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Un milliard d’euros a minima pour inclure l’agriculture et l’agroalimentaire dans le plan de relance


Vendredi 5 juin 2020

La cellule "Agriculture et alimentation" de la commission des affaires économiques du Sénat a, dans une note tirant un bilan de la crise sur le secteur agricole et agroalimentaire, appelé le Gouvernement à adapter de toute urgence un plan de relance pour un secteur exemplaire mais pas exempt de la crise. Au travers de douze recommandations, la cellule dessine les quatre piliers devant guider cette relance :

  • accompagner la sortie de crise des agriculteurs et des industriels,
  • investir pour accélérer les transitions,
  • mobiliser la commande publique pour favoriser l’origine France,
  • faire de la politique agricole commune un instrument au service de la résilience du continent.

"Dans la mesure où de nombreux pays ont mis en place des plans de relance spécifiques pour leur agriculture, si la France ne le faisait pas, elle commettrait une erreur stratégique majeure" estime Bernard Buis. L’absence d’un tel plan de relance accroîtrait le différentiel de compétitivité entre les États, faisant automatiquement perdre des parts de marché à la ferme France et l’exposant à une dépendance plus forte aux importations. "Or c’est justement ce qu’il faut éviter pour être plus résilient. Si ces aides sont octroyées partout dans le monde, même dans des pays européens comme les Pays‑Bas, l’Italie ou la Pologne, pourquoi en priverait‑on les agriculteurs français ?" s’interroge Franck Montaugé.

Il en va surtout de la survie de nombreuses productions ancrées dans nos territoires. L’agriculture n’est pas sortie indemne de la crise, bien au contraire. Certaines productions comme l’horticulture, les fromages sous signes de qualité, les volailles, les pommes de terre ont accusé des reculs majeurs d’activité en l’absence de débouchés, notamment dans la restauration. Or les produits agricoles étant périssables, des quantités importantes ont été données, dévalorisées ou détruites. Les exploitants ont donc dû supporter des charges sans aucune recette. Si rien n’est fait, nombre d’entre eux abandonneront leur culture, ce qui représentera une perte de savoir‑faire pour certains fleurons de notre gastronomie. La cellule propose, à cet égard, un mécanisme de compensation inspiré d’exemples étrangers.

La relance doit aussi permettre d’accélérer l’évolution déjà en cours de notre modèle agricole. Le moment est une occasion unique, d’une part, de valoriser l’origine France, notamment en remettant la commande publique au cœur d’un dispositif de relance afin d’offrir des débouchés aux producteurs locaux et, d’autre part, d’accélérer les transitions environnementales, en dopant l’innovation par des aides aux investissements. "L’État doit accepter de jouer son rôle dans cette transition. Des innovations existent déjà pour réduire les intrants par exemple ou renforcer la résilience des exploitations au changement climatique mais elles sont très onéreuses. Pourquoi ne pas inciter les agriculteurs à les acquérir par une incitation fiscale ?" plaide Franck Menonville.

Enfin, dans une perspective plus prospective, Laurent Duplomb invite à ne pas tirer de conclusions trop hâtives de la crise : "La ruée des consommateurs vers des produits de base, plutôt économiques durant la crise démontrent les limites d’une stratégie exclusivement axée sur la montée en gamme. Si elle était poussée à bout, le risque serait de réserver des produits français pour certains et de condamner un nombre important de nos citoyens à consommer des produits importés, moins chers. Au contraire, l’agriculture française est riche de ses nombreux modes de production, chacune de grande qualité gustative et sanitaire, de la diversité de ses cultures, de la variété de ses terroirs. Plutôt que d’opposer les agricultures, il faut valoriser leur complémentarité, qui renforce justement notre résilience."

Pour Sophie Primas, présidente de la commission des affaires économiques, "l’agriculture est un secteur stratégique par essence. Le plan de relance qui se prépare doit forcément intégrer notre autonomie et notre souveraineté alimentaire, c’est absolument vital pour notre sécurité sanitaire et environnementale, et pour des raisons d’aménagement du territoire."

Pour aller plus loin :

Consulter la note "Oublier l’agriculture et l’agroalimentaire du plan de relance serait une erreur stratégique majeure" et sa synthèse.

La commission des affaires économiques est présidée par Mme Sophie Primas (Les Républicains – Yvelines).

La cellule "Agriculture et alimentation" est pilotée par MM. Laurent Duplomb (Les Républicains – Haute‑Loire), Franck Montaugé (Socialiste et républicain – Gers), Bernard Buis (La République en marche – Drôme), et Franck Menonville (Les Indépendants – Meuse).

 

 

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