COMPTES RENDUS
Compte rendu de la réunion du mardi 6 mai 2008
Entretien avec Mme Rama Yade, Secrétaire d'Etat chargée des affaires étrangères et des droits de l'Homme
Louis de Broissia, président du groupe d’information sur le Tibet du Sénat :
Nous avons suivi avec intérêt les efforts diplomatiques du Président de la République et des ses émissaires, MM. Christian Poncelet et Jean-Pierre Raffarin, pour que le dialogue reprenne avec le Dalaï-Lama. Un premier pas semble fait en ce sens.
Lors de notre déplacement à Pékin au mois d’août 2006, nos interlocuteurs à l’Assemblée nationale populaire avaient pris l’engagement que le Panchen-Lama, reconnu par le Dalaï-Lama en 1995 à l’âge de 5 ans et maintenu depuis au secret par les autorités chinoises, serait libre de s’exprimer publiquement à sa majorité. Le moment est venu que cette promesse soit honorée.
Avec mon collègue Lionnel Luca, nous demandons à pouvoir nous rendre au Tibet dans les meilleurs délais, alors que toute la région est encore interdite aux touristes et aux journalistes.
Mme Rama Yade, Secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme :
Le Panchen-Lama se trouve sur la liste des prisonniers d’opinion régulièrement présentée par l’Union européenne aux autorités chinoises. Celles-ci nous répondent que le Panchen-Lama n’est pas prisonnier, mais qu’il essaie seulement d’avoir une vie normale dans l’anonymat. Ce dossier sera évoqué à nouveau lors de la prochaine session Union européenne-Chine sur les droits de l’Homme, qui doit se tenir les 15 et 16 mai prochains.
Votre demande de pouvoir accéder au Tibet rejoint la position officielle française, qui est favorable à ce que la région soit réouverte aux journalistes et aux observateurs tiers.
M. Lionnel Luca, président du groupe d’études sur le Tibet de l’Assemblée nationale :
Nous nous réjouissons de la position prise au nom de la France par le Président de la République sur le sujet du Tibet, qui n’a pas toujours été aussi affirmée. La déclaration de M. Nicolas Sarkozy du 25 mars dernier fait clairement de la fin de la répression au Tibet et de la reprise du dialogue avec le Dalaï-Lama une condition de sa participation à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. Nous devrons faire valoir notre point de vue auprès de lui, lorsqu’il aura à prendre cette décision.
La récente reprise du dialogue sino-tibétain ne doit pas faire oublier la réalité de la répression. Nous devons continuer à exiger de la modération de la part des autorités chinoises. Enfin, nous ne saurons que dans les semaines à venir si ce dialogue s’avère constructif, ou si c’est un simple leurre. Pour l’instant, je constate que la presse chinoise continue de dénoncer avec virulence le Dalaï-Lama et sa « clique ».
Le précédent ambassadeur de Chine avait promis aux députés membres du groupe d’études qu’ils seraient invités à venir au Tibet, comme les sénateurs l’ont été en 2006. Cette visite avait été reportée en raison des élections présidentielles et législatives en France. Nous avons renouvelé notre demande auprès du nouvel ambassadeur qui vient de prendre son poste, et nous attendons encore sa réponse.
J’appelle votre attention sur le fait que la cause tibétaine rencontre un écho très large et très favorable dans l’opinion publique française, même si nos compatriotes savent faire la distinction entre le peuple chinois et ses dirigeants.
Mme Rama Yade :
On ne sait pas encore ce qui s’est dit lors de la rencontre entre les représentants chinois et les envoyés du Dalaï-Lama qui a eu lieu le 4 mai dernier. Nous avons encore quelques mois pour savoir si ce dialogue sera substantiel ou non.
Le Président de la République n’a pas encore pris sa décision en ce qui concerne sa participation à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. Le moment où il prendra cette décision est, évidemment, stratégique.
M. Lionnel Luca :
M. Nicolas Sarkozy a précisé qu’il attendrait d’être en charge de la présidence tournante de l’Union européenne, à partir du 1er juillet, avant de se prononcer, en concertation avec les 26 autres Etats membres.
Mme Rama Yade :
Les premières condamnations des émeutiers tibétains ont été particulièrement lourdes, puisqu’elles vont de trois ans de prison à la détention à perpétuité. Nous répéterons aux autorités chinoises que cette répression est excessive, et demanderons un bilan précis des émeutes. La ministre de l’Intérieur, Mme Michèle Alliot-Marie, a écrit à l’ambassadeur de Chine pour protester contre le rapprochement qui a été fait publiquement par son chargé d’affaires entre la répression au Tibet et la répression des émeutes dans les banlieues en France.
M. Louis de Broissia :
Que savez-vous de la situation des réfugiés tibétains au Népal ?
M. Michel Filhol, directeur d’Asie et d’Océanie :
A notre connaissance, les autorités népalaises continuent de laisser les réfugiés tibétains poursuivre leur route vers l’Inde, où ils peuvent être pris en charge par le gouvernement tibétain en exil. Mais il y aurait eu quelques « bavures », à la suite desquelles certains réfugiés auraient été remis aux autorités chinoises.
M. Thierry Repentin :
Avec mon collègue Yvon Collin, nous étions présents au Népal pour observer le déroulement des élections constituantes qui y ont eu lieu le mois dernier. Je rappelle que 15.000 à 20.000 réfugiés tibétains sont installés en permanence dans la région de Katmandou. Selon nos informations, les forces de l’ordre népalaises ont fait un usage excessif de la force contre les tibétains qui ont manifesté récemment, et menacé de les reconduire à la frontière chinoise, avec les conséquences que vous pouvez imaginer.
Par ailleurs, les Chinois aurait posté des hommes armés sur la voie d’accès à l’Everest, afin d’interdire toute tentative de manifestation de soutien aux Tibétains du côté népalais au moment où la flamme olympique atteindra le sommet de la montagne par le côté chinois.
Il me semble opportun que Mme la Secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme se rende prochainement au Népal, afin de manifester que les réfugiés tibétains n’y sont pas oubliés par la France.
Mme Rama Yade :
Nous avions envisagé que le nouvel ambassadeur pour les droits de l’Homme, M. François Zimeray, se rende au Népal, mais ce déplacement a été reporté. Pour ma part, je ne vois pas d’inconvénient à m’y rendre personnellement. Mais tout dépendra de la stratégie qui sera finalement retenue par le Président de la République.
De même, la question n’est pas tranchée d’un contact officiel avec le Dalaï-Lama lors de la visite qu’il fera en France au mois d’août prochain. Il avait été envisagé un moment qu’il soit reçu à Bruxelles par le Conseil de l’Union européenne, mais la présidence slovène n’a finalement pas retenu cette possibilité, faute de consensus entre les 27 Etats membres.
M. Louis de Broissia :
Je signale que le Conseil de l’Europe a récemment adopté une résolution très franche et courageuse sur la question tibétaine.





