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RESUME DE L'AUDITION DU DALAï LAMA

Les membres du groupe d’information sur le Tibet du Sénat, présidé par MM. Claude Huriet et Louis de Broissia, et du groupe d’études sur les problèmes du Tibet de l’Assemblée nationale, présidé par M. Richard Cazenave, ont procédé mardi 26 septembre 2000 à l’audition officielle de sa Sainteté le XIVème Dalaï Lama, sur le thème : "Pourquoi aider le Tibet ?"

Le Président du Sénat, M. Christian Poncelet, retenu en province, a adressé un message de bienvenue et de soutien au Prix Nobel de la paix.

Le Dalaï Lama a déclaré qu’il ne demande pas que l’on prenne parti pour le Tibet, mais simplement pour la vérité et la justice. Il a souligné que la situation actuelle au Tibet soulève des questions d’ordres éthique, environnemental  et géostratégique. Il a estimé que la culture bouddhiste tibétaine peut apporter des bienfaits à l’ensemble du monde et en particulier à la Chine, pour qui elle ne constitue pas une tradition étrangère.

Le Dalaï Lama a considéré que le progrès matériel apporté par le « programme de développement de l’Ouest de la Chine » actuellement mis en œuvre par le Gouvernement de Pékin pourrait avoir des effets bénéfiques. Il a toutefois regretté que, faute d'un effort sérieux d'éducation et de formation professionnelle du peuple tibétain, ce développement économique se traduise par un afflux de colons chinois, qui forment désormais la majorité de la population dans toutes les grandes villes du Tibet.

Le Dalaï Lama a souligné qu'il ne faut pas isoler diplomatiquement la Chine, mais au contraire entretenir avec discernement des relations avec ce pays, afin de mieux l’intégrer dans la communauté internationale. Il a considéré que cette intégration internationale de la Chine passe d’abord par les échanges économiques, mais qu’il ne convient pas pour autant de négliger les problèmes des droits de l’homme et de la liberté religieuse, qui sont en théorie reconnus par la constitution chinoise.

Le Dalaï Lama a constaté que les gouvernement occidentaux pratiquent "deux poids et deux mesures" en matière d'ingérence humanitaire, selon la puissance militaire et l’intérêt commercial du pays concerné.

Evoquant la fuite récente en Inde du Karmapa et de deux autres lamas, le Dalaï Lama a considéré que l'exil volontaire des dignitaires religieux tibétains permet de maintenir les traditions spirituelles du Tibet vivantes à l'étranger. Mais il a constaté que ces fuites ont grandement irrité le Gouvernement chinois, et que la répression des lamas demeurés au Tibet s'est en conséquence accrue.

Le Dalaï Lama s’est félicité que, depuis quelques années, une meilleure connaissance des réalités du problème tibétain au sein de la société chinoise se traduise par un intérêt croissant de la part des professeurs, des intellectuels, des artistes et des étudiants. Il a souligné qu’il reste toutefois extrêmement risqué en Chine de prendre parti en faveur du Tibet.

Le Dalaï Lama s’est déclaré convaincu que la Chine ne pourra pas durablement rester à l’écart de l’évolution du monde vers la libre circulation des informations et plus de démocratie. Il a établi un lien entre les changements en cours en Chine et une éventuelle amélioration de la situation au Tibet.

Le Dalaï Lama a déclaré que le Gouvernement de Pékin a cessé tout dialogue avec lui depuis l'automne 1998, tout en semblant ne pas souhaiter rompre définitivement. Il a souligné que ce difficile dialogue ne porte pas sur son statut personnel, mais sur la situation des six millions de Tibétains. Il a rappelé sa volonté, lorsqu’il lui sera possible de retourner au Tibet en jouissant d’un degré de liberté suffisant, de transmettre tous ses pouvoirs légitimes au Gouvernement tibétain local, qui devra être élu démocratiquement.

M. Claude Huriet a souligné que le groupe d’information sur le Tibet du Sénat veille à toujours agir en contact avec le Quai d’Orsay, Matignon et l’Elysée, et que cette forme de "diplomatie parlementaire" ne se situe pas en marge ou en opposition par rapport à l'action diplomatique du Gouvernement français, mais lui est complémentaire.

 

A l’issue de cette audition, le « Manifeste 2000 des parlementaires français pour le Tibet », signé par 164 députés et sénateurs, a été remis au Dalaï-Lama.