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COMMUNIQUÉ DE PRESSE DU 26 JUILLET 2002


 

M. Dominique de Villepin, ministre des affaires étrangères, évoque devant les sénateurs les enjeux de la politique de la France en Afrique

 

Réunie le jeudi 25 juillet 2002, sous la présidence de M. André Dulait, président, la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées a procédé à l'audition de M. Dominique de Villepin, ministre des affaires étrangères.

Le ministre des affaires étrangères a évoqué son récent déplacement en Angola, au Mozambique, au Burkina Faso et en Côte d'Ivoire qui constituait sa troisième visite en Afrique depuis son entrée en fonction.

Soulignant que la France entendait appréhender le continent africain dans son ensemble, même si elle souhaite conforter sa relation particulière avec la « famille » francophone, il a indiqué que sa politique en Afrique suivait trois grandes lignes directrices.

La France entend tout d'abord contribuer étroitement à la résolution des conflits en appuyant les initiatives venant des pays africains eux-mêmes. A cet égard, le ministre a souligné l'intérêt des progrès accomplis tout récemment dans le conflit des grands lacs sous l'égide de la médiation sud-africaine, et au Soudan sous l'égide de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) à Machakos. Parmi les sources de conflit potentielles, une attention particulière doit être portée au problème des personnes déplacées et des réfugiés et à celui du partage des ressources naturelles. Concrètement, la France améliorera également sa contribution aux processus de sortie de crise en assurant une continuité entre aide d'urgence, aide à la reconstruction et aide au développement, comme elle le fait par exemple en Angola, en doublant son aide alimentaire (passée à 7 millions d'euros), en participant à la réinstallation des personnes déplacées et en appuyant les opérations de déminage.

Le deuxième axe de la politique française vise à soutenir les processus de consolidation démocratique. La France s'est ainsi déclarée disposée à appuyer, dès maintenant, la préparation des élections envisagées pour 2004 en Angola. Elle soutient, en Côte d'Ivoire, la mise en oeuvre des recommandations du Forum de réconciliation nationale et s'est félicitée du progrès accompli avec la reconnaissance de la nationalité ivoirienne à M. Ouattara et le bon déroulement des élections départementales du début du mois. S'agissant du Mozambique, la décision du Président Chissaro de ne pas se représenter aux élections présidentielles de 2004 mérite également d'être soulignée.

Enfin, la troisième priorité de la politique française en Afrique concerne la relance de l'aide publique au développement. Le Président de la République s'est personnellement impliqué en ce sens, notamment dans la mise en place de l'initiative en faveur des pays pauvres très endettés et par le soutien qu'il apporte au nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD).

M. Dominique de Villepin a ensuite plus particulièrement évoqué sa visite en Angola. Il a souligné la profonde évolution politique qui s'amorçait dans ce pays, après 27 années de guerre civile, avec notamment les signes d'ouverture que le Président Dos Santos avait adressés à l'Unita. Précisant qu'il avait visité dans le centre du pays des camps accueillant des militaires cantonnés et des civils déplacés, il a indiqué avoir constaté à cette occasion la capacité des forces armées angolaises et des militaires de l'Unita à travailler désormais ensemble. Il a également insisté sur la grande vitalité diplomatique de l'Angola qui en fait un partenaire incontournable en Afrique, en particulier sur les questions concernant la région des grands lacs et le Congo-Brazzaville. Il a indiqué qu'outre  son audience avec le Président Dos Santos, il s'était entretenu en aparté avec le Général Gato (Unita) et le pasteur Nzinga (secrétaire général du comité interecclésial pour la paix). Il a rappelé le potentiel économique considérable de ce pays. Enfin, il a précisé qu'il avait clairement indiqué aux responsables politiques du pays qu'aucune interférence ne pouvait se produire entre nos relations d'Etat à Etat avec l'Angola et des procédures en cours qui relèvent exclusivement de l'autorité judiciaire.

Evoquant sa visite au Mozambique, le ministre des affaires étrangères a souligné combien ce pays constituait un exemple réussi de sortie de crise. Le processus de paix y est pleinement achevé, les forces armées ne comptent plus que 11.000 hommes et les priorités gouvernementales vont à l'éducation, à la santé et au développement.

M. Dominique de Villepin s'est toutefois déclaré inquiet de l'expansion du sida au Mozambique et a souhaité que la France puisse engager un effort très important pour développer les traitements faisant appel à des médicaments génériques. Indiquant que l'épidémie touchait particulièrement les couches les plus éduquées de la population, comme les enseignants ou les médecins, il a estimé qu'une action spécifique devrait être menée en faveur de ces catégories.

Par ailleurs, il a évoqué la grande vitalité de la francophonie au Mozambique où 17.000 étudiants apprennent aujourd'hui le français.

Le ministre des affaires étrangères a également mentionné, à propos de sa visite au Burkina Faso, l'importance des projets soutenus par les collectivités locales et les associations dans le cadre de la coopération non gouvernementale, et leur contribution à un maillage étroit des relations entre les deux peuples.

En conclusion, il a salué l'émergence, en Afrique, d'une réelle prise de conscience collective en vue, notamment, de renforcer  une approche commune des pays africains pour la résolution des conflits. Il a rappelé la volonté française de les soutenir fermement dans cette démarche.

A la suite de l'exposé du ministre, un débat s'est engagé avec les membres de la commission.

Le ministre des affaires étrangères, insistant notamment sur l'intérêt de l'échange des cultures, a marqué son accord avec Mme Paulette Brisepierre qui soulignait toute l'importance pour la France de sa relation avec l'Afrique et qui souhaitait un relèvement de l'aide publique au développement.

Interrogé par M. Robert Del Picchia sur les perspectives d'accord entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, il a indiqué que les conditions pratiques de mise en oeuvre du retrait des troupes restaient encore à définir. Il a partagé les remarques du sénateur sur les convoitises suscitées par le potentiel économique et minier de cette région. Il a souligné le rôle que pouvait jouer l'Angola, qui pourrait désormais envisager de retirer ses troupes stationnant en République démocratique du Congo. Enfin, estimant que les conséquences de telles crises dépassaient largement le cadre régional pour exercer généralement un effet de « dominos », il a réaffirmé la nécessité, à l'avenir, de renforcer la capacité à régler ce type de conflit.

A M. Michel Caldaguès, qui s'interrogeait sur le poids croissant de l'aide multilatérale au développement et sur l'efficacité de cette dernière, alors que la part des crédits non engagés par le Fonds européen de développement représenterait l'équivalent de trois années et demie du budget de ce fonds, M. Dominique de Villepin a indiqué que la recherche d'une meilleure répartition entre l'aide bilatérale et l'aide multilatérale constituait un sujet de réflexion pour le gouvernement. Il a déploré la chute de l'aide bilatérale constatée ces dernières années. Il a également évoqué les critères complexes qui ont entraîné des retards considérables dans les décaissements du Fonds européen de développement.

M. Jean Faure a interrogé le ministre sur la nécessité de contrôler plus rigoureusement l'utilisation des fonds d'aide au développement. Il a également évoqué la politique française à Madagascar et s'est demandé si un lien pouvait être établi entre l'attitude des Etats-Unis  vis-à-vis de M. Ravalomanana et d'éventuelles intentions américaines visant à utiliser Diego Suarez comme base militaire.

M. Dominique de Villepin, ministre des affaires étrangères, a jugé indispensable de veiller à un contrôle rigoureux de l'utilisation des fonds d'aide au développement, tout en soulignant la nécessité de maintenir vis-à-vis des pays aidés une approche davantage fondée sur l'incitation que sur la sanction.

S'agissant de Madagascar, il a rappelé les exigences particulières qui s'imposaient à la politique française, soucieuse de contribuer à la résolution de la crise sans fragiliser les principes démocratiques élémentaires, ni remettre en cause sa relation avec l'ensemble des pays africains. Citant le cas de Djibouti, il a estimé légitime que la France prenne en compte, dans sa politique africaine, la défense de ses intérêts stratégiques.

M. Emmanuel Hamel a souhaité connaître l'échéance à laquelle la France pourrait être en mesure de consacrer 0,7 % de son PIB à l'aide au développement, selon le chiffre traditionnellement retenu comme objectif.

Le ministre des affaires étrangères a rappelé que l'augmentation de l'aide publique au développement était un engagement pris par la France au sommet du G8 de Kananaskis. Il a souligné qu'au-delà de l'importance des moyens budgétaires mobilisés, il convenait de mener une réflexion permanente sur la préparation des projets et leur évaluation. Il a exprimé sa conviction de la nécessité de revoir la logique unitaire qui présidait trop souvent à la réalisation des projets de coopération pour favoriser l'inventivité, l'emploi des compétences locales et la capacité à reproduire ces projets. Il a également indiqué qu'il fallait encourager l'élan de nombreux jeunes Français pour consacrer à l'Afrique du temps et de l'énergie, pour le plus grand bénéfice de tous.

M. Pierre Mauroy a salué la capacité croissante des Africains à prendre en charge leurs difficultés, remarquable au Mozambique mais à consolider en Angola. Il a souhaité connaître les informations recueillies par le Ministre sur la perception qu'avaient ces deux pays de leur voisin sud-africain. Il s'est enquis de l'évolution future de la coopération française avec la Côte d'Ivoire, compte tenu des difficultés politiques de ce pays. Il a salué le développement spectaculaire de la coopération décentralisée dont les perspectives, à l'aube d'une relance de la décentralisation, sont prometteuses.

M. Dominique de Villepin a indiqué que la diplomatie sud-africaine s'appuyait sur une lecture exigeante des principes démocratiques. Il a souhaité que la curiosité croissante et réciproque qui anime les pays d'Afrique francophone et anglophone permette de multiplier les passerelles, avec l'objectif d'une meilleure compréhension mutuelle. S'agissant de la Côte d'Ivoire, il a indiqué que la France avait incité M. Laurent Gbagbo à choisir l'ouverture et le mouvement pour favoriser la réconciliation nationale et qu'il s'engageait dans cette voie pour maintenir la stabilité et la cohérence du pays. Mosaïque de peuples, la Côte d'Ivoire doit être gérée par un chef d'Etat capable d'opérer une synthèse et de jouer un rôle fédérateur. Le ministre a souligné les atouts de la coopération décentralisée qui allie fraternité de la démarche et responsabilité, sous le regard attentif d'élus locaux soucieux de faire avancer des projets.

Mme Danielle Bidard-Reydet a souhaité connaître les difficultés qui continuent d'affecter les relations entre la Côte d'Ivoire et le Burkina-Faso, ainsi que les raisons de l'antagonisme entre la Libye et l'Afrique du Sud en dépit de leur éloignement géographique. Elle a souhaité obtenir des éclaircissements sur les raisons pour lesquelles le virus du Sida affecte plus particulièrement les populations éduquées du Mozambique, contrairement à l'idée souvent répandue selon laquelle la maladie frappait plus particulièrement les couches sociales les plus défavorisées.

M. Dominique de Villepin a distingué, s'agissant du Sida, les  zones rurales des zones urbaines, indiquant que le relatif isolement des populations rurales au Mozambique pouvait constituer une forme de protection naturelle, à la différence des populations urbaines davantage exposées au risque de contamination. Revenant sur la Libye, il a indiqué que ce pays avait opéré une conversion dans ses orientations diplomatiques pour mener une stratégie d'influence plus tournée vers l'Afrique. Il a précisé que les relations entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso restaient marquées par une forme de méfiance, dans un contexte où l'importante communauté burkinabé qui vit en Côte d'Ivoire se sent régulièrement menacée.

A M. Louis Le Pensec, qui l'interrogeait sur le sommet de Johannesburg, M. Dominique de Villepin a fait part du souci des Africains que les contributions internationales soient véritablement à la hauteur des enjeux. Il a exposé les difficultés rencontrées dans la démarche d'élaboration d'une position commune européenne, notamment sur la question nucléaire, alors que les Etats-Unis privilégient les enjeux économiques, ne souhaitant pas de règles environnementales contraignantes. Il a indiqué qu'il convenait de faire progresser la conscience internationale sur les questions du développement durable avec l'appui de partenaires privés et des organisations non gouvernementales. Il a conclu en précisant que le Président de la République se rendrait personnellement à Johannesburg.

M. André Boyer a souhaité des informations sur l'état actuel des relations entre l'Angola et la Namibie, alors que ce dernier pays voit son potentiel touristique affecté par les tensions régionales.

M. Dominique de Villepin, ministre des affaires étrangères, a indiqué que le processus de stabilisation engagé en Angola devrait permettre de renforcer la stabilité régionale, même si les richesses de l'enclave de Cabinda constituent toujours une source de difficulté.

M. Jean-Guy Branger est revenu sur la coopération décentralisée, considérant que l'action des quelque 142 collectivités territoriales agissant dans ce domaine devrait être mieux connue.

M. Dominique de Villepin a rappelé l'excellente appréciation qu'il porte sur ce moyen d'action et le champ d'initiatives très large qu'il ouvre. Il a envisagé d'inscrire ces actions dans une démarche plus globale, en développant les partenariats triangulaires pour des projets qui pourraient bénéficier de l'efficacité dont font preuve les acteurs de la coopération décentralisée.