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SÉANCE DU 5 MAI 1998




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ÉLOGE FUNÈBRE DE PIERRE LAGOURGUE,
SÉNATEUR DE LA RÉUNION

M. le président. Mes chers collègues, je vais prononcer l'éloge funèbre de Pierre Lagourgue. (Mme le garde des sceaux, Mmes et MM. les sénateurs se lèvent.)
Il avait une rare élégance d'âme, un sens aigu de la liberté et cette simplicité qui signale les grands hommes. Nous étions fiers et heureux de compter dans nos rangs Pierre Lagourgue, qui incarnait si bien notre assemblée.
C'est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris sa disparition brutale. Le 16 février dernier, nous avons perdu un collègue infiniment estimé et son île tant aimée s'est réveillée orpheline.
Peut-on, d'un mot, résumer une vie ? Certes non. Pourtant, s'il fallait n'en retenir qu'un pour éclairer celle de notre collègue de la Réunion, alors, sans hésiter, j'écrirais SERVIR, en lettres capitales. Le médecin a toujours servi les autres ; l'homme politique, le bien commun.
Pierre Lagourgue naît le 3 janvier 1921, à Sainte-Marie.
Après une scolarité au lycée Leconte-de-Lisle, ses études de médecine l'éloignent un temps de sa terre natale. Puis, docteur en médecine, il revient à la Réunion pour exercer en ville et à l'hôpital.
Devenu chef du service de radiologie du centre hospitalier départemental de Saint-Denis, il entre en politique en 1958, à l'âge de trente-sept ans.
Elu conseiller général du canton de Saint-Benoît, il est réélu six ans plus tard dans celui de Saint-Denis.
Porté à la tête du conseil général de la Réunion en 1967, il en assure, quinze ans durant, la présidence.
En 1983, s'ouvre une autre étape importante de son parcours politique : il entre au conseil régional, dont il devient vice-président, puis président, de 1986 à 1992.
En tant qu'élu local, Pierre Lagourgue concentre son action sur trois terrains qu'il juge prioritaires : la cohésion sociale de la population de l'île, les grandes infrastructures et le logement.
Pour briser un isolement géographique obstacle à la mobilité et aux échanges, il combat les monopoles en matière de liaisons aériennes et téléphoniques. C'est ainsi que l'arrivée des premiers vols charters à Gillot lui permet de faire bénéficier les îliens d'une baisse considérable des tarifs.
La construction et l'entretien d'un réseau routier plus performant s'inscrivent dans sa politique de développement des infrastructures pour favoriser les activités économiques et la circulation des personnes.
Il s'attaque à l'un des problèmes majeurs de la Réunion, le logement. C'est ainsi que 9 000 logements sociaux seront construits sous son autorité.
Soucieux de la cohésion de la population de l'île dans un contexte économique qui favorise les fractures, il oeuvre sans relâche pour la fraternité et l'entente entre les créoles et les « zoreilles », nom local des métropolitains.
Ardent défenseur de l'action à l'échelon départemental, il combat avec succès les projets de réforme visant à fusionner les assemblées locales en une assemblée unique.
Pierre Lagourgue est apprécié de ses concitoyens pour sa droiture et la transparence de son action. Ils savent qu'il n'a toujours qu'un seul discours et qu'un seul visage. Ils savent aussi que la Réunion a en lui le plus passionné et le meilleur des avocats.
Elu du sud de l'île, Pierre Lagourgue accède à la députation en 1978. Il va ainsi porter les intérêts de la Réunion à l'échelon national. En mars 1979, membre de la commission d'enquête sur le chômage, il appelle l'attention de tous sur la situation particulièrement dramatique des départements d'outre-mer dans ce domaine.
Le rôle du Sénat dans la représentation des collectivités locales, en particulier celles de l'outre-mer, lui fait briguer un mandat de sénateur.
Son indépendance politique, la confiance que les maires lui témoignent et sa capacité à faire émerger un consensus dans des circonstances politiques difficiles le conduisent à la Haute Assemblée en 1992.
Il rejoint le groupe de l'Union centriste et entre simultanément à la commission des lois et à la délégation du Sénat pour l'Union européenne.
Dès 1993, il est rapporteur pour avis du budget des départements d'outre-mer.
Dans ses fonctions, il déploie une activité inlassable pour resserrer les liens entre le territoire métropolitain et cette partie lointaine de la terre de France qu'est la Réunion.
Les problèmes sociaux sont au premier plan de ses préoccupations. Il se bat pour une égalité sociale avec la métropole pour ce qui est de l'éducation, du RMI ou encore du logement. Il plaide pour une fiscalité favorable à l'emploi.
Fervent partisan d'une décentralisation accrue, Pierre Lagourgue voit dans l'Europe un partenaire à privilégier pour les collectivités territoriales. C'est la raison pour laquelle il joue un rôle important, à l'échelon européen, à la présidence de la commission des îles européennes.
En 1995, Pierre Lagourgue intègre la commission des affaires sociales de la Haute Assemblée. Il s'y voit naturellement confier le rapport sur le budget social des départements et territoires d'outre-mer. Membre titulaire du comité directeur du Fonds pour l'emploi dans les départements d'outre-mer, il y poursuit son action dans le domaine social.
En mars 1997, la fonction publique réunionnaise est agitée de soubresauts qui conduisent bientôt à une paralysie totale de l'île. Jean-Jacques de Peretti, alors ministre délégué à l'outre-mer, fait appel à lui. Pierre Lagourgue se révèle un médiateur attentif et respecté qui contribuera notablement au dénouement de la crise.
L'ouverture, le dialogue, il ne se contente pas de les prôner, il les pratique au quotidien. Sans jamais rien renier de ses convictions, il se montre toujours un homme de conciliation et de paix. C'est au-delà des clivages politiques qu'il recherche toujours les meilleures solutions pour la Réunion.
Pour nous tous enfin, Pierre Lagourgue était un collègue unanimement apprécié. Il apportait à nos travaux son enthousiasme et une formidable fraîcheur d'esprit. Modeste, il n'ambitionnait ni lauriers ni honneurs. Aider les femmes et les hommes de son île à mieux vivre, c'était la raison de son combat !
Au nom du Sénat tout entier, j'assure de notre profonde sympathie ses amis réunionnais, ses collègues de la commission des affaires sociales et du groupe de l'Union centriste.
A sa femme et à ses enfants, je voudrais dire combien sincèrement nous nous associons à leur deuil.
Mme Elisabeth Guigou, garde des sceaux, ministre de la justice. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à Mme le garde des sceaux.
Mme Elisabeth Guigou, garde des sceaux. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, le Gouvernement s'associe à l'hommage rendu aujourd'hui par la Haute Assemblée à l'un des siens, décédé à l'aube de sa soixante-dix-huitième année.
Médecin, Pierre Lagourgue a toujours fait preuve d'un profond dévouement à l'égard de ses semblables et d'un grand attachement à l'île de la Réunion.
Elu pour la première fois au conseil général en 1958, il avait alors trente-sept ans, il en fut ensuite le président, de 1967 à 1982. C'est à cette date qu'il sera élu au conseil régional, qu'il présidera ensuite de 1986 à 1992.
Elu sénateur en 1992, Pierre Lagourgue avait rejoint le groupe de l'Union centriste et siégeait naturellement au sein de la commission des affaires sociales.
Au nom du Gouvernement, j'adresse à sa famille, à ses proches et à ses amis l'expression de mes sincères condoléances.
M. le président. Mes chers collègues, selon la tradition, nous allons interrompre nos travaux quelques instants en signe de deuil.
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à seize heures quinze, est reprise à seize heures vingt, sous la présidence de M. Paul Girod.)




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