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LES FEMMES SENATEURS DEPUIS 1946


I - Des citoyennes sans droits civiques (la Révolution et l'Empire)

Dès 1789, les femmes ont largement participé au mouvement révolutionnaire. Protestant de leur non-représentation aux Etats généraux : "que l’organisation de cette assemblée respectable des Etats généraux telle qu’on nous la présente, puisse véritablement représenter la Nation entière, tandis que la moitié et plus de la Nation n’y siégera pas, en est exclu, c’est Messieurs un problème et un problème injurieux à notre sexe" (extrait des "Remontrances, plaintes et doléances des dames françaises à l’occasion de l’assemblée des Etats généraux"), elles acquièrent avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, une égalité en droits, ce qui ne veut pas dire pour autant qu'elles aient des droits civiques. En fait la majorité de leurs contemporains estiment que la place d'une femme est dans son foyer : " or il nous semble incontestable que le bonheur commun, surtout celui des femmes, demande qu'elles n'aspirent point à l'exercice des droits et des fonctions politiques" (Talleyrand, septembre 1791).

 

Elles ont cependant un défenseur, le marquis Antoine de Caritat de Condorcet. Surnommé "l’ami des femmes", il soutient qu'une femme membre d'une assemblée nationale est plus apte à élever ses enfants et à en faire des hommes. En juillet 1790, il publie un "Essai sur l’admission des femmes au droit de cité" dans lequel il admet que "le droit de s’occuper directement ou par représentant des affaires de leur pays est un droit que les hommes tiennent non de leur sexe mais de leur qualité raisonnable, qui leur est commune avec les femmes". Appelé à collaborer à la rédaction de la Constitution il "oublie" ses prises de position en faveur des femmes et ne réclame rien pour elles.

C'est une femme qui, reprenant les idées de Condorcet, va mener le combat pour toutes : Olympe de Gouges publie en septembre 1791 la "Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne" en 17 articles sur le modèle de la Déclaration des droits de l'homme. Ses articles 6 et 10 sont restés célèbres :

"Article 6 : La loi doit être l’expression de la volonté générale ;

Marquis Antoine de Caritat de Condorcet

 

les citoyennes et citoyens doivent concourir personnellement ou par leurs représentants à sa formation.

Article 10 : Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même fondamentales ; la femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune."

Pour se faire entendre, les femmes qui ne peuvent pas participer directement à la vie politique ont deux possibilités : les clubs et les tribunes des assemblées. Dans les clubs qu'elles fondent, elles peuvent lire les journaux, discuter des lois nouvelles, évoquer des questions politiques ; c'est un vecteur de diffusion des idées au sein de la population féminine. Les assemblées ont des tribunes ouvertes au public ; les femmes les envahissent munies de leur tricot, d'où leur surnom de "tricoteuses", elles crient, interpellent les orateurs ; c'est une forme de contrôle de la vie politique mais surtout elles perturbent les débats.

 

Olympes de Gouges (1748-1793)

La réaction ne se fait pas attendre. La nouvelle constitution votée le 23 juin 1793 instaure un suffrage universel masculin. Peu de temps après, le rapport d'Amar, député de l'Isère, au comité de sûreté générale va dans le même sens : "les femmes doivent-elles exercer des droits politiques et s'immiscer dans les affaires du gouvernement ? L'opinion universelle repousse cette idée. Les femmes doivent-elles se réunir en associations politiques ? En général les femmes sont peu capables de conceptions hautes et de méditations sérieuses… Voulez-vous que, dans la République

Extrait du

française, on les voie venir au barreau, à la tribune, aux assemblées politiques comme les hommes, abandonnant et la retenue, source de toutes les vertus de ce sexe, et le soin de leur famille ? …Nous croyons qu'une femme ne doit pas sortir de sa famille pour s'immiscer dans les affaires du gouvernement." Le 30 octobre 1793 les clubs féminins sont fermés. Le 4 prairial an III (23 mai 1795), nouveau décret de la Convention : "toutes les femmes se retireront dans leur domicile respectif : celles qui, une heure après l'affichage du présent décret, seront retrouvées dans la rue, attroupées au dessus du nombre de 5, seront dispersées par la force armée et successivement mises en état d'arrestation jusqu'à ce que la tranquillité publique soit rétablie dans Paris."

Cette mise à l'écart des femmes sur le plan politique, Olympe de Gouges ne la verra pas : elle fut guillotinée le 3 novembre 1793 comme girondine.

La fin de la Révolution et l'Empire, sont les périodes les plus sombres du combat pour le droit des femmes. Napoléon n’apprécie pas "les femmes qui se mêlent de politique" et son code civil de 1804 fait d'elles des mineures à vie.