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COMPTES RENDUS

Compte rendu de l'audition du 21 janvier 2003

 Audition de M. Tashi Phuntsok, représentant en France de Sa Sainteté le Dalaï Lama

            

            M. Louis de Broissia :

Je salue la présence parmi nous de notre collègue Alain Vasselle, qui doit bientôt évoquer la situation au Tibet dans le cadre d'une question orale avec débat sur le respect des engagements internationaux en matière de droits de l'homme.

J'ai également le plaisir de vous annoncer que le groupe d'études sur le Tibet de l'Assemblée nationale est reconstitué, et que M. Lionel Lucas en a été élu président.

Avant de projeter le documentaire clandestin sur la destruction du monastère de Serthar, je voudrais faire un rapide bilan des activités du groupe d'information sur le Tibet l'an dernier. Nous nous sommes réunis à quatre reprises :

- mardi 5 février 2002 : audition de M. Tashi Phuntsok et projection du film « Tibet, histoire d'une tragédie » ;

- vendredi 5 juillet 2002 : conférence de Mme Jetsun Pema, sœur cadette du Dalaï Lama et projection du film « Un peuple en exil » ;

- mardi 1er octobre 2002 : le bureau du groupe a été convié à un petit-déjeuner de travail au ministère des Affaires étrangères ;

- mardi 8 octobre 2002 : audition de M. Matthieu Ricard et projection du film « Un peuple en exil ».

En novembre 2002, notre groupe a été convié à participer à la conférence parlementaire sur le Tibet, organisée chaque année par M. Thomas Mann, président de l'intergroupe Tibet du Parlement européen. J'ai adressé à ce dernier un message lui confirmant notre communauté de vue, et notre soutien aux résolutions sur le Tibet votées par le Parlement européen.

Je suis intervenu auprès de M. Dominique de Villepin afin d'appeler son attention sur la situation des prisonniers politiques au Tibet, et notamment des deux religieux tibétains récemment condamnés à mort.

Nous souhaitons mener une action de sensibilisation auprès des parlementaires européens français, afin de les inciter à rejoindre l'intergroupe Tibet du Parlement européen.

A l'issue de cette année, nous sommes déçus de constater que le gouvernement chinois souffle en permanence le froid et le chaud. Nous pensons que la volonté chinoise d'engager des négociations reste à prouver.

 

Projection du documentaire sur la destruction du monastère de Serthar

 

            M. Tashi Phuntsok :

Nous avons été très heureux de pouvoir accompagner les activités du groupe d'information sur le Tibet en 2002, qui sont très utiles pour notre pays.

D'après ma propre expérience, je peux vous assurer que votre action est importante ; et je veux remercier les parlementaires français qui soutiennent la cause du Tibet. Depuis un an, nous accompagnons la création d'un groupe analogue au Parlement portugais, à qui nous donnons en exemple l'action des deux groupes parlementaires français sur le Tibet.

Bien entendu, nous souhaitons que ces actions continuent de se développer. Nous saluons l'élection de M. Lionnel Lucas à la présidence du groupe d'études sur le Tibet de l'Assemblée nationale, et nous espérons que le nombre des députés qui le rejoindront sera important.

En ce qui concerne le film que nous venons de voir, vous pouvez vous demander pour quelle raison il est diffusé plus d'un an après les faits. Mais c'est tout simplement parce que les informations filtrent difficilement du Tibet vers l'extérieur. Il s'agit d'images tournées clandestinement.

La destruction du monastère de Serthar est exemplaire. Mais le système du quota de moines et de nonnes ne date pas d'hier, avec son cortège d'expulsions et de destructions, et il demeure toujours d'actualité.

Malheureusement, la destruction du monastère de Serthar n'a pas été achevée en 2001, mais s'est poursuivie au moins jusqu'en décembre 2002. Les destructions seraient encore en cours.

C'est un exemple qui démontre que les autorités chinoises visent à atteindre l'identité spirituelle du peuple tibétain : tous les lieux de culte, tous les religieux, tous les érudits sont considérés comme des dangers. La religion est considérée comme un problème.

Officiellement, le monastère a été détruit à la fois pour des raisons d'hygiène et parce que le nombre des moines dépassait le nombre admis. Les effectifs doivent être réduits de 6.000 à 1.400 moines, et 3.000 à 600 nonnes.

Je voudrais par ailleurs vous faire part de certaines évolutions depuis notre précédente réunion.

Le problème le plus urgent a été celui de la peine de mort prononcée contre deux religieux tibétains. Des actions et des pétitions ont été lancées dans le monde. Nous avons reçu plusieurs lettres d'appui des autorités françaises, notamment du Président de la République, du Premier Ministre et du Président du Sénat. Les sentences capitales pourraient être commuées. Mais cela demeure à confirmer. Ces campagnes sont utiles, la mobilisation des opinions est efficace.

Des émissaires du Dalaï Lama se sont rendus en Chine et au Tibet. Notre Premier ministre avait demandé en attendant la suspension des manifestations de protestation à travers le monde, ce qui notamment a permis à Jian Zemin d'effectuer sans contestations son dernier voyage officiel aux Etats-Unis. Nous n'observons pour l'instant aucune évolution des autorités chinoises suite à ces contacts. Mais nous espérons que ces échanges pourront continuer.

Le Dalaï Lama vient de terminer un grand programme d'enseignements et d'initiations en Inde. Près de 200.000 personnes en ont bénéficié, dont certains Tibétains venus exprès du Tibet, du Bouthan, du Népal et du Sikkhim. Les problèmes de santé du Dalaï Lama sont surmontés, et il viendra en France du 10 au 18 octobre 2003.

M. Louis de Broissia :

Je salue les efforts des chaînes de télévision et des journaux français qui continuent de programmer des émissions et de publier des articles consacrés au Tibet. J'ai demandé à France Télévision de bien vouloir programmer le film « Un peuple en exil », que nous avons visionné récemment.

M. Jean-Paul Ribes, président du Comité de soutien an Peuple tibétain :

Je voudrais évoquer le cas de Ngawang Sangdroll, cette jeune prisonnière qui a été finalement libérée en octobre 2002 après 10 ans de prison. Elle se trouvait alors dans un très mauvais état de santé, et ne pouvait plus marcher.

Nous avons demandé qu'elle puisse être soignée soit au Tibet, soit en France. Notre ambassade a proposé de l'héberger. Mais le gouvernement chinois a refusé de la laisser sortir. Elle vit depuis enfermée chez sa sœur à Lhassa et ne reçoit pas de véritable traitement. Sa maladie empire.

J'ai alerté les autorités françaises, qui continuent à réclamer sa venue en France. C'est un signal de la mauvaise volonté de la Chine. Pour l'instant, nous espérons encore une évolution de sa position, et ne voulons pas médiatiser l'affaire.

Plus généralement, nous souhaitons la libération de tous les prisonniers d'opinion au Tibet, ainsi que la cessation de l'interdiction de l'image du Dalaï Lama et des insultent qui lui sont adressées dans la presse. Cette dernière stratégie est d'ailleurs inefficace, puisque la plupart des Chinois respectent le Dalaï Lama en dépit de tout.

Le Premier Ministre, Samdhong Rinpoché, a averti que si aucune évolution ne se fait jour, il donnerait pour consigne un retour à une vaste campagne mondiale contre une Chine qui n'aurait pas su saisir sa chance.

M. Louis de Broissia :

Il nous faut montrer plus de détermination face aux autorités chinoises et rappeler que l'heure de vérité sera l'ouverture des jeux olympiques de Pékin.

Une meilleure coordination entre les diverses associations pro-tibétaines me paraîtrait souhaitable.

M. Jean-Paul Ribes :

Sur ce point, il y a une réelle amélioration. Nous assistons aujourd'hui à un rapprochement entre des associations qui avaient été un peu éparpillées.