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Modernisation de la dissuasion nucléaire

Dernière mise à jour le 28 juin 2017
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Mercredi 28 juin 2017, Xavier PINTAT et Jeanny LORGEOUX ont présenté à la presse leur rapport sur "La nécessaire modernisation de la dissuasion nucléaire" fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées.

Retour en trois questions avec les auteurs du rapport.

 

 

Trois questions à Xavier PINTAT et Jeanny LORGEOUX, auteurs du rapport d'information "La nécessaire modernisation de la dissuasion nucléaire  (29 juin 2017)

 

  Vous publiez un rapport d’information sur la nécessaire modernisation de la dissuasion nucléaire, la dissuasion nucléaire est-elle toujours d’actualité ?

 

Jeanny LORGEOUX : Elle ne cesse de l’être et sa modernisation continue est nécessaire dans un monde dangereux et incertain.

Cette conviction repose sur l’appréciation que nous faisons de l’évolution des menaces, qui ne se résument malheureusement pas au seul terrorisme islamiste. Force est bien de constater la résurgence des menaces de "haut du spectre" - tenant à la Russie, dont la remontée en puissance comporte un fort volet nucléaire, mais aussi à d’autres États dotés de l’arme atomique, comme la Chine, l’Inde ou le Pakistan. Ceci nous rappelle que seule la dissuasion peut nous préserver d’un éventuel chantage nucléaire et nous permettre de conserver notre liberté d’action. Nous ne pouvons oublier également la menace d’autres États  dits "du seuil", comme l’Iran ou la Corée du Nord, qui ont cherché ou cherchent à mettre en œuvre des armements nucléaires et des missiles balistiques.

Nous devons également prendre en considération les incertitudes pesant sur nos alliances traditionnelles depuis le Brexit et l’élection de Donald Trump. Les déclarations contradictoires de ce dernier pourraient annoncer un moindre investissement des États-Unis au profit de leurs alliés et un affaiblissement du concept américain de 'dissuasion élargie'.

Enfin, les évolutions technologiques à l’œuvre dans le monde, la prolifération des systèmes de déni d’accès, de cyber-attaques offensives, et le développement potentiel de frappes antisatellites imposent une actualisation du niveau technique de nos outils de dissuasion pour garantir leur crédibilité.

Tout ceci montre la nécessité de disposer d’une dissuasion autonome, crédible et moderne. Cela n’implique pour la France aucune course aux armements, cela se situe dans l’application rigoureuse du principe de stricte suffisance. Sans modernisation continue des outils en fonction de l’évolution des menaces, c’est la capacité à dissuader qui serait compromise.

 

  En quoi devrait consister cette modernisation ?

 

Xavier PINTAT : Nous venons d’achever un cycle complet de modernisation des moyens des composantes océanique et aéroportée.  Il s’agit maintenant de se projeter sur les moyens futurs qui leur succèderont, car la dissuasion se pense dans le temps long. Les décisions d’investissement devront être prises dès la prochaine loi de programmation militaire. Les grands rendez-vous identifiés dans le rapport se situent dans le courant des années 2030, avec la mise en service, à cette échéance, du sous-marin nucléaire lanceur d’engin de troisième génération, des successeurs des missiles balistiques M-51.3 et du missile de croisière ASMP-A, ainsi que la modernisation éventuelle de la flotte d’avions de combat.

À plus court terme, la modernisation de la flotte des avions ravitailleurs va être réalisée avec le remplacement d’ici 2025 des C135 à bout de souffle par des MRTT.

Si nous voulons conserver une capacité crédible de dissuasion, les outils doivent être modernisés. Il s’agit de préserver nos capacités de pénétration et d’invulnérabilité, mais aussi la permanence de la dissuasion, qui ne peut être exercée par intermittence.

 

  Cet investissement est-il soutenable à l’heure où le budget de la défense est fortement sollicité ?

 

Xavier PINTAT : La modernisation de la dissuasion nucléaire est soutenable financièrement. Elle requiert toutefois un effort budgétaire pour porter de 3,9 milliards d’euros en 2017 à 5,5 ou 6 milliards d’euros en 2025, à valeur constante, les crédits qui lui sont consacrés. Cette progression s’intègre logiquement dans l’effort d’ensemble à consentir au profit du budget de la défense, tendant à porter celui-ci à hauteur de 2 % du PIB en 2025, hors pensions et hors "surcoût OPEX", d’après les engagements du Président de la République.

L’important, pour des raisons opérationnelles, mais également pour maintenir le niveau de compétence dans les filières industrielles stratégiques, est que ces investissements puissent être menés selon le calendrier requis.

Selon nos projections,  compte tenu de l’augmentation prévue à l’horizon 2025 pour le budget de la défense, la part des crédits consacrés à la dissuasion dans l’ensemble de ce budget restera stable, à hauteur de 12 % environ, ce qui ne créera donc pas d’effet d’éviction au détriment des autres fonctions stratégiques opérées par nos armées.

Conférence de presse (28 juin 2017)

 

Mercredi 28 juin 2017, sous la présidence de Jean-Pierre RAFFARIN, Xavier PINTAT et Jeanny LORGEOUX ont présenté à la presse leur rapport d'information, fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, "La nécessaire modernisation de la dissuasion nucléaire".

La modernisation de la dissuasion nucléaire est un processus permanent. Depuis que la France a fait ce choix en 1964, elle n’a cessé d’en faire évoluer les outils pour les adapter au niveau de la menace, afin de dissuader tout État qui menacerait de porter atteinte à ses intérêts vitaux, en étant en mesure de lui infliger, en permanence et en toutes circonstances, des dommages inacceptables.

Au cours de la prochaine loi de programmation militaire, la France aura à conduire les premières étapes du renouvellement de sa composante océanique avec une nouvelle génération de sous-marin et une nouvelle version du missile M-51, mais aussi à préparer, pour le milieu de la prochaine décennie, le renouvellement de sa composante aéroportée, ce qui nécessite dès maintenant la poursuite et le lancement de programmes d’études amont. Pour y parvenir, elle devra progressivement augmenter de façon significative jusqu’en 2025, le montant des ressources du budget de la défense qu’elle consacre, chaque année, à la dissuasion.

À l’aube de choix cruciaux pour la Nation, qui l’engageront pour plusieurs générations, la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, a souhaité évaluer la pertinence de ces choix et des modalités de leur financement, au moment où, globalement chacun reconnaît que, face à la montée des menaces, l’effort consenti par la Nation pour sa défense reste insuffisant et devrait sensiblement augmenter.