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commission des affaires économiques |
Projet de loi Protection et souveraineté agricoles (1ère lecture) (n° 689 ) |
N° COM-440 11 juin 2026 |
AMENDEMENTprésenté par |
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MM. GONTARD et SALMON, Mme GUHL et MM. JADOT, DANTEC et FERNIQUE ARTICLE 14 |
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Supprimer cet article.
Objet
Le présent amendement vise à supprimer l’article 14 du projet de loi d’urgence agricole.
Premièrement, cet article n’est pas justifié. En effet, les dispositions législatives et réglementaires existantes permettent déjà la mise en œuvre de mesures de gestion des populations de loups en France, par arrêtés ministériels. Le Conseil d’État relève ainsi que « les dispositions proposées, qui ne relèvent pas du niveau de la loi, ne sont pas nécessaires pour lui permettre d’atteindre l’objectif poursuivi par le projet de loi » et propose de ne pas retenir les dispositions de cet article, qu’il estime « ni nécessaires, ni opportunes ».
Nous connaissons que trop bien des éleveurs et éleveuses qui se sentent légitimement désarmés et abandonnés face au loup et la prédation. Toutefois, ces dernières années, et à travers ce projet de loi, le Gouvernement répond à une situation complexe par des mesures simplistes, court-termistes et surtout non éprouvées. Cela ne pourra jamais constituer une réponse politique satisfaisante, pour à la fois protéger notre élevage, notamment pastoral, et pour assurer un état de conservation favorable du loup.
L’article 14 révèle une approche uniquement comptable de l’espèce nonobstant le fait que la politique de gestion de l’espèce est une prérogative du ministère de la Transition Écologique. De surcroît, le prélèvement d’un pourcentage déterminé de loups n’impacte que très marginalement le nombre d’attaques qui touchent les cheptels. Aussi nous nous interrogeons sur la place de cet article dans une loi agricole…
Ces dispositions sont par ailleurs inquiétantes, tant elles ne prennent pas en compte les connaissances scientifiques les plus récentes. En effet, selon les chiffres de l’État (DREAL), il y a une stabilité depuis plusieurs années dans les départements de présence historique de l’espèce. Les dommages augmentent dans les nouveaux départements prédatés où la majorité des troupeaux n’est pas protégée. Ces données démontrent l’efficacité de la protection et démentent concrètement l’affirmation dangereuse de la ministre que « la protection n’est pas une solution ». Entre 2017 et 2025, alors que la population du loup a été multipliée par trois, pour atteindre plus de 1000 individus, le nombre de victimes animales a stagné – autour de 12 000 par an. Là où la présence de l’espèce est historique, cette diminution s’explique « par le déploiement massif de mesures de protection encouragées et financées par l’État », selon l’étude d’impact du projet de loi.
Sans utilisation de mesures de protection (clôtures, chiens de protection, gardiennage etc.), les tirs ne sauraient donc avoir un impact réellement positif. Un constat également présent dans l’étude d’impact du projet de loi, qui révèle que les tirs de défense des troupeaux sont loin d’être la mesure la plus efficace face au loup : « au-delà de la déstructuration sociale des meutes provoquée par les tirs qui peut conduire les individus suivants du groupe à multiplier les attaques, on observe souvent le remplacement des individus prélevés par des loups dispersants venus de territoires voisins. Le tir létal est une mesure « de dernier recours » ».
La simplification des protocoles de tir, si elle n’est pas adossée à des recommandations scientifiques et à minima ajustée aux contextes locaux risque ainsi d’être une solution de mal-adaptation, qui ne bénéficiera ni à la biodiversité, ni aux éleveurs.
Enfin, la construction d’une cohabitation apaisée entre les activités humaines et le loup mérite un débat global, axé notamment autour d’une bien meilleure connaissance scientifique de l’espèce et donc des moyens et un cap pour la recherche.
Pour toute ces raisons, le groupe Écologiste, Solidarité et Territoires propose la suppression de cet article sans portée juridique qui relève plus de la communication politique populiste que de la recherche de solutions pour le pastoralisme.