COMPTES RENDUS
Compte rendu de la réunion du mardi 5 février 2002
Les membres du groupe dinformation ont tout dabord assisté à la projection privée du film « Tibet, lhistoire dune tragédie », de Ludovic Segarra.
Ils ont ensuite procédé à laudition de Tashi Phuntsok, Représentant en France de Sa Sainteté le Dalaï Lama.
M. Taschi Phuntsok :
La question du Tibet nest pas seulement politique, mais met en jeu la survie dune partie de lhumanité, dune culture unique et dune spiritualité très ancienne.
La position des autorités chinoise a varié au cours des années. Au début, elles ont prétendu que le Tibet faisait partie de la Chine depuis le VIIème siècle, parce quun roi tibétain avait alors épousé une princesse chinoise. Mais cet argument «matrimonial » ne tient pas debout.
Les Chinois ont ensuite revendiqué le rattachement du Tibet à la Chine au XIIIème siècle, lors de lexpansion de lempire mongol. En effet, les Mongols, qui dirigeaient la Chine, exerçaient également une influence sur le Tibet. Pour nous, ce genre de raisonnement na pas de valeur, ni légalement, ni historiquement. Cest pourtant un argument qui a été repris récemment par lambassadeur de Chine en France dans un interview.
Un autre argument, plus contemporain, est le contraste allégué entre les progrès accomplis depuis 1949 par le Tibet sous direction chinoise, et le régime « féodal, esclavagiste et cruel » qui y régnait précédemment.
Le film que nous venons de voir montre bien les différences entre les Chinois et les Tibétains dans leurs attitudes quotidiennes. Moi-même, je suis né au Tibet, mais je men suis échappé avec mes parents après linvasion chinoise. Je nai subi aucune influence chinoise. Si la Chine avait raison en prétendant que le Tibet lui appartient depuis le VIIème siècle, alors force serait de constater que ce lien ancien supposé na eu aucun effet, aucune influence.
Voyons quelles sont les réalités daujourdhui. Si le régime chinois est progressiste et démocrate, pourquoi empêche-t-il les gens dafficher des photos du Dalaï Lama, pourquoi tant de destructions, pourquoi ces contraintes pesant sur le peuple tibétain ?
Lambassadeur chinois prétend que le taux dalphabétisation sest élevé jusquà atteindre 85 %. Or, tous les ans des milliers denfants quittent le Tibet pour pouvoir bénéficier dune scolarité. Récemment, des nouvelles inquiétantes pour la liberté de culte nous sont parvenues. Un monastère qui abritait 10.000 moines a été détruit.
En 2001, on recensait 254 prisonniers dopinion détenus, 35 arrestations nouvelles, et 10 morts sous la torture. Noublions pas non plus la détention prolongée du Panchen Lama, qui doit avoir 12 ans aujourdhui. Personne na réussi à le rencontrer depuis quil a été enlevé par les autorités chinoises.
Le symbole de la résistance du Tibet est le Dalaï Lama, son chef spirituel et son dirigeant politique depuis 50 ans. Cest lui qui a fait le choix de la méthode non violente. Nous sommes convaincus de lefficacité de cette méthode, même sil nous faut être patients. Aujourdhui, la non violence nest pas à la mode. Mais cest une forme de résistance très active, très consciente, qui implique beaucoup de courage. Nous sommes sûrs que cette pratique apportera beaucoup de bien à nous-mêmes, aux Chinois et au reste du monde.
Nous avons beaucoup de plaisir à constater que la lutte du Tibet est de plus en plus reconnue par les peuples et leurs représentants. Bien des Parlements nous soutiennent. Nous en appelons aussi au soutien des gouvernements, qui ne sont pas encore très actifs, et de lONU. Le peuple tibétain, qui lutte depuis 50 ans dans lesprit de la Charte de lONU, est en droit den attendre quelque reconnaissance.
Si les droits de lhomme sont précieux, alors il faut faire un geste. Jen appelle à votre aide, à celle de votre Gouvernement, et à celle de lUnion européenne. Nous demandons simplement que le dialogue avec les Chinois puisse avoir lieu, pour permettre une solution négociée. Le problème dure depuis maintenant très longtemps, il est temps de faire quelque chose.
Je vous rappelle que dans une résolution adoptée en juillet 2000, le Parlement européen a demandé linstauration dun coordinateur spécial pour le Tibet, ainsi que la reconnaissance du Gouvernement tibétain en exil si les négociations navaient pas lieu dans un délai de trois ans.
Lors de la 58ème session de la Commission des droits de lhomme de lONU, qui se tiendra à Genève au mois de mars prochain, la France a un rôle important à jouer. Elle doit prendre une position claire pour que la question du Tibet soit inscrite à lordre du jour et discutée.
Laissez-moi vous dire maintenant quelques mots de la santé du Dalaï Lama. Il est sorti de lhôpital le 2 février et se repose à Bombay avant de retourner à Dharamsala le 9 février. Une retraite de méditation est prévue, et ses déplacements des mois de mars et avril ont été reportés ou annulés. Sa maladie était sans gravité. Simplement, le Dalaï Lama voyage beaucoup et a des programmes trop chargés. Le voilà forcé à prendre du repos.
Enfin, je vous rappelle que le 10 mars est la journée de commémoration du soulèvement national tibétain. Des manifestations sont prévues à Paris et dans dautres villes françaises.
M. Louis de Broissia :
Je vous remercie. Tous les parlementaires membres du groupe dinformation seront sollicités pour des questions écrites et orales, ainsi que pour laffichage du drapeau tibétain sur les mairies. Nous avons également lintention dinterroger les candidats à la présidentielle sur la question du Tibet. Je me propose enfin décrire à lambassadeur de Chine au sujet du Panchen Lama.





