3. Des inquiétudes sur le financement de l'ADEME
Au
total, les moyens de fonctionnement (DO + CP) versés à l'Agence
de développement et de maîtrise de l'énergie (ADEME) par le
ministère de l'écologie et du développement durable
atteignent 100 millions d'euros dans le projet de loi de finances pour
2004.
Si la dotation de fonctionnement augmente légèrement pour
atteindre 29,4 millions d'euros, en revanche les crédits de
paiement restent stables, à hauteur de 71 millions d'euros
.
De plus, les autorisations de programme diminuent de 76,6 % pour
être fixées à 167 millions d'euros.
LES CRÉDITS D'INTERVENTION DE L'ADEME
(en milliers d'euros)
|
Actions |
AP 2003 |
AP 2004 |
CP 2003 |
CP 2004 |
|
Energie |
61 000 |
61 000 |
19 867 |
19 867 |
|
Déchets ménagers et assimilés |
85 000 |
70 000 |
27 683 |
28 173 |
|
Dépollution des sols |
13 000 |
13 000 |
4 234 |
4 234 |
|
Ramassage des huiles |
19 000 |
- |
6 188 |
6 188 |
|
Isolation acoustique au voisinage des aérodromes |
17 000 |
- |
5 537 |
5 047 |
|
Lutte contre la pollution atmosphérique |
14 000 |
14 000 |
4 560 |
4 560 |
|
Surveillance de la qualité de l'air |
9 000 |
9 000 |
2 931 |
2 931 |
|
Total |
218 000 |
167 000 |
71 000 |
71 000 |
Source
: projet de loi de finances pour 2004
La baisse des autorisations en programme peut en partie s'expliquer par
les mesures de réorganisation concernant les interventions de l'ADEME.
En effet, à compter de 2004, celle-ci ne devrait plus financer l'aide
à l'isolation acoustique au voisinage des aérodromes, ni non plus
le ramassage des huiles usagées.
-
L'aide à l'isolation phonique des riverains
des 10
principaux aéroports est actuellement gérée par l'ADEME.
Les crédits affectés à cette opération sont
indépendants du montant de la taxe payée par les compagnies
aériennes et incluse dans la TGAP, et sont en pratique insuffisants pour
couvrir les besoins.
A partir du 1er janvier 2004, les gestionnaires des 10 principaux
aéroports vont bénéficier du produit de la taxe
prélevée sur les compagnies aériennes, conformément
au principe de réparation des nuisances qu'elles génèrent.
Cette taxe augmenter, de 17 millions d'euros en 2003 à 55 millions par
an en 2004. Elle sera désormais directement et intégralement
affectée à l'isolation phonique des logements situés dans
les plans de gêne sonore et modulée en fonction de
l'aéroport, du type d'avion et de l'heure de décollage. L'ADEME
pourra, à leur demande, assister les gestionnaires d'aéroports en
2004.
-
La filière de collecte et d'élimination des huiles
usagées
est organisée sur la base d'un réseau des
ramasseurs agréés par les préfets de département
pour une durée de 5 ans et d'un réseau d'installations
d'élimination -régénération et valorisation
énergétique- autorisées et agréées par
arrêté préfectoral dans le cadre de la
réglementation sur les installations classées. Le financement du
dispositif est assuré par l'ADEME, qui dispose à cet effet d'une
dotation budgétaire spécifique de 19 millions d'euros en 2003.
A compter de 2004, sur le modèle de ce qui se fait pour les
déchets d'emballage avec les sociétés Adelphe et
Eco-emballages, le ramassage des huiles usagées serait confié
directement à des opérateurs privés, qui percevraient une
contribution auprès des producteurs d'huile.
Ceci explique que ces actions ne soient plus abondées qu'en
crédits de paiement pour achever le financement des opérations
engagées au titre des lois de finances antérieures.
Votre rapporteur pour avis prend acte de ces mesures de
réorganisation des compétences de l'ADEME
tout en
s'interrogeant sur le devenir de la TGAP « sur les huiles de base et
sur les modifications à apporter à la taxe pour
l'atténuation des nuisances sonores, instaurée par le
décret n° 94-503 du 20 juin 1994 et qui constituait l'un
des compartiments de la TGAP.
En revanche, s'agissant de la reconduction des crédits de
paiement à hauteur de 71 millions d'euros, votre rapporteur pour
avis est d'autant plus inquiet que l'an dernier, il avait été
expliqué que l'ADEME, pouvait faire face à ses engagements, en
raison de l'importance des reports de 2002 sur 2003 estimés à
240 millions d'euros mais que les réserves seraient quasiment
toutes utilisées en 2003
.
S'agissant de la politique des déchets, l'ADEME n'a fait qu'assurer le
financement du déport de 2002, ce qui représentait un nombre de
dossiers importants déposés par les collectivités locales
juste avant l'échéance du 1
er
juillet 2002.
En outre, les interventions de l'ADEME en matière, de politique
énergétique ont fortement augmenté, en raison de
l'accroissement des demandes de soutien et de financement, ce qui a
imposé un redéploiement interne au sein du budget d'intervention
pour que les moyens disponibles en 2003 soient au moins équivalents
à ceux effectivement dépensés en 2002.
On peut donc considérer que l'exercice consistant à utiliser les
redéploiements de crédits et l'utilisation des reports et des
réserves disponibles a atteint ses limites.
Dans ces conditions, on peut légitimement craindre que la simple
reconduction des crédits de paiements au niveau atteint en 2003
réduise considérablement la capacité d'action de l'agence
en 2004.
Cette inquiétude se trouve très largement confortée par le
rapport de l'Inspection générale des finances et de l'Inspection
générale de l'environnement qui soulignait que
«
bien loin de s'inscrire dans une logique de lissage du ressaut
des besoins de financement de l'ADEME, les reports ont permis de limiter
à 71 millions d'euros les CP ouverts en LFI 2003. Le ressaut est
annoncé pour le PLF 2004, les besoins en CP étant estimés
à 260 millions d'euros (...).
Il faudra donc dégager dans
le PLF 2004 les moyens de financement d'un ressaut de 190 millions
d'euros
»
.
Conscient de ce risque qui obère les capacités
d'intervention de l'ADEME, le Gouvernement n'a pu, pour 2004, que mettre en
place une solution de court terme, qui sur le fond n'a rien de satisfaisant, et
qui ne résout pas les besoins de financement de l'agence à moyen
terme.
Selon les informations transmises à votre rapporteur pour avis, un fonds
de concours à vocation « temporaire » a
été institué, uniquement constitué de
crédits de paiement. Son montant s'élève à
210 millions d'euros et il est alimenté par les contributions
« volontaires » de quatre agences de l'eau ainsi
réparties :
- Agence Seine-Normandie : 110 millions d'euros
- Agence Rhin-Meuse : 45 millions d'euros
- Agence Loire-Bretagne : 38 millions d'euros
- Agence Rhône-Méditerranée-Corse : 17 millions
d'euros
Sur ces 210 millions d'euros, 135 millions d'euros seraient versés
à l'ADEME, pour faire face à ses dépenses en
matière de déchets, 60 millions financeraient la lutte
contre les inondations et 15 millions, la protection des zones humides.
Ce prélèvement, selon les explications du ministère de
l'écologie et du développement durable, se justifie par
l'existence de l'abondante trésorerie de certaines agences
-871,7 millions d'euros, cumulés en août 2003- alors
même que la maîtrise des dépenses de l'Etat constitue une
contrainte majeure.
Votre rapporteur pour avis ne peut que prendre acte de ce « moyen
de sauvetage », qu'il juge acrobatique et peu satisfaisant
.
Il souhaite faire valoir que les agences doivent nécessairement
conserver un certain volant de trésorerie pour financer des travaux dont
la réalisation s'échelonne sur plusieurs années, ou ne se
réalisera qu'en fin de programme, alors même que les redevances
sont perçues annuellement. Il observe également que le
VIII
e
programme des agences a été construit
volontairement en déséquilibre pour permettre aux agences de
résorber des réserves jugées trop importantes. Il ne
faudrait pas que des prélèvements successifs opérés
à d'autres fins que le VIII
e
programme ne viennent
remettre en cause la réalisation de ce dernier.
De plus, ce mécanisme nuit à la lisibilité des politiques
menées par le ministère en charge de l'environnement et ses
établissements et à leur nécessaire contrôle par le
Parlement. En 2004, les dotations budgétaires affectées à
la politique de l'eau et à l'ADEME seront majorées des sommes
provenant de ce fonds de concours, mais votre rapporteur pour avis ne dispose
d'aucune nomenclature précise des actions qui seront financées
par ce biais.
Enfin, comme l'a assuré le ministère, il s'agit d'un fonds
à vocation unique, si bien que la question du financement de l'ADEME se
reposera, dans les mêmes termes, en 2005, même si l'abandon de
certaines missions et la réduction des autorisations de programme
tempèrent les besoins de financement de l'agence.
*
* *
Lors de sa réunion du 19 novembre 2003, la Commission des Affaires économiques a, sur proposition de son rapporteur pour avis, émis un avis favorable à l'adoption des crédits de l'écologie et du développement durable inscrits dans le projet de loi de finances pour 2004.