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COMMUNIQUÉ DE PRESSE DU 26 NOVEMBRE 2003

« Pour que vivent les langues... : L'enseignement

des langues étrangères face au défi de la diversification »

 En 1995, les travaux de la mission d'information de la commission des affaires culturelles sur l'enseignement des langues vivantes, présidée par le sénateur M. Jacques LEGENDRE, avaient abouti à la proposition de 50 mesures concrètes, constituant un « Nouveau contrat pour l'enseignement des langues vivantes ».

Quel est le chemin parcouru, huit ans après ces recommandations ? Le présent rapport répond à une inquiétude renouvelée : en dépit de discours prônant la diversification des langues enseignées, dans une Europe « unie dans sa diversité », la tendance au resserrement de l'offre linguistique dans les établissements scolaires s'est confirmée au fil des années.

Alors que la maîtrise de plusieurs langues est devenue une compétence indispensable pour tout citoyen et tout acteur efficace sur le marché mondial, ce serait une erreur de croire qu'une seule langue, l'anglais, suffirait à satisfaire les besoins de communication et d'échanges de notre pays, en termes économique, politique ou culturel.

Comme l'a rappelé le Président de la République lors de son allocution du 14 juillet 2003, l'amélioration et la diversification des compétences linguistiques des jeunes s'inscrivent au cœur des enjeux du système éducatif, alors que s'engage le Débat national sur l'avenir de l'école.

1.      Le pari manqué de la diversification de l'offre linguistique

- L'échec de la diversification à l'école et par l'école. Si les langues vivantes ont désormais atteint le statut de discipline obligatoire de l'école primaire (95 % des élèves de cours moyen et 56 % des élèves de CE2 apprennent une langue), il est plus inquiétant de constater qu'au fil de la généralisation de cet enseignement, la part de l'anglais va croissant : près de 80 % des élèves, contre moins de 15 % pour l'allemand...

Le souci d'assurer une continuité des enseignements avec le collège, ainsi que la formation des enseignants, contribuent à titre principal à consolider ce « tunnel de l'anglais ».

Si des solutions existent, elles restent encore trop limitées : commencer l'apprentissage d'une 2ème langue dès l'entrée au collège, inciter des professeurs de collège en sous-service ou des locuteurs natifs à intervenir dans les écoles...

 - L'homogénéisation des profils linguistiques. Alors que, dans le sens des recommandations du Conseil de l'Europe, de plus en plus de collégiens et lycéens apprennent désormais deux langues étrangères, se confirme en parallèle un fort tropisme vers le choix « Anglais LV1 - Espagnol LV2 » : le poids de l'anglais en LV1 est devenu hégémonique (90 % des élèves) et près de 70 % des élèves qui apprennent une deuxième langue choisissent l'espagnol.

Cette standardisation linguistique opère à titre principal au détriment de la langue de notre premier partenaire économique et politique, l'allemand, situation d'autant plus paradoxale que l'on célèbre cette année le 40ème anniversaire du Traité de l'Élysée.

En outre, la part dévolue aux langues de l'immigration et à l'arabe en particulier n'est que marginale, alors même que des enjeux identitaires et politiques plaident en faveur d'une offre suffisante d'arabe au sein des établissements scolaires.

 2.      Les principales propositions du rapport

 - Gagner l'opinion publique à la cause du plurilinguisme, par la diffusion d'une large information en direction des élèves, de leurs familles et des responsables de l'éducation, afin de les sensibiliser aux enjeux de l'apprentissage de plusieurs langues. L'objectif est de restaurer une image plus authentique des langues, en particulier des plus méconnues, et de faire prendre conscience que le choix des langues peut être une « stratégie de distinction », sur le plan professionnel ou personnel. La seule maîtrise de l'anglais n'est pas suffisante...

 - Décliner l'action au niveau local : redonner toute sa portée à la carte des langues.Le rapport propose de faire de la carte académique des langues le support de la politique linguistique définie au niveau local, dans le cadre d'un débat large et transparent, associant non seulement les acteurs du système éducatif, mais aussi les partenaires extérieurs, du monde économique (chefs d'entreprises, chambres de commerce, secteur du tourisme...) et politique (élus locaux).

Il s'agit de recenser et valoriser les ressources disponibles (jumelages, proximité géographique, présence de locuteurs natifs...) et d'assurer la cohérence, la continuité et la lisibilité de parcours de langues, sur l'ensemble d'une scolarité.

Pour que la carte académique des langues ne soit pas un outil de rationalisation au seul profit des langues majoritaires, des regroupements de classes ou des mises en réseaux d'établissements gagneraient à être favorisés, afin de préserver les langues à faible effectifs.

 - Proposer un enseignement plus attractif et plus efficace : des parcours diversifiés et évolutifs. Le rapport propose de remplacer la hiérarchie pernicieuse et contre-productive entre les langues étudiées (LV1, LV2, LV3) par des groupes de performances, ciblés sur des objectifs précis à atteindre. Cela suppose que l'évaluation soit au cœur de l'enseignement, en dotant chaque élève d'un carnet de route, sur le modèle du  Portfolio européen des langues élaboré par le Conseil de l'Europe.

D'autres pistes pourraient contribuer à désenclaver l'enseignement des langues vivantes et conduire à approfondir et diversifier les compétences de chacun, tout au long de la vie : le développement de l'interdisciplinarité, sur le modèle des sections européennes, l'intercompréhension entre les langues ou encore le concept de compétences partielles. Le peu que l'on sait d'une langue a déjà de la valeur.

- Inscrire la dimension internationale et interculturelle au cœur des enseignementsLes atouts des sections européennes plaident en faveur de leur développement et de leur extension,  notamment dans les langues les moins représentées.La mobilité des élèves et des enseignants doit encore être encouragée, notamment par une plus large diffusion de l'information sur les diverses possibilités offertes.Le rapport propose enfin de généraliser d'autres formes de contact direct dès le premier stade des apprentissages, via internet ou le contact avec des locuteurs natifs (assistants étrangers de langues ou enseignants étrangers), afin d'améliorer l'efficacité des apprentissages et ouvrir sur la culture du pays concerné.

 

Vous pouvez consulter :

/rap/r03-063/r03-063.html