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Prévention de la perte d'autonomie

Dernière mise à jour le 25 mars 2021
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Mercredi 17 mars 2021, la commission des affaires sociales a adopté le rapport d'information de Bernard BONNE et de Michelle MEUNIER sur la prévention de la perte d'autonomie.

Retour sur ce sujet en 3 questions avec les auteurs du rapport

 

Mercredi 15 janvier 2020, la commission des affaires sociales a entendu Myriam EL KHOMRI sur le grand âge.

Adoption du rapport sur la prévention de la perte d'autonomie (17 mars 2021)

 

À l'issue de la présentation par Bernard BONNE et Michelle MEUNER des conclusions du rapport qui leur a été confié sur la prévention de la perte d'autonomie, la commission des affaires sociales, présidée par Catherine DEROCHE, a adopté leur rapport d'information.

Trois questions à Bernard BONNE et à Michelle MEUNIER, auteurs du rapport d'information sur la prévention de la perte d'autonomie (22 mars 2021)

 

  Encore un nouveau rapport sur le grand âge ?

 

Michelle MEUNIER : il est vrai qu’avec le rapport de la concertation grand âge et autonomie, celui de Myriam EL KHOMRI, et les missions qui viennent d’être confiées à nouveau à Luc BROUSSY et à Dominique LIBAULT sur l’adaptation des logements et la création de guichets uniques, la documentation s’amoncelle… à mesure que s’éloigne le projet de loi grand âge et autonomie ! Notre mission porte toutefois sur un aspect particulier, peu étudié à ce jour, qui est celui de la prévention de la perte d’autonomie. C’est un pan de l’action publique encore sous-estimé, pourtant essentiel pour une population dont le vieillissement sera tiré par les tranches d’âge les plus élevées, les plus de 75 ans.

Bernard BONNE : c’est en outre un phénomène complexe à appréhender. La gériatrie elle-même semble hésiter entre deux approches : d’une part la prévention primaire, qui repose en l’espèce sur le "trépied préventif" valable pour tous, composé d’une alimentation saine, d’exercice physique suffisant et d’un maintien de l’activité intellectuelle et sociale. D’autre part la prévention plus ciblée, qui ambitionne de repérer la fragilité des personnes vieillissantes. Il nous semble que ces approches sont plus complémentaires que concurrentes. Elles appellent en tout cas des politiques difficiles à conduire, car nécessairement transversales.

 

Que penser de la politique de prévention de la perte d’autonomie conduite à ce stade ?


Bernard BONNE : notre constat est d’abord qu’il n’y a pas de politique de prévention de la perte d’autonomie digne de ce nom, il y a un ensemble d’acteurs qui exercent leurs missions respectives de leur côté : l’assurance retraite pour les rendez-vous de passage à la retraite et les aides sociales, les départements pour l’évaluation et la conception de plans d’aide personnalisés, l’agence nationale de l’habitat pour financer l’adaptation du logement, l’assurance maladie et le ministère de la santé pour l’efficience des prises en charge sanitaires, etc. Et cela se comprend, car la prévention de la dépendance est par nature multifactorielle. Les stratégies nationales ont donc à ce jour hésité entre le catalogue de fiches de bonnes pratiques à diffuser et actions concrètes ponctuelles. Récemment, c’est sur le repérage de la fragilité que mise le ministère de la santé, au moyen d’outils numériques en effet prometteurs, issus du programme Icope de l’OMS.

Michelle MEUNIER : il nous semble qu’il y a matière à mieux structurer les actions existantes. Au plan national, en se dotant de véritables plans d’action dotés d’objectifs aux résultats évaluables, et d’une gouvernance appropriée, comme l’ont été les derniers plans Cancer ou Alzheimer, ainsi qu’en donnant à la nouvelle branche autonomie les moyens de jouer son rôle de pilote de la politique de prévention en élargissant son périmètre. Au plan local, le département devrait jouer un rôle plus important d’organisateur des prises en charge, en lien avec les communes et les CCAS. Il conviendrait en outre de mieux articuler avec les priorités nationales l’action des conférences des financeurs de la prévention de la perte d’autonomie, créées par la loi d’adaptation de la société au vieillissement de 2015, et d’améliorer leur fonctionnement.

 

Quelles sont vos autres propositions ?

 

Michelle MEUNIER : outre la structuration des actions existantes, nous proposons de rénover les outils d’évaluation de la dépendance, car la grille AGGIR ne satisfait personne, dans la perspective de créer une prestation universelle prenant mieux compte les besoins, par nature évolutifs, des personnes vieillissantes. Nous pensons en outre qu’il faut miser davantage sur la surveillance médicale autour de 75 ans en rendant obligatoire des visites qui pourraient être effectuées par des infirmiers, des kinésithérapeutes, des ergothérapeutes et/ou des psychologues, afin de proposer des solutions complètes, allant des aides à domicile à l’adaptation du logement en passant par l’offre de loisirs. Nous insistons d’ailleurs sur l’importance des activités sportives, mais aussi sociales et intellectuelles, trop peu soutenues aujourd’hui, et qui devraient appeler une mobilisation beaucoup plus forte des ministères de sports et de l’enseignement supérieur.

Bernard BONNE : Une grande partie de la prévention repose aussi sur une prise en charge adaptée et, partant du constat que les Français souhaitaient vieillir à domicile, nous nous sommes en outre intéressés – à distance hélas en raison de l’épidémie de covid-19 – au modèle danois et aux alternatives à l’institutionnalisation tel le village Alzheimer de Dax, dans les Landes.  Songez que le Danemark a arrêté de construire des Ehpad en 1987 ! La priorité mise sur la prise en charge à domicile fonctionne là-bas très bien, dont les seniors ressortent régulièrement des sondages comme les plus heureux du monde. Nous pensons donc qu’il faut se fixer un objectif d’arrêt de construction d’Ehpad, écrire dans la loi la priorité de la prise en charge à domicile, et développer massivement l’habitat intermédiaire et inclusif, tout en ouvrant sur le monde extérieur les établissement qui demeureraient – car il en faudra sans doute toujours pour les personnes très dépendantes. Le doute est d’autant moins permis depuis la pandémie : la ségrégation des personnes est assurément un facteur de vieillissement accéléré.

 Les travaux de la commission des affaires sociales sur le grand âge

 

Audition de Myriam EL KHOMRI (15 janvier 2020)

Mercredi 15 janvier 2020, la commission des affaires sociales a entendu Myriam EL KHOMRI sur le grand âge.

 Comprendre les enjeux

 

Le 9 juillet 2018, à l'occasion de son discours devant le Parlement réuni en Congrès, le Président de la République avait annoncé l'inscription d'une réforme du grand âge et de l'autonomie au programme de travail du Gouvernement pour 2019. Une mission a alors été confiée à Dominique LIBAULT pour établir un diagnostic appuyé sur une large concertation et formuler des propositions.

Recevant le "rapport LIBAULT", le 28 mars 2019, Agnès BUZYN, ministre des solidarités et de la santé, a annoncé le lancement d'une mission sur les métiers de la prise en charge de la perte d'autonomie, peu avant que le premier ministre ne confirme, dans son discours de politique générale de juin, l'intention du Gouvernement de déposer un projet de loi avant la fin de l'année.

De juillet à octobre 2019, Myriam EL KHOMRI a ainsi piloté les travaux d'une équipe projet - composée d'experts, d'élus, de représentants de fédérations et de services à domicile - sur l'attractivité des métiers du grand âge. Son rapport a été remis le 29 octobre 2019 à Agnès BUZYN.

Reprenant les estimations de la Drees de 2013 selon lesquelles le nombre de personnes âgées dépendantes atteindra presque 1,5 million en 2025, le rapport estime que la France aura besoin de former plus de 350 000 professionnels du grand âge d'ici 2024 : 260 000 pour compenser les départs en retraite et combler les vacances de postes, et 93 000 pour faire face au vieillissement et augmenter le taux d'encadrement des personnes en perte d'autonomie.

La prévention de la perte d’autonomie reste l’angle mort des politiques du grand âge comme des travaux commandés par le Gouvernement pour alimenter la réforme promise depuis 2018. L’accent mis par la dernière stratégie nationale sur le repérage de la fragilité ne doit pas occulter la prévention et l’objectif d’aider chacun à vieillir heureux, c’est‑à‑dire, pour la plupart, chez soi.

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Photo © pxhere CC0 Domaine public