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SÉANCE DU 15 JANVIER 1998




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M. le président. La parole est à Mme Luc.
Mme Hélène Luc. Madame la ministre, acteurs d'un mouvement déterminé, digne et courageux, les chômeuses et les chômeurs sont en train d'ouvrir une porte d'espoir, une porte d'avenir pour eux et pour la France. (Murmures sur les travées du RPR.)
M. Philippe François. Avec la CGT !
Mme Hélène Luc. Derrière la froideur des statistiques, il y a les souffrances de ces visages, il y a ces détresses, ce sentiment insoutenable que la vie, le monde se referment sur soi-même et, le pire de tout, sur ses propres enfants.
La revendication numéro 1 des chômeurs, c'est trouver un emploi très vite ; sinon, comme le disent ces femmes dans le journal féminin Elle, « sans travail rapidement, on nous trouvera déjà trop vieilles ». C'est insupportable !
Aussi, quelle force - prenons-en toute la mesure, madame la ministre ! - dans ce cri pour relever la tête, dans cette lutte pour rester dignes et exiger des patrons l'emploi dont aucun être humain ne devrait être privé dans une société développée.
Avec les sénateurs du groupe communiste républicain et citoyen, je veux redire, comme je l'ai fait aux ASSEDIC de Choisy-le-Roi, tout ce que nous apportent ces femmes, ces hommes, ces jeunes qui ne veulent plus être exclus.
Le Gouvernement a apporté des premières réponses avec l'attribution de 1 milliard de francs aux fonds sociaux pour l'urgence, avec la reconnaissance de la situation et avec l'engagement d'un dialogue avec toutes les organisations agissant avec les chômeurs, qu'il ne faut pas compromettre par un recours injustifié aux forces de l'ordre.
Il faut aller plus loin - c'est la première partie de ma question - en augmentant les minima sociaux, la réponse ne pouvant être la contrainte budgétaire de la monnaie unique, car, avec le mouvement social, qui est le meilleur soutien pour le Gouvernement et sa majorité, nous devons et pouvons contraindre ceux qui refusent la solidarité : je pense au patronat, avec ses 416 milliards de francs de dividendes versés aux actionnaires alors que, dans le même temps, il licencie sans retenue et sabote la création d'emplois, ainsi qu'aux grosses fortunes, avec l'insolence de leurs milliards que nous proposons de taxer beaucoup plus par l'impôt.
Madame la ministre, pour briser le carcan du « tout à l'argent », pour faire réussir, comme le rediront les manifestants samedi, les orientations positives engagées pour l'emploi...
M. le président. Veuillez poser votre question, madame Luc.
Mme Hélène Luc. ... avec notamment les trente-cinq heures et les emplois-jeunes, comment allez-vous mobiliser audacieusement, nous vous le demandons, l'argent qui est disponible pour l'aide sociale, la croissance, la consommation, donc pour la création d'emplois ? (Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain et citoyen.)
M. le président. La parole est à Mme le ministre.
Mme Martine Aubry, ministre de l'emploi et de la solidarité. Madame le sénateur, vous avez raison sur les deux points essentiels par lesquels vous avez commencé : au-delà de l'égrènement que nous faisons depuis des années les uns après les autres des statistiques des chômeurs, des exclus, des RMIstes, des jeunes en difficulté, il y a d'abord des hommes et des femmes, ceux que nous entendons aujourd'hui et ceux que nous entendons derrière ceux qui sont dans la rue ou qui ont été amenés à occuper un certain nombre de lieux publics.
Nous savons aujourd'hui ce qu'est l'angoisse de ceux qui sont sans emploi : l'angoisse de perdre son emploi, l'angoisse d'avoir des enfants qui ne trouvent pas leur place, celle des jeunes qui ont l'impression que cette société ne veut pas d'eux.
C'est la raison pour laquelle nous savons tous aujourd'hui - et vous l'avez dit fortement - que, pour tous ceux-là, la priorité, c'est non pas l'assistance, mais l'emploi. J'y reviendrai dans quelques instants, car il faut aussi assister quand l'urgence est là, mais la priorité, c'est l'emploi.
Mme Hélène Luc. Ce sont les deux !
Mme Martine Aubry, ministre de l'emploi et de la solidarité. Absolument, ce sont les deux.
C'est pourquoi le Premier ministre, dès sa déclaration de politique générale, a dit combien l'emploi était la priorité numéro 1 du Gouvernement.
Nous avons relancé la consommation et, je l'espère, commencé à relancer la croissance. Les premiers chiffres sont là aujourd'hui : la consommation, qui était étale depuis le début de 1995, a commencé à reprendre ; nous avons eu 20 % de plus d'offres d'emplois au dernier trimestre de 1997 par rapport à l'année dernière, et moins 17 % de licenciements. Oh, il ne faut pas fanfaronner, tout cela est fragile, mais ce sont sans doute des premiers signes.
Nous avons aussi fait en sorte, vous l'avez rappelé, que des nouveaux emplois soient créés, notamment les 350 000 emplois-jeunes. Je serai d'ailleurs amenée, dès la fin du mois de janvier, à faire devant vous tous le bilan de ces premières créations d'emplois, qui ont permis au chômage des jeunes de diminuer de 2 % au mois de décembre.
Enfin, nous allons engager dans quelques jours le grand débat sur la réduction de la durée du travail, car nous savons tous que nous n'avons pas le droit de laisser cette piste de côté, même si elle est difficile, même si elle est délicate, même si elle doit entraîner beaucoup de discussions dans notre pays, pour que la solidarité prenne effet dans les entreprises et donne place à l'emploi.
Mais, vous l'avez dit aussi, l'emploi, cela prend du temps, et certains n'ont pas le temps d'attendre. D'où les cris et les mains tendues que nous constatons aujourd'hui.
Nous avons donc été conduits, depuis maintenant six mois, à préparer avec dix-huit ministres un programme triennal de lutte contre les exclusions, qui sera présenté au Parlement au printemps et qui doit viser non pas seulement à assurer les droits théoriques auxquels nous sommes tous très attachés - droit au logement, droit à la sécurité, droit à l'éducation, droit à l'emploi - mais à mettre en place des moyens pour avancer véritablement et rendre concrets ces droits.
Il y a aussi, vous l'avez dit, l'urgence sociale, l'urgence qui va nous amener, dans le cadre de cette loi, à revoir l'ensemble, la cohérence et l'articulation des minimas sociaux. Car nous savons aujourd'hui qu'il y a des trous, des passages brutaux d'un seuil à un autre, qui rendent la vie impossible.
Enfin, le Premier ministre a décidé la création d'un fonds d'urgence sociale de 1 milliard de francs. L'Etat montre ainsi qu'il est capable de faire ce signe de solidarité.
De la même manière que nous avons reconnu ce mouvement et ce qu'il signifie profondément pour ce pays et pour nous tous - car nous avons finalement tous échoué sur le chômage - nous devons y répondre fortement. Ce sera le cas grâce aux dernières mesures qui ont été annoncées et à celles qui sont en préparation avec le projet de loi contre les exclusions. Nous devons également faire fonctionner les services publics, vous le savez bien, notamment les ASSEDIC. Tout cela doit se faire correctement, dans la discussion, dans la concertation - c'est la méthode du Premier ministre - car nous ne pouvons pas accepter, dans notre pays, que des services ouverts au public ne puissent pas fonctionner dans de bonnes conditions.
M. Alain Vasselle. On a fait intervenir les CRS ! C'est cela, la concertation ?
Mme Martine Aubry, ministre de l'emploi et de la solidarité. Je terminerai en disant, madame Luc, que, comme vous, je pense que les chômeurs qui ont crié et nous ont tendu la main attendent aujourd'hui de nous la solidarité. Cette solidarité, l'Etat en a pris sa part dès maintenant, et il la prendra encore plus en vous présentant le projet de loi contre les exclusions.
J'espère que, dès cette semaine, dès demain, les présidents de conseils généraux qui, aujourd'hui, peuvent et doivent apporter, en vertu des attributions qui sont les leurs, une aide sociale à ceux qui souffrent le plus vont nous rejoindre...
Mme Hélène Luc. Ils le font déjà !
Mme Martine Aubry, ministre de l'emploi et de la solidarité... pour faire en sorte que cette solidarité soit totale et générale. (Applaudissements sur les travées socialistes, ainsi que sur celles du groupe communiste républicain et citoyen.)
Mme Hélène Luc. Il faut créer des emplois immédiatement, madame la ministre !

VIOLENCES URBAINES




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