Gouvernement s'exprimer sur ce point et peut-être aussi
notre collègue Guy Allouche, qui semble être le porte-parole du groupe
socialiste sur ce sujet - que l'opinion publique considérait qu'il fallait
mettre un terme rapidement au cumul des mandats et au cumul des fonctions.
Pour ma part, je me demande si véritablement l'opinion publique s'interroge
sur le cumul des mandats. Je me demande si elle ne s'interroge pas plutôt sur
le cumul des fonctions.
Il est vrai qu'il y a eu des cumulards, de toutes les sensibilités politiques
d'ailleurs, ce qui a fait hurler un certain nombre d'électeurs et d'électrices.
Certains, en effet, cumulaient un mandat de député européen, de président de
conseil régional, de président de conseil général, de député, de maire d'une
grande ville, et j'en passe.
Pour autant, doit-on considérer que tous les élus français et tous les
parlementaires français sont d'affreux cumulards et qu'ils n'ont jamais exercé,
d'une manière satisfaisante, les fonctions et les mandats pour lesquels ils
avaient été élus par les électrices et les électeurs de ce pays ? Tenir de tels
propos, c'est considérer - c'est tout au moins l'analyse que j'en fais - que
nos électrices et nos électeurs ne sont pas majeurs et qu'ils ne sont pas
capables de choisir entre ceux qui cumulent et ceux qui ne cumulent pas et,
parmi les cumulards, ceux qui cumulent et qui font mal leur travail et ceux qui
cumulent et qui font bien leur travail.
On nous dit qu'il suffit de regarder la télévision pour constater que
l'après-midi ou à des heures avancées de la soirée, ne siègent à l'Assemblée
nationale ou au Sénat que quinze ou vingt parlementaires...
M. Emmanuel Hamel.
Les autres sont en commission !
M. Alain Vasselle.
On pense ainsi que les parlementaires n'exerceraient pas leurs fonctions et
qu'ils seraient pris par leurs autres fonctions électives locales. On en
conclut qu'il faut mettre un terme le plus rapidement possible au cumul des
mandats.
Monsieur Allouche, monsieur le secrétaire d'Etat, êtes-vous certains que,
demain, lorsque vous aurez limité le cumul ou à un mandat, ou à une fonction,
ou à un mandat et à une fonction, aussitôt après, l'ensemble des sénateurs
seront présents à toutes les séances, tous les après-midis et tous les soirs,
que l'opinion publique sera complètement rassurée et pensera qu'avec le vote de
la loi sur le cumul des mandats, les parlementaires sont au travail.
Pour ma part, je suis persuadé qu'après la parution des décrets d'application
la situation n'aura pas changé à l'Assemblée nationale et au Sénat ! Chacun
d'entre nous sait bien en effet que ce n'est pas parce que des parlementaires
ne sont pas en séance publique que, pour autant, ils ne travaillent pas.
On dit aussi que les élus ne peuvent pas assumer leurs responsabilités d'une
manière satisfaisante car ils croulent sous le poids des responsabilités
locales et des responsabilités nationales, et qu'il faut, par conséquent,
limiter leurs mandats afin qu'ils se consacrent pleinement à l'exercice de
leurs responsabilités. Croyez-vous réellement que cet argument tienne la route
? Je ne le pense pas car, quel que soit le cumul de leurs fonctions, les élus
ne les exercent pas seuls. N'oublions pas en effet qu'un maire, président de
conseil général ou président de région, exerce les responsabilités locales
d'une manière collégiale avec une équipe d'adjoints !
On dit encore qu'ils cumulent des indemnités, ce qui est certainement un point
sensible dans l'opinion. Certaines électrices et certains électeurs pensent
même - c'est d'ailleurs ce qu'une émission sur le Sénat laissait sous-entendre
voilà peu de temps - que les députés voyaient limité le cumul de leurs
indemnités alors que ce n'était pas le cas des sénateurs. Je tiens à profiter
de l'occasion pour rappeler qu'en la matière sénateurs et députés sont logés à
la même enseigne. Ce n'est donc pas parce qu'on va perdre un mandat ou un autre
que, pour autant, le montant des indemnités va diminuer d'une manière
sensible.
J'en viens au problème de la lisibilité. Si l'on permet à certains collègues
de cumuler lorsqu'ils sont maires d'une commune de moins de 2 000 habitants, il
n'y aura plus de lisibilité aux yeux de l'opinion publique. Il n'y a pas de
ligne générale plus claire que celle du Sénat. En effet, la règle défendue ici
par la majorité sénatoriale est d'autoriser un mandat national et un mandat
local.
Avec ce sous-amendement n° 30, rectifié, nous proposons que soit appliqué un
seuil pour les maires des communes de moins de 3 500 habitants, parce que nous
considérons qu'il n'appartient pas au législateur de décider en lieu et place
des électrices et des électeurs si tel candidat est ou non un cumulard et s'il
exerce bien ou mal ses fonctions. S'il les exerce mal, s'il cumule d'une
manière éhontée et s'il n'assume pas ses responsabilités, laissons au peuple
souverain le soin de trancher ! Pourquoi faire une loi sur ce sujet alors que,
en-dessous de 3 500 habitants, les électrices et les électeurs peuvent choisir
l'homme ou la femme sans avoir, comme c'est le cas pour une élection à la
proportionnelle, à se reporter à une liste ?
Je comprendrais une telle limitation du cumul des mandats pour toutes les
élections à la proportionnelle, les électeurs n'ayant alors pas le choix. Ils
choisissent en effet des hommes ou des femmes qui ont été préalablement
désignés par un parti politique, alors que, dans le cas d'un scrutin uninominal
à deux tours, les électrices et les électeurs sont en mesure de choisir l'homme
ou la femme par qui ils souhaitent être représentés à l'échelon local ou
national. Laissons donc au peuple souverain le soin de décider, puisque le mode
électoral le permet aujourd'hui.
Tels sont les éléments, en vous priant de m'excuser d'avoir été un peu long,
monsieur le président, qui justifient le dépôt de ce sous-amendement n° 30
rectifié. On ne peut pas comparer les maires de communes de moins de 2 000
habitants et ceux de Paris, Bordeaux ou Marseille.
M. le président.
Mes chers collègues, constatant l'impatience de certains, je rappelle au Sénat
que chaque auteur d'amendement dispose de cinq minutes pour défendre sa
proposition. Toutefois, M. Vasselle sera d'accord avec moi pour considérer
qu'il a présenté en même temps que ce sous-amendement n° 30 rectifié les trois
autres sous-amendements de repli n°s 37, 38 et 39 ?
M. Alain Vasselle.
Tout à fait, monsieur le président.
M. le président.
La parole est à M. Carle, pour défendre l'amendement n° 36 rectifié.
M. Jean-Claude Carle.
L'amendement n° 36 rectifié et les deux autres amendements de conséquence que
j'ai déposés peuvent se résumer en quatre mots : disponibilité, égalité,
efficacité et lisibilité.
S'agissant de la disponibilité, nous sommes dans un monde qui évolue très
vite, et ce dans tous les secteurs. Cela est particulièrement vrai dans le
secteur économique, et les entreprises ont très bien compris la nécessité de
souplesse et de réactivité. Or la réactivité exige de la disponibilité.
Deux secteurs l'ont moins bien compris : il s'agit du tandem indissociable du
politique et de l'administration. Comment s'étonner dans ces conditions que,
très souvent, l'administration tienne le guidon de ce tandem en lieu et place
de l'élu ? Nous pensons que nous sommes des épiphénomènes dans cette société,
et selon moi nous avons tort. Aujourd'hui, nos concitoyens réclament que nous
soyons moins des notables que des femmes et des hommes à leur écoute, et donc
que nous soyons disponibles.
Cette disponibilité, mes chers collègues, a ses limites physiques. Nous ne
pouvons décemment pas exercer de nombreux mandats, sauf à le faire mal, et cela
quelle que soit l'importance, voire la nature du mandat. A mon sens, il n'y a
pas de mandats importants et d'autres qui le seraient moins, pas plus qu'il n'y
a de petits ou de grands élus ; il n'y a que des élus responsables devant leurs
concitoyens. C'est la raison pour laquelle je ne souhaite ni seuil ni
distinction. En revanche, je souhaite que les mandats intercommunaux entrent
dans le calcul du cumul.
Plusieurs sénateurs du RPR.
Très bien !
M. Jean-Claude Carle.
Je vais étayer mon propos avec un exemple illustrant cette nécessité : celui
d'une communauté d'agglomération que je connais un peu, mais que M. le
secrétaire d'Etat connaît bien, celle de Lyon.
Si nous excluons les établissements publics de coopération intercommunale, le
maire de Lyon pourrait être, comme c'est le cas aujourd'hui, président de la
communauté urbaine de Lyon, la Courly, c'est-à-dire gérer un budget - celui de
la ville de Lyon - équivalent à celui du département du Rhône, soit à peu près
5 milliards de francs. Il pourrait, dans le même temps, exécuter le budget de
la Courly, qui peut être comparé à celui de la région Rhône-Alpes.
Véritablement, il y a là une incohérence car, dans le premier cas, une personne
gère deux entités importantes et, dans le second cas, celui du conseil général
et du conseil régional, il y a deux exécutifs et donc deux présidents
distincts.
Un argument vise à dire que les EPCI sont la continuité normale des communes.
C'est vrai ; mais où s'arrête la continuité ? Le département est la continuité
normale des communes. Mes chers collègues, même la Haute Assemblée en est la
continuité puisque nous sommes le Grand conseil des communes de France. Il est
donc nécessaire de mettre tous les élus au même niveau ; c'est une question
d'équité.
En revanche, monsieur le secrétaire d'Etat, il sera urgent de se pencher sur
le statut de l'élu local pour permettre à toutes les couches sociales d'accéder
à la vie publique, et pas seulement à celles et à ceux qui ont plus de facilité
de par leur statut professionnel. Cet égal accès est aussi important que la
parité, car il conditionne le bon fonctionnement de notre démocratie. Voilà
pour l'égalité.
S'agissant de l'efficacité, monsieur le secrétaire d'Etat, ce projet est trop
restrictif. Il me semble en effet souhaitable qu'un élu national ou européen
ait les deux pieds dans la glaise, qu'il puisse agir localement et, de ce fait,
être un acteur, un décideur à part entière. Il est même indispensable qu'il
assume une fonction exécutive locale. On ne décide bien que lorsqu'on connaît
bien et on ne légifère bien que lorsqu'on décide bien localement. Voilà
pourquoi la possibilité d'une fonction exécutive me semble souhaitable, et ce
d'autant plus que la loi limite aujourd'hui le cumul des indemnités et évite
donc toute suspicion.
Cet amendement a enfin le mérite de la clarté et de la lisibilité. Or une
mesure, pour être efficace, doit être lisible. C'est le cas, et c'est la raison
pour laquelle je souhaite qu'il soit adopté.
(Applaudissements sur les
travées des Républicains et Indépendants, et du RPR.)
M. le président.
La parole est à M. Vallet, pour défendre l'amendement n° 34.
M. André Vallet.
Cet amendement émane d'un certain nombre de membres du groupe du RDSE de
sensibilité différente, certains appartenant à la majorité sénatoriale,
d'autres à son opposition.
Effectivement, l'opinion publique est hostile au cumul excessif de mandats.
Mais nous pensons qu'elle se contredit parfois lorsque, par son vote, elle
permet à un parlementaire d'accéder aux fonctions de maire ou à d'autres
fonctions.
Nous considérons que la fonction de maire revêt une importance plus grande que
le mandat parlementaire et qu'il doit y avoir un lien local entre le
parlementaire et la circonscription - le département - qu'il représente. C'est
pourquoi nous souhaitons que le Sénat adopte cet amendement n° 34, qui vise à
interdire le cumul avec toute autre fonction que celle de maire. Cette
disposition permettrait d'adopter une position claire vis-à-vis de l'opinion
publique.
S'agissant de la question du seuil, il est difficile de placer le curseur à 5
000, 10 000, 50 000 ou 100 000 habitants. J'entendais tout à l'heure mon
collègue dire que les responsabilités à assumer sont différentes selon les
mairies. Je pense au contraire que le maire d'une commune de 10 000 habitants
et celui d'une commune de 100 000 habitants sont confrontés à un volume
équivalent de travail, seulement l'un effectue ce travail en totalité alors que
l'autre dispose, pour ce faire, d'un plus grand nombre de services. Voilà
pourquoi cet amendement nous paraît marqué au coin du bon sens.
M. le président.
La parole est à M. Delfau, pour défendre l'amendement n° 31.
M. Gérard Delfau.
Je serai bref pour présenter cet amendement puisque, à l'occasion de la
discussion générale, j'ai expliqué les raisons qui me conduisent à le présenter
à la Haute Assemblée.
Nous avons, me semble-t-il, dans ce débat, une obligation : celle de faire un
pas de plus dans la limitation du cumul des mandats. En effet, après la loi de
1985, il apparaît que doit être aujourd'hui affirmée l'incompatibilité entre un
mandat parlementaire et des fonctions exécutives telles que celles de président
de conseil général, de président de conseil régional, voire de président d'une
communauté urbaine ou d'une communauté d'agglomération. En tout cas, je
voudrais dire à mes collègues de la majorité sénatoriale que le
statu
quo me paraît impossible et qu'il risque même d'être dommageable à l'image
du Sénat.
Mais, dans le même temps, nous devons à tout prix préserver l'ancrage
territorial, local, du parlementaire. Or quelle fonction mieux que celle de
maire permet d'être au plus près de la population, de prendre chaque semaine
des décisions, même si elles doivent ensuite être ratifiées, par le conseil
municipal, et donc d'avoir, dans le débat au Parlement ensuite, les repères,
les informations et même la sensibilité nécessaires à l'expression la plus
juste dans le vote de la loi ? Je crois donc qu'il faut excepter la fonction de
maire de la règle d'incompatibilité que nous propose le Gouvernement et qui a
été votée à l'Assemblée nationale.
Pourtant, je vois l'objection : maire de Paris, de Lyon ou de Marseille, pour
reprendre la trilogie souvent citée, c'est l'équivalent, évidemment, d'un gros
exécutif territorial tel qu'un conseil général ou un conseil régional. C'est
pourquoi j'ai proposé que l'on établisse un seuil.
Tout seuil est arbitraire. J'ai choisi celui de 20 000 habitants pour deux
raisons. D'abord, ce seuil a été consacré par la loi de 1985. Nous restons donc
dans le prolongement, l'approfondissement de cette loi. Ensuite, il me
paraîtrait dommageable qu'il y ait effectivement deux types de municipalité :
celles du monde rural et celles du monde urbain, ou en tout cas que notre vote
puisse être interprété dans ce sens.
J'ajouterai un argument que j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer à l'occasion de
la discussion générale : si nous créons une coupure entre la fonction de maire
et celle de parlementaire, nous rendrons un peu plus difficile la « promotion
interne », en quelque sorte, des salariés, des agriculteurs, des chefs
d'entreprise et des professions libérales à un mandat national. C'est en fait
un pas de plus vers la professionnalisation du métier politique.
C'est en fait un pas de plus vers la prépondérance des parlementaires issus de
grandes écoles, même si, bien évidemment, nous avons besoin de leur
concours.
Voilà la solution de sagesse que je propose. Elle est à mi-chemin mais, mes
chers collègues, chacun de nous sait bien qu'on ne légifère pas dans l'absolu
et pour l'éternité. La solution que je préconise permet de faire un pas en
avant en évitant les risques que présente le texte qui nous vient de
l'Assemblée nationale sans en rester à cette sorte de
statu quo que
propose la commission des lois.
M. le président.
Monsieur Vasselle, l'amendement n° 29 rectifié étant identique au
sous-amendement n° 30 rectifié, je considère que vous l'avez déjà défendu.
M. Alain Vasselle.
Oui, monsieur le président.
M. le président.
La parole est à M. Vallet, pour présenter l'amendement n° 35.
M. André Vallet.
L'amendement n° 35 s'inscrit dans le prolongement de la proposition que mes
collègues du groupe du RDSE et moi-même avons faite tout à l'heure : nous
n'accepterions le cumul qu'avec le mandat de maire, à l'exclusion de tout
autre, y compris celui de président d'un établissement public de coopération
intercommunale.
M. le président.
La parole est à M. Delfau, pour défendre l'amendement n° 32.
M. Gérard Delfau.
Cet amendement a plus une valeur pédagogique qu'une valeur législative à
proprement parler. Il tend en effet, au cas où l'amendement n° 31 relatif à la
compatibilité entre la fonction de parlementaire et celle de maire d'une
commune de moins de 20 000 habitants ne serait pas adopté, à disjoindre la
législation applicable au député de celle qui concernerait les sénateurs.
(M. le secrétaire d'Etat sourit.) Monsieur le secrétaire d'Etat, c'est
un sujet sérieux et, dans le respect de la Constitution, nous pouvons l'aborder
sérieusement.
Il n'est absolument pas question pour nous - j'ai cru comprendre de vos
mimiques que c'est ce que vous pensiez - de défendre un privilège du Sénat.
Je vous rappellerai que, dans ce domaine du cumul des mandats, je n'ai
personnellement de leçon à recevoir de quiconque.
En fait, cet amendement a pour objet de faire apparaître dans le débat l'idée
que le Sénat étant le porte-parole, le garant des collectivités locales, il
pourrait se voir appliquer des dispositions différentes de celles qui sont
applicables aux députés, s'agissant de l'exercice d'un mandat local, en
l'occurrence de celui de maire.
En faisant cette proposition, j'ai bien conscience de faire prendre au Sénat
le risque de se voir appliquer une législation différente de celle de
l'Assemblée nationale et, de la sorte, de se voir rejeter dans une sorte
d'exception, qui lui rendrait, par la suite, la tâche plus difficile et qui,
peut-être, affaiblirait sa légitimité.
C'est pourquoi, si le débat va jusqu'au vote de cet amendement, je le
retirerai le moment venu. J'ai souhaité évoquer cette question parce que, si
nous voulons, dans les années qui viennent, réfléchir à la rénovation des
institutions de la Ve République, nous ne pourrons pas faire l'économie d'une
réactualisation du rôle du Sénat et d'une réflexion, à partir de la
Constitution, sur son identité, sur sa spécificité, au sein du Parlement.
M. le président.
J'informe le Sénat que M. Carle a transformé son amendement n° 36 rectifié en
sous-amendement à l'amendement n° 4 rectifié.
Il s'agira donc du sous-amendement n° 36 rectifié
bis.
Quel est l'avis de la commission sur les sous-amendements n°s 28, 30 rectifié,
36 rectifié
bis, 37, 38 et 39, ainsi que sur les amendements n°s 34, 31,
29 rectifié, 35 et 32 ?
M. Jacques Larché,
rapporteur. Je dirai tout de suite que le sous-amendement n° 36 rectifié
bis de M. Carle est contraire à la position de la commission, qui émet
donc un avis défavorable.
J'en viens aux sous-amendements n°s 30 rectifié, 37, 38 et 39, ainsi qu'à
l'amendement n° 29 rectifié.
Monsieur Vasselle, je n'ai absolument pas trouvé votre propos trop long, car
ce que vous avez exprimé avec beaucoup de clarté était parfaitement défendable.
Toutefois, la lisibilité du texte étant pour nous une idée forte, nous
considérons qu'aucun seuil ne doit être introduit sous quelque forme que ce
soit. Nous avons posé un principe : la possibilité de cumuler deux mandats,
dont un exécutif quelle que soit l'importance de la commune. Cette objection
vaut également pour les sous-amendements n°s 30 rectifié, 37, 38, 39, ainsi que
pour l'amendement n° 29 rectifié.
S'agissant de l'amendement n° 34, si je comprends bien, ses auteurs voudraient
poser le principe de l'incompatibilité pour les seuls exécutifs départementaux
et régionaux et, en revanche, permettre le cumul avec le mandat de maire.
C'est là une idée séduisante mais qui peut déboucher sur une contradiction. En
effet, entre un département comprenant 100 000 habitants - cela existe - et une
ville de 2 000 000 d'habitants, la situation pourrait être paradoxale. Aux
termes de l'amendement, le maire d'une ville de 500 000, voire de 1 000 000
d'habitants, pourrait exercer parallèlement un mandat parlementaire tandis que
le président du conseil général d'un département modeste de 100 000 ou 200 000
habitants ne le pourrait pas. Ce n'est pas acceptable.
De même, l'amendement n° 31 de M. Delfau, qui fixe lui aussi un seuil, ne me
semble pas devoir être retenu.
En ce qui concerne l'amendement n° 35, s'étant déclarée défavorable au
sous-amendement n° 36 rectifié
bis, présenté par M. Carle, la commission
ne peut qu'émettre un avis défavorable par voie de conséquence.
Enfin, arrêtons-nous quelques instants sur l'amendement n° 32, qui est
amusant.
Si nous étions méchants, nous voterions ce texte et l'Assemblée nationale
serait placée devant une contradiction qui, croyez-le bien, serait très
largement appréciée sur la totalité de ses bancs !
(Sourires.)
Plus sérieusement, je dirai que nous ne pouvons pas le voter pour les
raisons que vous avez vous-même indiquées, monsieur Delfau, et que certains de
vos collègues ont eu, je crois, la gentillesse de vous signaler, à savoir qu'il
n'y a pas lieu de traiter différemment les deux chambres du Parlement. On voit
très bien le chemin sur lequel on s'engagerait ; on nous dirait : « Vous êtes
des cumulards, occupez-vous donc des problèmes des collectivités locales ; le
reste, laissez-le à des gens sérieux ! »
Cet amendement ne peut donc être retenu pour deux raisons : d'une part, pour
ne pas gêner l'Assemblée nationale, d'autre part, pour conserver, si possible,
au Sénat, toute sa plénitude de deuxième chambre du Parlement.
M. le président.
Quel est l'avis du Gouvernement sur les amendements n°s 4 rectifié, 34, 31, 29
rectifié, 35 et 32, ainsi que sur les sous-amendements n°s 28, 30 rectifié, 36
rectifié
bis, 37, 38 et 39 ?
M. Jean-Jack Queyranne,
secrétaire d'Etat. Le Gouvernement est défavorable à la nouvelle
rédaction de l'article 2 proposée par l'amendement n° 4 rectifié, qui diffère
du projet de loi gouvernemental sur un point essentiel, voire sur le point
principal, dans la mesure où elle permet le cumul du mandat parlementaire avec
une fonction d'exécutif local, ce que le Gouvernement ne souhaite pas.
A partir de là, les différents amendements ou sous-amendements qui ont été
proposés ne peuvent pas être retenus, qu'ils visent à introduire un seuil comme
le souhaitent MM. Vasselle ou Delfau, qu'ils visent à exclure les maires de
l'impossibilité de cumul comme le souhaite M. Vallet ou qu'ils visent encore à
retenir, à l'intérieur de l'énoncé des fonctions concernées par l'interdiction
de cumul, les fonctions de président d'un établissement public de coopération
intercommunale.
S'agissant de ce dernier point, comme je l'ai indiqué ce matin en réponse aux
interventions dans la discussion générale, les fonctions de président d'un
établissement de coopération intercommunale, d'une communauté urbaine, d'une
communauté d'agglomération, d'une communauté de communes ne procèdent pas de
l'élection au suffrage universel direct, au moment où doit se renforcer la
coopération intercommunale, il ne nous semble pas opportun d'introduire des
règles qui pourraient y mettre un frein.
(Exclamations ironiques sur les travées du RPR et des Républicains et
Indépendants.)
MM. Henri de Raincourt et Josselin de Rohan.
C'est l'amendement Courly !
M. le président.
Je vais mettre aux voix le sous-amendement n° 30 rectifié.
M. Gérard Cornu.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Cornu.
M. Gérard Cornu.
Je suis très favorable à l'amendement n° 4 rectifié de la commission, qui va
beaucoup plus loin que le projet du Gouvernement ; cela montre à quel point le
Sénat est, dans sa majorité, très favorable au non-cumul des mandats. Ainsi,
l'amendement n° 4 rectifié va jusqu'à inclure les fonctions de conseiller
municipal dans le dispositif.
M. Guy Allouche.
Mais vous n'avez rien compris ! On ne peut pas être maire si on n'est pas
conseiller municipal !
M. le président.
Mon cher collègue, ne vous laissez pas distraire !
M. Gérard Cornu.
L'amendement n° 4 rectifié va très loin, et le sous-amendement que j'ai
présenté avec mon collègue M. Vasselle tend à en corriger quelque peu les
effets.
Comme l'a très clairement exposé M. Vasselle, il s'agit de permettre le cumul
pour les conseillers municipaux des communes de moins de 3 500 habitants.
En effet, nous le savons tous, dans les petites communes rurales, il est
parfois difficile de trouver des candidats aux élections municipales. Il arrive
même que nous ayons du mal à faire en sorte que les conseils municipaux soient
complets !
Permettez donc, mes chers collègues, à des parlementaires d'exercer cette
fonction bénévole de conseiller municipal dans une commune de moins de 3 500
habitants.
J'ai bien compris, monsieur le président de la commission, que, dans un souci
de lisibilité, vous ne souhaitiez pas qu'on introduise un seuil. Mais le seuil
existe déjà puisque, pour les communes de moins de 3 500 habitants, le système
électoral n'est pas le même : au-dessus de 3 500 habitants, ce sont des listes
intangibles, alors que au-dessous de 3 500 habitants, ce sont les électeurs qui
décident si tel ou tel peut cumuler ou pas.
M. Guy Allouche.
Non, non !
M. Gérard Cornu.
Je pense que nous pouvons trouver un consensus sur ce sous-amendement.
Laissons aux électeurs la possibilité de décider. L'adoption de ce
sous-amendement témoignerait d'une marque d'intérêt pour l'électeur. C'est
pourquoi il me semble que l'ensemble des groupes parlementaires peuvent se
retrouver sur ce sous-amendement. Chacun se grandirait s'il était adopté à
l'unanimité.
(Applaudissements sur les travées du RPR.)
M. Jean-Jacques Hyest.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Hyest.
M. Jean-Jacques Hyest.
Je suis tout à fait sensible aux arguments de nos collègues Cornu et Vasselle,
d'autant que je suis moi-même maire d'une petite commune. Il est exact que
l'exercice d'un tel mandat n'a rien de commun avec celui de maire ou de
conseiller municipal d'une ville importante.
Cela étant, monsieur Cornu, s'il faut être parlementaire pour être conseiller
municipal d'un village, vu qu'il y a environ 800 parlementaires et environ 600
000 élus locaux, je ne vois pas très bien comment résoudre le problème !
Autrement dit, cet argument ne peut être invoqué.
Vous proposez en fait, par rapport à la loi de 1985, d'abaisser le seuil de 20
000 à 3 500 habitants.
Tout à l'heure, quand nous en viendrons au projet de loi ordinaire, nous
serons aussi amenés à évoquer la question des présidents d'EPCI. Car il faut
aussi penser aux maires qui ne pourraient plus présider un EPCI. J'attire votre
attention sur ce point, mes chers collègues : on ne peut pas réserver un sort
différent aux parlementaires et à ceux qui ne le sont pas.
Après l'entrée en vigueur de la loi de 1985, après tout, les gens se sont
progressivement adaptés. C'est une affaire de choix : si l'on veut exercer un
mandat de maire et de président de communauté de communes, on n'ira plus au
conseil général ; si l'on veut être membre du conseil général, on renoncera au
mandat de maire.
Je crois qu'un tel dispositif est nécessaire et qu'il doit être simple. Nos
concitoyens ont déjà bien du mal à suivre nos débats. Il faut qu'on puisse leur
dire que, désormais, les parlementaires n'exerceront plus qu'un mandat local -
et cela est nécessaire de mon point de vue - quel qu'il soit. Sinon, la
lisibilité ne sera pas bonne.
Le Gouvernement nous proposait l'interdiction de tout mandat local aux
parlementaires.
M. Jean-Jack Queyranne,
secrétaire d'Etat. Non pas de tout mandat, mais de toute fonction
exécutive !
M. Jean-Jacques Hyest.
Fonction, mandat, qu'est-ce que cela veut dire, au juste ? A moins d'exercer
son mandat par procuration, comme les ministres !
(Manifestations d'approbation sur les travées de l'Union centriste, du RPR et
des Républicains et Indépendants.) C'est de l'hypocrisie et,
personnellement, je n'aime pas beaucoup les hypocrites.
M. Dominique Braye.
Très bien !
M. Jean-Jacques Hyest.
Je préfère que l'on dise la vérité et que l'on soutienne que l'on peut très
bien exercer une fonction exécutive locale et un mandat parlementaire, mais pas
plus. Bien sûr, cela exigera déjà un petit effort d'autant que, surtout dans
les petites communes, nous sommes sentimentalement très attachés à notre mandat
local.
Il nous faudra aussi faire comprendre que l'on ne peut plus être tout en même
temps, et, à mes yeux, la position de la commission des lois est la seule qui
soit compréhensible par cette opinion publique dont on parle tant.
(Applaudissement sur les travées de l'Union centriste.)
M. Hilaire Flandre.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Flandre.
M. Hilaire Flandre.
Cela surprendra peut-être mes collègues : je suis favorable à la limitation du
cumul des mandats. Et je le prouve par mes actes !
Elu sénateur, j'étais déjà conseiller régional et maire de ma commune. J'ai
renoncé à ces deux mandats, d'une part, pour permettre l'élection d'une jeune
femme au conseil régional
(Rires et applaudissements), d'autre part, pour permettre à un de mes
adjoints, dans ma toute petite commune - elle ne compte que 90 habitants - de
préparer sa réélection à la prochaine échéance.
Hélas ! tout le monde ne suit pas cet exemple. Dans mon département, je suis
un des rares élus à n'exercer qu'un mandat, en l'occurrence celui de sénateur.
D'autres élus, socialistes en particulier, revendiquent qui un siège au conseil
régional, qui un siège au conseil général, tout en préparant les élections
municipales du chef-lieu de département !
Cela dit, comme mes collègues Alain Vasselle et Gérard Cornu, je considère que
placer les communes de moins de 3 500 habitants et les villes plus importantes
sur un pied d'égalité est une aberration, un non-sens. Allez donc sur le
terrain et rendez-vous compte de la réalité !
Invoquer, contre ce sous-amendement, la lisibilité du texte, c'est prendre les
gens pour des imbéciles. Lors des élections municipales, les électeurs qui,
dans les villes de moins de 3 500 habitants, voudront limiter le cumul des
mandats sauront rayer les candidats qui sont dans une situation de cumul. Je
voterai donc ce sous-amendement.
M. Alain Vasselle.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Vasselle.
M. Alain Vasselle.
Je suis désolé, chers collègues, de vous ennuyer par mes interventions...
M. Guy Allouche.
Mais non ! Mais non !
M. Alain Vasselle.
... mais je pense que c'est le jeu de la démocratie. Nous avons tous le droit
d'exprimer nos propres convictions, même si un nombre non négligeable de
collègues ne les partagent pas.
Je l'avais dit en première lecture, je considère que la démarche du
Gouvernement, à travers ce projet de loi, relève d'une démagogie éhontée.
Notre argumentation s'appuie essentiellement sur le fait qu'il est un mode
d'élection qui permet au peuple souverain de se prononcer vraiment et de
choisir par la voie du suffrage universel s'il y a lieu de confier ou non la
responsabilité d'un mandat ou d'une fonction à un homme ou à une femme de ce
pays : c'est le scrutin uni-nominal.
Il est un autre mode d'élection, celui qui semble ainsi la préférence de la
majorité actuelle : c'est le scrutin proportionnel.
M. Jospin a tranché, au sein de la majorité plurielle, contre l'introduction
de la proportionnelle pour ce qui concerne les élections législatives : il a
dit non à Mme Voynet, et je l'en félicite.
En effet, le meilleur mode de scrutin, celui qui permet à la démocratie de
jouer à plein, qui permet au peuple de se prononcer en toute souveraineté,
c'est bien celui qui laisse le peuple totalement libre de choisir l'homme ou la
femme qu'il estime capable d'exercer des responsabilités, qu'elles soient
locales ou nationales.
Je pense que le peuple préfère se prononcer directement sur celui ou celle qui
se soumet à ses suffrages, plutôt que de passer par le choix préalable des
partis politiques.
A partir du moment où vous aurez généralisé le mode de scrutin proportionnel -
et c'est pratiquement ce que vous voulez faire au Sénat puisque, à l'Assemblée
nationale, on a proposé d'étendre le scrutin proportionnel aux départements qui
désignent deux sénateurs - vous remettez aux partis politiques le choix des
hommes et des femmes qui seront présentés au suffrage des électeurs et des
électrices.
Ce à quoi vous allez aboutir ainsi, c'est non à la corruption financière que
nous connaissons, mais à une sorte de corruption intellectuelle et
politicienne. A l'intérieur des partis politiques, on placera ceux que l'on
veut favoriser. On voit bien comment cela se passe dans nombre de départements
!
M. Raymond Courrière.
Et chez vous, comment cela se passe-t-il ?
M. Alain Vasselle.
C'est le règne du copinage, des ententes, qui permettent à tel ou tel de
figurer sur la liste des élections à la proportionnelle. Lors des élections
européennes, notamment, on a bien vu ce qui s'est passé !
Ce n'est plus le peuple souverain qui choisit au premier degré, ce sont
d'abord les partis politiques qui font le choix des hommes et des femmes.
M. Raymond Courrière.
Comme au RPR !
M. le président.
Mes chers collègues, laissez parler M. Vasselle, s'il vous plaît.
M. Alain Vasselle.
Ce n'est qu'une fois que les partis politiques ont fait leur choix que l'on
demande aux électrices et aux électeurs de se prononcer. Eh bien, moi, je
n'approuve pas ce système.
M. Raymond Courrière.
Quittez le RPR, alors !
M. Alain Vasselle.
Je considère qu'il faut laisser au peuple la souveraineté de son choix.
N'est-ce pas, d'ailleurs, dans notre Constitution ?
A partir du moment où vous avez un mode de scrutin qui permet au peuple seul
de se prononcer, nous devons le respecter et il n'y aucune raison de légiférer
pour le contrarier !
M. Raymond Courrière.
L'exemple des élections à Paris est probant !
M. Alain Vasselle.
C'est la raison pour laquelle, avec mon collègue Gérard Cornu, nous avons mis
la barre à 3 500 habitants, et non à 20 000 habitants comme le propose notre
collègue Gérard Delfau. Au-dessous de 3 500 habitants, c'est le peuple qui
choisit ; au-dessus de 3 500 habitants, c'est la proportionnelle, et ce sont
donc d'abord les partis politiques qui choisissent,...
M. Jean-Jacques Hyest.
Non !
M. Alain Vasselle.
... le peuple n'étant appelé à se prononcer que sur la liste arrêtée par les
partis politiques.
Vous pouvez ne pas être d'accord avec moi, mais c'est ma conviction profonde
!
Je puis vous dire que les partis politiques n'ont guère la cote auprès de
l'opinion !
M. Jean-Michel Baylet.
Surtout dans l'Oise !
M. Alain Vasselle.
Si le Gouvernement veut poursuivre dans la voie de la démagogie, il faut
pousser le raisonnement jusqu'à l'absurde et faire disparaître les partis
politiques ! Ce n'est certainement pas ce que vous voulez, mais c'est ce que le
peuple souhaiterait parce qu'il a perdu confiance dans tous les partis
politiques de ce pays.
M. Raymond Courrière.
Il a perdu confiance dans le RPR !
M. Alain Vasselle.
Les élus qui jouissent de la plus grande considération au sein du peuple, ce
sont les maires, ce sont les élus municipaux, ce sont les élus locaux, et cela
parce que la plupart d'entre eux sont élus selon un mode de scrutin qui
n'implique pas le passage par un parti politique.
Je suis navré de développer ce type d'argumentation mais ce que j'exprime ici,
je l'entends quasi quotidiennement, aussi bien dans ma commune que dans le
reste du département de l'Oise et dans toute la région Picardie.
C'est la raison pour laquelle je défends avec passion ce sous-amendement.
Je reviens sur l'argument qui a été énoncé à l'instant par notre collègue M.
Flandre. Comment allez-vous expliquer au bon peuple français que le maire de la
commune de moins de 200 habitants a exactement la même responsabilité, le même
temps à consacrer à l'exercice de son mandat que le maire de Lyon, de Lille, de
Bordeaux ou de Marseille ?
M. Raymond Courrière.
De Paris !
M. Alain Vasselle.
Est-ce comparable ? Si vous estimez que c'est le cas, allez-vous accorder la
même indemnité au maire de la petite commune qu'au maire de Lille ? Sûrement
pas ! D'ailleurs, même si vous vouliez le faire, la commune ne pourrait pas
payer l'indemnité correspondante. Or, à responsabilité équivalente, à
disponibilité nécessaire équivalente, eh bien, rémunération équivalente. Le
maire de la petite commune peut être mis en garde à vue, traîné devant les
tribunaux et condamné au pénal comme le maire de la grande ville. Ne doit-il
pas bénéficier alors des mêmes indemnités ? Puisque vous voulez le mettre au
même niveau, allons-y ! Considérons que le maire de Lille est au même niveau
que le maire de la commune de cinquante ou cent habitants, puisque celui-ci ne
pourra plus exercer d'autres fonctions que celles de conseiller général ou de
conseiller régional. Mais allez-vous aligner les régimes indemnitaires ? Je ne
le crois pas.
Non, je pense que c'est un faux problème et que les dispositions que l'on nous
propose sont de caractère purement démagogique. En revanche, par ce
sous-amendement, je permets au peuple souverain de se prononcer, de désigner
ceux qu'il veut voir siéger dans les assemblées nationales et locales. C'est la
raison pour laquelle je souhaite qu'une majorité ou en tout cas un nombre
suffisant de collègues le votent.
(Très bien ! et applaudissements sur travées du RPR.)
M. Dominique Braye.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Braye.
M. Dominique Braye.
Je serai bref.
(Exclamations amusées.)
Je tiens à le préciser, de manière que le débat soit tout à fait clair,
je suis moi-même maire d'une petite commune de 2 000 habitants et président
d'un EPCI. Je souscris à la plupart des arguments de mes collègues, même si,
manifestement, je ne parviens pas à la même conclusion. Je partage notamment
les opinions de mon collègue Alain Vasselle sur le caractère démagogique de ce
projet de loi et sur le fait que nos concitoyens ne sont pas toujours bien
informés. Effectivement, nous devons faire avec cette mauvaise information
qu'ont nos concitoyens sur un certain nombre de problèmes qui se posent à nous
dans la gestion des collectivités locales. Je le regrette profondément, car
cela va à l'encontre d'une bonne démocratie.
Je suis également d'accord avec M. Hyest pour dénoncer l'hypocrisie à laquelle
nous entraînerait ce texte. Du reste, le Premier ministre lui-même n'a-t-il pas
pris certaines mesures en faveur de nombreux ministres - le ministre de
l'économie, des finances et de l'industrie, des finances, notamment, mais je ne
les citerai pas tous, car ce serait par trop désobligeant - de sorte qu'ils ont
pu garder leur bureau ou leur voiture et, au-delà, ont pu continuer, derrière
un maire potiche, à exercer toutes les compétences et toutes les prérogatives
de la fonction ?
Mais quelque chose m'apparaît beaucoup plus intéressant. M. Delfau et un
certain nombre de nos collègues souhaitent garder, avec leur mandat de
parlementaire, un exécutif local, celui de maire. Or c'est là le fond du
problème. En fait, mes chers collègues, la question n'est pas de savoir si les
communes ont besoin des parlementaires pour être gérées. D'ailleurs, je ne
crois pas que les 36 000 communes de France attendent d'avoir un maire
parlementaire ; si elles l'ont, tant mieux, mais ce n'est pas le plus
important. Le problème est qu'il faut aux parlementaires un mandat...
M. Jean-Jacques Hyest.
Voilà !
M. Dominique Braye...
qui les éclaire sur la réalité quotidienne vécue par nos concitoyens.
(Applaudissements sur les travées du RPR, des Républicains et Indépendants et
de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
Quant à la compatibilité entre le mandat de maire et celui de
parlementaire, je n'ose préciser que les parlementaires ne pourront
manifestement pas être tous maires. D'ailleurs, nous le savons bien : nous ne
sommes pas tous maires, ici. Permettons donc aux autres d'avoir un ancrage
local ; permettons-leur d'être conseillers généraux, conseillers régionaux.
M. Guy Allouche.
Deux mandats ? Mais c'est dans le texte !
M. Michel Duffour.
C'est dans le projet !
M. Dominique Braye.
Permettons-leur un autre mandat, y compris un exécutif. Cela ne pose aucun
problème.
C'est pourquoi, pour ma part, je voterai la proposition de la commission, qui
me semble être la seule raisonnable parce qu'il n'y en pas d'autre.
Je me tourne vers vous, monsieur Carle : malgré toute l'amitié que j'ai pour
vous, je ne pourrai pas voter le sous-amendement que vous présentez au sujet
des EPCI, et ce pour une seule raison, mon cher collègue, c'est que vous
excluez de la représentation parlementaire tous les présidents des EPCI, ce que
je ne peux pas accepter.
MM. Jean-Claude Carle et Christian Bonnet.
Mais non !
M. Dominique Braye.
Mais si, mes chers collègues, pour être président d'un EPCI, il faut être
conseiller municipal, relisez la loi Chevènement !
Or, vous le dites vous-même, on ne peut détenir, outre un mandat
parlementaire, qu'un mandat de conseiller municipal ou de président d'un EPCI.
Je le répète, il faut être conseiller municipal pour être président d'EPCI. Ce
que vous proposez, chers collègues, pourrait être souhaitable demain. Mais nous
n'avons pas atteint un degré suffisant de maturité dans l'intercommunalité.
Nous n'en sommes même qu'au commencement.
Que je sache, nos collectivités n'ont, jusqu'ici, pas été si mal gérées avec
les fameux « cumulards ». Permettons au moins à un maire et à un président
d'EPCI de représenter l'intercommunalité au Parlement, puisque, et nous sommes
tous d'accord pour le reconnaître, c'est un mouvement, une révolution
silencieuse qui monte et qui gagne la plupart de nos collectivités. Je vous
rappelle en effet que 33 millions de nos concitoyens vivent sous le régime de
l'intercommunalité. Certes, j'en suis bien conscient, ce n'est qu'un premier
pas. Demain, si l'intercommunalité évolue, si l'on en fait un échelon
institutionnel supplémentaire et si, comme le souhaitent les sénateurs siégeant
sur les travées de la gauche, on y ajoute le suffrage universel, nous en
reparlerons. Aujourd'hui, je ne crois pas que ce soit opportun.
Donc, pour être tout à fait clair - et bien que maire d'une petite commune de
moins de 3 500 habitants - je ne pourrai pas rejoindre mes collègues et amis
MM. Vasselle et Cornu.
M. le président.
Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix le sous-amendement n° 30 rectifié, repoussé par la commission
et par le Gouvernement.
(Le sous-amendement n'est pas adopté.)
M. le président.
Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix le sous-amendement n° 37, repoussé par la commission et par
le Gouvernement.
(Le sous-amendement n'est pas adopté.)
M. le président.
Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix le sous-amendement n° 38, repoussé par la commission et par
le Gouvernement.
(Le sous-amendement n'est pas adopté.)
M. le président.
Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix le sous-amendement n° 39, repoussé par la commission et par
le Gouvernement.
(Le sous-amendement n'est pas adopté.)
M. le président.
Je vais mettre aux voix le sous-amendement n° 36 rectifié
bis.
M. Paul Girod.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Paul Girod.
M. Paul Girod.
Je ne voterai pas ce sous-amendement non plus, tout en comprenant très bien le
propos de M. Carle.
Je voudrais attirer l'attention du Sénat sur le fait qu'il n'y a pas que les
très grandes communautés urbaines dans les EPCI à fiscalité directe.
Actuellement, en milieu rural, nous rencontrons quelquefois beaucoup de
difficultés à susciter la création d'un certain nombre de communautés de
communes et, bien souvent, le parlementaire joue, dans cette affaire, un rôle
moteur, même s'il n'est maire que d'une petite commune, quelquefois plus encore
quand il est maire d'une petite commune, parce que c'est à partir de là que
l'on fait progresser l'idée de l'intercommunalité.
Je ne suis pas certain que l'on ait intérêt à alimenter des guerres de
tranchées entre deux très gros exécutifs se recouvrant immédiatement, mais, en
tout cas, en ce qui concerne la progression de l'intercommunalité en milieu
rural, à partir des petites communes, d'une part, nous avons souvent besoin
d'un
leader, d'autre part, la situation n'est pas encore assez mûre pour
que l'on se prive de cet élément de promotion et d'impulsion.
M. Jean-Jacques Hyest.
Très bien !
M. Jean-Claude Carle.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Carle.
M. Jean-Claude Carle.
Mon sous-amendement est particulièrement clair, il met tous les élus sur un
pied d'égalité en autorisant deux mandats dont une fonction exécutive locale ;
c'est clair, c'est limpide, c'est lisible.
M. Charles Revet.
C'est très bien !
M. Jean-Jacques Hyest.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Hyest.
M. Jean-Jacques Hyest.
En écoutant les auteurs du sous-amendement n° 36 rectifié
bis, nous
comprenons qu'il existe des réalités extrêmement différentes. Notre collègue M.
About évoquait récemment les syndicats d'agglomérations nouvelles, qui sont
effectivement tentaculaires et qui privent souvent les maires de toute
responsabilité. Je rappelle que, grâce à la loi sur la coopération
intercommunale, ils doivent se transformer à terme en communautés
d'agglomération.
Je le répète, si nous acceptons, comme le propose la commission des lois, le
cumul d'un mandat parlementaire et d'un mandat local, d'une fonction exécutive
locale, ...
M. Henri de Raincourt.
Nous sommes d'accord !
M. Jean-Jacques Hyest.
... encore faut-il savoir si la loi ordinaire assimilera le fait d'être
président d'un EPCI à l'exercice d'un exécutif local supplémentaire.
M. Henri de Raincourt.
A fiscalité propre, oui.
M. Jean-Jacques Hyest.
Fiscalité propre ou non ! Je pense qu'il faut traiter tout le monde de la même
manière.
M. Henri de Raincourt.
Eh oui !
M. Jean-Jacques Hyest.
Certes, mes chers collègues, il faut compter avec les grandes agglomérations
mais, la plupart du temps, il s'agit de petites communautés de communes et,
quand vous expliquerez au maire d'un chef-lieu de canton qu'il ne pourra plus
être président de son EPCI, je ne sais pas très bien comment il prendra la
chose.
Mes chers collègues, je tenais à vous y rendre attentifs, c'est tout. Je
voterai contre le sous-amendement n° 36 rectifié
bis.
M. Jean-Pierre Fourcade.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Fourcade.
M. Jean-Pierre Fourcade.
Nous débattons là d'un sujet mythique ! Nous parlons sans arrêt de la pression
de l'opinion publique et des médias. Or il est clair que la position prise par
la commission des lois est la seule qui soit raisonnable en ce sens qu'elle
permet le cumul de deux mandats, un mandat national et un mandat local, quel
que soit le niveau auquel est exercé ce dernier. Par conséquent, je voterai
tout à l'heure, lorsque nous y parviendrons, le texte de la commission, non
sous-amendé, je l'espère.
Cela dit, je comprends la préoccupation de M. Carle. Nous devons en effet
tenir compte du développement très rapide de l'intercommunalité ; le nombre des
établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre est
supérieure à 1 500 et les sommes recouvrées par ces établissements sur nos
concitoyens dépassent aujourd'hui en fiscalité directe ce que recouvrent les
régions. Cela signifie que les 1 500 établissements publics à fiscalité propre
recouvrent plus, en matière de contributions directes, que l'ensemble des
conseils régionaux !
Ainsi, on est en train de mettre en place un système susceptible d'évoluer
soit vers un nouvel échelon de responsabilité locale - nous aurions alors la
satisfaction d'être le seul pays de l'Union européenne à être doté de six
niveaux de responsabilité avec six administrations différentes - soit vers une
amélioration de la coopération sans création de niveaux supplémentaires ; tout
dépendra de ce que feront les élus de cette fameuse fiscalité spécifique.
Par conséquent, je comprends la préoccupation de notre collègue, mais je
crois, comme la commission des lois, que son sous-amendement est prématuré.
Pour l'heure, le Gouvernement est défavorable à ce sous-amendement parce qu'il
souhaite que la coopération se développe et qu'il y ait de plus en plus de
communautés de communes, de communautés d'agglomération ou de communautés
urbaines : le texte qui a été voté ici même le prouve ! Cependant, soyons
lucides. Le jour où le Parlement décidera que l'exécutif des établissements
publics de coopération intercommunale sera élu au suffrage universel, il faudra
ipso facto en tirer la conséquence et prendre en compte ce mandat dans
la liste du cumul. Tant qu'il n'y a pas d'élection au suffrage universel de cet
exécutif, à mon avis, il faut non pas voter le sous-amendement qui nous est
proposé mais au contraire admettre, comme on le fait, que, qu'il s'agisse d'une
coopération intercommunale classique - syndicats mixtes, SIVOM ou autres - ou
d'une coopération intercommunale à fiscalité propre, un tel mandat est le
prolongement de l'activité locale, la manifestation de la réorganisation des
compétences et des pouvoirs locaux. C'est la raison pour laquelle je ne voterai
pas, malgré son aspect séduisant, le sous-amendement n° 36 rectifié
bis.
M. Alain Vasselle.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Vasselle.
M. Alain Vasselle.
Je souscris, pour partie, à ce que vient de dire M. Fourcade, mais pour partie
seulement. J'ai entendu M. le rapporteur, comme d'autres de nos collègues,
invoquer, à l'encontre de l'amendement que nous avions déposé avec M. Cornu, la
nécessité de la plus grande lisibilité du texte. Mais, si vous pouvez pousser
cette logique de la lisibilité jusqu'au bout, alors suivez la proposition de
notre collègue Jean-Claude Carle.
M. Henri de Raincourt.
Evidemment !
M. Alain Vasselle.
Comment, demain, allez-vous faire comprendre au peuple français qu'à Lille, à
Lyon ou à Marseille, M. le maire pourra continuer à être sénateur et, dans le
cas de Lille, maire de Lille et président de la communauté urbaine de
Lille,...
M. Henri de Raincourt.
Eh oui !
M. Alain Vasselle.
... mais que le maire de la petite commune de moins de 200 habitants,...
M. Charles Revet.
Ne peut pas l'être !
M. Alain Vasselle.
... lui, ne pourra pas cumuler la fonction de maire, de parlementaire et de
conseiller général ?
(Applaudissements sur les travées du RPR et des
Républicains et Indépendants.)
Non, n'avancez pas l'argument de la lisibilité : il n'y a plus de lisibilité
!
Je crois que l'intervention de M. Fourcade a démontré que nous légiférions
trop tôt sur le cumul des mandats. Il est trop tôt mais, comme c'était un
engagement électoral du gouvernement de M. Jospin, comme il fallait caresser
une partie de l'opinion publique dans le sens du poil, comme médiatiquement
cela fait bien et que l'on espère récolter ainsi la manne des voix au moment
des élections présidentielles, allez, on y va !
Mais, d'ailleurs, c'est toujours la même chose : on nous a amusés, on a amusé
l'opinion française, on a occupé le Parlement pendant des heures et des heures
à délibérer sur la limitation du cumul des mandats sur la parité, la
modification du mode de scrutin du Sénat, ou encore sur le PACS !
N'y avait-il pas mieux à faire ? Tout de même !
(Protestations sur les travées socialistes ainsi que sur celle du groupe
communiste républicain et citoyen.) Que fait-on en attendant de la
sécurité, du chômage, de l'immigration, de la politique de la famille ?
Rien ! Ce gouvernement amuse la galerie en nous faisant délibérer sur des
textes que l'on examine trop tôt et qui n'ont pas leur place aujourd'hui.
M. Bernard Piras.
Juppé a répondu sur l'immigration !
M. Alain Vasselle.
C'est la démagogie la plus complète, l'électoralisme le plus complet ! Nous
nageons dans l'absurdité. Je sais bien que le ridicule ne tue plus et je vois
que, de ce point de vue, le Gouvernement n'a pas de complexe !
(Applaudissements sur les travées du RPR et des Républicains et Indépendants
ainsi que sur certaines travées de l'Union centriste.)
M. Gérard Cornu.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Cornu.
M. Gérard Cornu.
Je souhaite compléter ce que vient de dire excellemment M. Vasselle. En effet,
la nature de mon intervention est un peu la même.
En refusant le sous-amendement n° 30 rectifié et en ne votant pas le
sous-amendement présenté par M. Carle, vous allez permettre d'être député,
maire de Lyon et président de la Courly, la communauté urbaine de Lyon - je
prends cet exemple car M. le secrétaire d'Etat est de la même région - mais
vous allez interdire d'être député, conseiller municipal d'une commune de moins
de 3 500 habitants et conseiller général.
Vous parlez de lisibilité. Aux yeux de nos concitoyens, un conseiller
municipal d'une commune de moins de 3 500 habitants ne peut pas être plus
important que le président d'un EPCI tel que la Courly. Dans ces conditions,
comment voulez-vous être lisible ?
(Applaudissements sur plusieurs travées des Républicains et Indépendants. -
MM. Gérard Braun et Hilaire Flandre applaudissent également.)
M. Dominique Braye.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Braye.
M. Dominique Braye.
Mes chers collègues, je reprendrai tout simplement mais très brièvement ce
qu'a dit excellemment M. Paul Girod.
Je suis d'accord avec ce qui vient d'être dit sur la lisibilité de cette
mesure pour nos concitoyens, s'agissant des communautés urbaines de Lyon ou de
Lille, mais n'oubliez pas, mes chers collègues, que dans notre pays existent 1
681 EPCI à fiscalité propre, et seulement onze communautés urbaines et cinq
communautés de ville.
Tout le problème est là : doit-on légiférer sur des exceptions, même si elles
sont en effet regrettables ? La loi ne le permet pas, il faudrait peut-être la
modifier, mais en tout cas il ne s'agit pas de se prononcer sur un cas de
figure fréquent, puisqu'il existe quatre ou cinq situations anormales contre
lesquelles il faut effectivement s'élever.
Je le redis à mon collègue M. Carle : je ne voterai pas ce sous-amendement,
car tel qu'il est libellé, il ne permet pas d'être simultanément parlementaire,
conseiller municipal et président d'un EPCI.
(M. Jean-Claude Carle fait un
signe de dénégation.) Il prévoit en effet qu'un parlementaire ne pourra
exercer en outre qu'un seul mandat.
M. le président.
Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix le sous-amendement n° 36 rectifié
bis, repoussé par la
commission et par le Gouvernement.
(Après une épreuve à main levée déclarée douteuse par le bureau, le Sénat, par
assis et levé, n'adopte pas le sous-amendement.)
M. le président.
Je vais mettre aux voix l'amendement n° 4 rectifié.
M. Guy Allouche.
Je demande la parole contre l'amendement.
M. le président.
La parole est à M. Allouche.
M. Guy Allouche.
Avec l'article 2 et l'amendement n° 4 rectifié, nous sommes au coeur même de
la réforme proposée. Toutefois, avant de l'évoquer, je ferai quelques remarques
de forme et de fond sur tout ce qui a été dit jusqu'à présent.
S'agissant tout d'abord de la forme, je me demandais pendant les quelque
cinquante minutes de débat où se situaient respectivement l'opposition et la
majorité. Nous aurions pu, nous, à gauche, sortir...
Un sénateur du RPR.
Pour aller où ? Dans la rue ?
M. Alain Vasselle.
Pour les 35 heures, où était l'opposition ? Nous, nous n'étions pas dans la
rue, contrairement au parti communiste.
M. Guy Allouche.
Nous aurions pu, disais-je, sortir et vous laisser entre vous. Mais je conçois
et j'admets que certaines questions puissent créer des dissensions au sein de
la majorité sénatoriale.
Monsieur Cornu, vous-même et nombre de collègues ont fait, volontairement ou
pas, la confusion entre mandat et fonction. Quand les Français votent lors des
élections municipales, régionales ou cantonales, ils élisent d'abord des
conseillers municipaux, des conseillers régionaux ou des conseillers généraux.
Etre conseiller municipal, c'est avoir un mandat. Maire, ce n'est pas un
mandat, c'est une fonction. C'est la raison pour laquelle l'amendement ne vise
ni la fonction de maire ni celle de président d'un conseil général ou d'un
conseil régional. Aussi, volontairement ou involontairement, la confusion se
fait entre mandat et fonction.
Monsieur Flandre, bravo pour ce que vous avez fait, c'est-à-dire pour avoir
laissé votre place à une femme. Sans cumuler les mandats, vous serez aussi bon
sénateur, si ce n'est meilleur.
(Sourires.)
M. Hilaire Flandre.
Parce que j'ai de l'expérience !
M. Guy Allouche.
M. Vasselle propose la fixation d'un seuil. Un reproche est souvent fait au
Sénat, celui d'être une assemblée un peu trop rurale.
M. Alain Vasselle.
Par qui ?
M. Hilaire Flandre.
Par vous !
M. Alain Vasselle.
Ce reproche, vous l'avez inventé !
M. Guy Allouche.
Avec ce seuil, je note au passage que vous seriez à moitié d'accord avec le
fait d'écarter les maires des communes de plus de 3 500 habitants. Vous feriez
également de l'Assemblée nationale et du Sénat des assemblées où ne seraient
représentés que la plupart des maires de communes de faible importance sur le
plan démographique.
M. Hilaire Flandre.
Vous seriez contents !
M. Guy Allouche.
Les problèmes que nous rencontrons les uns et les autres, ils existent dans
les petites communes, mais aussi dans les grandes. Il faut donc éviter de faire
cette distinction. En effet, nous savons tous aujourd'hui que la France est
bien plus urbaine que rurale ; c'est presque une banalité de le dire.
Monsieur Vasselle, je le répète : le choix fait par l'électeur est un choix
contraint. Un électeur vote pour le candidat de sa famille de pensée
politique.
M. Alain Vasselle.
Pas aux élections municipales !
M. Gérard César.
Il vote pour un gestionnaire !
M. Guy Allouche.
Je persiste à penser qu'un électeur de gauche vote pour un candidat de
gauche.
M. Alain Vasselle.
Ce n'est pas vrai !
M. Hilaire Flandre.
C'est parce que c'est un « godillot » celui-là !
M. le présient.
Mes chers collègues, il faut que vous le sachiez, quand vous interrompez M.
Allouche je suis obligé de décompter ce temps du temps de parole qui lui est
imparti.
M. Alain Vasselle.
On a toute la nuit !
M. le président.
Poursuivez, monsieur Allouche. Vous disposez encore d'une minute.
M. Guy Allouche.
Chaque électeur vote pour sa famille de pensée politique.
MM. Alain Vasselle et Gérard Cornu.
Pas aux élections municipales !
M. Hilaire Flandre.
Laissez-le faire sa démonstration : elle est stupide !
M. Guy Allouche.
Si je vous suis, en 1997, l'électorat de droite a voté majoritairement pour M.
Jospin et c'est la gauche qui a voté pour M. Chirac.
(Exclamations sur les travées du RPR et des Républicains et
Indépendants.)
M. Gérard Cornu.
Il ne s'agissait pas des élections municipales !
M. Guy Allouche.
Voilà où conduit votre raisonnement : à l'absurde !
M. Gérard Cornu.
On ne parle pas des mêmes élections !
M. Guy Allouche.
Monsieur Vasselle, quant aux partis politiques, vous appartenez à une
formation qui naît à la démocratie. Pour ce qui nous concerne, ce sont les
militants, les adhérents qui, à bulletin secret, se prononcent pour le choix
des candidats. Il n'y a pas de diktat imposé depuis Paris, chez nous en tout
cas !
(Protestations sur les travées du RPR.) C'est aussi le cas d'autres
formations politiques. Jusqu'à présent, cela s'est très bien passé !
S'agissant du fond, la divergence est profonde. Sciemment, vous ne voulez pas
faire la distinction entre le mandat et la fonction, alors qu'il s'agit en
réalité de deux choses différentes.
Le Gouvernement appuyé par la majorité à l'Assemblée nationale propose de
faire cette distinction. En effet, il propose deux mandats : un mandat national
et un mandat local, et non pas un mandat unique. Quand on a un mandat local, on
a les pieds dans la terre locale. La fonction exécutive, elle, est dévoreuse de
temps, elle absorbe tout le temps de l'élu.
(Exclamations sur plusieurs
travées du RPR.) Vous ne pouvez pas dire le contraire, cela se vérifie
chaque jour. Voilà la divergence de fond qui nous oppose !
Vous proposez un système et d'ailleurs, même entre vous, vous semblez ne pas
être d'accord. En effet, trois réunions de commission ont eu lieu et à trois
reprises la même majorité sénatoriale s'est divisée.
M. Jacques Larché,
rapporteur. Et alors ?
M. Guy Allouche.
Le spectacle que vous nous offrez aujourd'hui en est encore la preuve...
M. Alain Vasselle.
L'intervention de M. Delfau va dans quel sens ?
M. le président.
Monsieur Vasselle, laissez parler M. Allouche !
M. Alain Vasselle.
Il dit n'importe quoi ! On ne peut pas le laisser faire !
M. Guy Allouche.
Monsieur Vasselle, même quand vous dites n'importe quoi, je ne vous interromps
pas !
M. Emmanuel Hamel.
Il ne dit jamais n'importe quoi !
M. le président.
Monsieur Allouche, veuillez conclure, je vous prie.
M. Guy Allouche.
Monsieur le président, je vous remercie de votre bienveillance.
Je conclus en disant qu'il faudra nécessairement une troisième lecture afin,
peut-être, que nous observions une certaine cohésion au sein de la majorité
sénatoriale.
M. Alain Vasselle.
On ne peut pas laisser dire cela !
M. Jacques Larché,
rapporteur. Je demande la parole.
M. le président.
La parole est à M. le rapporteur.
M. Jacques Larché,
rapporteur. Parfois, M. Allouche m'amuse.
M. Hilaire Flandre.
Quand il se tait !
(Sourires.)
M. Jacques Larché,
rapporteur. Il ne m'amuse pas quand il se transforme, et c'est un peu
contre sa nature, en donneur de leçons. En revanche, il m'amuse quand il expose
sa conception de la démocratie. En effet, la démocratie, c'est le débat. Nous
avons débattu entre nous. S'agissant du projet de loi relatif aux 35 heures,
vous vous êtes divisés entre vous. Vous êtes parvenus à un accord car vous avez
fait des concessions mutuelles. En l'occurrence, nous avons fait la même chose.
Je ne vois pas en quoi cela est contestable. Pourquoi ce qui serait une preuve
d'intelligence et de démocratie au sein de la majorité plurielle deviendrait
une preuve de faiblesse et d'imbécilité lorsqu'il s'agit de l'opposition ?
(Très bien ! et applaudissements sur les travées du RPR, des Républicains et
Indépendants et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du
RDSE.)
M. Michel Duffour.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Duffour.
M. Michel Duffour.
Avec l'article 2, nous sommes en effet au coeur du projet de loi.
Le débat qui a agité tout à l'heure la majorité sénatoriale nous laisse
perplexes, non pas parce qu'elle s'est divisée. En effet, comme l'a dit M.
Larché, cela est tout à fait normal. Lorsqu'il y a débat au sein de la majorité
plurielle sur des grands problèmes tels que ceux que vous avez cités, il s'agit
de débats clairs, de débats d'idées. S'agissant des débats qui vous ont animés,
nous n'avons pu savoir où étaient exactement les clivages et ce qui guidait le
raisonnement des uns et des autres.
(M. Hilaire Flandre s'exclame.) Cela nous a amenés à rester assis lors du
dernier vote : ne comprenant pas bien ce qui, finalement, vous opposait entre
vous, nous n'avons malheureusement pu être partie prenante dans le débat
d'idées qui se déroulait et avons été obligés de nous ranger parmi les
spectateurs.
Ce projet de loi vise à une modernisation de la vie politique française. Nous
avons entendu M. Vasselle parler de « gadget » à ce propos.
M. Alain Vasselle.
Je n'ai pas parlé de « gadget » !
M. Michel Duffour.
L'écoutant évoquer dans la foulée la parité, nous avons bien évidemment
constaté que toute une conception de la vie politique de la démocratie nous
opposait dans des situations telles que celle-là. En effet, nous pensons
justement que nous sommes face à une très grande question.
La majorité plurielle se retrouve très unie derrière le texte présenté par le
Gouvernement
(Exclamations sur les travées du RPR), puisqu'il s'agit de
faire un pas en avant vers une plus grande visibilité, une plus grande
démocratie, et de permettre à nos concitoyens de renouer de manière plus
positive avec les pratiques politiques, ce dont nous avons bien besoin.
Le texte qui nous vient de l'Assemblée nationale nous semble très bon
puisqu'il permet à une personne de détenir un mandat parlementaire et un mandat
local, et donc d'être proche du terrain. Cette disposition nous semble
suffisante. C'est pourquoi le groupe communiste républicain et citoyen ne
votera pas l'amendement n° 4 rectifié, proposé par la majorité de la commission
des lois.
(Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain
et citoyen.)
M. Guy Allouche.
Très bien !
M. Jacques Pelletier.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à M. Pelletier.
M. Jacques Pelletier.
Je voterai contre l'amendement n° 4 rectifié, car son adoption rendrait sans
objet l'amendement n° 34 auquel je tiens et qui tend à proposer une solution à
mon avis raisonnable. En effet, en dissociant l'exécutif municipal de
l'exécutif départemental et régional, les auteurs de l'amendement souhaitent
essayer de faire oeuvre de médiation entre les positions jusqu'à présent
difficilement conciliable de l'Assemblée nationale et du Sénat.
Certes, il est important que les élus nationaux gardent le contact avec le
terrain. Légalement, ils le peuvent, en conservant un mandat de conseiller
municipal, de conseiller général ou de conseiller régional.
Mais peut-on rester maire d'une commune de 200 habitants, 2 000 habitants, de
limite théorique entre le milieu rural et le milieu urbain, de 3 500 habitants,
seuil de l'élection proportionnelle, de 10 000, de 20 000, de 30 000 habitants
? Où placer le curseur ? La tâche est très délicate.
Elle l'est d'autant plus que le maire d'une commune de 15 000 ou de 20 000
habitants est, à mon avis, personnellement plus sollicité que celui d'une ville
beaucoup plus grande, qui est entouré d'une équipe très importante.
La fonction de maire est bien ciblée. C'est une fonction de proximité, et les
déplacements pour l'exercer prennent peu de temps. Elle nous paraît beaucoup
plus compatible avec un mandat national qu'une fonction de président de conseil
général ou de conseil régional, moins proche du terrain et pour laquelle les
grandes distances aboutissement nécessairement à une perte de temps.
Je prie nos excellents collègues qui, dans notre assemblée, sont président de
conseil général ou de conseil régional de bien vouloir m'excuser, mais ils
savent tous combien le don d'ubiquité est souvent fort difficile à gérer.
Mes chers collègues, je crois qu'il faut faire simple et donc ne pas tenir
compte de l'importance de la commune : ainsi, un parlementaire doit ou non
pouvoir exercer les fonctions de maire, quelle que soit l'importance de la
commune.
Un certain nombre de mes collègues et moi-même sommes favorables au cumul des
fonctions de parlementaire et de maire et défavorables au cumul des fonctions
de parlementaire et de président de conseil général ou de conseil régional.
Pour terminer, j'ajouterai à votre attention, monsieur le secrétaire d'Etat,
que le Sénat serait aujourd'hui sûrement beaucoup plus réceptif au texte que
vous nous présentez si était déposé en même temps un projet de loi utile
relatif au statut de l'élu local.
(Très bien ! et applaudissements sur les
travées du RDSE, ainsi que sur certaines travées de l'Union centriste et du
RPR.)
M. Alain Vasselle.
Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président.
La parole est à MM. Vasselle.
M. Alain Vasselle.
Je ne serais pas intervenu si M. Allouche et Duffour n'avaient pas tenu les
propos qui ont été les leurs. Je sais par expérience - vous le savez
vous-mêmes, car il suffit de lire, d'écouter ou d'observer les médias pour s'en
persuader - que, le plus souvent aujourd'hui, les médias font la part belle aux
prises de position de la majorité nationale, alors que celles de l'opposition
sont souvent réduites à la portion congrue. Ce sentiment que j'exprime de
manière abrupte et qui n'engage que moi ne plaira sans doute pas à tout le
monde ; mais je tiens à vous en faire part, car il correspond à ce que je
pense.
Je ne me fais donc aucune allusion quant à l'écho qu'aura mon intervention
dans la presse. Je sais en revanche que, demain, l'on tentera de caricaturer, à
partir des intentions de MM. Allouche et Duffour, la position de la majorité
sénatoriale. « La majorité sénatoriale est divisée sur le texte relatif au
cumul des mandats », pourrons-nous lire en gros titre ! « La majorité nationale
est très soudée », ce qui sous-entendra que la majorité nationale est soudée en
toutes circonstances.
Je remercie M. le président de la commission des lois, Jacques Larché d'avoir
mis le doigt sur le débat qui a agité la majorité plurielle à propos des 35
heures, et j'espère que les médias auront au moins l'objectivité d'en faire
état. Ce débat sur les 35 heures montre, mesdames, messieurs de la majorité
plurielle, que vous n'avez pas de leçon à nous donner en ce qui concerne
l'unité ou la division de la majorité sénatoriale, car vous avez fait la
démonstration, en descendant dans la rue, de votre division ! Alors, un peu de
scrupule, un peu d'amour-propre, et cessez de tenir des propos inconsidérés à
destination de l'opinion publique !
M. Michel Duffour.
Hors sujet !
M. Alain Vasselle.
Nous avons un débat, comme cela doit se passer dans une démocratie, et chacun
a le droit d'exprimer son point de vue. A moins que ce ne soit pas le cas dans
chacun de vos partis politiques et que tout le monde doive marcher au coup du
canon ?
(Protestations sur les travées du groupe communiste républicain et
citoyen.) En tout cas, au sein de la majorité sénatoriale, chacun a le
droit d'exprimer son point de vue personnel sur un sujet, et j'ai d'ailleurs
pris la précaution de dire, en défendant le sous-amendement n° 30 rectifié, que
mon propos n'engageait que moi et non mon groupe politique.
Cela étant, un certain nombre de mes collègues partageaient mon point de vue
et ma conviction ; mais il ne faut pas en déduire pour autant que l'ensemble de
la majorité sénatoriale était divisé sur ce texte. Nous avons une ligne
directrice que je partage et qui est la possibilité de cumuler un mandat
national et un mandat local.
D'ailleurs, je note, monsieur Allouche, que M. Delfau a défendu une position
identique à la nôtre, si ce n'est qu'il fixait un seuil à un niveau supérieur.
Or, que je sache, il appartient à votre sensibilité politique ! Alors, ne venez
surtout pas nous dire que, sur ce texte, nous sommes divisés alors que vous
êtes unis ! Démonstration a été faite, en effet, que tel n'est pas le cas !
Je tenais à insister sur ce point. En effet, je ne veux pas retrouver demain
dans les médias ce à quoi on peut s'attendre, c'est-à-dire une caricature des
propos et du comportement de la majorité sénatoriale !
(Applaudissements sur
les travées du RPR et des Républicains et Indépendants.)
M. le président.
Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° 4 rectifié, repoussé par le Gouvernement.
(L'amendement est adopté.)
M. le président.
En conséquence, l'article 2 est ainsi rédigé, et les amendements n°s 34, 31,
29 rectifié, 35 et 32 n'ont plus d'objet.
Article additionnel après l'article 2