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COMPTES RENDUS DE LA MISSION COMMUNE D'INFORMATION


MISSION COMMUNE D'INFORMATION SUR LA SÉCURITÉ D'APPROVISIONNEMENT ÉLECTRIQUE DE LA FRANCE ET LES MOYENS DE LA PRÉSERVER

Mercredi 9 mai 2007

- Présidence de M. Bruno Sido, président.

Audition de Mme Michèle Pappalardo, présidente de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME)

La mission a tout d'abord procédé à l'audition de Mme Michèle Pappalardo, présidente de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME).

A titre liminaire, Mme Michèle Pappalardo, présidente de l'ADEME, a observé que les objectifs de lutte contre l'effet de serre et de maîtrise de la consommation d'énergie globale peuvent s'opposer à celui de diminution de la consommation d'électricité, citant pour exemple la politique de promotion des véhicules électriques ou des transports en commun qui a pour conséquence une hausse de la consommation électrique.

Estimant cependant que la maîtrise de cette dernière est indispensable, l'électricité dont l'approvisionnement est le plus sûr étant celle qu'on ne consomme pas, elle a déploré le manque d'ambition des politiques menées dans les années 1970 et 1980, après les deux chocs pétroliers, notamment en raison de la sous-estimation des économies à réaliser. Or, le potentiel est en fait très important, tant dans l'industrie, où il est estimé à quelque 20 térawattheures (TWh) par an, que, surtout, dans le secteur résidentiel-tertiaire, où la consommation d'électricité spécifique (c'est-à-dire qui n'est liée ni au chauffage de l'habitation, ni à celui de l'eau, ni à la cuisson) représente désormais plus de la moitié de la consommation totale. Ainsi, les économies dans ce secteur pourraient sans doute atteindre 60 TWh d'ici à 2020 - et donc permettre une réduction nette de la consommation annuelle de 132 à 122 TWh alors que la poursuite de la croissance « naturelle » la porterait à 182 TWh - si les efforts suivant sont réalisés :

- l'amélioration de l'efficacité énergétique des appareils électroménagers et des équipements de cuisson, de respectivement 2 % et 1 % par an, qui passe par le renforcement de la réglementation ;

- la suppression des sources à incandescence qui, à elle seule, représenterait dans le résidentiel-tertiaire une économie annuelle de 15 TWh ;

- le développement du solaire thermique afin d'assurer 40 % des besoins en eau chaude sanitaire ;

- et la réduction des besoins de chauffage de 1 % par an.

Par ailleurs, Mme Michèle Pappalardo a préconisé de poursuivre les efforts dans la promotion des bâtiments à énergie positive ou faiblement consommateurs, de fixer des objectifs aux constructeurs des « produits bruns » (télévisions, chaînes hi-fi, appareils informatiques...) en matière de veille, d'encourager le choix « écologique » des consommateurs en améliorant encore l'étiquetage des produits ainsi que leur information, voire leur conseil (l'ADEME ayant à cet égard l'ambition de créer des espaces info-énergie, points de contact avec les citoyens et les entreprises), de renforcer le soutien financier aux mesures d'économie d'énergie à travers le livret « développement durable », les crédits d'impôt ou la réduction du taux de la TVA applicable aux produits économes en énergie, et enfin, d'améliorer la formation des professionnels du bâtiment, un problème de compétence en matière d'isolation thermique, notamment par l'extérieur, ayant par exemple été détecté par l'ADEME.

Enfin, Mme Michèle Pappalardo a défini les enjeux dont l'impact sera important sur les modalités et la profondeur du renforcement de l'efficacité énergétique : à savoir, le prix de l'électricité, qui doit intégrer les objectifs environnementaux ; le niveau des obligations fixées pour la deuxième phase des certificats d'énergie européens (2009-2011), celles de la première période n'ayant pas suffisamment incité les fournisseurs à modifier leurs comportements ; l'engagement des professionnels du bâtiment et la création d'emplois qualifiés dans le secteur ; la mise en place de nouvelles normes européennes de consommation des équipements domestiques ; l'utilisation des formes de production décentralisée d'électricité, dans la mesure où celui qui produit son énergie est en général plus attentif à ce qu'il consomme, et, en conséquence, l'adaptation nécessaire des réseaux de distribution ; la correcte analyse des conséquences du changement climatique sur la consommation, sur la production (problème d'utilisation des centrales hydrauliques et nucléaires, modifications de la direction et de la force des vents) et sur les réseaux (dommages liés aux intempéries).

A l'issue de cet exposé, M. Bruno Sido, président, constatant que les débats relatifs à la consommation d'énergie sont empreints d'un certain malthusianisme, a souhaité connaître les orientations de l'ADEME en matière de production d'énergie et de chauffage des bâtiments. Après avoir relevé que l'objectif n'est pas, stricto sensu, de consommer « moins », mais de consommer « mieux », et exprimé sa conviction que la réduction de la demande potentielle d'électricité résultant de l'amélioration de l'efficacité énergétique était un impératif primordial, Mme Michèle Pappalardo, présidente de l'ADEME, a recommandé la diversité du bouquet énergétique pour permettre de concilier la sécurité d'approvisionnement et la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Elle a ainsi estimé qu'il serait dangereux de faire assurer l'ensemble de la production électrique, y compris la pointe, par la seule filière nucléaire, et que son maintien, indispensable notamment puisqu'elle n'émet pas de CO2, doit s'accompagner du développement des énergies renouvelables (ENR), les énergies éolienne et solaire, où la France dispose d'un grand potentiel, étant à cet égard les plus prometteuses. S'agissant du chauffage domestique, elle a indiqué que l'ADEME préconise avant toute chose une bonne isolation des bâtiments, permettant aux ménages de diminuer considérablement leur facture d'électricité, déconseille vivement le chauffage électrique, dont sont pourtant équipées 70 % des maisons récentes, et soutient l'installation du chauffage au bois ou des pompes à chaleur ou encore le raccordement à des réseaux de chaleur.

A cet égard, relevant que les offices d'HLM ne semblent pas avoir intérêt à améliorer l'isolation des logements ou à installer d'autres sources de chaleur que l'électricité, M. Bruno Sido, président a demandé si l'ADEME dispose de mécanismes d'incitations spécifiques. En réponse, Mme Michèle Pappalardo a tout d'abord observé que la baisse des factures d'électricité peut favoriser une plus grande régularité de l'acquittement des loyers, ce qui peut inciter les bailleurs à investir, qu'ils soient sociaux ou non. Puis, reconnaissant que les études de faisabilité en matière d'isolation des bâtiments financées par l'ADEME était un mécanisme insuffisant au regard des besoins, elle a souligné l'intérêt du plan d'isolation de plus grande ampleur préconisé par l'Union sociale de l'habitat et formulé quelques propositions de nature législative pour favoriser l'amélioration de l'efficacité énergétique des bâtiments : élargir les possibilités de mettre une partie du coût des travaux assurés par le bailleur à la charge des locataires, puisque ces derniers profiteront des économies d'énergie ; étendre au bailleur le crédit d'impôt prévu actuellement au seul bénéfice du propriétaire du logement par l'article 200 quater du code général des impôts ; faire couvrir par cet article non seulement les dépenses exposées pour l'achat des équipements concernés, mais aussi celles de la main d'oeuvre nécessaire à leur installation ; faire relever de cet article les travaux d'isolation extérieure, technique très efficace méconnue en France (contrairement à l'Allemagne). Enfin, rappelant que notre pays exercerait la présidence du Conseil européen en 2008, elle a mis en exergue l'intérêt de promouvoir à cette occasion l'idée d'appliquer le taux réduit de TVA aux produits les moins consommateurs en énergie et/ou les moins émetteurs de CO2.

Après avoir félicité l'ADEME pour son action, M. Marcel Deneux, rapporteur, a souhaité obtenir des précisions sur les soutiens aux biocarburants, sur l'efficacité du système permettant de révéler les pertes d'énergie par des photographies aériennes à infrarouge, et sur les blocages à l'amélioration de l'efficacité énergétique en France. En réponse, Mme Michèle Pappalardo a tout d'abord estimé que l'intérêt essentiel du procédé de la photographie infrarouge, utilisé notamment à Dunkerque, Gap et Reims, est pédagogique, puisqu'il est notoire que les maisons sont mal isolées, surtout par les toits ; son efficacité dépend surtout de la qualité des rencontres avec les citoyens qui accompagnent l'exposition des photographies, et de la présentation de solutions concrètes susceptibles d'être proposées pour réduire les pertes d'énergie. S'agissant des biocarburants, qu'elle préfère appeler « agricarburants », elle a souligné que le véritable bilan écologique de leur utilisation doit aller au-delà de la seule comparaison avec l'essence et prendre en compte tous les facteurs concourant à leur production, qu'il s'agisse par exemple des pesticides utilisés pour protéger la matière première végétale ou de la méthode de raffinage mise en oeuvre pour fabriquer ces carburants.

Par ailleurs, tout en se réjouissant de l'intérêt grandissant des Français pour la maîtrise de la consommation d'énergie, notamment par l'usage d'appareils faiblement consommateurs en énergie (en particulier les produits « blancs » comme les réfrigérateurs) et de modes de production décentralisée, tels que les pompes à chaleur, Mme Michèle Pappalardo a reconnu que des améliorations peuvent être apportées. Elle a ainsi estimé que l'augmentation de 50 % par an depuis 2004 du nombre de pompes à chaleur installées est un succès mais que, leur efficacité dépendant de la compétence des professionnels qui les installent, une certification des fabricants et spécialistes de ces équipements pourrait susciter davantage la confiance des consommateurs. Par ailleurs, si le développement des 189 espaces « Info-énergie » de l'ADEME, animés par 350 conseillers, a été très positif, l'affectation d'une taxe à l'agence permettrait aujourd'hui de pérenniser son financement et d'améliorer l'exercice de sa mission de conseil. Enfin, si le renforcement de la réglementation thermique en 2005 a constitué un pas en avant, une nouvelle évolution des normes devrait permettre d'interdire à l'avenir davantage de produits de faible performance énergétique.

Constatant que la plus grande centrale photo-voltaïque d'Europe était en cours d'installation en Allemagne, M. Philippe Dominati a souhaité connaître les raisons du faible développement de l'énergie solaire en France. Tout d'abord, Mme Michèle Pappalardo a observé que si le tarif du photo-voltaïque est devenu plus avantageux en France qu'en Allemagne à partir de 2006, après qu'il fut passé de 15 à 55 centimes d'euros du kWh, rendant ainsi les projets rentables en quinze ans, cette situation est très récente et n'a pas encore modifié les comportements des investisseurs. Toutefois, dans le cadre du Programme de recherche et d'expérimentation sur l'énergie dans le bâtiment (PREBAT), de nombreux projets sont en préparation, tandis qu'à Saint-Alban (Ardèche), une usine de panneaux solaires vient d'être été créée. En outre, un programme de recherche, regroupant des industriels français et étrangers, pour développer des filières industrielles dans le domaine du photo-voltaïque, a récemment été mis en place autour du Commissariat à l'énergie atomique. Enfin, cette énergie présente évidemment un intérêt particulier dans les départements d'outre-mer, où l'ensoleillement est fort et le prix de l'électricité élevé.

Ensuite, Mme Michèle Pappalardo a souligné l'importance, pour le développement de la filière solaire et, plus largement, des ENR, des relations établies entre l'ADEME et les collectivités territoriales, notamment dans le cadre du plan Climat. De nombreux chapitres concernant la problématique énergétique ont ainsi été insérés dans les contrats de projets Etat-région, les sommes qui y sont consacrées étant par ailleurs passées de 80 millions d'euros par an dans la période 2000-2006 à 96 millions (+ 20 %) pour la période 2007-2013. En matière de chaleur renouvelable, de nombreux projets utilisant la biomasse et la géothermie (en Ile-de-France et en Alsace) ont par exemple été mis en place grâce à la coopération entre l'ADEME et des collectivités, avec des systèmes efficaces de fonds de garantie pour couvrir les cas où l'énergie est inutilisable.

Enfin, à M. Ambroise Dupont, qui exprimait son scepticisme sur la possibilité de modifier les comportements des consommateurs, Mme Michèle Pappalardo a opposé la très forte croissance des achats de produits peu consommateurs en énergie (norme A++) qui, s'agissant par exemple des réfrigérateurs, représentent désormais quelque 75 % des ventes.

Audition de M. Olivier Lecointe, directeur Electricité de Gaz de France (GDF)

La mission commune d'information a par ailleurs procédé à l'audition de M. Olivier Lecointe, directeur Electricité de Gaz de France (GDF).

Après avoir rappelé que GDF est un nouvel acteur sur le marché de l'électricité, M. Olivier Lecointe, directeur Electricité de GDF, a expliqué que l'entreprise a des ambitions élevées dans ce secteur, aux niveaux tant national qu'européen, afin de répondre à la demande des consommateurs qui souhaitent bénéficier d'offres duales associant gaz et électricité. Il a noté que l'entreprise trouverait un intérêt économique évident à renforcer ses positions dans la production électrique en raison de la part importante prise par les cycles combinés à gaz (CCG) dans le bouquet énergétique. Ces installations se multiplient depuis 15 ans, puisqu'elles présentent à la fois de faibles coûts d'investissements, une durée réduite de construction, une rentabilité élevée, des impacts environnementaux limités, notamment en matière d'émissions de dioxyde de carbone (CO2), et une grande souplesse d'utilisation. Avec cette filière, GDF dispose d'une opportunité pour valoriser le gaz naturel dont elle dispose, d'autant plus que le combustible représente les deux tiers du coût de fonctionnement de ces centrales thermiques. Leur développement est de nature à répondre aux besoins français en électricité, identifiés à moyen terme par le Réseau de Transport d'Electricité (RTE) et dans la programmation pluriannuelle des investissements (PPI) de production électrique ; plus largement, il permettra de renforcer les capacités de production en Europe.

Précisant les enjeux commerciaux de GDF liés à l'ouverture des marchés, M. Olivier Lecointe a souligné la nécessité, par la fourniture électrique en France, de fidéliser ses 7,7 millions de clients particuliers chauffés au gaz naturel et d'accroître la valeur de ses offres aux clients industriels, et en Europe, de renforcer ses parts de marché, un objectif de 360.000 clients en électricité, pour des ventes totales de 35 térawattheures (TWh), ayant été fixé pour la fin de l'année 2007. Cette stratégie suppose de développer un portefeuille d'approvisionnement électrique équilibré, constitué au premier rang d'actifs de production détenus en propre par l'entreprise afin de produire 50 à 60 % de ses besoins. Ainsi, GDF a construit à Dunkerque un CCG, l'usine DK6, qui utilise tant le gaz naturel que le gaz de haut fourneau de l'usine Arcelor-Mittal mitoyenne, et projette de réaliser deux autres CCG à Fos-sur-Mer et à Montoir-de-Bretagne. Par ailleurs, le groupe s'approvisionne auprès d'EDF au moyen de contrats à long terme pour satisfaire entre 20 et 30 % de ses besoins et, pour le solde, par l'intermédiaire du marché, même s'il convient de limiter le recours à celui-ci en raison de sa volatilité. Au total, GDF a pour objectif de disposer de 5.000 mégawatts (MW) d'actifs de production, avec une moitié située en France, dont 10 % provenant d'énergies renouvelables (ENR).

Présentant ensuite les activités électriques de GDF en France, qui lui permettent de vendre environ 2,3 TWh à ses clients finaux, M. Olivier Lecointe a indiqué que l'usine DK6 présentait une puissance de près de 800 MW, dont 250 sont réservés à l'usine d'Arcelor-Mittal, qu'une ferme éolienne située dans l'est de la France, développée en partenariat avec l'entreprise Maïa Sonnier, avait une puissance de 48 MW, et que l'optimisation des actifs des clients industriels de l'entreprise, à l'image des usines de cogénération ne bénéficiant plus de l'obligation d'achat, lui permettait de disposer d'une puissance de 150 MW environ.

Au Royaume-Uni, GDF exploite, par l'intermédiaire d'une filiale détenue à 100 % (GDF ESS), un CCG d'une puissance de 205 MW situé à Shotton, et vend près de 10 TWh par an, ce qui fait de ce pays son premier marché électrique. En Belgique, l'entreprise détient 25,5 % de la société SPE, le deuxième électricien belge, qui dispose d'un parc de production d'origine nucléaire, hydraulique et gazière d'une puissance totale de 1.600 MW. En Espagne, en partenariat avec l'électricien américain AES, elle a installé à Carthagène un CCG d'une puissance de 1.200 MW. Enfin, en Italie, GDF développe ses parts de marché dans la vente de gaz et d'électricité par l'intermédiaire d'une filiale (Energi Investimenti) ayant déjà 800.000 clients, et dans la production d'électricité au travers d'une autre filiale (Cofathec Servizi), qui exploite un parc de 80 MW provenant de la biomasse et de la cogénération.

M. Olivier Lecointe a ensuite présenté les projets d'investissements de l'entreprise dans la production d'électricité en France. Le plus abouti est un CCG de 480 MW situé à Fos-sur-Mer, dont la mise en service est projetée pour 2008 et qui, à l'instar de DK6, valorisera les gaz sidérurgiques d'une usine d'Areclor-Mittal et fonctionnera par ailleurs au gaz naturel. En outre, ayant remporté l'appel d'offre lancé par RTE pour l'approvisionnement électrique de la région Bretagne, GDF construit à St Brieuc une centrale de pointe d'une puissance de 200 MW qui devrait être mise en service à l'horizon 2010-2011. Une partie de l'électricité produite par celle-ci devra être mise à disposition de RTE pour sécuriser l'alimentation électrique de la Bretagne, mais le solde sera à la disposition de GDF pour l'approvisionnement de ses clients. Par ailleurs, l'entreprise envisage de construire à Montoir-de-Bretagne un CCG d'une puissance de 420 MW, qui pourrait être mis en service en 2009 (mais ce projet n'a pas encore été formellement décidé). Enfin, ne fondant pas exclusivement le développement de son parc de production électrique sur le gaz, GDF étudie avec attention l'option « charbon propre » et a également des projets dans le domaine des énergies renouvelables : ainsi, Maïa Eolis, sa filiale éolienne, projette de mettre en service 500 MW de puissance éolienne d'ici à 2012 en France, et autant dans d'autres pays européens. En outre, suite à un appel d'offre du ministère délégué à l'industrie, mis en oeuvre par la Commission de régulation de l'énergie (CRE), des projets de valorisation de la biomasse, en particulier de la paille et du bois, devraient prochainement voir le jour.

Exposant ensuite la vision de la sécurité d'approvisionnement d'un nouvel entrant sur le marché de l'électricité qu'est GDF, M. Olivier Lecointe a estimé que cette notion devait être analysée selon les différents horizons de temps : à court terme, elle implique d'exploiter le système électrique dans des conditions de sécurité optimales et de favoriser la coordination entre les gestionnaires de réseau de transport (GRT) de l'Union européenne ; à long terme, elle soulève la question plus délicate des investissements à réaliser dans les moyens de production et dans les réseaux ; à très long terme, elle concerne les activités de recherche pour développer le nucléaire du futur, les techniques de captage et de séquestration du CO2 ainsi que les énergies renouvelables d'avenir.

Il a relevé la solidarité entre les pays européens, qui mettent en commun, grâce aux interconnexions développées depuis les années 1950, la réserve primaire, permet d'obtenir un bon niveau de sécurité du réseau interconnecté et d'optimiser la gestion des différents parcs de production, cette organisation assurant une excellente qualité de service aux consommateurs finaux, qui ont été peu affectés par des événements accidentels, à l'exception des deux pannes électriques de 2003 et de 2006. Toutefois, deux évolutions importantes ont eu lieu depuis la création de ce système : l'intensification des échanges d'électricité à des fins commerciales, qui rend plus complexe la gestion du réseau, et le développement des productions décentralisées, notamment d'origine renouvelable, qui suppose de renforcer les exigences techniques pour éviter certaines perturbations du réseau en cas de variation de la fréquence.

Evoquant ensuite les questions liées à la coopération entre les GRT, M. Olivier Lecointe a noté que si celle-ci se réalisait au sein de l'Union pour la coordination du transport d'électricité (UCTE), elle n'était toutefois pas suffisante actuellement, ce qui rend nécessaire, a-t-il jugé, de créer une autorité supranationale ayant la capacité de gérer les réseaux à l'échelle européenne, c'est-à-dire notamment de faire respecter les règles de sécurité ainsi que les principes d'accès aux interconnexions.

Puis il a observé que le développement des capacités de production est désormais soumis au triple objectif de la politique énergétique européenne : sécurité d'approvisionnement, compétitivité de l'économie et protection de l'environnement. Dans ces conditions, la question n'est pas de choisir entre tel ou tel outil de production électrique, mais de les associer dans la recherche du meilleur bouquet énergétique possible, qui permette de respecter ces trois impératifs. A cet égard, estimant qu'il appartient aux pouvoirs publics, d'orienter les décisions d'investissements au regard des avantages et des inconvénients de chaque filière, M. Olivier Lecointe a jugé très positive la PPI, cette spécificité française donnant aux opérateurs une visibilité essentielle à leurs activités.

En conclusion, il a souhaité que les acteurs du marché de l'électricité puissent à la fois disposer d'un cadre réglementaire stable dans la durée, en particulier en ce qui concerne les obligations liées aux émissions de CO2. Ils doivent également, dans un contexte clair de formation des prix, estimant à cet égard indispensable que les tarifs couvrent le renouvellement des équipements et que les capacités de pointe soient correctement rémunérées, cette seconde nécessité étant du reste un élément déterminant pour assurer la sécurité du système. Puis, rappelant que la flexibilité du parc de production est stratégique pour être en mesure, à tout instant, d'ajuster l'offre à la demande d'électricité, il a jugé indispensable de développer des capacités de stockage et de substitution pour pourvoir aux défaillances de certaines énergies renouvelables dont la production ne peut être garantie, comme l'énergie éolienne. Enfin, il a estimé nécessaire de développer les réseaux de transport et les interconnexions transfrontalières pour améliorer l'approvisionnement de certaines régions, et d'adapter les réseaux aux nouvelles sources de production décentralisées.

A l'issue de cette intervention, M. Bruno Sido, président, se demandant s'il était légitime de qualifier le gaz d'énergie propre, a souhaité obtenir des précisions sur les émissions de CO2 des centrales électrique à gaz. Après avoir précisé qu'un kilowattheure produit par une CCG suscitait 0,4 gramme de CO2, contre 0,9 gramme pour une centrale à charbon, M. Olivier Lecointe, directeur Électricité de GDF, a estimé que si le terme de « charbon propre » était ambigu, il était néanmoins justifié, dans la mesure où l'essentiel des émissions de polluants classiques émis par les nouvelles installations peuvent être captées avec les technologies actuelles (les poussières à 99 %, l'oxyde de souffre à plus de 95 % et l'oxyde d'azote à plus de 90 %). Puis, ajoutant que les normes en usage seraient étendues aux centrales existantes à comptés de 2015, il a indiqué que le captage et le stockage du CO2, actuellement au stade du prototype, constituaient le défi du « charbon propre » de demain.

M. Michel Billout, rapporteur, s'est ensuite interrogé sur la capacité du gaz à être une énergie durable, relevant que si, à l'avenir, le CCG, utilisé aujourd'hui pour satisfaire les besoins de pointe, l'était demain pour répondre à la demande en base, trois problèmes résultant d'une consommation croissante se profilaient : celui des réserves de gaz, dont le temps d'exploitation pourrait se réduire plus rapidement que prévu, celui du coût de la filière, puisque le prix du gaz s'accroîtrait, et enfin celui de la dépendance énergétique à l'égard des producteurs, avec des conséquences géostratégiques extrêmement importantes au regard de la situation et de l'importance des pays en cause.

Reconnaissant qu'il serait dangereux de miser de façon exclusive sur le gaz, qui est aujourd'hui un produit totalement importé, M. Olivier Lecointe a fait valoir que la part du gaz dans la production d'électricité en France demeure faible et qu'en raison de la diversité des sources d'approvisionnement, ce à quoi veille GDF, il n'existe pas de risques de pénurie, ni de réels risques géopolitiques. Estimant que cette énergie primaire avait toute sa place pour répondre à la demande d'électricité en période de pointe et de semi-base, il a indiqué que si les réserves de gaz étaient plus limitées que celles de charbon, elles étaient cependant plus importantes que celles de pétrole.

Puis, à M. Marcel Deneux, rapporteur, qui l'interrogeait sur la stratégie de GDF en matière d'énergies renouvelables et sur ses projets de rachat d'autres entreprises du secteur, M. Olivier Lecointe a répondu que GDF recherchait des partenariats avec des acteurs ayant des compétences dans le domaine des ENR, citant les exemples de ses filiales Maïa Eolis et Cofathec. Puis, ayant confirmé que le centre d'exploitation de Maïa Eolis, situé à Estrées en Picardie, gérait la télésurveillance et non la téléconduite centralisée de l'ensemble du parc éolien de la société, il a indiqué que celle-ci projetait de développer de nouvelles capacités éoliennes dans le Pas-de-Calais, en Picardie et en Champagne-Ardenne.

Enfin, Mme Nicole Bricq ayant demandé des précisions sur les capacités actuelles de stockage du gaz et sur les projets de développement de ces capacités par GDF, M. Olivier Lecointe, s'est inquiété d'une possible pénurie de sites de stockage en Europe en raison tant de la diminution progressive de la production de gaz en Mer du Nord, la proximité du gisement lui conférant jusqu'ici un rôle de site naturel de stockage qui va disparaître, que du développement de l'énergie éolienne, qui nécessite un substitut thermique en cas d'absence de vent, et donc de stockage, en particulier en Allemagne et en Espagne, qui possèdent déjà une puissance installée de, respectivement, 20 et 12 GW.