3. Les priorités en matière d'investissements dans le domaine de l'eau
Le
montant des investissements retenus au titre des VIII
e
programmes
des agences de l'eau montre que les priorités restent centrées
sur la collecte et l'assainissement des eaux usées et la lutte contre
les pollutions diffuses d'origine agricole.
Votre rapporteur pour avis tient à souligner qu'il reste dans ce
domaine des progrès importants à réaliser pour respecter
les normes communautaires concernant la réduction de la pollution des
eaux tant en ce qui concerne le traitement des eaux urbaines résiduaires
que les rejets de nitrates d'origine agricole, ce qui suppose des
investissements importants
.
(en millions d'euros)
|
|
Montant de travaux aidés
|
Moyenne annuelle |
||
|
collectivités locales :
|
|
1 700 |
|
340 |
|
collectivités locales :
|
|
3 100 |
|
620 |
|
collectivités locales :
|
|
4 260 |
|
852 |
|
Total
assainissement et
|
|
7 360 |
|
1 472 |
|
industriels :
|
|
1 560 |
|
312 |
|
lutte contre les pollutions liées aux activités agricoles : |
|
2335 |
|
467 |
|
gestion des ressources en eau |
|
455 |
|
91 |
|
restauration des milieux aquatiques |
|
640 |
|
128 |
|
Investissements totaux retenus |
|
14 050 |
|
2 810 |
a) Le respect de la directive 91-271 du 21 mai 1991 relative au traitement des eaux urbaines résiduaires
Les principaux textes d'application français de la
directive du 21 mai 1991 relative au traitement des eaux urbaines
résiduaires sont la loi sur l'eau du 3 janvier 1992, le décret du
3 juin 1994 et les arrêtés du 22 décembre 1994.
Les premières échéances fixées par la
réglementation s'adressent aux 800 agglomérations les plus
importantes qui rassemblent plus de 70 % de la population relevant de
l'assainissement collectif.
La première échéance au 31 décembre 1998, concerne
les 340 agglomérations de plus de 10.000
équivalents-habitants (EH) qui rejettent leurs effluents dans des zones
sensibles à l'eutrophisation ou à la pollution microbiologique ou
utilisées pour la production d'eau potable.
La deuxième échéance au 31 décembre 2000 concerne
les 460 agglomérations de plus de 15.000 EH qui ne rejettent pas
leurs effluents en zone sensible.
La troisième échéance au 31 décembre 2005,
concerne les 3.000 agglomérations de plus de 2.000 EH ainsi qu'environ
10.000 petites agglomérations de moins de 2.000 EH.
Malgré la progression constante des performances de traitement des
stations d'épuration enregistrée depuis le début des
années 80, des efforts importants restent à consentir pour
achever cette mise aux normes européennes.
Selon les enquêtes menées par la direction de l'eau, il est
estimé que :
- environ 54 % des 281 agglomérations soumises à
l'échéance du 31 décembre 1998 avaient un
équipement de traitement des eaux usées conforme à la
réglementation européenne au 31 décembre 2000 ,
- environ 65 % des 486 agglomérations soumises à
l'échéance du 31 décembre 2000 avaient un
équipement de traitement des eaux usées conforme à la
réglementation européenne au 31 décembre 2001.
Les retards pour la mise en conformité réglementaire du parc
de stations d'épuration sont nombreux et importants : ils sont en
moyenne de 4 à 5 ans mais pourront atteindre, dans certains cas, 10
ans.
Les obligations fixées par la directive ont nécessité un
effort financier important des collectivités locales en termes
d'équipement en stations d'épuration et en réseaux
d'assainissement. Sur les 2,28 milliards d'euros investis chaque année
par les collectivités publiques pour leur assainissement près de
la moitié correspond directement aux dépenses nécessaires
aux stations d'épuration de plus de 2.000 EH pour répondre aux
exigences minimales de la directive européenne.
Le coût d'achèvement de la « mise aux normes
européennes » des agglomérations de plus de 2.000 EH a
été réévalué à 9,15 milliards d'euros
à partir de l'an 2000, ce qui représentera un coût global
de 16 milliards d'euros depuis 1992
. Les moyens des agences de l'eau ont
été multipliés par deux depuis 1992 pour leur permettre
d'aider les agglomérations urbaines à respecter les normes
européennes.
La Commission européenne ayant déclaré qu'elle engagerait
systématiquement des procédures d'infraction envers les Etats
membres qui manquent à leurs obligations et si les retards
constatés perdurent au-delà de 2005, il est probable que les
procédures judiciaires donneront lieu à des arrêts de la
Cour de justice des Communautés européennes condamnant au
paiement d'astreintes financières. Comme d'autres Etats membres, pour
n'avoir pas suffisamment fourni, à la Commission européenne,
d'informations sur l'application de cette directive, la France a fait l'objet
en décembre 2002 d'un avis motivé.
Il est impératif que les communes, responsables de l'assainissement
des eaux usées, se conforment à leurs obligations en la
matière sans alourdir le retard constaté à ce jour,
notamment celles concernées par les échéances des 31
décembre 1998 et 2000
.
b) Les obligations qui demeurent pour appliquer la directive Nitrates
La
condamnation de la France
8(
*
)
pour non-respect de la directive relative à la qualité des eaux
superficielles destinées à la production d'eau alimentaire,
confirme la nécessité de renforcer la lutte contre la pollution
par les nitrates, en particulier en Bretagne.
En ce qui concerne la directive européenne 91/676/CEE pour les rejets de
nitrates d'origine agricole, la France a délimité les zones
vulnérables et défini, dans ces zones, des premiers programmes
d'action dont la mise en oeuvre s'est achevée en 2001.
La Cour de justice des communautés européennes a toutefois
condamné la France le 27 juin 2002 sur le caractère incomplet de
la désignation des zones vulnérables. La Cour a critiqué
la méthode d'identification des eaux touchées par
l'eutrophisation et l'absence de classement de la baie de Seine. La
troisième délimitation des zones vulnérables
achevée en mars 2003 intègre les conséquences de cette
décision, et s'appuie également sur les résultats de la
troisième campagne de surveillance de la qualité des eaux.
Les deuxièmes programmes d'actions sont entrés en vigueur
progressivement depuis l'été 2001 pour s'appliquent aux zones
vulnérables existantes. Ils comportent des mesures et actions
complémentaires ayant pour objectif de restaurer la qualité de
l'eau dans les zones les plus polluées où sont
prélevées des eaux superficielles destinées à
être potabilisées pour la consommation humaine, notamment la
fixation d'objectifs chiffrés pour la gestion de la fertilisation et de
l'interculture, ainsi qu'un renforcement des contrôles.
La réforme du programme de maîtrise des pollutions d'origine
agricole (PMPOA) a été approuvée par la Commission
européenne, sous condition qu'il contribue à
accélérer l'application de la directive Nitrates. Il est donc mis
en oeuvre la priorité dans les zones vulnérables, où il
devra être achevé au 1
er
décembre 2006, et,
conformément aux accords passés avec la Commission
européenne, 20 % seulement des crédits publics peuvent
être affectés au traitement d'élevages situés hors
des zones vulnérables.
Près de 105.000 élevages sont susceptibles de
bénéficier de ce programme pour la période 2003-2006, la
décision d'engagement devant se faire avant le 31 décembre
2002. L'ensemble des financements publics devrait s'élever à 1,3
milliard d'euros jusqu'en 2006, la participation de l'Etat étant de
l'ordre de 80 millions d'euros par an.
Dans ce contexte,
votre rapporteur pour avis se félicite des mesures
de simplification administrative adoptées par la circulaire du
15 mai 2003 pour l'instruction et l'attribution des subventions
versées au titre du PMPOA2 en vue d'une adhésion rapide des
éleveurs au programme et d'un redémarrage de ce programme
clé s'agissant de la gestion des effluents d'élevage
.
Ces mesures concernent :
- la simplification du dossier de demande de subvention par la suppression
notamment de certaines pièces à fournir,
- la méthode de diagnostic,
- le projet agronomique par la diminution du nombre d'indicateurs
agronomiques par exemple,
- l'harmonisation des documents d'enregistrement (plan d'épandage,
cahier d'enregistrement) pour le PMPOA, la directive nitrate et la
réglementation "installations classées",
- enfin la mise en place du versement de deux acomptes pouvant atteindre
80% du montant total de la subvention.