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Pair de France
Seconde
Restauration - Nommé à la Chambre des pairs par Louis XVIII le 5 mars
1819
Monarchie de juillet - Prête serment à Louis-Philippe (1830)
Pair de France
Biographie mise à jour le 20 novembre 2020.
La notice biographique tirée du dictionnaire « Robert et Cougny » figure infra.
ANTOINE DE LAFOREST
Antoine René Charles Mathurin de Laforest (ou La Forest) naquit le 7 août 1756 à Aire-sur-la-Lys, en Artois. Il était le fils de Jacques de Laforest, capitaine major en garnison dans la ville, et de Catherine Hecquet. La maison de Laforest était une famille noble originaire - les sources divergent sur ce point -, du Maine ou du Limousin (1).
A. de Laforest fut envoyé aux alentours de 1770 à Paris, au collège Louis-le-Grand, où il montra de grandes facilités pour l'écriture, n'hésitant pas, dès le collège, à publier des nouvelles dans quelques journaux littéraires. Remarqué par son parrain, le marquis Antoine-René d'Argenson de Paulmy - lui-même écrivain et diplomate - Laforest entra dans le régiment de Hainaut en 1772 comme sous-lieutenant avant d'être intégré parmi les élèves diplomates (2).
Après plusieurs années de formation, le jeune homme partit pour l'Amérique rejoindre le marquis Anne César de La Luzerne, premier ambassadeur de France auprès des jeunes États-Unis, en guerre contre l'Angleterre. D'abord secrétaire de légation, Laforest devint rapidement vice-consul en Géorgie, consul à Charleston puis à New-York (1783), poste qu'il conserva jusqu'en 1792. L'année de son installation à New-York, il épousa Catherine Marie Le Cuiller de Beaumanoir (1763-1841), qui le rejoint au nouveau monde. Révoqué en 1792, il gagna Paris pour plaider sa cause avec succès et fut renvoyé à son poste avec le même titre. De nouveau révoqué en 1794 pour avoir porté le deuil à l'annonce de la mort de Marie-Antoinette, Laforest resta quelques années aux États-Unis, se liant avec Talleyrand en émigration, en faisant fructifier ses grands domaines acquis dans les terres vierges de Virginie.
Lorsque Talleyrand obtint le ministère des Relations extérieures du Directoire, il fit venir Laforest comme homme de confiance, lui confiant la mission de remettre « de l'ordre dans l'organisation financière d'un ministère fortement endetté ». (3) Partie prenante du système quelque peu opaque mis en place par l'ancien évêque d'Autun, il fut bientôt envoyé au bureau des Postes pour y communiquer au ministre les lettres interceptées les plus sensibles. Désormais l'une des éminences grises de ce dernier, Laforest joua également le rôle de « gouverneur et d'espion » (4) auprès de Joseph Bonaparte durant la négociation des traités de Lunéville (1801) et d'Amiens (1802). Dans le sillage du traité de Lunéville, qui emporta une vaste réorganisation de l'aire allemande sous la tutelle de la France, Laforest fut envoyé à Ratisbonne pour, neuf mois durant, en surveiller l'application et presser le mouvement de cette immense braderie des princes.
Continuant sa carrière au sein du corps germanique dont il était devenu un excellent connaisseur, il fut nommé en 1803 ambassadeur à Berlin pour veiller à ce que le roi Frédéric-Guillaume III conserve sa neutralité à l'égard de la France. L'enlèvement du duc d'Enghien dans une terre germanique puis son exécution à Vincennes causèrent un grand émoi à la cour de Prusse, y fragilisant sensiblement la position de l'ambassadeur de France qui réussit toutefois, avec le concours du général Duroc, à élaborer, en décembre 1805, une alliance franco-prussienne en échange d'une promesse de cession du Hanovre. Le parti anti-français étant parvenu faire changer d'avis le roi qui dénonça l'alliance six mois plus tard, la Prusse entra en guerre contre la France et contraignit Laforest à demander ses lettres de rappel. En récompense de ses services, Napoléon le nomma au Conseil d'État.
En 1807, Napoléon le désigna comme son représentant personnel en Espagne, auprès des généraux en chef Savary et Murat. Il avait pour mandat de tenir l'Empereur directement informé de la situation tant politique que militaire, mission qui fut prorogée auprès de Joseph Bonaparte lorsque ce dernier reçut, en juin 1808, la couronne d'Espagne. Tout à la fois ambassadeur de France et représentant personnel de Napoléon pour en appuyer les ordres auprès de son frère, Laforest se heurta régulièrement aux velléités émancipatrices de Joseph qui prétendait se conduire en véritable monarque espagnol. De retour en France du fait de l'avancée anglaise, Laforest fut chargé de négocier, en décembre 1813, le traité de Valençay qui restitua à Charles IV et Ferdinand VII la couronne d'Espagne.
Laforest fut appelé à Paris par Talleyrand lorsque ce dernier forma, en avril 1814, le gouvernement provisoire qui devait rendre la couronne aux Bourbons. Alors que les alliés étaient entrés dans Paris, Laforest reçut le portefeuille des Relations extérieures (3 avril-2 mai 1814), s'attachant à seconder Talleyrand dans les discussions de paix avec le tsar Alexandre. Un témoin au sein du Conseil de régence formé après le retour du comte d'Artois le dépeint alors : « Son attitude était un peu celle d'un ministre allemand ; on eût pu dire un vieux marquis, s'il avait eu moins de raideur. Son habit de soie richement brodé, ses dentelles, sa poudre, ses deux chaînes de montre chargées de breloques, et ses doigts couverts de bagues en diamants décelaient son origine diplomatique. » (5)
Élu député du Loir-et-Cher sous les Cent-Jours - ceci lui permit de se protéger des bonapartistes échaudés par sa trahison au profit des Bourbons -, Laforest fut nommé pair de France le 5 mars 1819, dans la grande « fournée » du duc Decazes. Élu secrétaire de la chambre pour la session de 1823, il se montra durant toute la Restauration, un orateur actif sur les sujets budgétaires, montant à de nombreuses reprises à la tribune du palais du Luxembourg (6). Il fut en outre élu commissaire pour l'examen de deux projets de loi. En vertu de l'hérédité de la pairie, il comptait bien transmettre celle-ci à son gendre, le marquis de Moustier qui, toutefois, mourut en 1830. Lors de son avènement en 1825, Charles X le nomma ministre d'État et membre du conseil privé. Laforest n'y siégea vraisemblablement pas. Après 1830, ayant prêté serment à Louis-Philippe, Laforest se fit moins assidu aux séances de la Chambre Haute, se retirant dans son château de Freschines, non loin de Blois. Il y vécut jusqu'à sa mort, le 2 août 1846.
Les Archives du Sénat ne gardent aucune trace marquante de son activité sénatoriale. Pour plus d'informations sur celle-ci, se référer aux registres des débats parlementaires conservés par la Bibliothèque du Sénat.
Bibliographie
- Jacques Macé, « Les ambassadeurs du consulat et de l'empire » dans Yves Bruley et Thierry Lentz, Diplomaties au temps de Napoléon, Actes du colloque des 24 et 25 mars 2014, Paris, CNRS éditions, 2014, pp. 141-152.
- Maurice Gobillon, « Le comte de Laforest, ambassadeur de France, propriétaire du château de Freschines », dans Mémoires de la société des sciences et lettres de Loir-et-Cher, n° 51, 1996, pp. 75-98.
- Emmanuel de Waresquiel, Un groupe d'hommes considérables, les pairs de France et la Chambre des pairs héréditaires de la Restauration, Paris, Fayard, 2006.
- Emmanuel de Waresquiel, Talleyrand, le prince immobile, Paris, Tallandier, 2003.
- Thierry Lentz, Joseph Bonaparte, Paris, Perrin, 2019.
- Frédéric Masson, Le département des Affaires étrangères pendant la Révolution, Paris, Plon, 1877.
- Notice biographique sur les nouveaux pairs de France nommés par l'ordonnance du 5 mars 1819, Paris, Gide et Fils, 1819.
- Eugène François d'Arnauld, baron de Vitrolles, Mémoires et relations politiques, Paris, Charpentier & Cie, tome 2, 1884.
- Tables analytiques de la chambre des pairs de France, sessions de 1823 à 1830, Bibliothèque et Archives du Sénat
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(1) Notice biographique sur les nouveaux pairs de France nommés par l'ordonnance du 5 mars 1819, Paris, Gide et Fils, 1819, p. 77. D'autres sources situent l'origine de la famille dans le Maine-et-Loire.
(2) Geoffroy de Grandmaison, Correspondance du Comte de Laforest, notice biographique, Paris, Librairies de la société d'histoire contemporaine, 1905, p. X.
(3) Emmanuel de Waresquiel, Talleyrand, le prince immobile, Paris, Tallandier, 2003, p. 281.
(4) Idem, p. 380.
(5) Eugène François d'Arnauld, baron de Vitrolles, Mémoires et relations politiques, Paris, Charpentier & Cie, tome 2, 1884, p. 41.
(6)Voir les tables analytiques de la chambre des pairs de France, sessions de 1823 à 1830, Bibliothèque et Archives du Sénat.
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Biographie extraite du dictionnaire « Robert et Cougny » :
LAFOREST (ANTOINE-RENÉ-CHARLES-MATHURIN, COMTE DE), représentant aux Cent Jours, ministre, pair de France, né à Aire (Pas-de-Calais) le 8 août 1756, mort à sa terre de Fréchines (Loir-et-Cher) le 2 août 1846, était, en 1772, sous-lieutenant au régiment de Hainaut. Il abandonna bientôt la carrière des armes pour entrer dans la diplomatie. Elève au département des affaires étrangères le 14 décembre 1774, il fut nommé, en 1779, secrétaire de légation aux Etats-Unis, puis vice-consul à Savannah, à Philadelphie et à New-York. Consul général de France aux Etats-Unis en 1788, il revint en France au mois de septembre 1793, et fut adjoint à Fauchet qui avait le titre de ministre plénipotentiaire. Ils furent révoqués tous les deux le 5 novembre an III, mais, l'année suivante (18 juillet 1797), Talleyrand, mis à la tête du département des Relations extérieures, confia à Laforest la direction de la comptabilité et des fonds. Directeur des postes à l'époque du Consulat, Laforest accompagna Joseph Bonaparte au congrès de Lunéville, en qualité de premier secrétaire de légation, et fut ensuite envoyé à Munich puis à la diète de Ratisbonne, comme chargé d'affaires extraordinaire. Grand-croix de la Légion d'honneur (19 vendémiaire an XII), il fut nommé ministre plénipotentiaire à Berlin le 1er mai 1805, et remplit ces fonctions avec honneur durant la campagne d'Austerlitz et les préliminaires de la guerre de Prusse. Il allait partir pour la Russie, quand il reçut l'ordre de se rendre à Madrid, en qualité d'ambassadeur, en 1808, après les événements d'Aranjuez. Il occupa cinq ans ce poste difficile, et fut créé comte de l'Empire le 28 janvier 1809. Rentré en France en 1813, il reçut la mission de négocier à Valençay, avec Ferdinand VII, le traité qui rouvrait à ce prince les portes de l'Espagne. Il fut nommé peu après grand-croix de l'ordre de la Réunion. A la rentrée des Bourbons, le roi lui confia par intérim le ministère des Affaires étrangères, du 3 avril au 12 mai 1814, et le chargea de préparer le traité de Paris. En récompense de ses services il reçut le grand cordon de la Légion d'honneur. Elu, le 11 mai 1815, représentant à la Chambre des Cent Jours, par le collège de département de Loir-et-Cher, avec 35 voix (51 votants, 180 inscrits), il fut nommé, à la seconde Restauration, ministre plénipotentiaire auprès des puissances alliées. Pair de France le 5 mars 1819, il devint en 1825 ministre d'Etat et membre du conseil privé. La révolution de 1830 le priva de ses emplois et dignités.
Extrait de la table nominative
Résumé de
l'ensemble des travaux parlementaires
de Antoine-René-Charles-Mathurin
LAFOREST
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