Allez au contenu, Allez à la navigation

ROUVIER Maurice

Ancien sénateur des Alpes-Maritimes

  • IIIème République

    Ancien sénateur de la
    IIIe République

Election

  • Elu le 4 janvier 1903
  • Fin de mandat le 7 juin 1911 ( Décédé )

Extraits de la table nominative :

Biographie

1889-1940  (Extrait du «Jean Jolly»)

1889-1940

ROUVIER (PIERRE, Maurice), né le 17 avril 1842 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), mort le 7 juin 1911 à Neuilly-sur-Seine (Seine).

Représentant des Bouches-du-Rhône de 1871 à 1876.

Député des Bouches-du-Rhône de 1876 à 1885.

Député des Alpes-Maritimes de 1885 à 1903.

Sénateur des Alpes-Maritimes de 1903 à 1911.

Ministre du Commerce et des Colonies du 14 novembre 1881 au 27 janvier 1882.

Ministre du Commerce du 21 février 1883 au 30 mars 1885.

Président du Conseil et Ministre des Finances du 30 mai au 4 décembre 1887.

Ministre des Finances du 22 février 1889 au 28 novembre 1892.

Ministre des Finances du 7 juin 1902 au 18 janvier 1905.

Président du Conseil et Ministre des Finances du 24 janvier au 17 juin 1905.

Président du Conseil et Ministre des Affaires étrangères du 17 juin 1905 au 9 mars 1906.

(Voir première partie de la biographie dans ROBERT ET COUGNY, Dictionnaire des Parlementaires, t. V, p. 211.)

1889 : tournant dans l'histoire de la République : « commencement de la fin » du boulangisme.

Tournant aussi dans la vie de Rouvier : à 47 ans, le voici de nouveau au pouvoir, installé au poste-clé, celui de ministre des Finances.

Il a su se créer une réputation de technicien hors de pair, il représente l'idéal de l'opinion française moyenne. Il est donc devenu l'homme indispensable.

De fait, après une brillante réélection le 22 septembre 1889, par 9.715 voix contre 2.425 à son adversaire boulangiste, sur 21.616 inscrits et 12.143 suffrages exprimés, on le voit survivre à la chute du ministère Tirard, puis du ministère Freycinet, puis du ministère Loubet - inamovible, cela jusqu'en décembre 1892.

Son oeuvre de financier, durant cette période, est considérable ; elle devait être longtemps citée comme un modèle d'orthodoxie ; c'est le budget de 1891- entièrement son ouvrage - qui l'illustre le mieux : l'unité budgétaire rétablie par la suppression des budgets extraordinaires, véritables budgets autonomes, la trésorerie de la dette assainie grâce à un emprunt de consolidation en 3 % perpétuel que la confiance du public permit de couvrir seize fois, enfin l'équilibre financier assuré par un habile réaménagement des impôts - notamment de l'impôt foncier - et cela pour quinze ans 1 Le résultat ne se fait pas attendre : reprise des affaires, hausse sans précédent des rentes et des obligations, baisse des taux d'intérêt. La confiance est à son comble.

1892 sera l'année de la rente au pair, ce qui ne s'était pas vu depuis Louis-Philippe.

Presque simultanément, l'ironie de l'histoire fait exploser une mine : Panama. Désormais, les jours ministériels de Rouvier sont comptés. Les révélations, grossies par les rancoeurs, les ambitions ou la peur, vont bon train. La liste des « chéquards » est découverte. Rouvier est soupçonné, harcelé, et donne sa démission le 12 décembre. Immédiatement, la rente qui était au pair tombe à 95 F.

La suite est connue : la séance fiévreuse du 20 décembre au cours de laquelle est examinée et votée la levée de l'immunité parlementaire de cinq députés - dont Rouvier - impliqués dans la demande en autorisation de poursuites présentée par le procureur général.

Mais la puissance de Rouvier était trop bien assise, son influence trop étendue, les charges contre lui trop imprécises. Non seulement l'affaire aboutit pour lui à un non-lieu - prononcé le 7 février 1893 par la Chambre des mises en accusation, mais encore il fut aisément réélu dans son arrondissement de Grasse le 20 août, par 8.794 voix contre 5.629 à un candidat socialiste, sur 21.497 inscrits et 14.434 suffrages exprimés - plus heureux en cela que Clemenceau, son vieil adversaire (tous les ministères auxquels avait appartenu Rouvier : celui de Gambetta, le sien propre, ceux de Tirard et de Freycinet lui devaient leur chute) à qui Panama coûta son siège de député du Var et sa mise à l'écart pendant huit ans de la scène politique.

Pour Rouvier, ce fut seulement une mise en réserve. Constamment réélu : le 8 mai 1898, par 8.770 voix contre 7.041 sur 22.226 inscrits et 16.205 suffrages exprimés et le 27 avril 1902 par 4.055 voix contre 2.257 et 1.156 à ses concurrents sur 10.524 inscrits et 7.498 suffrages exprimés, il ne retrouva le pouvoir que cette même année, mais on peut dire qu'il l'exerça par personnes interposées car, redevenu en 1893 membre, et en 1894, président de la commission du budget, président en outre, de 1896 à 1902, de la commission de l'impôt sur le revenu (sans parler de diverses autres comme la commission de la réforme financière), il se trouvait en position de surveiller la façon dont ses successeurs au ministère des Finances suivaient les lignes directrices qu'il avait tracées et calquaient leur démarche sur la sienne.

A la remise en ordre des finances publiques qui se poursuit, il contribue lui-même directement en faisant adopter en 1901 un amendement d'une portée considérable qui limite l'initiative parlementaire en matière d'augmentation de dépenses en interdisant « toute proposition tendant, soit à des augmentations de traitement, d'indemnités ou de pensions, soit à des créations de services, d'emplois, de pensions, ou à leur extension en dehors des limites prévues par les lois en vigueur, sous forme d'amendement ou d'article additionnel au budget ». Mais, dans l'ensemble, il reste dans l'ombre.

Vient enfin l'heure du retour au pouvoir. Les élections de 1902 ayant marqué le triomphe du bloc des gauches, Combes constitue son ministère dans lequel Rouvier, rappelé aux Finances, doit servir de caution à l'égard des « intérêts ».

Lorsque après « l'affaire des fiches », le ministère Combes dut donner sa démission et qu'on ressentit le besoin d'abandonner la politique frénétique qui avait prévalu et qui avait causé sa chute et de renouer avec le réalisme, Rouvier qui, entre-temps, était passé de la Chambre au Sénat où il avait été élu le 4 janvier 1903 (par 267 voix sur 396 inscrits et 392 suffrages exprimés), se trouva-t-il tout naturellement désigné.

Le ministère Rouvier, constitué le 24 janvier 1905 correspondait aux mêmes combinaisons de forces politiques que le précédent ; la différence, c'est qu'il était exempt de tout caractère de combat et que d'un autre côté la liaison avec le monde des affaires y était beaucoup plus accentuée ; quand il en apprit la composition, Clemenceau jeta : « Ce n'est pas un ministère, c'est un conseil d'administration ».

Quoi qu'il en soit, Rouvier était dans la nécessité d'en terminer avec certaines questions héritées de son prédécesseur : la séparation de l'Eglise et de l'Etat surtout, mais aussi la réduction du service militaire à deux ans. La confiance fut accordée par 373 voix contre 99. La loi de deux ans fut définitivement votée le 21 mars. Quant à la séparation, elle le fut le 3 juillet, à la suite de trois mois de débats, desquels Rouvier se désintéressa complètement, mais qui établirent la réputation de Briand, rapporteur du projet.

En attendant, les difficultés venaient de l'extérieur. Rouvier avait conservé Delcassé qui, aux Affaires étrangères depuis 1898, avait l'oreille de l'opinion : le renforcement de l'alliance russe, le rapprochement avec l'Italie, « l'entente cordiale » avec l'Angleterre, l'accord avec l'Espagne pour faire le vide autour de l'Allemagne, cela ne pouvait que plaire à un peuple aspirant, dans son immense majorité, à une « revanche » que Delcassé jugeait inévitable. Accessoirement, il hâtait la pénétration française au Maroc en vue d'un éventuel protectorat, comme les conventions franco-anglo-espagnoles de 1904 nous en reconnaissaient le droit. C'est ce terrain que choisit la diplomatie allemande pour faire échec à ce dessein. Si l'on s'obstinait dans la voie prise par Delcassé, serait-ce la guerre ? Probablement. La France serait-elle en mesure d'y faire face ? Certainement pas. Le seul moyen de l'éviter c'était de céder : Rouvier décide de sacrifier Delcassé ; celui-ci désavoué par l'unanimité du Conseil des ministres donne sa démission.

Rouvier décide alors d'assumer pleinement la responsabilité de la politique qu'il vient de faire triompher en prenant lui-même le portefeuille des Affaires étrangères (tout en gardant, par personne interposée, la haute main sur les finances). Il est décidé, pour sauver ce qui peut être sauvé, à braver l'impopularité car, ainsi que devait le noter Anatole de Monzie, « les Français adorent la paix et ils méprisent les hommes d'Etat qui s'efforcent de la leur maintenir ». En juillet, un échange de lettres reconnaît à la fois le maintien de l'indépendance du Maroc et les « droits spéciaux » que la France y possède. C'était un succès. Mais un mois avant la fin de la Conférence d'Algésiras, Rouvier avait été renversé et c'est un gouvernement où figurait - triste dérision - Clemenceau qui en recueillit le fruit.

C'est là pour Rouvier la fin de son influence. Après l'intermède du ministère Sarrien, dont Clemenceau est déjà la personnalité dominante, c'est ce dernier qui va occuper le pouvoir d'octobre 1906 à juillet 1909 et avec lui, Caillaux, le nouveau grand argentier. Rouvier et sa sagesse commencent à dater et son élection, en 1909, à la présidence de la commission sénatoriale du budget où il est rentré en 1907, n'est qu'un hommage au passé.

Lorsqu'il mourut, le 7 juin 1911, à 69 ans, disparaissait avec lui le dernier, en même temps que l'un des plus brillants et des plus doués de ces représentants de « l'opportunisme » qui, à la suite de Gambetta avaient marqué de leur talent la IIIe République.

Extrait du « Dictionnaire des Parlementaires français », Jean Jolly (1960/1977)

Afficher le texte

Avertissement : les extraits de tables nominatives et biographies sont issus d'une reconnaissance automatisée des caractères ; merci de nous signaler toute erreur ou coquille.

Pour toute remarque, veuillez contacter : anciens-senateurs@senat.fr

Photo de M. Maurice ROUVIER, ancien sénateur
Etat-civil
Né le 17 avril 1842
Décédé le 7 juin 1911
Profession
Négociant
Département
Alpes-Maritimes
  • Mis à jour le 23 novembre 2014