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CENTENAIRE DE L'ECOLE SUPERIEURE DE JOURNALISME DE PARIS

(jeudi 5 octobre 2000, à Paris)


Monsieur le Président,

Monsieur le Directeur,

Mesdames et messieurs et tout simplement,

Chers amis,

Ce que je dis d'autant plus facilement que je retrouve ici beaucoup d'amis,

Je souhaite tout d'abord vous souhaiter la bienvenue au Sénat et vous remercier d'avoir choisi notre Assemblée pour abriter le centenaire de cette école prestigieuse fondée par le fondateur de la sociologie, le grand Emile Durkheim.

On ne pouvait trouver en effet meilleure enseigne pour une école de journalisme que celui qui invitait à « considérer les faits comme des choses » !

L'an dernier, le Musée du Luxembourg accueillait une exposition intitulée : « le Sénat de la Vème République a quarante ans ». Vous comprenez donc que le Sénat, dans la force de la quarantaine, chaque jour innovant, souvent frondeur, s'incline avec respect devant des journalistes centenaires, qui parfois ne sont pas très indulgents pour nos audaces juvéniles.

Sans vouloir paraphraser Alain Juppé, qui avait déclaré après la grande tempête, avec un certain bon sens, qu'il faudrait cent ans pour remplacer les arbres centenaires abattus, je voudrais souligner que cette longévité est remarquable et qu'elle doit inviter à respecter les traditions les plus nobles du journalisme.

Ces traditions sont une réalité pour nos concitoyens. Je tiens à vous féliciter de l'heureuse initiative que vous avez prise avec le Point et l'Ipsos de réaliser ce sondage sur l'image de la profession. Il montre que nos concitoyens placent au premier plan les qualités d'impartialité et d'indépendance, ce qui prouve bien la noblesse du métier de journaliste.

De manière plus générale je constate que si les grands reporters font toujours rêver autant que les aventuriers de l'arche perdue, l'ensemble des journalistes bénéficie d'une image positive et en progression. Elle est évidemment meilleure hélas que l'image des politiques. Et sans doute meilleure que l'image que la plupart des politiques ont des journalistes.

Ce constat positif a peut-être son revers. Si autant de Français proclament leur attachement à l'objectivité, c'est peut-être qu'elle ne leur semble pas toujours respectée. Mais globalement, cette image est bonne.

Nous ne pouvons que nous en réjouir car les journalistes sont des médiateurs et la démocratie a besoin d'élus, de corps intermédiaires, de médiateurs. Ils jouent un rôle pédagogique, un rôle d'amortisseur.

Encore faut-il que la profession de journaliste puisse s'exercer dans de bonnes conditions et vous me permettrez d'aborder quelques sujets d'actualité.

D'abord l'AFP, à la veille du premier conseil d'administration après la démission d'Eric Giuily. La seule agence de presse non alignée, la seule grande agence francophone est menacée. Son développement est une question d'intérêt national. Il y va de ma maîtrise de nos sources d'informations. La situation actuelle prouve une fois de plus que le Gouvernement n'a pas le courage de prendre les décisions difficiles et qu'il laisse les choses décliner progressivement. J'ajoute, pour ne pas viser ce seul gouvernement que cela montre la médiocrité de l'Etat actionnaire. On peut déplorer que l'Etat soit actionnaire. Mais quand il l'est, il n'est pas admissible qu'il soit dirigé de fait par des chefs de bureau du budget et qu'il s'avère incapable d'investir les sommes qu'un opérateur privé mettrait pour gagner de telles batailles.

Ensuite Internet. Le sondage montre que ces nouvelles techniques n'ont pas encore modifié les habitudes des Français. En revanche, cela pose des questions nouvelles pour les journalistes, dont les écrits sont exploités sur des sites dans des conditions hasardeuses. Je crois qu'en cette matière, il n'est pas besoin de loi nouvelle mais d'une application intelligente du corpus du droit d'auteur. C'est ce que la Société civile des auteurs multimédias a mis au point et je crois que ce compromis doit s'imposer.

Le numérique, c'est aussi les télés locales. Le Sénat a voulu que la loi audiovisuelle traite du numérique et ne se limite pas avec vingt ans de retard à l'organisation de France-Télévision. Devant l'évidence, le gouvernement a été obligé de nous suivre, même s'il s'est cru obligé d'inventer un système bancal pour ne pas subir l'humiliation de reprendre celui du Sénat. Mais je me dois d'exprimer des inquiétudes :

La première est budgétaire. Madame Trautmann a pu faire passer sa réforme parce qu'elle a désarmé les inquiétudes des milieux audiovisuels par des mesures budgétaires dans le budget 2000 et en accordant au service public ce que le Sénat réclamait : le remboursement des exonérations de redevances. Malheureusement, le budget 2001 justifie toutes nos craintes. Les promesses faites ne sont pas honorées. L'enveloppe du numérique de France-Télévision n'est pas fixée et l'on peut s'inquiéter, surtout en période préélectorale, de voir que le gouvernement a choisi de retenir les crédits de l'audiovisuel avec un élastique.

Ma seconde inquiétude - que mon ami Jean-Charles Bourdier connaît bien - tient à la presse locale et aux télés locales. Il ne faut pas que ce qui s'est passé pour la radio se reproduise et que celles-ci soient avalées par de grands réseaux uniformes. Nous avons besoin de médias locaux dynamiques et en concurrence. A ce jour, le modèle économique du développement des télés locales et de l'avenir de la presse quotidienne régionale n'est pas trouvé. Il nous faut l'inventer ensemble

Enfin, ma dernière remarque tient aux affaires récentes. Sans méconnaître le retard que nous avions en matière de journalisme d'investigations, je dois dire que cette dérive est inquiétante. Nos lois nous protègent heureusement des atteintes à la vie privée et nous évitent les caniveaux de la presse britannique. Il n'en reste pas moins que le niveau du débat public s'abaisse.

Il m'est agréable de vous souhaiter de réussir, dans les premières années de votre prochain centenaire, à former des journalistes qui sauront trouver le juste équilibre.

Bon anniversaire !




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