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Communiqué du 2  juillet 2004


 

Objectif 3 % de R&D : plus de recherche pour plus de croissance ?

Rapport en ligne : /rap/r03-391/r03-391.html

Le Conseil européen de Barcelone, en 2002, a fixé un objectif pour l'Union européenne : parvenir en 2010 à une dépense totale de recherche équivalente à 3 % du PIB, l'augmentation de cet effort devant être financée pour deux tiers par les entreprises et pour un tiers par le secteur public. Le rapport n°391, présenté au nom de la délégation du Sénat pour la Planification par son Président, M. Joël Bourdin (UMP-Eure), en propose une évaluation de l'impact économique.

Le rapport s'appuie sur une simulation réalisée à l'aide du modèle macroéconomique NEMESIS par le Laboratoire ERASME de l'Ecole Centrale de Paris.

Cet exercice permet de nourrir les débats sur la politique de la recherche, mais aussi de réfléchir à la stratégie économique de l'Europe dans une économie mondialisée.

Le rapport rappelle les limites inhérentes à ce genre d'exercice, mais cette simulation permet néanmoins de répondre à deux questions :

-   si l'on admet que les dépenses de recherche accélèrent le progrès technique, quel est l'ordre de grandeur des gains de croissance à long terme ?

-   quelles sont les politiques d'accompagnement à mettre en place pour que cette démarche soit pleinement efficace ?

Y   Les principaux résultats de la simulation sont les suivants :

     -   le supplément de croissance potentielle à l'horizon 2030 généré par l'augmentation de l'effort de recherche en Europe jusqu'à 3 % du PIB varie selon les hypothèses retenues. Il se situe :

- pour l'Europe, entre 0,43 % et 0,64 % par an ;

- pour la France, entre 0,22 % et 0,32 % par an.

     -   L'emploi total serait supérieur en 2030 de :

- 8 à 14 millions dans l'ensemble de l'Europe ;

- 0,8 à 1,3 million en France.

     -   Le nombre d'emplois dans la recherche (chercheurs, ingénieurs, administratifs) serait supérieur de :

-   3 à 3,3 millions dans l'ensemble de l'Europe ;

-   343 000 à 600 000 en France[1].

     La performance relativement moins favorable de la France par rapport à la moyenne européenne s'explique simplement par le fait que la France étant en avance par rapport à la plupart des pays européens en matière d'effort de recherche, la convergence vers les 3 % lui est proportionnellement moins profitable qu'à la plupart des autres pays européens.

Y   Le rapport tire ainsi plusieurs enseignements de cette simulation :

1.  L'augmentation du potentiel de croissance permise par l'objectif de Barcelone est cohérente avec le vieillissement démographique de l'Europe et le ralentissement de l'augmentation de la population active, qui pénalise à long terme la croissance potentielle. L'effort de recherche permet en effet d'augmenter la production par actif et contribue ainsi à la progression du PIB par habitant.

2.  L'enchaînement des mécanismes économiques décrit par la simulation présente de fortes similitudes avec le « cercle vertueux » de la croissance américaine qui s'est enclenché au début des années 90 : les créations d'emplois à fort niveau de productivité se sont traduites par un accroissement du revenu distribué dans l'économie ; ceci a entraîné une augmentation de la demande pour les services et la construction, une croissance de l'emploi dans ces secteurs et une réduction du chômage des moins qualifiés et des inégalités salariales.

     La simulation présentée permet ainsi de décrire le déploiement d'une « stratégie à deux composantes » pour l'économie européenne : stimulation de l'activité et de l'emploi dans les secteurs de haute technologie, où les gains de productivité sont élevés, d'une part ; mais aussi création d'emplois dans des secteurs peu sophistiqués pour répondre à la structure spécifique du chômage en Europe qui concerne en priorité les moins qualifiés, d'autre part.

3.  Atteindre l'objectif de Barcelone supposerait la création d'un nombre important d'emplois de chercheurs. Pour la France, il faudrait ainsi que le système éducatif et universitaire en forme 10 à 15.000 chaque année ce qui, en l'état, paraît difficile, cette difficulté étant renforcée par la désaffection des étudiants pour les carrières scientifiques.

4.  Un autre enjeu associé à cet objectif de 3 % de recherche concerne la formation et l'adaptabilité de la main-d'œuvre.

     En effet, avec une stratégie de développement fondée sur la recherche, l'innovation et la technologie, la structure de l'emploi va se transformer : hausse de l'emploi dans les secteurs de haute technologie, hausse de l'emploi dans les services à la personne, mais baisse de l'emploi dans l'industrie manufacturière traditionnelle (sur ce point, il convient de rappeler que l'industrie manufacturière ne représente que 15 % du PIB mais près de 85 % de la R&D de toutes les entreprises).

     Cette évolution suppose une politique de formation ambitieuse, pour éviter les risques de chômage d'inadaptation et, finalement, de bloquer le processus.

5.  La simulation montre que l'investissement des entreprises dans la recherche leur rapporte peu au début, pendant la période de maturation de la recherche (qui est de l'ordre de 3 ans dans le secteur privé) ; par contre, cela les pénalise en termes de compétitivité. Il est donc nécessaire de mettre en place d'autres dispositifs de financement, de capital-risque ou de protection des brevets, de nature à mieux encourager les entreprises dans cette période transitoire d'investissement dans la recherche.

6.  Parmi les mesures de financement de la recherche qui ont été testées dans ces simulations, celle qui fait le plus appel aux commandes publiques a les effets les plus favorables.

     En concentrant les commandes publiques sur quelques programmes et secteurs de haute technologie, les gains de productivité peuvent être très élevés et se diffuser à l'ensemble de l'économie.

     Le rapport rappelle ainsi que les Etats-Unis et le Japon poursuivent ce type de stratégie, là où l'Europe considère que la croissance découle de l'élargissement du marché et de l'accentuation de la pression concurrentielle.

Y   Le rapport s'intéresse enfin à la politique européenne de la recherche, puisque la nécessité d'atteindre des tailles critiques, de mutualiser les moyens, de coordonner les actions afin d'éviter les démarches concurrentes, justifie un pilotage de la recherche au niveau européen.

     Le jugement est assez réservé : le budget communautaire de la recherche est trop modeste pour que l'Union ait une véritable politique intégrée dans ce domaine. Par ailleurs, cette politique européenne de recherche reste principalement inspirée par un objectif de solidarité, au profit des pays les plus en retard, et non par un objectif de compétitivité.



[1]    En 2001, le nombre total d'emplois dans la recherche en France s'élevait à 335 000 dont 177 400 chercheurs.