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Communiqué de presse du 22 octobre 1998


Service des commissions

Communiqué de presse

MME ROSARIO GREEN, MINISTRE DES RELATIONS EXTERIEURES DU MEXIQUE, EVOQUE DEVANT LES SENATEURS LA SITUATION AU MEXIQUE AVANT LE VOYAGE DU PRESIDENT CHIRAC DANS CE PAYS

 La commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées, élargie au groupe sénatorial d'amitié France-Mexique et pays d'Amérique centrale, a entendu le jeudi 22 octobre 1998, sous la présidence M. Xavier de Villepin, Mme Rosario Green, ministre des relations extérieures du Mexique.

Mme Rosario Green a d'abord confirmé à M. Xavier de Villepin, président, l'occasion exceptionnelle qui serait donnée au président Jacques Chirac, lors de son prochain séjour au Mexique, de s'exprimer devant le Congrès-qui ne se réunit, en principe, qu'une fois par an pour entendre le chef de l'Etat mexicain-, illustrant ainsi la force des liens qui unissent nos deux pays et le souci de les renforcer encore.

La ministre des relations extérieures du Mexique a également indiqué que ce déplacement du président de la République française permettrait de mettre l'accent sur les importants changements intervenus récemment au Mexique. Mme Rosario Green a rappelé la mission que s'était assignée le président Zedillo de transformer ce pays sur la voie de la modernité à l'horizon du troisième millénaire. Elle a souligné en particulier la priorité accordée à la "normalisation" démocratique afin de permettre aux institutions existantes et au multipartisme de mieux fonctionner. Cette réforme, conduite avec le soutien des cinq partis politiques représentés au Congrès, a provoqué d'importantes évolutions dans la vie politique mexicaine :

- la conquête par le parti de la révolution démocratique (PRD) de la municipalité de Mexico alors même que la capitale, avec 25 % de la population du Mexique, pourrait devenir au prochain siècle un Etat de la République mexicaine placé sous l'autorité d'un gouverneur ;

- la gestion, par des partis d'opposition, de la moitié des villes mexicaines les plus importantes ;

- l'alternance au pouvoir dans presque tous les Etats de la République fédérale mexicaine.

D'après Mme Rosario Green, ces évolutions, qui laissent très ouverte l'issue des prochaines échéances électorales, assureront le renforcement pour l'avenir de la démocratie et du Mexique.

La ministre des relations extérieures a ensuite évoqué la situation économique du Mexique. Après avoir rappelé que la crise de 1995 avait marqué une profonde rupture avec la période précédente, caractérisée par une confiance illimitée dans le développement de la croissance du pays, Mme Rosario Green a souligné que la conjonction des troubles politiques et sociaux avait alors suscité un climat de confusion entraînant une fuite des capitaux et plongeant le Mexique dans la crise la plus sévère qu'il ait connue au XXe siècle. Une politique monétaire et budgétaire rigoureuse avait toutefois permis, avec l'appui de la communauté internationale, de renouer dès 1997 avec une croissance de l'ordre de 7%.

Cette tendance favorable devrait, d'après Mme Rosario Green, se prolonger pour les années à venir, même si une double hypothèque pèse actuellement sur la conjoncture économique :

- la crise financière internationale, qu'il importe d'endiguer avant qu'elle ne se transforme en une récession mondiale ;

- la chute du cours du pétrole, dans la mesure où cette matière première, même si elle ne représente que 7 % des exportations aujourd'hui diversifiées du Mexique, relève d'un monopole d'Etat et alimente 37 % des ressources fiscales du pays.

La ministre des relations extérieures du Mexique a souligné, dans ce contexte, la nécessité de maintenir les disciplines monétaires et budgétaires. Mme Rosario Green a également rappelé la liberté de change entre le dollar et le peso mexicain. Elle s'est déclarée confiante dans la poursuite de la croissance, qui devrait atteindre en 1998 4,5 %. D'après elle, la conjonction des réformes politiques et économiques permettra de favoriser le pluralisme, l'ouverture du pays et l'intérêt des investisseurs étrangers pour le Mexique. Elle a souligné, dans cette perspective, l'intérêt de son pays pour l'accord de partenariat économique entre la Communauté européenne et le Mexique, qui devrait prochainement être ratifié par tous les Etats intéressés ; les négociations commerciales qui devraient s'ouvrir début novembre dans ce cadre pourront concerner non seulement les biens mais aussi les services et constituent pour le Mexique une opportunité de diversifier ses échanges. Mme Rosario Green a enfin rappelé l'importance des autres volets de l'accord, et notamment du dialogue politique.

Mme Rosario Green a ensuite répondu aux questions des commissaires.

A la demande de Mme Danielle Bidard-Reydet, elle a commenté la déclaration publiée à l'issue du VIIIe sommet ibero-américain de Porto (18 octobre 1998) et consacrée à la crise financière internationale. Mme Rosario Green a relevé l'importance de l'appel ainsi adressé par les pays d'Amérique du sud aux pays les plus avancés et, plus particulièrement, aux pays membres du G7, afin que ceux-ci participent à un effort de solidarité au profit des pays touchés par la crise, et qu'il soit procédé aux réformes nécessaires à la stimulation de la croissance mondiale, notamment au Japon et dans le cadre des institutions de Bretton Woods.

Mme Danielle Bidard-Reydet ayant évoqué la fidélité du Mexique à Cuba, et l'évolution à venir des relations entre ce pays et l'Amérique du sud, Mme Rosario Green a estimé souhaitable d'éviter l'isolement diplomatique de Cuba, afin de parvenir à une évolution politique favorable aux réformes économiques. Elle s'est félicitée de l'évolution de l'opinion internationale à l'égard du blocus, seuls les Etats-Unis et Israël paraissant désormais favorables à ce type de mesures.

M. Hubert Durand-Chastel a alors évoqué les pressions exercées sur le Mexique par les Etats-Unis. Il a rappelé l'opposition de la France à l'"accord multilatéral sur les investissements"et aux lois extraterritoriales américaines d'Amato-Kennedy et Helms-Burton. Il a par ailleurs souhaité que la prochaine visite du chef de l'Etat au Mexique puisse être l'occasion d'une réaffirmation solennelle de l'exception culturelle.

Répondant à M. Hubert Durand-Chastel ainsi qu'à Mme Danielle Bidard-Reydet, Mme Rosario Green a souligné la volonté commune de la France et du Mexique de préserver la "diversité culturelle", qui devrait être réafffirmée à l'occasion du voyage du président de la République au Mexique.

M. André Rouvière, rapporteur du projet de loi autorisant la ratification de l'accord de partenariat économique, entre l'Union européenne et le Mexique, s'est alors interrogé sur la réaction des Etats-Unis à l'égard du rapprochement en cours entre le Mexique et l'Europe, compte tenu des relations étroites entre le Mexique et les Etats-Unis, encouragées par l'accord de libre-échange nord-américan (ALENA). Mme Rosario Green a estimé que la participation du Mexique à l'ALENA ne saurait constituer un frein à l'instauration de relations privilégiées entre le Mexique et d'autres régions, en particulier l'Union européenne.

M. André Rouvière ayant souligné l'importance de la dimension sociale dans la coopération souhaitable entre le Mexique et l'Union européenne, Mme Rosario Green a estimé que cette question s'intégrait dans le dialogue d'ores et déjà instauré entre son pays et l'Union européenne. Elle a par ailleurs souligné l'intérêt manifesté par le Président Zedillo pour la question sociale, relevant, à cet égard, les moyens consacrés à la santé publique, à l'éducation et à la consommation des produits de première nécessité.

Interrogée par M. André Rouvière sur la situation au Chiapas, Mme Rosario Green a relevé les efforts très importants mis en oeuvre par le Président Zedillo pour améliorer la situation économique dans cet Etat tandis que le gouvernement mexicain renouvelle ses efforts pour trouver une solution négociée à ce conflit.

En réponse à M. Christian de La Malène, Mme Rosario Green a estimé que , malgré les relations nouées entre l'Argentine et l'OTAN, le Mexique, tout en continuant à suivre l'évolution de l'OTAN, ne souhaitait pas modifier ses relations avec cette organisation.

A la demande de M. Robert Del Picchia, Mme Rosario Green est revenue sur les relations entre le Mexique et les Etats-Unis, soulignant l'attention très forte manifestée par ces derniers pour la lutte contre la drogue et les problèmes migratoires, problèmes qui, selon elle, devraient trouver une solution négociée.

En réponse à M. Robert Del Picchia, Mme Rosario Green a commenté la place du Mexique au sein de l'OPEP (organisation des pays exportateurs de pétrole), jugeant satisfaisant son statut d'observateur, et mentionnant en particulier l'intérêt des accords conclus avec le Venezuela et l'Arabie saoudite pour limiter la baisse des prix du pétrole.

M. Emmanuel Hamel s'étant interrogé sur la possibilité d'éviter les mouvements spéculatifs de capitaux, comme ceux qu'a connus le Mexique en 1995, Mme Rosario Green a souligné la difficulté d'identifier l'origine de ces mouvements spéculatifs et la nécessité de préserver la liberté des mouvements de capitaux afin d'attirer les capitaux étrangers vers des investissements productifs.

M. Xavier de Villepin, président, a alors évoqué le sommet entre l'Union européenne et l'Amérique latine, qui doit se tenir à Rio en juin 1999. Mme Rosario Green a, pour sa part, espéré que le sommet de Rio permettrait à la coopération entre l'Union européenne et l'Amérique latine de se développer à travers des projets concrets. M. Xavier de Villepin, président, s'est également interrogé sur la cohabitation, en Amérique latine, de la zone de libre-échange créée par l'ALENA, avec le Mercosur, plus proche des ambitions de la Communauté européenne. Selon Mme Rosario Green, les différences qui opposent ces deux systèmes ne les rendent pas pour autant incompatibles. Elle a jugé possible, à terme, une intégration économique du continent américain, estimant que l'intégration européenne constituait un exemple pour l'Amérique, et que, par ailleurs, l'alliance transatlantique était un espoir à ne pas perdre de vue.

M. Emmanuel Hamel ayant enfin suggéré d'instaurer des relations de coopération entre les institutions de la francophonie et celles de l'iberophonie, Mme Rosario Green a estimé que cette idée pourrait même s'élargir à la lusophonie.