SOMMAIRE


PRÉSIDENCE DE M. JEAN FAURE

1. Procès-verbal (p. 0 ).

2. Régime de TVA applicable aux services de télécommunications. - Adoption d'une résolution d'une commission (p. 1 ).
Discussion générale : MM. Denis Badré, rapporteur de la commission des finances ; Christian Sautter, secrétaire d'Etat au budget ; Mme Marie-Claude Beaudeau.
Clôture de la discussion générale.

Texte de la résolution (p. 2 )

MM. Marc Massion, Alain Gérard, Jacques Machet.
Adoption de la résolution.

Suspension et reprise de la séance (p. 3 )

PRÉSIDENCE DE M. PAUL GIROD

3. Dépôt d'un rapport du Gouvernement (p. 4 ).

4. Conditions de stationnement des gens du voyage. - Adoption des conclusions du rapport d'une commission (p. 5 ).
Discussion générale : MM. Jean-Paul Delevoye, rapporteur de la commission des lois ; Louis Besson, secrétaire d'Etat au logement ; Philippe Marini, Louis Souvet, Daniel Eckenspieller, Daniel Hoeffel, Ambroise Dupont, Louis Boyer, Jean-Claude Peyronnet, Philippe François, Michel Souplet, Michel Duffour, Mme Marie-Claude Beaudeau.
Clôture de la discussion générale.

Article 1er (p. 6 )

Amendements n°s 10 du Gouvernement et 3 rectifié de M. Peyronnet. - MM. le secrétaire d'Etat, Jean-Claude Peyronnet, le rapporteur. - Rejet des deux amendements.
Adoption de l'article.

Article 2 (p. 7 )

Amendements identiques n°s 4 de M. Peyronnet et 11 du Gouvernement. - MM. le secrétaire d'Etat, le rapporteur. - Retrait de l'amendement n° 4 ; rejet de l'amendement n° 11.
Adoption de l'article.

Article 3 (p. 8 )

Amendements identiques n°s 5 de M. Peyronnet et 12 du Gouvernement. - MM. Jean-Claude Peyronnet, le secrétaire d'Etat, le rapporteur. - Rejet des deux amendements.
Adoption de l'article.

Article 4 (p. 9 )

Amendement n° 6 de M. Peyronnet et sous-amendement n° 13 du Gouvernement ; amendement n° 1 de M. Souvet. - MM. Jean-Claude Peyronnet, le secrétaire d'Etat, le rapporteur, Louis Souvet. - Rejet du sous-amendement n° 13 ; retrait de l'amendement n° 1 ; rejet de l'amendement n° 6.
Adoption de l'article.

Article 5 (p. 10 )

Amendement n° 7 de M. Peyronnet et sous-amendement n° 14 du Gouvernement ; amendement n° 16 du Gouvernement. - MM. Jean-Claude Peyronnet, le secrétaire d'Etat, le rapporteur. - Rejet du sous-amendement et des deux amendements.
Adoption de l'article.

Article 6 (p. 11 )

M. Michel Souplet.

Article L. 2213-6-1
du code général des collectivités territoriales (p. 12 )

Amendement n° 8 de M. Peyronnet et sous-amendement n° 15 du Gouvernement ; amendement n° 2 de M. Souvet. - MM. Jean-Claude Peyronnet, le rapporteur. - Retrait des amendements n°s 8 et 2, le sous-amendement n° 15 devenant sans objet.
Adoption de l'article du code.

Article L. 2213-6-2 du code général
des collectivités territoriales (p. 13 )

Amendement n° 9 rectifié de M. Peyronnet. - MM. Jean-Claude Peyronnet, le rapporteur, le secrétaire d'Etat, Louis Boyer, Philippe Marini. - Rejet.
Adoption de l'article du code.
Adoption de l'article 6.

Intitulé. - Adoption (p. 14 )

Vote sur l'ensemble (p. 15 )

Mme Colette Terrade, MM. Jean-Claude Peyronnet, Philippe Marini.
Adoption de la proposition de loi.

5. Ordre du jour (p. 16 ).



COMPTE RENDU INTÉGRAL

PRÉSIDENCE DE M. JEAN FAURE
vice-président

M. le président. La séance est ouverte.

(La séance est ouverte à neuf heures trente.)

1

PROCÈS-VERBAL

M. le président. Le compte rendu analytique de la précédente séance a été distribué.
Il n'y a pas d'observation ?...
Le procès-verbal est adopté sous les réserves d'usage.

2

RÉGIME DE TVA APPLICABLE
AUX SERVICES DE TÉLÉCOMMUNICATIONS

Adoption d'une résolution d'une commission

M. le président. L'ordre du jour appelle la discussion de la résolution (n° 46, 1997-1998), adoptée par la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation en application de l'article 73 bis , alinéa 8, du règlement, sur la proposition de directive du Conseil modifiant la directive 77/388/CEE en ce qui concerne le régime de taxe sur la valeur ajoutée applicable aux services de télécommunications (n° E 785). [Rapport n° 37 (1997-1998).]
Dans la discussion générale, la parole est à M. le rapporteur.
M. Denis Badré, rapporteur de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, je voudrais d'abord préciser que la résolution qui vous est soumise, adopté par notre commission des finances, fait suite à une initiative de la délégation pour l'Union européenne à laquelle le président Genton, dont je salue la présence, est très attaché.
Le Parlement a été saisi, au mois de février dernier, d'une proposition de directive de la Commission européenne, tendant à modifier la directive 77/388/CEE en ce qui concerne le régime de TVA applicable aux prestations de télécommunications. Cette proposition de directive a été normalement transmise à notre délégation pour l'Union européenne, en application de l'article 88-4 de la Constitution.
A l'examen, cette question est immédiatement apparue liée au projet d'ensemble de la Commission relatif au système commun définitif de TVA. Ce projet de la Commission n'a pas été officiellement transmis au Parlement. En effet - et c'est paradoxal - il ne s'agit pas juridiquement pour l'instant d'un projet d'acte communautaire, mais d'une simple communication de la Commission. Nous ne pouvons donc pas en être saisis. Aussi, nous essayons, à travers l'examen de la directive concernant les télécommunications, de donner notre sentiment sur l'ensemble du problème.
Alors que l'objet de la communication de la Commission est plus large et, surtout, plus fondamental, l'article 88-4 de la Constitution ne s'appliquait pas. Nous ne pouvions donc aborder la question générale. Aussi, nous traitons de la question particulière et, à travers elle, nous essayons d'aborder la question générale.
Mes chers collègues, vous connaissez l'importance des enjeux. C'est tout de même, pour la France, une question à 700 milliards de francs, soit la moitié de nos recettes fiscales.
L'harmonisation des fiscalités est une étape redoutable sur le chemin de la construction européenne. Lever l'impôt, c'est bien une prérogative dite de souveraineté. Nous touchons à l'essentiel de ce que sont les difficultés de la construction européenne.
La délégation a donc jugé nécessaire de se faire une opinion circonstanciée sur le projet de système commun de TVA avancé par la Commission. Elle m'a alors confié le soin de préparer un rapport d'information qui, partant du sujet particulier des télécommunications, traite de l'ensemble. Elle a adopté ce rapport, assorti d'un projet de résolution, au mois de mars dernier.
L'ensemble - rapport et résolution de la délégation -, a été transmis à notre commission des finances, qui m'a, à son tour, confié le soin de rapporter à nouveau sur le sujet. Cela explique que la résolution qui vous est soumise comporte, elle aussi, deux volets. Le premier concerne la question du régime de TVA applicable aux télécommunications. Le second s'appuie sur les conclusions générales de mon rapport d'information sur le projet de régime commun définitif de TVA avancé par la Commission. Tout cela est un peu compliqué, mais la procédure devait être précisée au départ pour permettre un débat clair.
Arrêtons-nous d'abord sur le problème du régime de TVA applicable aux prestations de télécommunications, qui constitue le noyau dur. Ici, les évolutions technologiques dans le domaine des télécommunications nous condamnent à bouger. En effet, lorsque le virtuel supplante progressivement le réel, la fiscalité - aussi réelle soit-elle, notamment pour le contribuable - doit, elle aussi, s'adapter.
La règle commune en matière de prestations de services veut que la TVA soit due au lieu du prestataire. Mais cette règle de territorialité est devenue inadaptée dès lors que les progrès des télécommunications ont permis la délocalisation des prestataires.
Ainsi, les consommateurs européens peuvent, grâce à des mécanismes dits de « call back », faire transiter leurs communications par les Etats-Unis. Les prestations de télécommunications sont alors exonérées de TVA. Il s'agit, en quelque sorte, d'une variation fiscale sur le thème du « 22 à Asnières ». (Sourires.) Cette possibilité est effectivement exploitée systématiquement par certaines banques - ce n'est donc pas simplement une plaisanterie - qui ont ainsi organisé la délocalisation électronique de leurs salles de marché hors de l'Union européenne. Il s'agit, certes, d'une délocalisation virtuelle, mais c'est vers ce genre de procédures que nous allons tout droit.
Cette obsolescence des règles de TVA applicables aux télécommunications - anticipation de difficultés que nous rencontrerons dans bien d'autres domaines, notamment avec Internet dans les années à venir - présente deux inconvénients.
Le premier est l'évasion fiscale résultant de la non-imposition de prestations de télécommunications qui sont pourtant consommées en Europe. Le second est la position d'infériorité structurelle qui en résulte pour les opérateurs européens par rapport à leurs concurrents des pays tiers. En effet, dès lors qu'un opérateur est établi en Europe, ses prestations sont soumises à la TVA aussi bien à l'intérieur de l'Union européenne que lorsqu'elles sont destinées au reste du monde.
Il y avait donc urgence. Plutôt que de modifier dans les formes la sixième directive sur la TVA, celle de 1977, il a été alors décidé, à Bruxelles, d'autoriser immédiatement les Etats membres à y déroger, en exploitant une possibilité ouverte par la directive puisque celle-ci admettait précisément les dérogations visant à prévenir l'évasion fiscale.
Cette dérogation prévoit que, pour les prestations de télécommunications, la TVA est due au lieu d'établissement du preneur et non plus au lieu du prestataire. Il n'y a rien là que de très classique : on ne fait que réaffirmer, à travers ce cas particulier, que la TVA est et doit rester un impôt sur la consommation.
Cette solution simple a donc fait l'objet de quinze demandes de dérogation identiques, qui ont toutes été autorisées par le Conseil, le 17 mars dernier. Ces quinze dérogations ont ensuite été transcrites en droit interne par chacun des Etats membres. La France, comme l'Allemagne, est allé plus loin puisqu'elle a appliqué par anticipation la nouvelle règle à compter du 1er janvier 1997 ; cette mesure faisait l'objet de l'article 19 de la loi de finances pour 1997.
Cette formule, constituée de quinze dérogations simultanées, est cependant juridiquement discutable car l'ensemble formé par quinze dérogations identiques équivaut à une modification de fond de la sixième directive sur la TVA. Elle se situe, en fait, à la limite du détournement de procédure.
Consciente de cet inconvénient, la Commission n'avait accepté les demandes de dérogation qu'à la condition expresse que celles-ci soient provisoires, leur validité devant expirer le 31 décembre 1999. Pour éviter un vide juridique à cette date, la Commission a parallèlement présenté une proposition de modification dans les formes de la sixième directive sur la TVA. C'est la proposition de directive qui nous a été officiellement transmise.
L'astuce juridique des dérogations parallèles et identiques était justifiée par l'urgence du problème. Il nous faut, ici, saluer le pragmatisme de la Commission, qui devrait devenir la norme.
Maintenant, le toilettage des textes de base s'impose. Nous allons donc examiner cette proposition de directive.
Si la Commission s'était contentée de reprendre la dérogation en indiquant que celle-ci devenait directive, cela aurait été trop simple. En fait, elle a profité de l'opération pour introduire un élément nouveau, et c'est, bien sûr, là que le bât blesse. En effet, cet élément nouveau nous pose problème ; mais n'anticipons pas.
Pour une part, la dérogation est reprise. S'agissant des prestations rendues à des clients situés en dehors de l'Union européenne, la Commission admet que la TVA soit due au lieu du preneur. Cette règle de territorialité aboutit bien à l'exonération des prestations de télécommunications exportées, ce qui rétablit l'égalité de concurrence entre les prestataires communautaires et les prestataires de pays tiers. C'est effectivement ce que nous souhaitons.
En quoi la proposition de directive diverge-t-elle et nous pose-t-elle problème ? Pour les prestations rendues à des clients établis au sein de l'Union européenne, la Commission propose de revenir à l'imposition au lieu du prestataire. Cette formule établirait une distorsion de concurrence entre les opérateurs communautaires en fonction des différences de taux de TVA. Elle ne va donc pas dans le sens du marché unique. Elle nous paraît très contestable. Plus grave, elle permettrait aux opérateurs de pays tiers de profiter de ces différences de taux en s'identifiant à la TVA dans l'Etat membre qui a le taux le plus bas. Nous ne pouvons donc approuver la directive sur ce point, et nous le disons dans notre résolution.
Dans cette résolution, nous demandons que la règle de l'imposition au lieu du preneur soit applicable dans tous les cas de figure. Cette solution est, en effet, dans l'état actuel de la construction européenne, la seule qui permette de garantir la neutralité fiscale, ce qui me paraît prioritaire pour bien vivre le présent, et surtout pour préparer correctement l'avenir.
Mes chers collègues, j'en arrive au point d'articulation de mon exposé entre l'analyse de la directive sur les télécommunications et le problème général du passage à terme au régime définitif de TVA.
La Commission a voulu appliquer par anticipation au secteur des télécommunications le système qu'elle préconise par ailleurs pour le régime commun de TVA, sur lequel elle travaille, il faut le reconnaître, depuis maintenant dix ans avec une belle constance.
La relation que nous avons choisi d'établir entre cette question particulière des télécommunications et le problème général de l'avenir de la TVA en Europe est donc assez naturelle. Nous suivons, à notre tour, le cheminement même de la Commission. Celle-ci passait par la directive sur les télécommunications pour anticiper sur le régime général définitif. Nous, nous passons par l'analyse de cette directive pour porter un jugement sur le régime définitif. Nos démarches sont donc parallèles, ce qui est bien naturel.
J'en viens donc au projet de régime définitif de TVA proposé par la Commission.
Le 1er janvier 1993, alors que la Commission avait déjà proposé un système définitif de TVA qui avait été refusé, un régime de TVA intracommunautaire transitoire a été mis en place. Ce régime transitoire a permis de supprimer les contrôles douaniers aux frontières, tout en préservant le principe d'imposition dans le pays de destination. Parallèlement, la Commission a continué à travailler sur ce que pourrait être le régime définitif. Nous avons constaté, à l'usage, les défauts et les avantages du régime transitoire.
Le fruit des réflexions de la Commission a fait l'objet d'un document intitulé Un système commun de TVA, un programme pour le marché unique, qui a été rendu public le 22 juillet 1996.
Le système proposé par la Commission, à travers ce rapport, a le mérite de la cohérence et - je le reconnais bien volontiers - est d'essence profondément européenne. Il repose sur quatre principes essentiels : tout d'abord, la suppression de toute distinction entre opérations nationales et intracommunautaires, ce qui implique la taxation des produits dans leur pays d'origine ; par ailleurs, l'instauration d'un lieu unique de taxation pour un même opérateur, sans distinction selon que l'opération est réalisée dans un Etat membre ou dans un autre ; ensuite, l'harmonisation des taux de TVA, afin d'éviter des distorsions de concurrence entre opérateurs et d'écarter - pour ce motif du moins ! - le risque de délocalisations d'activités ; enfin, la mise en place d'un mécanisme de réattribution des recettes de TVA entre les Etats membres, sur la base statistique de leurs consommations respectives, afin de redistribuer des recettes qui auront été collectées au niveau communautaire, ce qui est complètement nouveau.
En pratique, ce projet revient à considérer le marché unique européen comme un marché national, sous réserve du mécanisme destiné à compenser pour les Etats membres les détournements de TVA liés aux flux commerciaux.
Le système de la TVA fonctionne dans chaque Etat membre et fonctionnerait aussi dans l'Union européenne si cette dernière était un grand marché national, ce qui n'est pas encore complètement le cas. C'est pourquoi nous estimons que la mise en place de ce régime définitif est prématurée.
La Commission a assorti ce projet d'un programme de travail volontaire étalé dans le temps.
Elle prévoit qu'en 1997 - mais cela devient un peu tard ! - seront définis les principes de fonctionnement du régime définitif.
En 1998, seront fixées les règles de détermination du lieu de taxation et du système de compensation en vue de la redistribution des recettes prélevées au niveau communautaire.
Enfin, en 1999, seront déterminés des taux harmonisés, lesquels posent également un grand problème dans la mesure où les recettes fiscales de chaque Etat seraient bien sûr remises en cause.
Chaque étape devant être achevée deux ans après son lancement, la Commission considère que le régime définitif pourrait entrer en vigueur complètement dès 2001.
Comme le montre le rapport d'information que j'ai eu l'honneur de signer, les conséquences du régime commun de TVA dit « définitif » paraissent insoutenables aujourd'hui et en l'état.
Tout d'abord, sauf à admettre des distorsions de concurrence majeures, la mise en place de ce régime définitif impliquerait rapidement un alignement quasi total des taux de TVA au sein de la Communauté. L'étude macroéconomique réalisée par le Centre d'études prospectives et d'informations internationales, le CEPII, à la demande de la délégation du Sénat pour l'Union européenne, montre que cette harmonisation brutale des taux produirait un choc majeur, dont les effets seraient de plus assez différents selon les Etats membres, qui verraient leurs recettes complètement perturbées.
Par ailleurs - c'est plus grave dans l'immédiat - il en résulterait une limitation sévère des marges de manoeuvre fiscale des Etats membres tout à fait inopportune, alors que ceux-ci sont engagés dans des efforts budgétaires considérables pour la réalisation et la mise en place de l'euro. Je répète que les recettes provenant de la TVA représentent la moitié des ressources de notre budget !
M. Jacques Genton. Eh oui !
M. Denis Badré, rapporteur. On ne peut pas geler la moitié de nos ressources sans bloquer en même temps la moitié de nos marges de manoeuvre !
S'agissant toujours de l'évolution des recettes de TVA perçues par les Etats, le mécanisme de compensation proposé ne paraît pas fiable, compte tenu du caractère imprécis des données statistiques disponibles. On ne peut pas s'appuyer de manière simple sur une redistribution en fonction des résultats des données statistiques de consommation présentées par les Etats eux-mêmes.
Les Etats ayant le meilleur appareil statistique, qui sont souvent déjà les plus gros contributeurs au budget européen, risquent d'être défavorisés. Certains - de mauvais esprits sûrement ! (Sourires) - imaginent même que les administrations fiscales nationales, n'étant plus directement motivées, pourraient exercer avec un zèle un peu moins ardent leur contrôle.
M. Jacques Genton. Oh !
M. Denis Badré, rapporteur. Le fait de compromettre les équilibres budgétaires déjà très tendus et fragiles des Etats n'irait pas non plus dans le sens du succès de l'union économique et monétaire.
Au total, le niveau des recettes de TVA de chacun des Etats membres ne pourrait pas être garanti dans le système proposé par la Commission européenne. C'est d'ailleurs le reproche le plus grave que nous adressons au projet présenté par la Commission.
Je ferai une dernière critique, forte également : le principe du libre choix du lieu unique de taxation encouragerait les délocalisations à l'intérieur de l'Union européenne et créerait donc de nouvelles et inutiles distorsions de situations, parfois dans une même branche, entre ceux qui pourraient y avoir recours et ceux qui n'en auraient pas les moyens. Je pense, par exemple, au secteur de la distribution : la cohérence entre la grande distribution et le petit commerce de détail ne serait pas du tout satisfaisante.
En résumé, le projet de régime commun de TVA présenté par la Commission est intellectuellement séduisant, satisfaisant du point de vue européen, et pourrait convenir à un Etat fédéral. Mais son lancement aujourd'hui aurait pour chacun des Etats membres des conséquences budgétaires, économiques et sociales très difficiles à supporter. Une mise en oeuvre prématurée du régime définitif paraît ainsi de nature à compromettre très sérieusement le succès de l'union économique et monétaire et, au-delà, celui de la construction européenne.
Enfin, il faut souligner que la cohérence du système proposé par la Commission est telle qu'il n'est pas concevable de renoncer à un seul de ses éléments sans devoir renoncer à l'ensemble. C'est pourquoi la résolution qui vous est soumise vise à demander au Gouvernement de ne pas retenir les propositions de la Commission tant que toutes les conditions voulues pour le succès du passage au régime définitif ne seront pas réunies.
J'insiste sur le fait que cette position n'est pas une opposition de principe au système définitif de TVA proposé par la Commission, mais qu'elle correspond à un souci de pragmatisme. En effet, je suis intimement convaincu que la précipitation ne peut que nuire à la construction européenne et que toute réforme mal engagée risque de se retourner contre ses promoteurs en donnant des armes aux détracteurs de l'Europe.
M. Jacques Genton. Très bien !
M. Denis Badré, rapporteur. Pour votre rapporteur, une rigueur absolue dans l'application des principes et un grand pragmatisme dans l'exécution doivent se conjuguer dans tous les domaines. C'est à ce prix que nous construirons une Europe forte répondant à l'attente des Etats membres et des citoyens. Il ne faut pas confondre rigueur et rigorisme, ni vitesse et précipitation. Mieux vaut réussir l'Europe fiscale plus tard qu'échouer aujourd'hui en entraînant dans l'échec l'euro, et peut-être l'Europe elle-même.
Du reste, la Commission européenne me semble aujourd'hui partager beaucoup plus cette analyse. M. Mario Monti, commissaire européen, que j'ai eu l'occasion de rencontrer à Bruxelles avant son audition par la commission des finances, a parfaitement conscience qu'il serait irréaliste de mettre en oeuvre dans l'immédiat le régime définitif de TVA. Mais - il faut le dire - cette position est assez nouvelle. On ne joue pas avec l'Europe... Alors, écartons toute fantaisie de notre chemin vers une fiscalité européenne.
A partir du moment où la Commission procède à cette prise de conscience, il paraît opportun que les Etats membres travaillent de concert avec elle pour améliorer le régime de TVA transitoire - cela aussi, c'est nouveau - puisque celui-ci est alors appelé à durer encore un certain temps. M. Mario Monti m'a semblé également d'accord sur ce point, ce qui est nouveau là aussi, puisque, jusqu'ici, la Commission s'en tenait à une attitude plus rigide. Pour elle, il fallait d'abord accepter la mise en place du régime définitif avant de discuter de quoi que ce soit d'autre. Nous l'avons bien vu lorsque la France, à la suite d'une initiative du Président de la République, a évoqué la vraie question du passage au taux réduit des cédéroms éducatifs : la Commission s'y est opposée, considérant qu'il fallait d'abord que la France accepte le passage au régime définitif.
La Commission a évolué. Le pragmatisme est décidément possible. Nous avons ici, mes chers collègues, la manifestation des progrès que peut permettre un vrai dialogue, et je m'en félicite.
M. Jacques Machet. Très bien !
M. Denis Badré, rapporteur. Cela me semble de nature à rassurer ceux qui croient à la construction européenne, notamment ceux qui craignent de la voir détournée de ses objectifs essentiels.
Nous pouvons donc aujourd'hui être écoutés, lorsque nous demandons que la Commission exerce ses capacités, lesquelles sont très importantes, pour nous proposer des améliorations au régime transitoire. Ce dernier est maintenant bien entré dans les moeurs des entreprises, qui - il faut le dire - en sont globalement satisfaites. Il présente toutefois le très grave inconvénient d'offrir des possibilités de fraude, ce qui lui serait fatal s'il existait une alternative. Mais, pour le moment, il n'en existe pas. Ces possibilités de fraude condamnaient le régime transitoire tant que l'on n'imaginait pas pouvoir y remédier. Cette impossibilité était en tout cas l'un des motifs avancés par la Commission européenne pour justifier l'urgence du passage au régime définitif.
Notre débat, vous le voyez, mes chers collègues, a une vraie cohérence. Les travaux d'investigation auxquels j'ai procédé au cours des derniers mois pour le compte tout d'abord de la délégation pour l'Union européenne puis de la commission des finances confirment que des progrès sont possibles dans le cadre de ce régime transitoire. Nous devons maintenant veiller à ce qu'ils puissent être mis en oeuvre.
Le rapport présenté par le Gouvernement en juin 1996, qui allait déjà également dans le même sens, a recensé trois principaux mécanismes de fraude liés au système de TVA intracommunautaire : la non-déclaration d'acquisitions intracommunautaires, la déclaration d'acquisitions intracommunautaires fictives et la constitution de circuits frauduleux entre des entreprises éphémères, procédés couramment dénommés « carrousels ».
Des mécanismes de contrôle spécifiques avaient bien été prévus. Ils sont encore très largement perfectibles. Au-delà de la période de rodage inévitable, ces mécanismes semblent souffrir encore de faiblesses constitutives, lesquelles peuvent et doivent être corrigées.
Ainsi, les contrôles menés en France paraissent trop peu fréquents et trop orientés sur les seules acquisitions intracommunautaires, alors que les risques de fraude sont surtout liés aux livraisons.
A l'échelon européen, le système informatique de recoupement VIES - VAT information exchange system - entre les administrations fiscales des différents Etats membres a été conçu d'une façon un peu bancale : il n'enregistre, sur le plan intracommunautaire, que les déclarations d'acquisitions. Pour permettre des recoupements véritablement efficaces, il faudrait qu'il soit réellement symétrique et enregistre également les déclarations de livraisons. Il faut se souvenir que, lors de la création de ce système, une majorité d'Etats membres a souhaité ne pas imposer trop d'obligations déclaratives aux entreprises. Ce souci de simplicité doit d'ailleurs toujours nous animer. Par conséquent, il devrait être possible de parvenir à un peu plus d'obligations déclaratives sans atteindre un excès que nous récusons.
De même, la coopération administrative entre les Etats membres, au-delà de la bonne volonté affichée, se heurte à un véritable problème de motivation de nos administrations fiscales. Cette coopération implique, en effet, que chaque administration nationale accepte d'effectuer des contrôles pour le compte des pays voisins. Une évolution en profondeur des mentalités serait donc nécessaire. Or les administrations fiscales des Etats - M. le commissaire Monti insistait sur ce point devant la commission des finances, voilà quelques semaines - ne sont pas spontanément portées à travailler ensemble. Elles se sentent bien gardiennes d'une parcelle de cette souveraineté fiscale que j'évoquais en introduction.
La Commission européenne a tout de même déjà engagé des actions favorisant le renforcement de la coopération entre ces administrations nationales, avec le programme FISCALIS. Pour sa part, le gouvernement français a présenté, dans le projet de loi de finances pour 1998, une mesure tendant à renforcer l'efficacité de la déclaration d'échange de biens, déclaration qui est le principal support des contrôles en matière de TVA intracommunautaire.
Par ailleurs, le bon fonctionnement du régime transitoire nécessite un effort d'harmonisation supplémentaire des règles de base de la TVA. D'après les spécialistes que j'ai eu l'occasion d'auditionner, cette harmonisation pourrait porter notamment sur le statut de la représentation fiscale, sur les droits à déduction et sur les seuils d'exonération.
Enfin, une autre amélioration du régime actuel consisterait à préciser la définition communautaire du champ de la TVA en fonction de la jurisprudence de la Cour de justice des Communautés européennes. Le décalage entre le texte d'origine de la directive de 1997 et cette jurisprudence qui évolue très vite, est en effet source d'insécurité juridique pour les entreprises.
Mes chers collègues, le texte de la résolution qui vous est soumise reprend les suggestions d'amélioration du régime transitoire que je viens d'évoquer - il est donc très constructif - et suggère au Gouvernement de les défendre fermement au sein des instances communautaires.
Pour conclure, je voudrais également revenir sur les points sur lesquels le Sénat est désireux de connaître la position du Gouvernement.
Vous m'autoriserez, monsieur le secrétaire d'Etat, à utiliser cette occasion un peu exceptionnelle pour le faire, sachant que, même si je sors quelque peu du cadre strict de la résolution dont nous débattons, je reste bien dans notre sujet.
Le régime de TVA applicable aux télécommunications est la question la plus urgente. En effet, le régime dérogatoire mis en oeuvre par tous les Etats membres ne s'applique que jusqu'au 31 décembre 1999. Pouvez-vous nous dire où en sont les autres Etats membres ? Ont-ils pris ou se préparent-ils à prendre des positions sur la proposition de directive que nous critiquons à travers notre résolution ?
S'agissant du système commun de TVA, il est désormais clair que le passage au régime définitif n'est pas pour demain. Nous avons la faiblesse de croire que les contacts que nous avons développés depuis six mois n'y sont pas complètement étrangers.
Nous sommes aujourd'hui curieux de savoir si le Gouvernement partage ou non notre appréciation sur les inconvénients pratiques que présenterait la mise en oeuvre du régime définitif dans le contexte européen actuel, à un an de la mise en place de l'union monétaire, qui interviendra le 1er janvier 1999.
Enfin, s'agissant du régime transitoire de TVA intracommunautaire et de nos propositions visant à réduire les fraudes, la position du Gouvernement nous intéresse, notamment sur deux grands sujets.
Le premier sujet, est bien sûr, celui de la fraude. Monsieur le secrétaire d'Etat, pouvez-vous nous donner votre propre analyse des imperfections actuelles du régime transitoire, en particulier du développement présumé de la fraude ?
Je crois savoir qu'une étude a été menée par vos services sur les raisons du décrochage observable depuis quelques années entre la base taxable et les recettes effectives de TVA. Pourriez-vous nous le confirmer et, le cas échéant, nous apporter des informations à ce sujet ?
Vous nous proposez, dans le projet de loi de finances pour 1998, des mesures tendant à renforcer le contrôle des opérations intracommunautaires ; vous reconnaissez donc, j'imagine, la réalité du problème des fraudes. Je vous serais très reconnaissant, monsieur le secrétaire d'Etat, de nous apporter également des éclaircissements sur ce point.
Le second sujet est celui des possibilités réelles d'harmonisation fiscale. Quelles sont pour vous, monsieur le secrétaire d'Etat, les voies d'une harmonisation plus grande des règles communautaires de la TVA ? Actuellement, les administrations nationales travaillent avec la Commission européenne, dans le cadre du programme SLIM - simplification de la législation relative au marché intérieur - sur des mesures de simplification. Je souhaiterais savoir, compte tenu des positions respectives des Etats membres et des implications financières des diverses mesures envisageables, quels sont les points sur lesquels des progrès vous paraissent possibles à court terme ou à échéance raisonnable.
Vos réponses éclaireront la Haute Assemblée, laquelle pourra alors mieux asseoir la position qu'elle prendra sur la résolution qui lui est soumise aujourd'hui.
Vous l'aviez évidemment compris, mes chers collègues, je vous recommande d'adopter la résolution que je résume en terminant mon propos.
Il s'agit d'approuver la directive concernant les télécommunications pour les services rendus hors de la Communauté et de solliciter du Gouvernement qu'il obtienne que cette proposition soit modifiée afin que la même procédure soit retenue pour les prestations offertes à des clients à l'intérieur de la Communauté.
Il s'agit encore de demander au Gouvernement d'agir pour que l'on sursoie à ce passage au régime définitif et de peser dans le sens de l'amélioration du régime transitoire en veillant à ce que le passage au régime définitif ne soit mis en oeuvre que lorsque toutes les conditions seront réunies pour que cela soit un succès et marque un réel progrès de la construction européenne.
La construction européenne, vous le savez, monsieur le secrétaire d'Etat, est, pour moi comme pour la plupart de mes collègues, essentielle. Nous devons tout faire pour qu'elle réussisse. Cependant, nous en avons là une nouvelle illustration, il y faudra non seulement du temps, une rigueur de tous les instants, du pragmatisme, un peu de technicité - vous avez pu en juger - et du sens politique, bien sûr, mais aussi une foi à soulever les montagnes ! (Applaudissements sur les travées de l'Union centriste et des Républicains et Indépendants.)
M. le président. La parole est à M. le secrétaire d'Etat.
M. Christian Sautter, secrétaire d'Etat au budget. Monsieur le rapporteur, vous avez su, et avec talent, présenter de manière simple un problème touffu qui, vous l'avez souligné dans votre rapport écrit comme dans votre exposé oral, revêt, sous des aspects techniques parfois abscons, une importance tout à fait décisive pour notre pays. En effet, de même qu'un train peut en cacher un autre, ce débat apparemment technique, sinon anodin, sur une proposition de directive concernant le régime de TVA applicable aux services de télécommunications dissimulait un débat implicite, mais décisif, sur la façon dont, un jour, nous sortirons du régime provisoire actuel pour aller vers un régime commun de TVA. Vous l'avez relevé, la Commission, avec un grand talent et une obstination non moins grande, revient à la charge sur un sujet qui l'occupe en permanence à la faveur du projet de directive actuellement en débat.
Vous avez posé quatre questions au Gouvernement, ce qui me permet de structurer très simplement la réponse que je vais faire à la Haute Assemblée.
Vous interrogez premièrement le Gouvernement sur la proposition de directive concernant le régime de TVA applicable aux services de télécommunications. Deuxièmement, vous demandez au Gouvernement quel est l'état de ses réflexions sur le passage éventuel à un régime définitif de TVA. Votre troisième question porte sur la lutte contre la fraude à la TVA intracommunautaire. Enfin, quatrième et dernière question, vous souhaitez connaître la position du Gouvernement sur un certain nombre de mesures d'harmonisation et de simplification. Je reprends ces quatre points.
En ce qui concerne les règles de TVA applicables aux services de télécommunications, je veux dire d'emblée que le Gouvernement partage votre analyse et vos préoccupations.
Nous avons obtenu - « nous », c'est-à-dire les Quinze, à l'unanimité de tous ceux qui, dans chaque Etat, réfléchissent à ces questions - un système dérogatoire qui permet de préserver non seulement l'avenir de notre industrie des télécommunications mais aussi, vous y avez insisté, les recettes budgétaires de l'Etat, ce qui n'est pas un mince objectif.
Vous avez montré, je n'y insiste pas, que les opérateurs n'ont désormais plus intérêt à utiliser les procédures de call back - pardonnez-moi cet anglicisme - pour contourner les règles fiscales en vigueur. Donc, actuellement, selon le régime fiscal provisoire qui sera en vigueur jusqu'au 31 décembre 1999 et non pas jusqu'au 31 décembre 1998, comme je l'ai lu à la page 10 du rapport, les prestations sont toutes taxables en France dès lors que le prestataire est établi dans un pays tiers à la Communauté.
Comment devons-nous négocier pour mettre en place un nouveau système au-delà du 31 décembre 1999 ?
Il convient, selon moi, comme vous l'avez fait, monsieur le rapporteur - et comme le fait d'ailleurs la Commission - de retenir une approche qui distingue les échanges intracommunautaires de prestations de télécommunications des échanges avec les pays tiers.
En ce qui concerne les échanges à l'intérieur de la Communauté, implicitement, la Commission suppose que les pays membres répondent aux propositions qu'elle a formulées en faveur du régime définitif. Je reviendrai sur la réserve émise par la majorité des Etats de la Communauté, préférant, à ce stade, insister sur les échanges entre la Communauté et les Etats tiers.
L'important est de ne pas se cantonner à la seule réflexion sur les prestations téléphoniques habituelles, tant il est vrai que l'industrie des télécommunications offre une capacité de développement considérable ; je pense, par exemple, aux services à valeur ajoutée et au commerce électronique, qui ouvrent des perspectives de demandes très importantes et posent donc un problème de taxation majeur.
Par conséquent, il nous faut prendre en considération l'ensemble des prestations et pas seulement celles dont nous avons l'habitude, notamment le téléphone. Pour ce faire, nous devons replacer la discussion intracommunautaire dans un cadre mondial car, vous le savez, des négociations mondiales sont en cours sur la libéralisation des services de télécommunications.
J'ajoute, au risque de compliquer la réflexion - mais la question doit être saisie dans son ensemble - que, jusqu'à présent, ce sont principalement les entreprises qui ont bénéficié de ces nouveaux services de télécommunications. Cependant, avec le développement d'Internet, notamment, les particuliers auront de plus en plus accès à des prestations de type mondial. Il est donc important qu'en ce qui concerne les particuliers nous puissions parvenir à une juste perception de la taxe par l'Etat de consommation.
Sur ce point, lorqu'il y a relation entre un opérateur extracommunautaire et un particulier intracommunautaire, la proposition de la Commission revient à demander à l'opérateur extracommunautaire de s'installer dans un pays de la Communauté, mais dans un seul, et c'est là le point crucial. En fait, implicitement, la Commission nous recommande de revenir à un principe contestable, celui de la taxation au lieu du prestataire, suivant lequel c'est là où la compagnie américaine, japonaise ou brésilienne s'implante que doit être perçue la TVA. On voit donc ici comment la Commission, un peu insidieusement, même si cela part de la meilleure intention du monde, nous entraîne vers le principe de la taxation au lieu du prestataire, nous éloignant du principe de la prestation au lieu du preneur de services.
Pour en terminer sur le sujet précis de la proposition de directive visant à modifier le régime de TVA applicable aux services de télécommunications, j'ajoute que le Gouvernement est très satisfait de l'analyse et du soutien, intellectuel et politique, que la Haute Assemblée a consignés sur le papier et que vous avez résumés oralement, monsieur le rapporteur. Il approuve pleinement la démarche réaliste et pragmatique qui est la vôtre pour améliorer le système provisoire au-delà du 31 décembre 1999. Il est clair que le soutien du Sénat sera important pour le Gouvernement français dans les négociations, très longues et très techniques, qu'il devra mener jusqu'à cette date. Permettez-moi donc, au nom du Gouvernement, de vous exprimer toute sa reconnaissance.
J'en viens maintenant au système commun de TVA, question implicitement posée par le document de la Commission.
En effet, la Commission, avec une obstination que vous avez saluée, a publié le 10 juillet 1996 un document intitulé Un système commun de TVA, un programme pour le marché unique. Vous le savez, il s'agit de mettre en place une TVA européenne qui soit applicable sur l'ensemble du territoire de la Communauté. Pourquoi cette proposition ? Elle part d'une critique, que nous estimons un peu dépourvue de nuances, du régime transitoire actuel. Selon la Commission, ce régime serait désormais inadapté, et ce pour trois raisons.
Tout d'abord, l'imposition des produits dans le pays de destination oblige à un suivi physique des biens qui se traduit par une déclaration des mouvements de marchandises intracommunautaires. La Commission estime qu'il s'agit là de procédures bureaucratiques et coûteuses qui tendent, à terme, à freiner le développement des échanges.
En outre, s'il est aisé de suivre les déplacements physique des biens, en revanche, pour ce qui est des services, la tâche est beaucoup plus difficile. Il faut donc, pour les services, trouver de nouvelles règles d'imposition au titre de la TVA.
Enfin, le système n'étant pas appliqué de façon uniforme dans les différents Etats membres, la tâche des opérateurs qui font du commerce s'en trouve grandement compliquée.
Cette construction intellectuelle proposée par la Commission nous paraît, comme à vous-même, monsieur le rapporteur, irréaliste à court et à moyen terme.
Premièrement, ce système porte préjudice à la souveraineté des Etats tant que les taux de TVA en vigueur et la réglementation relative au droit à déduction ne sont pas strictement harmonisés. Vous avez parlé d'« Etat fédéral ». L'Europe fédérale est peut-être une perspective à long terme, mais elle n'est pas encore une réalité quotidienne, et elle n'est pas sur le point de l'être.
Deuxièmement, pour que ce système commun de TVA fonctionne, les taux doivent être très rapidement unifiés. Or, votre rapport sur ce plan est tout à fait éclairant, les taux moyens de TVA sont différents d'un pays à l'autre. Depuis le relèvement de deux points de son taux normal de TVA, en 1995, la France est arrivée tout en haut du tableau, alors que le Royaume-Uni se trouve tout en bas.
Si l'on devait unifier les taux de TVA, ce serait peut-être un gain pour la Grande-Bretagne, mais nous sommes ici au Sénat français, et nous devons nous préoccuper de nos propres intérêts. Or le préjudice budgétaire serait considérable pour la France : cela nous coûterait très cher !
Le Gouvernement pense que l'on ne peut pas tout faire à la fois : respecter le pacte de stabilité, maîtriser les déficits de façon que la France puisse adhérer à l'union monétaire, demeurer un membre de plein droit de cette union et, en même temps, harmoniser les taux de TVA.
Enfin, troisièmement - le Gouvernement reprend à son compte cet argument - le système de compensation que la Commission a imaginé serait peu fiable.
Ce système suppose un appareil statistique très développé, et ce n'est pas faire injure à certains pays membres de dire qu'ils ont un appareil statistique perfectible. De plus, certains auraient, à l'évidence, intérêt à déclarer des recettes de TVA peut-être plus faibles que celles qu'ils perçoivent puisqu'ils auraient ensuite un avantage dans le mécanisme de redistribution.
Le Gouvernement n'est donc pas favorable à un passage à court ou à moyen terme au système définitif. Il est partisan d'améliorer le régime actuel de TVA intracommunautaire, qui n'est pas si critiquable que cela. Si je puis dire, pour « noyer le chien » du système provisoire de TVA, la Commission lui a peut-être trouvé plus de défauts qu'il n'en a !
Depuis le 1er janvier 1993, le régime transitoire a plutôt bien fonctionné : les échanges intracommunautaires se sont développés et la suppression des contrôles aux frontières a réduit les coûts administratifs supportés par les entreprises.
Il y a peut-être eu une certaine perte de recettes de TVA intracommunautaire et, de ce point de vue, le rapport d'enquête réalisé par l'inspection générale des finances et remis le 30 juin 1997 se présente en quelque sorte en deux parties.
La première partie tend à démontrer que, grosso modo , à quelques accidents près - la fin des années 1995 et 1996 a été perturbés, vous le savez, par un certain nombre d'événements sociaux qui ont eu un retentissement sur les perceptions de recettes de TVA - les recettes de TVA en France, mais pas seulement en France, ont suivi une tendance parallèle à celle de leur assiette, c'est-à-dire de la consommation, depuis le 1er janvier 1993, date à laquelle les frontières ont disparu.
On ne peut donc pas dire, comme certains l'ont fait, qu'il y a eu, à partir du 1er janvier 1993, une sorte d'effondrement des recettes de TVA.
Cela dit - vous y insistez dans votre rapport - on peut être davantage vigilant et perfectionner les dispositifs de surveillance, ce qui m'amène à la troisième question que vous avez posée, et qui concerne la lutte contre la fraude.
Même si le système transitoire n'a pas provoqué une explosion de la fraude à la TVA intracommunautaire, il a tout de même suscité certaines tentations et fait apparaître quelques nouvelles formes de fraude.
C'est pourquoi le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie et moi-même avons, dès notre entrée en fonctions, au cours du premier semestre de cette année, demandé à ces belles administrations que sont l'administration des impôts et l'administration des douanes de conjuguer leur action pour intensifier la lutte contre la fraude à la TVA intracommunautaire, qui - vous le dites dans votre rapport - porte davantage sur des livraisons fictives, c'est-à-dire des exportations fictives de produits français vers des pays de la Communauté donnant lieu à des remboursements - qui, eux, ne sont pas fictifs - de TVA, que, dans l'autre sens, sur des achats fictifs de produits européens.
Dans le projet de loi de finances pour 1998, qui sera prochainement examiné par la Haute Assemblée, nous avons proposé un certain nombre de dispositions - j'espère que vous les soutiendrez - qui permettraient - j'en parle encore au conditionnel puisque ce ne sont que des propositions - de renforcer les moyens que l'administration fiscale et l'administration douanière ont pour lutter contre la fraude à la TVA.
J'en citerai rapidement quatre.
En premier lieu, nous renforcerons le droit d'enquête, qui permet de rechercher les manquements aux règles et obligations de facturation auxquelles sont normalement tenus les assujettis à la TVA, en autorisant notamment l'utilisation des renseignements obtenus dans le cadre du droit d'enquête pour procéder à des visites domiciliaires.
En deuxième lieu, nous améliorerons, selon des modalités dont nous aurons à débattre, le contrôle des déclarations d'échanges de biens, qui sont normalement l'outil qui permet de vérifier que des transactions sont bien intracommunautaires.
En troisième lieu - le rapport Beaufret insiste sur ce point - les fraudes en matière d'acquisition intracommunautaire de véhicules de tourisme seront prévenues par l'obligation faite aux intermédiaires de verser la TVA. C'est donc une sorte de caution de TVA qui permettra d'obtenir le certificat fiscal nécessaire à l'immatriculation en France du véhicule.
Enfin, en quatrième lieu, un certain nombre de fraudes, qui ne sont pas nécessairement de nature intracommunautaire mais qui peuvent présenter une dimension intracommunautaire, à savoir les fraudes qui associent des donneurs d'ordre et des façonniers, seront combattues grâce à l'institution d'une solidarité pour le paiement de la taxe entre ces mêmes donneurs d'ordre et façonniers.
Voilà donc un certain nombre de points sur lesquels nous souhaitons travailler, pour l'essentiel par redéploiement puisque les effectifs du ministère des finances vont décroître entre 1997 et 1998. Ainsi de nouvelles équipes se consacreront à cette lutte contre la fraude à la TVA intracommunautaire.
J'en terminerai en évoquant rapidement les mesures de simplification, le programme SLIM, et en précisant la position du Gouvernement français sur ce point.
Le programme SLIM, qui a été lancé avec le soutien des ministres du Conseil « marché intérieur », constitue pour la Commission un exercice de simplification mené parallèlement - les parallèles ne sont pas obligées de converger ! - à la réalisation de son programme de travail pour un nouveau système commun de TVA.
Le Gouvernement est favorable par principe à toute simplification des obligations qui imposent des coûts et des pertes de temps aux opérateurs et qui peuvent ainsi décourager le commerce entre Etats membres.
Cela dit, certaines mesures de simplification peuvent avoir un coût pour l'Etat et exigent donc des études approfondies que le groupe de travail SLIM, auquel vous avez fait allusion, n'a pu réaliser, compte tenu de la brièveté de la durée de ses travaux.
Nous examinons donc soigneusement les mesures qui ont une incidence sur les recettes de l'Etat, mais il est clair que le Gouvernement est prêt à soutenir tout ce qui peut contribuer à faciliter le travail des entreprises françaises.
Telles sont, mesdames, messieurs les sénateurs, les réponses que je voulais vous apporter.
En conclusion, je veux me féliciter et vous féliciter de cette procédure, qui permet à la Haute Assemblée, avec sa grande sagesse et sa connaissance technique des dossiers, d'apporter une réflexion fort utile, voire un soutien, dans ces négociations européennes très complexes.
Le fait que le Gouvernement puisse dire que le Parlement français estime que, sur tel ou tel point, les propositions de la Commission ne vont pas dans la bonne direction, peut, à l'évidence, jouer un rôle important, voire décisif, dans des négociations qui sont ardues, techniques, mais qui, très vite, touchent à la souveraineté des Etats et, en l'espèce, à l'équilibre budgétaire des finances publiques, auquel vous êtes aussi attachés que le Gouvernement. (Applaudissements.)
M. le président. La parole est à Mme Beaudeau.
Mme Marie-Claude Beaudeau. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, la proposition de résolution n° 265, amendée par la commission des finances de notre Haute Assemblée, pose une des questions récurrentes de la construction européenne, celle de l'harmonisation fiscale et des orientations que l'on peut donner en la matière au rapprochement des régimes d'imposition directe, de façon essentielle, des différents pays de la Communauté.
Le problème qui nous est aujourd'hui posé aurait d'ailleurs pu trouver une issue plus favorable s'il n'y avait eu, dans le cadre de cette harmonisation fiscale, la mise en place d'une taxation des prestations de télécommunications au titre de la taxe sur la valeur ajoutée.
Sans vouloir faire ici offense aux membres les plus anciens de notre assemblée, il ne me semble pas absurde de penser que nous aurions pu, il y a de cela quelques années, en 1990 ou 1991, faire valoir à l'échelon européen la spécificité française, qui consistait à ne pas appliquer de taxe à la valeur ajoutée sur les prestations de services de télécommunications.
Je rappelle que cette opération a été, à l'époque, entièrement prise en charge par l'opérateur public de télécommunications et qu'elle a donc consisté à rendre déductible pour les entreprises une part de TVA qui était jusqu'alors uniquement imputable en tant que charge d'exploitation courante.
Elle n'a rien modifié, soit dit en passant, pour l'usager individuel, personne physique qui a simplement pu constater l'importance de ladite TVA sur le montant global da sa facture.
Dans l'absolu, si cette spécificité française s'était trouvée généralisée, nous aurions pu nous passer du débat épineux qui nous réunit aujourd'hui.
Les technologies en matière de télécommunications ont, certes, profondément évolué ces dernières années et n'ont sans doute pas fini de nous surprendre par la diversité de leurs applications.
Ainsi, outre les cas patents de fraude à la TVA que nous appelle à combattre la commission des finances dans sa proposition d'acte communautaire, on ne peut oublier que les technologies de l'information peuvent, demain, être appelées à se substituer aux formes traditionnelles de transaction commerciale, rendant de plus en plus aléatoire et hypothétique la localisation précise des lieux de transaction, du fait de la dématérialisation des échanges.
Dans les couloirs de la Commission européenne, on examine d'ailleurs la possibilité de rédiger une directive qui tendrait éventuellement à favoriser la totale liberté des lieux de transaction sur les instruments financiers, ce qui reviendrait in fine à remettre en question l'existence même des bourses de valeurs.
Cette introduction au débat une fois faite, nous sommes en situation de porter une analyse particulière sur les caractères de la présente proposition de résolution et sur les attendus de l'acte communautaire qui nous est soumis.
On sait que, depuis plusieurs années, se pose la question de l'harmonisation de la fiscalité indirecte des pays membres de l'Union européenne.
On sait aussi que cette question achoppe singulièrement sur le passage du régime transitoire d'imposition actuellement en vigueur. Elle n'est pas sans poser un certain nombre de problèmes, notamment en matière de fraude à la taxe sur la valeur ajoutée intracommunautaire.
Le régime définitif présente, pour sa part, d'autres défauts non négligeables, dont le moindre n'est pas de laisser à la Commission européenne elle-même le soin de répartir, à partir de données statistiques d'une fiabilité non totalement vérifiée, le produit de la taxe qui serait perçue dans le cadre des transactions intracommunautaires.
En confiant à la Commission européenne le soin de répartir des recettes fiscales, on crée un précédent en matière fiscale qui tend à déposséder les administrations fiscales nationales d'une partie de leurs attributions.
Si l'on souhaite - c'est ce qui semble motiver, pour partie, la proposition d'acte communautaire - lutter contre la fraude à la TVA intracommunautaire, on ne peut y parvenir qu'en renforçant les compétences et les moyens des administrations fiscales nationales.
En clair, il y a débat sur ce point - comme sur bien d'autres, d'ailleurs - entre la conception française, à savoir l'imposition au lieu de destination des biens et prestations de service, et la conception allemande, qui privilégie la notion d'origine des fournisseurs du bien et/ou de la prestation de service.
Le rapport de notre collègue M. Badré - et nous savons tout l'intérêt que ce dernier porte à la question du régime transitoire de taxe sur la valeur ajoutée - nous éclaire d'ailleurs sur les données du problème. Il nous indique, de façon globale, qu'un passage immédiat au régime définitif tel que celui qui est prôné par l'Allemagne aurait comme conséquence de minorer le produit de la taxe sur la valeur ajoutée perçue dans la plupart des pays du sud de la Communauté, donc de la France, et d'augmenter corrélativement la taxe perçue par les pays du nord de la Communauté.
Pour notre part, si nous pouvons être favorables à une réduction du montant global ou de la part de la taxe sur la valeur ajoutée dans les recettes fiscales de l'Etat - c'est là une des données constantes de notre positionnement dans cette assemblée, et nous aurons encore l'occasion d'en reparler lors de l'examem du projet de loi de finances - nous ne pensons pas que cette évolution doive procéder de la simple application mécanique de règles communautaires qui ne font pas l'unanimité, loin s'en faut.
Pour autant, alors même que le régime définitif de la taxe sur la valeur ajoutée n'est pas encore défini, la proposition d'acte communautaire nous invite, d'une certaine façon, à le mettre en pratique s'agissant des prestations de service de télécommunications.
Nous ne pouvons donc que partager l'orientation fixée par M. le rapporteur, qui tend à rejeter une part non négligeable des attendus de la proposition d'acte communautaire en ce qui concerne les règles d'imposition au lieu d'établissement du prestataire ou encore sur la question du lieu unique de taxation.
Vous me permettrez seulement ici de constater, non sans ironie, que le troisième considérant de la présente proposition de résolution fait expressément référence aux conséquences de la libération du trafic des télécommunications parmi les faits générateurs de la fraude à la TVA due sur ces prestations.
J'observe également, non sans en tirer la conclusion que notre participation aux débats de la commission des finances a permis de mesurer certains des enjeux réels de la proposition d'acte communautaire, que M. le rapporteur invite le Gouvernement à mettre en oeuvre des dispositions susceptibles de placer notre pays à la tête de l'action pour l'amélioration du régime transitoire.
J'y apporterai cependant une modulation fondamentale.
Nous ne sommes pas des partisans forcenés, chacun le sait ici, de la fiscalité indirecte comme moteur de la politique fiscale de la nation et comme outil de redistribution, attendu que cette fiscalité indirecte est d'abord profondément inégalitaire et pèse plus sur les revenus modestes que sur les autres.
Nous ne sommes pas non plus des partisans acharnés de la réalisation de l'union économique et monétaire sur le modèle du Zollverein allemand que prévoit le traité de Maastricht.
Toutefois, nous demeurons attachés à la capacité de chacun des pays de l'Union à définir sa politique budgétaire en pleine indépendance.
Que cette indépendance revête le caractère d'un choix de réduction des déficits publics et d'un rééquilibrage de la fiscalité vers plus de fiscalité directe et moins d'imposition du fait de consommation est essentiel à nos yeux.
C'est aussi parce que nous souhaitons maintenir cette liberté de manoeuvre que nous ne pourrons pas suivre totalement notre rapporteur sur sa proposition, tout en relevant que le texte initial de celle-ci a été nettement amélioré, puisqu'il était au départ pour le moins contradictoire.
Nous nous abstiendrons donc sur la résolution qui nous est soumise et vous comprendrez, en outre, la raison pour laquelle notre groupe a retiré l'amendement qu'il avait déposé.
M. le président. Personne ne demande plus la parole dans la discussion générale ?...
La discussion générale est close.
Nous passons à la discussion de la résolution de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation.

J'en donne lecture :
« Le Sénat,
« Vu l'article 88-4 de la Constitution,
« Vu la proposition de directive du Conseil modifiant la directive 77/388/CEE en ce qui concerne le régime de taxe sur la valeur ajoutée applicable aux services de télécommunications (E 785),
« Vu le document présenté par la Commission au Conseil le 22 juillet 1996 (COM [96] 328 final) "Un système commun de TVA, un programme pour le Marché unique",
« Considérant que la proposition d'acte communautaire E 785 vise à modifier les règles de TVA applicables aux services de télécommunications ; que les règles en vigueur ne prennent en effet pas en considération les progrès technologiques qui permettent de fournir des services de télécommunications à l'intérieur de l'Union à partir de pays tiers (système dit du "call back" ) ;
« Considérant que la proposition E 785 prévoit qu'à partir du 1er janvier 1999 le lieu des prestations de services de télécommunications sera l'endroit où le client est installé et non plus le lieu où est établi le prestataire de services lorsque ce prestataire est situé en dehors de la Communauté ; qu'elle dispose en outre que si un prestataire établi en dehors de la Communauté est identifié à la TVA dans un Etat membre pour y avoir rendu un service de télécommunications, il sera considéré comme établi dans cet Etat membre ;
« Considérant qu'au sein même de l'Union européenne les différences de taux de TVA entre Etats membres peuvent conduire, dans le secteur des télécommunications, à d'importants détournements de trafic du fait de la libéralisation et des progrès technologiques précédemment évoqués ; que la proposition de directive E 785 n'apporte pas de solution à ce problème en maintenant la règle de l'imposition des prestations de télécommunications au lieu d'établissement du prestataire lorsque celui-ci est établi au sein de la Communauté ; qu'elle est à cet égard moins satisfaisante que le régime dérogatoire autorisé par la décision du Conseil 97/205/CE en date du 17 mars 1997 ;
« Considérant que la proposition de directive E 785 tend à appliquer d'ores et déjà la solution esquissée pour le régime futur de TVA, à savoir le principe d'une seule identification à la TVA à l'intérieur de l'Union européenne pour toutes les prestations de services de télécommunications ;
« Considérant que le "système commun de TVA" proposé par la Commission européenne relève bien des dispositions de l'article 99 du traité de Rome qui lui ont fait l'obligation de présenter au Conseil des mesures d'harmonisation des législations relatives aux taxes sur le chiffre d'affaires, et qu'il va bien dans le sens de la construction européenne ;
« Considérant que ce système, qui est conforme, dans son ambition, à l'intérêt du marché unique, pose néanmoins un problème d'une tout autre ampleur que la simple harmonisation de la TVA en Europe dans la mesure où il exige un rapprochement substantiel des taux et un bon fonctionnement du système de compensation entre les Etats ;
« Considérant que les propositions de la Commission sur un lieu unique de taxation pourraient être à l'origine de nouvelles fraudes contre lesquelles il serait difficile aux Etats membres de lutter efficacement ; que ce mécanisme du lieu unique de taxation est par ailleurs de nature à encourager les détournements de trafic commercial et les délocalisations de sièges d'entreprises ; qu'il apparaît contradictoire avec le souci de réduction de la concurrence fiscale dommageable affiché par la Commission ;
« Considérant que le rapprochement substantiel des taux, nécessaire pour éviter une concurrence fiscale dommageable, reviendrait à limiter la marge de manoeuvre fiscale des Etats membres à un moment où ceux-ci sont engagés dans des efforts budgétaires liés à la mise en place de la monnaie unique ; qu'un rapprochement des taux de TVA ne peut donc être envisagé dans un avenir proche ;
« Considérant en outre que le bon fonctionnement du système de compensation entre les Etats membres reste plein d'incertitudes compte tenu des faiblesses des moyens statistiques révélées par la Cour des Comptes des Communautés européennes ;
« Considérant que le mécanisme de compensation envisagé par la Commission pourrait avoir pour contrepartie une perte de recettes publiques dont l'ampleur ne peut être appréciée à ce stade ;
« 1. Sur la proposition de directive concernant la TVA applicable aux services de télécommunications :
« Approuve les règles de territorialité de la taxe proposées par la Commission pour les services rendus par les prestataires communautaires à des clients établis en dehors de la Communauté ;
« Demande au Gouvernement qu'il sollicite l'extension de ces règles aux services rendus par les prestataires communautaires à des clients établis au sein de la Communauté.
« 2. Sur le régime commun de TVA en Europe :
« Estime que la seule voie de progrès reste, aujourd'hui, dans l'amélioration du régime dit transitoire ;
« Demande par conséquent au Gouvernement :
« - qu'il sollicite l'adoption et la mise en oeuvre des mesures nécessaires à l'élimination des lacunes et fraudes qui ont pu apparaître lors des premières années d'application du régime actuel de TVA en Europe ;
« - qu'il sollicite l'adoption de mesures d'harmonisation portant, notamment, sur le statut de la représentation fiscale, sur les droits à déduction et sur les seuils d'exonération ;
« - qu'il sollicite la redéfinition du champ d'application de la TVA en fonction de la jurisprudence de la Cour de justice des Communautés européennes ;
« - qu'il ne retienne pas, au stade actuel, les propositions de la Commission sur le système commun tant que les conditions pour le passage au régime définitif ne seront pas réunies. »
Avant de mettre aux voix la résolution, je donne la parole à M. Massion pour explication de vote.
M. Marc Massion. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, dans le secteur des télécommunications, il est possible de fournir des prestations à des consommateurs situés dans l'Union européenne sans y être établi, et même sans passer par des réseaux européens. Les opérateurs établis dans des pays à fiscalité compétitive, notamment en matière de TVA, sont donc avantagés par rapport aux opérateurs européens, et ces derniers se voient, en quelque sorte, contraints de s'établir fictivement dans ces pays, avec toutes les pertes fiscales que cela engendre.
Les pays européens ont réagi, avec l'accord de la Commission, en instituant la perception de la TVA dans le domaine des télécommunications au lieu d'établissement du preneur et non du prestataire. La France a ainsi établi cette nouvelle règle dans l'article 19 de la loi de finances pour 1997.
Mais la Commission voudrait aller plus loin en établissant dans ce domaine, dès 1999, le régime définitif de TVA qu'elle souhaite voir instaurer dans tous les secteurs en 2002.
Ce régime, qui repose sur la suppression de toute distinction entre opérations domestiques et intra-communautaires, et donc sur la taxation des produits dans le pays d'origine, apportera une simplification des échanges européens : une fois la TVA payée, le produit pourra circuler librement.
Cependant, plusieurs problèmes ne sont pas encore résolus.
Tout d'abord, les recettes devront être redistribuées entre les Etats membres sur la base de données statistiques dont l'homogénéité et la fiabilité ne sont pas encore certifiées.
Par ailleurs, il faut attendre la mise en place de l'euro.
La compensation multilatérale, ensuite, impliquera de donner à la Commission un pouvoir d'investigation, c'est-à-dire un véritable pouvoir exécutif.
J'ajoute que les entreprises seront incitées à rechercher le système de TVA le plus intéressant. La concurrence en sera faussée et l'on enregistrera des délocalisations tant qu'une harmonistaion presque totale ne sera pas effectuée.
Enfin, la lutte contre la fraude intracommunautaire doit être renforcée. La Cour des comptes des communautés européennes a chiffré cette fraude à 100 milliards de francs pour l'ensemble des Etats membres, dont 30 milliards de francs pour la France.
J'étais intervenu l'année dernière sur ce point lors de la discussion budgétaire, et je me félicite que mes craintes aient été entendues par le nouveau gouvernement, qui propose deux dispositions importantes dans le projet de loi de finances pour 1998.
Mais, tant que les écueils que je viens d'énumérer n'auront pas été levés, il ne m'apparaît pas sérieux de vouloir anticiper, dans le secteur des télécommunications, le passage au régime définitif de la TVA. Il nous faut raisonnablement attendre que des avancées significatives soient effectuées sur tous ces points.
Cette réflexion sur le passage au régime définitif de la TVA s'applique au cas d'espèce des télécommunications. Or les modifications réalisées l'année dernière semblent répondre aux difficultés spécifiques posées par la perception de la TVA dans ce secteur. Dans ces conditions, rien ne paraît justifier la proposition de directive du Conseil.
En conséquence, notre groupe votera la résolution de la commission des finances. (Applaudissements.)
M. le président. La parole est à M. Gérard.
M. Alain Gérard. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, la résolution adoptée par notre commission des finances, sur l'initiative de notre collègue Denis Badré, que nous tenons à féliciter pour son excellent rapport car il aura éclairé notre réflexion tout au long de cet intéressant débat, est d'importance, s'agissant du régime de TVA applicable sur le plan européen à un secteur aussi sensible que celui des télécommunications.
Nous nous réjouissons que notre commission des finances et notre délégation pour l'Union européenne aient dénoncé l'inadaptation de la règle selon laquelle la TVA est due au lieu du prestataire. En effet, l'évolution des techniques permet aujourd'hui, sans difficulté, de délocaliser les prestations de télécommunications, et donc de bénéficier de prestations hors TVA.
Nous souscrivons totalement à l'appréciation, portée par notre rapporteur, sur la proposition de la Commission européenne tendant à appliquer la TVA au lieu du preneur pour les seules prestations rendues à un client situé hors de l'Union européenne. Manifestement, cette proposition rétablirait de graves distorsions de concurrence.
Le rappel établi par la commission des finances tendant à montrer que l'attitude des autorités communautaires sur le secteur des télécommunications était celle que ces mêmes autorités préconisaient pour le futur régime commun de TVA doit nous rendre attentif quant aux effets pervers d'un tel dispositif, notamment pour ce qui est des délocalisations d'activités qui en résulteraient.
Enfin, le mécanisme de compensation entre les Etats membres proposé par la Commission européenne risque d'avoir pour effet des pertes de recettes publiques dont il est difficile de mesurer les conséquences.
Dans l'attente de nouvelles propositions communautaires, il est souhaitable de repousser les délais proposés par les autorités communautaires pour passer au régime définitif de TVA. C'est d'ailleurs cette position qui a été récemment adoptée par le commissaire européen en charge de la fiscalité lorsqu'il a érigé en priorité l'amélioration du régime transitoire de TVA.
Pour toutes ces raisons, le groupe du Rassemblement pour la République souscrit pleinement aux termes de la résolution de la commission des finances, qu'il votera pour marquer sa volonté de voir les autorités compétentes à l'échelon communautaire avancer de nouvelles propositions plus réalistes en matière de rapprochement des fiscalités des Etats membres.
M. le président. La parole est à M. Machet.
M. Jacques Machet. Le groupe de l'Union centriste votera la résolution présentée par notre rapporteur, M. Denis Badré. Ce dernier nous a expliqué, avec son talent de pédagogue, des mécanismes très difficiles à comprendre pour l'autodidacte que je suis et il nous a exposé les raisons pour lesquelles nous devions adopter cette résolution. C'est pourquoi je suis fier de notre rapporteur, et je le remercie.
M. le président. Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix la résolution.
Mme Marie-Claude Beaudeau. Le groupe communiste républicain et citoyen s'abstient.

(La résolution est adoptée.)
M. le président. En application de l'article 73 bis, alinéa 11, du règlement, la résolution que le Sénat vient d'adopter sera transmise au Gouvernement et à l'Assemblée nationale.
Mes chers collègues, l'ordre du jour de ce matin étant épuisé, nous allons interrompre nos travaux ; nous les reprendrons à quinze heures.
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à dix heures quarante, est reprise à quinze heures cinq, sous la présidence M. Paul Girod.)

PRÉSIDENCE DE M. PAUL GIROD
vice-président

M. le président. La séance est reprise.

3

DÉPÔT D'UN RAPPORT
DU GOUVERNEMENT

M. le président. M. le président a reçu de M. le Premier ministre le rapport sur l'exécution de la loi de programmation militaire pour les années 1997-2002, établi en application de l'article 4 de la loi n° 96-589 du 2 juillet 1996.
Acte est donné du dépôt de ce rapport.

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CONDITIONS DE STATIONNEMENT
DES GENS DU VOYAGE

Adoption des conclusions
du rapport d'une commission

M. le président. L'ordre du jour appelle la discussion des conclusions du rapport (n° 283, 1996-1997) de M. Jean-Paul Delevoye, fait au nom de la commission des lois constitutionnelles, de législation, du suffrage universel, du règlement et d'administration générale, sur :
- la proposition de loi (n° 240, 1994-1995), de MM. Louis Souvet, Michel Alloncle, Jean Bernard, Eric Boyer, Mme Paulette Brisepierre, MM. Gérard César, Désiré Debavelaere, Jacques Delong, Alain Dufaut, Alain Gérard, Daniel Goulet, Georges Gruillot, Hubert Haenel, Emmanuel Hamel, Jean-Paul Hammann, Roger Husson, André Jarrot, André Jourdain, Lucien Lanier, Marc Lauriol, Jean-François Le Grand, Dominique Leclerc, Jacques Legendre, Maurice Lombard, Max Marest, Paul Masson, Mme Hélène Missoffe, MM. Joseph Ostermann, Jacques Oudin, Mme Nelly Rodi, MM. Michel Rufin, Maurice Schumann, Alain Vasselle et Serge Vinçon, visant à clarifier les conditions d'accueil des gens du voyage sur le territoire des communes de plus de 5 000 habitants.
- la proposition de loi (n° 259, 1994-1995), de MM. Philippe Marini, Honoré Bailet, Jacques Bérard, Jean Bernard, Mme Paulette Brisepierre, MM. Robert Calmejane, Auguste Cazalet, Gérard César, Jean Chérioux, Désiré Debavelaere, Jean-Paul Delevoye, Roger Fosse, François Gerbaud, Daniel Goulet, Adrien Gouteyron, Georges Gruillot, Emmanuel Hamel, Jean-Paul Hammann, Jean-Paul Hugot, Roger Husson, André Jarrot, René-Georges Laurin, Marc Lauriol, Jacques Legendre, Joseph Ostermann, Michel Rufin, Martial Taugourdeau et Alain Vasselle, relative au stationnement des gens du voyage.
Dans la discussion générale, la parole est à M. le rapporteur.
M. Jean-Paul Delevoye, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de législation, du suffrage universel, du règlement et d'administration générale. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, permettez-moi tout d'abord de remercier nos collègues MM. Louis Souvet et Philippe Marini d'avoir, par leurs propositions de loi, ouvert une discussion qui a été très riche au sein de la commission des lois. Je tiens également à remercier nos collègues de la commission ainsi que l'ensemble du personnel qui nous a assisté, car le rapport qui vous est soumis a été accepté à l'unanimité.
Nous discutons aujourd'hui d'un sujet éminemment difficile, sur lequel la tentation est grande de ne rien faire. Mais, ne rien faire, nous entraînerait dans une spirale infernale, et nous ne connaissons que trop l'engrenage de la violence, du laxisme, de la lassitude.
La population fait pression sur les élus locaux pour obtenir de plus en plus de tranquillité, tandis que les maires se réfugient derrière la loi pour tenter d'échapper à leurs obligations. Par ailleurs, les nomades sont furieux, car ils ne trouvent pas d'aires de stationnement.
Exercer ses responsabilités, c'est au contraire regarder le problème en face et tenter d'y apporter une solution. Celle-ci ne peut être justifiée que si elle est équilibrée, pleine de bon sens. Dans ces conditions, il nous faut sensibiliser les maires, les nomades et l'Etat.
Quelle est la situation aujourd'hui ? Quelle est l'ampleur du problème ?
Nous estimons que, globalement, 220 000 à 250 000 personnes sont concernées, soit environ 70 000 itinérants, 70 000 semi-sédentaires et 110 000 sédentaires.
Ces chiffres me permettent de relever un aspect négligé par la loi mais qui est de votre compétence, monsieur le secrétaire d'Etat, et qui mérite que nous poursuivions la réflexion : la sédentarisation. Comment l'accompagner par une politique qui englobera, bien évidemment, les problèmes de logement, d'éducation, de scolarisation, d'insertion, qui sont de la compétence des départements ?
Différentes catégories sont concernées et elles relèvent de différents statuts. Ainsi, la loi du 3 janvier 1969 énumère les commerçants ambulants, les caravaniers et les nomades.
A cet égard, je crois, monsieur le secrétaire d'Etat, qu'il nous faut procéder à la simplification du régime juridique applicable en matière de titres de circulation. Actuellement, celui-ci est compliqué, mal adapté, et il nuit à la nécessaire transparence des contrôles.
Mais il est une autre source de différence : les gens du voyage suivent des parcours divers, des parcours internationaux, régionaux ou locaux et ils participent à de grands pèlerinages.
Je sais, monsieur le secrétaire d'Etat, que, à l'époque de la discussion de la loi du 31 mai 1990, vous vous étiez opposé à l'amendement qui visait à imposer l'élaboration d'un schéma départemental obligeant toutes les communes de plus de 5 000 habitants à établir des aires de stationnement.
Le bilan de ces schémas départementaux est d'ailleurs très mitigé, et il suscite de grandes réserves. La grande majorité d'entre eux n'ont été approuvés ni par le préfet ni par le président du conseil général.
Le bilan sur la mise en oeuvre de l'obligation de créer des aires de stationnement appelle aussi une grande « réserve », dirais-je, pour m'exprimer pudiquement.
Les raisons en sont multiples. Certains invoquent l'insuffisance des crédits de l'Etat, d'autres des problèmes de tensions locales, d'autres encore la pénurie foncière.
Par ailleurs, chacun reconnaît que le seuil de 5 000 habitants est aujourd'hui quelque peu inadapté et injuste. En effet, une commune de 5 000 habitants d'une zone urbanisée ne peut pas répondre à la demande. En revanche, une commune de 500 habitants située sur un lieu de passage traditionnel est bien évidemment concernée.
Aux termes de la loi, toute commune, quelle que soit sa dimension, est tenue d'assurer le stationnement des gens du voyage par un équipement minimum, les communes de plus de 5 000 habitants, pour leur part, étant tenues d'élaborer des aires de stationnement.
Quant aux moyens de coercition, ils sont, à l'évidence, insuffisants.
Ainsi, pour le stationnement illégal, les sanctions sont relativement faibles et, en aucun cas, elles ne sont dissuasives. Il nous faudra donc réfléchir également sur ce point.
Quant aux procédures judiciaires, chacun en connaît la lenteur et leur incapacité à régler les problèmes concrets.
Après avoir procédé à de nombreuses auditions, qui nous ont d'ailleurs permis de constater qu'à certains endroits cela fonctionne bien alors qu'à d'autres on est au bord de l'explosion de violence, il nous a paru cohérent de proposer une architecture globale.
Les grands pèlerinages ou les grandes migrations dépassant la capacité des communes et des départements ; il convient donc que l'Etat s'implique totalement dans la gestion de ces parcours prévisibles.
Je rappelle à ce sujet que 3 000 Tsiganes se rassemblent à Lourdes, 15 000 aux Saintes-Maries-de-la-Mer et que 30 000 Tsiganes évangélistes se réunissent en convention.
On peut parfaitement imaginer, en concertation avec le conseil national de l'aménagement du territoire et la commission consultative des gens du voyage, l'élaboration d'un répertoire des sites aménagés et d'un schéma national de ces migrations ainsi, bien évidemment, que l'implication totale du préfet en matière de police et d'environnement pour ces lieux de stationnement.
Je le dis d'autant plus volontiers qu'il nous paraîtrait curieux que l'Etat, à l'occasion d'événements de dimension internationale et concernant le territoire national, comme les Journées mondiales de la jeunesse ou la Coupe du monde de football, ne s'implique pas, n'entre pas en relation avec les élus départementaux pour tenter de maîtriser ces flux.
De la même manière, il nous paraît curieux que l'Etat estime ne pas pouvoir faire face à ses responsabilités en matière de pèlerinages des Tsiganes, c'est-à-dire de migrations organisées et programmées et non pas de rassemblements spontanés pour des événements non prévisibles.
J'en viens au maintien des schémas départementaux.
Le niveau départemental est une bonne échelle et ces schémas constituent donc une bonne base de réflexion. Toutefois, il conviendrait, pour l'Ile-de-France, d'imaginer un schéma pluridépartemental.
La commission vous propose la suppression du seuil de 5 000 habitants, la mutualisation des coûts entre les différents partenaires - conseils municipal, général, voire régional, établissements intercommunaux - et la recherche d'un équilibre entre l'offre et la demande d'aires d'accueil qui doivent être adaptées - plutôt de petites dimensions - et, bien évidemment, souvent gardées.
Il serait judicieux que l'Etat imagine un moyen d'inciter les départements à réaliser le plus rapidement possible les investissements nécessaires. A l'heure actuelle, sa participation s'élève à 35 %. Il ne serait pas inintéressant de réfléchir à une participation dégressive - 75 %, 50 %, 35 %, 0 % - en fonction de la rapidité avec laquelle ces schémas seraient réalisés. Une prime serait donc accordée aux départements les plus actifs.
La réussite de cette future loi dépend - j'en parlais tout à l'heure avec M. Peyronnet - de la mise en place concordante, dans tous les départements, de tels schémas. Sinon, bien évidemment, le vice serait récompensé plus que la vertu, c'est-à-dire que le département qui aurait réalisé des aires d'accueil verrait y affluer la totalité des nomades, alors que le département qui n'aurait rien fait serait momentanément soulagé de leur présence ! Voilà pourquoi il convient de réfléchir à la mise en place de tels schémas au même rythme.
Par ailleurs, nous proposons la création d'une commission consultative qui rassemblerait toutes les personnes concernées - gens du voyage, élus, forces de police et forces de justice - et qui serait un lieu de concertation sur la qualité des aires d'accueil et les meilleures méthodes de gestion, ainsi, bien évidemment, qu'un lieu de médiation en cas de conflits afin d'apporter, sur le terrain, une réponse à ces conflits.
Enfin, la création des aires d'accueil doit engendrer ipso facto la création de zones d'interdiction sur lesquelles le maire pourrait exercer ses pouvoirs de police. L'article 6 de la proposition de loi prévoit ainsi que le maire pourra saisir le tribunal de grande instance pour demander l'évacuation de caravanes stationnant irrégulièrement sur le domaine privé de la commune ou sur des terrains privés, après en avoir bien évidemment averti le propriétaire.
Cette proposition de loi permet, je crois, un équilibre entre l'offre et la demande, entre le nombre de places d'accueil et les besoins des nomades, grâce à une consultation en amont et à un équilibre entre zones d'accueil et zones d'interdiction. Cela n'exclut pas toutefois l'accompagnement en matière de scolarisation, ainsi que nous l'évoquions tout à l'heure. Nous devrons donc poursuivre notre réflexion sur l'équilibre entre droits et devoirs, de façon à ne pas pratiquer un amalgame entre celles et ceux qui cherchent à se réfugier dans des zones d'accueil et à commettre des actes délictueux, laissant croire à l'opinion publique qu'il y aurait deux lois selon la situation dans laquelle on se trouve.
La commission des lois a adopté un texte équilibré, qui clarifie la responsabilité de l'Etat dans les grands pélerinages, qui associe les élus locaux et les nomades dans l'élaboration d'un schéma équilibré entre l'offre et la demande, et qui, en outre, permet aux communes de ne pas être isolées dans la recherche d'une solution à ce problème et aux nomades de trouver une réponse normale à leur besoin d'accueil. (Applaudissements sur les travées du RPR, des Républicains et Indépendants et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. le président. La parole est à M. le secrétaire d'Etat.
M. Louis Besson, secrétaire d'Etat au logement. Monsieur le président, monsieur le rapporteur, mesdames, messieurs les sénateurs, mon intervention sera brève, puisque nous aurons l'occasion, lors de la discussion des articles, de nous exprimer les uns et les autres. Elle le sera d'autant plus que l'introduction de M. le rapporteur m'a beaucoup facilité la tâche.
En soulignant la difficulté du sujet, le courage qu'il faut pour l'aborder et le souci que vous avez de trouver une solution équilibrée tout en responsabilisant les parties - et vous n'en avez, je crois, oublié aucune - vous me permettez d'indiquer que les réflexions du Gouvernement vont tout à fait dans le même sens et que son souhait est d'avancer dans la résolution de ce problème qui, parce qu'il nécessite que nous reconnaissions la dignité des personnes et des familles en cause, exige que nous trouvions effectivement des solution adaptées.
A partir du moment où des solutions seront mises en oeuvre d'une manière concertée, après participation de tous les partenaires responsables, nous pourrons annoncer à nos concitoyens, en contrepartie de leur propre effort, une amélioration sensible de la situation.
Vous avez bien fait, monsieur le rapporteur, d'indiquer aussi que plusieurs points méritent d'être approfondis afin de compléter cette proposition de loi qui a été très travaillée, très approfondie par la commission des lois.
Ainsi, vous avez notamment cité les problèmes posés par l'accompagnement de la sédentarisation, par la diversité des situations que l'on peut rencontrer et aussi par la multiplicité des parcours suivis, et même par l'évolution de ceux-ci. En effet, on ne peut bien évidemment pas assigner un parcours à quelqu'un comme on l'assignerait à résidence, ce qui oblige à approfondir ce dossier pour trouver les réponses les plus adaptées aux besoins qui s'exprimeront, et qui évolueront.
En nous présentant, monsieur le rapporteur, l'architecture de ce texte, vous avez affirmé que l'échelon départemental - même si la situation de la région parisienne est spécifique, je vous l'accorde tout à fait - est sans doute le bon.
Nous aurons l'occasion d'étudier plus en détail quelques-uns des points qui constituent cette première avancée lors de l'examen des articles.
Les nombreuses auditions auxquelles vous avez procédé vous ont permis de constater que, dans certains départements, les choses se passent bien, et que, dans d'autres, en revanche, la tension est extrême. Bien évidemment, c'est de l'exemple des premiers que nous devons tirer les meilleurs enseignements, afin de leur donner, si possible, une portée générale. Cela exigera vraisemblablement la coopération de tous les partenaires que vous avez cités.
Je vous donne l'assurance qu'à cette occasion nous verrons ce que nous pouvons faire, notamment pour prendre en compte votre suggestion d'instaurer une participation dégressive de l'Etat afin d'inciter à une mise en oeuvre et à une adoption, dans un délai aussi court que possible, des schémas à partir desquels nous pourrons progresser, ce que le Gouvernement souhaite avec vous.
Telles sont, monsieur le président, les quelques rélexions que je tenais à livrer en écho aux propos de M. le rapporteur.
Je me permets d'en rester là. En effet, l'organisation des travaux parlementaires est telle que je dois me rendre à dix-huit heures à l'Assemblée nationale pour défendre le budget du logement, et je vous prie par avance de bien vouloir m'en excuser. Je m'efforcerai donc d'être synthétique, mais croyez bien que, malgré la brièveté de mon propos, je serai toujours disponible pour continuer à travailler avec vous et progresser sur ce dossier qui revêt toute l'importance que vous lui avez donnée.
M. le président. La parole est à M. Marini.
M. Philippe Marini. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, je voudrais tout d'abord saluer le travail d'écoute, de concertation et d'analyse de la commission des lois du Sénat, en particulier de son rapporteur.
En effet, cette dernière est partie de deux propositions qui avaient, en quelque sorte, valeur d'interpellation. Ces propositions sont issues de l'expérience d'un grand nombre de maires et, avec plusieurs de nos collègues, j'ai cru devoir appeler l'attention avec quelque solennité sur les graves risques sociaux que nous courons en ce domaine.
Je voudrais, monsieur le secrétaire d'Etat, insister très brièvement sur quelques points.
Je commencerai par le caractère explosif, ou potentiellement explosif, de certaines situations. Naturellement, je ne porte aucun jugement de valeur sur le mode de vie des uns ou des autres. L'existence de populations nomades est une donnée, un fait de société que nous devons assumer, au même titre que tous les autres, dans nos diverses communes soumises, ces temps derniers, à de nombreuses tensions.
Le fait de connaître sur nos espaces publics ou privés, ou encore aux portes de nos villes, des situations potentiellement explosives est grave. Il est donc de la responsabilité du législateur de trouver des solutions pour mettre un terme à ces tensions inéluctables, voire au moins les atténuer.
Monsieur le secrétaire d'Etat, nous devons assurer le respect des biens et des personnes tout en évitant le développement de l'intolérance. Nous devons également éviter les amalgames liés à l'existence et aux habitudes de vie de telle ou telle catégorie de nos compatriotes.
Il faut bien reconnaître que l'Etat de droit dans lequel nous nous trouvons ne permet pas de réduire les risques ni d'éviter le développement de l'intolérance, qui, malheureusement, ne fait que s'accroître chaque jour.
Nous devons aussi constater que cet état de droit n'améliore pas les chances d'intégration des gens qui veulent s'intégrer. En effet, les concentrations, dont l'importance est souvent considérable sur les aires de stationnement et le fait que les missions éducatives sont souvent très mal assumées par rapport aux besoins spécifiques des populations concernées ne vont assurément pas dans le sens d'une intégration aussi bonne que possible en pareille matière.
Je voudrais aussi témoigner, comme pourraient le faire un très grand nombre de nos collègues, qu'ils soient maires ou simplement parlementaires, de la situation extrêmement inconfortable des élus communaux, des maires en particulier. Les propositions de loi que nous avons déposées sur le bureau de notre Haute Assemblée représentent, par la voix notamment du président de l'Association des maires de France, un cri de détresse des maires face à des situations qu'ils contrôlent de moins en moins.
En effet, aux yeux de leurs concitoyens, les maires sont considérés comme coupables, sans être en quoi que ce soit responsables.
La vision que nous avons de ce problème nous a conduits à formuler des propositions visant à rendre aux maires les moyens d'assumer leurs responsabilités. C'est notamment parce que nous nous sommes fixés de tels objectifs que nous soutenons l'idée des schémas départementaux, tout en souhaitant la suppression du seuil de 5 000 habitants, et que nous sommes favorables à la mutualisation des coûts, et donc à la multiplication de petites installations d'accueil plutôt qu'à la constitution de ghettos aux conséquences sociales très difficiles à assumer.
Par ailleurs, monsieur le secrétaire d'Etat, nous avons constaté certaines impossibilités ou, plus exactement, certains vides juridiques.
Depuis le vote de la loi du 2 février 1995, un maire est en mesure, pour des motifs d'environnement, de notifier par arrêté à un propriétaire qui n'entretient pas son terrain l'obligation d'exécuter à ses frais des travaux de remise en état, après mise en demeure non suivie d'effet. C'est là la seule base légale sur laquelle un maire peut s'appuyer pour mettre fin à une situation inacceptable sur un terrain privé.
Lorsqu'il s'agit d'un terrain public, il est loisible de saisir en référé le tribunal du lieu pour solliciter une ordonnance d'expulsion. Cette procédure a beau être relativement lourde, et de plus coûteuse pour les finances des communes, elle porte ses fruits.
S'agissant des nomades qui stationnent sur des terrains privés, elle n'est pas utilisable et il faut passer par les aléas et les délais d'une législation qui a été conçue pour d'autres situations.
C'est ce vide de la loi que mes collègues et moi-même, en déposant notre proposition de loi, souhaitons combler en accordant au maire un pouvoir de substitution au propriétaire défaillant et en lui permettant de l'exercer dans les meilleurs délais pour faire face aux besoins manifestes, prendre en charge les nuisances et trouver rapidement des remèdes aux nuisances provoquées par des stationnements illicites sur des terrains privés.
Les propositions de la commission des lois contiennent bien d'autres excellents éléments que M. le rapporteur a explicités et qui le seront davantage encore lors de l'examen des articles.
En terminant, monsieur le secrétaire d'Etat, je vous ferai part de mes interrogations et de ma surprise à l'écoute des propos que vous avez tenus tout à l'heure alors que les amendements que vous avez déposés sont plutôt de nature à refermer immédiatement un dialogue à peine esquissé.
En prenant connaissance de ces amendements, j'ai eu le sentiment - mais peut-être l'examen des articles m'amènera-t-il à le tempérer - que vous nous teniez quelques propos aimables ou de circonstance mais que, sur le fond des choses et dans l'examen précis du dispositif que nous préconisons, vous nous opposez une fin de non-recevoir ou, tout au moins, une appréciation extrêmement négative.
Monsieur le ministre, j'espère que nous vous convaincrons grâce aux nombreux exemples qui vont à présent être développés à cette tribune. Je ne vous ai pas parlé de mon département, car M. Michel Souplet le fera mieux que moi. Nous partageons la même expérience de terrain, qui nous conduit, cet après-midi, à lancer, très solennellement et avec beaucoup de conviction, le cri d'alarme qui est à l'origine de nos propositions de loi. (Applaudissements sur les travées du RPR, des Républicains et Indépendants et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.).
M. le président. La parole est à M. Souvet.
M. Louis Souvet. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, qu'il me soit permis en préliminaire, de remercier la commission des lois et son président, M. Jacques Larché, d'avoir bien voulu examiner ma proposition de loi ainsi que celle de M. Marini et de saluer la qualité et le sérieux, reconnus de tous, du rapport de notre collègue Jean-Paul Delevoye, président de l'Association des maires de France.
Si j'ai déposé une proposition de loi sur ce sujet, c'est parce que, au contact des réalités, j'ai été, en tant que maire et président d'un organisme de coopération intercommunale, confronté à la dure réalité des faits.
En dépit de l'importance des moyens à ma disposition, j'ai pu constater quelles étaient mes difficultés face à un rassemblement de 1 000 personnes sur un terrain qui n'était pas prévu à cet effet, avec, par exemple, un chapiteau non conforme et qui aurait engagé la responsabilité du maire que je suis en cas d'incident important, alors que ledit chapiteau avait été installé sans autorisation. J'ai donc vécu personnellement les angoisses de mes collègues maires des communes de taille modeste.
Je sais donc que ce texte est très attendu par tous les élus, répondant à ce que M. Marini a appelé, à deux reprises, un cri de détresse.
Il s'agit pour moi non de favoriser les uns ou de compliquer la vie des autres, mais, bien au contraire, de faire en sorte que, selon les principes républicains auxquels nous sommes tous attachés, les uns et les autres puissent vivre normalement côte à côte, dans le respect mutuel et dans le respect des lois qui régissent notre système. Ce n'est pas parce que l'on se considère comme un « Enfant de Dieu » que l'on peut échapper aux lois qui organisent notre vie collective !
Je me permets d'ajouter, monsieur le secrétaire d'Etat, que j'ai été heureux d'entendre vos propos précisant que cette proposition de loi va dans le sens que souhaite le Gouvernement, ce qui démontre que, sur certains sujets, il peut y avoir consensus à la fois entre les maires, mais aussi entre le Gouvernement et le Parlement. Je souhaite que ce consensus perdure jusqu'à la fin de l'examen du texte, car, à l'instar de Philippe Marini, la nature des amendements que j'ai lus m'inquiète au plus haut point.
Je rejoins donc l'analyse de M. le rapporteur quand il insiste sur la nécessité d'associer à la présente réforme législative une réflexion globale sur la sédentarisation ainsi que sur la transformation du régime des titres délivrés aux gens du voyage. Le statut des gens du voyage, inutilement complexe, comme le rappelle notre collègue, ne correspond plus à la réalité.
La législation actuelle, nous en sommes tous bien conscients, ne permet pas de résoudre l'ensemble des problèmes liés à l'accueil des gens du voyage. Pour autant, soyons réalistes, si nous pouvons apporter des correctifs, des améliorations, nous ne résoudrons pas ces problèmes d'un coup de baguette magique. J'emploie le pluriel à dessein. En effet, le terme « gens du voyage » regroupe de multiples sous-ensembles, qu'il s'agisse des Manouches ou Sinti, des Gitans, des Roms, pour ne citer que les principaux groupes tsiganes. Ce terme englobe une population difficilement quantifiable. Notre collègue M. Delevoye situe entre 220 000 et 250 000 le nombre des Tsiganes ; les organismes associatifs, quant à eux, font état de 400 000 personnes.
Face à cette diversité ethnique, il est souvent difficile de rencontrer des interlocuteurs parfaitement représentatifs de populations nomades, par essence diversifiées et très mobiles.
Les problèmes ne sont pas non plus du même ordre lorsqu'il s'agit d'un déplacement de quelques caravanes ou lorsqu'il s'agit d'un pèlerinage, d'une convention biblique regroupant, par exemple, plusieurs centaines de caravanes. Les déplacements en nombre sont devenus la règle, car le nombre est synonyme de force. Ils se disent : on ne pourra rien contre nous !
Les moyens financiers dont disposent les communes sont également très inégaux selon leur taille. Leurs finances et leurs capacités d'investissement ne sont pas conditionnées par le fait qu'elles sont situées sur tel ou tel axe de pèlerinage.
L'importance et la dimension de la commune doivent être nécessairement, d'une manière ou d'une autre, prises en compte. Ne pas inclure ce paramètre économique et financier serait irréaliste. Les maires des communes aux moyens modestes du fait de leur potentiel démographique ne comprendraient pas que leur soient imposées des charges supplémentaires, charges que les communes en question ne pourront raisonnablement pas honorer. Est-il utile de rappeler que le coût d'une place dans une aire d'accueil peut-être évalué à 100 000 francs en investissement et à 20 000 francs en fonctionnement annuel.
Cet impact financier pour les communes de taille modeste doit retenir notre attention. Il serait assurément irréaliste de leur imposer la charge de plusieurs places. Les communes de moins de 5 000 habitants ne faisant pas partie d'un établissement public de coopération intercommunale devront réaliser à leur charge des équipements d'accueil. Il convient donc de préciser très clairement quelles seront les conditions financières incluses dans les conventions conclues entre l'Etat, le département et la commune d'accueil. Il n'est pas certain, en ces temps de rigueur budgétaire, que l'Etat ou les conseils généraux soient prêts à accorder des subventions permettant de telles réalisations ! Prenons garde de ne pas retomber dans le défaut de la loi du 31 mai 1990, à savoir une grave inadéquation entre la théorie et les réalités du terrain.
J'ai relevé avec plaisir que la commission des lois a retenu la disposition que je proposais en donnant le pouvoir aux maires des communes membres d'un établissement public de coopération qui a réalisé ladite aire d'accueil d'interdire par arrêté le stationnement des gens du voyage sur le reste du territoire communal ou intercommunal. De ce fait, la commission des lois souscrit à une mutualisation des coûts, seule solution susceptible de répondre aux communes de dimension modeste. Il est temps d'adopter des règles qui puissent matériellement être appliquées.
Aujourd'hui, environ un département sur deux est doté d'un schéma d'accueil, alors que l'article 28 de la loi du 31 mai 1990 préconisait ce type de schéma pour tous. C'est la raison pour laquelle je propose l'institution d'un répertoire national, le fonctionnement des schémas d'accueil départementaux augurant mal de la viabilité et de la pérennité d'un schéma national.
La mutualisation des coûts entre les communes ne deviendra effective que si l'Etat assume clairement et pleinement ses responsabilités dans ce domaine qui est par excellence celui de la préservation de l'ordre public et de la salubrité publique. Après nombre de mes collègues maires, dont je me fais ici l'écho, je rappelle que le stationnement prolongé de caravanes sur un espace non équipé en installations sanitaires, notamment, pose rapidement des problèmes de salubrité publique.
Lorsqu'une difficulté survient du fait d'un campement sauvage, il est nécessaire de pouvoir s'adresser rapidement à un interlocuteur unanimement reconnu par les siens. Il n'est pas certain qu'une instance telle que la commission consultative départementale, même si elle a vocation à associer les différentes parties concernées, puisse jouer pleinement son rôle dans un schéma de concertation et de médiation à l'échelon local.
Il conviendrait d'affiner les modalités de fonctionnement d'une telle structure afin de l'adapter aux réalités concrètes puisque c'est l'inadéquation du précédent texte qui nous amène aujourd'hui à débattre d'un problème de société. Sans vouloir jouer les rabat-joie, nous devons prendre en compte tous les paramètres susceptibles d'enrayer le dispositif proposé sous peine de retomber dans les erreurs du passé, tout en étant bien conscients qu'il est absolument inutile d'exiger des communes un effort financier dépassant leur capacité budgétaire.
De même, pour rendre viable ce système de mutualisation des coûts, l'Etat doit apporter des garanties formelles de sa participation effective à la mise en oeuvre de la nouvelle législation visant à mutualiser le coût des aires d'accueil. Les préfectures reconnaissent d'ailleurs elles-mêmes l'insuffisance des crédits destinés à la réalisation et au fonctionnement de telles aires.
Il convient d'ajouter que, au sein des pays concernés par l'application de l'accord de Schengen, la suppression des contrôles aux frontières intérieures constitue un facteur qui, à terme, peut amplifier le phénomène du parcours international. La dimension européenne de la présente problématique doit être prise en compte dans nos travaux. La liberté d'aller et venir est, certes, un droit fondamental, mais ce droit doit se conjuguer avec les impératifs d'hygiène et d'ordre public liés à l'arrêt et au stationnement prolongé de caravanes. Nous limiterons ainsi considérablement les heurts que nous déplorons traditionnellement dans nos villes et nos villages, heurts qui quelquefois dégénèrent malheureusement en tragédies.
Les gens du voyage sont des citoyens comme les autres. Dans un état républicain tel que la France, ils ont des droits, mais ils ont également des devoirs : par exemple, le devoir de respecter, comme tout citoyen, les règles de la République, les décisions de justice qui peuvent, en cas de non-respect de la législation et de la réglementation, être prononcées à leur encontre. Il est nécessaire, à cet effet, de prévoir un renforcement des pouvoirs de police du maire. Sur ce point, le consensus me paraît général et dépasse largement les clivages partisans, comme le prouvent les lettres ouvertes cosignées par plusieurs de mes collègues maires appartenant, bien sûr, à toutes les tendances politiques.
En conclusion, je me félicite que la commission envisage, comme je le préconisais, un accroissement des pouvoirs de coordination du préfet en matière de prise en charge des grandes migrations, ainsi que la possibilité, pour les maires des communes membres d'un établissement public de coopération intercommunale qui a réalisé une aire d'accueil, de pouvoir interdire par arrêté le stationnement des gens du voyage sur le reste du territoire communal ou intercommunal, proposition que j'avais également formulée.
La possibilité de saisir le président du tribunal de grande instance lors d'un stationnement irrégulier de caravanes sur un terrain privé ou sur le domaine privé communal constitue également une avancée significative.
Je suis, en revanche, beaucoup plus réservé quant à la suppression du seuil de population dans le futur dispositif, et je m'interroge sur le contenu du schéma national et du nouveau schéma départemental ou, plus exactement, sur les moyens financiers que l'Etat mettra en oeuvre, ainsi que sur ceux que pourront consentir les collectivités locales. De ces deux inconnues dépend la réussite d'une telle réforme.
Pour ma part, j'insisterai sur le fait que l'Etat ne doit en aucun cas se décharger de la gestion d'une telle problématique sur les collectivités locales, qu'il ne doit pas être exigé de ces dernières des prestations qui dépasseraient leur capacité et que, en tout état de cause, il ne faudra pas hésiter à apporter rapidement des correctifs si le dispositif que nous allons adopter venait à se révéler, par certains aspects, inadapté à une réalité très complexe et subtile : il ne faudra pas attendre sept ans avant de rectifier, éventuellement, ses modalités d'application.
Enfin, j'ajouterai que c'est par souci de « coller à la réalité » et de perfectionner le texte que j'ai pris l'initiative de déposer deux amendements ; je m'en expliquerai le moment venu.
Je souhaite, mes chers collègues, que nos travaux contribuent à la recherche d'un équilibre dans les relations entre une population nomade qui, depuis cinq cents ans, se sent rejetée de partout et une administration communale qui n'a pas trouvé le fil de son intégration. (Applaudissements sur les travées du RPR, des Républicains et Indépendants et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. le président. La parole est à M. Eckenspieller.
M. Daniel Eckenspieller. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, il est des circonstances dans lesquelles, à l'évidence, la loi ne suffit pas, à elle seule, à apporter une solution acceptable et pérenne à un problème.
Ce peut être du fait de la loi elle-même, lorsqu'elle est inadaptée, au moins partiellement, ou trop imprécise.
Cela peut tenir à des difficultés techniques et financières rencontrées sur le terrain.
Cela peut être lié à des pesanteurs sociologiques, que l'on connaissait au moment du vote de la loi mais dont on n'avait pas mesuré, alors, à quel point elles étaient un facteur d'inertie.
Cela peut provenir de la mauvaise articulation entre ceux qui ont, à un titre ou à un autre, à intervenir dans la mise en application de la loi.
Dans le cas qui nous intéresse aujourd'hui, toutes ces causes conjuguées me semblent devoir être incriminées.
La loi de 1990 semblait, a priori , répondre à la préoccupation de la répartition géographique des gens du voyage sur le territoire national dans des conditions satisfaisant au respect de la dignité auquel nous sommes attachés.
En ne tenant pas compte des différents types de migrations, en ne quantifiant pas les emplacements à réaliser, en laissant en dehors du dispositif des secteurs moins fortement urbanisés, où l'accueil serait parfois plus facile, en ne prévoyant aucun système de péréquation financière, la loi portait déjà en elle les germes de toutes les difficultés qui ont effectivement empêché, dans de nombreux cas, la mise en place des schémas départementaux d'accueil des gens du voyage et, presque toujours, lorsque leur élaboration a pu être conduite à bonne fin, leur mise en oeuvre sur le terrain.
L'échec, aujourd'hui, est patent. L'excellent rapport de notre collègue Jean-Paul Delevoye le souligne avec mesure, mais sans ambiguïté.
Sur 1 739 communes soumises à l'obligation, seules 378 ont mis la loi en application, dont une cinquantaine dans un cadre intercommunal.
Certaines, et leur nombre n'est pas négligeable, ont renoncé à maintenir leur aire d'accueil, alors même qu'elles s'étaient engagées dans la procédure avec conviction et détermination.
Les autres constatent avec dépit et colère que l'existence d'une aire d'accueil n'empêche pas les gens du voyage, sous les prétextes les plus divers, de s'installer en d'autres lieux du territoire communal, aussi bien sur des terrains publics que sur des terrains privés.
La municipalité de Strasbourg - même elle ! - se bat depuis des mois pour libérer des espaces publics, alors qu'elle est, pour ce qui la concerne, en pleine conformité avec la loi.
Mais c'est déjà en amont que se pose le problème, souvent quasi insurmontable en zone urbaine ou périurbaine, du choix de l'emplacement de l'aire d'accueil. Celle-ci doit être située en zone constructible, desservie par la voirie, les réseaux d'eau, d'assainissement, d'électricité, Elle est donc nécessairement proche des secteurs habités.
Que l'on s'oriente vers un quartier difficile de la ville, dont on accentue encore ainsi la marginalité, ou vers un quartier plus résidentiel, la seule annonce de cette éventualité - j'en fais l'expérience dans ma ville - déclenche des avalanches de protestations, la création de collectifs, la mise en route de procédures.
Reste, bien sûr, la solution intercommunale, que chacun applaudit des deux mains, car chacun l'appelle de ses voeux.
Comme pour le centre de tri, le centre d'enfouissement, la plate-forme de compostage, l'usine d'incinération ou la voie de contournement, l'unanimité se fait pour réaliser ensemble ; l'unanimité finit aussi par se faire, moins facilement, pour arrêter les clés de répartition financière. Mais personne ne veut de cet équipement chez soi !
Dans l'agglomération mulhousienne, dont je préside le syndicat intercommunal à vocation multiple, plusieurs équipements intercommunaux ont ainsi connu de nombreuses localisations virtuelles avant d'arriver à se « poser » sur le terrain.
Les élus locaux sont d'autant plus difficiles à convaincre qu'ils voient bien que ceux qui ont obtempéré en ont souvent été très mal récompensés : dégradations, rotations non contrôlées, droits de place non réglés, enfants non scolarisés, extension sauvage de l'aire d'accueil bien au-delà de ses limites, coûts de fonctionnement considérables, conflits entre agents communaux et gens du voyage, refus de cohabiter avec d'autres groupes, difficulté d'identifier les interlocuteurs. Et l'on pourrait allonger la liste !
Mais il y a plus grave encore : le stationnement anarchique en d'autres lieux publics et privés, sans que les élus locaux ou les propriétaires puissent compter sur quelque appui que ce soit pour mettre un terme à cette occupation de fait. Bien sûr, la loi donne au maire la faculté de signer un arrêté interdisant le stationnement hors de l'aire d'accueil aménagée, mais le maire ne dispose absolument pas des moyens nécessaires pour faire respecter cet arrêté.
La situation est telle qu'elle accrédite auprès de nos concitoyens l'idée que la stratégie du fait accompli est infiniment plus efficace que celle du respect des procédures réglementaires.
C'est souvent le cas s'agissant des manquements aux règles d'urbanisme ou des problèmes de mise en décharge, de bruit et de pollution, pour lesquels des pouvoirs relativement importants ont été donnés aux maires - on en a abondamment informé l'opinion publique - alors qu'en fait le maire se trouve le plus souvent démuni puisqu'il peut réglementer mais non sanctionner. Et c'est dans ce contexte-là que l'on s'apprête encore à limiter le pouvoir déjà bien restreint des polices municipales !
Face à cette situation, l'armée des braves gens qui se plient aux règles, qui s'acquittent de leurs contributions, qui paient leurs contraventions, est indignée par ce qui lui apparaît à juste titre comme un traitement différencié.
Aussi les maires et les conseils municipaux qui ont le courage politique d'assumer, devant leurs concitoyens, la mise en place d'une aire d'accueil des gens du voyage doivent-ils impérativement, au moindre débordement, se sentir assurés du plus ferme soutien.
Il faut progressivement mettre en place un dispositif de péréquation financière, au moment où nos concitoyens sont particulièrement attentifs à l'utilisation qui est faite de leur contribution fiscale.
Il faut faire vérifier systématiquement que l'obligation pour les gens du voyage de choisir une commune de rattachement est bien remplie.
Il faut surveiller d'une manière beaucoup plus stricte la réalité de la scolarisation des enfants des familles concernées.
Il faut, enfin, que le problème de leurs ressources et de leur éventuelle fiscalisation fasse l'objet d'investigations aussi rigoureuses que celles qui concernent les autres habitants de notre pays.
C'est uniquement si cette volonté de rigueur est clairement affirmée et si les maires sont intimement convaincus qu'on ne les laissera pas seuls face au problème des gens du voyage - car, seuls, ils l'ont généralement été jusqu'à présent - que leurs réticences faibliront, qu'ils participeront avec un esprit constructif à l'élaboration des schémas départementaux d'accueil des gens du voyage et qu'ils contribueront ainsi à un cheminement conduisant vers une plus grande tolérance réciproque.
Le texte qui nous est soumis aujourd'hui s'inscrit dans une telle perspective. C'est la raison pour laquelle, avec les membres du groupe du Rassemblement pour la République, je lui apporterai mon soutien. (Applaudissements sur les travées du RPR, des Républicains et Indépendants et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. le président. La parole est à M. Hoeffel.
M. Daniel Hoeffel. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, j'approuve, bien entendu, les conclusions de notre rapporteur, le président Jean-Paul Delevoye. Elles sont le fruit d'un travail de concertation intense sur les conditions d'accueil et de stationnement des gens du voyage, réalisé à la suite des propositions de loi de MM. Souvet et Marini.
Je vous ai écouté, monsieur le secrétaire d'Etat, avec beaucoup d'attention, vous qui avez, dès 1990, posé des jalons permettant la recherche de solutions pratiques.
Notre débat intervient à un moment où ce problème se pose dans de très nombreuses communes avec une grande acuité, à un moment aussi où les maires, dans bien des régions, se sentent seuls, face à des difficultés qui irritent de plus en plus nos concitoyens.
Dans certaines zones géographiques, et je pense en particulier aux départements frontaliers - mais les témoignages que nous entendons aujourd'hui montrent qu'ils sont loin d'être les seuls concernés - le stationnement sauvage et le non-respect du droit prennent une tournure qui peut avoir des conséquences imprévisibles, ou plutôt, hélas ! trop prévisibles.
La solution réside dans une législation efficace, mais aussi et surtout dans la capacité des pouvoirs publics à la faire respecter.
En vertu de la loi du 31 mai 1990, des schémas départementaux devaient être élaborés d'un commun accord entre l'Etat et les départements. Certains l'ont été, d'autres non, et là où les schémas ont vu le jour, leur application sur le terrain a été inégale.
Souvent, d'ailleurs, la crainte de provoquer un afflux supplémentaire de gens du voyage ou la peur de ne pas voir les conditions d'accueil respectées se révèlent dissuasives pour des communes qui seraient en mesure d'offrir des terrains.
Les propositions qui nous sont soumises aujourd'hui me paraissent réalistes et de nature à améliorer la situation : l'établissement d'un schéma national, à l'élaboration duquel les élus seraient associés, la confirmation des schémas départementaux, la création d'une commission consultative regroupant tous les partenaires, l'assouplissement du seuil du nombre d'habitants, la mutualisation du coût sont autant de mesures susceptibles de contribuer à la solution concrète des problèmes posés.
Mais la meilleure loi ne suffira pas si, parallèlement, les maires n'ont pas le sentiment que tous les moyens seront mis en oeuvre pour la faire respecter et - il faut y insister - pour endiguer la montée de l'intolérance.
Occupations illicites de terrains, infractions à l'ordre public, dégradations, saccages, voire menaces physiques deviennent fréquents. Or, en face, le maire n'a pas toujours le sentiment de pouvoir compter sur l'appui de la force publique.
Théoriquement, le maire peut utiliser la voie du référé, obtenir un jugement, puis recourir à l'huissier et à la force publique. Malheureusement, des exemples montrent que, dans la pratique, le refus du concours de la force publique, conséquence du refus de la justice de considérer le stationnement illicite comme une infraction pénale, est loin d'être exceptionnel.
Le maire - et je peux, moi aussi, citer l'exemple de Strasbourg - se trouve alors isolé face à une opinion publique qui ne comprend plus, qui se demande si la loi est encore égale pour tous.
M. Philippe Marini. Très bien !
M. Daniel Hoeffel. Or ce problème ne connaîtra pas de solution si préfets, justice, police, gendarmerie, départements, maires et mouvements associatifs ne travaillent pas main dans la main pour veiller non seulement au respect de la loi mais aussi au respect de l'ordre public.
Ne pas arriver à cette coordination étroite, c'est ouvrir la porte à tous les abus, c'est provoquer l'arrivée en France de gens du voyage supplémentaires parce que, en Europe, le laxisme aspire et le respect du droit dissuade.
Veillons à ce que la France ne soit pas, sur ce plan, le maillon faible en Europe, qu'elle ne soit pas le pays où l'autorité de l'Etat s'exerce moins qu'ailleurs, qu'elle ne soit pas le pays maîtrisant moins que ses partenaires le flux de ceux qui viennent et qui passent.
Il faut, monsieur le secrétaire d'Etat, qu'une étroite coordination soit assurée à l'échelon national entre vous-même, le ministre de l'intérieur et le garde des sceaux pour sceller la nécessaire coopération sans laquelle les dispositions que nous adoptons aujourd'hui, qui sont nécessaires, risqueraient, hélas ! de rester lettre morte. (Applaudissements sur les travées de l'Union centriste, du RPR et des Républicains et Indépendants, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. le président. La parole est à M. Dupont.
M. Ambroise Dupont. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, de plus en plus mal considérés par les populations locales, les gens du voyage forment un groupe marqué, on l'a dit, par une grande diversité des modes de vie et activités pratiquées.
Accusées, à tort ou à raison, de toutes les infractions survenant pendant leur passage, ces populations nomades connaissent de véritables difficultés d'insertion, auxquelles s'ajoute un problème de stationnement.
La loi du 3 janvier 1969, par laquelle leur statut est principalement régi, n'aborde en effet pas vraiment ce problème, qui est pourtant à la source des conflits avec les populations d'accueil et, partant, des difficultés des maires, accusés par ces dernières de ne pas les défendre.
La loi du 31 mai 1990 visant à la mise en oeuvre du droit au logement - loi adoptée alors que vous étiez en charge du logement, monsieur le secrétaire d'Etat - a tenté d'apporter une solution à cette situation en imposant, dans son article 28, l'établissement d'un schéma départemental, dont M. Eckenspieller a dit tout ce qu'il fallait dire.
Obligation est ainsi faite à toute commune de plus de 5 000 habitants d'aménager des terrains pour accueillir les gens du voyage, ce qui permet au maire concerné d'interdire le stationnement sur le reste du territoire communal.
Cependant, ce dispositif s'est révélé, dans la pratique, mal adapté à la réalité. Se trouvent en effet en présence, d'une part, une communauté qui n'accorde pas au droit la même importance que les populations locales et, d'autre part, des autorités qui disposent de moyens juridiques insuffisants pour sanctionner les contrevenants ; de sorte se produisent régulièrement des conflits que les procédures judiciaires ne résolvent pas de façon satisfaisante car, bien souvent, il est déjà trop tard !
J'en prends pour exemple les incidents qui se sont produits en août dernier dans mon département du Calvados. Des gens du voyage, avec plus de 120 caravanes, se sont installés par effraction sur un terrain privé situé en zone naturelle protégée et où des bêtes étaient en pâture, alors même qu'une aire d'accueil était aménagée et se trouvait alors aux deux tiers vide.
Par la suite, se sont produits différents troubles que l'on peut imaginer, comme on peut imaginer les craintes ressenties tant par les habitants que par les vacanciers : bris de clôtures, déplacements de bovins, envahissement des sanitaires des campings - ce qui a fait fuir des campeurs - et je ne citerai pas tous les méfaits, parfois violents, qui ont été commis l'été dernier, mais ces exemples illustrent combien le séjour des gens du voyage pose de réels et graves problèmes aux communes.
Risque de pollution, danger en matière d'hygiène, conflits avec le voisinage, insécurité, telles sont les situations auxquelles doivent faire face les autorités locales.
Le sentiment d'insécurité grandissant rend le développement, année après année, de ce phénomène de plus en plus insupportable. Or, en la matière, les maires ne peuvent que constater leur impuissance. Tous soulignent à quel point il est difficile d'agir dans un bref délai pour faire expulser les gens du voyage installés illégalement. Tous aussi se sentent seuls, mes collègues l'ont très bien dit avant moi.
Le séjour des gens du voyage demeure donc un « casse-tête », et les populations s'exaspèrent chaque jour davantage de voir que coexistent deux sortes de citoyens, ceux qui respectent la loi et ceux qui ne la respectent pas mais ne semble pas pénalisés pour autant.
Les présentes propositions de lois sont donc bienvenues et je me félicite des très remarquables conclusions présentées, au nom de la commission des lois, par notre rapporteur, M. Jean-Paul Delevoye, qui est à l'écoute de tous les maires de France, unanimement d'accord sur ce sujet.
Je ne reviens ni sur l'obligation pesant sur les municipalités d'aménager des aires d'accueil appropriées aux besoins des nomades, ni sur les pouvoirs accordés au maire pour faire cesser le stationnement illicite, ni encore sur la création d'une commission consultative agissant comme instance de conciliation et associant les gens du voyage, ce qui me paraît une très bonne chose.
Je m'arrêterai seulement sur l'article 6. Si je me réjouis du fait que les maires vont maintenant pouvoir engager des actions en justice sous forme de référé pour permettre l'évacuation des véhicules en cas de stationnement illicite, je me permets de souhaiter que la mise en oeuvre de cet article soit effective et rapide ! En effet, si l'exécution devait prendre trois ou quatre jours, les nomades seraient entre-temps partis, les dégradations témoignant seules de leur passage.
L'article 6 répond cependant exactement aux attentes des élus locaux, qui veulent disposer de réels moyens d'action.
Le système du « donnant-donnant » me paraît satisfaisant et plus apte à résoudre les situations conflictuelles, hélas ! trop fréquentes. Je souligne toutefois que l'harmonie entre populations sédentaires et gens du voyages ne peut passer que par le respect de règles communes.
La commission, dans ses conclusions, propose un engagement de l'Etat plus important de deux points de vue.
D'une part, du point de vue de l'organisation, elle a envisagé que soient dressés un répertoire national des terrains aménagés et un schéma national pour l'ordonnancement des grandes migrations traditionnelles.
Ce dernier point est important car ces migrations prennent de telles proportions qu'elles sont ingérables par les seuls maires. Il est donc indispensable que le représentant de l'Etat participe à leur prise en charge.
D'autre part, du point de vue financier, la commission a avancé l'idée d'un versement par l'Etat de subventions dégressives et proposé qu'une convention soit conclue entre tous les partenaires concernés, dont l'Etat, pour la réalisation d'aires d'accueil, notamment afin de permettre une meilleure répartition des coûts d'investissement et de fonctionnement.
Je suis favorable à toutes ces propositions. Je considère en effet que, compte tenu de ses missions régaliennes, l'Etat doit s'impliquer davantage en la matière et mieux veiller au respect de la loi.
Les maires ont d'ailleurs demandé que les lois existantes soient appliquées et que la force publique puisse être utilisée en cas d'infraction grave, lors de l'assemblée générale qui s'est tenue très récemment dans le Calvados.
Tout cela correspond parfaitement aux aspirations actuelles en matière de sécurité. On ne peut laisser impunément bafouer l'autorité publique sous peine de la décrédibiliser, et c'est bien de la volonté clairement exprimée de faire appliquer la législation proposée que dépendra le succès de cette dernière.
Pour toutes ces raisons, je voterai les conclusions du rapport de la commission des lois. (Applaudissements sur les travées des Républicains et Indépendants, du RPR et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. le président. La parole est à M. Louis Boyer.
M. Louis Boyer. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, notre assemblée aborde aujourd'hui le délicat sujet des « gens du voyage », ou « nomades ».
Ces termes, qui qualifient les populations se déplaçant sur le territoire d'Etats auxquels elles peuvent être étrangères ou non, sont porteurs d'une connotation de rêve, le voyage ; pourtant, ils sont bien souvent associés, pour les populations et les autorités locales, à des opinions négatives, synonymes de problèmes.
Qu'il s'agisse ou non de préjugés, la situation des gens du voyage est préoccupante et les gouvernements successifs se sont efforcés de définir la politique à suivre en la matière.
Quelles sont les données actuelles ?
Nous avons, en premier lieu, une minorité hétérogène - particularisée cependant par certaines caractéristiques communes - dont nous devons respecter l'identité et les spécificités culturelles et morales.
Leur condition, sur le plan social et humain, s'est considérablement améliorée, notamment depuis la loi du 3 janvier 1969 relative à l'exercice des activités ambulantes et au régime applicable aux personnes circulant en France sans domicile ni résidence fixe depuis plus de six mois.
Cette loi, qui a abrogé la loi du 16 juillet 1912, dont le caractère était purement répressif, définit le statut juridique des gens du voyage, notamment en ce qui concerne leurs titres de circulation et leur rattachement à une commune.
Par ailleurs, l'article 28 de la loi du 31 mai 1990 visant à la mise en oeuvre du droit au logement a créé l'obligation pour toute commune de plus de 5 000 habitants de prévoir « les conditions de passage et de séjour des gens du voyage sur son territoire, par la réservation de terrains aménagés à cet effet ».
A priori, la contrepartie prévue par le troisième alinéa de cette disposition est le pouvoir conféré aux maires d'interdire le stationnement des nomades sur le reste du territoire communal dès lors que l'obligation légale d'accueil est respectée.
Tel est le dispositif en place de nos jours. On pourrait donc penser que notre arsenal législatif aménage un équilibre satisfaisant entre les droits et les obligations réciproques des nomades et des collectivités locales. En réalité, des problèmes subsistent et l'exaspération de la population confrontée à ces peuples marginaux est croissante.
Les pouvoirs publics tentent de favoriser l'insertion sociale de ces communautés tout en respectant leur différence alors que, de leur côté, les nomades, de par leur culture, ne connaissent et ne respectent la loi que lorsqu'elle leur convient ou leur est favorable.
Des moyens juridiques existent bien pour les sanctionner quand cela est nécessaire, mais ils sont souvent insuffisants ou inappliqués. Les gens du voyage le savent et abusent de leur impunité. Dans ces conditions, est-il bien utile de légiférer à nouveau ?
Le véritable problème est celui de l'application de la loi. Les dispositions qu'il nous est proposé d'adopter sont louables. Cependant, elles visent à imposer de nouvelles obligations aux communes, qui rencontreront des difficultés techniques et financières pour les mettre en oeuvre. A quoi cela servera-t-il si le laxisme des autorités, en particulier du ministère de l'intérieur, persiste en faveur des populations en cause ?
Je suis intervenu le 1er juin 1990 sur un cas précis, celui de la commune de Nevoy, commune du Loiret comptant 860 habitants, où un terrain privé a été acquis par l'association « Vie et Lumière ».
L'occupation de ce terrain contrevient aux règles de l'urbanisme mais, s'il appartient au maire d'assurer la police municipale au sens de l'article L. 132-2 du code des communes, ce dernier ne concerne que les lieux publics et ne peut donc s'appliquer à une propriété privée.
La commune de Nevoy a un plan d'occupation des sols et le terrain en question, qui abrite chaque année, depuis 1990, des rassemblements groupant jusqu'à 30 000 personnes, est classé comme terrain ayant une vocation agricole. Il ne comprend ni point d'eau ni sanitaires en rapport avec la population qui y séjourne.
De plus, les propriétés environnantes sont régulièrement pillées, les demeures fracturées, les arbres coupés et le gibier braconné. Ces propriétés ont donc perdu toute valeur marchande.
Depuis 1990, quelques mesures ont été prises, mais très peu l'ont été au titre du non-respect de la loi. S'il s'était agi d'un camping classique, il aurait été fermé depuis longtemps. Des CRS sont envoyés pendant les périodes de grosses concentrations, ce qui rassure un peu les populations locales, mais les déprédations persistent. Imaginez l'atmosphère quand 30 000 personnes, pendant huit à dix jours, font leurs besoins dans la nature !
Ces dernières années, des faits nouveaux ont été signalés avec l'apparition de nomades originaires de pays de l'Est, Roumanie, Hongrie, ex-Allemagne de l'Est. Ceux-ci sont particulièrement agressifs. Ils refusent de payer les commerçants locaux et les menacent avec des armes blanches.
Après avoir connu plus de sept ans cette situation, les populations locales sont exaspérées. Il est évident qu'un jour ou l'autre, un drame se produira, drame dont l'Etat portera la responsabilité.
Je rappellerai également des faits survenus récemment dans une autre commune du département du Loiret.
Le jeudi 2 octobre 1997, une quinzaine de gens du voyage sont venus chasser sur une propriété privée. Six d'entre eux ont été interpellés par les gardes nationaux, qui ont dressé un procès-verbal. Les gendarmes, qui avaient été appelés, ont constaté que leurs papiers étaient en règle. Les numéros des fusils et des voitures n'ont pu être mentionnés par les gardes et les chasseurs ont pu emporter le gibier qu'ils avaient tué.
Le dimanche 5 octobre 1997, des gens du voyage, au nombre d'une trentaine - dont ceux qui avaient été verbalisés le 2 octobre - sont venus pour chasser sur la propriété citée précédemment et sur deux propriétés voisines. Le garde a voulu relever le numéro des voitures. Deux coups de fusil ont été tirés, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche. L'un de ces hommes l'a menacé avec un revolver et on lui a dit : « Si vous persistez, demain nous reviendrons à cent. »
Nous sommes loin des théories, c'est la situation sur le terrain.
Cela se passe bien dans certains départements et moins bien dans d'autres, avez-vous dit, monsieur le secrétaire d'Etat. Malheureusement, je suis dans un département où cela se passe vraiment moins bien.
Je souhaite que ne se reproduise pas ce qui s'est passé dans une commune de mon département où, quarante-huit heures après l'inauguration d'un magnifique terrain par le préfet, toutes les installations ont été démontées et vendues chez des brocanteurs, évidemment sans qu'aucune sanction ne soit prise.
Cette proposition de loi sera contraignante pour les communes, mais elle est nécessaire. Je la voterai donc, en souhaitant qu'elle ne demeure pas lettre morte. Les autorités doivent avoir le courage de sanctionner les contrevenants. La loi doit être appliquée pour tous, et non seulement pour certains. (Applaudissements sur les travées des Républicains et Indépendants, du RPR et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. le président. La parole est à M. Peyronnet.
M. Jean-Claude Peyronnet. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, le texte que nous examinons aujourd'hui ne manque pas d'originalité. Il traite d'une population dont le genre de vie, nomade parmi les sédentaires, a très tôt été remarqué et souvent réprouvé - ce n'est pas nouveau - par les habitants et les autorités. Cette réprobation explique l'abondance de la réglementation locale qui les concerne, réglementation qui a tenté de canaliser le phénomène, alors même que la législation sur le sujet est, somme toute, assez peu importante. Elle explique aussi les souvenirs douloureux, la répression ayant pris parfois, hors de France il est vrai, une tournure raciste appuyée ; nous ne devons pas oublier ces souvenirs historiques.
Les interventions précédentes ont bien montré que ce n'est pas ce côté répressif - et encore moins raciste - qui anime nos collègues, et c'est bien ainsi. Mais il est urgent d'agir pour éviter que les manquements de la population concernée ne provoquent une réaction telle qu'elle entraînerait une simple chasse à l'autre uniquement parce qu'il est différent.
Cependant, une loi - celle-ci en particulier - peut-elle résoudre cette question ? Je n'en suis pas convaincu. Il existe effectivement un problème, et loin de moi l'idée de me voiler la face. Les autorités départementales et locales responsables de la police de la circulation, du stationnement et de l'hygiène s'en font l'écho de façon quasi permanente. Je comprends donc, monsieur le rapporteur, que le président de l'Association des maires de France y porte une attention soutenue, reflet de celle qui anime la plupart des élus de ce pays. A quelques jours de l'ouverture du congrès des maires de France - et même si votre texte n'est pas un texte d'opportunité car nous l'avons examiné en commission des lois en mars dernier - il est assuré de soulever l'intérêt. Aussi est-il d'autant plus important que ce texte ne suscite pas d'illusions.
Cela étant, monsieur le rapporteur, vous êtes dans une situation singulière. En effet, vous rapportez deux textes fondus en un seul, fort différent des deux propositions de loi initiales et dont vous êtes en partie l'inspirateur. Ne voyez dans cette remarque aucune critique, bien au contraire : je sais le travail que vous avez réalisé.
La proposition de loi que vous rapportez, comme la présentation que vous en avez faite, est certes fort louable sur le plan des intentions. Cependant, elle ne fait guère avancer les choses sur le plan de l'efficacité. Aussi, je serai conduit à vous proposer des modifications, même si je n'ai guère d'illusion sur leur adoption ; mais il est parfois utile de prendre date. En ce qui concerne les intentions, je ne peux que souscrire à la proposition de la commission visant à « rompre l'isolement des communes en parvenant à un juste équilibre entre des conditions d'accueil satisfaisantes des gens du voyage et une sanction effective du stationnement illicite ». Monsieur Delevoye, si vous annoncez, lors du congrès des maires de France, en séance plénière, que vous avez réussi tout cela, vous allez faire un tabac ! Je ne suis pas cependant sûr que la loi vous permette de réussir parfaitement sur ce point.
Toutefois, vous avez raison, monsieur le rapporteur, de souligner l'injustice de l'isolement dans lequel se trouvent les maires, en particulier ceux qui ont fait l'effort de satisfaire aux obligations de la loi.
De même, impliquer d'autres acteurs - les communes non sièges d'aire d'accueil, les conseils généraux, le conseil régional, même je suis plus réservé sur ce dernier car je me demande si c'est bien sa mission, les établissements publics de coopération intercommunale et l'Etat - est une bonne idée.
La presse spécialisée a surtout retenu l'idée de mutualisation, qui ne peut que séduire un vieux pays comme le nôtre, lequel en parle beaucoup mais en fait très peu.
Je remarque cependant que l'article 4 de la proposition de loi, qui institue ce que j'appellerai plutôt une coopération par convention entre les parties que je viens de citer, n'est assorti d'aucune contrainte, même pas en termes de délai. Dans ces conditions, les conventions proposées, qui seront, avez-vous dit dans votre intervention liminaire, « obligatoirement » signées ne le seront en réalité pas plus que n'ont été respectées les prescriptions de l'article 28 de la loi du 31 mai 1990, dite « loi Besson ». En la matière comme dans bien d'autres, il n'est pas d'obligation sans sanction ! Dire le contraire, c'est se bercer d'illusions, et je crains, en effet, que les bonnes intentions de ce texte ne se révèlent bien illusoires.
J'en viens aux insuffisances - permettez-moi d'appeler ainsi les défauts que je trouve à ce texte - de la proposition de loi.
Vous énumérez, dans votre rapport, les diverses catégories de gens du voyage et les types de parcours qu'ils effectuent. Tout le monde est d'accord pour distinguer les itinérants, les semi-sédentaires et les sédentaires effectuant des parcours régionaux, locaux et de grands pèlerinages. Toutefois, une catégorie n'est pas traitée dans le texte et elle est à peine évoquée dans le rapport : celle des sédentaires ou quasi-sédentaires que j'appellerai « contraints », c'est-à-dire des gens qui sont sédentaires ou en voie de sédentarisation en raison des difficultés économiques. Ils posent des problèmes particuliers, et ils sont de plus en plus nombreux. Cette question devra être traitée.
Quoi qu'il en soit, vous avez choisi de distinguer deux grandes catégories auxquelles sont consacrées les deux parties de votre texte : d'une part, les grandes migrations et le schéma national dans lequel vous laissez une part prépondérante, voire quasi exclusive à l'Etat ; d'autre part, les migrations plus limitées, avec leur traitement départemental et local, ainsi que les pouvoirs de police du maire.
Sur le plan intellectuel, la distinction peut se justifier. Cependant, je conteste la méthode employée pour résoudre le problème des grandes migrations. Elles sont connues et parfaitement prévisibles, à la réserve près qu'il peut y avoir des rassemblements religieux fort nombreux et non répertoriés à l'avance : certains orateurs les ont évoqué tout à l'heure. De même, des événements familiaux comme les enterrements ou les fêtes peuvent rassembler un nombre impressionnant de caravanes. Tout cela n'est guère prévisible, et ne sera pas traité par la loi.
Pour le reste, la méthode très centralisée qui est proposée me semble fort contestable. A première vue, il peut en effet sembler séduisant de décharger les autorités locales de l'essentiel des contraintes, qui sont ainsi transférées à l'Etat. Cependant, je ne vous apprendrai pas, monsieur le rapporteur, que l'Etat, c'est loin, et que tout stationnement est par nécessité réalisé sur le territoire d'une commune dans laquelle le maire a, au premier chef, des responsabilités de police. Il sera donc de toute façon, et quoi que vous fassiez, en première ligne. Mieux vaudrait donc l'associer dès le début, intimement, dans un cadre départemental.
Je propose donc que, chaque département connaissant les lieux et les périodes de passage, les schémas départementaux, établissent les conditions d'accueil de ces grandes migrations et que le répertoire national n'étant que l'agrégation des propositions départementales, validées par l'Etat après avis de la commission consultative nationale.
Je comprends bien dans quelle logique se situe la proposition qui est faite. Cependant, appliquer aux personnes qui sont concernées par cette proposition de loi cette pure logique d'aménagement du territoire me semble contestable.
Enfin, la formulation de l'article 3, prévoyant que le préfet « peut prendre les mesures nécessaires à une répartition équilibrée des gens du voyage sur les terrains », est assez déplaisante. Elle donne l'impression que les hommes sont des pions - « des billes dans des cases », ont dit les associations ou les représentants des gens du voyage - ce qui n'est pas le cas, quels que soient leurs défauts. Ils sont, peut-être plus que d'autres, jaloux de leurs possibilités de mouvements et du choix de leurs voisins. Dans cette population, les solidarités mais aussi les inimitiés familiales sont essentielles, et je ne conçois pas une répartition autoritaire. Quand bien même les préfets le voudraient - ce qui n'est pas assuré - ils n'auraient pas les moyens de mettre en oeuvre dans de bonnes conditions de telles dispositions.
J'en viens au second objet de la proposition de loi, qui concerne les mouvements de moins grande ampleur et le renforcement apparent des pouvoirs du maire. Je dis bien « apparent » !
Vous constatez, monsieur le rapporteur, que l'article 28 de la loi Besson n'a pas donné de bons résultats, et vous avez raison. Pour autant - et vous avez tout aussi raison - vous maintenez la procédure du schéma départemental, mais en suppprimant au passage le seuil de 5 000 habitants. J'y reviendrai.
Ne fallait-il pas aller plus loin dans l'analyse et essayer de comprendre pourquoi la loi est aussi peu appliquée ? Peu de départements disposent d'un schéma départemental, et encore faut-il constater que le fait d'avoir validé un tel document ne garantit pas son application. A cet égard, je sais de quoi je parle puisque, dans mon département, alors qu'un tel schéma existe depuis plus de dix-huit mois - les discussions ont duré tout de même quatre ans - il se passe finalement assez peu de choses en matière de stationnement des gens du voyage.
En effet, tout dispositif doit être assorti de contraintes et d'incitations. Ainsi, les aires d'accueil, les terrains sont forcément situés sur un territoire communal. Or, même si, après concertation, la création d'une aire d'accueil dans telle ou telle commune a été proposée, rien ne peut se faire si le conseil municipal ne le décide pas. Et l'on constate que, d'une commune à l'autre, on observe ce qui se passe là où ont été créées des structures d'accueil et, comme celles-ci sont peu nombreuses, elles sont trop petites et surchargées. Si, en outre, elles ne sont pas convenablement surveillées, elles sont saccagées, comme certains l'ont rappelé, et les maires des communes voisines restent dans leur coquille et ne réalisent pas les équipements prévus, parce que le spectacle des difficultés rencontrées par leurs voisins les inquiète.
Tout se passerait probablement de façon plus convenable si les aires prévues étaient toutes créées - ce qui est loin d'être le cas - car la capacité totale d'accueil suffirait alors à satisfaire les besoins et, avec une bonne gestion, les choses rentreraient dans l'ordre, du moins peut-on l'espérer.
Je résume : en premier lieu, il faudrait que tout schéma soit assorti d'une obligation de mise en oeuvre, d'une véritable contrainte, pour ne pas parler de sanctions. En effet, faire croire que tout se résoudra gentiment entre gens de bonne compagnie relève de l'illusion, voire de la démagogie.
En second lieu, il faudrait que le schéma s'applique de façon concomitante dans les différentes communes concernées, en tout cas selon un calendrier aussi serré que possible, afin que ceux qui acceptent de jouer le jeu ne soient pas pénalisés et par les dépenses engagées et par les désordres subis.
En troisième lieu, enfin, il faudrait que les aides soient plus importantes et les charges très légères, aussi bien en investissement qu'en fonctionnement. De ce point de vue, la mutualisation entre les communes et le département - j'ai émis des réserves s'agissant de la participation de la région - est une bonne idée. Cependant, j'observe, une fois de plus, qu'elle est fondée sur le volontariat et qu'elle risque fort de n'être qu'une illusion.
Quant à l'Etat, son intervention « renforcée », dites-vous, est nécessaire. Je le crois aussi. Je souhaiterais, monsieur le secrétaire d'Etat, que vous nous donniez votre sentiment sur cette question. N'est-il pas nécessaire de revoir le montant et les modalités de l'aide de l'Etat ? J'observe que des progrès importants ont été réalisés dans la mise à disposition du parc locatif privé lorsque les bailleurs ont pu percevoir directement l'aide au logement.
De la même façon, si l'on considère qu'une caravane est un logement situé sur un terrain percevant ou devant percevoir une redevance, ne peut-on concevoir qu'une aide au logement soit versée directement au gestionnaire de l'équipement ? Cela faciliterait beaucoup le fonctionnement, sans pour autant exonérer les occupants d'une part résiduelle, qui est nécessaire, ni, surtout, du versement d'une caution avant l'entrée dans les lieux. Là où le système a été mis en place, la situation est assez satisfaisante.
Au lieu de cela, que nous propose-t-on ? L'article 4 de la proposition de loi étend le dispositif de la loi Besson à l'ensemble des communes, alors même que l'application de celle-ci pour les communes de 5 000 habitants est, au bout de sept ans, très insuffisante. En contrepartie, il supprime l'obligation spécifique faite aux communes de plus de 5 000 habitants, au motif, certes louable, de favoriser l'intercommunalité et la mutualisation.
S'agissant du maintien ou non du seuil de 5 000 habitants, on peut discuter. Nous ne faisons pas de ce seuil une religion. Cependant, le supprimer, n'est-ce pas lâcher la proie pour l'ombre ? Notre préférence va au maintien de ce seuil.
Pourquoi serait-il plus facile de mettre en oeuvre la loi Besson en la généralisant à l'ensemble des communes, quelle que soit leur taille, alors que, même là où les schémas existent, c'est-à-dire dans les communes de 5 000 habitants et plus, elle n'a pas été appliquée ?
En quoi le seuil de 5 000 habitants empêche-t-il la coopération intercommunale et l'implantation d'une aire d'accueil sur une commune plus petite ?
Enfin, le seuil de 5 000 habitants - mais ce pourrait être aussi un seuil de 3 000, 4 000 ou 6 000 habitants - ne correspond-il pas, malgré tout, à une certaine réalité, dans la mesure où l'on observe que les gens du voyage privilégient, pour des raisons évidentes telle la présence de commerces et d'écoles, les villes ou leurs alentours ?
Vous l'avez compris, monsieur le rapporteur, la proposition de loi que vous nous présentez n'entraîne pas l'enthousiasme de mon groupe, et je dirai même, pour employer une litote, qu'elle suscite de fortes réserves.
Les maires, auxquels il est promis des pouvoirs de police renforcés, vont se trouver plus que jamais en première ligne. Le texte proposé par l'article 6 pour l'article L. 2213-6-2 du code général des collectivités territoriales est, à mon avis, de ce point de vue, très dangereux : le maire, en cas de stationnement sur un terrain privé, pourrait obtenir, sans même l'accord formel du propriétaire, un référé d'exclusion. Je lui souhaite bien du plaisir pour le faire appliquer ! Je crains que cette disposition n'entraîne une multiplication des contentieux, y compris, éventuellement, avec les propriétaires de terrains. (M. Marini proteste.)
Mais l'essentiel n'est pas là. Il est dans la tare initiale de cette proposition de loi, qui adopte une approche trop partielle pour traiter d'un problème qui est d'une grande complexité. Aborder cette grave question sous le seul angle du stationnement et de la police des maires - et encore, sans la résoudre à cet égard, à mon sens - c'est ne l'étudier que de façon sommaire et c'est oublier que les réels problèmes posés par cette population sont aussi d'ordre social, éducatif et sanitaire.
En un mot, l'approche doit être globale. Monsieur le rapporteur, vous écriviez d'ailleurs, en septembre 1996, dans un article paru dans le journal Les Echos , que « le traitement curatif ne peut se passer de traitement préventif ». Je reprends tout à fait cette approche et je souhaite qu'un texte futur, quelle qu'en soit l'origine, aborde cette question dans sa globalité. (Applaudissements sur les travées socialistes.)
M. le président. La parole est à M. François.
M. Philippe François. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, le stationnement des gens du voyage donne lieu depuis quelques années à des difficultés croissantes en Ile-de-France, notamment dans le département de la Seine-et-Marne, du fait de l'augmentation importante de cette population ainsi que du comportement de certains de ses représentants, qui n'entendent pas toujours - c'est le moins que l'on puisse dire - respecter les lois et règlements en vigueur.
La législation actuelle autorise le stationnement temporaire des gens du voyage dans les communes, sous réserve que ce stationnement soit pratiqué sur des terrains aménagés à cet effet. Ainsi les gens du voyage peuvent-ils faire étape dans des conditions satisfaisantes, tant pour la commune qui les accueille que pour eux-mêmes.
Mais cette situation devient malheureusement de plus en plus théorique en raison du nombre excessif de demandeurs par rapport au nombre de places disponibles dans les terrains aménagés par les communes.
Ces terrains sont naturellement d'une taille limitée afin de répondre à un besoin normal, ce qui est logique. Ils ne permettent pas aux communes de faire face à des concentrations excessives - notre collègue Louis Boyer a donné de ce point de vue un exemple particulièrement éclairant - surtout lorsque celles-ci s'accompagnent d'une durée de séjour abusive, ce que nous constatons de plus en plus. Lorsque tel est le cas, il s'ensuit une forte dégradation des terrains, à laquelle de nombreux maires sont de plus en plus souvent confrontés et qui coûte très cher.
Mais il y a beaucoup plus grave. Nous constatons en effet des occupations sauvages, par conséquent illégales, de terrains non aménagés pour ces groupes imposants de gens du voyage. Ces derniers s'installent fréquemment sur des terrains ruraux, sur des espaces verts communaux, sur des parcelles cultivables temporairement en jachère, sur des prairies destinées à la pâture du bétail, ou encore sur des terrains ayant cessé d'être cultivés parce que promis à une prochaine urbanisation. Dans tous les cas, non seulement les gens du voyage s'installent sans aucune autorisation, mais, au surplus, ils n'hésitent pas à braver les défenses affichées, voire à détruire les obstacles installés en vue d'empêcher une occupation illégale des terrains.
Il y a alors violation caractérisée du droit de propriété, occupation sans titre et, presque toujours, déprédation des terrains ainsi occupés en toute illégalité.
De surcroît, la présence de ces concentrations irrégulières de gens du voyage n'est pas sans poser des problèmes de voisinage, voire d'ordre public. Dans un certain nombre de cas, les terrains irrégulièrement occupés jouxtant des lotissements, c'est sur les réseaux desservant ceux-ci que se branchent les gens du voyage, dont la consommation est alors supportée par les riverains permanents.
Plus généralement, la présence temporaire de gens du voyage sur des terrains non aménagés, irrégulièrement occupés par leurs soins, est à l'origine de dépôts d'ordures sauvages dont les communes sont obligées ensuite d'assurer l'enlèvement après le départ de ces personnes. Je puis vous assurer que, en Seine-et-Marne, ce n'est pas simple, monsieur le secrétaire d'Etat.
L'enlèvement des ordures, le nettoyage et la remise en état des terrains après le stationnement irrégulier des gens du voyage constitue pour certaines communes une charge insupportable au regard de la modicité de leur budget. Lorsque l'événement se reproduit, comme c'est le cas dans plusieurs communes d'Ile-de-France, il n'est plus possible d'y faire face.
Dans un nombre de plus en plus important de communes, la présence irrégulière de gens du voyage est une source de tension avec les populations résidantes : les habitants n'entendent pas fournir gracieusement à ces personnes l'eau et l'électricité qui sont consommées à leurs dépens. Les riverains se plaignent à bon droit des déprédations causées par le stationnement sauvage des gens du voyage. Le trouble à l'ordre public est de plus en plus réel, de plus en plus fréquent.
Devant l'occupation sauvage et totalement illégale de terrains non aménagés, les maires sont désarmés. Les gens du voyage n'ont que faire de contraventions qu'en tout état de cause ils n'acquitteront jamais.
L'expulsion immédiate des terrains irrégulièrement occupés reste la seule ressource à la disposition des autorités municipales. Mais cette procédure fonctionne mal. La commune ne peut l'obtenir que par voie judiciaire, et donc à l'issue d'un certain délai. En outre, lorsque l'expulsion est ordonnée, elle n'est en général assortie d'aucune sanction.
C'est pourquoi il convient assurément de modifier la législation existante, d'une part, en facilitant la procédure d'expulsion des gens du voyage irrégulièrement installés en dehors des terrains aménagés à leur intention, et, d'autre part, en prévoyant des sanctions pénales s'ajoutant à l'expulsion proprement dite. De ce fait, ceux des gens du voyage qui n'hésitent pas, actuellement, à s'installer sans vergogne, de manière illégale et en bravant les interdictions - ils savent en effet qu'ils n'encourent aucun risque - seraient probablement, à l'avenir, beaucoup plus respectueux des lois et règlements et veilleraient à stationner exclusivement sur les terrains aménagés, dont l'existence traduit l'effort réel fourni par les collectivités publiques en leur faveur.
Telles sont toutes les raisons pour lesquelles nous soutiendrons les conclusions de la commission des lois sur les propositions de loi de MM. Marini et Souvet, qui nous sont aujourd'hui soumises et qui ont fait l'objet de l'excellent rapport de M. Jean-Paul Delevoye, président de l'Association des maires de France. Ce rapport répond, je vous l'assure, à l'attente des maires de Seine-et-Marne, que je représente ici, et à celle de la quasi-totalité des maires de notre pays. (Applaudissements sur les travées du RPR, des Républicains et Indépendants et de l'Union centriste.)
M. le président. La parole est à M. Souplet.
M. Michel Souplet. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, nous sommes confrontés depuis de nombreuses années à un problème qui s'aggrave de jour en jour : celui de l'accueil et de l'hébergement des gens du voyage. Je me réjouis donc de voir aborder cette question aujourd'hui, grâce à la commission des lois.
Les communes de plus de 5 000 habitants sont tenues de prévoir des terrains d'accueil équipés en eau, en électricité et en sanitaires ainsi que l'enlèvement des ordures ménagères. Ces équipements sont plus ou moins fréquentés, mais ils doivent permettre aux nomades de profiter d'un confort minimum, ce qui est une bonne chose.
Néanmoins, nous savons d'expérience qu'un grand nombre de gens du voyage répugnent à la moindre contrainte et préfèrent stationner sur des terrains vagues, des bordures de routes, voire dans des champs cultivés. Cette situation conduit à des heurts avec les propriétaires de ces terrains ou les usagers des routes et des chemins.
Mon intervention portera sur les répercussions de l'installation des gens du voyage sur le milieu rural. Les exemples que je vais vous présenter concernent bien évidemment mon département, particulièrement la région de Compiègne. Mon collègue et ami Philippe Marini connaît bien les difficultés rencontrées par la population citadine ; mais, de plus en plus, les habitants des communes environnantes, surtout les agriculteurs, se sentent désarmés par une jurisprudence totalement inefficace.
Je voudrais, en premier lieu, aborder le problème d'occupation et de dégradation des terres.
Dans la région de Compiègne, le gel des terres a affecté des surfaces importantes. Ainsi, lorsque celles-ci se trouvent à proximité de routes départementales ou nationales, elles sont fréquemment « squattées » pendant de longues semaines, voire des mois, de telle sorte que les exploitants se trouvent dans l'impossibilité d'entretenir leurs terrains. Outre les nuisances de proximité, on assiste à une dégradation des récoltes et des matériels agricoles : beaucoup d'agriculteurs sont dans l'obligation de nettoyer leurs terres avant d'envisager toute récolte, ou de retirer devant les machines agricoles les ferrailles, les cadres de vélo, les moteurs démontés et les bouteilles cassées qui jonchent le sol.
Le 30 octobre dernier, j'ai adressé à M. le préfet de l'Oise un courrier dans lequel je citais des exemples d'exactions commises récemment. Je vous en livrerai donc quelques extraits
« J'avais saisi votre prédécesseur, il y a deux ans, d'un incident sérieux qui eut lieu le jour de l'ouverture de la chasse. Plusieurs territoires de chasse - La Croix-Saint-Ouen, Le Meux, Jaux, Venette - avaient été ratissés par un commando d'une vingtaine de gitans armés et accompagnés de femmes, d'enfants et de chiens. A La Croix-Saint-Ouen, trois chasseurs, dont deux maires, ont été menacés, fusils sur le ventre, lorsqu'ils ont manifesté leur mécontentement. La gendarmerie, prévenue par un garde, ne s'est pas dérangée.
« Nos amis ont prié de laisser le gibier sur place. Les braconniers ont ostensiblement mis le gibier dans les voitures en ricanant et en déclarant : "Les gendarmes n'ont pas le droit d'ouvrir nos voitures, vous irez chercher les douaniers !" Il y a eu plainte, mais elle est restée sans suite.
« Cette année, au mois de juillet, à deux reprises, on a volé une voiture de l'exploitation dans une cour de ferme. La première fois, en plein jour, et à l'issue d'une chasse au voleur, le gitan cambrioleur » - c'était bien un gitan - « abandonna la voiture dans une flaque d'eau et s'échappa. Quarante-huit heures après, mais de nuit cette fois, la même voiture fut volée dans une cour de ferme et fut retrouvée vingt-quatre heures plus tard.
« Un agriculteur de Lachelle exploite l'une des parcelles qui jouxtent le camp des "gens du voyage" de Jaux. Régulièrement, la pièce est traversée en tous sens par des individus qui se complaisent à occasionner des dégâts, en proférant des menaces si l'on s'interpose.
« Voilà deux semaines, une centaine de caravanes ont envahi une gravière à Verberie. Le locataire de la chasse de ce plan d'eau n'a pu que constater que tous les canards avaient été braconnés, comme la société de pêche a pu constater que la plupart des poissons de l'étang avaient disparu. L'été dernier, toutes les parcelles en jachère furent « squattées » pendant plusieurs semaines malgré la réaction des agriculteurs.
« Enfin, dernièrement, sur le territoire de La Croix-Saint-Ouen, un agriculteur et les employés de la ferme ont été agressés verbalement alors qu'ils ensemençaient une pièce de blé après maïs. Cette parcelle, située entre l'Oise et la RN 20, est entourée d'un chemin. Une trentaine de caravanes installées en bordure de pièce depuis plusieurs semaines avaient causé des dégâts. Lorsque les ouvriers sont arrivés dans la parcelle, aussi bien les parents que les enfants les agressèrent verbalement dans des termes que je n'oserai répéter.
« Monsieur le préfet, trop c'est trop ! » écrirais-je.
Les quelques exemples que je viens de citer pourraient être multipliés par dix ou par cent, et le climat qui règne dans le proche environnement de Compiègne est devenu insupportable.
Nous subissons là non pas une grande migration mais plutôt une sédentarisation impressionnante et croissante. Les incidents sont non plus des épiphénomènes marginaux ou occasionnels mais des situations permanentes et très inquiétantes.
Les personnes concernées par ces exactions ont peur de porter plainte, car ces dernières sont souvent accompagnées de menaces verbales les visant, ainsi que leur proches : « Si t'insistes, on te fera la peau » ou « Surtout ne laisse pas traîner tes gosses dehors ! » sont des exemples de menaces proférées.
Quels sont alors les moyens mis à la disposition des communes et des individus pour éviter non seulement de tels comportements, mais aussi, quand ces derniers ont lieu, pour y remédier et pour rassurer les habitants ? Comme les intervenants précédents, je pense qu'une rigueur beaucoup plus grande quant à l'application des peines est nécessaire, car il est anormal que les auteurs de ces exactions ne soient pas punis.
Devant de tels agissements, les maires des communes concernées se sentent démunis et ne savent comment agir pour assurer l'ordre public ou décider d'une expulsion lorsqu'il y a atteinte à la sécurité ou dégradation.
Sur le plan financier, cela a été dit, les conséquences sont graves et les indemnisations par les assurances bien rares.
Sur le plan de la sécurité, ne peut-on envisager, dans les départements fortement concernés par le passage ou par la sédentarisation des gens du voyage, un renforcement important des effectifs locaux de police et de gendarmerie ? Dans ma région, compte tenu de la croissance démographique de l'Oise, comparée à celle de l'Aisne ou de la Somme, et compte tenu de la proximité de la région parisienne, il conviendrait d'augmenter les effectifs de policiers de plus d'une centaine de personnes.
M. Philippe Marini. Tout à fait !
M. Michel Souplet. Le président du conseil général, M. Jean-François Mancel, a d'ailleurs tout récemment adressé une pétition à cet égard au ministre de l'intérieur.
L'accueil des gens du voyage pose également problème en termes de coût et de gestion, je n'y reviens pas, car tout cela a été dit.
Monsieur le secrétaire d'Etat, avec ces quelques remarques, je suis certain d'être le porte-parole d'une population inquiète, désemparée, parfois terrorisée. Je souhaitais vous interpeller en prenant des exemples quotidiens qui sont mal vécus. Il doit être donné aux maires des moyens suffisants d'intervention, afin d'éviter des réactions violentes de personnes exaspérées.
Je comprends tout à fait que certains aiment vivre en nomades, et je respecte leur choix. Il en est d'ailleurs parmi eux qui travaillent et nous avons l'habitude d'en côtoyer : les vanniers, les rempailleurs de chaises, les vendeurs de dentelle passent ainsi régulièrement sans jamais créer le moindre problème. Or, depuis quelques années, bien des choses ont changé : la plupart de ceux qui conduisent des Mercedes tractant des caravanes de grande valeur semblent désoeuvrés et agressifs.
Le texte que nous examinons aujourd'hui me convient. Encore faut-il que les maires puissent agir vite, que les décisions de justice soient rapides et l'ordre respecté. N'attendons pas, monsieur le secrétaire d'Etat, que l'on déplore des blessés ou des morts, ou que les gens se fassent justice eux-mêmes !
Sur l'article unique de la proposition de loi de M. Marini, j'avais envisagé le dépôt d'un amendement autorisant le maire à solliciter l'intervention immédiate de la force publique en cas de non-respect de ses arrêtés. Il m'a été objecté que cet amendement paraissait difficilement acceptable. Soit ! Mais faisons en sorte que, bien que non écrite, cette possibilité existe néanmoins.
Dans un Etat de droit, les pouvoirs publics doivent protection aux personnes et aux biens. L'Etat de droit est aujourd'hui bafoué. Monsieur le secrétaire d'Etat, pourquoi faire compliqué et lent, alors qu'il faut faire simple et efficace ? (Applaudissements sur les travées de l'Union centriste, du RPR et des Républicains et Indépendants, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. le président. La parole est à M. Duffour.
M. Michel Duffour. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, l'article 28 de la loi du 31 mai 1990 a institué un schéma départemental d'accueil des gens du voyage, élaboré par le préfet et le président du conseil général.
Les communes de plus de 5 000 habitants ont donc l'obligation de réserver des terrains aménagés afin d'accueillir les gens du voyage qui sont de passage ou qui y séjournent. En contrepartie de cette obligation, les pouvoirs du maire en matière d'interdiction de stationnement sur le reste de la commune se trouvent renforcés.
Or force est de constater que, sept années après la promulgation de cette loi, la mise en place des schémas départementaux d'accueil, qui s'est faite avec beaucoup de disparités, accuse un sérieux retard ; en pratique, peu de communes de plus de 5 000 habitants ont aménagé de tels terrains d'accueil.
Ainsi, un département sur deux se serait doté d'un schéma d'accueil, ce qui n'est pas acceptable, et seul un petit millier de communes aurait mis des aires à la disposition des gens du voyage, soit environ dix mille places de caravanes, alors qu'il en faudrait, au bas mot, soixante mille.
Ces conditions d'accueil insuffisantes sont la première cause, en maints endroits, des rapports tendus que l'on constate entre la population locale et les gens du voyage, et elles ne favorisent pas la compréhension réciproque, même entre gens de bonne volonté, ce qui est fort heureusement le cas le plus fréquent.
Par ailleurs, compte tenu des difficultés financières que connaissent les collectivités locales, il est indispensable d'envisager de les aider financièrement, à la fois pour les inciter à aménager des terrains d'accueil mais aussi pour que les villes qui respectent la loi de 1990 ne se sentent pas pénalisées par rapport à celles qui ne le font pas.
L'accueil des gens du voyage soulève des questions très diverses qui ne trouvent pas, à notre avis, de réponse dans les propositions de loi de MM. Souvet et Marini non plus que dans les conclusions de la commission des lois. Par exemple, la scolarisation des enfants des gens du voyage ainsi que l'activité économique n'y sont pas du tout abordées.
Certes, les dispositions intéressantes élaborées par M. le rapporteur se veulent rassurantes pour les maires. Elles constituent ainsi un signal fort à leur intention.
Toutefois, les trois premiers articles du texte ne concernent que les grandes migrations qui, si elles entraînent des déplacements d'une ampleur particulière, soulevant ainsi des problèmes spécifiques de stationnement, ne constituent néanmoins que des déplacements ponctuels.
Or ce sont des déplacements plus réguliers et plus fréquents que les maires doivent gérer au quotidien. Sur ce sujet, le texte n'apporte pas de réponse innovante, de notre point de vue.
L'article 4, quant à lui, modifie le fameux article 28 de la loi de 1990 et, sous prétexte de ne pas retenir un seuil jugé « trop rigide et inadapté », se révèle nettement moins contraignant que l'ancien article, dont les circulaires d'application obligeaient les communes concernées à réaliser une aire d'accueil.
Aussi, cette nouvelle rédaction risque fort de compromettre davantage encore la mise en place des schémas départementaux ainsi que les initiatives déjà entreprises par les communes.
L'article 5 ouvre la « possibilité » de créer une commission consultative départementale des gens du voyage, dont le principe peut nous agréer. Cependant, s'agissant d'une simple faculté, on peut s'interroger sur sa réelle effectivité et, partant, sur son utilité. De plus, cette commission n'aura, semble-t-il, qu'un pouvoir consultatif, alors qu'elle devrait pouvoir faire des propositions.
Enfin, l'article 6 renforce les moyens du maire en matière d'interdiction de stationnement et d'expulsion des gens du voyage, ce qui pourrait s'avérer, mes chers collègues, dangereux à terme. Des excès sont à craindre, car les maires les moins enclins à l'accueil des gens du voyage - certes, ils sont minoritaires et transcendent tous les clivages politiques, mais ils existent, et les descriptions de MM. Louis Boyer et Michel Souplet m'ont semblé, à cet égard, très inquiétantes - pourront faire un usage systématique des mesures d'expulsion en urgence.
M. Philippe Marini. C'est le tribunal qui décide !
M. Michel Duffour. J'ai bien dit « inquiétantes » ! De toute façon, une critique du sénateur que je suis ne peut que vous satisfaire : elle vous permettra de montrer à vos collègues que vous avez été suffisamment excessifs pour pouvoir être critiqués à cette tribune.
En l'occurrence, il aurait mieux valu être patient et réfléchir à une mise à plat complète de la législation, afin de fixer les modalités de prise en compte et de réalisation de conditions de séjour et d'habitat adaptées aux gens du voyage, en pleine concertation avec les associations qui les représentent.
Il convient d'être d'autant plus vigilant que le sujet est délicat. Il faut se méfier d'une législation précipitée, qui ne ferait que renforcer le regard souvent négatif qui est porté sur les nomades, et donc leur exclusion.
Les gens du voyage ne doivent pas se sentir l'objet de dispositions législatives dérogatoires du droit commun. Leur mobilité est la marque de leur liberté et de leur mode de vie original. Toutefois, il faut prendre en compte leur désir d'avoir un point d'attache, de se sédentariser une partie de l'année. Sur ce dernier aspect, le texte reste muet.
Nous suivrons de très près le débat et la réaction de notre assemblée aux amendements que propose le Gouvernement. Mais, de toute façon, les sénateurs du groupe communiste républicain et citoyen ne pourront pas adopter ce texte en l'état. (Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain et citoyen et sur les travées socialistes.)
M. le président. La parole est à Mme Beaudeau.
Mme Marie-Claude Beaudeau. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, le stationnement des gens de voyage n'est pas un problème nouveau. Si l'on prend un département comme le mien, le Val-d'Oise, on constate des arrivées massives en mai ou en juin liées aux migrations religieuses ou aux différents pèlerinages des mois de Marie et de Pentecôte, avec les évangélistes et les pentecôtistes.
A l'automne, la foire de Saint-Martin, à Pontoise, ou la foire de Bezons attirent de très nombreux forains. La présence de tombeaux au cimetière d'Ezanville ou dans la région de Magny-en-Vexin et à Gisors, dans un département voisin, attire de nombreux Tsiganes. Les secteurs choisis par les gens du voyage sont connus ainsi que le mode de vie des semi-sédentaires, qui privilégient la sédentarité par rapport aux déplacements fréquents, mais en associant les deux.
La présence de villes près de zones agricoles fait que leur nombre est proportionnellement à peu près le double du nombre national. Les effectifs des gens du voyage se stabilisent et représentent 0,5 % de la communauté nationale, soit, pour la France, 250 000 à 300 000 personnes. Mais, pour un département de la grande couronne comme le mien, ce pourcentage atteint 1 % et concerne donc 10 000 personnes, puisque le Val-d'Oise compte un million d'habitants.
Le conseil général du Val-d'Oise et les préfets successifs ne sont pas restés insensibles aux problèmes posés depuis le vote de votre loi, monsieur le secrétaire d'Etat. Ils ont beaucoup travaillé et l'élaboration du schéma départemental pour l'accueil des gens du voyage a été lancée en juillet 1993.
Au début de l'année, cinquante et une des cent quatre-vingts communes que compte le Val-d'Oise étaient concernées par l'article 28 de la loi Besson. Seules six d'entre elles ont aménagé une aire de stationnement, représentant cent soixante places. C'est encore très peu. Une trentaine de projets communaux sérieux existent. Ils avancent très lentement et nombre de communes, il faut bien l'avouer, sont plutôt engagées dans la protection de certaines aires naturelles et non aménagées ou de certaines aires aménagées aux fins de réalisation de parkings commerciaux ou sportifs.
Autrement dit, malgré une bonne volonté générale, les solutions n'apparaissent que très lentement. Pourquoi ?
Je ne pense pas que la seule question du financement soit la cause d'un tel retard. Elle est cependant bien réelle. Pour des études préalables, seul le secrétariat d'Etat au logement intervient, en prenant 50 % à sa charge ; pour l'acquisition des terrains, il est aidé par le Fonds d'action sociale et par le conseil régional.
Les points faibles concernent la prise en charge des réseaux d'assainissement et des frais de fonctionnement des aires, à laquelle seul le conseil général participe. Mais d'autres questions se posent.
Tout d'abord, on ne travaille que sur des aires communales réduites, alors que les gens du voyage souhaitent de plus grandes concentrations, regroupant une centaine de caravanes, souvent avec un lieu de prière démontable. En effet, la communauté veut rester soudée. La solution n'est-elle pas dans des aires régionales plutôt que dans une poussière d'aires locales ? La desserte, l'assainissement, le confort, les sanitaires, tout en serait facilité.
A propos de la capacité d'accueil de ces aires, je souhaiterais vous lire un extrait d'une lettre, en date du 7 avril 1997, du maire de Villiers-le-Bel au préfet du Val-d'Oise : « Plusieurs centaines de caravanes ont investi le parc des sports et des loisirs dans la nuit du 4 au 5 avril dernier, entraînant ainsi et déjà des dégradations importantes qui seront loin de s'amoindrir dans le temps. « Aujourd'hui, ce sont plus de quatre cents caravanes, soit plus de mille cinq cents personnes, qui y sont installées à différents endroits. »
Le maire décrit les problèmes que pose cette situation et poursuit en formulant des propositions : « Je m'interroge sur les solutions à apporter à ces stationnements illicites à répétition au moment où la ville s'est engagée à réaliser une aire de stationnement, laquelle comptera, de par la loi, vingt-sept places, alors que quatre cents caravanes se sont introduites sur le parc des sports et des loisirs, pour la troisième fois. »
M. Philippe Marini. Eh oui !
Mme Marie-Claude Beaudeau. Le maire de Villiers-le-Bel termine ainsi : « Cela pose donc une nouvelle fois la question de la pertinence de la création d'aires communales si elle n'est pas accompagnée, en parallèle, de la création d'aires de stationnement de grande envergure. »
Ne décide-t-on pas trop souvent à la place des gens du voyage ou sans eux ? Ne pas les entendre, c'est ne pas les comprendre, c'est mal choisir, mal organiser et, en fait, provoquer les tensions.
Ne faut-il pas travailler à un niveau qui ne serait ni exclusivement départemental ni exclusivement communal, mais plutôt - il reste à définir - conçu comme lieu de passage, de repos des gens du voyage ?
Enfin, le choix des emplacements qui consiste à rechercher le lieu désert, éloigné de la vie, est-il le bon ? Ne faut-il pas rechercher pour ces populations de nouveaux lieux de vie qui n'entraînent ni une intégration autoritaire ni une exclusion ?
Telles sont, mes chers collègues, monsieur le secrétaire d'Etat, les quelques questions qui se posent dans un département comme le mien, situé aux portes de Paris et qui accueille de grandes voies de circulation.
Cela étant, en écoutant les autres intervenants, il m'a semblé comprendre que ce sont les mêmes questions qui appelaient des réponses dans d'autres départements, dans d'autres régions. Malheureusement, je ne suis pas persuadée, monsieur le rapporteur, que vous apportiez aujourd'hui ces réponses au travers des propositions que vous faites. (Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain et citoyen et sur les travées socialistes.)
M. le président. Personne ne demande plus la parole dans la discussion générale ?...
La discussion générale est close.
Nous passons à la discussion des articles.

Article 1er



M. le président.
« Art. 1er. _ Le schéma national d'accueil des gens du voyage définit les conditions d'accueil des gens du voyage dans le cadre des grandes migrations traditionnelles.
« Dans le respect des orientations de la politique nationale d'aménagement et de développement du territoire, le schéma national fixe la liste des terrains susceptibles d'être utilisés à cette fin et prévoit les aménagements nécessaires qui devront être réalisés sur ces terrains.
« Le Conseil national de l'aménagement et du développement du territoire créé par la loi n° 95-115 du 4 février 1995 d'orientation pour l'aménagement et le développement du territoire et la commission nationale consultative des gens du voyage sont associés à l'élaboration du projet de schéma national d'accueil des gens du voyage. Ils donnent leur avis sur ce projet. »
Je suis saisi de deux amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion commune.
Par amendement n° 10, le Gouvernement propose de supprimer cet article.
Par amendement n° 3 rectifié, M. Peyronnet et les membres du groupe socialiste et apparentés proposent de rédiger comme suit cet article :
« Le premier alinéa de l'article 28 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en oeuvre du droit au logement est ainsi rédigé :
« Un schéma départemental prévoit les conditions d'accueil spécifiques des gens du voyage, en ce qui concerne le passage et le séjour, en y incluant, notamment, les conditions de stationnement de longue ou de courte durée sur des terrains publics ou privés ainsi que les conditions relatives à la scolarisation des enfants et à l'exercice d'activités économiques. Le schéma départemental prend en compte l'intégration dans la commune, l'environnement naturel et la proximité des équipements publics. Il prévoit, en outre, les conditions de l'accueil des grands rassemblements. Il est élaboré conjointement par l'Etat et le conseil général dans le délai de dix-huit mois à compter de la promulgation de la loi n° du relative aux conditions de séjour et de stationnement des gens du voyage. Il est créé un répertoire national d'accueil des gens du voyage constitué à partir de la synthèse des schémas départementaux. Celui-ci est publié par le Gouvernement, qui en vérifie la cohérence après consultation de la Commission nationale des gens du voyage. »
La parole est à M. le secrétaire d'Etat, pour présenter l'amendement n° 10.
M. Louis Besson, secrétaire d'Etat. Nombreux sont ceux qui, dans la discussion générale, ont surtout apporté des témoignages. Je leur en donne acte et leur donne l'assurance que les éléments qu'ils ont produits devant la Haute Assemblée seront autant de pièces qui s'ajouteront au dossier que nous constituons dans notre démarche concertée avec les grandes associations nationales, de manière à prendre en compte d'autres préoccupations que celles qui font l'objet de la présente proposition de loi. M. le rapporteur l'a dit avec raison tout à l'heure, cette proposition de loi n'a pas la prétention de résoudre tous les problèmes posés, même si, en l'état, le Gouvernement souhaite, effectivement, l'amender.
Ce qui ressort avant tout de la discussion générale, c'est que, trop souvent, la loi est violée, et personne, au Gouvernement, ne peut accepter que des situations illégales perdurent.
La difficulté tient au fait que ces violations de la loi, ou en tout cas sa non-application, incombent non seulement aux gens du voyage mais également à nombre de collectivités qui n'ont pas encore accepté d'appliquer la loi.
Comment voulez-vous que les pouvoirs publics aient l'autorité suffisante pour faire respecter la loi dans la mesure où d'autres autorités publiques ne l'appliquent pas ?
Plusieurs orateurs ont rappelé que, sept ans après la mise en oeuvre de la loi de 1990, seul un département sur deux s'était doté d'un schéma départemental en aires d'accueil de gens du voyage. Quant à M. Eckenspieller, il a souligné que moins de 30 % des communes soumises à cette obligation la satisfaisaient.
Il est, dès lors, inéluctable qu'il y ait des tensions, et les choses se passent bien comme on les a présentées : bien souvent, les gens du voyage, à défaut d'aire d'accueil, usont du droit constitutionnel que constitue la liberté d'aller et de venir, utilisent le rapport de forces que leur donne le nombre pour créer une situation face à laquelle les pouvoirs de police sont démunis.
Il faut sortir de ce cercle vicieux, où toutes les conditions sont effectivement réunies pour déboucher sur des blocages, des affrontements, des tensions. Nous ne devons pas avaliser les causes de ces tensions.
La présente proposition de loi peut donc être interprétée comme un signe de bonne volonté incitant déjà à appliquer davantage le texte existant, dont je suis le premier à reconnaître l'insuffisance.
M. le rapporteur a rappelé que l'article 28 de la loi du 31 mai 1990 avait été adopté sans mon approbation. Ce n'est pas que je niais la réalité du problème, mais ladite loi était relative au droit au logement et n'avait donc pas vocation à cibler un public particulier, automatiquement considéré comme défavorisé. D'ailleurs, la description de certains véhicules ou de certaines attelages montre bien que nous n'avons pas seulement affaire à des populations défavorisées !
Par conséquent, c'est seulement le refus d'assimiler ces populations à des populations défavorisées qui avait conduit le Gouvernement à s'opposer à l'adoption de l'amendement qui est devenu l'article 28 de la loi de 1990.
Il faut dire aussi qu'à l'époque M. le préfet Delamon, qui avait été chargé d'une mission, devait produire des conclusions dont on espérait pouvoir tirer l'essence même d'un vrai projet de loi pouvant couvrir l'ensemble des problèmes posés. Or cette mission n'a pas eu de suite positive.
Cela étant, avec un peu de recul, il m'apparaît que l'article 28 de la loi de 1990, malgré ses insuffisances, a déjà permis de faire bouger un peu les choses.
Il faut, bien sûr, aller au-delà, et je souhaite que nous puissions, ensemble, amender quelque peu ce texte auquel vous avez consacré beaucoup de travail, de manière que, dans une étape nouvelle, soit affirmé davantage, dans l'esprit de l'article 28 de la loi de 1990, l'objectif qui consiste à disposer, dans le plus grand nombre possible de collectivités, d'aires d'accueil à l'échelle des besoins des populations concernées.
Chacun est en effet conscient, quelles que soient les appréciations qu'il peut porter sur le mode de vie choisi par les personnes en cause, que leur liberté de conserver ce mode de vie doit être respectée et qu'en tout état de cause il ne saurait y avoir de solution de force à des problèmes collectifs. C'est grâce à la concertation qu'il nous faut trouver le dispositif le plus approprié et, à partir de là, nous mobiliser pour progresser ensemble.
J'en viens à l'article 1er et à l'amendement du Gouvernement.
Sur d'autres dispositions, vous le verrez, le Gouvernement s'exprimera positivement ; mais tel ne pourra pas être le cas sur l'article 1er. En effet, il ne nous paraît pas possible de prévoir un schéma national de gestion des grandes migrations. L'échelon national est trop éloigné des réalités locales. De plus, on ne peut enfermer les grandes migrations dans des itinéraires obligatoires que devraient emprunter toutes les populations concernées.
A nos yeux, le niveau départemental est le plus approprié, même si, bien évidemment, dans certains secteurs, des harmonisations régionales sont sans doute nécessaires. Retenir le niveau national entraînerait beaucoup de rigidités et ne correspondrait pas à l'esprit qui doit prévaloir pour que puissent aboutir les solutions que nous souhaitons.
C'est la raison pour laquelle nous avons déposé un amendement de suppression.
M. le président. La parole est à M. Peyronnet, pour défendre l'amendement n° 3 rectifié.
M. Jean-Claude Peyronnet. J'ai dit l'essentiel dans mon intervention liminaire.
L'article 1er vise les grandes migrations, qui ne me parraissent pas être à proprement parler du ressort de l'aménagement du territoire, même s'il s'agit de prévoir des aires d'accueil.
Par ailleurs, comme M. le secrétaire d'Etat, j'estime que le niveau national n'est pas le niveau approprié.
En outre les propos de Mme Beaudeau ont conforté mon sentiment qu'il faut avoir une vue extrêmement précise du terrain. En effet, si, dans son département, il y a une forte demande de grandes unités - entendez pour des sédentaires et semi-sédentaires et non pour des grandes migrations - dans le mien, par exemple, la demande constante est celle de petites unités de quinze à vingt personnes.
Dans ma proposition, la synthèse des schémas départementaux constituerait le schéma national après avis de la commission nationale consultative. Quant à la création d'un répertoire national des gens du voyage, elle rejoint les préoccupations de la commission des lois. Enfin, dernière amélioration, nous fixons un délai de dix-huit mois pour l'élaboration de ces schémas.
M. le président. Quel est l'avis de la commission sur les amendements n°s 10 et 3 rectifié ?
M. Jean-Paul Delevoye, rapporteur. Sur un plan général, nous sommes tous frappés par le déséquilibre, visible sur le terrain, qui existe entre des nomades qu'il ne faut pas rendre prisonniers d'habitudes contraires à leurs traditions, des populations prisonnières du fait du non-respect de la loi et des élus prisonniers de situations devant lesquelles ils se sentent isolés, voire impuissants.
A écouter les différents intervenants, et notamment Mme Beaudeau, il m'est apparu avec encore plus de force que s'imposaient des schémas départementaux, élaborés sur le plan local, qui prennent en compte les besoins exprimés par la population tsigane et qui leur apportent une réponse réellement adaptée. Ainsi, dans certains départements, il conviendra de mettre en place de petites aires ; dans d'autres, il faudra peut-être prévoir des aires un peu plus importantes, dont la localisation dépendra non pas de l'histoire ou de la géographie, mais du souhait des Tsiganes d'y trouver un juste épanouissement.
M. Peyronnet s'est posé la question de savoir s'il fallait une loi nouvelle. Voyons la situation sur le terrain. Elle est très préoccupante. On a l'impression - bien que m'exprimant à titre personnel, je crois traduire le sentiment d'un grand nombre de maires - que le socle républicain, le « vivre ensemble », est aujourd'hui en train de se fissurer et que, paradoxalement, c'est peut-être ceux qui ne respectent pas les valeurs républicaines qui semblent être les « gagnants », que le vice est parfois mieux récompensé que la vertu.
Si l'on entre dans cette spirale, on s'aperçoit très vite que la loi se fait dans la rue et non pas devant les tribunaux. M. le secrétaire d'Etat vient de le dire, comme un certain nombre de maires ne satisfont pas aux obligations, laissant à d'autres le soin de le faire, les déséquilibres s'imbriquent les uns les autres et l'on en arrive à des situations explosives, ou proches de l'explosion.
Un Etat qui ne fixe pas les règles du jeu, que ce soit par voie réglementaire ou par voie législative, en établissant très clairement la responsabilité des uns et des autres, c'est comme un match de football sans arbitre. Je ne suis pas persuadé que le seul esprit sportif empêche longtemps les matches de finir en bataille de rue !
A un moment donné, il faut une règle, un arbitre, des responsabilités respectives bien définies, de manière à obtenir un juste équilibre entre prévention et traitement, entre insertion et sanction, entre droits et devoirs.
Aujourd'hui, probablement parce que l'on a peut-être un peu négligé cet équilibre en ne chargeant qu'un seul plateau de la balance, on se retrouve dans des situations qui nous imposent de prendre les problèmes à bras-le-corps.
Par ailleurs, lorsqu'une loi est votée, comment se fait-il que les délais d'application ne soient jamais respectés ? Je pourrais vous citer des dizaines d'exemples de loi qui, dix ou quinze ans après, ne sont toujours pas entrées en vigueur. A quoi sert alors le législateur ? A quoi sert celui qui doit appliquer la loi ?
Je dirai à Mme Beaudeau que la commission consultative a justement pour vocation d'associer la totalité des personnes concernées, les Tsiganes, les élus, les préfets, les polices, les juges, dans une réflexion commune pour étudier comment on peut répondre aux besoins exprimés par une offre en termes d'aires d'accueil, mais aussi de responsabilisation. Les élus font des efforts et, quarante-huit heures après l'inauguration des aménagements, tout est saccagé. L'argent public mérite d'être respecté, surtout lorsqu'il a été consacré à des structures qui sont saccagées par ceux-là mêmes auxquels elles sont destinées.
Monsieur le secrétaire d'Etat, c'est la raison pour laquelle j'affirme que le besoin se fait sentir d'un engagement fort de la part de l'Etat.
Vous avez cru entendre le cri de détresse des élus. Il me semble que si l'Etat, avec raison, interpelle les élus en leur demandant pourquoi ils ne remplissent pas les obligations qui sont prévues par la loi, il faut aussi qu'il accepte d'entendre les maires qui demandent, en contrepartie de leur engagement, quelle garantie les pouvoirs publics peuvent donner qu'ils feront respecter la loi sur des terrains qui ne sont pas prévus pour engendrer l'illégalité.
Cette suspision, cette méfiance des élus est une réalité. Ils redoutent, s'il entreprennent une action, de ne pas être suivis par la justice et par les forces publiques.
Il y a également suspicion de la part des nomades, qui pensent que, s'ils ne s'installent pas de force dans une localité, parce qu'ils en ont besoin pour un problème familial, une fête ou un pèlerinage, les élus locaux et l'Etat ne leur offriront pas les aires dont ils estiment avoir besoin.
Ce climat de méfiance est aujourd'hui en train de monter dans notre pays ; il met à mal notre système démocratique et notre pacte républicain.
A cet égard, notre proposition de loi n'a qu'une seule qualité, la modestie. Je crois qu'ajourd'hui il faut se montrer modeste et, à l'évidence, il faut afficher clairement des objectifs. Quelle que soit la qualité d'une loi, son efficacité sur le terrain dépend de la volonté de ceux qui ont la responsabilité de l'appliquer, les élus.
Monsieur le secrétaire d'Etat, telle est la raison pour laquelle l'implication de l'Etat dans l'élaboration d'un schéma national est nécessaire. A partir du moment où les grands pèlerinages sont prévisibles, il importe de négocier. Tous les ans, d'ailleurs, le ministère de la défense et le ministère de l'intérieur négocient avec les gens du voyage, avant les grands pèlerinages, pour savoir sur quel aérodrome, sur quelle base militaire, sur quelle caserne ils pourront s'installer pour faire étape.
Pourquoi l'Etat s'implique-t-il dans les grands événements internationaux uniquement lorsqu'il s'agit d'événements sportifs ou d'événements mobilisant la jeunesse ? Pourquoi ne pas permettre aux élus de s'en remettre à l'appareil de l'Etat, de sorte que la population accepterait l'implantation de ces grands pèlerinages ?
Comment ne pas comprendre l'attitude des maires des communes de 1 500 habitants confrontés à l'arrivée de 40 000 personnes ? Il est évident que la réponse n'appartient ni à l'échelon communal ni à l'échelon départemental, mais à la coordination de toute la puissance de l'Etat. Elle seule peut apporter aux nomades, à la population et aux élus la garantie que les choses se passeront bien.
C'est la raison pour laquelle ce signe, qui est inséparable de l'obligation pour l'Etat de participer aux grandes migrations, doit aussi être accompagné par la volonté et l'obligation pour les élus locaux de s'impliquer dans les schémas départementaux. Ils sont en droit d'attendre que l'Etat poursuive sa réflexion quant aux politiques d'insertion, de scolarisation, de santé, d'accompagnement de la sédentarisation, notamment sous l'angle du logement. La responsabilisation des uns et des autres devrait déboucher sur une loi équilibrée, juste et efficace.
C'est pourquoi la commission est défavorable à ces amendements.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement sur l'amendement n° 3 rectifié ?
M. Louis Besson, secrétaire d'Etat. Tout en préférant son propre amendement, le Gouvernement considère toutefois que l'amendement n° 3 rectifié est plus proche de ses préoccupations que le texte initial de la commission.
M. le rapporteur vient de lancer un appel au Gouvernement pour qu'il se sente impliqué. En cette matière, il me semble que l'implication de l'Etat doit se traduire plutôt par une directive que par un schéma national.
En effet, si nous connaissons l'aboutissement de ce genre de migrations, le lieu du rassemblement, nous ne pouvons pas connaître d'une manière précise les itinéraires. Même s'il y a des habitudes, elles peuvent subir des modifications. Si nous figions les choses, nous en viendrions à assigner un itinéraire. Il me semble que, constitutionnellement, cela poserait quelques problèmes face au principe de la liberté de circulation.
M. Philippe de Gaulle. Et celle des citoyens ?
M. Louis Besson, secrétaire d'Etat. S'il s'agit d'une directive, l'approche est différente. Je crois m'être fait comprendre, je l'espère en tout cas.
C'est pourquoi je m'en remettrai à la sagesse du Sénat sur l'amendement n° 3 rectifié.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° 10, repoussé par la commission.

(L'amendement n'est pas adopté.)
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° 3 rectifié, repoussé par la commission et pour lequel le Gouvernement s'en remet à la sagesse du Sénat.

(L'amendement n'est pas adopté.)
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'article 1er.

(L'article 1er est adopté.)

Article 2



M. le président.
« Art. 2. _ Les directives territoriales d'aménagement mentionnées à l'article L. 111-1-1 du code de l'urbanisme lorsqu'elles précisent les objectifs de l'Etat en matière de localisation des terrains d'accueil des gens du voyage dans le cadre des grandes migrations traditionnelles prennent en compte les orientations du schéma national prévu à l'article premier. »
Je suis saisi de deux amendements identiques.
L'amendement n° 4 est présenté par M. Peyronnet et les membres du groupe socialiste et apparentés.
L'amendement n° 11 est déposé par le Gouvernement.
Tous deux tendent à supprimer cet article.
La parole est à M. Peyronnet, pour défendre l'amendement n° 4.
M. Jean-Claude Peyronnet. Il s'agissait d'un amendement de coordination. Je le retire.
M. le président. L'amendement n° 4 est retiré.
La parole est à M. le secrétaire d'Etat, pour présenter l'amendement n° 11.
M. Louis Besson, secrétaire d'Etat. La loi de février 1995, qui fait référence aux directives territoriales d'aménagement, n'a pas prévu que l'ensemble du territoire serait couvert par des directives territoriales d'aménagement.
Il est donc fait référence à un document qui, en tout état de cause, ne couvrira pas l'ensemble de l'Hexagone.
C'est pourquoi le Gouvernement propose de supprimer l'article 2.
M. le président. Quel est l'avis de la commission sur l'amendement n° 11 ?
M. Jean-Paul Delevoye, rapporteur. Les directives territoriales sont non pas une obligation mais une adaptation à des situations locales ; nous sommes donc tout à fait défavorables à cet amendement.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° 11, repoussé par la commission.

(L'amendement n'est pas adopté.)
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'article 2.

(L'article 2 est adopté.)

Article 3



M. le président.
« Art. 3. _ Il est inséré dans le chapitre V du titre Ier du livre II de la deuxième partie du code général des collectivités territoriales un article L. 2215-1-1 ainsi rédigé :
« Art. L. 2215-1-1 . _ Dans le cadre des pouvoirs qui lui sont reconnus par l'article L. 2215-1, le représentant de l'Etat dans le département peut prendre, conformément aux orientations fixées par le schéma national d'accueil des gens du voyage prévu à l'article premier de la loi n° du relative au stationnement des gens du voyage, les mesures nécessaires à une répartition équilibrée des gens du voyage sur les terrains situés dans le département et inscrits au schéma national. »
Je suis saisi de deux amendements identiques.
L'amendement n° 5 est présenté par M. Peyronnet et les membres du groupe socialiste et apparentés.
L'amendement n° 12 est déposé par le Gouvernement.
Tous deux tendent à supprimer cet article.
La parole est à M. Peyronnet, pour défendre l'amendement n° 5.
M. Jean-Claude Peyronnet. Cet amendement a sa légitimité dans la mesure où la fin de l'article 3 fait référence à une répartition « équilibrée des gens du voyage sur les terrains situés dans le département et inscrits au schéma national ».
Cette présentation est désagréable, je l'ai déjà dit dans la discussion générale. En outre, elle me semble totalement inefficace. En effet, je ne crois pas, sauf à disposer d'un fichier national des personnes et des familles, qu'elle soit opérante, parce que les personnes concernées souhaitent se regrouper, s'installer auprès de certains voisins et pas auprès d'autres. Ce sont des familles qui ont de grandes amitiés mais aussi de grandes inimitiés et je crains que, de ce point de vue, l'intervention autoritaire d'un préfet n'entraîne des illusions, et peut-être des troubles.
C'est la raison pour laquelle j'ai déposé cet amendement, tendant à supprimer l'article 3.
M. le président. La parole est M. le secrétaire d'Etat, pour défendre l'amendement n° 12.
M. Louis Besson, secrétaire d'Etat. Cet amendement a également pour objet de supprimer l'article 3. En effet, la répartition équilibrée qui est proposée se heurtera à bien des difficultés et aura toujours une tonalité quelque peu surréaliste.
En tout cas, avant que le préfet puisse éventuellement aider à une certaine répartition, il faut d'abord que le nombre d'aires d'accueil et de places mises à disposition soit suffisant. Or ce texte intervient avant que l'on ait cette assurance. Sa faisabilité et sa crédibilité s'en trouvent donc, me semble-t-il, réduites.
M. le président. Quel est l'avis de la commission sur les amendements identiques n°s 5 et 12 ?
M. Jean-Paul Delevoye, rapporteur. On a oublié l'esprit de la loi telle que nous la proposons, me semble-t-il ! En effet, il est clair qu'une réflexion devra être conduite sur les déplacements et que la concertation devra être permanente entre les gens du voyage et les représentants de l'Etat, afin de déterminer les aires d'accueil les plus appropriées pour pouvoir accompagner les intéressés jusqu'au terme de leur lieu de pèlerinage.
En conséquence, chaque article doit être examiné non pas de façon indépendante, mais à la lumière de l'architecture globale de la proposition de loi. Il est évident qu'à partir du moment où la concertation sera efficace et la plus complète possible, toutes les mesures qui seront prises de façon préventive éviteront les situations de crise a posteriori.
Lorque nous parlons d'équilibre, il s'agit de l'équilibre entre les besoins et la demande. A partir du moment où des personnes sont unies par des liens très forts et où les représentants de l'Etat estimeront qu'il est nécessaire de maintenir ces entités familiales, il leur appartiendra, à l'occasion de ces grands pèlerinages, de leur offrir des aires de stationnement. En cas d'inimitiés, il vaudra mieux le savoir avant qu'après !
Une fois les aires adaptées aux différentes situations culturelles et ethniques, la logique veut que le préfet prenne toutes les mesures nécessaires en matière de police, en matière sanitaire, en matière de traitement des ordures ménagères pour que ces étapes soient le mieux possible perçues par la population et créent le moins de nuisances possible.
C'est la raison pour laquelle la proposition de la commission des lois nous paraît logique, cohérente, efficace et respectueuse des obligations et traditions des uns et des autres.
La commission est défavorable aux amendements de suppression.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix les amendements identiques n°s 5 et 12, repoussés par la commission.

(Les amendements ne sont pas adoptés.)
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'article 3.

(L'article 3 est adopté.)

Article 4



M. le président.
« Art. 4. _ Les deux derniers alinéas de l'article 28 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en oeuvre du droit au logement sont ainsirédigés:
« Les communes et leurs groupements concourent à la mise en oeuvre du schéma départemental par la réservation, en fonction des orientations fixées par celui-ci, de terrains aménagés en vue du passage et du séjour des gens du voyage.
« Une convention conclue entre l'Etat, le département, la commune d'accueil et la région, ainsi que, le cas échéant, un établissement public de coopération intercommunale compétent et tout autre organisme public définit les modalités d'aménagement de l'aire et de prise en charge des dépenses qui en résultent. »
Par amendement n° 6, M. Peyronnet et les membres du groupe socialiste et apparentés proposent de rédiger comme suit cet article :
« L'article 28 de la loi n° 90-949 du 21 mai 1990, visant à la mise en oeuvre du droit au logement est ainsi modifié :
« I. - Le deuxième alinéa de cet article est ainsi rédigé :
« Tout commune de plus de 5 000 habitants prévoit les conditions de passage et de séjour des gens du voyage sur son territoire par la réservation, l'aménagement et la gestion de terrains destinés à cet accueil. Toutefois, plusieurs communes membres d'un établissement public de coopération intercommunale peuvent charger cet établissement public de réaliser un terrain d'accueil commun. »
« II. - Cet article est complété par les deux alinéas suivants :
« Les aires d'accueil prévues à l'alinéa précédent sont réalisées dans un délai de cinq ans à compter de la publication de la loi n° du relative aux conditions de stationnement des gens du voyage.
« Une convention conclue entre l'Etat, la région, le département et la commune d'accueil, ainsi que le cas échéant, un établissement public de coopération intercommunale compétent et tout autre organisme public définit les modalités d'aménagement des terrains ou des aires et conditionne la prise en charge des dépenses qui en résultent. »
Cet amendement est assorti d'un sous-amendement n° 13, présenté par le Gouvernement, et visant, à la fin de la seconde phrase du texte proposé par le I de l'amendement n° 6 pour le deuxième alinéa de l'article 28 de la loi du 21 mai 1990 à remplacer les mots : « peuvent charger cet établissement public de réaliser un terrain d'accueil commun », par les mots : « peuvent charger cet établissement public de cette obligation ».
Par amendement n° 1, M. Souvet propose, après les mots : « modalités d'aménagement de l'aire », de rédiger comme suit la fin du second alinéa du texte présenté par l'article 4 pour remplacer les deux derniers alinéas de l'article 28 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en oeuvre du droit au logement : « ainsi que les conditions de prise en charge des dépenses qui en résultent par les parties à la convention et par les utilisateurs ».
La parole est à M. Peyronnet, pour défendre l'amendement n° 6.
M. Jean-Claude Peyronnet. Il s'agit de réintroduire les dispositions principales de l'article 28 de la loi du 31 mai 1990, à savoir l'obligation de création d'aires d'accueil dans les communes de 5 000 habitants. J'ai entendu d'ailleurs que, même parmi ceux qui sont favorables à la proposition de loi, certains s'interrogeaient sur la suppression de ce seuil. Je crois qu'il est préférable malgré tout de maintenir cette contrainte.
L'amendement prévoit par ailleurs d'étendre la possibilité d'intervenir dans ce domaine aux établissements publics de coopération intercommunale.
Il fixe également un délai de cinq ans, qui n'existait pas et qui est assez long, pour la réalisation obligatoire des aires. Je crois qu'il est indispensable de fixer des délais.
J'ajoute - je l'ai dit dans mon intervention lors de la discussion générale - que c'est sans doute insuffisant malgré tout et qu'il faudrait des contraintes.
Monsieur le rapporteur, vous présentez les choses de façon un peu idyllique. Dans une construction intellectuelle, un tel dispositif fonctionne bien ; je ne suis pas sûr que, sur le terrain, il en soit de même.
M. le président. La parole est à M. le secrétaire d'Etat, pour défendre le sous-amendement n° 13.
M. Louis Besson, secrétaire d'Etat. Le Gouvernement appréhende quelque peu un aspect du texte présenté qui pourrait donner à penser que, si les communes s'associent et chargent une structure de coopération de réaliser une aire d'accueil, l'obligation légale serait satisfaite. Si une seule aire d'accueil était créée sur le territoire d'un groupement de communes pouvant regrouper jusqu'à plusieurs centaines de milliers d'habitants, je crois qu'elle serait absolument ingérable tant sa dimension serait importante.
Le Gouvernement souhaite donc qu'il soit inscrit dans la loi que cet établissement public peut être chargé de cette obligation, et non qu'il pourrait être chargé « de réaliser un terrain d'accueil commun ». Il prendrait alors les dispositions permettant de satisfaire au mieux l'obligation légale.
M. le président. Quel est l'avis de la commission sur le sous-amendement n° 13 ?
M. Jean-Paul Delevoye, rapporteur. Défavorable.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix le sous-amendement n° 13, repoussé par la commission.

(Le sous-amendement n'est pas adopté.)
M. le président. La parole est à M. Souvet, pour présenter l'amendement n° 1.
M. Louis Souvet. Il paraît nécessaire de faire clairement ressortir dans le texte de la convention, qui doit notamment fixer les modalités de prise en charge de l'aire d'accueil, que les dépenses pourront être couvertes non seulement par les parties à la convention, mais aussi, conformément à la pratique actuelle, par les utilisateurs eux-mêmes.
M. le président. Quel est l'avis de la commission sur les amendements n°s 6 et 1 ?
M. Jean-Paul Delevoye, rapporteur. Je voudrais rassurer M. Peyronnet : je ne nourris pas d'illusions. En revanche, je cultive quelquefois l'utopie, le rêve nous permettant d'envisager des quotidiens un peu difficiles !
M. Jean-Claude Peyronnet. Voyagez ! (Sourires.)
M. Jean-Paul Delevoye, rapporteur. Je rappelle simplement les propos que je tenais et que soutenait M. le secrétaire d'Etat : le système fonctionne dans certains endroits et pas dans d'autres ; il fonctionne quand on a réuni autour d'une table les nomades, les élus, les représentants de l'Etat et quelquefois les professionnels, ce que j'appelle l'ingénierie. Seule une telle rencontre permet de bien répondre aux besoins des uns et des autres.
La commission n'est pas favorable à l'amendement n° 6, qui maintient le seuil de 5 000 habitants, parce que le bilan dressé aujourd'hui prouve que ce seuil n'est pas du tout adapté.
Quant à l'approche intercommunale, elle nous paraît opportune.
Je rappelle que notre texte maintient l'obligation pour toutes les communes de concourir à la réalisation d'aires d'accueil et que c'est la réalisation de ces aires qui permettra de définir des aires d'interdiction.
Imposer un seuil de 5 000 habitants revient à aller à l'encontre de ce que disait Mme Beaudeau tout à l'heure. Cela implique que les nomades doivent non pas respecter leurs traditions et épouser les chemins que l'histoire ou la géographie leur ont tracés, mais choisir les villes de 5 000 habitants. Il convient au contraire de réfléchir au périmètre départemental, d'adapter la localisation des aires en fonction des besoins et des traditions de déplacement des gens du voyage.
C'est la raison pour laquelle la commission n'est pas favorable à l'amendement n° 6.
Avec l'amendement n° 1, M. Souvet pose un principe tout à fait important et tout à fait équitable.
L'une des clés de la réussite des expériences que nous avons pu analyser réside dans la dimension adaptée des aires - petite le plus souvent - dans le gardiennage, assuré par des personnes de même ethnie, dans l'accompagnement social, la scolarisation, et dans un contact permanent.
Une autre clé de la réussite, c'est le paiement d'une redevance par les utilisateurs. Quand cette obligation est associée au gardiennage et à l'accompagnement social, elle ne souffre pas de difficulté et elle contribue à la réussite ; elle est même à la source d'une relative pérennité dans les intallations.
La commission souhaiterait cependant le retrait de cet amendement, parce qu'il appartient à chacun de fixer la participation des uns et des autres en fonction des situations locales.
La commission soutient totalement le principe du paiement de l'utilisateur des aires d'accueil, mais elle souhaiterait que l'application en soit décidée au niveau local et ne soit pas fixée dans la loi.
M. le président. Monsieur Souvet, maintenez-vous votre amendement ?
M. Louis Souvet. Le fait que cela soit prévu dans la convention ne gêne en rien la négociation, monsieur le rapporteur !
Cela dit, je retire l'amendement, pour être agréable à la commission.
M. le président. L'amendement n° 1 est retiré.
Quel est l'avis du Gouvernement sur l'amendement n° 6 ?
M. Louis Besson, secrétaire d'Etat. Monsieur le président, si j'ai bien compris, l'amendement n° 6 ne pourra pas plus « prospérer » que le sous-amendement du Gouvernement. Je donne néanmoins mon opinion sur ce texte, pour être constructif.
Il me semble que, si le Sénat voulait adopter l'article 4, il conviendrait qu'il retienne l'un des aspects de l'amendement de M. Peyronnet, qui me semble important : le délai de cinq ans.
Si M. le rapporteur ne voyait pas d'objection à intégrer ce délai dans le texte de la commission, nous ferions un pas en avant dans la solution des problèmes posés par l'accueil des gens du voyage.
M. le président. Monsieur le rapporteur, accédez-vous à la demande de M. le secrétaire d'Etat ?
M. Jean-Paul Delevoye, rapporteur. Votre proposition, monsieur le secrétaire d'Etat, pourrait être acceptée car elle est intéressante, d'autant que vous avez fait part de votre volonté de concertation.
L'ensemble des parties prenantes pourraient accepter une contrainte de délai, mais seulement à partir du moment où les différents intervenants auraient pris un engagement précis. Ainsi pourrions-nous, dès à présent, entamer une réflexion avec la justice, la police, la gendarmerie, l'Etat, de façon à pouvoir concilier les points de vue.
Selon moi, il serait inéquitable d'imposer un délai de cinq ans aux collectivités locales sans que la population tsigane et l'Etat aient pris des engagements sur les responsabilités respectives de chacun. En revanche, à partir du moment où les parties seront directement concernées, il sera alors possible de prévoir un délai de cinq ans.
Je réaffirme, monsieur le secrétaire d'Etat, qu'il serait plus opportun, aujourd'hui, de s'appuyer sur la volonté de concertation exprimée par le Gouvernement et de nous y impliquer plutôt que de prévoir un délai précis de réalisation.
M. Louis Besson, secrétaire d'Etat. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le secrétaire d'Etat.
M. Louis Besson, secrétaire d'Etat. Je pense, pour ma part, que l'avis de la commission, tel qu'il vient d'être exprimé, n'est pas défavorable à la notion de délai. J'ai simplement retenu qu'elle souhaitait que, préalablement, je réponde à l'invitation d'engager une concertation.
Bien sûr, je ne puis dans l'immédiat donner une réponse à une question qui n'a pas été posée à mes collègues du Gouvernement, mais je peux prendre l'engagement, dans l'esprit de toutes mes interventions depuis le début de cette séance, monsieur le rapporteur, que je proposerai à mes collègues concernés de constituer ensemble un groupe de travail interministériel, dans lequel nous pourrions associer, outre les ministères que vous avez indiqués, éventuellement des représentants non seulement du Sénat et de l'Assemblée nationale, mais aussi de l'Association des maires de France, de l'Association des présidents de conseils généraux et des associations d'usagers concernés.
En effet, si l'on veut que tout le monde se responsabilise, il faut que tout le monde participe à la réflexion à laquelle vous nous conviez, monsieur le rapporteur.
M. Jean-Paul Delevoye, rapporteur. Tout à fait !
M. le président. La commission modifie-t-elle sa position, monsieur le rapporteur ?
M. Jean-Paul Delevoye, rapporteur. Monsieur le président, la fixation d'un délai ne saurait pour nous être que postérieure à la concertation et non pas préalable.
M. le président. Je vais mettre aux voix l'amendement n° 6.
M. Jean-Claude Peyronnet. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Peyronnet.
M. Jean-Claude Peyronnet. Tout d'abord, s'agissant du seuil de 5 000 habitants, je maintiens qu'il s'agit d'une contrainte et que, sans contrainte légale, il ne se passe rien ou pas grand-chose.
Par ailleurs, je crains que le rassemblement de communes, quelle que soit leur taille, dans un cadre intercommunal ne risque de cantonner les nomades dans les zones ultra-périphériques, ce qui aurait pour effet d'accentuer l'exclusion.
Il faudrait de plus qu'ils acceptent d'y séjourner, ce qui ne serait vraisemblablement pas le cas. Le problème ne serait donc pas résolu, parce qu'ils s'installeraient de façon sauvage au coeur des villes ou, en tout cas, à proximité des agglomérations.
Je maintiens donc mon amendement.
M. le président. Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° 6, repoussé par la commission.

(L'amendement n'est pas adopté.)
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'article 4.

(L'article 4 est adopté.)

Article 5



M. le président.
« Art. 5. _ Il peut être créé une commission consultative départementale des gens du voyage chargée d'évaluer les conditions d'application dans le département du schéma national défini à l'article premier et du schéma départemental prévu à l'article 28 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 précitée.
« La commission consultative établit chaque année un bilan d'application desdits schémas. Elle peut désigner en son sein un médiateur chargé d'examiner les difficultés rencontrées dans la mise en oeuvre de ces schémas et de formuler des propositions de règlement de ces difficultés. Le médiateur rend compte à la commission de sesactivités.
« La commission consultative est coprésidée par le représentant de l'Etat dans le département et par le président du conseil général. Elle comprend, en outre, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat, des représentants de la région, des représentants des communes et de leurs groupements, des représentants des services de l'Etat, des représentants des gens du voyage et des personnalités qualifiées. »
Par amendement n° 7, M. Peyronnet et les membres du groupe socialiste et apparentés proposent de rédiger comme suit cet article :
« Il peut être créé une commission consultative départementale des gens du voyage. Cette commission est chargée de donner son avis sur le projet de schéma départemental d'accueil des gens du voyage, d'évaluer son application et d'établir chaque année un bilan d'application du schéma. Elle peut désigner en son sein un médiateur chargé d'examiner les difficultés rencontrées dans la mise en oeuvre du schéma et de formuler des propositions de règlement de ces difficultés. Le médiateur rend compte à la commission de ses activités.
« La commission consultative est coprésidée par le représentant de l'Etat dans le département et par le président du conseil général. Elle comprend, en outre, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat, des représentants des communes et de leurs groupements, des représentants des gens du voyage et des personnalités qualifiées. »
Cet amendement est assorti d'un sous-amendement n° 14, présenté par le Gouvernement, et tendant à rédiger comme suit le début du premier alinéa du texte proposé par l'amendement n° 7 pour l'article 5 :
« A la demande du préfet, d'un maire d'une commune sur le territoire de laquelle existe une aire d'accueil ou d'une association membre de la commission consultative nationale des gens du voyage, il peut être créé... »
La parole est à M. Peyronnet, pour défendre l'amendement n° 7.
M. Jean-Claude Peyronnet. L'objet de cet amendement est non seulement de supprimer la référence au schéma national des gens du voyage, mais aussi d'élargir le rôle de la commission départementale, quand elle existe, à une mission d'avis sur l'élaboration et le suivi du schéma départemental.
Il faudrait que les associations soient incluses dans les personnalités qualifiées : cela ne figure pas dans le texte de notre amendement, mais pourrait faire l'objet d'un engagement de votre part, monsieur le secrétaire d'Etat. Vous-même et M. le rapporteur avez en effet indiqué que vous y étiez favorables.
J'ajoute brièvement que je regrette le retrait de l'amendement n° 1, qui émanait de la majorité sénatoriale, car je l'aurais voté.
M. le président. Nul n'est plus puissant que l'auteur de l'amendement en matière de retrait !
La parole est à M. le secrétaire d'Etat, pour défendre le sous-amendement n° 14.
M. Louis Besson, secrétaire d'Etat. Ce sous-amendement s'applique aussi bien à l'article 5 qu'à l'amendement n° 7.
Il tend à prévoir les modalités selon lesquelles la commission consultative départementale des gens du voyage pourrait être créée.
Le Gouvernement estime qu'elle peut l'être soit à la demande du préfet, s'il constate dans son département un certain nombre de difficultés, soit à la demande du maire d'une commune qui aurait réalisé une aire d'accueil et qui se rendrait compte des difficultés qu'il a à la gérer eu égard à une offre insuffisante dans le périmètre de celle-ci, soit à la demande d'une association reconnue à l'échelon national et membre de la commission consultative nationale des gens du voyage, qui pourrait avoir à formuler des observations.
M. le président. Dois-je comprendre, monsieur le secrétaire d'Etat, que vous déposez un amendement qui reprendrait le texte même du sous-amendement n° 14 mais qui s'appliquerait non plus à l'amendement n° 7 mais à l'article 5 lui-même ?
M. Louis Besson, secrétaire d'Etat. Absolument, monsieur le président.
M. le président. Je suis donc saisi d'un amendement n° 16, présenté par le Gouvernement, et tendant à rédiger comme suit le début de l'article 5 :
« A la demande du préfet, d'un maire d'une commune sur le territoire de laquelle existe une aire d'accueil ou d'une association membre de la commission consultative nationale des gens du voyage, il peut être créé... »
Quel est l'avis de la commission sur les amendements n°s 7 et 16, ainsi que sur le sous-amendement n° 14 ?
M. Jean-Paul Delevoye, rapporteur. La commission est défavorable à l'amendement n° 7 ainsi qu'au sous-amendement n° 14. Par ailleurs, elle n'a pas pu examiner l'amendement n° 16, puisque nous venons de le découvrir.
La commission souhaite en rester à son texte. A l'évidence cette commission consultative est très importante, mais elle n'a pas pour objet, parce que ce serait un peu délicat, de remettre en cause les schémas déjà élaborés et approuvés. De plus, cette commission, coprésidée par le président du conseil général et par le préfet, a vocation à émettre un avis, à être consultée, à servir d'instance de médiation.
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix le sous-amendement n° 14, repoussé par la commission.

(Le sous-amendement n'est pas adopté.)
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° 7, repoussé par la commission.

(L'amendement n'est pas adopté.)
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° 16, repoussé par la commission.

(L'amendement n'est pas adopté.)
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'article 5.

(L'article 5 est adopté.)

Article 6



M. le président.
« Art. 6. _ La section 1 du chapitre III du titre Ier du livre II de la deuxième partie du code général des collectivités territoriales est complétée par deux articles L. 2213-6-1 et L. 2213-6-2 ainsi rédigés :
« Art. L. 2213-6-1 . _ Dès la réalisation d'une aire d'accueil, le maire de la commune concernée ou les maires des communes membres d'un établissement public de coopération intercommunale qui a réalisé ladite aire d'accueil peuvent, par arrêté, interdire le stationnement des gens du voyage sur le reste du territoire communal.
« Art. L. 2213-6-2 . _ Lorsque le stationnement irrégulier de caravanes sur un terrain privé ou sur le domaine privé communal est de nature à porter atteinte à la salubrité, à la sécurité ou à la tranquillité publique, le maire peut saisir le président du tribunal de grande instance statuant en la forme des référés aux fins de faire ordonner l'évacuation desdites caravanes.
« L'assignation est, à peine d'irrecevabilité, notifiée au propriétaire, à l'usufruitier ou à tout autre titulaire d'un droit d'usage sur le terrain concerné. »
Sur l'article, la parole est à M. Souplet.
M. Michel Souplet. L'article 6 me plaît dans la mesure où il permet aux maires de décider par arrêté et d'interdire le stationnement en dehors des aires, ce qui est très bien.
Je ne suis pas juriste, mais mon bon sens paysan m'amène à faire part d'une réflexion à M. le secrétaire d'Etat.
M. Philippe Marini. Le bon sens paysan est redoutable !
M. Michel Souplet. Je paie des impôts, des taxes. Quand, dans mon village ou dans la ville de Compiègne, un policier m'inflige une amende de 240 francs parce je suis mal stationné, je la paie. Mais quand mon voisin demande au maire de faire enlever la caravane d'un gitan qui, stationnée devant chez lui, le gêne, le policier de mon village ne peut pas y aller. En effet, s'il y va et qu'il dresse un procès-verbal, on sait ce qu'il adviendra !
Je souhaite, par conséquent, que l'on me rassure en me disant que le maire, lorsqu'il aura décidé par arrêté d'interdire le stationnement, pourra très facilement obtenir la force armée pour faire dégager la voie. Pour l'instant, il est obligé d'avoir recours à un référé.
Je crains qu'il ne faille du temps pour obtenir une amélioration alors qu'il est urgent, dans certaines régions, d'accélérer les choses.

ARTICLE L. 2213-6-1 DU CODE GÉNÉRAL
DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES

M. le président. Je suis saisi de deux amendements qui peuvent faire l'objet d'une discussion commune.
Par amendement n° 8, M. Peyronnet et les membres du groupe socialiste et apparentés proposent de rédiger ainsi le texte présenté par l'article 6 pour l'article L. 2213-6-1 du code général des collectivités territoriales :
« Art. L. 2213-6-1. - Dès la réalisation des terrains ou des aires d'accueil des gens du voyage, le maire de la commune concernée ou les maires des communes membres d'un établissement de coopération intercommunale qui a réalisé ladite aire d'accueil peuvent, par arrêté, interdire le stationnement des gens du voyage sur le reste du territoire communal, sous réserve de l'application des dispositions du code de l'urbanisme relatives au camping et au stationnement des caravanes. »
Cet amendement est assorti d'un sous-amendement n° 15, présenté par le Gouvernement, et tendant à compléter in fine le texte proposé par l'amendement n° 8 pour l'article L. 2213-6-1 du code général des collectivités territoriales par les mots : « , ou sur le reste du périmètre intercommunal ».
Par amendement n° 2, M. Souvet propose, à la fin du texte présenté par l'article 6 pour l'article L. 2213-6-1 du code général des collectivités territoriales, de remplacer les mots : « sur le reste du territoire communal » par les mots : « sur le reste du périmètre intercommunal ».
La parole est à M. Peyronnet, pour présenter l'amendement n° 8.
M. Jean-Claude Peyronnet. Cet amendement a pour objet de préciser que les mesures d'interdiction prévues à l'article L. 2213-6-1 ne concernent pas le stationnement des caravanes régulièrement autorisé en application du code de l'urbanisme.
Cela dit, M. le rapporteur m'a dit en commission que le code de l'urbanisme prévoyait déjà une telle disposition. Je lui ai alors répondu que, s'il m'en convainquait lors du débat en séance publique, je retirerais cet amendement.
M. le président. Monsieur le rapporteur, allez-vous convaincre M. Peyronnet ?
M. Jean-Paul Delevoye, rapporteur. Nous partageons tout à fait la prudence de M. Peyronnet, qui souhaite éviter des excès de pouvoir des maires et faire en sorte que la proposition de la commission des lois ne puisse s'appliquer pour les terrains de camping.
La circulaire du 16 octobre 1991 qui a été adressée aux préfets définit deux facteurs principaux sur lesquels doit se fonder le contrôle de légalité : d'une part, les conditions générales d'accueil en fonction des besoins locaux et, d'autre part, dans le cas d'un groupement intercommunal, l'aire géographique desservie.
En outre - c'est le point important - la même circulaire précise que ne peut être pris un arrêté d'interdiction de stationnement sur des terrains privés permettant l'accueil des caravanes en application des prescriptions des articles R. 443-7 et R. 443-4 du code de l'urbanisme.
Il est donc d'ores et déjà admis que les dispositions de la loi du 31 mai 1990 s'appliquent sans préjudice de celles du code de l'urbanisme qui permettent un stationnement régulier sur les terrains privés.
Il faut néanmoins souligner, comme l'a rappelé dernièrement la jurisprudence du Conseil d'Etat, que la réglementation du camping et du stationnement en dehors des terrains aménagés permet à une commune de prendre, à l'occasion de l'élaboration du plan d'occupation des sols, des dispositions interdisant ou restreignant le camping ou le stationnement des caravanes. Cela signifie que la proposition qui est ici formulée et qui concerne les gens du voyage ne permet pas, par rapport aux recommandations de la circulaire d'octobre 1991 et du code de l'urbanisme, des excès de pouvoir des maires.
Je comprends tout à fait la prudence de M. Peyronnet et je partage même son souci, mais son amendement ne me paraît pas utile pour corriger les dérapages qu'il peut légitimement craindre sur le terrain.
M. le président. Monsieur Peyronnet, maintenez-vous votre amendement n° 8 ?
M. Jean-Claude Peyronnet. Je le retire, monsieur le président.
M. le président. L'amendement n° 8 est retiré.
En conséquence, le sous-amendement n° 15 n'a plus d'objet.
La parole est à M. Souvet, pour défendre l'amendement n° 2.
M. Louis Souvet. Cet amendement se justifie par son texte même.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Jean-Paul Delevoye, rapporteur. Il va de soi que, conformément aux règles de droit commun, l'arrêté du maire ne peut produire ses effets que dans la limite du territoire communal. Par conséquent, j'entends bien que, dans la pratique, à partir du moment où il y aura un périmètre intercommunal et où, comme le disait M. le secrétaire d'Etat, les aires seront en quantité suffisante dans le schéma départemental, la création des aires d'accueil engendrera ipso facto des zones d'interdiction.
Dans la pratique, le maire ne peut exercer sa responsabilité que sur le territoire communal. Il me semble que cet amendement doit donc être retiré.
M. le président. Monsieur Souvet, maintenez-vous votre amendement ?
M. Louis Souvet. Je le retire, monsieur le président.
M. le président. L'amendement n° 2 est retiré. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix le texte proposé pour l'article L. 2213-6-1 du code général des collectivités territoriales.

(Ce texte est adopté.)

ARTICLE L. 2213-6-2 DU CODE GÉNÉRAL
DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES

M. le président. Par amendement n° 9 rectifié, M. Peyronnet et les membres du groupe socialiste et apparentés proposent de rédiger ainsi le texte présenté par l'article 6 et pour l'article L. 2213-6-2 du code général des collectivités territoriales :
« Art. L. 2213-6-2. - Lorsque le stationnement irrégulier de caravanes est de nature à porter une atteinte grave à la salubrité, à la sécurité ou à la tranquillité publique, le maire peut saisir le président du tribunal de grande instance statuant en la forme des référés aux fins de faire ordonner l'évacuation desdites caravanes. »
La parole est à M. Peyronnet.
M. Jean-Claude Peyronnet. Cet amendement tend à préciser que le maire ne peut saisir le tribunal pour demander l'expulsion de caravanes stationnées sur un terrain privé qu'en cas d'atteinte grave à la sécurité.
Je n'ignore pas qu'il reviendra au juge de se prononcer sur le caractère grave ou non. Ce texte me paraît toutefois plus conforme à la jurisprudence habituelle. De ce point de vue, il serait donc plus satisfaisant de faire référence à la gravité de l'atteinte.
M. le président. Quel est l'avis de la commission ?
M. Jean-Paul Delevoye, rapporteur. La commission est défavorable à cet amendement, pour deux raisons. M. Peyronnet vient d'ailleurs lui-même de s'expliquer sur l'une d'elles.
La première concerne la différence entre « atteinte » et « atteinte grave ». Il n'est pas nécessaire, selon nous, de qualifier la nature de l'atteinte. C'est au maire qu'il appartiendra d'apprécier, à partir des éléments de fait, l'existence d'une telle atteinte. De plus, et c'est ce qui nous paraît important, l'appréciation se fera sous le contrôle du juge, qui déterminera si le maire a commis un excès de pouvoir ou si, effectivement, il y a bien atteinte à la sécurité ou à la tranquillité publiques.
La seconde raison me paraît plus importante. Ce texte ne doit en aucun cas constituer un recul en matière de protection de la propriété privée. Nous avons donc souhaité que le propriétaire reçoive une assignation afin qu'il puisse exposer au tribunal son point de vue et contester, le cas échéant, le motif d'ordre public invoqué par le maire.
Telles sont les raisons pour lesquelles la commission a émis un avis défavorable sur cet amendement et préfère en rester à son texte.
M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?
M. Louis Besson, secrétaire d'Etat. Le souci du Gouvernement est de bien faire ressortir l'esprit des dispositions qui seront prises.
Globalement, s'agissant de l'article 6, nous souhaitons que les besoins soient pris en compte à la bonne échelle, en l'occurrence le département. A ce niveau, si l'application de la loi s'impose aux autorités publiques, elle doit s'imposer aussi aux autorités de police et de justice. En effet, le respect de l'obligation de création d'aires d'accueil doit permettre d'empêcher le stationnement illicite. Dans l'esprit du Gouvernement, les deux choses sont liées.
S'agissant de la question de l'atteinte, à la salubrité, par exemple, le point de notre discussion qui est intéressant et qui restera dans le procès-verbal de nos travaux est l'adjectif « grave », qui traduit le souci de tenir compte de la spécificité du mode de vie des personnes concernées.
Prenons un exemple élémentaire : celui des sanitaires. Aujourd'hui, les caravanes sont pour la plupart équipées de toilettes chimiques. En l'absence de toilettes publiques, il ne faudrait pas considérer qu'il y a atteinte à la salubrité si ce dispositif adapté au mode de vie des gens du voyage existe.
Encore une fois, il est bon que nous précisions l'esprit de cette disposition, même si nous pouvons faire confiance au juge saisi pour apprécier, en dernier ressort, la réalité de la situation.
M. le président. Je vais mettre aux voix l'amendement n° 9 rectifié.
M. Louis Boyer. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Louis Boyer.
M. Louis Boyer. Une ambiguïté subsiste dans le texte. Fréquemment, les gens du voyage ont l'habitude de brancher leurs caravanes sur l'éclairage public. C'est très facile, il suffit de soulever une petite plaquette et quatre ou cinq caravanes peuvent alors avoir de l'électricité le temps de leur séjour. S'agit-il d'une atteinte grave ou non ?
M. Jean-Jacques Hyest. C'est du vol !
M. Jean-Paul Delevoye, rapporteur. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur.
M. Jean-Paul Delevoye, rapporteur. Mon cher collègue, il ne s'agit pas du tout d'une atteinte grave à la salubrité ou à la tranquillité publiques. Il s'agit plutôt de grivèlerie ou de vol, ce qui relève d'une autre procédure.
Votre remarque est judicieuse. Vous auriez même pu poser la question pour le branchement d'eau, etc. Mais l'amendement n° 9 rectifié n'a pas été conçu dans cet esprit.
M. Philippe Marini. Je demande la parole pour explication de vote.
M. le président. La parole est à M. Marini.
M. Philippe Marini. Je ne voterai pas cet amendement, car le texte de la commission me semble suffisamment précis : bien entendu, il s'agit d'une atteinte que le maire invoque et qui est soumise à l'appréciation du tribunal. Il ne faut pas confondre, comme je craignais de l'entendre voilà quelques instants dans le débat, les responsabilités du maire et celles du pouvoir judiciaire.
M. Jean-Paul Delevoye, rapporteur. Tout à fait !
M. Philippe Marini. Le maire soumet une situation et le président du tribunal décide, en son âme et consicence, en fonction de la loi et des données de fait qu'il est seul à pouvoir interpréter.
Dans ces conditions, le texte de la commission me paraît largement suffisant et il est tout à fait clair qu'il n'est pas utile de l'encombrer de dispositions supplémentaires.
M. le président. Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix l'amendement n° 9 rectifié, repoussé par la commission.

(L'amendement n'est pas adopté.)
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix le texte proposé pour l'article L. 2213-6-2 du code général des collectivités territoriales.

(Ce texte est adopté.)
M. le président. Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'ensemble de l'article 6.

(L'article 6 est adopté.)

Intitulé



M. le président.
La commission des lois propose de rédiger comme suit l'intitulé de la proposition de loi : « Proposition de loi relative aux conditions de stationnement des gens de voyage ».
Il n'y a pas d'opposition ?...
L'intitulé est ainsi rédigé.

Vote sur l'ensemble



M. le président.
Avant de mettre aux voix les conclusions du rapport de la commission des lois, je donne la parole à Mme Terrade, pour explication de vote.
Mme Odette Terrade. Je souhaite simplement indiquer, monsieur le président, que le groupe communiste républicain et citoyen s'abstiendra lors du vote sur l'ensemble du texte.
M. le président. La parole est à M. Peyronnet.
M. Jean-Claude Peyronnet. Monsieur le président, le groupe socialiste s'abstiendra également.
Voter contre ce texte serait non seulement inutile, mais encore tout à fait contraire à l'esprit qui a présidé à nos débats, tant il est vrai qu'il n'y a pas entre nous de divergences fondamentales sur le sujet.
Nous ne pouvons pas non plus voter ce texte, dans la mesure où nous le croyons inopérant. En l'espèce, il ne s'agit pas tant d'adopter de nouvelles dispositions que d'appliquer celles qui existent.
M. Jean-Jacques Hyest. Tout à fait ! Et c'est un principe général !
M. Jean-Claude Peyronnet. Au demeurant, Cela vaut autant pour les nomades que pour les maires. Les maires doivent en effet, pour leur part, satisfaire aux exigences de l'article 28 de la loi du 31 mai 1990.
Si l'on appliquait simplement la loi, on aurait déjà beaucoup avancé. C'est pourquoi légiférer une nouvelle fois est probablement un leurre.
Quitte à légiférer, il faudra le faire après d'amples discussions et de façon plus globale. Il conviendra de prendre en compte d'autres éléments que le stationnement ; je pense aux aspects sanitaires, aux problèmes sociaux, à l'éducation.
Monsieur le secrétaire d'Etat, si cette discussion a un intérêt, c'est de vous convaincre encore plus - car je pense que vous l'étiez déjà - de la nécessité d'agir d'une façon ou d'une autre dans ce domaine, la situation, dans certains départements, étant effectivement assez grave.
M. le président. La parole est à M. Marini.
M. Philippe Marini. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'Etat, mes chers collègues, dans mon propos initial, j'avais exprimé quelques interrogations.
Je me dois de dire que le déroulement des débats, les arguments échangés ainsi que vos réponses, souvent constructives, monsieur le secrétaire d'Etat, ont fait évoluer mon point de vue.
J'ai l'impression, au moment où s'achève cette discussion, que nous pouvons espérer que les principales mesures que nous avons préconisées, s'agissant en particulier des pouvoirs de police des maires et de la nécessité de les renforcer, rencontrent une large adhésion.
Je souhaite vivement, compte tenu des avancées ainsi réalisées, que l'Assemblée nationale puisse, dans les meilleurs délais, examiner les dispositions que nous nous apprêtons à voter. Elles le méritent, monsieur le secrétaire d'Etat, car, vous le savez aussi bien que nous, de très nombreux maires et élus, ainsi que beaucoup de nos concitoyens, attendent ce signal, qui sera sans doute de nature à apporter des apaisements.
Certes, la loi n'est pas tout, comme plusieurs de nos collègues l'ont fait valoir. Même si ce texte est susceptible de constituer une avancée, il ne sera pas en lui-même suffisant, car bien des décisions sont à prendre par les acteurs de terrain, les élus, les représentants des gens du voyage. L'esprit de responsabilité doit aussi faire des progrès, de même que la correspondance des devoirs et des droits.
Il n'en reste pas moins, monsieur le secrétaire d'Etat, que je souhaite vous voir soutenir la démarche qui a été engagée par le Sénat en appuyant l'inscription, aussi prompte que possible, de ce texte à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale.
M. le président. Personne ne demande plus la parole ?...
Je mets aux voix les conclusions du rapport de la commission des lois constitutionnelles, de législation, du suffrage universel, du règlement et d'administration générale sur les propositions de loi n°s 240 et 259 (1994-1995).

(La proposition de loi est adoptée.)5

ORDRE DU JOUR

M. le président. Voici quel sera l'ordre du jour de la prochaine séance publique, précédemment fixée au mercredi 12 novembre 1997, à seize heures et le soir :
Discussion du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 1998, adopté par l'Assemblée nationale (n° 70, 1997-1998).
Rapport (n° 73, 1997-1998) de MM. Charles Descours, Jacques Machet et Alain Vasselle, fait au nom de la commission des affaires sociales.
Avis (n° 79, 1997-1998) de M. Jacques Oudin, fait au nom de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation.
Délai limite pour les inscriptions de parole dans la discussion générale : mercredi 12 novembre 1997, à douze heures.
Délai limite pour le dépôt des amendements : mercredi 12 novembre 1997, à dix-sept heures.

Délai limite
pour le dépôt des amendements

Conclusions de la commission des lois sur la proposition de loi de M. Jacques Larché tendant à faciliter le jugement des actes de terrorisme (n° 72, 1997-1998).
Délai limite pour le dépôt des amendements : mercredi 12 novembre 1997, à dix-sept heures.
Personne ne demande la parole ?...
La séance est levée.

(La séance est levée à dix-huit heures.)

Le Directeur
du service du compte rendu intégral,
DOMINIQUE PLANCHON





QUESTIONS ORALES REMISES À LA PRÉSIDENCE DU SÉNAT (Application des articles 76 à 78 du réglement)


Politique des transports

115. - 6 novembre 1997. - M. Guy-Pierre Cabanel rappelle à M. le ministre de l'équipement, des transports et du logement que jamais la relation entre transport et croissance, communications et développement, n'a été aussi évidente qu'en cette fin du xxe siècle. La crise qui a secoué récemment le secteur des transports est à ce titre d'autant plus importante. Il apparaît dès lors indispensable de réfléchir à une réorganisation de ce volet essentiel de notre activité économique et sociale. La position de notre pays au carrefour stratégique des liaisons intracommunautaires impose des choix à faire partager à l'ensemble de nos partenaires. C'est en particulier dans le domaine des grands transports routiers et de ses incidences en matière d'environnement, d'aménagement du territoire et de libre circulation des biens et des personnes qu'il importe d'engager un vrai débat. Il pourrait déboucher sur un accord européen pour le développement du ferroutage en transit sur le territoire français. L'exploration de cette voie obligerait notamment la SNCF à se recentrer sur ses missions essentielles ferroviaires et plus particulièrement à réaliser les investissements nécessaires à ce type de transport combiné. Là n'est cependant pas la seule difficulté. En effet, le statut social des chauffeurs routiers nécessiterait lui aussi, pour le respect d'une concurrence équilibrée, la prise de décisions communes au niveau de l'Union européenne. Sur ces différentes hypothèses, il souhaiterait connaître son opinion et la détermination du Gouvernement à poursuivre l'effort global consenti par le pays pour l'organisation de son réseau de communication.