A. 2002-2003 : UNE PRESSE FRAGILISÉE PAR LE NOUVEAU RECUL DES RECETTES PUBLICITAIRES ET L'INEXORABLE DÉCLIN DE LA VENTE AU NUMÉRO
1. 2002 : une année « blanche » pour la presse en France
a) Un recul prononcé des recettes publicitaires et une stagnation des ventes
Les éditeurs de la presse écrite ont accusé un recul de 2% de leur chiffre d'affaires en 2002 , celui-ci passant de 10,56 milliards d'euros en 2001 à 10,35 milliards d'euros en 2002.
|
|
2000 |
% |
2001 |
% |
2002 |
% |
|
Chiffre d'affaires presse (millions d'euros) |
10,64 |
3,4 % |
10,56 |
- 0,8 % |
10,35 |
- 2,0 % |
|
Ventes au numéro |
3,79 |
- 0,5 % |
3,81 |
0,6 % |
3,74 |
- 2,0 % |
|
Ventes par abonnement |
2,08 |
2,2 % |
2,14 |
2,5 % |
2,21 |
3,5 % |
|
TOTAL VENTES |
5,87 |
0,4 % |
5,95 |
1,3 % |
5,95 |
0,0 % |
|
Publicités commerciales |
3,75 |
6,5 % |
3,60 |
- 4,0 % |
3,47 |
- 3,4 % |
|
Petites annonces |
1,02 |
10,7 % |
1,02 |
- 0,7 % |
0,93 |
- 8,7 % |
|
TOTAL PUBLICITÉ |
4,77 |
7,4 % |
4,61 |
- 3,3 % |
4,40 |
- 4,6 % |
Pour
2002, chiffres provisoires
• Le recul de 4,6 % des recettes publicitaires
Comme en 2001, la chute du chiffre d'affaires des éditeurs est
essentiellement liée à la morosité du marché
publicitaire. Il semble en effet que la faiblesse de la croissance
économique durant l'année 2002 se soit répercutée
sur le budget consacré par les annonceurs aux campagnes publicitaires.
Les recettes de
publicité commerciale
ont ainsi reculé de
3,4 % en moyenne. En effet, la conjoncture économique de
l'année 2002 est restée morose après une année 2001
marquée par le ralentissement de la communication publicitaire autour
d'Internet et de la téléphonie mobile. Ce repli a touché
la presse spécialisée, qu'elle soit grand public
(- 5,1 %) ou technique et professionnelle (- 15,1 %), mais
aussi la presse nationale d'information politique et générale
(- 4,2 %). Sur la période considérée, seule la
presse locale d'information politique et générale a vu ses
recettes commerciales progresser (+ 2,5 %).
De manière plus spectaculaire encore, le marché des
petites
annonces
s'est contracté de 8,7 % au cours de l'année
2002. La diminution de cette catégorie de recettes a
particulièrement affecté la presse nationale d'information
politique et générale (- 31,3 %), la presse technique
et professionnelle (- 15,2 %) et, dans une moindre mesure, la presse
locale d'information politique et générale (- 5,4 %).
La presse spécialisée grand public fait quant à elle
exception à la règle, les recettes liées aux annonces
augmentant même de 8,3 %.
La diminution des recettes issues des petites annonces est notamment
liée à la chute des
offres d'emplois
. Ainsi, selon
l'indicateur Manpower, calculé à partir des annonces parues dans
24 quotidiens nationaux et régionaux et dans six hebdomadaires, les
offres d'emploi à durée indéterminée auraient
baissé de 30 % en 2002, la chute atteignant même 44 %
dans le secteur de l'industrie.
Votre rapporteur tient par ailleurs à souligner que l'apparition des
journaux gratuits d'information politique et générale n'a pas
capté une part très significative du marché de la
publicité par voie de presse : le chiffre d'affaires des
« gratuits » ne représenterait que 0,2 % du
chiffre d'affaires publicitaire de l'ensemble du secteur.
En est-il de
même pour les ventes ? Rien n'est moins sûr.
• Une évolution contrastée des recettes de ventes
Les recettes de ventes (au numéro et par abonnement), quant à
elles, ne progressent plus depuis deux ans et stagnent au niveau des 5,9
milliards d'euros.
Les recettes issues des
ventes au numéro
, après une
légère augmentation en 2001, se sont ainsi repliées de
2 % en 2002, passant de 3,8 milliards d'euros à 3,74 milliards
d'euros.
En revanche, les recettes d'
abonnements
poursuivent leur remarquable
progression : elles représentent près de 37 % des recettes
de ventes en 2002, contre 31 % seulement en 1992. Cette évolution
commune à toutes les catégories de presse concerne notamment la
presse locale d'information politique et générale
(+ 5,4 %).
b) Diffusion et audience, des résultats contrastés
• La diffusion
Si la presse a connu une année 2002 difficile, force est tout de
même de constater qu'on est très loin de la catastrophe que
certains se plaisaient à annoncer l'an passé.
La diffusion de la
presse quotidienne nationale
accuse
néanmoins une baisse globale de 4,6 %.
Seuls trois titres de la presse quotidienne nationale d'information politique
et générale parviennent ainsi à augmenter leur diffusion
France payée, la plus forte hausse revenant à
La Croix
(+ 5,72 %) suivie par
Aujourd'hui en France
(+ 2,33 %) et
Le Monde
, qui conserve sa place de premier
quotidien national français avec 361 254 exemplaires de
diffusion France payée (+ 0,63 %) et
407 085 exemplaires de diffusion totale payée. A l'inverse, la
diffusion de
France Soir
s'effondre de 22,93 %.
Les quotidiens économiques
La Tribune
et
Les Echos
perdent
pour leur part quasiment la même quantité d'exemplaires : une
baisse de 6,23 % pour le premier contre 5,5 % pour le second.
La situation des
quotidiens régionaux et
départementaux
est en revanche plus homogène, la baisse
s'établissant pour cette famille à 2,7 %.
A l'exception de
La Dordogne Libre
, qui parvient à augmenter sa
diffusion de 3,76 % à 5 514 exemplaires, tous les autres
titres enregistrent une baisse de leur diffusion France payée en 2002.
Lyon matin
et
Nord Eclair
connaissent ainsi les plus fortes
baisses, avec respectivement - 14,93 % et - 10,49 %.
Même
Le Parisien
, dont la diffusion progressait
régulièrement ces dernières années, accuse une
baisse de 0,29 % à 360 000 exemplaires. Parmi les autres
principaux quotidiens régionaux,
Ouest France
régresse
légèrement (- 1,13 %), une tendance plus lourde pour
Sud Ouest
(- 4,6 %),
La Voix du Nord
(- 3,89 %) et
Le Progrès
(- 4,06 %).
La situation des
hebdomadaires régionaux
est, quant
à elle, toujours aussi hétérogène.
Dans le secteur des news magazines,
Le Nouvel Observateur
reste le titre
le plus diffusé et gagne sur la période examinée
0,35 % à 511 631 exemplaires contre 431 605
exemplaires pour
L'Express
(+ 0,48 %). En revanche, la
tendance s'inverse en matière de diffusion totale payée (France
et étranger) puisque
L'Express
(546 302 exemplaires) devance
Le Nouvel Observateur
(537 569 exemplaires).
Le Point
,
toujours troisième, voit sa diffusion France payée progresser de
2,42 % à 337 024 exemplaires. Par ailleurs,
Courrier
International
poursuit sa progression avec une hausse de 11,09 % de sa
diffusion France payée.
DIFFUSION 2002 DES NEWS MAGAZINES
|
|
2002 |
Évolution en %
|
|
|
|
DFP |
DFP + étranger |
|
|
Courrier international |
150 433 |
162 199 |
11,09 |
|
L'Express |
431 605 |
546 302 |
0,48 |
|
Le Monde 2 |
113 529 |
122 945 |
- 9,71 |
|
Le Nouvel Observateur |
511 631 |
537 569 |
0,35 |
|
Le Point |
337 024 |
356 588 |
2,42 |
|
Le Spectacle du monde |
37 434 |
38 234 |
- 10,22 |
|
Valeurs actuelles |
92 896 |
93 486 |
3,17 |
Source Diffusion contrôle
Dans les secteurs très touchés par la crise, la
presse
économique
et financière
accuse une baisse
de 10 %. Ainsi,
Entreprendre
(28 063 exemplaires) recule
de 23,5 %. Le leader reste
Le Particulier
avec 390 774
exemplaires, en dépit d'une baisse de 11,8 %, devant
Capital
(364 767 exemplaires, - 3,8 %),
Mieux vivre votre argent
(233 593 exemplaires, - 9,4 %),
Challenges
(229 709 exemplaires, - 6,1 %).
L'Expansion
réalise la meilleure progression de cette famille (+7,1 %)
à 149 850 exemplaires.
• L'audience
L'analyse des données fournies par l'étude menée par
Ipsos Média
pour l'EuroPQN et mesurant l'évolution de
l'audience
des différentes catégories de presse fait, elle
aussi, apparaître des différences entre ces dernières.
Ainsi, alors qu'elle avait connu deux années consécutives de
hausse, l'audience de la
presse quotidienne nationale
sur
l'année 2002 enregistre une baisse de 2,7 %, 8,5 millions de
personnes ayant ouvert un quotidien national, soit un Français sur cinq
et 17,8 % de la population française.
Comme l'an passé,
l'Equipe
demeure le quotidien national le plus
prisé des Français avec 2,4 millions de lecteurs par
numéro en moyenne, suivi par
Le Parisien-Aujourd'hui
(2,09 millions de lecteurs par numéro en moyenne) et
Le
Monde
(2,06 millions de lecteurs par numéro en
moyenne).
|
Titres |
Nombre de lecteurs (numéro moyen) |
|
L'Equipe |
2 401 000 |
|
Le Parisien -Aujourd'hui |
2 093 000 |
|
Le Monde |
2 061 000 |
|
Le Parisien |
1 719 000 |
|
Le Figaro |
1 381 000 |
|
Libération |
912 000 |
|
Les Echos |
723 000 |
|
France Soir |
468 000 |
|
La Tribune |
464 000 |
|
Aujourd'hui en France |
454 000 |
|
L'Humanité |
283 000 |
|
La Croix |
290 000 |
A l'opposé, la presse hebdomadaire régionale enregistre une augmentation de 13 % du nombre de ses lecteurs réguliers en 2002 : plus de 7,3 millions de personnes ont lu régulièrement un hebdomadaire régional 15( * ) .
2. Les perspectives pour 2003 : un marché publicitaire dans l'expectative...
Les
perspectives publicitaires
pour 2003 ne sont pas des plus rassurantes
pour le secteur presse.
Au 1
er
octobre 2003, les
chiffres bruts
(résumés dans le tableau ci-après) fournis par
TNS
Media Intelligence
et mesurant les investissements réalisés
par les annonceurs en France entre janvier et septembre 2003, laissent penser
que la presse, à la différence de la radio et de la
télévision, ne parviendra que difficilement à retrouver
les chemins de la croissance.
|
Marché à fin septembre 2003 |
Investissements bruts en millions d'euros |
Évolution 2003/2002 |
|
Presse |
3 942 |
+ 0,3 % |
|
Télévision |
3 765 |
+ 4,8 % |
|
Radio |
1 830 |
+ 15,5 % |
|
Publicité extérieure |
1 599 |
- 1,4 % |
|
Internet |
303 |
+ 52,3 % |
|
Cinéma |
97 |
- 1,0 % |
|
TOTAL PLURIMÉDIA |
11 536 |
+ 4,6 % |
Les
estimations de l'étude
Ad Barometer
réalisée par le
Bureau d'information et de prévisions économiques (BIPE)
publiées le 14 octobre 2003, vont, quant à elles, dans le
même sens : la reprise tant attendue des
investissements
publicitaires
ne devrait pas être au rendez-vous en 2003, la
purge des surinvestissements des années de la bulle Internet
n'étant pas encore complètement achevée. Cette
étude prévoit ainsi une nouvelle baisse des investissements pour
2003 que ce soit pour la presse quotidienne (- 0,7 %) ou pour les
magazines (- 1,9 %).
L'analyse des données fournies par l'indice
Manpower
atteste de
l'orientation négative du marché des
annonces d'emplois
.
En effet, l'indice des offres d'emploi à durée
indéterminée publiées dans la presse nationale et
régionale connaît, en septembre 2003, une diminution de
12,5 % depuis le début de l'année.