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Charles-Augustin SAINTE-BEUVE

 

En 1844 il fut nommé à l'Académie française pour remplacer Casimir Delavigne et il fut reçu à cette occasion par Victor Hugo. Sainte-Beuve fut appelé à siéger au Sénat le 28 avril 1865 et participa à ses travaux pendant à peine 5 années. Il ne prit la parole que dans les questions qui intéressaient la liberté des lettres et de la pensée et toujours pour la défendre. Rapporteur d'un projet de loi sur la propriété littéraire en 1866, Sainte-Beuve déclarait : « Et moi-même, si j'osais me citer en exemple, avant que la bonté toute particulière de l'empereur voulût bien m'appeler à l'honneur de siéger parmi vous, qui étais-je ? Un producteur dans un genre relativement facile, un producteur que l'exigence du journal stimulait, que la bienveillance du public encourageait à donner souvent, et à faire de son mieux. »

Lors de la discussion de la loi sur l'enseignement primaire le 29 mars 1867, il prit la parole un peu vivement pour défendre M. Renan qu'il estimait attaqué : « Mais il y a aussi des opinions philosophiques honorables et respectables que je défends au nom de la liberté de penser et que je ne laisserai jamais attaquer et calomnier sans protestation ».

Le Président Rouher reviendra sur cet incident quand il prononcera son éloge funèbre le 3 décembre 1869 : « Notre collègue s'était placé aux limites extrêmes des opinions représentées dans cette assemblée. Un incident empreint de quelque vivacité nous avait signalé ses tendances, et avait laissé dans son esprit impressionnable certains ombrages dont ses discours ultérieurs conservèrent la trace. »

Prenant la parole sur une pétition relative aux bibliothèques dans la séance du 19 avril 1868, il continue sa croisade : « Mais ce qui me paraît d'autre part excessif, injustifiable, c'est qu'on prenne occasion de ce qui peut être un fait controversable ou blâmable, pour venir afficher une sorte de jugement public et officiel d'ouvrages et de noms livrés à la dispute des hommes, établir contre eux une sorte de sentence définitive et sans appel, les frapper d'une note odieuse de censure, et instituer dans notre libre France une sorte d'index des livres condamnés, comme à Rome. (Protestations) ». La même année, il intervient une dernière fois au Sénat, sur la liberté de la presse. Il y expose longuement une opinion qu'il résume d'emblée de cette façon : « En un mot, j'approuve la loi dans son principe, et je la contredis dans presque tous ses détails ».

Sainte-Beuve meurt à Paris le 13 octobre 1869. Lors de son éloge funèbre, le président rend hommage à son œuvre : « Les écrits de Sainte-Beuve franchiront les régions contemporaines et survivront à leur temps, car ils ont à la fois la pensée et le style » ; il ne pourra toutefois pas cacher sa désapprobation devant la volonté du défunt d'être inhumé sans solennité, civilement, sans la présence d'aucun membre de l'Académie et du Sénat : « Ne jugeons point ces choses, messieurs ; toutefois, hâtons-nous de dire que l'exemple en est rare dans notre société. Ceux-là mêmes chez lesquels le sentiment religieux était resté longtemps assoupi le réveillent au soir de la vie et lui demandent le courage de l'adieu et ses confiances sublimes qui couronnent la vie de l'homme de bien ».

En 1898 eut lieu l'inauguration du monument érigé à sa mémoire dans le jardin du Luxembourg. Y sont gravés les mots qui furent en quelque sorte la devise du célèbre auteur de Port Royal : « Le vrai ! Le vrai seul ! ».