Séance du 1er décembre 1999
M. le président.
« Art. 35. _ Le montant du prélèvement effectué sur les recettes de l'Etat au
titre de la participation de la France au budget des Communautés européennes
est évalué pour l'exercice 2000 à 98,5 milliards de francs. »
La parole est à M. le rapporteur spécial.
M. Denis Badré,
rapporteur spécial de la commission des finances, du contrôle budgétaire et
des comptes économiques de la nation. Monsieur le président, monsieur le
ministre, mes chers collègues, dans les annales de l'Europe, 1998 restera une
année exceptionnelle du fait de l'adoption d'une monnaie unique par onze Etats.
Ce fut un de ces événements chargés de sens qui modifient le cours de
l'histoire et justifient l'espérance.
Inversement, l'année 1999 ne devrait pas laisser un souvenir impérissable. Les
conclusions de l'Agenda 2000, comme l'adoption de la nouvelle programmation
financière pour la période 2000-2006, relèvent bien de compromis. Ces décisions
ont permis d'éviter les drames redoutés et, pour ce faire, elles ont un peu
contourné les difficultés. Elles ne sont donc pas marquées du signe de
l'audace, de l'audace qui prépare vraiment l'avenir.
Pourtant, les occasions, et même les appels à revenir à l'essentiel, ne
manquent pas. Je pense évidemment, en particulier, à l'élargissement, qui
devrait nous bousculer et qui nous presse d'apporter de solides réponses aux
questions fondamentales liées à la construction européenne : jusqu'où ? Pour
faire quoi ? Comment ?
Notre débat sur l'article 35 du projet de loi de finances - article qui fixe à
98,5 milliards de francs le prélèvement sur ressources représentant notre
contribution à un budget de l'Union lui-même assez terne - se situe donc dans
un contexte sans éclat, et je le regrette.
Plutôt que d'analyser le projet en détail, je vais limiter mon propos à
quelques observations de fond qui justifient de retenir notre attention. Je
m'arrêterai donc sur les discussions relatives à la fameuse question dite des «
soldes nets » et aux grands équilibres du budget, en commençant cependant par
un vrai sujet : celui des conditions de vote de ce budget.
Nous rappelons chaque année que, sauf à ouvrir une crise, notre vote est lié,
ce qui n'est pas bon. Mais il y a pire que cela. De nouvelles exigences du
Parlement européen vont alourdir la contribution arrêtée par notre projet de
loi de finances à 98,5 milliards de francs. Le Parlement européen demande en
effet - c'est le jeu de la codécision - une réévaluation de 3,5 milliards
d'euros du projet de budget européen retenu par le Conseil, lequel était
sagement en retrait d'un milliard d'euros par rapport à l'avant-projet préparé
par la Commission.
Ces 3,5 milliards d'euros d'augmentation demandés par le Parlement européen
représentent 3,5 milliards de francs de contribution supplémentaire pour la
France, ce qui portera à 102 milliards de francs le prélèvement sur ressources
à prendre en compte dans notre projet de loi de finances. Notre contribution
aura ainsi progressé de 9 % par rapport à celle de 1999, qui avait finalement
été arrêtée non pas à 95 milliards de francs, comme nous l'avions votée, mais à
93,5 milliards de francs, les 95 milliards de francs apparaissant clairement
comme faisant la part d'un certain nombre de provisions.
Mes chers collègues, nous sommes appelés à voter un prélèvement sans pouvoir
vraiment le refuser et en sachant cette année qu'il est sous-estimé.
Le nouvel accord interinstitutionnel confirme que le Parlement européen
dispose de marges de manoeuvre pour augmenter les crédits retenus par le
Conseil. Le jeu institutionnel actuel se déroule donc normalement. Cette
procédure ne convient plus. Elle mène à l'irresponsabilité - ou au moins à des
risques d'accusation d'irresponsabilité - et certainement pas à la
transparence. Nous qui voulons gérer avec la plus grande rigueur la dépense
publique, nous qui assumons notre responsabilité, qui est aussi de voter
l'impôt, nous ne pouvons pas ne pas nous interroger lorsque nous voyons qu'ici
ce sont des assemblées différentes qui sont appelées à voter les recettes - les
parlements nationaux - et les dépenses - le Parlement européen.
Sur de telles bases, l'Europe démocratique, l'Europe des citoyens que nous
appelons de nos voeux a des progrès à faire. Quelle démocratie laisserait son
Parlement augmenter les charges sans assumer les conséquences politiques de ses
choix ?
Ce cri d'alarme, je l'exprime parce que je crois en l'Europe, parce que je
veux voir se poursuive la construction d'une union politique qui est exemplaire
et qui entend compter dans le monde. Alors il est urgent de progresser aussi
sur la question de la nature du budget. Le débat institutionnel qui est ouvert,
monsieur le ministre, doit faire toute sa place à cette question, question
pratique, question de tous les jours, mais également question au moins aussi
politique que les autres.
J'en viens aux réflexions sur la question des soldes nets, chère à certains
Etats membres.
Nous ne pouvons pas ne pas écouter les pays qui ont déclenché ce débat et qui
estiment que l'Europe leur coûte trop cher ou qu'elle ne leur rapporte pas
assez. Ces réactions qui sont manifestement anti-européennes ou qui ne sont pas
directement marquées par l'esprit européen, sont d'autant plus vives que rien
ne vient rassurer ces Etats membres quant aux conséquences budgétaires de
l'élargissement de l'Union. Voilà bien un de ces sujets que l'on évite
soigneusement, car il pourrait fâcher !
Le rapport que j'ai eu l'honneur de signer sur ce sujet en 1996 - voilà déjà
trois ans ! - analysait les dépenses budgétaires liées à l'élargissement,
lesquelles, je le démontrais, pouvaient assez largement être contenues, pour
peu que s'exprime une volonté politique forte de profiter de l'opportunité de
l'élargissement pour revoir certaines politiques.
Ce rapport décrivait aussi les retours souvent économiques plus que
budgétaires dont allaient bénéficier la plupart de nos Etats du fait de
l'élargissement.
Ce type de logique - retours économiques sur investissement budgétaire -
montre bien qu'un investissement budgétaire peut produire un retour économique.
Le solde net est alors difficile, voire impossible, à calculer. Il n'a plus de
sens.
La logique du juste retour n'est au demeurant pas du tout dans l'esprit
européen, lequel nous appelle non seulement à faire mieux ensemble que ce que
nous aurions fait moins bien séparément, mais aussi à faire dans l'Union des
choses qu'aucun Etat n'aurait fait seul. Je parle, par exemple, de ce que l'on
pourrait appeler la production de paix, la production de liberté, la production
de droits de l'homme, la production de démocratie.
Par définition, le chacun pour soi ne sert pas l'Union. Il faut choisir : si
l'on décide d'agir ensemble, c'est que cela représente un progrès et que l'on
est prêt à en payer le prix. C'est tout le débat sur la souveraineté que
j'aborde au passage, mais j'en resterai là.
Politiquement irresponsable, le débat sur les retours nets est également sans
fondement, ni comptable ni économique.
On compare en effet des réalités qui ne sont pas comparables : 85 % des
recettes proviennent des contributions nationales - cela diminue chaque année
-, mais 75 % environ seulement du budget est redistribué pour être affecté
géographiquement dans tel ou tel Etat. En moyenne, le solde net est donc
négatif - moins de redistribution que d'apport -, du seul fait qu'il existe des
politiques qui servent directement l'Union et non ses membres. C'est la logique
de la construction européenne. Il est donc normal que l'on redistribue moins
que ce que l'on collecte.
N'oublions pas que le solde du Royaume-Uni dépend du taux de change entre
l'euro et la livre. Les conditions d'exécution des différentes politiques sont
diverses. La dépense agricole s'exécutant mieux que d'autres, la France profite
davantage de celle-ci et se retrouve, de ce fait, en situation moins favorable
au jeu des soldes nets.
Inversement, la Belgique et le Luxembourg oublient de comptabiliser les
retombées de toutes sortes de l'installation d'institutions de l'Union sur leur
territoire.
Les liens commerciaux de l'Allemagne avec l'Europe centrale font davantage
profiter ce pays des programmes PHARE, même si ceux-ci apparaissent à l'Est.
Plus généralement, les politiques structurelles sont souvent mises en oeuvre
avec le concours d'entreprises venant d'autres Etats membres que l'Etat qui en
bénéficie directement.
Les droits de douane perçus aux frontières de l'Union et qui constituent une
ressource propre devraient être exclus du calcul des soldes, et l'« effet
Rotterdam » est bien connu.
On pourrait multiplier les exemples qui ruinent la crédibilité de l'analyse
des soldes nets.
Monsieur le ministre, nous avons dit « Europe politique », nous avons dit «
Union ». Là encore, quelques progrès restent à faire pour que l'Union devienne
réalité. Les pères de l'Europe ne nous ont pas engagés dans cette aventure
extraordinaire pour qu'elle s'enlise dans des discussions de
copropriétaires.
En fait, les contributions des Etats correspondent assez bien à leurs
capacités contributives, le cas du Royaume-Uni mis à part. Si des écarts entre
les contributions nettes existent, ils s'expliquent par la structure des
dépenses européennes, lesquelles résultent pour l'essentiel, nous le savons, de
deux politiques historiques qui ont été consacrées par les traités et qui ont,
l'une et l'autre, un sens profond : la politique agricole commune et la
politique de cohésion.
Nous savons à qui chacune d'elles profite, mais c'est là encore un choix
initial consacré par les traités que l'équilibre actuel du budget traduit très
naturellement. Il ne faut donc pas s'en étonner ; nous l'avons voulu.
Cela dit, des redéploiements peuvent et doivent aujourd'hui intervenir, si
nous ne voulons pas manquer les grands rendez-vous de l'Europe avec l'histoire.
J'évoque ainsi dans mon rapport - et j'y reviens - les problèmes posés par
l'élargissement, qui sont maintenant devant nous, ainsi que l'absence, dans le
budget européen, des moyens de régulation qui pourraient être nécessaires pour
contrer, au sein de l'union monétaire, les effets d'éventuels chocs
asymétriques, nous l'avons déjà dit, et c'est un sujet qu'il ne faut pas
traiter par le mépris. Rien de tout cela ne figure dans la programmation de
Berlin, et c'est regrettable.
Des Polonais me faisaient récemment part de leur inquiétude, face à ce qu'ils
perçoivent comme des tergiversations, voire des hésitations de notre part. Ils
se sentent aussi européens que nous et ils ont le sentiment d'avoir un peu
payé, pendant un demi-siècle, le prix de notre prospérité et de notre
liberté.
M. Philippe Marini,
rapporteur général de la commission des finances, du contrôle budgétaire et
des comptes économiques de la nation. Très bien !
M. Denis Badré,
rapporteur spécial. L'élargissement ne peut être une simple rubrique
budgétaire ni même une politique parmi d'autres. L'élargissement, c'est ce qui
donne sens et portée à une construction européenne qui appelle les peuples,
tous les peuples, de notre continent à rejoindre progressivement un projet
commun, un projet qui rende contagieuses la paix et la liberté. A terme, et
comme ce fut toujours le cas, l'élargissement sera bénéfique pour tous, anciens
et nouveaux membres, sur le plan de la prospérité comme sur celui de la
sécurité.
Traiter à fond les problèmes qui se posent, c'est l'intérêt de tous et c'est
toujours ainsi que, pragmatiquement, l'Union européenne a progressé. Faisons-le
cependant sans frilosité. Ce ne serait ni efficace, ni, surtout, digne de ce
que nous avons fait jusqu'à présent, ni digne de nos ambitions.
Dans ces conditions de bouclage un peu rapide en application de nouvelles
perspectives peu satisfaisantes, le projet de budget européen pour 2000 ne
pouvait pas être excellent malgré des circonstances plutôt favorables.
Celles-ci tiennent d'abord au redémarrage de l'économie européenne, qui vient
beaucoup de l'assainissement budgétaire réalisé au niveau de chaque Etat membre
pour entrer dans l'union monétaire.
C'est bien l'Europe qui a fait prévaloir partout une sagesse budgétaire dont
chacun se trouve bien ! La reprise vient aussi de l'euro lui-même et de la
réduction des taux d'intérêt qui a accompagné sa mise en place. Cela aussi, il
faut en créditer l'Europe et il faut le dire.
L'Europe peut apporter la sagesse à ses membres. L'Europe a certainement
contribué à la reprise de la croissance dans le monde. L'Europe a protégé ses
membres contre les crises financières des deux dernières années. Sachons aussi
louer l'Europe lorsque c'est le cas, alors qu'en général nous l'utilisons
plutôt comme le bouc émissaire de tous nos maux.
J'en reviens à mon dernier point, beaucoup plus particulier, celui des crédits
structurels.
Un élément « favorable » vient alléger les crédits inscrits au budget : le
montant des crédits d'engagement liés aux dépenses structurelles diminue ! Bien
entendu, je m'en félicite, mais il faut rappeler que les mêmes avaient
progressé de 16 % l'an dernier pour « solder » les engagements d'Edimbourg, ce
que nous avions fortement dénoncé !
Aujourd'hui, comme prévu ou redouté, les restes à liquider atteignent 45
milliards d'euros, ce qui représente un an et demi de dépenses structurelles ou
encore la moitié du total du budget annuel européen. Ce n'est pas admissible,
alors que la rigueur est prêchée dans chaque Etat.
J'ai déjà indiqué les années précédentes ce que je pensais des politiques
structurelles. Je n'y reviens pas ici, même si une réflexion de fond reste
nécessaire sur ce sujet.
Je note simplement que l'augmentation du budget de 1999 était justifiée par la
progression des crédits de cette rubrique, alors que leur réduction, cette
année, loin d'être à l'origine d'un tassement de l'ensemble, permet au
contraire, en les masquant, des augmentations sur la plupart des autres
chapitres, sans trop d'augmentation de l'ensemble.
Ce projet de budget pour 2000 active ainsi à nouveau le mécanisme d'une
inflation des restes à liquider, dont la programmation décidée à Berlin porte
ou confirme le germe. Les engagements inscrits ne sont en effet couverts en
crédits de paiement qu'à hauteur de 30 %. Nous avons un budget à crédit. Nous
retrouvons là le défaut d'ensemble de politiques structurelles qui restent
évaluées beaucoup plus par le montant des crédits dépensés que par des
objectifs à atteindre.
Je terminerai par deux notes positives.
En relançant l'effort réalisé pour promouvoir les réseaux européens, ce projet
de budget sert l'Europe, mais également l'emploi. Construire l'Europe ; servir
l'emploi : qui pourrait être contre ?
Mon second sujet de satisfaction tient au financement consacré à la
reconstruction des Balkans. Sur ce point, nous sommes évidemment tous
d'accord.
Ce rapide tour d'horizon m'a amené à dénoncer les risques auxquels la
poursuite du débat sur les soldes nets expose l'Union. Il a souligné la
nécessité de recaler les politiques structurelles sur le fond et au plan
budgétaire. Il a surtout montré que, avec la disparition progressive des vraies
ressources propres, on ne peut plus faire semblant de ne pas voir le principal
défaut du système budgétaire européen actuel.
Comment parler de progrès de la démocratie de l'Union tant que celle-ci
disposera d'un budget dont les recettes et les dépenses sont votées par des
autorités différentes ?
La procédure étant ce qu'elle est, je l'ai dit, nous ne pouvons pas ne pas
voter l'article 35 du projet de loi de finances qui fixe à 98,5 milliards de
francs notre contribution à ce budget. Mais, pour toutes les raisons que je
viens d'indiquer, nous ne pouvons pas ne pas crier gare tant qu'il en est
encore temps. L'Union a suffisamment grandi pour mériter un vrai budget.
En appelant à voter cet article, je demande aussi que soit d'urgence lancée
une réforme de fond de la pratique actuelle, devenue totalement
inappropriée.
Il en est encore temps.
L'Europe a toujours progressé pragmatiquement ; elle a toujours su traiter les
vrais problèmes en leur temps et à l'heure voulue. Il arrive qu'une avancée
prophétique soit utile. Nous sommes à cette date. Aujourd'hui, une avancée
prophétique est nécessaire dans le domaine budgétaire.
Le temps des ajustements au fil de l'eau est dépassé.
C'est parce que je crois passionnément en l'Europe que, malgré tous les
défauts que je viens de dénoncer - et je l'ai fait parce que j'aime l'Europe -
je vous demande, mes chers collègues, de voter cet article 35. Mais c'est pour
éviter une crise européenne dont la France porterait la responsabilité que je
vous le demande.
Mais c'est pour éviter à terme une crise autrement grave que je viens de
m'arrêter sur des défauts qu'il nous faut regarder en face et que nous devons
corriger.
Monsieur le ministre, il vous faut demander que les réformes institutionnelles
engagées concernent aussi le budget européen. Ce sera difficile et il y faudra
une ferme volonté politique. Mais ce peut être l'opportunité de revenir à
l'essentiel et d'apporter des réponses solides à de vraies questions.
Pour rester à cet « essentiel », je veux conclure en vous faisant partager
l'émotion que j'ai ressentie le jour anniversaire de la chute du Mur en
écoutant Bronislaw Geremek dire qu'il ne peut y avoir d'engagement politique
qui ne comporte une part de rêve ou d'utopie, et que la Pologne, aujourd'hui,
apporte à l'Europe la démonstration que le rêve peut devenir réalité.
Puissions-nous méditer cette réflexion qui me semble de nature à remettre
l'élargissement dans sa vraie perspective et à donner un souffle nouveau à
notre engagement politique, qui en a sans doute bien besoin aussi.
(Applaudissements sur les travées de l'Union centriste, du RPR, des
Républicains et Indépendants, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
M. Philippe Marini,
rapporteur général de la commission des finances, du contrôle budgétaire et
des comptes économiques de la nation. Excellent !
M. le président.
La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Marini,
rapporteur général de la commission des finances, du contrôle budgétaire et
des comptes économiques de la nation. Monsieur le président, monsieur le
ministre, mes chers collègues, notre rapporteur spécial, Denis Badré, vient
très brillamment de rappeler que nous allons être dans l'obligation de voter ce
matin la contribution de la France au budget européen.
Pour ma part, je voudrais tout d'abord, dans cette brève intervention,
exprimer l'indignation des parlementaires devant les atteintes à la démocratie
représentative dont témoigne toujours la procédure budgétaire européenne.
Il est plus que temps, monsieur le ministre, au moment où se préparent de
nouvelles avancées institutionnelles, de penser aux mécanismes et aux
procédures qui seraient de nature à faire progresser réellement la
démocratie.
Nous avons d'ailleurs été nombreux, au fil du temps, à proposer, pour
équilibrer les institutions européennes, l'instauration d'un Sénat européen,
représentant les parlements nationaux, qui pourrait, notamment en matière
fiscale, dans le nécessaire chemin vers l'harmonisation, jouer tout son rôle.
Cette proposition n'a pas été traitée comme elle le méritait ; il faudra bien
la reconsidérer un jour, monsieur le ministre.
Nous devons aussi oeuvrer dans le sens d'une rationalisation du
parlementarisme européen.
En matière budgétaire, dans le contexte des efforts qu'il faut consentir en
vue de limiter la dépense publique, l'asymétrie est particulièrement choquante
entre les prérogatives dont dispose le Parlement européen et les pouvoirs des
parlements nationaux.
Il faut cesser, M. le rapporteur spécial l'a dit, d'autoriser le parlement
européen à augmenter des charges dont, en vérité, nous assumons seuls la
responsabilité.
Mais l'Europe, pour le budget de la France, ce n'est pas seulement une
contribution considérable que nous sommes tenus de verser, c'est aussi un
chemin de progrès. C'est l'application du pacte de stabilité et de croissance.
C'est le cheminement vers l'édification d'une zone économique intégrée au sein
de notre continent, cette zone économique intégrée qui doit être le support de
l'euro. Vous savez, monsieur le ministre, que cela implique, pour les temps à
venir, des efforts réels vers la convergence fiscale.
Sur ce dernier point, monsieur le ministre, je suis de ceux qui ne cessent de
dire que l'unification monétaire de l'Europe réclame un mécanisme de
surveillance des situations budgétaires. Je me souviens que vous avez montré
quelques réticences sur ce sujet et posé quelques conditions.
Finalement, vous vous êtes rallié à cette solution de bon sens. Mais ce
ralliement n'est-il que de principe ? Ne faut-il pas aller plus loin ? Ne
faut-il pas vraiment prendre au sérieux le pacte de stabilité et de croissance
dans toutes ses implications et ses conséquences ?
La logique du pacte est, au fond, de permettre une politique budgétaire
ménageant les marges de manoeuvre nécessaires pour affronter de nouveaux cycles
de l'économie ; en d'autres termes, il faut que les pays européens liés par le
pacte puissent dégager, dans les périodes fastes, des excédents de financement
ou, du moins, réduire dans des conditions suffisantes leur déficit, pour faire
face aux périodes moins fastes qui ne manqueront pas de se présenter.
Le vent tournera en économie comme il l'a toujours fait. C'est pour cela que
nous devons tendre rapidement, en France, vers des finances publiques
équilibrées, voire excédentaires, compte tenu de cette belle croissance dont
nous nous réjouissons tous et dont votre gouvernement, monsieur le ministre, ne
fait pas l'usage qu'il faudrait.
Vous ne prenez pas le chemin du respect de cette discipline indispensable à
laquelle, notamment, nous appelle l'Europe. Lors des débats que nous avons eus
avec M. Sautter et M. Pierret ces derniers jours, nous avons largement évoqué
les insuffisances de votre politique des finances publiques.
Permettez-moi, monsieur le ministre, de vous rappeler les immenses efforts qui
ont été consentis par notre pays au fil des années, sous plusieurs
gouvernements successifs, pour parvenir à la création de l'Union économique et
monétaire, pour construire l'euro, pour rassembler petit à petit,
graduellement, les conditions de cet espace intégré monétaire, budgétaire et,
nécessairement un jour ou l'autre, fiscal.
La voie de l'effort a été aussi celle de la croissance. L'euro a été un
facteur de croissance par l'amélioration des conditions de financement, par la
baisse des taux d'intérêt qu'il a engendré. L'euro est un élément objectif qui
devrait concourir à l'amélioration de nos finances publiques.
Cela étant dit, faut-il simplement s'en remettre à la conjoncture mondiale ou
européenne ? Ne faut-il pas faire preuve de plus de volontarisme ? C'est là,
monsieur le ministre, que nos voies se séparent. Plutôt que de faire confiance
aveuglément aux mécanismes de la croissance venue d'ailleurs, le Gouvernement
serait bien inspiré d'éviter de nous placer, pour demain et après-demain, dans
une dynamique excessive de la dépense publique, d'empiler ainsi les
emplois-jeunes, la compensation des charges sociales issues de la réduction du
temps de travail, sans compter les charges qui en résulteront inévitablement
lorsque ce principe s'appliquera à la fonction publique.
Encore faudrait-il avoir véritablement la volonté de préparer l'avenir et de
procéder aux réformes structurelles sans lesquelles la maîtrise des dépenses
publiques n'est qu'une illusion et sans lesquelles la confiance que nous
voulons inspirer à l'extérieur ne saurait être que volatile et momentanée.
Cette réorientation politique suppose du courage, suppose des explications
claires et franches à l'opinion publique, mais c'est la seule politique qui
permettra de libérer des ressources pour une croissance durable et plus
dynamique. Celle-ci, à son tour, rendra possible dans l'ensemble de l'Union, en
tout cas dans la zone euro, la décrue décisive du chômage et l'augmentation de
l'emploi et de l'activité.
A la vérité, monsieur le ministre, c'est encore l'Europe, par la construction
institutionnelle que nous nous sommes donnée, qui nous appelle à réduire la
charge de nos prélèvements obligatoires. Ces derniers, vous le savez, ont
atteint en France le niveau historiquement le plus élevé.
Tout récemment, la commission des finances a pris connaissance d'un rapport
que j'avais l'honneur de lui présenter sur la concurrence fiscale. Celle-ci,
bien entendu, n'est pas seulement européenne, mais elle a plus d'importance
dans le contexte européen, et l'Union ne pourra pas, durablement, comprendre
des territoires qui ne partagent pas les mêmes conceptions en ce qui concerne
l'impôt sur les sociétés, l'impôt sur le revenu ou l'impôt sur le
patrimoine.
Sur ce point, monsieur le ministre, je voudrais déclarer, à titre purement
personnel, qu'il me semble inévitable d'abandonner en cette matière la règle de
l'unanimité, qui est totalement paralysante, qui fige toute vraie tentative
d'harmonisation, notamment en ce qui concerne les assiettes les plus mobiles,
c'est-à-dire la matière fiscale, qui se délocalise en fonction de la
compétitivité des territoires. Mais, à cette modification, il faudra une
contrepartie institutionnelle : l'association des parlements nationaux au sein
du Sénat européen, que j'évoquais au début de mon intervention.
Je voudrais aussi lancer une mise en garde : l'exception fiscale française ne
saurait perdurer, comme le Gouvernement le voudrait, sans mettre en péril notre
vitalité économique même et notre avenir.
Je n'ai pas seulement à l'esprit la fuite - combien regrettable ! - de
certaines activités aisément délocalisables. Je pense, par exemple, à un
événement récent : la localisation aux Pays-Bas du siège de la holding du
nouveau groupe EADS issu de la fusion d'Aérospatiale-Matra et de DASA, groupe
dans lequel, ce dont le gouvernement français s'enorgueillit, l'Etat a encore
une participation importante. Et cette décision, vous l'avez approuvée en tant
qu'actionnaire.
Je suis préoccupé par le handicap de compétitivité que représentent, pour
notre économie et nos entreprises, les prélèvements excessifs.
J'ai enfin pour souci le sort des agents économiquess de notre pays, qui
risquent de payer cher l'équation que vous nous proposez : une dépense publique
toujours en expansion et une concurrence fiscale non maîtrisée, conduisant à
surtaxer les contribuables qui ne peuvent s'évader, ceux qui correspondent aux
assiettes fiscales les moins mobiles.
Comme cela a déjà été dit dans cet hémicycle, nous ne pouvons plus, en tant
que parlementaires, si nous voulons être responsables de nos propos, aborder la
question des finances publiques et de leur gestion sans la situer, notamment,
dans ses dimensions européennes. Il est d'ailleurs assez étonnant qu'aucun
texte financier à caractère normatif, aujourd'hui, ne nous conduise à nous
prononcer sur les déficits publics au sens que leur donne le traité de
Maastricht. C'est là une réflexion qui, à mon avis, vaut pour la nécessaire
réforme de l'ordonnance organique de 1959 sur les lois de finances.
Nous devons plaider sans relâche, monsieur le ministre, dans cette phase
préparatoire des nouvelles évolutions institutionnelles de l'Union, afin que
les futures réformes permettent de recadrer les responsabilités du Parlement
européen. Mais il nous faut aussi être mieux à même de prendre la messure de
l'impact budgétaire des choix européens. Cela imposera des modernisations, et
j'en reviens à cette idée d'associer davantage les parlementaires nationaux,
via le Sénat européen mais aussi, sans doute, par le biais de certaines
modalités qui sont à trouver, de manière qu'ils prennent leur part aux travaux
normatifs, législatifs, du Conseil de l'Union européenne.
Monsieur le ministre, vous ne pouvez pas plus que nous vous abstraire de cette
dimension européenne qui est un fait de notre époque, car conjuguer nos
engagements européens dans le sens de la dynamique, de l'activité et de la
croissance, c'est véritablement servir les intérêts nationaux de la France et
renforcer notre souveraineté.
(Applaudissements sur les travées du RPR, des
Républicains et Indépendants et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines
travées du RDSE.)
M. le président.
La parole est à M. le président de la délégation du Sénat pour l'Union
européenne.
M. Hubert Haenel,
président de la délégation du Sénat pour l'Union européenne. Monsieur le
président, monsieur le ministre, mes chers collègues, comme chaque année, le
Parlement est appelé à approuver la contribution de la France au budget des
Communautés européennes. C'est un moment que je crois important, tout en ayant
conscience du caractère convenu de l'exercice.
En votant l'article 35 du projet de loi de finances, nous allons simplement
prendre acte du montant de la participation de la France au budget européen,
estimée à 98,5 milliards de francs pour l'exercice 2000. Mais ce prélèvement
sur recettes évaluatif relève plus de la figure de style que de l'autorisation
parlementaire proprement dite. Faut-il rappeler que nous n'avons aucune
latitude pour modifier le montant de cette contribution, face aux engagement
européens de la France ?
C'est un fait remarquable, alors que nous sommes le deuxième contributeur au
budget communautaire, qu'il n'y a pas, dans notre pays, de contestation du
principe même de sa participation financière, même chez les plus «
eurosceptiques ».
Pour autant, monsieur le ministre, l'approbation juridiquement contrainte du
Parlement ne vaut pas acceptation béate. Le débat critique que nous avons
aujourd'hui en fait foi.
Cette procédure peu satisfaisante me paraît surtout révélatrice des transferts
de compétences du Parlement vers le Gouvernement que la construction européenne
implique, car c'est le Gouvernement, monsieur le ministre, qui a la
responsabilité de déterminer au sein du Conseil les choix budgétaires de
l'Europe, en accord avec les autres Etats membres et en négociation avec le
Parlement européen.
En considérant la manière dont le débat budgétaire européen se présentait
initialement cette année, j'aurais aimé pouvoir me féliciter. Certes, comme la
commission des finances, je reste perplexe à l'égard du dynamisme marqué de la
dépense européenne, qui apparait d'autant moins tenable que tous les Etats
membres sont engagés dans des efforts de rigueur budgétaire.
Je ne crois pas que « plus d'Europe » signifie automatiquement « plus de
crédits communautaires ».
Ainsi, les avancées du nouveau pilier « justice et affaires intérieures » sont
sans conteste très importantes pour les progrès politiques de l'Europe et son
rapprochement avec les citoyens. Pour autant, ce nouveau champ de la
construction européenne ne nécessite pas l'engagement de dépenses
d'intervention supplémentaires. Plus l'Europe sera politique, moins elle se
croira tenue de justifier son existence par des interventions budgétaires à
l'opportunité parfois discutable.
Sous cette réserve de principe, l'horizon apparaissait dégagé cette année, par
rapport aux lourdes incertitudes qui pesaient l'an dernier à la même époque sur
le débat budgétaire européen. L'accélération générale de la croissance en
Europe garantit un financement sans tensions du budget communautaire. L'euro
fonctionne efficacement, définissant une zone de stabilité monétaire. Le
Conseil européen de Berlin du mois de mars dernier a arrêté les nouvelles
perspectives financières pour la période 2000-2006.
Je dois vous donner acte, monsieur le ministre, que, dans la difficile
négociation des perspectives financières, la France n'a cédé sur aucune des
propositions qui lui paraissant inacceptables. Il n'y aura ni renationalisation
des dépenses agricoles et des dépenses structurelles, ni écrêtement généralisé
des soldes budgétaires.
Notre rapporteur spécial, Denis Badré, a démontré magistralement combien la
notion même de « solde budgétaire national » est peu pertinente dans la logique
d'une Europe économiquement intégrée. Je crois nécessaire de le rappeler sans
relâche, tant que cette notion continuera de polluer inutilement le débat
communautaire.
Enfin, le financement futur de l'élargissement a été inscrit dans les
perspectives financières.
Pourtant, en dépit des résultats raisonnables du Conseil européen de Berlin,
nous nous retrouvons aujourd'hui en pleine crise institutionnelle, comme chaque
année à l'occasion de la discussion du budget européen. La distribution des
rôles semble immuable : le Conseil se montre économe, le Parlement européen
dépensier, et la Commission cherche à ménager la chèvre et le chou.
En première lecture, le Parlement européen a majoré de 3,5 milliards d'euros
en crédits de paiement le projet arrêté par le Conseil au mois de juillet
dernier. Comme l'a souligné Denis Badré, le montant de la contribution
française serait de 98,5 milliards de francs dans la version du Conseil, mais
de 101,5 milliards de francs dans la version du Parlement européen. Cet écart
de 3 milliards de francs est impressionnant, surtout si on le compare au
montant des crédits que le Parlement français peut effectivement déplacer lors
de la discussion du projet de budget de l'Etat.
La procédure de concertation prévue par le nouvel accord interinstitutionnel
conclu le 6 mai dernier a fait la preuve de son inefficacité. Les tentatives de
conciliation de la Commission ont échoué. Chacune des deux branches de
l'autorité budgétaire campe sur ses positions, et le Parlement menace de
dénoncer les perspectives financières dès leur première année d'application.
Or, sur quel sujet concret achoppe la discussion du budget européen ? Les
majorations de crédits voulues par le Parlement européen portaient sur toutes
les rubriques du budget, mais le conflit se cristallise sur le financement de
la reconstruction du Kosovo ! Cela me paraît proprement incompréhensible, car
il n'y a aucun désaccord sur l'opportunité de l'implication de l'Union
européenne au Kosovo, même si certains ont regretté que celle-ci se cantonne
dans le rôle du financeur, en laissant la responsabilité de l'intervention à
l'OTAN, sous commandement américain. Personne ne doute qu'il s'agisse d'un
enjeu majeur pour l'avenir du continent. L'engagement au Kosovo est en train de
jouer un rôle d'accélérateur dans la mise en place de l'Europe de la diplomatie
et de la défense, et nous devons nous en féliciter.
Le désaccord entre les deux branches de l'autorité budgétaire communautaire
porte donc non pas sur le principe du financement de la reconstruction du
Kosovo, mais sur l'évaluation du montant des crédits nécessaires. Lors de la
conférence des donateurs, l'Union européenne s'est engagée à apporter 500
millions d'euros dans une première étape. Mais l'appréciation concrète des
besoins a montré que 360 millions d'euros suffiraieint largement pour 2000.
Le Conseil propose de couvrir ces dépenses essentiellement par un
redéploiement des crédits au sein de la rubrique 4, consacrée aux politiques
extérieures. Ce redéploiement est facilité par la sous-consommation chronique
des crédits d'intervention extérieure.
De son côté, le Parlement s'en tient à une position de principe : il veut
l'inscription de la totalité des 500 millions d'euros dès l'exercice 2000 et,
en conséquence, la révision du plafond pluriannuel fixé pour la rubrique 4 par
les perspectives financières.
Cette position est révélatrice de la logique purement quantitative de la
procédure budgétaire européenne, selon laquelle tous les crédits inscrits ou
simplement prévus doivent être dépensés. Elle me paraît doublement absurde.
Politiquement, il n'y a aucun doute possible sur le sérieux de l'engagement
des Etats membres au Kosovo. Si nécessaire, les crédits correspondants seront
ajustés en temps utile, au besoin par un budget rectificatif en cours
d'année.
Pratiquement, il est non seulement inutile mais aussi dangereux de déverser
des millions d'euros sur le Kosovo, dont la « capacité d'absorption », selon
l'expression consacrée, est limitée ; je peux en témoigner pour m'y être rendu
récemment. Les interventions extérieures de l'Union européenne sont déjà
naturellement exposées au risque de gabegie. Celui-ci est particulièrement
élevé au Kosovo, dont les structures économiques, administratives et politiques
sont totalement désorganisées et où la délinquance internationale, pour ne pas
dire la mafia, est déjà très présente et très pesante.
J'appelle d'ailleurs votre attention, mes chers collègues, sur les
répercussions profondes qu'aurait dans l'opinion publique européenne un
éventuel scandale dans le financement de la reconstruction du Kosovo. Nous
n'avons pas le droit à l'erreur sur ce sujet particulièrement symbolique.
Dans l'immédiat, la rupture de l'accord de discipline budgétaire par le
Parlement européen aurait des effets périlleux. En rendant caduques les
perspectives financières, elle peut rouvrir tous les arbitrages laborieusement
rendus à Berlin. J'avoue, monsieur le ministre, que j'ai du mal à saisir si ce
conflit budgétaire est sérieux et, dans l'affirmative, jusqu'à quel point, ou
s'il relève de la gesticulation rituelle ; je serais heureux de connaître votre
appréciation sur ce point.
En toute hypothèse, le caractère fantaisiste des arguments échangés m'amène à
penser qu'il existe un problème de fond dans la procédure budgétaire
européenne. Son inefficacité chronique aggrave la paralysie des institutions
communautaires, qui va croissant à mesure que l'Union s'élargit.
Ces « chamailleries » récurrentes sur le budget posent le problème de la
crédibilité de l'Europe envers le reste du monde, notamment les pays candidats
à l'adhésion. C'est un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre.
Même si vous n'êtes pas partisan de « charger la barque » de la prochaine
conférence intergouvernementale, je le sais, monsieur le ministre, je crois
vraiment qu'il faut saisir cette occasion pour restaurer l'autorité budgétaire
du Conseil.
En effet, l'équilibre initial a été rompu avec l'accroissement de la part des
dépenses dites « non obligatoires », sur lesquelles le Parlement européen a le
dernier mot. Ces dépenses non obligatoires constituent désormais plus de la
moitié du budget communautaire. En pratique, compte tenu de l'inertie de la
dépense européenne et du caractère contraignant des programmations
pluriannuelles, elles n'ont plus de « non obligatoires » que le nom.
Sans dénier tout pouvoir budgétaire au Parlement européen, il me paraît
nécessaire de le contraindre à une certaine modération, par exemple en lui
imposant de gager toute dépense nouvelle sur une économie d'un montant
équivalent. Le Parlement européen serait ainsi confronté à la responsabilité de
faire de vrais choix, en se penchant sur l'opportunité des dépenses acquises.
En ajoutant la « réserve de flexibilité » de 200 millions d'euros prévue par
l'accord interinstitutionnel, il aurait encore des pouvoirs budgétaires bien
supérieurs à ceux que confère au Parlement français l'article 40 de la
Constitution.
Qu'on le veuille ou non, le consentement à l'impôt est encore le fait des
Etats membres, et non pas du Parlement européen, qui ne se prononce que sur les
dépenses. Plus tard, lorsque les institutions européennes auront évolué, cela
pourra changer, mais, pour l'heure, la situation est bien telle que je la
décris.
Ce débat sur le financement de la reconstruction du Kosovo apparaît d'autant
plus surréaliste que nous vivons l'un des derniers exercices budgétaires en
terrain connu, avant le prochain élargissement. En effet, la véritable priorité
des perspectives financières pour la période 2000-2006 est bien l'élargissement
de l'Union européenne. Cette priorité est encore mal perçue dans l'opinion
publique française, parce que le débat national s'est jusqu'à présent focalisé
sur la révision des zones d'intervention des fonds structurels et sur la
réforme de la politique agricole commune.
Mais, en vue des futures adhésions, des montants importants de crédits
prévisionnels ont été dégagés par la compression des dépenses agricoles et par
la modération, certes toute relative, des crédits de politiques structurelles
et de politiques internes.
Sur les sept années des perspectives financières, le cumul des crédits
d'engagement au titre de l'élargissement s'élève à 58,1 milliards d'euros,
auxquels il convient d'ajouter 21,8 milliards d'euros au titre des dépenses de
préadhésion.
Cet effort de solidarité entre les Etats membres actuels et les Etats
candidats ou nouvellement adhérents est méritoire, même s'il n'est pas certain
que les citoyens de l'Union européenne en aient encore bien conscience.
Néanmoins, comme l'observe justement Denis Badré, rapporteur spécial, les
coûts de l'élargissement ont été calculés sur des bases conventionnelles.
L'entrée de nouveaux Etats membres dont l'état de développement économique
reste très en retrait de la moyenne communautaire implique un risque réel de
dérapage des perspectives financières.
Ce sera l'honneur de l'Union européenne de faire face aux conséquences
budgétaires de l'élargissement à l'Est, quelles qu'elles puissent être. Mais,
en attendant, il me paraît essentiel de ne pas s'imposer des charges
financières ne correspondant à aucun besoin réel et de recentrer le débat
budgétaire européen sur la vraie question, qui reste le contrôle de
l'opportunité de la dépense.
(Applaudissements sur les travées du RPR, des
Républicains et Indépendants et de l'Union centriste.)
M. le président.
J'indique au Sénat que, compte tenu de l'organisation du débat décidée par la
conférence des présidents, les temps de parole dont disposent les groupes pour
cette discussion sont les suivants :
Groupe socialiste, 23 minutes ;
Groupe des Républicains et Indépendants, 18 minutes ;
Groupe du Rassemblement démocratique et social européen, 14 minutes ;
Groupe communiste républicain et citoyen, 13 minutes.
Dans la suite de la discussion, la parole est à Mme Bidart-Reydet.
Mme Danielle Bidard-Reydet.
Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, force est de
constater - hélas ! une fois encore - que les années passent, mais que les
méthodes restent. Je veux, bien évidemment, parler de la procédure budgétaire
par laquelle la France accepte annuellement de verser une contribution - ou,
plus exactement, de prélever sur les recettes de l'Etat - pour financer les
actions de l'Union européenne pour un montant évalué à 98,5 milliards de
francs.
Comme chaque année, les parlementaires, toutes tendances confondues,
expriment, tour à tour, leur frustration et leur amertume d'être contraints
d'adopter un budget dont ils n'ont eu à discuter ni du volume ni de la
répartition au niveau des différentes politiques mises en oeuvre dans le cadre
communautaire.
Comme chaque année, le Parlement se soumet bien volontiers au vote du budget
européen, considérant qu'il n'est pas possible de déroger aux engagements de la
France à l'extérieur.
Comme chaque année, les différents ministres en charge des affaires
européennes reconnaissent l'absurdité de la situation et la frustration
légitime des représentants de la nation, et promettent d'associer plus
étroitement ceux-ci à l'élaboration du budget de l'Union européenne.
Dans les faits, rien ne change et nous sommes mis, une fois de plus, devant le
fait accompli d'un budget qui représente tout de même, en importance, le
sixième poste budgétaire de la nation.
Faudra-t-il attendre que cette rancoeur des parlementaires se traduise par un
vote de rejet pour enfin être associés en amont - et non plus
a
posteriori - à la discussion sur la nature des recettes et des dépenses de
l'Union européenne ? Je souhaiterais, bien sûr, que tel ne soit pas le cas.
Certes, la négociation, au printemps dernier, de l'enveloppe financière dans
le cadre de l'Agenda 2000 nous a donné l'occasion d'exprimer nos appréciations
sur les orientations budgétaires de la Communauté européenne. Pour autant, nous
ne pouvons admettre que, durant la période de la programmation budgétaire
étalée sur sept ans, toute considération des parlements nationaux soit écartée
avant l'échéance de 2006.
En outre, dès lors que nous sommes sollicités sur le prélèvement communautaire
d'une année sur l'autre, il est de bon sens, me semble-t-il, de prévoir un
rythme plus soutenu de la discussion budgétaire.
Ainsi, pourquoi ne pas envisager une consultation du Parlement avant le vote
en première lecture, par le Conseil des ministres européens, du projet de
budget proposé par la Commission européenne ? Nous pourrions prévoir un débat
d'orientation budgétaire à l'issue duquel le Gouvernement obtiendrait un mandat
pour négocier avec ses partenaires.
J'ai bien conscience que cette proposition va à l'encontre de l'idée prônée
par certains, qui se déclarent partisans d'une « République européenne », dotée
d'une constitution propre.
Nous pensons, pour notre part, que l'Europe - que nous voulons - doit
respecter et valoriser, au lieu de les amputer sans cesse, les souverainetés
nationales. Les dernières élections européennes ont montré, de toute évidence,
une volonté des peuples d'être davantage impliqués dans la construction
européenne. Peut-on prétendre mieux prendre en considération leurs aspirations
si leurs représentants directs à l'échelon national sont eux-mêmes ignorés,
voire purement et simplement exclus ?
Aussi, je souhaite, monsieur le ministre, que ce travail de transparence et de
démocratie soit mené sans attendre le début de la présidence française, le 1er
juillet 2000, en informant et en sollicitant les propositions du Parlement
français, Assemblée nationale et Sénat.
Le débat que nous avons aujourd'hui se situe dans un contexte tout à fait
particulier : il s'agit, en effet, du premier exercice budgétaire de la période
2000-2006, pour laquelle un cadre financier a été arrêté par les Quinze, en
mars 1999. Il intervient, en outre, après la démission collective de la
Commission européenne, suite à une gestion déclarée douteuse des fonds
communautaires. Enfin, nous ne pouvons pas, dans le cadre de notre discussion,
ne pas évoquer les négociations commerciales qui ont débuté hier, à Seattle.
J'en viens, tout d'abord, aux accords de Berlin, que l'on présente, le plus
souvent, comme une victoire pour la France, qui aurait préservé ses intérêts,
et pour l'Europe, parce qu'elle aurait surmonté ses dissensions internes.
A vrai dire, au-delà des aménagements techniques intervenus à Berlin
concernant la répartition des fonds agricoles et structurels, ces accords se
distinguent par une absence totale d'engagements d'ampleur en faveur de
l'emploi, de la formation, de la recherche, du développement, mais aussi se
placent délibérément dans la perspective des négociations de Seattle.
S'agissant du volet agricole, il est clair que l'Europe a d'ores et déjà
consenti d'importantes concessions en direction des Etats-Unis, en acceptant
une baisse des prix d'intervention communautaire dans les secteurs des
céréales, de la viande bovine et du lait, assortie d'une compensation
partielle. En outre, les subventions globales à l'agriculture stagnent autour
de 40 milliards d'euros par an.
Probablement se prépare-t-on à l'échéance de 2003, date à laquelle les
subventions européennes pourront être remises en cause par l'OMC.
Ensuite, ce que l'on nous présente comme une avancée majeure de la réforme de
la politique agricole commune avec la création d'un deuxième pilier consacré au
développent rural n'est, en réalité, qu'un transfert des anciens objectifs de
la politique structurelle 5
a et 5
b vers le Fonds européen
d'orientation et de garantie agricole.
Enfin, l'autre aspect clé de ces négociations agricoles, c'est la modulation
des aides directes aux agriculteurs. Actuellement, 80 % des aides profitent
seulement à 20 % des exploitants. La nouvelle clé de répartition concernerait
dorénavant 4 % des exploitations et ne représenterait que 2 % du total des
subventions.
Autant dire que les injustices de la PAC demeureront, pis, s'aggraveront, avec
la poursuite de la baisse des prix, qui pénalise avant tout les petits
agriculteurs.
Pour conclure sur le volet agricole, bien qu'il s'agisse d'un aspect second au
regard des questions que je viens d'évoquer, j'observe que, compte tenu du
décalage de deux mois entre le versement des aides par l'Etat et le
remboursement au titre de la PAC, la France doit lever un emprunt pour assurer
la continuité du financement de la politique agricole. Or la charge de cet
emprunt, qui s'élève à plus de 200 millions de francs par an, est supportée par
la France. Ne revient-il pas au budget de la Communauté européenne d'assurer
cette charge supplémentaire, dès lors qu'il s'agit de subventions européennes
?
En ce qui concerne les actions structurelles, la nouvelle nomenclature a pour
effet on le sait, de réduire les régions et les populations éligibles.
Avec l'élargissement envisagé de l'Europe à vingt et un membres, il est
probable que le montant de ces fonds soit, une nouvelle fois, amené à décroître
pour la France afin de faciliter l'intégration de nouveaux pays d'Europe
centrale et orientale, qui seront des bénéficiaires nets du budget de l'Union
européenne.
Ce sera donc aux politiques nationales d'assumer seules la transition pour des
régions rurales ou en reconversion industrielle qui, du jour au lendemain, ne
recevront plus d'aides de Bruxelles.
Ne faut-il pas voir là un certain aveu d'échec de l'objectif de cohésion
sociale et économique affiché par l'Europe, qui concentre ses aides sur les
régions les plus pauvres, alors que, encore à ce jour, le rattrapage de
certaines régions est loin d'être acquis ?
Enfin, je l'ai évoqué, Berlin est aussi une formidable occasion manquée pour
les Quinze de montrer la priorité que l'on prétend accorder à la politique de
lutte contre le chômage, fléau qui frappe, vous le savez, plus de 18 millions
d'Européens.
De même, les crédits alloués en faveur de la sécurité sanitaire, de
l'environnement, de la recherche technologique et de la culture sont largement
en deçà des exigences d'aujourd'hui.
Je veux évoquer, par ailleurs, la question de l'efficacité de la dépense
communautaire, qui renvoie à celle, tout aussi fondamentale, du contrôle
permanent de l'utilisation et de la gestion des fonds publics tant à l'échelon
national et local que communautaire.
L'Office de lutte anti-fraude, créé à la suite des irrégularités observées au
sein de la Commission européenne, disposera-t-il de suffisamment de marge de
manoeuvre et de moyens humains et financiers pour être en mesure de faire son
travail correctement ? Je crois que la question mérite d'être posée.
Ne faut-il pas prévoir une structure par laquelle la nouvelle Commission
rendrait régulièrement des comptes au Parlement européen, qui aurait la
possibilité d'enquêter et d'assurer un contrôle régulier sur l'utilisation des
fonds accordés par la Commission ?
Je conclurai plus largement sur le montant de la contribution française et la
dotation du budget de l'Europe.
On peut s'étonner que la contribution de la France, plus 3,8 %, progresse de
façon plus importante que le volume global des dépenses budgétaires.
Certes, la part française dans le budget communautaire reste stable, 17 %,
mais chacun sait qu'en volume le montant devrait atteindre très rapidement les
120 milliards de francs pour financer l'élargissement.
En outre, le retour des aides peut s'avérer inférieur aux prévisions à
l'horizon de 2006, avec le resserrement des actions structurelles.
Dès lors, n'est-il pas inacceptable que la France soit amenée à financer de
façon plus importante, à l'avenir, la « remise » accordée en son temps à Mme
Thatcher ?
Enfin, nous ne sommes pas opposés à l'idée d'un accroissement des moyens de
l'Europe dans la mesure où ils servent l'emploi et la croissance, au lieu de
favoriser le productivisme agricole ou industriel.
Sans solliciter davantage les établissements, eux-mêmes contraints par le
pacte de stabilité et la politique monétaire restrictive imposée par la Banque
centrale européenne, nous proposons la création, dans le cadre européen, d'une
taxation des transactions financières de nature spéculative. Une talle taxe,
dite « taxe Tobin », aurait pour double avantage de limiter les pratiques
spéculatives, d'une part, et d'apporter des moyens supplémentaires pour la
réalisation des projets communautaires, d'autre part.
En conclusion, au regard des préoccupations qui sont les siennes vis-à-vis des
orientations définies par l'Union européenne, le groupe communiste républicain
et citoyen s'abstiendra sur l'article 35 de ce projet de loi de finances.
(Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain et
citoyen.)
M. le président.
La parole est à M. Joly.
M. Bernard Joly.
Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, nous sommes
aujourd'hui appelés à nous prononcer sur la contribution française au budget
communautaire, au moment même où le Gouvernement est engagé dans des
discussions dont les conclusions seront déterminantes pour l'avenir de notre
pays sur les plans tant européen qu'international et pour tous les secteurs de
notre économie.
Si l'issue de notre débat n'a, nous le savons, qu'un impact très relatif sur
les orientations du budget de l'Union européenne, du moins pouvons-nous nous
féliciter de ce que celui-ci soit soumis au contrôle démocratique des
parlements nationaux. Cet examen contribue en effet à la crédibilité des
finances communautaires pour tous les citoyens européens. Le débat nous permet,
en outre, d'exprimer au Gouvernement les besoins de financement qui se font
sentir dans les régions françaises, là où les apports de l'Union européenne
occupent une part non négligeable.
L'examen de l'article 35 n'est donc pas anodin. Il me faut rappeler que le
montant de ce poste budgétaire est proche de celui des grands ministères. Il
prendra en outre une part grandissante à mesure que les deuxième et troisième
piliers seront communautarisés.
L'année 1999 semble avoir concentré les échéances européennes, financières,
commerciales et politiques. Les décisions prises lors de différentes réunions
seront décisives pour les finances européennes.
En mars 1999, le Conseil européen de Berlin a entériné la nouvelle
programmation financière de l'Union européenne pour les années 2000 à 2006.
Cette programmation se caractérise par la concentration des interventions
financières européennes, la maîtrise de l'enveloppe globale et la
simplification des dispositifs de gestion. Particulièrement importantes pour
notre pays, ces décisions comprennent notamment la réforme de la politique
agricole commune et du système des fonds structurels.
En mai 1999, la signature de l'accord interinstitutionnel Agenda 2000 a permis
aux quinze Etats communautaires de mettre en place les mesures indispensables à
l'entrée de nouveaux Etats dans l'Union européenne. Au demeurant, la
multiplication des candidatures démontre l'attraction que l'Union européenne
inspire, sans faire disparaître les craintes légitimes suscitées par cet
élargissement inévitable.
En ce moment même, les représentants des cent trente-quatre pays de
l'Organisation mondiale du commerce, l'OMC, sont réunis pour tenter de faire
progresser les règles des échanges économiques internationaux. Les décisions
prises lors des différents sommets européens en 1999 ont préparé le terrain des
négociations engagées ces derniers jours, afin de sauvegarder les intérêts
vitaux de la France. J'espère que telle sera l'issue des négociations de
l'OMC.
D'un volume comparable au budget du ministère de l'emploi, le montant élevé de
la participation française au budget communautaire - 98,5 milliards de francs
pour 2000 - résulte des décisions engagées lors de ces rencontres. Il pèse sur
l'équilibre du budget général.
En hausse de 5,3 % par rapport à 1999, la contribution de la France au budget
communautaire suit globalement l'augmentation des dépenses inscrites au projet
de budget national. Son montant pour l'année 2000 occupe à peu près la même
part dans les recettes de l'Etat qu'en 1999.
Je soulignerai, en outre, que si la part relative de la France au budget
communautaire correspond à 17,5 % de l'ensemble du budget européen, la réforme
du système des ressources propres de l'Union européenne, qui interviendra à
partir de 2002, aura pour effet d'en alourdir encore le volume.
La contribution de notre pays au budget communautaire le place à nouveau, en
2000, au deuxième rang des contributeurs nets, après l'Allemagne, simple
conséquence du volume de notre produit national brut et des performances de
l'économie française.
Le budget communautaire, programmation maîtrisée par essence, comporte six
grandes catégories de dépenses dont les montants ont été évalués dans la
perspective des développements à venir, inévitables et voulus, de l'Union
européenne, tels que l'élargissement aux Etats d'Europe centrale et les accords
qui naîtront des discussions de l'Organisation mondiale du commerce à
Seattle.
Je remarque que les changements introduits par la nouvelle programmation
financière pour les années 2000-2006 intègrent au nouveau fonds européen
agricole les fonds des anciens objectifs 5 a et 5 b ainsi que les financements
consacrés à la pêche. Compte tenu de l'agrégation de ces montants, il est, en
conséquence, délicat d'apprécier avec précision l'évolution des financements
européens pour 2000.
On peut néanmoins noter que les modifications apportées à la politique
agricole commune induisent une tendance à la stagnation des retours
communautaires vers nos agriculteurs, alors que les sommes allouées à la France
au titre du FEOGA-garantie continuent à excéder, et dans une forte proportion,
les montants qui leur sont affectés dans notre budget agricole national.
En revanche, les retours communautaires vers la France au titre des fonds
structurels amorcent une réduction sensible en raison du changement de
philosophie des interventions de l'Europe auprès de ses Etats membres.
Cette mutation, qui se concrétise notamment par la modification de la
définition des objectifs et des critères d'attribution des fonds, rend
particulièrement difficile la comparaison entre les deux générations de fonds
structurels. On peut néanmoins supposer, sans grand risque de se tromper, que
la diminution des fonds structurels alloués à la France devrait être plus
importante que l'augmentation des financements nationaux destinés à compenser
ces baisses. Je souhaite, monsieur le ministre, que vous puissiez nous apporter
tous les éclaircissements nécessaires sur cette inquiétante possibilité.
La nouvelle programmation des fonds structurels se concentre en effet sur
trois objectifs.
L'objectif 1 vise le développement et l'ajustement structurel des régions
considérées comme en retard de développement, à savoir celles où les revenus
par habitant sont inférieurs à 75 % de la moyenne communautaire. Les régions
ultrapériphériques de l'Union européenne en bénéficieront également, notamment
les départements français d'outre-mer. En revanche, les zones de France
métropolitaine éligibles à l'objectif 1 dans la précédente programmation, comme
la Corse ou le Valenciennois, s'en trouvent exclues à partir de 2000.
L'objectif 2 est consacré au soutien à la reconversion économique et sociale
des zones en difficulté structurelle. On y retrouve, côte à côte, les zones
autrefois éligibles aux objectifs 2 et 5 b relatifs aux problèmes de la
mutation économique des zones en difficulté, rurales, urbaines ou dépendantes
du secteur de la pêche. Compte tenu de la pluralité des zones concernées, le
nouvel objectif 2 se révélera particulièrement important pour les régions
françaises.
L'objectif 3 regroupe l'ensemble des actions en faveur du développement des
ressources humaines. Il répond aux orientations fixées dans le cadre de la
stratégie européenne pour l'emploi, à l'occasion de la signature du traité
d'Amsterdam.
Un régime transitoire a été prévu pour permettre aux régions qui perdent leur
éligibilité aux anciens objectifs 1, 2 et 5 b, de trouver d'autres solutions
pour leurs actions structurelles, selon un mode progressif.
Face à cet accroissement de la rigueur communautaire, les efforts pour
contenir l'augmentation des dépenses dans le budget de l'Union européenne ont
conduit à un affaiblissement notable des fonds réservés aux opérations
d'urgence, notamment pour les actions extérieures, et je le regrette.
En revanche, je constate avec satisfaction que les montants visant à financer
les grands programmes de technologies avancées n'ont pas été affectés par cette
baisse. Ils ont, bien au contraire, été maintenus, comme dans le secteur de la
sécurité nucléaire, voire accrus pour les réseaux transeuropéens ou le «
cinquième programme cadre » dont les crédits augmentent de 5,2 %.
S'agissant des fonds réservés au financement des programmes dits d'«
initiative communautaire », fonds destinés à encourager la conception et la
réalisation d'actions innovantes dans l'Union européenne, on pourra regretter
leur réduction de treize à quatre.
Les réalisations suscitées par ces fonds me semblaient pourtant à bien des
égards - exemplaires, compte tenu du faible montant de ces financements dont le
total ne pouvait excéder 1 % du budget européen - et de leur capacité à créer
aussi bien des synergies financières, puisqu'elles exigeaient un cofinancement
associant les sources communautaire, nationale et locale ainsi que des sources
privées, que l'association d'acteurs originaires de tous les secteurs
d'activité publics et privés.
Les actions mises en oeuvre dans ce cadre ont été réalisées sur l'ensemble du
territoire de l'Union européenne, mobilisant bonne volonté et savoir-faire
autour de projets de développement tout à la fois local et européen, avec un
fort impact positif sur l'aménagement du territoire, pour un investissement
relativement modeste.
Les quatre initiatives maintenues concernent : premièrement, le soutien de la
coopération transfrontalière ; deuxièmement, la promotion du développement
rural avec la continuation du programme LEADER ; troisièmement, la lutte contre
la discrimination dans l'accès au marché du travail ; quatrièmement, la
revitalisation économique et sociale des villes et des banlieues en crise.
Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, le budget
communautaire est l'outil qui a permis de faire évoluer l'ensemble des Etats
membres vers une Union européenne symbole de cohésion économique et sociale. A
la veille de réalisations majeures comme la monnaie unique ou l'ouverture de
l'Union à plusieurs Etats de l'Est, les sénateurs du RDSE n'entendent pas
perdre de vue l'objectif qu'ils se sont fixé depuis de nombreuses années.
Résolument européens, mais vigilants et pragmatiques, ils estiment que, compte
tenu de ses nouvelles orientations, le budget pour 2000 de l'Union européenne
et la participation de la France à ce budget devront être jugés à l'aune de
leur efficacité. Les sénateurs du groupe du Rassemblement démocratique et
social européen approuveront la participation financière de la France au budget
de l'Union européenne pour 2000.
(M. le rapporteur spécial applaudit.)
M. le président.
La parole est à M. Angels.
M. Bernard Angels.
Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, j'ai le
sentiment que, cette année, la discussion de l'article 35, qui fixe la
participation française au budget des Communautés européennes, s'inscrit dans
un contexte tout à fait particulier.
En effet, le budget pour 2000 des Communautés européennes me semble dominé par
trois axes importants et relativement nouveaux.
Il est, d'une part, le premier budget de la nouvelle programmation financière,
mais il solde les crédits d'engagement de la précédente programmation. Il est,
d'autre part, à mon sens, le premier budget qui intègre aussi nettement la
préparation de l'élargissement de l'Union européenne.
Enfin, on retiendra naturellement de ce budget qu'il est marqué par la volonté
d'un engagement fort et exceptionnel des Etats membres en faveur de la
reconstruction du Kosovo et de l'aide aux pays des Balkans.
Aussi, vous en conviendrez avec moi, mes chers collègues, le budget pour 2000
est bien un budget de transition qui se situe au carrefour d'échéances
européennes essentielles pour l'avenir.
Je m'attarderai dans un premier temps sur les caractéristiques générales du
budget européen.
Nous constatons tout d'abord que le projet de budget pour 2000 satisfait
pleinement à la discipline financière à laquelle les Quinze se sont astreints
et, en particulier, à l'augmentation mesurée de nos dépenses.
Ce n'est plus, aujourd'hui, pour nous comme pour M. le rapporteur spécial, un
sujet de préoccupation majeur.
Le conseil a ainsi révisé, avec la plus grande sagesse, l'avant-projet, plus
dispendieux, de la Commission, et propose une progression raisonnable de 2,8
%.
Je souscris totalement à ce souci de modération budgétaire, non par principe
mais parce que nous nous faisons fort d'être vertueux en ce domaine dans nos
propres budgets nationaux.
Le deuxième engagement présent dans ce budget tient à l'élargissement de
l'Union.
Les dépenses de préadhésion inscrites cette année constituent, à n'en pas
douter, une étape significative. Pour autant, je partage le souci de nos
représentants qui souhaitent ne pas aller trop vite en la matière et adopter
une démarche ambitieuse, volontaire mais aussi responsable.
Nous avons donc bien aujourd'hui, comme la France l'avait proposé au sommet
européen de Vienne, « une double programmation permettant d'assurer une
étanchéité entre les dépenses consacrées à la politique commune des Quinze qui
doivent être préservées et les dépenses nouvelles consacrées aux nouveaux
adhérents ».
Je tiens à souligner que, contrairement à ce que certains peuvent penser, la
nouvelle stratégie, qui sera discutée à Helsinki et qui consiste à considérer
l'ensemble des pays candidats à l'adhésion comme un seul groupe, ne devrait pas
entraîner de dépenses supplémentaires.
Le souci d'équité que nous manifestons à travers cette nouvelle orientation
n'implique en rien que nous voulions accélérer le processus d'élargissement.
L'avenir de la construction européenne passe, en effet, par cet équilibre
délicat mais primordial entre élargissement et approfondissement
communautaire.
« Faire l'Europe de la croissance et de l'emploi, tel est l'objectif que nous
devons nous fixer pour les années qui viennent, celles que les citoyens
attendent de nous, celui que le contexte économique né de l'euro rend possible.
» Cet objectif, ainsi énoncé par Lionel Jospin, n'est plus un voeu pieux.
Les prévisions qui ont été récemment communiquées par la Commission européenne
montrent une nette tendance à la baisse du taux de chômage communautaire. La
diminution régulière du taux de chômage en France - les derniers chiffres du
mois de novembre le confirment - contribue de manière sensible à ces bons
résultats.
Toutefois, même si ces chiffres sont très encourageants, nous devons prendre
en compte des réalités sociales contrastées ainsi que des disparités nationales
et régionales, et donc poursuivre notre soutien à la création d'emplois. Cela a
été, est toujours et restera notre priorité. Je souhaite, à ce titre, que nous
reconduisions la ligne « emploi », créée à la fin de 1997, pour donner un coup
de pouce aux PME innovantes.
Par ailleurs, j'ai relevé avec satisfaction, monsieur le ministre, dans votre
intervention à l'Assemblée nationale, que la France sera bénéficiaire net du
nouvel objectif 3 consacré à l'emploi et à la cohésion sociale.
Nul doute que nous serons amenés à intensifier nos efforts dans cette
direction après le sommet de Lisbonne de mars prochain, qui sera entièrement
consacré à la lutte pour l'emploi.
La politique agricole commune confirme, quant à elle, son statut de première
politique européenne. Je me félicite plus particulièrment de l'importance des
crédits consacrés au développement rural, qui devient le deuxième pilier de la
PAC. J'y vois une constante - opportune dans le contexte des négociations
difficiles de l'OMC - dans notre volonté de promouvoir en France, en Europe et
dans le monde un autre modèle, soucieux de l'environnement dans lequel il
s'inscrit.
En ce qui concerne les politiques internes, qui mobilisent 6,2 % des dépenses
communautaires, je suis très sensible à l'augmentation des crédits consacrés
aux réseaux transeuropéens, à la recherche et, plus généralement, à la
formalisation de l'Europe de la connaissance.
Dans le domaine des actions extérieures, enfin, nous avons tout lieu d'être
fiers que le Conseil ait proposé de mobiliser l'Union dans la reconstruction du
Kosovo, ainsi que dans une aide très importante destinée à stabiliser la région
des Balkans. Il en va de notre responsabilité, bien sûr, mais aussi et surtout
de l'avenir de la paix sur notre continent. Nous espérons que cet effort pourra
s'exercer dans la durée.
Ces quelques remarques énoncées, j'en viens à l'examen proprement dit de la
contribution française, qui appelle notre attention aujourd'hui.
Le montant de cette contribution est en progression de 3,7 % par rapport aux
estimations de 1999. Cette augmentation se justifie par notre aide en faveur du
Kosovo et des Balkans et tient compte des reports des crédits d'engagement des
fonds structurels.
La contribution européenne mobilise 6,2 % des recettes de notre pays, ce qui
reste équivalent à la moyenne des années précédentes.
Il est important de noter que notre pays reste le premier bénéficiaire de la
dépense communautaire, notamment, et cela ne nous étonnera pas, dans le domaine
agricole.
Pour autant, nous savons tous que nous ne pouvons apprécier le montant de
cette contribution en termes de juste retour. A cet égard, j'ai pris
connaissance avec le plus vif intérêt de l'argumentation développée par notre
collègue Badré dans son rapport.
L'évolution du calcul des ressources, privilégiant la ressource PNB à la
ressource TVA, est, à ce titre, à souligner. Plus équitable, ce nouveau calcul
devrait nous permettre de limiter à terme les velléités nationales et de nous
concentrer sur l'essentiel.
En effet, l'essentiel, mes chers collègues, est bien de poser le débat en
termes politiques.
M. Hubert Haenel,
président de la délégation du Sénat pour l'Union européenne. Très bien
!
M. Bernard Angels.
Chacun s'accordera sur le fait que le budget européen pour 2000 reconduit
largement les orientations politiques existantes.
Nous avons pourtant les moyens de nous fixer d'autres ambitions, qui nous
permettront de poursuivre le processus d'intégration européenne.
Je pense à la mise en oeuvre de l'Europe de la liberté, de la sécurité et de
la justice, dessinée lors du Conseil de Tampere, et en particulier à la mise en
place d'Eurojust, outil de lutte contre la criminalité organisée. Je pense à
l'approfondissement de la politique étrangère et de sécurité commune et, au
coeur de ce dispositif, à la mise en place d'une défense européenne. Je pense
aussi à notre engagement en faveur des nouvelles technologies, qui constituent
tout à la fois un formidable moteur pour la croissance et un vivier d'emplois
important.
Nous savons que nous devons progresser dans la voie d'une meilleure efficacité
et d'une plus grande transparence de l'action communautaire. C'est à ce prix
que nous pourrons au mieux préparer l'avenir. Je tiens d'ailleurs à souligner
ma satisfaction concernant la création de l'Office de lutte anti-fraude, qui
constitue une avancée importante dans cette direction.
Il ne faut pas confondre nos orientations politiques pour cette année et la
programmation pluriannuelle définie par les perspectives financières de Berlin,
en mars dernier.
Nous nous situons, en effet, actuellement à un seuil de dépenses acceptable de
1,08 % du PNB communautaire qui reste en deçà du plafond de 1,27 %, lequel, je
le rappelle ici, n'a jamais été dépassé.
La France exercera au cours du second semestre 2000 la présidence de l'Union
qui, jusqu'à présent, a toujours su donner une nouvelle impulsion politique à
l'Union européenne.
Je sais que vous avez à coeur de promouvoir aussi bien nos engagements que nos
convictions : placer l'Europe au service de la croissance et de l'emploi, des
citoyens et des consommateurs, de la liberté et de la justice, de la défense
des droits de l'homme et de la paix.
Le groupe socialiste votera l'article 35, relatif à la participation de la
France au budget communautaire, mais, au-delà, il tenait à vous assurer de sa
confiance et de son soutien dans la conduite de cette prochaine présidence.
(Applaudissements sur les travées socialistes.)
M. Michel Charasse.
Excellente intervention !
M. le président.
La parole est à M. Ferrand.
M. André Ferrand.
Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, après les
excellentes interventions que nous venons d'entendre, je souhaite profiter de
l'occasion qu'offre ce débat pour attirer votre attention sur quelques points
particuliers, mais qui me paraissent importants.
Je m'exprimerai certes au nom du groupe des Républicains et Indépendants, et
il va sans dire que nous voterons l'article 35 du projet de loi de finances,
mais avec la vision et la sensibilité qui sont les miennes en tant que sénateur
représentant les Français établis hors de France.
Le premier point que je souhaite évoquer revêt, et je suis certain que vous en
conviendrez, monsieur le ministre, une importance particulière. Il s'agit de
tout ce qui, dans son environnement quotidien, conduit le citoyen européen
d'abord à prendre conscience que non seulement l'Europe existe, mais qu'elle a
pour lui des effets positifs, voire bienveillants.
Quelque 800 000 de nos compatriotes vivent dans les autres pays de l'Europe
des Quinze. Plus concernés que d'autres par ces questions, ils ont souvent, et
malheureusement, des raisons de ne pas être satisfaits. Eux vivent la
construction européenne au quotidien, loin de l'Agenda 2000 et des fonds
structurels.
J'ai souvent eu l'occasion de les rencontrer. Je les ai écoutés me raconter
cette Europe citoyenne dont nous parlons tous mais dont ils sont les premiers
acteurs.
Nous pouvons être fiers du dynamisme dont ils font preuve.
Nous devons également saluer leur engagement en faveur d'une Europe plus forte
dont ils mesurent si bien les enjeux pour notre pays, qu'ils soient économiques
ou culturels.
Mais ce dynamisme et cet engagement se heurtent encore trop souvent à des
obstacles administratifs qui révèlent le chemin qui nous reste encore à
parcourir vers l'Europe que nous nous racontons.
Cela est vrai également pour nos autres compatriotes de l'étranger comme de
France, et aussi, j'en suis sûr, pour les autres Européens des Quinze.
Je prendrai deux exemples dans des domaines particulièrement sensibles.
D'abord, en ce qui concerne la justice, on connaît les difficultés à s'assurer
que les décisions prises dans un pays sont appliquées dans un autre. Cela
conduit trop souvent à des situations particulièrement douloureuses.
Qui n'a entendu parler de ces enfants nés de couples européens de nationalités
différentes dont les parents divorcent ?
Les jugements prononcés dans un pays ne sont pas appliqués dans l'autre, et
les enfants deviennent l'objet de querelles qui, parfois, débouchent sur de
véritables enlèvements, lesquels entraînent les traumatismes que l'on imagine.
Mme le garde des sceaux s'est préoccupée de ce grave problème. Il n'est pas
définitivement réglé, même si des progrès ont été accomplis.
La question de l'équivalence des diplômes et de la reconnaissance des
qualifications est une autre question importante, car elle est une des clés de
la libre circulation des étudiants et des travailleurs en Europe.
Il y a là, monsieur le ministre, un autre chantier concret, pratique, dont le
succès montrerait à tous nos compatriotes, à l'étranger mais aussi en France,
et à tous les autres Européens, que l'Europe devient une réalité.
C'est un défi que la prochaine présidence française se doit de relever.
Mais, ne nous le cachons pas, l'enjeu n'est pas seulement législatif ou
contractuel : il s'agira, afin que les textes soient réellement appliqués,
d'assurer la nécessaire communication et d'obtenir l'adhésion des acteurs
concernés.
Je voudrais maintenant, sur un tout autre registre - et ce sera mon deuxième
point - évoquer auprès du ministre délégué aux affaires européennes les
responsabilités particulières de notre pays vis-à-vis des pays de la zone de
solidarité prioritaire et, plus généralement, des Etats d'Afrique, des Caraïbes
et du Pacifique, les pays de la zone ACP, qu'il s'agisse du renouvellement de
la convention de Lomé ou des négociations qui s'ouvrent dans le cadre de
l'OMC.
Je n'ai pas d'inquiétude particulière quant à l'attention que porte le
ministre délégué à la coopération, votre collègue M. Josselin, à cette mission
particulière qui nous incombe, mais le groupe des Républicains et Indépendants
pense qu'il est naturel que soit rappelé et souligné ici le rôle privilégié de
la France dans ce domaine au sein du concert européen.
Enfin, et c'est mon troisième point, je finirai en évoquant le prochain
élargissement à l'Est de l'Union européenne. Le président de notre délégation
vient de souligner la lourdeur des implications budgétaires de cet enjeu
politique, même s'il est encore trop tôt pour les apprécier concrètement.
Ce sujet appelle un suivi minutieux, à tous les niveaux, de la part des Etats
membres actuels. En ce qui la concerne, la délégation du Sénat pour l'Union
européenne a décidé de nommer un rapporteur particulier pour chacun des pays
candidats à l'adhésion. C'est une idée qu'avait eue le président de cette
délégation, M. Michel Barnier, avant d'être nommé commissaire européen. Signe
qui ne trompe pas quant à sa pertinence, elle a été reprise par la délégation
de l'Assemblée nationale et elle a reçu votre approbation, monsieur le
ministre.
J'ai eu l'honneur de vous accompagner à la fin du mois de juin dernier lors de
votre visite dans le pays dont la délégation m'a chargé de suivre la
candidature, la Slovénie.
J'ai ainsi pu mesurer à la fois le sérieux et la détermination avec lesquels
les Slovènes préparaient leur entrée dans l'Union européenne, mais aussi leurs
difficultés à reprendre « l'acquis communautaire », selon l'expression
reçue.
Pour l'intant, la préparation de la candidature de la Slovénie est d'abord une
affaire de législation et d'administration. A ce stade des négociations
d'adhésion, il est encore trop tôt pour chiffrer précisément sa contribution au
budget européen et sa part des dépenses agricoles et structurelles.
Je ne crois toutefois pas m'avancer beaucoup en prédisant que ce n'est pas la
Slovénie qui fera « exploser » le budget communautaire. Ce pays de deux
millions d'habitants seulement dispose d'une économie de marché et d'un tissu
de PME exportatrices. Le niveau de vie de ses habitants, égal à 68 % de la
moyenne communautaire, le place loin en tête devant les autres candidats.
Je n'en dirai pas autant d'autres pays bien plus peuplés mais moins développés
économiquement. C'est pourquoi je souhaite, monsieur le ministre, connaître
votre appréciation quant au réalisme des montants prévus pour l'élargissement
dans les perspectives financières.
(Applaudissements sur les travées des
Républicains et Indépendants, de l'Union centriste et du RPR.)
M. Hubert Haenel.
Très bien !
M. le président.
La parole est à M. le ministre.
M. Pierre Moscovici,
ministre délégué chargé des affaires européennes. Monsieur le président,
monsieur le rapporteur général, monsieur le rapporteur spécial, monsieur le
président de la délégation du Sénat pour l'Union européenne, mesdames,
messieurs les sénateurs, comme chaque année, le Gouvernement, par la voix du
ministre délégué chargé des affaires européennes, rend compte à la
représentation nationale du projet de budget de l'Union européenne pour l'année
à venir et de ses conséquences sur le budget de l'Etat à travers le prélèvement
européen.
En ce qui me concerne, puisque le temps passe, c'est la troisième fois que je
me livre à cet exercice devant la Haute Assemblée. Je vais commencer par
quelques très brèves considérations sur la politique économique, puisque M. le
rapporteur général m'y a en quelque sorte incité.
Je voudrais simplement rappeler à M. Marini, qui se faisait l'apôtre d'une
politique vigoureuse pour l'euro, que, lorsque nous sommes arrivés au pouvoir
en juin 1997, je n'irai pas jusqu'à dire que cette perspective de la monnaie
unique était dans l'ornière, mais elle était en tout cas dans une situation
difficile compte tenu de la grave dérive que connaissaient alors nos déficits
publics et dont convenait d'ailleurs le Premier ministre de l'époque.
(M. le rapporteur spécial s'exclame.)
Quant au record des prélèvements obligatoires, j'aimerais bien que l'on
reprenne un peu notre histoire pour déterminer à quel moment il se situe.
M. Jean Chérioux.
Le problème est de savoir jusqu'où on remonte !
M. Pierre Moscovici,
ministre délégué. Par ailleurs, je voudrais rassurer M. le rapporteur
général quant à la dynamique de croissance à la fois mondiale et française et
lui indiquer que nous ne sommes pas, loin s'en faut, en train de nous reposer
uniquement sur cette croissance mondiale.
Je crois que la croissance française est d'autant plus forte et durable
qu'elle est aujourd'hui davantage soutenue par la consommation et
l'investissement que par la demande extérieure. Cela n'empêche pas le
Gouvernement - mais ainsi le veut le contexte général de la discussion du
projet de loi de finances - de réduire le rythme de croissance de la dépense
publique, puisque celui-ci a été fixé à 1 % en volume sur les trois prochaines
années dans le document de programmation des finances publiques adressé par la
France à Bruxelles voilà six mois.
Je n'ai pas l'intention de m'engager davantage dans cette discussion, mais je
me devais de faire ce rappel.
S'agissant de la procédure budgétaire, j'ai bien noté que plusieurs d'entre
vous, le rapporteur spécial, M. Badré, le président de la délégation du Sénat
pour l'Union européenne, M. Haenel, et Mme Bidard-Reydet ont regretté le
caractère un peu particulier et contraint de notre discussion d'aujourd'hui.
M. Hubert Haenel,
président de la délégation du Sénat pour l'Union européenne. Oui !
M. Pierre Moscovici,
ministre délégué. Il est vrai que ce débat est très utile et je tiens à
remercier l'ancien ministre du budget qui l'a institué.
Je conviens toutefois qu'il revêt des aspects un peu insatisfaisants, puisque
le budget communautaire est en fait délibéré par l'organe législatif de l'Union
européenne, c'est-à-dire par le Conseil et le Parlement européens.
Je suis, pour ma part, tout à fait favorable à une association plus étroite
des parlements nationaux, et donc du parlement français, à cette procédure qui
me paraît souhaitable.
Au titre de l'article 88-4 de la Constitution, le Sénat et l'Assemblée
nationale sont d'ailleurs destinataires de l'avant-projet préparé par la
Commission et du projet de budget élaboré par le Conseil.
M. Denis Badré,
rapporteur spécial. Mais pas par le Parlement !
M. Pierre Moscovici,
ministre délégué. Peut-être puis-je renouveler ici une proposition que
j'avais faite devant l'Assemblée nationale.
J'avais suggéré, en effet, d'étoffer le volet consacré à l'Union européenne
lors du débat d'orientation budgétaire qui a eu lieu en juin dernier, donc
avant l'adoption du projet de budget par le Conseil en juillet.
Je renouvelle devant la Haute Assemblée cette suggestion, qui permettra la
tenue d'une discussion en amont sur ce que doivent être les priorités
budgétaires de l'Union européenne.
J'en viens au fond.
Le projet de budget communautaire pour 2000 inaugure la mise en oeuvre des
nouvelles perspectives financières décidées en mars dernier au Conseil européen
de Berlin.
Ma première réflexion sera pour dire que ce projet de budget montre à
l'évidence que le « paquet » financier de Berlin est un bon « paquet » pour la
France. Je remercie le président de la délégation du Sénat pour l'Union
européenne d'en avoir donné acte aux autorités françaises, qui ont travaillé de
concert avec le Président de la République et le Gouvernement, comme il est de
règle en ces matières.
Nos retours sont stabilisés, voire en légère augmentation, dans le cadre d'un
budget d'ensemble qui reste maîtrisé.
Le budget de la PAC, la politique agricole commune, est stabilisé, avec
néanmoins - mais j'y reviendrai - une montée en régime du « deuxième pilier »
de la PAC, entièrement consacré, grâce à l'initiative française, au
développement rural et à la déclinaison territoriale du concept de «
multifonctionnalité », auquel nous sommes attachés et que nous défendons dans
le cadre des négociations de l'OMC, l'Organisatisation mondiale du commerce.
Les fonds structurels sont globalement en augmentation de 6,5 % pour les
Quinze. Je l'indique à M. Bernard Joly avant d'y revenir : les retours de la
France sont stabilisés à environ 100 milliards de francs, soit exactement le
volume des crédits dont la France disposait au titre de la programmation
d'Edimbourg, même si la répartition de ces fonds a effectivement changé assez
profondément, comme le savent tous les élus ici présents.
Enfin le budget communautaire reste globalement maîtrisé, avec une croissance
limitée à 2,8 % en valeur pour 2000.
La contribution française augmentera à un rythme légèrement plus soutenu de
3,7 %, mais sans réelle discontinuité par rapport aux évolutions
antérieures.
L'augmentation de notre effort, qui est significative tout en restant à mon
sens raisonnable, résulte notamment de la montée en régime de la ressource
assise sur le PNB, en lieu et place de la ressource dégagée par la TVA, ce qui
permettra de rendre un peu plus équitable le système de ressources propres de
l'Union européenne, conformément à l'esprit des décisions de Berlin sur le
volet des ressources propres. Nous avons résisté à la thèse au juste retour
sans pour autant la battre totalement en brèche.
A Berlin, nous avons donc remis de l'ordre dans les finances de l'Union
européenne. C'était un préalable indispensable pour remettre l'Europe elle-même
en ordre de marche. Je veux féliciter le chancelier Gerhard Schröder, qui a
prononcé hier un beau discours européen à l'Assemblée nationale, de l'avoir
compris dès le tout début de l'année.
J'apporte également mon appui à MM. Haenel et Badré, qui ont manifesté leur
opposition aux demandes de modification des perspectives financières formulées
par certains élus du Parlement européen.
Soyons clairs : une réouverture de l'Agenda 2000 ne pourra se faire qu'à notre
détriment, il faut tous en avoir conscience.
Par ailleurs, on comprendrait mal que le Parlement européen demande à modifier
l'accord interinstitutionnel sur les nouvelles perspectives financières déjà
signé par le Parlement sortant en juin dernier. S'il faut assurer la continuité
de l'Etat, il faut aussi veiller à garantir la continuité parlementaire.
Je réponds donc à Mme Bidard-Reydet qu'à mon sens, dans le trilogue en cours,
le Parlement européen doit faire preuve d'esprit de responsabilité. Il n'est
pas acceptable - et il ne sera pas accepté - que le Parlement européen prenne
en quelque sorte en otage les perspectives financières de la période 2000-2006
pour obtenir une majoration des dépenses non obligatoires du budget pour
2000.
Remettre l'Europe en marche, disais-je, cela signifie d'abord que cette
dernière a réussi à se donner les moyens d'assumer les responsabilités
internationales nouvelles qui sont les siennes dans les Balkans à la suite de
la tragédie du Kosovo.
Par ailleurs, l'Union européenne a décidé de faire face aux défis qui
l'attendent.
Il s'agit d'abord, et j'y reviendrai, de la réussite du processus
d'élargissement avec la proposition d'un mouvement beaucoup plus inclusif.
Il s'agit aussi de l'indispensable réforme des institutions européennes
préalable à l'élargissement, selon le souhait exprimé par la représentation
nationale, avec la convocation toute prochaine d'une nouvelle Conférence
intergouvernementale.
Il s'agit encore des progrès vers l'Europe de la défense, avec notamment la
fusion Aérospatiale-Matra-Dasa et l'approfondissement du travail
franco-britannique et franco-allemand amorcé voilà un an et confirmé à travers
deux sommets qui se sont tenus dans la dernière semaine.
Il s'agit également de la poursuite des efforts pour bâtir l'Europe de
l'emploi et de la croissance avec le sommet spécial prévu à Lisbonne en mars
prochain, afin de donner enfin de la chair, au Pacte européen pour l'emploi
adopté à Cologne.
Il s'agit enfin de la préparation du prochain cycle de négociations
commerciales multilatérales qui s'est ouvert à Seattle.
Plusieurs d'entre vous ont évoqué ce point. Résistant pour ma part à la
tentation de m'étendre sur ce sujet, je me contenterai de souligner ici que,
quoi qu'il arrive, l'Union européenne aborde ce sommet de l'OMC plus unie que
jamais par le passé et qu'elle est prête soit à proposer sa propre vision de la
mondialisation, soit à résister à une vision de la mondialisation qui lui
serait hostile.
L'avenir de l'Europe dépend évidemment de ces grands chantiers. Vous ne serez
donc pas étonnés qu'ils constituent le coeur des priorités de la présidence
française au second semestre de l'an 2000, priorités fixées - cela va de soi -
en totale harmonie entre le Président de la République et le Premier
ministre.
Avant d'entrer plus avant dans le vif du sujet, je voudrais remercier M.
Philippe Marini, rapporteur général du budget de l'Etat, M. Denis Badré,
rapporteur spécial de la commission des finances, ainsi que M. Hubert Haenel,
président de la délégation pour l'Union européenne, qui exerce en permanence,
en particulier en application de l'article 88-4 de la Constitution, la
vigilance du Sénat sur les actes de l'Union européenne et leur traduction en
droit interne, ainsi que sur l'action du ministre délégué chargé des affaires
européennes.
Je tiens, en premier lieu, à vous donner quelques éléments d'information sur
la manière dont la procédure budgétaire communautaire s'est déroulée jusqu'à
aujourd'hui.
La Commission a présenté son avant-projet de budget pour 2000 en mai dernier,
en progression de 4,7 % en crédits de paiement par rapport au budget de 1999.
En engagements, l'avant-projet de budget marquait au contraire une baisse de
4,4 % en raison du niveau exceptionnellement élevé des crédits d'engagements
des fonds structurels en 1999, dernière année de la programmation
d'Edimbourg.
Lors du Conseil budget du 16 juillet dernier, les Quinze ont ramené la
progression des paiements à un taux plus raisonnable de 2,8 %, soit une
augmentation en volume de 0,8 %, compte tenu d'une inflation communautaire
évaluée à 2 %.
Cet ajustement a été obtenu essentiellement à travers un abattement
forfaitaire de 375 millions d'euros sur les dépenses de marché de la PAC, d'une
part, et à travers une économie de 1 milliard d'euros sur les fonds
structurels, d'autre part, qui résulte de l'adoption du nouveau règlement «
fonds structurels ».
La deuxième lecture du Conseil budget, intervenue jeudi dernier, n'a apporté
que des retouches marginales à ce projet de budget, en dehors de la révision
des besoins au titre de la reconstruction du Kosovo pour l'an 2000, fixés
désormais à 360 millions d'euros, au lieu de 500 millions d'euros en juillet
dernier. Cet ajustement de 140 millions d'euros tient compte tout simplement
des capacités d'absorption de l'économie kosovare, évaluées récemment par la
Banque mondiale dans le cadre des travaux de la Conférence des donateurs.
Comme l'a souligné M. Haenel, il s'agit bien évidemment d'un simple ajustement
technique auquel il ne faut pas donner de sens politique. Ce n'est assurément
pas, mesdames, messieurs les sénateurs, une révision déchirante de notre
engagement au Kosovo - il demeure intact - qui serait bien sûr choquante et
même inacceptable.
Avec un taux de progression en volume de 0,8 %, le projet de budget de l'Union
européenne pour 2000 évolue à un rythme compatible avec l'objectif général de
stabilisation en francs constants des dépenses de l'Etat pour 2000.
Compte tenu du système de ressources de l'Union européenne, l'évaluation de
notre contribution au budget de l'Union européenne s'établit à 98,5 milliards
de francs. Cette contribution représentera 6,2 % du produit attendu des
recettes fiscales nettes de l'Etat pour 2000, contre une estimation à ce jour
de 6 % pour 1999.
J'en viens, à présent, au fond du projet de budget pour l'an 2000 adopté par
le Conseil.
Les crédits de la politique agricole commune s'établissent à 40,5 milliards
d'euros, soit une augmentation de 0,2 % par rapport à 1999.
Au sein de cette masse financière, les crédits de développement rural
s'élèvent à 3,6 milliards d'euros. Conformément aux décisions de Berlin,
encouragées par la France, ces crédits regroupent de façon désormais beaucoup
plus cohérente l'ensemble des actions de développement rural, y compris celles
qui étaient traditionnellement financées dans le cadre de la politique
structurelle. Les politiques de développement rural, véritable « deuxième
pilier » de la PAC, visent à prendre pleinement en compte la ruralité dans
toutes ses dimensions : non seulement la dimension agricole, mais aussi les
dimensions sociale et environnementale. Ce « deuxième pilier » de la PAC était,
comme vous le savez, au coeur de la réforme décidée à Berlin, centrée sur le
renforcement de la multifonctionnalité. Il est normal qu'il trouve une pleine
traduction budgétaire dès 2000, et nous nous en réjouissons.
Mme Bidard-Reydet est revenue sur ce que nous avons décidé en matière de PAC,
à Berlin : nous avons certes accepté des baisses de prix, modérées à l'époque ;
mais nous avons indiqué clairement - cela n'a d'ailleurs pas été facile à
obtenir - que cette réforme de Berlin serait la base de notre position pour les
négociations de l'OMC qui se sont ouvertes hier, avec les difficultés que l'on
connaît. Je voudrais vous redire que, solidement appuyés sur Berlin, nous
abordons ces négociations sur le volet agricole dans une bonne posture ; mais
nous n'accepterons aucune offensive, qu'elle émane des Etats-Unis ou du groupe
de Cairns, contre la politique agricole commune réformée pour être compatible
avec les règles de l'échange mondial.
Les dépenses de marché de la PAC sont en réduction de 2,3 %, essentiellement
du fait de la suppression de l'avance consentie au titre de l'aide aux
oléagineux, qui entraîne une économie de 1,2 milliard d'euros dans le projet de
budget pour 2000. Cette mesure technique de trésorerie résulte de l'alignement
du régime des oléagineux sur celui des céréales, décidé à Berlin.
La rubrique 2 du budget communautaire, consacrée à la politique structurelle,
a fait l'objet d'un accord politique à Berlin même, l'enveloppe globale des
crédits pour la période 2000-2006 étant arrêtée à 213 milliards d'euros. Cette
enveloppe représente une augmentation de 6,5 % par rapport à la programmation
précédente, qui va se clore dans quelques semaines. Elle correspond à un effort
financier important de l'Union européenne, indispensable pour maintenir la
cohésion économique et sociale d'un ensemble démographique vivant désormais
avec la même monnaie. Pour reprendre l'expression de Jacques Delors, les Quinze
ont fait preuve « d'esprit de famille » à Berlin. Chaque pays de l'Union
européenne, en particulier les pays du Sud, peut continuer à être directement
intéressé au développement des actions communautaires, à travers notamment les
programmes d'objectif 1 et les financements du fonds de cohésion.
La France, qui est la deuxième puissance économique de l'Union européenne, a
pris sa part de cet effort de solidarité communautaire, puisqu'elle verra la
population métropolitaine couverte par les zonages d'objectif 2 diminuer d'un
quart.
Mais la France est aussi un pays qui, à bien des égards, a besoin que la
solidarité communautaire s'exerce à son bénéfice. Ainsi, ses retours au titre
des départements d'outre-mer augmenteront, pour s'établir à plus de 21
milliards de francs sur la prochaine période. Par ailleurs, elle sera le
principal bénéficiaire, avec l'Allemagne, du nouvel objectif 3, consacré
entièrement à l'emploi et à la cohésion sociale, et qui doit être pleinement
mobilisé, en appui aux actions en faveur de l'emploi menées par l'Etat, les
collectivités locales, ou encore par les acteurs de l'économie sociale.
C'est pourquoi je tenais à rassurer M. Joly sur la globalité de nos retours en
fonction de l'Union européenne. On ne peut pas dire que la France dans son
intégralité a été pénalisée par les décisions de Berlin, même si ces dernières
impliquaient, en termes d'objectif 2, des restructurations qui ont d'ailleurs
été menées en concertation avec les élus locaux.
Je souligne, par ailleurs, que le
phasing out, ou périodes
transitoires, sera très étalé pour la Corse et le Hainaut. Ces régions ne
basculeront dans l'objectif 2, si elles satisfont aux critères, qu'au terme
d'un délai de six ans. Par ailleurs, la Corse va rester intéressée par les
programmes
interreg et
urban. Je crois que, là encore, nous nous
en sortons de façon assez convenable.
En définitive, la France verra ses retours globalement reconduits de période
sur période autour de 100 milliards de francs.
Le projet de budget pour 2000 fixe, au total, le montant des crédits
structurels à 32,7 milliards d'euros en crédits d'engagement et 31 milliards
d'euros en crédits de paiement, soit une progression de 1,8 %. Cela permettra
d'apurer la moitié environ des restes à liquider au titre du paquet Delors II,
de mettre en place immédiatement l'avance de 3,5 % sur les futurs programmes et
de prévoir les paiements nécessaires pour couvrir les crédits d'engagement
ouverts en l'an 2000.
Les autres politiques internes, regroupées traditionnellement dans la rubrique
3 du budget communautaire, ont fait l'objet d'une attention particulière dans
le cadre de la programmation de Berlin, même si cela été un peu occulté par les
réformes importantes de la PAC et des fonds structurels qui constituaient le
coeur de l'Agenda 2000 et dont je viens de parler.
En effet, le plafond de ces dépenses de la rubrique 3 progressera de 11,3 % en
euros constants entre 2000 et 2006, notamment pour tenir compte de la
communautarisation d'une partie du « troisième pilier » relatif à la justice et
aux affaires intérieures, prévue par le traité d'Amsterdam et qui a reçu un
début de mise en oeuvre lors du Conseil européen extraordinaire de Tampere.
J'en profite, monsieur Ferrand, pour vous dire que cette dimension de la
justice et des affaires intérieures, dimension fondamentale pour l'Europe
citoyenne que vous avez appelée de vos voeux, est de plus en plus prise en
compte. Ainsi, les décisions prises à Tampere devront être exécutées selon un
calendrier précis, d'ores et déjà établi, et la présidence française aura à
coeur et à charge de leur donner une traduction extrêmement forte.
Pour l'an 2000, les crédits de la rubrique 3 seront stables, avec 5,8
milliards d'euros en crédits d'engagement, soit précisément le même niveau
qu'en 1999. Pour autant, les Quinze ont réaffirmé nettement les priorités que
constituent, au sein de cette rubrique 3, la recherche, d'une part, les réseaux
transeuropéens, d'autre part.
Les crédits de recherche augmentent ainsi de 5,2 % en engagements pour
s'établir à 3,6 milliards d'euros ; les interventions seront concentrées autour
de quatre priorités thématiques principales, de manière à répondre aux
critiques émises, en partie par nous, sur le précédent programme cadre de
recherche et développement, le PCRD.
Les réseaux transeuropéens voient leurs crédits augmenter de 12 % en
engagements, pour s'établir à 656 millions d'euros, ce qui devrait permettre
une politique d'investissement, avec notamment le concours de la Banque
européenne d'investissement, à la hauteur de ce que nous souhaitons.
J'en viens maintenant aux actions extérieures de l'Union européenne,
financées au sein de la rubrique 4, dotée de 4,6 milliards d'euros en
engagements et de 3,4 milliards d'euros en paiements dans le projet de budget
pour 2000.
Cette enveloppe permettra de financer l'ensemble des programmes d'action
extérieure de l'Union européenne, notamment la politique méditerranéenne, la
coopération avec les nouvelles républiques indépendantes issues de l'éclatement
de l'Union soviétique et la coopération avec l'Amérique latine.
Mais la rubrique 4 autorise, au-delà de la continuité des actions
traditionnelles de l'Union européenne, le financement d'un plan d'aide à la
région des Balkans.
Sur l'initiative de la délégation française, le Conseil a décidé la création
d'une réserve de 360 millions d'euros destinée à financer la reconstruction du
Kosovo proprement dit, ainsi que d'une enveloppe de 420 millions d'euros pour
les autres types d'intervention, notamment l'aide alimentaire et l'aide
humanitaire, indispensables pour favoriser la stabilisation des Balkans dans
leur ensemble.
C'est donc un effort de près de 800 millions d'euros qui était indispensable
pour que l'Union européenne assume ses responsabilités nouvelles dans les
Balkans. Il a été heureusement consenti.
J'ajouterai encore un mot sur l'aspect budgétaire proprement dit, pour dire,
notamment à M. Badré, que le financement de l'élargissement est, comme il le
sait, prévu dans les rubriques 7 et 8 du budget pour plus de 40 milliards
d'euros sur la période 2000-2006. Il est prévu dans une rubrique à part en
attendant une imputation plus précise dès que les adhésions interviendront
effectivement. Je crois, monsieur Haenel, que nous conserverons la même
structure pour l'année 2001, voire 2002.
M. Denis Badré,
rapporteur spécial. Encore un ou deux budgets...
M. Pierre Moscovici,
ministre délégué. Je n'irai pas plus loin, car je sais qu'il y a ici de
chauds partisans d'un élargissement rapide ; j'en suis d'ailleurs, même si je
souhaite un élargissement maîtrisé.
Pour terminer, je resituerai, en quelques mots, la présentation du budget
communautaire dans la perspective des échéances qui nous attendent, notamment
la présidence française.
J'évoquais dans mon propos introductif les trois principaux chantiers qui
seront au coeur de notre présidence : l'élargissement, la réforme des
institutions, la stratégie européenne pour la croissance et l'emploi. J'y
reviens brièvement.
Le premier chantier est la stratégie européenne pour la croissance et
l'emploi.
A Cologne, sur l'initiative de la présidence allemande, qui reprenait aussi
des concepts français, les Quinze ont lancé un pacte européen pour l'emploi, ce
qui, madame Bidard-Reydet, allait dans le sens de la priorité que la France a
donné à son action pour l'Europe depuis Amsterdam, en 1997, à savoir la
réorientation de la construction européenne en faveur de la croissance et de
l'emploi.
Les conclusions de Cologne ont permis de réaliser une première synthèse des
engagements antérieurs de l'Union européenne. C'est leur principal mérite, mais
aussi leur principale limite. En effet, à l'évidence, avec plus de 17 millions
de chômeurs encore dans l'Union européenne, il nous faut faire des pas
supplémentaires dans ce rééquilibrage de la construction européenne.
C'est la raison pour laquelle le Gouvernement souhaite travailler en étroite
liaison avec le Portugal, qui assumera la présidence de l'Union européenne à
partir de janvier prochain et qui a pris l'engagement de réunir un sommet
social européen spécial à Lisbonne, les 23 et 24 mars prochains.
Je tiens à dire à M. Angels que, comme lui, nous avons une ambition élevée
pour ce sommet : nous souhaitons en effet, dans la lignée de tout ce que nous
avons fait depuis 1997, le développement d'une politique européenne pour
l'emploi.
Nous avons eu des premiers échanges avec le Gouvernement portugais, notamment
à l'occasion de la visite en France d'Antonio Guterres, le Premier ministre de
ce pays. Pour notre part, nous considérons qu'un dépassement qualitatif de la
démarche de Luxembourg sur l'emploi passe par trois initiatives.
Tout d'abord, il faut réfléchir à l'enrichissement des lignes directrices pour
l'emploi adoptées à Luxembourg. Il faut aussi remettre cette démarche
coordonnée sur l'emploi au coeur de la coordination des politiques économiques,
et, à cet égard, je crois que nous pouvons pousser encore plus loin les actions
qui ont été engagées depuis plus de deux ans et demi maintenant, notamment sur
l'initiative de Dominique Strauss-Kahn.
Enfin, il nous faut créer un espace de dialogue social européen, à travers la
création d'un forum économique et social associant les gouvernements des
Quinze, les organisations syndicales et patronales, la Commission et la Banque
centrale européenne autour d'une réflexion collective sur les mutations
économiques et sociales qui travaillent en profondeur l'espace européen et qui
doivent trouver, c'est vrai, une réponse plus appropriée aussi à ce niveau.
Le deuxième chantier essentiel dont plusieurs d'entre vous ont parlé est
l'élargissement.
Comme vous le savez, nous sommes un peu à la croisée des chemins. Six
négociations ont été engagées au mois de mars 1998, avec la Pologne, la
Hongrie, la République tchèque, l'Estonie, la Slovénie et Chypre. Elles se
poursuivent à leur rythme, sans difficultés insurmontables à ce stade ; mais il
est vrai aussi que les secteurs les plus difficiles - je pense notamment à
l'agriculture, mais aussi à la politique sociale, à la fiscalité ou à
l'adoption de la monnaie unique - n'ont pas encore été ouverts à la
négociation. A cet égard, il nous faut reconnaître que les vraies difficultés
sont devant nous.
Or, dans le même temps, la Commission européenne a publié un certain nombre de
rapports concernant notamment les progrès effectués par les cinq autres pays
candidats, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas encore entrés en négociation mais
qui - chacun le comprend ici - aspirent à le faire le plus rapidement possible.
Ce que j'en retiens, c'est que la Commission recommande au Conseil européen qui
se tiendra la semaine prochaine à Helsinki d'ouvrir, en l'an 2000, les
négociations avec tous ces pays, c'est-à-dire la Lettonie, la Lituanie, la
Slovaquie, mais aussi la Roumanie et la Bulgarie, ainsi que Malte.
J'observe enfin que la Commission recommande que l'Union européenne accorde à
la Turquie le statut plein et entier de candidat à l'adhésion, même si,
naturellement, cette candidature turque devra être appréciée au regard des
efforts que ce pays doit encore accomplir, en ce qui concerne notamment le
respect des droits de l'homme, des normes démocratiques et de l'état de
droit.
Nous cherchons en ce moment même une solution pour permettre à la fois de
reconnaître ce statut de candidat à la Turquie et aussi de donner à nos amis
grecs les garanties légitimes qu'ils sont en droit d'attendre pour que cette
candidature soit aussi un facteur durable d'amélioration des relations
gréco-turques.
J'observe en outre qu'il n'y a pas d'accélération du calendrier de
l'élargissement, mais qu'il y a une obligation que se fixe l'Union européenne à
elle-même d'être prête le plus rapidement possible à accueillir en son sein de
nouveaux pays. A Helsinki, ne sera pas fixé un nouveau calendrier pour
l'adhésion : on ne dira pas que ce sera l'année 2003, 2004 ou 2005, mais
simplement que l'Union doit être prête à accueillir ces candidats au cours de
l'année 2002.
Enfin, le troisième chantier fondamental que je voulais aborder avec vous
concerne la réforme des institutions.
Je viens de préciser que nous ne serions pas favorables à Helsinki à une
accélération du calendrier. D'abord, je l'ai dit parce que nous récusons toute
fuite en avant dans le processus d'élargissement, mais aussi parce que nous
souhaitons que la réforme des institutions de l'Union, que vous avez consacrée
dans l'article 2 de la loi de ratification du traité d'Amsterdam, soit conduite
à son terme en préalable aux futurs élargissements de l'Union, sans y ajouter
la pression du calendrier.
Je ne vais pas insister ici sur le contenu détaillé de la réforme
institutionnelle que nous souhaitons, car nous aurons l'occasion d'en reparler.
Je dirai simplement que nous pensons absolument indispensable que la prochaine
conférence intergouvernementale trouve une réponse aux trois questions qui,
justement, ont été laissées en l'état à Amsterdam : je veux parler notamment de
l'extension du champ du vote à la majorité qualifiée. J'indique au passage à M.
Marini que je suis très conscient des causes du blocage actuel sur la fiscalité
de l'épargne, qui ressortissent à certains pays, essentiellement le
Royaume-Uni, et, dans une moindre mesure, le Luxembourg. En conséquence, nous
militerons résolument, tout comme lui, pour le passage au vote à la majorité
qualifiée en matière fiscale à l'occasion de la prochaine conférence
intergouvernementale.
Dans un autre ordre d'idée, une deuxième question touche à la réforme de la
Commission et à la repondération des voix au sein du Conseil, sans laquelle une
extension de l'Union européenne à plus de quinze membres serait impossible. Il
reste maintenant à confirmer cette approche : ce sera l'un des enjeux du
Conseil européen d'Helsinki. Il faudra entamer la négociation sous la
présidence portugaise pour la conclure, nous l'espérons, sous la nôtre, en l'an
2000, à condition, comme le rappelait M. Haenel, que la barque ne soit pas trop
chargée. En effet, il peut y avoir contradiction entre le fait d'avoir une
ambition globale pour nos institutions et celui de souhaiter que l'on aboutisse
à une réforme rapide qui permette un élargissement tout aussi rapide.
Pour conclure, je me contenterai de rappeler que tous les chantiers que je
viens d'évoquer, qui sont implicitement contenus dans le projet qui vous est
soumis aujourd'hui, seront naturellement au coeur des priorités de la
présidence française qui s'ouvrira au 1er juillet 2000. Que pouvons-nous en
attendre ? Il nous reviendra de travailler à ces chantiers de manière
significative, voire, pour certains d'entre eux - je n'ai d'ailleurs pas évoqué
la défense - de les mener à leur terme.
La responsabilité particulière de notre pays dans la construction européenne
depuis cinquante ans devra nous amener à prendre les moyens nécessaires pour
consolider les bases d'une nouvelle phase de l'intégration européenne qui,
évidemment, prendra toute son ampleur dans les années 2000-2004.
Nous sommes attendus ; nous voulons être à la hauteur de cette attente, mais
nous voulons aussi, dans l'approche de notre présidence, nous garder de toute
forme « d'arrogance française ».
Tout en étant réalistes et ouverts au travail avec tous nos partenaires
européens, nous voulons réussir ce grand rendez-vous de 2000. Nous devons être
capables de concevoir, tout à la fois une Union européenne qui enrichisse les
politiques communes menées à quinze, une Union qui se montre accueillante aux
demandes d'adhésion de pays très proches de nous, une Union capable de
maîtriser son destin et d'exister sur la scène internationale, y compris sur le
plan de la défense, enfin, une Union qui puisse fonctionner comme une puissance
politique, même à vingt ou vingt-cinq Etats membres.
Ce sont là des défis considérables pour notre pays. Je suis confiant, car je
sais qu'il saura les relever avec les énergies de tous ceux qui voudront bien y
concourir, afin de répondre aux attentes de tous ceux qui, en France, dans les
autres pays de l'Union, dans les pays d'Europe centrale et orientale,
n'envisagent pas leur avenir sans une Union européenne forte.
(Applaudissements sur les travées socialistes et du RDSE, ainsi que sur
certaines travées de l'Union centriste, du RPR et des Républicains et
Indépendants.)
M. Hubert Haenel.
Très bien !
M. le président.
Personne ne demande la parole ?...
Je mets aux voix l'article 35.
(L'article 35 est adopté.)
M. Michel Charasse.
A l'unanimité !
Mme Danielle Bidard-Reydet.
Avec l'abstention du groupe communiste républicain et citoyen !
M. le président.
Mes chers collègues, nous allons maintenant interrompre nos travaux ; nous les
reprendrons à quinze heures.
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à onze heures trente-cinq, est reprise à quinze heures,
sous la présidence de M. Guy Allouche.)