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Allocution de M. Christian Poncelet, Président du Sénat, à l'occasion de la remise des insignes de Commandeur de la Légion d'honneur à M. Pierre de La Fouchardière,  mercredi 25 août 2004


Mon commandant,

C'est un très grand plaisir pour moi d'avoir l'occasion de vous remettre, aujourd'hui, la cravate de Commandeur de la Légion d'honneur à titre militaire.

C'est un geste auquel je tenais tout particulièrement depuis que je connais le rôle que vous avez joué dans la libération de notre Palais et de notre jardin.

C'est aussi l'occasion pour le Président du Sénat de rappeler, à travers vous, en ce soixantième anniversaire de la Libération, le souvenir de tous ceux - civils et militaires - qui sont morts pour la France dans ce jardin et à proximité de ces bâtiments.

Nous avons vu, tout à l'heure, que furent unis dans la mort, ici comme ailleurs, des soldats des troupes régulières arrivées au terme d'une longue aventure, des jeunes qui avaient rallié les Forces françaises de l'intérieur,  et des membres de la préfecture de police qui, dans un sursaut salvateur, avaient participé à l'insurrection de ce Paris désireux de se libérer, comme l'a dit le général de Gaulle, « par lui-même ».

En raison du rôle symbolique qu'il représentait comme siège d'un des commandements de la Luftwaffe, le Palais du Luxembourg était l'une des cibles désignées par votre chef, le futur maréchal Leclerc, que vous accompagniez depuis l'Afrique du Nord.

A vrai dire, dans cette vie que vous qualifiez à tort de banale, il n'y a pas eu de hasard puisque, si je suis bien renseigné, celle-ci a commencé près de Chatellerault, dans la Vienne. Puis elle vous a conduit à effectuer vos études primaires et secondaires à Saint Joseph de Poitiers sur les traces de Leclerc de Hauteclocque, ce Picard replié en Poitou en 1918, et de de Lattre de Tassigny, ce vendéen né à Mouilleron-en-Pareds comme Clemenceau.

Issu d'une famille « d'autrefois », dîtes-vous, enracinée dans la province française, vous faites partie de ceux qui n'ont pas hésité sur la conduite à tenir lorsque la France, votre France, fut vaincue en quelques jours. Vous n'avez pourtant ni entendu l'appel du 18 juin, ni combattu pendant la « drôle de guerre ». Engagé en 1939, vous fûtes ajourné car on vous trouvait trop maigre !

Votre engagement fut donc le plus pur des choix : un engagement personnel que vous cachez à votre famille quand vous partez sur votre bicyclette, le 1er mai 1941, désireux de rejoindre le général de Gaulle en Angleterre. Le récit que vous avez donné de votre aventure montre que ce n'était pas si simple alors d'arriver à destination.

Franchissant la frontière espagnole à pied, vous êtes interné à Barcelone puis à Madrid pendant plusieurs mois.

C'est grâce à la Grande-Bretagne et à ses représentants à Madrid que vous ralliez l'Angleterre, via Gibraltar, le 11 octobre 1941, soit près de six mois après votre départ.

Après une première tentative de coup de main avortée près de Bayonne, vous rejoignez, à Sabatha, en Libye, via Le Cap puis l'Egypte, une unité combattante, le 501e régiment de chars de combat, l'un des trois régiments de chars qui composeront la 2ème DB. Dès lors, votre odyssée s'identifiera à l'épopée du général Leclerc dont vous assurez la protection à la tête d'un peloton de chars légers, au sein d'un escadron placé sous la houlette du capitaine Alain de Boissieu.

Vous retrouvez la France au mois d'août 1944 et, le 25 août, vous foncez vers Paris où vous est confiée la mission de reconnaître le Luxembourg. A 7 heures, vous êtes avenue d'Orléans. Votre mission s'inscrit dans la volonté de bloquer les nombreux Allemands et leurs chars qui se trouvent dans le Luxembourg afin de laisser Leclerc libre de ses mouvements à la gare Montparnasse.

Vous faites le coup de feu devant l'Ecole des Mines et c'est là que vous remarquez un jeune garçon de 14 ans qui brave les balles pour porter secours à l'un de vos hommes blessé à mort.

Vous saurez plus tard que ce jeune homme était Claude Rich. Le destin voulut que ce même Claude Rich joua votre propre rôle dans le film « Paris brûle-t-il ? » mais aussi celui de votre chef, Leclerc. La réalité dépasse la fiction...

Vous poursuivez la campagne de France, pendant l'hiver, en Alsace, où vous êtes grièvement blessé le 26 janvier 1945.

Cher Pierre de La Fouchardière, vous faites partie de ces héros modestes, qui tel Cincinnatus, déposent les armes, la guerre terminée, pour reprendre la charrue.

Après avoir servi quelque temps sur recommandation de Leclerc comme conseiller technique au cabinet du résident général au Maroc, vous revenez en France pour reprendre l'élevage du mouton dans la propriété familiale du Poitou.

Marié, père de six enfants, vous travaillez ensuite à la société Beghin, dans la région lilloise où vous prenez votre retraite en 1981 comme chef du service commercial. Vous exercerez ensuite, pendant sept ans, les fonctions de secrétaire général de la Croix rouge de Lille et de sa région.

Vice-président des Anciens du 501e, vous avez aujourd'hui dix-neuf petits-enfants à qui vous transmettez un seul message : « La vie nous apprend tous les jours que rien n'est jamais perdu. Les optimistes ont toujours raison. ».

C'est un honneur et un bonheur que cet optimisme vous ait conduit jusqu'à nous. Qu'il me soit permis, en ce jour, de dire que face au danger et face au devoir, il n'y a ni héros, ni obscur, ni riche, ni pauvre, seulement des êtres qui savent se reconnaître, car ils ont reconnu avant les autres, où est l'honneur, où est la liberté, où est le salut de la patrie.

Tous les membres de votre famille et, en particulier votre épouse à qui j'adresse mes hommages respectueux, peuvent être fiers de vous.

Merci donc au nom du Sénat de la République et, à travers vous, merci à vos camarades qui vous ont quitté et vers qui vous me permettez en cet instant de joindre ma pensée fraternelle à la vôtre.

Commandant Pierre de La Fouchardière, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous sommes heureux et fiers de vous faire Commandeur dans l'Ordre National de la Légion d'Honneur.



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