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L'EUROPE AU PARLEMENT DE VICTOR HUGO A NOS JOURS



vendredi 6 avril 2007 - Palais du Luxembourg Journée d'études organisée au Sénat en partenariat avec le Comité d'Histoire Parlementaire et Politique et la participation de'Europartenaires

L'EUROPE JUSQU'AU TRAITÉ DE ROME

Présidence de Mme Sylvie Guillaume, professeur à l'université de Bordeaux III et à l'Institut universitaire de France

Grands témoins :
M. Jean François-Poncet, ancien ministre, sénateur de Lot-et-Garonne,
M. André Chandernagor, ancien ministre.

Mme Sylvie Guillaume

J'ai donc l'honneur d'ouvrir ce colloque et je voudrais adresser mes remerciements à Jean Garrigues qui préside le Comité d'histoire parlementaire et politique et à toute son équipe, car je sais combien l'organisation d'une telle journée est difficile. J'aimerais remercier également le Sénat - il est vrai que cette salle commence à nous devenir familière, nous y sommes toujours très bien reçus et très bien accueillis - et saluer la présence de M. le ministre Jean François-Poncet. Nous venons tous deux de l'Aquitaine, une région qui a été très longtemps excentrée par rapport à l'Europe jusqu'à ce que l'Espagne et le Portugal fassent partie de la Communauté.

Ce matin est le moment des historiens. En effet, on ne peut comprendre les interrogations actuelles et les doutes sur l'Europe si l'on ne revient pas, en quelque sorte, en arrière et surtout si l'on n'a pas conscience des difficultés rencontrées au fil de la construction européenne. Je m'adresse là plutôt aux jeunes qui sont dans la salle : contrairement à ma génération - qui plus est, j'ai des origines lorraines, c'est-à-dire d'une région très ballottée et au coeur des conflits -, les jeunes d'aujourd'hui comprennent mal les entraves à la circulation des hommes, mais aussi des idées, que pouvaient constituer le concept de frontière, le changement de monnaie, la suspicion dont la Prusse, devenue l'Allemagne, était entourée.

Nous assistons effectivement à une relative banalisation de l'Europe, ce qui la fragilise d'une certaine manière. Ma génération a vécu - en tout cas, en ce qui me concerne - les étapes de la construction européenne avec enthousiasme, car elle représentait pour nous la liberté, la paix entre les peuples et notamment entre la France et l'Allemagne. Nous prenions peut-être davantage la mesure - mais ce n'est pas la faute des nouvelles générations et je ne vais pas jouer les « anciens combattants » - des difficultés de cette construction de l'Europe.

C'est la raison pour laquelle cette matinée, avec les meilleurs spécialistes de cette question, devrait être profitable à tous : comme vous le savez, l'historien a vocation à replacer les phénomènes étudiés dans l'épaisseur du temps. C'est ce que nous allons faire ce matin avec les interventions des universitaires. Nous remontons très loin, puisque Mme du Réau va faire une communication sur l'idée européenne avant 1914 et que nous savons bien que les deux guerres mondiales ont été, en quelque sorte, des accélérateurs de cette histoire européenne. Nous aborderons, après les interventions de Mme du Réau, de M. Christophe Bellon et de Mme Christine Manigand, les étapes de la construction européenne après la seconde guerre mondiale avec la CECA, la CED et les traités de Rome.

Monsieur le ministre, vous avez bien voulu citer de Victor Hugo. Je commencerai par une citation de Konrad Adenauer, qui est plus proche de nous - mais c'est peut-être parce que je l'étudie en ce moment. En 1919 - et je vous demande de retenir la date, cette citation s'adresse surtout aux jeunes -, il était maire de Cologne et voici ce qu'il disait : « Quel que soit le contenu du traité de paix, ici, sur le Rhin, la vieille route des peuples, la culture allemande et les cultures des démocraties occidentales ne vont cesser de s'affronter. Si leur réconciliation ne réussit pas, si les peuples européens n'apprennent pas à reconnaître et à cultiver, au-delà de la conservation justifiée de ce qui leur est propre, ce qui est commun à toute culture européenne, si l'on ne réussit pas, par un rapprochement culturel, à unir à nouveau les peuples, si, de cette manière, on ne prévient pas une nouvelle guerre parmi les peuples européens, alors la primauté de l'Europe dans le monde sera perdue à jamais ». 1919 : c'est un discours prononcé devant les étudiants de l'université de Cologne.

Je vais donner la parole à Mme Élisabeth du Réau, professeur émérite à l'université Paris III qui va nous parler de l'idée d'Europe avant 1914. Je vous rappelle que Mme du Réau vient de publier un ouvrage sur L'ordre mondial de Versailles à San Francisco - juin 1919- juin 1945 et qu'elle a publié également un ouvrage intitulé L'idée d'Europe au XXe siècle.