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HERRIOT Edouard

Ancien sénateur du Rhône

  • IIIème République

    Ancien sénateur de la
    IIIe République

Election

  • Elu le 11 août 1912
  • Fin de mandat le 23 décembre 1919 ( Démissionnaire )

Extraits de la table nominative :

Biographie

1889-1940  (Extrait du «Jean Jolly»)

1889-1940

HERRIOT (EDOUARD, MARIE), né le 5 juillet 1872 à Troyes (Aube).

Sénateur du Rhône de 1912 à 1919.

Député du Rhône de 1919 à 1942.

Ministre des Transports, des Travaux Publics et du Ravitaillement du 1er décembre 1916 au 18 mars 1917, Président du Conseil et ministre des Affaires Etrangères du 14 juin 1924 au 10 avril 1925.

Président du Conseil et ministre des Affaires Etrangères du 19 au 21 juillet 1926.

Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts du 23 juillet 1926 au 6 novembre 1928.

Président du Conseil et ministre des . Affaires étrangères du 3 juin au 14 décembre 1932.

Ministre d'Etat du 9 février 1934 au 22 janvier 1936.

Edouard Herriot naquit à Troyes le 5 juillet 1872, d'une famille originaire des Vosges. Son grand-père, retraité comme caporal, avait épousé une lingère. Son père avait fait, en 1859, la campagne d'Italie et en avait rapporté une passion pour les lettres anciennes. La guerre de 1870 l'avait profondément marqué. « Toute mon enfance a été formée au récit des malheurs de l'Alsace » a pu écrire Herriot.

Herriot, enfant, passait ses vacances à Saint-Pouange, près de Troyes, chez un oncle curé qui lui fit découvrir l'humanisme chrétien et lui enseigna la tolérance. « Lorsque j'ai perdu toute croyance, je n'ai pas désavoué ces souvenirs », lisons-nous dans cette autobiographie intitulée Pourquoi je suis radical-socialiste.

Sa culture ancrée sur des bases solides acquises au lycée de La Roche-sur-Yon, trouve son plein épanouissement, d'abord au collège Sainte-Barbe, où il bénéficie d'une bourse et où il a pour compagnons Péguy et Jérôme Tharaud, puis à l'Ecole normale supérieure où il entre en 1894. Il est reçu premier à l'agrégation, à 22 ans.

Pendant son année de service militaire, il écrit, pour l'Académie des sciences morales et politiques, un mémoire sur le sujet mis par elle au concours : Philon le Juif, essai sur l'Ecole juive d'Alexandrie.

Après avoir été chargé d'une classe de 3e au lycée de Nantes, Herriot est nommé, en 1896, professeur au lycée Ampère à Lyon. Dans sa classe de rhétorique, il a pour élève Edouard Daladier. Il écrit sa thèse de doctorat : Madame Récamier et ses amis. Il est chargé par la ville de Lyon d'un cours public dont l'essentiel se retrouve dans son Manuel d'histoire littéraire. Une de ses élèves, issue de la bourgeoisie lyonnaise, Mlle Marie-Blanche Repitel, devient sa femme en 1899.

Avec quelques collègues du lycée et de la Faculté, Herriot s'est inscrit au comité radical du VIe arrondissement de Lyon, mais c'est la lettre de Zola sur « l'affaire » qui le jette dans l'action politique. Il s'inscrit à la Ligue des Droits de l'Homme.

Son admiration pour Jaurès, dont il conduira le corps au Panthéon, ne va cependant pas jusqu'à le faire entrer dans les rangs socialistes. Son programme sera « de réaliser le plus possible d'égalité et de justice... sans instituer des dogmes démentis par les faits ».

Elu conseiller municipal en mai 1904, Herriot devient maire de Lyon le 5 novembre 1905. Il le restera, sauf une interruption d'un mois, jusqu'à sa mort. Conseiller général du Rhône en 1910, Herriot entre au Sénat en 1912. La guerre pose au maire de Lyon des problèmes de ravitaillement et Clemenceau le soumet à une enquête - qui le lavera de tout soupçon - sur la façon dont il les a résolus.

Toute sa vie, Herriot se consacra à la prospérité de sa ville et y déploiera ses dons d'administrateur : il entreprend l'aménagement du Rhône, le barrage de Génissiat, la onstruction de ponts ; il fait aménager en 1910 un terrain d'aviation qui deviendra l'aérodrome de Bron ; renouant avec une très ancienne tradition lyonnaise, il lance, en 1916, la foire de Lyon ; il construit, selon une conception révolutionnaire pour l'époque, l'hôpital qui porte son nom, Maison des mères, Ecole d'agriculture, Office municipal d'orientation professionnelle, constructions scolaires, cours professionnels, lutte contre l'alcoolisme et la tuberculose témoignent de son sens social et toute son oeuvre lui vaut une popularité immense.

A la fin de l'année 1916, Herriot est appelé dans le 6e cabinet Briand comme ministre des Travaux publics, des transports et du ravitaillement. Il doit imposer la carte de pain.

En 1919, il est élu président du parti radical. Il le restera plus de 35 ans, sauf pendant deux périodes (1927-1931) et (1935-1938) où « la guerre des deux Edouard » favorisera Daladier.

Le 16 novembre 1919, Herriot est élu député du Rhône par 45.712 voix sur 156.075 votants. Sa liste, radicale-socialiste, ayant obtenu, avec une moyenne de 37.822 voix, deux sièges sur les douze à pourvoir.

A la Chambre « bleu horizon », il fait figure de leader de l'opposition. Il manifeste avec éclat son hostilité à la politique de coercition vis-à-vis de l'Allemagne, à l'occupation de la Ruhr ; il préconise l'introduction des lois laïques en Alsace et en Lorraine. Son premier grand discours est, le 16 novembre 1920, pour s'opposer au rétablissement de l'ambassade de France au Vatican.

Il se fait le champion de la Société des Nations et l'apôtre de la paix. Il est partisan de l'impôt sur le capital.

Les élections du 11 mai 1924 marquent le succès du cartel des gauches qui, dans le Rhône emporte tous les sièges avec 110.019 voix. Le second de la liste était Marius Moutet. Herriot obtient 112.293 voix sur 194.996 votants.

Après avoir refusé de former le gouvernement auquel Léon Blum n'aurait pas accordé la participation socialiste, Herriot - violemment irrité par le discours d'Evreux - fait voter par la Chambre une motion de défiance à l'égard du ministère François-Marsal qui contraint le Président Millerand à se démettre.

Il accepte, à la demande de Gaston Doumergue qui vient d'être élu Président de la République, de former le gouvernement et obtient, le 17 juin, là confiance de la Chambre. Il prend le portefeuille des Affaires étrangères. Herriot accède alors à la grande notoriété. Selon Jules Romains, il est le plus grand orateur français depuis Jaurès. Son érudition est immense, sa mémoire sans défaut. A ces qualités intellectuelles s'allient une vitalité prodigieuse et une chaleur humaine qui lui attirent la sympathie populaire. Sa silhouette massive, ses cheveux drus, son inséparable pipe dont les caricaturistes se sont emparés sont célèbres.

Dès le 21 juin, Herriot se rend à Londres auprès du Premier ministre de Grande-Bretagne, M. Ramsay Mac Donald. Il voudrait sortir la France de son isolement et lier la question des réparations allemandes à celles des dettes interalliées. Mais, à l'accord sentimental espéré par Herriot entre un radical et un travailliste, le Premier anglais oppose les rapports des experts ; aux demandes de garanties présentées en contrepartie de l'évacuation de la Ruhr, Mac Donald objecte les traditions politiques séculaires de la Grande-Bretagne. Herriot ne rapporte des Chequers qu'une sorte de « pacte moral de coopération continuelle ».

La Conférence de Londres, qui réunit, à partir du 16 juillet 1924, les puissances alliées et à laquelle les Allemands sont invités le 2 août, se sépare le 15 août après avoir prévu l'évacuation de la Ruhr et l'exécution par l'Allemagne des directives du Plan Dawes. Les annuités servies à la France à ce titre entre 1924 et 1930 représenteront 4 milliards de marks-or.

Malgré l'opposition de la droite, Herriot est acclamé par la foule à son retour de Londres. A la Chambre des députés, le 23 août 1924, le général Desticker, commissaire du gouvernement, affirme que le maréchal Foch avait formellement déclaré que l'occupation de la Ruhr n'intéressait pas la sécurité de la France. L'ordre du jour présenté par le cartel est adopté par 336 voix contre 204. Le 26 août, le Sénat vote la confiance par 204 voix contre 40, Poincaré et ses amis s'abstenant.

Herriot cherche alors la signature d'un pacte d'assistance mutuelle. Il se rend à Genève à la Ve assemblée de la Société des Nations, à la tête d'une délégation brillante où figurent Léon Bourgeois, Briand, Paul-Boncour, Henri de Jouvenel, Georges Bonnet, Léon Jouhaux. Le 5 septembre, Herriot se fait applaudir pour l'éloquence avec laquelle il démontre que la notion d'arbitrage doit être liée à celle de sécurité et de désarmement.

En octobre, le protocole pour le règlement pacifique des différends internationaux, établi sur ces bases, est voté à l'unanimité par l'assemblée générale de la S.D.N. Le 5 mars 1925, le nouveau cabinet britannique, conservateur, décide de rejeter ce protocole. Herriot déclare à Chamberlain, ministre des Affaires étrangères : « L'Allemagne vous fera la guerre dans dix ans ».

Le gouvernement Herriot avait, en octobre 1924, reconnu officiellement la République des Soviets.

Sur le plan intérieur, le décret du 16 janvier 1925 crée le Conseil national économique. Les Postes sont dotées d'un budget annexe et d'un programme de grands travaux. L'extension de la loi de 8 heures, l'admission gratuite des élèves dans les lycées et collèges comportant des places vacantes, la loi établissant la taxe d'apprentissage, témoignent de l'activité du cabinet Herriot dans le domaine social.

Cependant, la décision d'instituer en Alsace et en Lorraine l'école interconfessionnelle, succédant à la suppression de l'ambassade de France auprès du Vatican, crée au Parlement et dans le pays un malaise : manifeste des cardinaux, grève scolaire dans les trois départements, de l'Est, bagarres au quartier latin, autant de symptômes d'une dégradation de la situation politique.

En outre, la situation financière, déjà des plus critiques lors de la constitution du gouvernement, s'aggrave. Des divergences de vues se manifestent au sein du cabinet sur la nature de l'effort fiscal à demander au pays, divergences qui entraînent, le 3 avril 1925, la démission du ministre des Finances, Clémentel. Sept jours plus tard, le gouvernement est renversé au Sénat, la révélation du dépassement de la limite légale des avances au Trésor ayant soulevé une émotion considérable.

Le 22 août 1925, Herriot devient pour la première fois président de la Chambre, remplaçant Painlevé devenu lui-même président du Conseil.

Le 17 juillet 1926, il descend de son fauteuil pour combattre la demande de délégation de pouvoirs présentée par Caillaux, ministre des Finances du 10e cabinet Briand, en vue d'opérer le redressement financier et entraîne la chute du gouvernement. Le cabinet Herriot, appelé à le remplacer, ne peut obtenir la majorité à la Chambre le 21 juillet 1926, jour de sa présentation.

C'est alors que Poincaré forme son grand ministère « d'Union nationale » dans lequel Herriot accepte le portefeuille de l'Instruction publique et des Beaux-arts. Il le garde plus de deux ans et se consacre a sa grande idée de l'« école unique » qui devait faciliter aux enfants, quelles que fussent leur origine et la situation de fortune de leurs parents, l'accès aux disciplines supérieures. La loi de finances du 27 décembre 1927 accorde la gratuité dans les lycées de la 6e à la 3e.

Le Congrès radical d'Angers ayant prescrit, à l'instigation de Caillaux, le retrait des ministres radicaux, Herriot démissionne le 6 novembre 1928.

Réélu au premier tour des élections générales, le 8 mai 1932, comme il l'avait été le 22 avril 1928, Herriot forme, le 3 juin, son troisième cabinet. Il détient, en même temps que la présidence du Conseil, le portefeuille des Affaires étrangères. Il se rend à la Conférence de Lausanne où il parvient à empêcher l'annulation totale de la dette allemande et où il obtient la promesse du paiement d'un forfait de 3 milliards de marks-or.

Afin de rétablir l'équilibre budgétaire, Herriot diminue les dépenses militaires, augmente l'impôt sur le revenu, convertit les rentes, réduit les traitements et les soldes, suspend la péréquation des pensions et supprime celle des veuves remariées. Il tombe, le 14 décembre, pour ne pas avoir à renoncer à payer les dettes de l'Amérique. « Je n'accepte pas, déclare-t-il, d'être celui qui refusera d'honorer la signature de la France. »

Herriot devient président de la commission des affaires étrangères de la Chambre. Il voyage en Hongrie, en Bulgarie, en Turquie ; il confère avec Roosevelt aux Etats-Unis, en avril 1933.

Il écrit de nombreux ouvrages, en particulier : Dans la forêt normande, La porte océane, et une Vie de Beethoven très remarquée.

Au lendemain du 6 février 1934, il entre comme ministre d'Etat dans le « cabinet de trêve » constitué par Doumergue, avec le maréchal Pétain au ministère de la Guerre et Tardieu également ministre d'Etat.

Le scandale Stavisky, l'arrivée au pouvoir de Hitler, les crises ministérielles fréquentes incitent le président Doumergue à envisager la réforme des institutions, en prévoyant un exécutif fort, doté du droit de dissolution, et bénéficiant seul de l'initiative des dépenses. Le congrès radical-socialiste de Nantes s'oppose à ces réformes et, le 8 novembre 1934, Herriot et Georges Bonnet refusent de présenter un projet de « douzièmes provisoires » et quittent le cabinet, entraînant la démission du président du Conseil.

Herriot est ministre d'Etat dans les cabinets Flandin, Bouisson et Laval qui se succéderont jusqu'au 22 janvier 1936. Après l'agression italienne contre l'Ethiopie, Herriot accompagne Laval à Genève, à la Société des Nations, et voit celui-ci éviter à l'Italie les sanctions économiques et militaires.

C'est sur son initiative qu'est signé le traité franco-soviétique du 2 mai 1935.

Mis en cause au comité radical, Herriot donne sa démission de président du parti. Le 22 janvier, avec ses collègues radicaux, il quitte le gouvernement. Il n'y reviendra plus jamais.

Les élections des 26 avril et 3 mai 1936 ne lui assurent le succès qu'au deuxième tour, pour la première fois dans sa vie de député, par 5.386 voix contre 4.604. Il bénéficiait du désistement des candidats S.F.I.O. et communistes.

Il retrouve la présidence du parti radical ainsi que celle de la Chambre des députés. Il est « le vétéran des débats, des rites et des honneurs de la IIIe République » (Ch. de Gaules).

En juin 1940, Herriot se déclare favorable au transfert des pouvoirs publics hors de France. Le 17 juin, afin d'éviter la destruction des ponts par l'armée française, il obtient du maréchal Pétain que Lyon, où les Allemands s'apprêtent à entrer, soit déclarée ville ouverte.

A Vichy, il préside la séance du 9 juillet où est décidée la remise du pouvoir au maréchal Pétain. Après avoir défendu les députés embarqués sur le Massilia, il s'abstient volontairement, le 10 juillet, dans le scrutin accordant à Pétain les pleins pouvoirs pour la révision de la Constitution. Il avait déclaré, la veille : « Autour de M. le Maréchal Pétain, dans la vénération que son nom inspire à tous, notre nation s'est groupée en sa détresse. Prenons garde de ne pas troubler l'accord qui s'est établi sous son autorité. Nous aurons à nous réformer, à rendre plus austère une République que nous avions faite trop facile, mais dont les principes gardent toute leur vertu. »

Herriot, chef de parti, chef de gouvernement, grand maire, est l'auteur d'une oeuvre littéraire considérable. Outre les ouvrages déjà cités, il faut mentionner : La Russie nouvelle, Orient, La France dans le Monde, Agir, Lyon pendant la guerre, Sous l'olivier, Sanctuaires, Jadis, Lyon n'est plus.

De nombreux ouvrages ont été consacrés à Edouard Herriot. Mentionnons ceux de : Henri Besseige, Herriot parmi nous ; Michel Soulié, La vie politique d'Edouard Herriot, et Herriot, de P.-O. Lapie.

Extrait du « Dictionnaire des Parlementaires français », Jean Jolly (1960/1977)

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Photo de M. Edouard HERRIOT, ancien sénateur
Etat-civil
Né le 5 juillet 1872
Décédé le 26 mars 1957
Profession
Professeur
Département
Rhône
  • Mis à jour le 27 août 2014