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INAUGURATION DE L'EXPOSITION "RAPHAEL : GRACE ET BEAUTE"

(lundi 8 octobre 2001, salons de Boffrand de la Présidence du Sénat)


Monsieur le Président du Sénat de la République Italienne,

Monsieur le Premier ministre, Chancelier de l'Institut de France

Monsieur le Directeur général du Patrimoine,

Messieurs les Ambassadeurs ,

Mes chers collègues,

Messieurs les Présidents,

Mesdames et Messieurs,

Mes premiers mots seront pour vous souhaiter la plus cordiale bienvenue et pour dire au peuple italien et à ses représentants la solidarité du Sénat français après la catastrophe de Milan. Monsieur Giuliano Urbani, ministre des activités et des biens culturels, qui est milanais, devait être parmi nous ce soir et a été retenu par ce terrible drame. Monsieur le Président du Sénat, Monsieur le Directeur Général du Patrimoine, je vous exprime, au nom de mes collègues toute notre sympathie dans cette épreuve.

Peu après la mort de Raphaël, Vasari écrivait qu'il était un Dieu mortel et que la peinture était devenue aveugle. Il disait de lui qu'il fut le seul à peindre cette beauté suprême qui a pour nom la Grâce. Casanova, bon juge, estimait que personne ne l'avait jamais dépassé dans la beauté des figures. Notre regretté historien de l'Art, André Chastel, écrivait qu'il fut le seul à atteindre à la dimension métaphysique de la beauté.

Pour Raphaël, Mozart de la peinture, comète dans le ciel de la Renaissance, seuls les superlatifs sont concevables. Cette exposition est aussi exceptionnelle.

Tant de tableaux légendaires, jamais venus en France et, pour certains, jamais sortis de leur Musée. Des portraits jamais réunis depuis cinq siècles. Le peintre dont le génie suprême, parmi tous ses talents, fut d'exprimer dans le portrait la Grâce et la Beauté ne pouvait rêver meilleur hommage que cette exposition qui réussit le miracle de réunir ces chefs d'oeuvre.

Vous devinez donc que sont aussi à leur sommet, et notre fierté et notre reconnaissance, d'accueillir cette magnifique et exceptionnelle exposition, « Raphaël, Grâce et Beauté », que vous venez de découvrir.

Mes remerciements vont d'abord au Commissaire général Claudio Strinati - et à son équipe- qui a réalisé ce qu'il a eu, sans doute le premier et peut-être le dernier, l'audace de croire possible, une exposition consacrée à Raphaël. J'exprime ma gratitude à tous les membres du comité scientifique, le plus prestigieux possible sur le sujet, de leur intense travail et de leur contributions profondes et brillantes au magnifique catalogue qu'a édité, avec son savoir faire habituel SKIRA.

Je remercie du fond du coeur et avec émotion tous les directeurs de Musée ici présents qui ont accepté de nous prêter des oeuvres exceptionnelles, qui ont fait le sacrifice de décrocher de leurs murs des oeuvres qui sont, même parmi d'immenses richesses, la gloire de leur musée et qui depuis des siècles, n`en ont pas bougé. Qu'ils sachent que le Sénat mesure le prix du cadeau que vous lui faîtes.

Je tiens aussi à féliciter tous ceux qui ont rendu ce projet possible, en vous priant de m'excuser de ne pouvoir les citer tous. Madame Patrizia Nitti, tout d'abord dont l'expérience des échanges culturels et le talent de négociation ont donné des résultats si magiques qu'elle fut autant une ambassadrice de la culture italienne en France qu'une sorte de fée. Monsieur Sylvestre Verger, organisateur remarquable, dont l'ingéniosité et la rigueur ont permis, depuis l'exposition Rau, la renaissance du Musée du Luxembourg. Monsieur Laurent Guinamard, architecte à l'immense talent, qui a réussi -vous l'avez constaté- le défi intimidant de trouver une scénographie pertinente pour des oeuvres d'exception.

Vous le voyez, l'importance des efforts considérables déployés de longue date exclut tout à fait, comme l'ont supposé quelques journalistes, que l'affichage de la Fornarina sur tous les murs de Paris, soit seulement un hommage improvisé par le Sénat en l'honneur des femmes qui viennent de le rejoindre aux dernières élections

Mes remerciements vont enfin à l'Italie et à ses dirigeants que le Sénat est honoré de recevoir ce soir. Monsieur le Directeur Général du Patrimoine, nous savons que rien de tout cela n'aurait été possible si le ministre et vous-même n'avaient décidé de répondre favorablement à notre pari et d'être ainsi en quelque sorte les dignes successeurs des Médicis, en revenant dans ces murs pour y projeter à nouveau les lumières de l'Italie.

La présence ici ce soir d'éminents écrivains, hommes d'affaires, architectes, de personnalités des Arts et des lettres, vous montrent que nous avons souhaité donner à cette inauguration le caractère puissant d'un acte d'amitié et d'amour envers votre pays.

Monsieur le Président du Sénat, je vois, au-delà de cet événement culturel, comme une signification politique à notre rencontre. Elle scelle les relations privilégiées entre nos deux Assemblées, réunies dans l'Association des Sénats d'Europe qui préfigure un Sénat européen. Elle rappelle la solidarité profonde des pays de l'Europe latine qui doivent davantage faire entendre leur voix dans l'Europe unie dont ils ont largement inspiré les valeurs et enrichi le patrimoine, notamment pour défendre une exception culturelle qui est la condition de la diversité du monde.

Elle rappelle que le Sénat italien aussi a organisé dans ses murs des expositions prestigieuses et que nous réunit avant tout l'idée qu'il n'est pas de politique qui vaille, de sagesse, puisque c'est le propre du Sénat, sans un profond respect des cultures qui seules nous donnent un supplément d'âme. Oserais-je discerner, dans la sage manière dont nos Sénats font les lois, quelque chose de « cette apparente désinvolture dont parle Balthasar Castiglione, synthèse supérieure de naturel et d'élégance, d'art et de vie , qui cache l'art et qui montre que ce que l'on dit est venu sans peine et sans y penser ».

En ces temps d'obscurantisme, au seuil d'un siècle incertain, cet hommage à l'élégance suprême, à la Grâce et à la Beauté, ce retour de l'astre flamboyant qui illumine, au cours d'une vie brève et prodigue, que l'on aimerait croire perdue dans les excès de l'amour, l'âge d'or de la Renaissance prend involontairement comme le sens d'un acte de résistance et de foi. Peut-être n'est-ce pas rêver, puisque les membres mêmes de notre comité scientifique s'étonnent du miracle qu'est cette exposition et y voient l'effet de la Grâce, que cette Grâce et cette Beauté, ici rassemblées et concentrées, comme un principe actif, aient quelque effet sur les affaires du monde, et qu'elles nous invitent, nous, politiques, à l'équilibre, à la mesure et à une plus grande harmonie.




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