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Anecdotes et anicroches : le quotidien mouvementé d'un jardin public


 

La propreté du jardin fait, elle aussi, l'objet de vigoureuses critiques, qu'il s'agisse de mères de famille, dont l'une a vu sa progéniture se barbouiller d'excréments, de promeneurs déplorant l'état des bancs salis par les pigeons, qu'une note de 1913 vise à éradiquer ou encore de personnes craignant la mauvaise opinion des visiteurs étrangers à l'égard des mœurs françaises, à la vue des détritus qui jonchent les pelouses ou flottent dans les bassins. Les revendications hygiénistes aboutissent en 1907 à la suppression d'une de ces pièces d'eau, située près de la rue Férou, en raison des mœurs indécentes des canards et des insectes qu'ils attirent.

Néanmoins, c'est le comportement des jeunes gens - « apaches » dévoyés ou facétieux élèves du quartier - qui reste le plus fréquemment décrié. En 1917, un répétiteur du lycée Henri IV se plaint du sobriquet - le Mammouth - que ses étudiants lui lancent à travers les allées et réclame que les surveillants y mettent bon ordre. Les « apaches », quant à eux, sont accusés par les promeneurs de détériorer les chaises, d'interpeller goujatement les dames et de menacer la tranquillité de tous. Bien souvent, les surveillants appelés à témoigner relativisent les incidents, au grand dam des plus indignés : « Permettez-moi d'ajouter que, traversant journellement le Luxembourg depuis 1864, alors qu'il était d'un tiers plus étendu, jamais, ni en 1870-71, ni de 1914 à 1918, je n'y ai constaté un laisser-aller comme celui que subissent et dont souffrent les habitués et les fidèles du vieux jardin » (lettre de 1921). Déjà, en 1897, de semblables protestations avaient entraîné un accroissement de la surveillance, toujours jugé insuffisant.  

Le règlement lui-même est parfois contesté. Un professeur de la faculté de médecine s'élève contre l'interdiction faite aux tout-petits de jouer sur les pelouses, qui les condamne, selon lui, à s'amuser sur des allées pleines de crachats tuberculeux. De nombreux promeneurs réclament une ouverture plus tardive du jardin, qui leur est refusée, faute d'éclairage. En revanche, en 1896, une demande d'ouverture plus matinale est accordée pour éviter des détours aux ouvriers qui se rendent à leur travail.  

Ces anecdotes et anicroches témoignent a contrario de l'extrême popularité du jardin du Luxembourg, fréquenté et apprécié par tous les publics et que chacun rêve secrètement de s'approprier, parfois au détriment des autres.