Mer

Marc MASSION

Table des matières




Une distinction matérielle ancienne entre, d'une part, les ports maritimes et, d'autre part, la marine marchande, a justifié pendant longtemps l'examen en deux temps des crédits de la Mer au Sénat, distinction qui n'existe pas à l'Assemblée Nationale , qui traite des crédits budgétaires de la « Mer » dans un seul et unique rapport intitulé « Marine Marchande ». Par ailleurs, la modification de la nomenclature budgétaire intervenue l'an dernier sur le budget de la Mer a rendue plus délicate et moins opportune cette séparation. Votre commission des finances a donc décidé de procéder désormais à un examen global des crédits de la Mer, cette globalisation apparaissant comme de nature à renforcer la qualité de son examen budgétaire.

I. PRÉSENTATION DES CRÉDITS

Ainsi définis, les crédits inscrits au budget de la Mer pour 2002 s'élèvent à 940,1 millions d'euros, en diminution de 8 % par rapport au budget voté de 2001. Cette baisse apparente résulte en fait du transfert de la totalité des crédits de rémunération des personnels sur la section « services communs » du budget de l'Equipement, des transports et du logement . Les chapitres transférés avaient représenté, jusqu'alors, environ 6% du budget de la mer, et 70% des crédits du titre III - Moyens des services. Par ailleurs, cette année , la subvention de l'Etat destinée à équilibrer l'Etablissement national des invalides de la marine (ENIM), le régime de retraites des marins, diminue de 3,5% , s'établissant à 707 millions d'euros.

Hors personnel et hors ENIM, le budget de la mer augmente de 1% par rapport au budget voté de l'année dernière.

A. LES DÉPENSES ORDINAIRES

1. Les dépenses de fonctionnement

Les dépenses de fonctionnement (Titre III) du budget de la Mer sont fortement affectées par le transfert sur le budget des services communs, des emplois liés à l'économie de la mer. Les chapitres 31-32, 31-90, 31-96, 33-90, 33-91, et 33-92 sont supprimés. Ne subsistent, dans le titre III, que des crédits d'entretien et d'exploitation et la subvention d'Etat aux Ecoles nationales de la marine marchande, qui reste stable. A périmètre constant, les crédits dévolus au titre III augmentent cependant de 2%.

2. Les dépenses d'intervention

Les dépenses d'intervention (Titre IV) du budget de la mer s'établissent à 850 millions d'euros, en légère diminution de 2,5% par rapport à l'année dernière.

La subvention de l'Etat à l'Association pour la gérance des écoles de formation maritime et aquacole (AGEMA) est vouée à disparaître
depuis le vote, dans la loi de finances pour 2000, de l'article 133, qui prévoyait le passage sous statut public des personnels gérés par cette association et à terme, la dissolution de celle-ci. Les 2 millions d'euros inscrits sur le chapitre 43-37 au titre de la formation professionnelle maritime correspondent à 47 emplois qui n'ont pu bénéficier de l'article 133 de la loi de finances pour 2000, mais qui devraient être intégrés dans la fonction publique à l'issue du vote sur le projet de loi de modernisation sociale, qui contient un article à destination de ces personnels.

La participation aux dépenses des ports autonomes régresse également, passant de 60,2 millions d'euros en 2001 à 57,4 millions d'euros. Il est vrai que, par ailleurs, les crédits d'entretien et d'exploitation dévolus aux ports d'intérêt national dans le titre III augmentent d'environ 3 millions d'euros,

Les subventions à la flotte de commerce augmentent de 20% , du fait du remboursement des cotisations d'allocations familiales et d'assurances chômage au titre des personnels navigant sur les navires sous registre français.

On note la création symbolique d'un article doté de 305.000 euros pour financer des actions sociales d'urgence en faveur des marins.

Enfin , la subvention de l'Etat à l'Etablissement national des invalides de lamarine (ENIM), diminue cette année, s'établissant à 707 millions d'euros, contre 733 millions d'euros l'année dernière. Cette baisse s'explique, d'une part, par la faible augmentation des dépenses de l'ENIM, et, d'autre part, à l'augmentation sensible des recettes prévues au titre des compensations inter-régimes.

B. LES DÉPENSES EN CAPITAL

Les dépenses en capital augmentent fortement en crédits de paiement, de 11 % pour le titre V- Investissements exécutés par l'Etat, et de 35 % pour le titre VI- Subventions d'investissement accordées par l'Etat.

Les autorisations de programme baissent de 5% dans le titre V, elles augmentent de 40% dans le titre VI.

Au total, les dépenses en capital augmentent de 12% en crédits de paiement, s'établissant à 55,6 millions d'euros, et restent à peu près stables en autorisations de programme (- 1%).

Sont en hausse les investissements en faveur de la sécurité maritime, de la protection et de l'aménagement du littoral, et, en ce qui concerne le secteur des ports maritimes, les investissements nécessités par les travaux d'extension des infrastructures du port du Havre (opération « Port 2000 ») ainsi que les moyens dévolus à la lutte contre la pollution accidentelle du littoral et de la mer.


Les hausses les plus significatives concernent les Centres de surveillance et de sauvetage, dont la dotation, inscrite à l'article 40 du chapitre 53-32, augmente de 33 %. En outre, un article 30 est créé dans le cadre de la déconcentration des crédits.

L'opération « Port 2000 » est dotée de 16,7 millions d'euros.

La seule baisse sensible concerne les investissements en faveur de l'enseignement maritime, qui s'établissent à 1,5 million d'euros contre 2,2 millions d'euros l'an dernier. La baisse non moins sensible du chapitre 53-32 « Police et sécurité maritime », correspond en réalité à un retour à la normale, la forte augmentation de l'année dernière ayant correspondu à la mise en place d'une importante autorisation de programme destinée à financer l'acquisition d'un deuxième patrouilleur de haute mer destiné à la surveillance des pêches.

II. ARTICLE 73 RATTACHÉ

Cet article a pour objet la prise en compte, pour le décompte des pensions des marins, de la période de départ anticipé lié à l'exposition de l'amiante.

Il s'agit d'étendre aux marins le bénéfice de la mesure qui avait été votée dans la loi de financement sur la sécurité sociale en 1999 et de leur permettre une cessation d'activité anticipée lorsqu'ils ont été exposés à l'amiante . A cette fin, la dotation de l'Etat à l'Etablissement National des Invalides de la Marine intègre un crédit de 0,3 million d'euros (2 millions de francs). L'extension du mécanisme de cessation anticipée d'activité concernerait trois catégories de marins :

- les marins atteints par une affection grave liée à l'amiante,

- les marins ayant navigué sur des navires transportant de l'amiante,

- les marins ayant navigué à la machine.
Le coût total de la mesure est estimé, en année pleine à 8,2 millions d'euros. Pour 2002, année de montée en charge du dispositif, un crédit de 4,57 millions d'euros est inscrit dans le projet de budget de l'ENIM, dont 0,3 million d'euros en provenance du budget de l'Etat.

III. PRINCIPALES OBSERVATIONS

A. LA SÉCURITÉ MARITIME DEMEURE LA PRIORITÉ

L'effort budgétaire réalisé l'année dernière en faveur de la sécurité maritime et à la suite du naufrage de l'Erika est confirmé dans le projet de budget 2002. Au total, les crédits de paiement consacrés à la sécurité maritime augmentent de 20% en 2002, atteignant 14,5 millions d'euros.

L'effort budgétaire concerne particulièrement :

- le contrôle de la sécurité des navires
Rappelons que les centres de sécurité des navires sont chargés de contrôler les navires français ainsi que les navires étrangers en escale dans les ports, dans le cadre du mémorandum de Paris, qui prévoit pour chaque Etat pourcentage minimal d'inspections par an (25% du « nombre estimé de navires de commerce entrés dans leurs ports »). La France est très en deçà des objectifs fixés par le mémorandum puisqu'elle contrôlait en 2000 à peine 14 % des navires. C'est pourquoi, lors du comité interministériel de la mer (CIMER) du 28 février 2000 (consécutif au naufrage de l'Erika), il a été décidé de renforcer les moyens humains des CSN en créant des postes de contrôleurs de la sécurité, 16 dans la loi de finances pour 2001 et 34 postes dans le projet de loi de finances pour 2002.

Cet effort, qui porte à 104 le nombre total d'inspecteurs de la sécurité, est tout à fait louable, même si en valeur absolue la France pauvrement lotie par rapport à ses voisins anglais ou espagnol, qui emploient environ 200 personnes pour les mêmes missions.
- Les centres régionaux opérationnels de surveillance et de sauvetage en mer (CROSS)
Les CROSS, qui traitent en moyenne 7.000 opérations de recherche et de sauvetage par an, sont confrontés depuis plusieurs années à l'extension de leurs missions . Lors du dernier CIMER du 27 juin 2000, la vétusté des équipements, et en particulier celle des radars et des moyens de communication, avait été soulignée. Un effort budgétaire substantiel a été fait dans le cadre de la loi de finances pour 2001 ; il est amplifié cette année , les crédits de paiement atteignant 3,7 millions d'euros (+ 40%), les autorisations de programme étant maintenus à leur niveau de l'an dernier, soit 5,3 millions d'euros. Il s'agit principalement de financer la modernisation des radars des CROSS (renouvellement des radars actuels et renforcement de la couverture par des radars d'appoint) et la mise en place de l'identification automatique (AIS). Il est également prévu d'améliorer la couverture radio actuelle.
- La signalisation maritime
La signalisation maritime fait l'objet d'une forte augmentation des crédits de paiement (+ 50%), destinée à poursuivre le plan de modernisation lancé en 1998 prévu initialement sur huit ans et qui a permis de lancer la construction de trois baliseurs ainsi que la conception de bouées légères nouvelle génération. L'année 2002 est celle de la livraison du grand baliseur océanique de Brest, après celle du baliseur côtier du Havre en 2001. Le baliseur océanique de Dunkerque sera livré début 2003.

Par ailleurs, afin de développer le dispositif de contrôle et de surveillance des affaires maritimes, qui assure des missions de surveillance et de police ainsi que de contrôle technique de certaines catégories de navires, l'acquisition d'un second patrouilleur de haute mer sera effectuée en 2002.
- la sécurité portuaire
Elle figure, comme l'an dernier, en bonne place dans les priorités du budget de la mer. En matière portuaire, rappelons que la sécurité consiste à assurer le bon accès des navires et constitue une condition préalable au développement des activités portuaires. L'effort financier consenti l'année dernière en direction de l'entretien des infrastructures portuaires et également des moyens consacrés aux dragages d'entretien des accès maritimes est donc reconduit, avec une dotation de 70,6 millions d'euros . Le programme de réhabilitation des infrastructures portuaires de base, tel qu'il résulte des nouveaux contrats de plan portuaires entre l'Etat et les régions, sera poursuivi en 2002 avec, par exemple, la réhabilitation de la digue de calibrage du chenal d'accès au port de Rouen, la réhabilitation d'écluses à Dunkerque et à Saint-Malo, la poursuite de la restauration de la digue du large à Cherbourg.

Par ailleurs, 7 emplois de surveillants de port sont créés (officiers de port et officiers de port adjoints), ce qui représente une augmentation de 14 % des effectifs pour l'ensemble des ports.

B. LA PROTECTION DU LITTORAL

Avec l'accent mis sur la sécurité, c'est la deuxième priorité de ce projet de budget : les moyens consacrés au littoral augmentent de 40% en moyens d'engagement et de 42 % en crédits de paiement. L'augmentation des moyens amorcée en 1998 est donc poursuivie.

Après les efforts consentis pour la remise à niveau des matériels Polmar de lutte contre la pollution du littoral suite à la catastrophe de l'Erika, les moyens d'investissement qui avaient fortement augmentés l'année dernière sont reconduits au même niveau, afin de poursuivre la modernisation des matériels et d'assurer le renouvellement des matériels obsolètes.

Par ailleurs, la catastrophe avait mis en lumière l'insuffisante fréquence des exercices de simulation du plan Polmar-terre. Une instruction du 2 avril 2001 a prévu l'augmentation du rythme de ces exercices, dont le nombre devrait passer à un minimum de 10 par an à compter de 2002. Les crédits de fonctionnement sont augmentés à cet effet.

Un effort financier est également prévu en direction des zones littorales habitées et soumises à l'érosion marine. Les crédits destinés à la protection des lieux habités contre l'érosion marine augmentent fortement en autorisation de programme, traduisant les engagements pris par l'Etat dans le cadre des contrats de plans littoraux et des avenants consécutifs aux tempêtes de fin 1999.

Enfin, votre rapporteur note la mise en place d'une nouvelle tranche d'autorisations de programme (1,5 million d'euros) pour financer le projet de rétablissement du caractère maritime du Mont-Saint-Michel.

C. LE RENFORCEMENT DE LA PROTECTION SOCIALE DES MARINS

Deux mesures contenues dans le projet de loi de finances pour 2002 visent à renforcer la protection sociale des marins.

En premier lieu, il est créé un article 40
au chapitre 46-32 « subventions dans le domaine maritime », doté de 0,3 million d'euros (2 millions de francs) destiné à financer la protection contre une exploitation « sous-normes » des marins . Cette dotation permettra d'apporter une aide aux associations et des avances sur salaire au bénéfice des marins abandonnés dans les ports français, en attendant la mise en place d'un système d'assurance internationale discuté dans le cadre de l'Organisation Maritime Internationale à l'initiative de la France.

La deuxième mesure concerne le régime de la sécurité sociale des marins. Cette année, la dotation de l'Etat à l'Etablissement national des invalides de la marine, qui finance le régime de retraite des marins, intègre un nouveau mécanisme de cessation anticipée d'activité pour les marins ayant fortement été exposés à l'amiante . Il s'agit d'étendre aux marins le droit à cessation anticipée d'activité des travailleurs de l'amiante prévu par la loi de financement sur la sécurité sociale pour 1999. L'extension du dispositif concernerait trois catégories de marins : les marins atteints par une affection grave liée à l'amiante, les marins ayant navigué sur des navires transportant de l'amiante, et les marins ayant navigué à la machine. Le coût de la mesure est estimé à 8,2 millions d'euros en année pleine. Pour 2002, année de montée en charge du dispositif, un crédit de 4,57 millions d'euros est inscrit dans le projet de budget de l'ENIM.

Quant à la dotation de l'Etat à l'ENIM (qui représente les trois-quart du budget de la mer), elle diminue significativement cette année (- 3,5 %), mais cette baisse est purement mécanique, résultant d'une hausse des transferts de compensation entre les régimes sociaux. Les pensions seront revalorisées en 2002 dans les mêmes conditions que les retraites du régime général.

D. LE DISPOSITIF DE SOUTIEN À LA FLOTTE DE COMMERCE EST MAINTENU

La nécessité de maintenir un régime de soutien important à la flotte de commerce française ne fait aucun doute. En effet, celle-ci n'a cessé de décliné depuis le début des années 1970. Ainsi, au 31 décembre 2000, on ne comptait plus que 206 navires de commerce français.

Cette nécessité n'est d'ailleurs pas contestée. Ainsi, depuis 1990, la flotte de commerce française a fait l'objet d'un plan pluriannuel de soutien qui vise à enrayer son déclin. En 1997, les nouvelles orientations définies par la Commission européenne en matière d'aides d'Etat ont induit de profonds changements dans le système de soutien à la flotte française.

- la réduction de charges fiscales et sociales

Conformément à ces orientations, le Comité interministériel de la mer qui s'est réuni 1 er avril 1998 a décidé de diminuer les charges sociales et fiscales pesant sur les marins des compagnies maritimes.

Concernant les charges fiscales pesant sur les entreprises de transport maritime, un allégement de la part maritime de la taxe professionnelle a été institué et depuis 1991, les subventions de l'Etat couvrent 100% du montant de la taxe. Le dernier CIM du 27 juin 2000 a levé l'incertitude qui pesait sur le maintien de cette aide : elle a été prorogée, sans limitation de durée, toujours à hauteur de 100 % de la taxe.

Concernant les charges sociales, c'est un dispositif de remboursement qui a été créé : les charges sociales patronales afférentes aux risques vieillesse, maladie et accidents du travail versées par les entreprises qui emploient des personnels navigants sur des navires de commerce battant pavillon français sont remboursées depuis ce même CIMER. Et, lors du dernier CIMER du 27 juin 2000, il a été décidé, non seulement de pérenniser cette aide, mais de l'étendre aux cotisations d'allocations familiales et d'assurance chômage, mesure qui a été votée dans la loi de finances pour 2001 mais dont l'effet ne se fera sentir qu'en 2002, ce qui explique la progression de 20 % des crédits destinés à la flotte de commerce. En revanche, il doit être précisé que le gouvernement n'entend pas faire bénéficier de la mesure les navires immatriculés dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF) tant qu'un accord n'aura pas été conclu entre les partenaires sociaux sur la rénovation de ce registre.

Toutes ces mesures concernent les entreprises directement confrontées à la concurrence internationale. L'éligibilité des entreprises est subordonnée à un engagement de leur part, sur la définition d'objectifs concernant l'emploi, la formation professionnelle initiale et continue et la configuration de la flotte sous pavillon français. Les entreprises ayant un nombre de navigants supérieurs à 250 doivent, en outre, présenter un plan d'entreprise triennal qui précise en outre les actions prévues en matière d'amélioration de la productivité et de la compétitivité.

- le GIE fiscal

En outre, le soutien de l'Etat aux investissements navals fait l'objet, depuis le second semestre de 1998, d'une mesure d'allégement fiscal pour les groupements d'intérêt économique qui acquièrent un navire , prenant la forme d'un amortissement accéléré et d'une exonération de la taxation sur les plus-values lors de la revente du navire à l'armateur. Cette mesure bénéficie à l'armateur qui se voit rétrocéder les deux tiers de cet avantage fiscal.

Depuis la mise en oeuvre de ce dispositif, 49 dossiers pour 70 navires ont fait l'objet d'une demande d'agrément auprès du ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. 26 dossiers ont été acceptés au 1 er juillet 2001 représentant 33 navires, pour un montant total d'investissements de 1,3 million d'euros (8,6 millions de francs). Les agréments délivrés concernent 11 navires à passagers et 22 navires de charges.

L'avantage fiscal consenti au titre de ce nouveau dispositif représente environ le quart du total investi.

- le soutien au cabotage
Le CIMER du 27 juin 2000 a souhaité voir se développer les lignes de transport maritime à courte distance, la cabotage maritime, qui constitue un moyen de transport sûr et respectueux de l'environnement. Cela suppose une amélioration des dessertes terrestres des ports, notamment ferroviaires. Le gouvernement a arrêté le principe d'un soutien financier public au démarrage de nouvelles lignes et en a informé la Commission européenne le 17 octobre 2000, conformément à l'article 88, §2, du Traité. La décision de la commission devrait intervenir d'ici la fin de l'année 2001. En attendant, un crédit de 0,92 million d'euros (6 millions de francs) est inscrit à cette fin au projet de loi de finances pour 2002.

Par ailleurs, le gouvernement a décidé d'apporter un soutien financier de 0,3 million d'euros (2 millions de francs) au Bureau de promotion du short-sea créé en janvier 2000 et qui réunit l'administration, les professionnels et les ports.

En guise de conclusion sur ces mesures de soutien à la flotte de commerce française, il est à noter qu'à la suite de la demande formulée par le dernier CIMER du 27 juin 2000, des études sont actuellement conduites par les ministères de l'équipement, des transports et du logement et de l'économie, des finances et de l'industrie afin d'examiner les dispositifs de soutien à la flotte de commerce en cours à l'étranger. En effet, plusieurs pays ont récemment adopté divers dispositifs de taxation au tonnage : la Norvège, les Pays-Bas, le Danemark, la Grande-Bretagne et l'Allemagne. Tous voient leur flotte augmenter depuis l'adoption de ce mode de taxation. Il est probable que l'adoption d'un tel système chez nous aurait un coût budgétaire de l'ordre de 100 millions de francs.

E. SITUATION DES PORTS FRANÇAIS

Avec un trafic global de 346,3 millions de tonnes hors ravitaillement, l'activité des ports français a augmenté de 4 % par rapport à l'année dernière , après avoir connu une légère baisse en 1999. Avec 270,8 millions de tonnes, le trafic des ports autonomes a augmenté de 6,5 %, tandis que celui des ports d'intérêt national, avec 70 millions de tonnes, a diminué de 4,5%, en raison d'un recul des échan,ges à Calais, qui représente 45 % du trafic des ports d'intérêt national. Hors Calais, le trafic des ports d'intérêt national s'est maintenu au cours de l'année 2000. Cette croissance doit cependant être relativisée : le trafic total européen, ports français inclus, a progressé de 7,5 % en 2000, certains ports européens ont même connu des taux de croissance à deux chiffres.

L'extension des infrastructures portuaires, l'amélioration des dessertes terrestres, une plus grande sécurité portuaire sont absolument nécessaires pour permettre aux ports français de se placer convenablement à l'échelle mondiale dans un secteur où la croissance est forte, deux fois plus rapide que celle des autres moyens de transports, et permet donc d'envisager des gains de parts de marché.

Le projet de budget pour 2002 traduit imparfaitement ces priorités.

Les moyens de fonctionnement des ports autonomes sont en recul de 5%, s'établissant à 57,4 millions d'euros. Cette baisse est « compensée » par la hausse des crédits des ports d'intérêt national, qui s'établissent 13,4 millions d'euros, en hausse de 27 %.

En matière d'investissement, les crédits de paiement sont revalorisés de 10 % les autorisations de programme conservent leur niveau de 2001, soit 59 millions d'euros.

Hormis Port 2000, les principales opérations prévues concernent le port de Nantes-Saint-Nazaire et le port de Marseille.

L'opération Port 2000, dotée à elle seule de 47% des investissements prévus en 2002, demeure de loin l'investissement d'extension des ouvrages portuaires le plus conséquent du projet de budget pour 2002 . Les crédits de paiement s'établissent cette année à 16 millions d'euros (106 millions de francs). En autorisation de programme, une dotation de 27,4 millions d'euros porte à 91,5 millions d'euros (600 millions de francs) l'effort total du budget général de l'Etat.

L'avenir des ports français dépend aujourd'hui des mesures prises au niveau européen et en particulier de l'avenir du projet de directive dont il est question plus bas.

F. LA RELANCE DE L'ACTIVITÉ EUROPÉENNE.

On se souvient de la publication, en 1998, par la Commission européenne d'un Livre Vert sur les ports et les infrastructures maritimes. Ce document avait été rédigé après la consultation d'un groupe de dix experts indépendants constitué par le Commissaire Kinnock, et a fait l'objet d'un débat approfondi tant parmi les professionnels qu'au sein des Etats-membres de l'Union européenne.

La réalisation éventuelle d'un cadre communautaire en matière de tarification et de financement y étant évoquée, la plupart des Etats-membres ont réclamé la réalisation préalable, par la Commission, d'un inventaire des aides et des financements publics, la France y étant tout particulièrement attachée puisqu'elle fait partie des pays les plus transparents en matière d'aide publique, comme l'a d'ailleurs relevé la Cour des comptes dans son rapport de 1999 consacré à la politique portuaire.

Un inventaire a donc été lancé par la Commission en décembre 1998, portant sur quelques ports représentatifs dans un pays donné. La France a été sollicitée à l'été 1999 par la Commission.

Le 13 février 2001, la Commission a présenté ses propositions de cadre réglementaire dans un « paquet » portuaire comprenant, d'une part les résultats de l'enquête effectuée auprès des Etats-membres sur les financements dans les ports et, d'autre part, un projet de directive sur l'accès au marché des services portuaires.

Les deux enseignements principaux de l'enquête sont les suivants. D'une part, les ports de la façade « mer du Nord » bénéficient de financements publics plus importants quel que soit le type d'investissement que les ports des autres façades, notamment de la façade sud-ouest de l'Europe. D'autre part, la Commission reconnaît à la France une transparence supérieure à ma moyenne des Etats-membres , confirmant les dires de la Cour des comptes.

A l'heure actuelle, la Commission n'a pas fait part de ses intentions sur les suites à donner aux enseignements du premier volet du « paquet portuaire ».

Quant au projet de directive, il a pour objectif de clarifier le régime des droits exclusifs ou des monopole de droit ou de fait, de nature publique ou privée, concernant l'accès au marché des services portuaires. La Commission entend cependant concilier des exigences de sécurité maritime, de protection de l'environnement et d'obligations de service public, et affirme donc les principes suivants :

- liberté de prestation (d'implantation et de choix de son personnel),

- reconnaissance de l'auto-assistance,

- possibilité pour les autorités compétentes de soumettre les prestataires à des autorisations et de limiter leur nombre.
Le champ d'application de ce projet de directive est fondé sur des seuils de trafic par port maritime (3 millions de tonnes ou 500 000 passagers) et concerne les services aux navires, à la marchandise et aux passagers.

A l'heure actuelle, aucun Etat-membre n'a clairement indiqué de position officielle sur ce projet de directive. Les observations françaises sont nombreuses, les principales concernant l'absence d'un été des lieux préalable justifiant les propositions de la Commission, l'absence, également, d'une étude d'impact sur leurs conséquences économiques et sociales, et enfin, la nécessité de clarifier certains concepts clés du projet de directive, concernant notamment les seuils, la notion d'auto-assistance ou le rôle de l'autorité portuaire. Par ailleurs, le gouvernement déplore l'absence de dispositions en faveur de l'harmonisation sociale et de l'harmonisation des qualifications. Les interrogations du gouvernement français au sujet de ce texte sont donc importantes.

Pour l'instant, et bien que le Parlement européen ait nommé un rapporteur sur ce dossier qui a présenté son rapport en juin 2001, le projet de directive ne figure ni au projet d'ordre du jour du Conseil Transports d'octobre, ni à celui de décembre 2001.

Le gouvernement français, s'apprêtant à entamer des discussions approfondies au sujet de la directive, s'est fixé les objectifs suivants :
- garantir la qualité des prestations des services portuaires, plus particulièrement lorsqu'elles concourent à la bonne exploitation et la sécurité portuaire, ceci devant se traduire par la définition de qualifications adaptées ;

- veiller à la solidité juridique du cadre dans lequel s'exercent ces activités, en droit interne comme en droit communautaire ;

- mesurer et anticiper les impacts potentiels en termes sociaux et d'emploi, aussi bien dans la situation actuelle que, dans la durée, pour les besoins futurs de qualifications.