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COMPTES RENDUS DE LA COMMISSION D'ENQUETE SUR LA LUTTE CONTRE LE DOPAGE


Mercredi 5 juin 2013

 - Présidence de M. Jean-François Humbert, président -

Audition de M. Bruno Sesboüé, médecin à l'Institut régional du sport du Centre hospitalier universitaire de Caen

M. Jean-François Humbert, président. - Notre commission d'enquête sur l'efficacité de la lutte contre le dopage a été constituée à l'initiative du groupe socialiste, en particulier de M. Jean-Jacques Lozach, notre rapporteur.

Une commission d'enquête fait l'objet d'un encadrement juridique strict. Je signale au public présent que toute personne qui troublerait les débats serait exclue sur le champ. Je vous informe en outre qu'un faux témoignage devant notre commission serait passible des peines prévues aux articles 434-13 à 434-15 du code pénal.

Conformément à la procédure applicable aux commissions d'enquête, M. Bruno Sesboüé prête serment.

M. Bruno Sesboüé. - Mesdames, Messieurs, je vous remercie d'avoir bien voulu consacrer un peu de votre temps pour écouter les antennes médicales de prévention du dopage que je représente ici. Je ne suis en effet pas là en tant que membre du Centre hospitalo-universitaire (CHU) de Caen, mais en tant que président de l'Association nationale des antennes médicales de prévention du dopage (ANAMPREDO).

La création de ces antennes par Marie-George Buffet, après le scandale Festina, a été accueillie avec enthousiasme par les différents acteurs impliqués dans ce combat : nous sentions, enfin, que les quelques actions que nous avions chacun dans notre exercice quotidien allaient être coordonnées et amplifiées.

Au début, nous nous réunissions deux fois par an, au siège du Conseil de prévention et de lutte contre le dopage (CPLD) et, très vite, nous avons demandé à ce que la prévention soit rajoutée à nos missions, puisque notre appellation ne mentionnait que la lutte.

Aujourd'hui, nous ne sommes plus chargés que de la prévention, sous la tutelle du ministère de la jeunesse, des sports et de la cohésion Sociale, tandis que l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) se charge de la détection du dopage et des sanctions.

Nous sommes les seuls à porter un message de prévention auprès des jeunes, du monde sportif et des professionnels de santé ; par exemple, l'antenne du Nord-Pas-de-Calais a fait 42 actions de prévention l'an dernier, celle de Lyon, 60...

Nous avons introduit également un enseignement sur ce sujet dans la formation des médecins et des pharmaciens, ainsi qu'auprès des étudiants en sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS), formation qui n'existait pas auparavant.

Le dopage est un problème de santé publique et d'éducation pour la santé, d'autant que le dopage et les conduites dopantes conduisent à la toxicomanie. La prévention est une affaire de longue haleine et le fruit de l'investissement consenti est long à mûrir !

Depuis toujours, nous travaillons avec un maigre budget : environ 600 000 euros pour les 24 antennes en 2012. Cette année, les moyens ne seront plus attribués par le Centre national pour le développement du sport (CNDS) national, mais par le CNDS régional, et nous nous retrouvons en concurrence directe avec ceux pour qui nous sommes censés travailler, à savoir les comités sportifs régionaux !

Le résultat, pour certains, est catastrophique : le budget de l'antenne des pays de Loire est amputé de 54 % ; celui de Basse-Normandie sera probablement amputé de 52 %, etc., bien loin de la baisse annoncée du CNDS qui n'est que de 7 %.

Ceci est en désaccord avec le discours politique qui met en avant la prévention, sans nous donner les moyens correspondants. Il n'y a plus de pilotage national effectif : nous n'avons pas eu de réunion avec notre ministère de tutelle depuis deux ans ! Il y a un saupoudrage des ressources et des acteurs, avec un financement d'actions fédérales autonomes et un numéro vert « Écoute-Dopage » indépendant de tout réseau. Il n'y a pas de stratégie politique cohérente de la part du ministère de la jeunesse et des sports, et c'est le mouvement sportif, au travers du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), qui semble porter le mieux une volonté d'organisation de la prévention.

Sans moyens financiers, les antennes régionales vont probablement disparaître : ainsi, le coût du temps médical consacré à l'antenne de Basse-Normandie est évalué par le CHU à 13 000 euros, et le budget alloué à l'antenne par le CNDS sera de l'ordre de 8 000 euros ! Notre CHU a déjà de sérieuses difficultés budgétaires, et il n'acceptera pas d'assumer une activité non prioritaire susceptible de grever encore ce budget ! Il faut noter que trois antennes ont déjà fermé.

Nous aurions donc besoin de ressources, mais aussi de dispositifs pour développer les compétences, les savoirs, les échanges théoriques, et les expériences en matière de prévention du dopage, tels que des congrès et des groupes de travail, et il nous faudrait les moyens d'avoir du personnel dédié.

Au total, nous souhaiterions un organe public dédié à la prévention du dopage et indépendant du monde sportif, dont les antennes seraient le relais régional, qui pourrait être constitué d'une équipe restreinte et d'un collège de représentants des antennes médicales de prévention du dopage. Ce dispositif mettrait en place un centre de ressources documentaires et d'expertise accessible à tous les publics.

Ceci nous libérerait aussi du millefeuille administratif dans lequel nous devons nous débattre : les dossiers que nous préparons doivent être adressés au responsable de l'antenne, puis au chef de service, au chef de pôle, à la direction de l'hôpital, à l'Agence régionale de santé (ARS), à la direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion Sociale et au ministère. Ce circuit redondant nous fait perdre un temps précieux !

La prévention justifie un support humain et financier de la puissance publique en accord avec la volonté affichée d'agir en amont du passage à l'acte de dopage. La prévention en cette matière n'est pas chose facile : il n'y a pas de dépistage possible comme pour le cancer, il n'y a pas de levier financier comme pour le tabac. Il ne reste que la motivation de nos équipes pour asséner sans relâche le message !

M. Jean-François Humbert, président. - La parole est au rapporteur.

M. Jean-Jacques Lozach, rapporteur. - Vous avez exprimé les difficultés rencontrées au quotidien en ce qui concerne la délivrance de moyens, et notamment évoqué les trois antennes qui ont fermé, symptomatiques de ces difficultés.

Quels publics serait-il souhaitable de sensibiliser, qui ne le sont pas aujourd'hui -ou insuffisamment ?

Quelles actions faudrait-il développer et quels sont les messages que vous faites passer à travers un certain nombre d'opérations ? Parmi ceux-ci, quels sont les plus efficaces ?

M. Bruno Sesboüé. - Je ne sais quels sont les messages les plus efficaces. Je pense que c'est leur répétition, sous des formes différentes, qui est efficace à terme.

Quant aux publics, tous les Français sont concernés. Quand on n'est pas soi-même sportif de compétition, on est forcément parent d'un sportif, et on doit veiller à ce que celui-ci ne s'adonne pas au dopage.

J'ai ainsi reçu en consultation, dans le cadre de l'antenne, la mère et la soeur d'un sportif qui me confiaient que ce dernier voulait essayer tous les médicaments qui se présentaient ! Il ne s'agit pas d'un public directement sportif, mais de l'entourage familial. Il faut donc sensibiliser les sportifs eux-mêmes, mais aussi les éducateurs sportifs, l'entourage familial, et les médecins.

J'ai entendu dire que les médecins étaient surchargés de travail, du fait de leur sous-effectif. Je crois même que l'on connaît la première baisse du nombre de médecins. Mais le médecin doit soigner des grippes, des cancers, des insuffisances cardiaques, etc. Le dopage est pour lui une question secondaire, puisque cela concerne a priori des gens qui sont encore en bonne santé. Le médecin ne pense pas que ces sportifs en bonne santé vont devenir des malades sérieux à cause du dopage.

M. Jean-Jacques Lozach, rapporteur. - Qui assure la coordination nationale des actions de prévention ?

M. Bruno Sesboüé. - Nous travaillons normalement sous la tutelle du ministère, mais celui-ci n'a pas entrepris beaucoup d'actions depuis qu'il a récupéré cette mission, après la création de l'AFLD. Auparavant, nous étions sous la tutelle du CPLD. Que l'on soit séparé de la lutte contre le dopage ne me choque pas, mais plus personne ne s'occupe réellement de nous ! Assurer une coordination sans moyens est donc chose difficile.

A côté de cette tutelle officielle, nous avons créé une association loi de 1901, que je préside, et nous essayons de faire vivre ces antennes, mais je sens bien que la motivation, vraiment très forte au début, est en train de s'émousser. Un certain nombre de responsables ne croient plus à l'efficacité possible de ces antennes, que l'on délaisse.

Les antennes sont bien souvent oubliées dans les messages délivrés par le ministère. Lors d'une réunion organisée il y a environ un an par le ministère, Jean-Pierre Bourely nous a montré, au moment de la pause, une affiche qui venait de sortir, éditée par le ministère, sur la prévention du dopage : bien entendu, les antennes n'y étaient pas mentionnées ! Il a ramassé son affiche, et n'en a plus reparlé !

M. Jean-Jacques Lozach, rapporteur. - Pouvez-vous nous présenter, de manière concrète et pragmatique, un schéma type d'antenne régionale ? Combien de personnes sont-elles concernées ? Où êtes-vous basés ?

M. Bruno Sesboüé. - L'antenne est située au sein d'un centre hospitalier ; c'est la loi qui le souhaite. Une convention est passée entre le ministère des sports, via la direction régionale, avec le centre hospitalier régional. Le fait que l'antenne soit implantée au sein d'un centre hospitalier constitue une garantie de probité et d'indépendance.

Certains voudraient faire migrer les antennes au sein des Centres de ressources, d'expertise et de performance sportives (CREPS) parce qu'on y trouve davantage de sportifs. Certes, mais sont-ils les plus dopés ? Ce n'est pas sûr !

Par ailleurs, dans les CREPS, ce sont essentiellement les formateurs sportifs qui agissent, le médecin n'étant là qu'accessoirement.

Je pense que c'est une bonne chose que l'antenne soit installée au sein d'un centre hospitalier, même si elle peut déporter une consultation sur un CREPS. Cette proposition d'installer les antennes dans les CREPS ne me paraît donc pas réaliste, d'autant qu'il n'en existe pas dans toutes les régions. En Basse-Normandie, nous n'en avons plus.

Ces antennes comptent un ou plusieurs médecins, un ou plusieurs psychologues, parfois des infirmières, toujours un secrétariat. Le médecin est lui-même soit médecin du sport, comme je le suis, soit pharmacologue, comme à Nice, ou encore psychiatre, comme à Lille, avec le professeur Parquet, ou à Nantes.

Chaque antenne est organisée de façon différente ; elle assure un accueil téléphonique et des vacations pendant lesquelles les sportifs peuvent venir consulter.

M. Jean-François Humbert, président. - Les médecins des antennes ont-ils des contacts réguliers avec les médecins des fédérations sportives ?

M. Bruno Sesboüé. - Dans la mesure où beaucoup de médecins sont impliqués dans le sport, nous avons forcément des contacts avec les fédérations sportives. J'étais il y a peu à une réunion à la fédération française de cyclisme, et je m'occupe également de la santé dans le sport pour la fédération de basket, ainsi que pour celle du char à voile. En Limousin, le docteur Bugeaud est médecin régional pour le basket. N'étant pas si nombreux en France, nous nous retrouvons forcément dans tous les circuits.

Mme Danielle Michel. - Existe-t-il des études ou des statistiques sur les maladies développées par les sportifs qui se seraient dopés ?

M. Bruno Sesboüé. - C'est bien sûr un sujet qui nous préoccupe, mais il est assez difficile de faire une étude sur la consommation de produits illicites quand la population qui se livre à cette consommation est de petite taille : la drogue touche des centaines de milliers de personnes, alors que le dopage est relativement limité en nombre.

On n'a donc pas d'études très frappantes sur les pathologies que cela peut engendrer. Nous disposons de connaissances médicales, mais également de cas cliniques, comme la mort de Jacques Anquetil, ou de Florence Griffith-Joyner.

On se pose beaucoup de questions quand un sportif ou ancien sportif, relativement jeune, décède de mort subite, mais on n'a pas toujours de preuve. On ne fait que se poser des questions. Heureusement d'ailleurs, car, avant de conclure, il faut pouvoir prouver les choses !

M. Jean-Pierre Chauveau. - Le dopage peut-il être détecté chez les jeunes sportifs lors de l'examen précédent l'attribution d'une licence, puis accompagné ?

M. Bruno Sesboüé. - On n'a pas le droit de faire d'analyse à l'insu du patient. Il faut donc, à chaque fois, expliquer au patient la raison pour laquelle on effectue tel ou tel prélèvement, ce que l'on dose et lui communiquer ensuite les résultats. C'est le problème avec le sérodiagnostic du VIH pour un couple : on est obligé de donner le résultat et cela peut créer des problèmes...

En revanche, au cours de cette consultation, que certains voudraient malheureusement voir disparaître -c'est une opinion personnelle- le médecin doit avoir un entretien avec le jeune sportif et apprécier son état psychologique. On peut également utiliser de petits questionnaires. Personnellement, j'évoque pratiquement systématiquement la question du dopage, ne serait-ce qu'au travers des médicaments que prend le jeune sportif. Je lui apprends à lire la notice, et à chercher sur Internet si le produit est dopant ou non.

M. Jean-Pierre Chauveau. - Je pense que vous êtes peu nombreux à le faire !

M. Bruno Sesboüé. - Je ne parle que de ce que je fais, mais je voudrais bien que mes confrères fassent la même chose !

M. Stéphane Mazars. - Selon vous, les médecins généralistes sont-ils suffisamment bien formés ?

Par ailleurs, conviendrait-il de développer davantage la prévention au sein des établissements scolaires ? Le cours d'éducation physique et sportive peut-il constituer le lieu où faire passer type de message ?

Enfin, le jeune le plus vulnérable est-il aujourd'hui, selon vous, celui qui se trouve déjà dans la filière du centre de formation ou l'adolescent ?

M. Bruno Sesboüé. - La réponse est difficile. C'est surtout l'ego qui motive les gens. Lorsque je fais des exposés sur le dopage, je cite souvent l'exemple du film « L'été meurtrier », où le frère d'Alain Souchon, qui fait du vélo, finit par tricher pour avoir son nom dans le journal !

Les parents sont également motivés pour que leur enfant gagne et sont prêts à faire n'importe quoi ! Le père d'un joueur de tennis avait ainsi drogué les rafraîchissements de l'adversaire !

Chacun est tenté par le dopage. Si vous mettez une tarte aux fraises sur la table, tous ceux qui passent à côté vont en avoir envie, surtout si c'est sans risque -et les gens pensent que c'est toujours le cas !

Allez expliquer à un jeune qu'il va être malade dans vingt ans ! Il n'a aucune idée de ce que cela représente, surtout quand c'est quelqu'un comme moi qui lui parle, qui suis manifestement un « vieux » ! Le message de prévention doit donc être adapté à tous ces publics, chacun étant concerné.

Quant au lieu, l'école est un endroit de choix. Quand on a commencé, en 2002-2003, on a proposé à tous les proviseurs de mener une information sur le dopage auprès de leurs élèves, en particulier quand il existait des sections sportives dans les établissements. Au début, on a recueilli un accueil enthousiaste et avons eu des réunions dans un certain nombre de collèges. Peu à peu, on a vu fondre cet enthousiasme : les proviseurs commençaient à en avoir assez d'entendre parler de dopage.

Peut-être nous accueilleront-ils à nouveau cette année, grâce à l'affaire Armstrong, mais ils apprécient la nouveauté -et c'est ainsi qu'on a vu les sectes arriver dans les écoles !

On peut le faire à la place d'un cours de gymnastique ; on peut imaginer le faire pendant un cours de sport. Il y a des exposés formels, mais on peut aussi faire des exposés sous forme d'atelier théâtre, ou de jeu de rôle. C'est ce qu'on a également essayé de faire.

M. Stéphane Mazars. - Les médecins sont-ils suffisamment formés ?

M. Bruno Sesboüé. - Absolument pas ! Il y a trois ou quatre ans que l'on a commencé à introduire ces cours dans le cursus de médecine. Je dispense régulièrement des cours de formation continue sur ce thème à mes collègues généralistes, qui doivent déjà suivre ceux relatifs à toutes les autres pathologies. On comprend qu'ils puissent les délaisser s'il n'existe pas de propositions qui finissent par leur faire trouver le sujet intéressant. La réglementation du dopage est très complexe, et la liste des produits change tous les ans, mais nous essayons cependant de progresser.

M. Jean-Jacques Lozach, rapporteur. - Un sportif sanctionné doit repasser par une antenne après sa suspension. Que se passe-t-il s'il ne le fait pas ?

M. Bruno Sesboüé. - Certains abandonnent la compétition. C'est une bonne chose. Ils n'ont plus de problème de dopage, celui-ci n'existant que lors de la compétition sportive. Dans d'autres activités de la vie sociale, un certain nombre de personnes prennent des médicaments réputés dopants et n'ont rien à craindre...

Le sportif peut renoncer à la compétition et continuer d'exercer uniquement au titre de ses loisirs. D'autres vont courir à l'étranger. Il m'est arrivé de voir un sportif qui venait, deux ans après la fin de sa suspension, récupérer sa licence française. Pendant tout le temps de sa suspension, il avait couru avec une licence espagnole et désirait finalement revenir en France.

M. Jean-Jacques Lozach, rapporteur. - Avez-vous recours à d'anciens sportifs dans le cadre de vos campagnes de prévention ?

M. Bruno Sesboüé. - On a recours à toutes les bonnes volontés, anciens sportifs ou sportifs en cours d'exercice, mais il n'est pas facile de trouver des bonnes volontés autres que celles qui constituent notre actuelle petite équipe.

M. Jean-Jacques Lozach, rapporteur. - En termes de moyens financiers, vous souhaitez donc que la prévention relève de la part nationale du CNDS : ce serait, selon vous, la traduction d'une priorité nationale...

M. Bruno Sesboüé. - Quand cette part nationale était réservée, notre budget n'était pas mirobolant, mais on était au moins sûr d'avoir un peu d'argent. Avec 8 000 euros, je ne sais ce que je vais pouvoir faire cette année.

Nantes, par exemple, va passer à 35 000 euros, alors qu'ils avaient beaucoup plus, grâce à une part du budget opérationnel de programme (BOP) qui leur était attribué. Ils pouvaient ainsi gérer le site national des antennes. On a beaucoup de mal à réaliser la communication. On m'a dit qu'au cours de la discussion sur l'attribution de la subvention à l'antenne médicale, certains n'avaient pas trouvé l'antenne médicale de prévention du dopage de Basse-Normandie sur Google, celle-ci ne figurant que sur la troisième page, alors qu'elle aurait dû apparaître sur la première !

Pour faire de la communication, il faut des moyens. Le ministère nous oublie, même sur ses affiches : si personne ne parle de nous, personne ne saura que nous existons !

M. Alain Dufaut. - Un certain nombre de sportifs de haut niveau nous ont dit avoir été dopé parce qu'ils faisaient confiance à des médecins d'équipe ou de fédération qui leur conseillaient des produits dopants à leur insu. Peut-on accorder du crédit à de telles affirmations ?

M. Bruno Sesboüé. - C'était chose possible dans les années cinquante, mais le dopage a également pu être effectué à l'insu des médecins, qui n'avaient conscience que des effets positifs sur la forme apparente du sportif, sans prendre conscience qu'il s'agissait d'un produit dopant.

Il y a également eu des médecins malhonnêtes. Ceux-là l'ont sûrement fait dans un intérêt financier. Celui qui s'est occupé de Ben Johnson a sûrement fait une erreur de prescription...

M. Alain Dufaut. - On peut le dire ainsi !

M. Bruno Sesboüé. - Cela étant, Ben Johnson, qui avait pris pas mal d'anabolisants, avait peut-être le foie abîmé, ce qui a pu retarder l'élimination des produits...

Le docteur Belloc, qui travaillait dans le Sud-Ouest, développait la théorie de la compensation. Il prétendait que l'on retrouvait moins d'androgènes chez les sportifs et qu'il fallait donc en redonner. Ce n'est pas très logique. Si on gonfle un pneu à 2 bars et que vous mettez 500 kilogrammes sur le pneu, celui-ci va s'écraser un peu. Si vous y ajoutez de la pression, il explosera. C'est ce qui s'est passé avec les sportifs !

Il y a eu des médecins malhonnêtes, mais aussi de mauvais médecins. En général, les médicaments sont plutôt détournés par les cadres sportifs, qui savent lire, connaissent les effets de telle ou telle molécule et les détournent de leur usage. Récemment, des médicaments ont été ainsi exclusivement créés à des fins de dopage -mais c'est exceptionnel. Un dérivé d'endogène a été découvert à l'occasion des jeux de Salt-Lake-City. Cette molécule, que l'on ne trouvait pas dans la pharmacopée, n'était jusqu'alors pas recherchée. Les laboratoires de contrôle ont appris l'existence de cette molécule, l'ont recherchée et l'ont retrouvée dans un tas de prélèvements qu'ils avaient conservés.

Il semblerait que d'autres soient conçues de la même manière. Dans les autres cas, il s'agit d'un détournement de médicaments courants. L'EPO est utilisée chez les insuffisants rénaux ayant une anémie. Ce sont des patients en fin de vie. A leur décès, que croyez-vous que deviennent les ampoules qui restent ? On ne le met pas à la poubelle ! Il y a sept ou huit ans, 30 % des ventes d'EPO s'expliquaient par les prescriptions médicales.

M. Alain Dufaut. - Qu'en est-il des complicités en matière d'attribution d'autorisations à des fins d'usage thérapeutique (AUT) ?

M. Bruno Sesboüé. - Je suis moi-même expert en matière d'attribution d'AUT....

M. Alain Dufaut. - Je ne parle pas de vous !

M. Bruno Sesboüé. - On ne sait pas ce que font les autres équipes. On se retrouve souvent au sein d'un même groupe. Nous sommes trois experts par AUT, et sept ou huit co-experts, mais je ne travaille pas avec tous.

Les AUT présentent parfois un problème. Récemment, un sportif a présenté une allergie au latex et au kiwi. La première crise a été traitée par une piqûre de corticoïdes. Un mois plus tard, on s'est retrouvé face au même sportif, avec le même dossier médical, qui demandait encore une injection de corticoïdes ! On a refusé. Le mois suivant, nouvelle demande... Dans ces cas-là, on évite les kiwis et on achète des préservatifs sans latex !

M. Jean-François Humbert, président. - Il existe un programme national de prévention du dopage. Est-il pertinent ? Avez-vous été associé lors de son élaboration ?

M. Bruno Sesboüé. - Pas en tant qu'antenne ! Je ne connais pas le contenu de ce plan. Ainsi que je le disais, il n'existe pas de coordination des actions !

M. Jean-François Humbert, président. - Estimez-vous que le milieu sportif pratique aujourd'hui la loi du silence s'agissant des questions de dopage ?

M. Bruno Sesboüé. - Sûrement, puisque je n'en entends pas parler !

M. Jean-François Humbert, président. - Mais encore ?

M. Bruno Sesboüé. - On découvre après coup certaines affaires. Les gens savent, mais ne le racontent qu'au passé, pas au présent, ni au futur !

M. Alain Néri. - Je ne comprends pas pourquoi vous avez donné l'autorisation d'effectuer une piqûre de corticoïdes au sportif qui vous réclamait une AUT ! Le sportif qui a besoin d'un traitement, et qui est professionnel, doit bénéficier d'un arrêt de travail et ne pas participer à la compétition ; il n'a donc pas besoin d'AUT ! S'il est amateur et qu'il ne peut s'adonner à son sport favori, il le fera le dimanche suivant, mais il n'y a pas de raisons de lui donner d'AUT ! Je pense que c'est la source de beaucoup de dérives, et qu'il conviendrait de simplifier les choses. Quel est votre avis ?

M. Bruno Sesboüé. - C'est un raisonnement très juste, que je tiens très souvent. Je ne suis pas contre le fait que les sportifs prennent des corticoïdes, mais le repos est sûrement le meilleur médicament et doit toujours accompagner la prise de corticoïdes -ou d'autres médicaments. En cas d'épisode aigu, il ne me paraît pas logique de remonter sur le vélo ou de courir derrière un ballon.

Sans entrer dans des conditions médicales, ces corticoïdes mettent un certain temps à s'évacuer. Ce genre de crise aiguë est normalement résolue en 48 heures. En cas de compétition proche, on peut comprendre que le sportif ait envie de retourner s'entraîner, afin de ne pas être déconditionné. Or, il peut y avoir les contrôles à l'entraînement. Sans AUT, il peut être contrôlé positif.

Votre raisonnement, je l'ai souvent tenu pour exprimer mon refus d'une AUT à mes deux autres collègues, les traitements étant bien souvent inutiles sans arrêt sportif -sauf dans certains cas : on ne va par exemple pas demander à un diabétique d'arrêter son insuline ! En outre, un oedème de Quincke fatigue beaucoup. Mais à distance, sans photos, sans avoir vécu l'épisode, les choses sont plus compliquées...

M. Jean-Jacques Lozach, rapporteur. - Avez-vous des relations suivies avec les structures décentralisées du mouvement sportif ?

M. Bruno Sesboüé. - En général, nous avons des relations avec les Comités régionaux olympiques et sportifs (CROS) et le Comités départementaux olympiques et sportifs (CDOS), dès lors que nous essayons de prévenir le dopage. Cela dépend des régions. C'est au départ une affaire de personnes. En Basse-Normandie, cela se passe bien, ainsi qu'à Nantes et à Reims. Je connais un cas dans lequel les choses se sont très mal passées mais, généralement, nous avons de bonnes relations avec le milieu sportif.

M. Jean-Jacques Lozach, rapporteur. - Quelle appréciation portez-vous sur l'organisation et l'efficacité de la lutte antidopage en France ?

M. Bruno Sesboüé. - Je ne m'intéresse pas réellement à la lutte contre le dopage, dont nous ne sommes par chargés. Ce qui m'intéresse, c'est la prévention. Quand nous étions une antenne de lutte et de prévention, je ne voyais pas comment lutter avec de si petits moyens. On a bien des idées pour faire du dépistage, mais notre propos concerne la prévention. Sans bonne prévention, on ne pourra éviter le dopage. C'est la même chose avec le tabac. Ce qu'il faut, c'est éviter que les jeunes commencent à fumer. Une fois qu'ils ont commencé, c'est un peu tard !

J'espère que le cannabis, dont on discute beaucoup en ce moment, ne va pas être retiré de la liste des produits dopants ! Sur le plan légal, on dit que le cannabis n'est qu'une drogue festive, mais il modifie également la conscience et l'état psychique ! Laisser un cycliste dévaler une pente à 70 ou 80 kilomètres à l'heure après avoir fumé du cannabis me paraît très dangereux !

Je me souviens qu'un motard, qui disputait le championnat de la montagne de moto, avait été exclu pour consommation de cannabis. Cela me paraît normal, même s'il n'y a pas d'augmentation de la performance, la prise de risque étant facilitée, non seulement pour le sportif, mais également pour les spectateurs. Ca me paraît très dangereux. C'est un message de prévention qu'il faut vraiment porter !

Je pense qu'un organe permettant de gérer la prévention en France, plutôt que de petites actions éparpillées, serait une bonne chose -mais c'est au législateur de le décider ! D'après ce que j'ai lu dans les comptes rendus de vos séances, je ne suis pas le seul à déplorer le manque d'efficacité de la politique de prévention !

Audition de M. Patrick McQuaid, président de l'Union cycliste internationale

M. Jean-François Humbert, président. - Nous sommes heureux d'entendre

M. McQuaid, président de l'Union cycliste internationale (UCI).

Une commission d'enquête fait l'objet d'un encadrement juridique strict. Je signale au public présent que toute personne qui troublerait les débats serait exclue sur le champ. Je vous informe en outre qu'un faux témoignage devant notre commission serait passible des peines prévues aux articles 434-13 à 434-15 du code pénal.

Conformément à la procédure applicable aux commissions d'enquête, M. Patrick McQuaid prête serment.

M. Patrick McQuaid, président de l'Union cycliste internationale. - Merci de votre invitation. Le problème du dopage dans le cyclisme a toujours été ma priorité en tant que président de l'UCI, et l'est encore plus depuis six mois. L'UCI subit en effet les attaques des médias et des autres acteurs et organisations depuis la publication de la décision motivée de l'United States Anti-Doping Agency (USADA) au sujet de Lance Armstrong. Armstrong n'est pas le seul champion à s'être dopé, mais l'un des plus connus, et son cas a été aggravé par son comportement, pendant des années, à chaque fois qu'était soulevée la question du dopage. Cette affaire a beaucoup nui au cyclisme, un sport qui a pourtant fait beaucoup de progrès et rencontré un vrai succès lors des Jeux olympiques de Londres.

Depuis la décision de l'USADA, de nombreuses accusations ont été lancées contre l'UCI, contre moi-même et contre mon prédécesseur Hein Verbruggen. Même si je n'étais pas en fonction à l'époque de certains de ces faits, je suis ici pour vous parler, les yeux dans les yeux, de ceux dont j'ai eu connaissance et des décisions que j'ai prises en tant que président. Pour ce qui précède ma prise de fonction, je vous répondrai de mon mieux.

La lutte contre le dopage est l'une de mes priorités depuis huit ans, mais cela fait vingt ans que l'UCI est pionnière en la matière. Elle a été à la pointe de la technologie, avançant seule, prenant tous les risques, assumant seule les coûts. Le cyclisme n'a jamais fermé les yeux sur le fléau du dopage. En 1992, l'UCI fut la première fédération sportive internationale à créer une commission antidopage distincte de la commission médicale. Elle fut la première à introduire des prélèvements pour mesurer la présence de corticostéroïdes dans le sang et de l'EPO dans les urines, en en assumant le risque juridique et financier. Elle fut la première à conduire des tests pour détecter les transfusions sanguines homologues et l'hémoglobine de synthèse, et à lancer le passeport biologique. L'UCI est également la seule fédération internationale à avoir une fondation antidopage indépendante.

Depuis ma prise de fonction, j'ai lancé de nombreuses initiatives. En 2006, un programme de contrôle externe pour les laboratoires d'analyses de sang, que l'Agence mondiale antidopage (AMA) a repris pour le passeport biologique. En 2007, le programme « À 100 % contre le dopage », et la mise en place du passeport biologique sanguin. En 2008, le système « Adams », qui localise électroniquement l'athlète, et des tests sanguins pour détecter les hormones de croissance. En 2009, le programme « Vrai champion ou tricheur ? », et l'introduction de critères éthiques pour l'attribution des licences aux équipes professionnelles. En 2011, l'UCI fut la première à lancer une politique « Pas d'aiguille », généralisée par le Comité international olympique (CIO) lors des Jeux de Londres.

Le cyclisme occupe le troisième rang, après le football et l'athlétisme, pour le nombre de tests antidopage réalisés, et le premier pour les tests effectués hors compétition. L'an dernier, l'UCI a réalisé 14 168 prélèvements, dont 7 558 en compétition et 6 610 hors compétition, et 5 218 dans le cadre du passeport biologique. L'UCI est la première fédération internationale à avoir lancé ce programme, qui donne d'excellents résultats. Le passeport biologique concerne environ mille cyclistes par an, qui font partie du groupe cible et doivent faire connaître leur localisation via le système « Adams ». Ils sont testés 8,5 fois par an en moyenne. Environ 200 coureurs sont testés avant le Tour de France, et 150 prélèvements supplémentaires sont réalisés pendant la course. L'UCI a signé des accords d'échange de résultats avec d'autres organisations antidopage. Plus de trente athlètes ont été convaincus de dopage à l'EPO, des résultats anormaux dans le cadre du passeport ayant entraîné des tests urinaires ciblés. Cependant l'efficacité du programme réside moins dans le nombre de sportifs confondus et sanctionnés, que dans son effet dissuasif : ainsi, on demande généralement aux coureurs souhaitant changer d'équipe ou être sélectionnés en équipe nationale de fournir leur passeport biologique.

Le budget antidopage de l'UCI s'élevait l'an dernier à 7 millions de francs suisses, soit 5,7 millions d'euros, dont plus de la moitié pour les prélèvements réalisés hors et pendant les compétitions. Vous le voyez, l'UCI s'investit pleinement pour assurer un sport propre, sans dopage. Le cyclisme a changé, il serait injuste de condamner les coureurs d'aujourd'hui pour les fautes de leurs aînés. La culture du peloton a évolué, de grands athlètes tels que Philippe Gilbert, Mark Cavendish ou Bradley Wiggins soulignent que le cyclisme a su faire le ménage en son sein. Notre capacité à détecter le dopage a progressé, mais nous ne nous en tenons pas là : quand les récompenses sont aussi élevées, certains chercheront toujours le coup de pouce pour gagner. Notre mission est de les en empêcher. Ce n'est pas facile, mais nous avons fait de grands progrès.

Vous, hommes et femmes politiques nationaux et européens, avez aussi un rôle à jouer : vous pouvez faciliter la coopération entre les acteurs en adoptant des lois qui permettent le partage des informations entre autorités policières, organisations sportives et agences antidopage, notamment concernant le trafic de produits illicites. Il faut sanctionner pénalement, comme le fait la France, ceux qui fournissent ces produits. L'existence d'un délit pénal de dopage encouragerait également les forces de l'ordre à enquêter et à poursuivre davantage.

Au niveau national, vous pouvez encourager l'industrie pharmaceutique à coopérer avec les agences antidopage, afin que celles-ci anticipent mieux les dangers à venir. Enfin, les gouvernements nationaux peuvent mener des campagnes d'éducation sur les sujets moraux, éthiques et sanitaires en direction des jeunes athlètes et de leurs entraîneurs, notamment dans les écoles sportives.

Les athlètes ont le même droit que les autres au respect de la vie privée. Néanmoins, ceux qui se destinent à une carrière sportive doivent comprendre qu'ils acceptent de ce fait de se soumettre à des obligations spécifiques.

J'en reviens à l'affaire Armstrong. Non, l'UCI n'a pas protégé Lance Armstrong. Elle a pris des décisions conformes aux faits qui étaient connus à l'époque et aux connaissances scientifiques de l'époque ; ces décisions ont été prises de bonne foi, par des personnes responsables et neutres, qui ont contribué à faire de l'UCI un leader en matière de lutte antidopage. L'UCI s'est engagé à faire réaliser un audit indépendant de ses activités pendant les années Armstrong. Les discussions sont en cours avec l'AMA à ce sujet. Nous allons lui transmettre, ainsi qu'à l'USADA, tout ce qui concerne les prélèvements effectués sur Lance Armstrong. Nous souhaitons rétablir des relations constructives avec l'USADA et son président M. Tygart est d'accord pour me rencontrer prochainement.

Il y a beaucoup à faire pour réparer les dégâts que Lance Armstrong et quelques autres ont infligés à notre sport. Nous devons mieux communiquer sur nos activités antidopage, rassurer le public et nos partenaires, montrer que nous faisons tout pour que le cyclisme soit un sport propre, et que le peloton n'a rien à voir avec celui d'il y a dix ans.

M. Jean-François Humbert, président. - Merci. Nous reviendrons, vous vous en doutez, sur l'affaire Armstrong. Vous avez vous-même été cycliste, vous avez remporté le Tour d'Irlande. Avez-vous pris des produits dopants au cours de votre carrière ? Avez-vous vu d'autres coureurs en prendre ?

M. Patrick McQuaid. - Non, je n'ai jamais pris de produits dopants. J'ai été professeur d'éducation physique et coureur amateur, je n'ai jamais atteint un niveau professionnel m'autorisant à courir le Tour de France ou d'autres grandes épreuves. J'ai couru le Tour de Grande-Bretagne, le Tour d'Ecosse, des courses amateurs. Je n'ai jamais vu d'autres sportifs se doper. Je n'étais pas au courant d'un tel phénomène dans le peloton.

M. Jean-François Humbert, président. - Cela fait des années que l'on parle du problème du dopage. N'aviez-vous jamais été à tout le moins informé ?

M. Patrick McQuaid. - Je savais que le dopage existait au sein du peloton. Depuis que je préside l'UCI, je cherche à mettre fin à cette culture du dopage dans notre sport. Dans les années trente ou quarante, les cyclistes se vantaient de prendre de la strychnine ! Mais je n'ai jamais couru au niveau où cela pouvait se pratiquer.

M. Jean-Jacques Lozach, rapporteur. - Vous dites vouloir nous parler « les yeux dans les yeux », je m'en réjouis. Votre fils est agent de coureurs cyclistes : n'y a-t-il pas là un risque de conflit d'intérêts, notamment sur la question du dopage ?

M. Patrick McQuaid. - Je ne crois pas. Mon fils est avocat professionnel. Il a les capacités pour gérer les contrats des cyclistes. Il a le même accès que tout autre agent au personnel de l'UCI. Il n'y a pas de conflit d'intérêts.

M. Jean-Jacques Lozach, rapporteur. - Pour faire des propositions pertinentes, nous avons besoin de savoir comment fonctionne le milieu sportif, et donc de revenir sur un passé récent. Selon l'USADA, Lance Armstrong a été contrôlé à cinq reprises lors du Tour de Suisse 2001. Trois échantillons ont été considérés suspects ; étrangement, les deux autres n'ont jamais été analysés. Comment l'expliquez-vous ?

M. Patrick McQuaid. - Je n'étais pas, alors, président de l'UCI, je ne peux donc que vous dire ce qui m'a été rapporté. À l'époque, le laboratoire de Lausanne avait publié des résultats positifs et négatifs. En cas de résultats positifs, l'UCI lançait une enquête, mais elle ne pouvait agir sur la base d'un résultat jugé « suspect » : dire que des soupçons pesaient sur un coureur nous exposait à un procès. Nous avons toutefois, au vu de ces éléments, ciblé Lance Armstrong lors du Tour de France 2001, en le testant dix ou douze fois, notamment pour détecter une prise d'EPO. À l'époque, le monde scientifique débattait encore de la validité des tests EPO et celui introduit par l'UCI en 2001 ne fut certifié que deux ans plus tard. En outre, les résultats n'étaient pas cohérents d'un laboratoire à l'autre, Châtenay-Malabry utilisant un critère de 85 % pour un résultat positif, tandis que le laboratoire de Lausanne appliquait un critère de 80 %.

M. Jean-François Humbert, président. - Pourquoi deux des échantillons prélevés lors du Tour de Suisse n'ont-ils pas été analysés ? N'est-ce pas bizarre, dès lors qu'il y avait suspicion ?

M. Patrick McQuaid. - J'ignore combien de prélèvements ont été envoyés au laboratoire de Lausanne. Tous ont été analysés et sont revenus avec un résultat négatif, c'est-à-dire en deçà du seuil de 80 %. Les analyses ont bel et bien été faites.

M. Jean-Jacques Lozach, rapporteur. - En 2005 paraît le rapport Vrijman qui étudie les échantillons prélevés sur Armstrong lors du Tour de France 1999, positifs à l'EPO. Pourquoi l'UCI n'a-t-elle pas fourni à M. Vrijman les résultats du Tour de Suisse ? L'objectif de ce rapport n'était-il pas de fragiliser le laboratoire de Châtenay-Malabry ?

M. Patrick McQuaid. - Il n'était pas question de jeter le moindre doute sur le laboratoire de Châtenay-Malabry, avec lequel l'UCI avait de très bonnes relations. Les prélèvements de 1999 ont été testés à nouveau, mais sans le bon protocole. C'était à l'AMA de décider d'ouvrir ou non une enquête sur la base de ces résultats, elle ne l'a pas fait.

M. Jean-Jacques Lozach, rapporteur. - Le laboratoire de Lausanne, où nous nous sommes rendus, a informé l'USADA que les prélèvements d'Armstrong lors du Dauphiné Libéré de 2002 n'étaient pas positifs mais très suspects. Vous étiez dans les instances dirigeantes de l'UCI à l'époque. Confirmez-vous cette déclaration ? Pouvez-vous nous transmettre les rapports d'analyse ?

M. Patrick McQuaid. - Concernant ces prélèvements, la seule source est la direction du laboratoire de Lausanne. L'UCI n'a réalisé aucun test lors de cette course : nous n'avons ni document, ni souvenir de cet épisode.

L'UCI ignorait tout des prélèvements suspects avant les déclarations de

Floyd Landis en mai 2010. Elle a alors demandé à tous les laboratoires de fournir la liste de tous les résultats positifs à l'EPO enregistrés : aucun ne citait Lance Armstrong. C'est à ce moment que l'UCI a été informée de l'existence de deux prélèvements négatifs mais néanmoins fortement suspects. À l'époque, les résultats étaient soit positifs, soit négatifs ; si nous avions des soupçons, nous ciblions l'athlète lors des courses suivantes. C'est ce que nous avons fait.

M. Alain Dufaut. - L'action de l'UCI contre le dopage a été remise en question par l'affaire Armstrong. La crédibilité de votre fédération a été atteinte. Beaucoup des personnes que nous avons auditionnées ont évoqué des complicités au sein de l'UCI... Vous affirmez que l'UCI n'a pas protégé Lance Armstrong et son équipe, nous en prenons acte. Mais n'ont-ils pas tout de même bénéficié d'un traitement de faveur ?

En 2012, vous avez qualifié les coureurs repentis, Tyler Hamilton et Floyd Landis, de « scumbags », « ordures ». Ces propos m'ont choqué. Les maintenez-vous ? Considérez-vous que les repentis nuisent à la lutte contre le dopage ? Qualifieriez-vous aussi Lance Armstrong « d'ordure » ?

M. Patrick McQuaid. - Lance Armstrong n'a pas bénéficié de traitement de faveur, il a été traité de la même façon que tous les autres athlètes par l'UCI.

Le terme de « scumbag » a été pris hors de son contexte. Je n'ai pas dit que ces coureurs étaient des ordures pour avoir dénoncé d'autres athlètes mais pour s'être eux-mêmes dopés pendant des années, et pour avoir contraint l'USADA et l'UCI à dépenser beaucoup d'argent pour se défendre des attaques lancées par la presse. Ces personnes ne sont pas très crédibles, elles ont beaucoup nui au cyclisme, tout comme Lance Armstrong.

M. Stéphane Mazars. - Malgré les soupçons, l'UCI a accepté des dons de la part de Lance Armstrong : 25 000 dollars en mai 2002 puis 100 000 dollars en 2007. Comment le justifiez-vous ?

M. Patrick McQuaid. - J'ai déjà reconnu publiquement que c'était une erreur. En 2002, ces 25 000 dollars ont financé des tests sur des jeunes cyclistes. Le don de 100 000 dollars a été versé en 2007 mais avait été proposé en 2005, avant mon entrée en fonction. Avec le recul, je reconnais que nous n'aurions pas dû l'accepter.

L'AMA a récemment reçu un don de 300 000 euros de la part du gouvernement russe, sans conditions. De la même façon, les dons de Lance Armstrong à l'UCI n'étaient assortis d'aucune condition. Ils ont toujours été annoncés publiquement et ont fait l'objet de communiqués de presse. À l'époque, l'action de l'UCI contre le dopage coûtait très cher, et notre budget n'était pas ce qu'il est aujourd'hui. Les dons étaient tous bienvenus... Mais je le répète, c'était une erreur.

M. Stéphane Mazars. - Selon le règlement de l'UCI, un coureur doit respecter un délai de six mois avant de reprendre la compétition après une retraite sportive, afin de pouvoir être contrôlé. Or Lance Armstrong a été autorisé à courir dès janvier 2009, soit quatre mois après avoir annoncé son retour. N'est-ce pas un traitement de faveur ?

M. Patrick McQuaid. - Aujourd'hui, le règlement de l'UCI impose une période de carence de quatre mois. La règle des six mois précédait l'introduction du passeport biologique. Dès l'annonce de son retour, Lance Armstrong fut immédiatement inclus dans le groupe cible, et testé six ou huit fois avant de participer au Tour de France, son passeport biologique était parfaitement normal. Il se trouvait donc dans la même situation que les autres coureurs. John Fahey, le président de l'AMA à l'époque, soulignait l'intérêt extraordinaire que suscitait le retour de Lance Armstrong, y compris en termes de financements. Ce retour était un phénomène sportif inédit !

Il faut se remettre dans le contexte de 2001-2002 : les moyens antidopage de l'époque ne permettaient pas d'apporter une preuve définitive, or, contrairement à la police, nous ne pouvions agir sur un simple soupçon. Ce n'est que grâce aux enquêteurs fédéraux que l'on a obtenu des aveux. Le passeport biologique d'Armstrong était normal, nous l'avons donc autorisé à courir. Peu après, nous avons changé la règle du délai de carence pour tenir compte de l'introduction du passeport.

M. Alain Néri. - « Nous avons fait une erreur », avez-vous répété, encore et encore. Errare humanum est, mais tout de même, il y a des répétitions... Vous avez accepté les dons de Lance Armstrong, dont acte. Quel est le budget de l'UCI ? Comment est-elle financée ? Tirez-vous des ressources des droits de retransmission télévisée ?

M. Patrick McQuaid. - Je n'accepte pas votre interprétation : je n'ai pas « répété » que je m'étais trompé.

Le budget de l'UCI n'était pas il y a dix ou quinze ans ce qu'il est aujourd'hui. Notre budget de fonctionnement s'élève à 28 millions de francs suisses. Nous ne bénéficions pas de droits de retransmission importants comme la FIFA ou l'UEFA. Ce sont les organisateurs de course qui perçoivent les droits. L'UCI ne perçoit que ceux, modestes, des compétitions qu'elle organise, championnats du monde et coupes du monde. Tous les quatre ans, nous recevons une somme du comité international olympique (CIO), qui finance notamment le Centre mondial de cyclisme à Aigle et la formation des athlètes des pays sous-développés. Sur les 28 millions, 7 millions sont consacrés à la lutte antidopage.

M. Jean-Pierre Chauveau. - Merci de ces explications. Dans un rapport sur le Tour de France 2010, les observateurs de l'AMA estimaient que la proximité entre les commissaires antidopage de l'UCI et les coureurs nuisait à la crédibilité des contrôles. Qu'en est-il ? Quelles sont vos relations avec les fédérations nationales ? Le délai entre la faute et la sanction est souvent très long : ne pourrait-on pas améliorer la réactivité ?

M. Patrick McQuaid. - J'ai demandé à l'AMA d'envoyer des observateurs indépendants lors du Tour de France 2010. Nous n'avons rien à craindre d'un regard extérieur sur notre travail. Le Tour de France est la manifestation sportive la plus importante et elle appartient au patrimoine de votre pays. C'est un événement intensif et stressant pour tous les participants, soumis à une forte pression médiatique. L'UCI emploie 350 commissaires antidopage, spécialement formés, tout au long de l'année ; il est normal qu'ils connaissent les cyclistes, mais ils ne vont pas pour autant les informer en amont d'un contrôle ! Que l'entourage des coureurs fasse le guet et reconnaisse la voiture du commissaire arrivant dans le parking de dans l'hôtel, c'est possible - le journal L'Équipe en a parlé. Cependant, lors du Tour de France, les équipes s'attendent en permanence à l'arrivée des contrôleurs ! On ne peut parler pour autant d'une proximité malsaine.

En cas de dopage, la première sanction intervient au niveau de la fédération nationale, qui est amenée à prononcer une peine contre son propre athlète : il peut y avoir conflit d'intérêts. Les délais sont effectivement longs. L'UCI souhaite créer une commission de première instance internationale ; j'y travaille depuis un an et ferai des propositions en ce sens d'ici dix jours. Une telle mesure a un coût mais devrait être gage d'efficacité.

M. Alain Néri. - Que pouvez-vous nous dire du World Tour ? Comment les équipes sont-elles choisies ?

M. Patrick McQuaid. - Le World Tour est un objectif stratégique important pour l'UCI si nous voulons que le cyclisme devienne un sport réellement international. D'autant que nous sommes en concurrence avec le football, le tennis, dans un monde de plus en plus petit. Nos sponsors veulent une visibilité en Asie, là où la croissance se porte bien ! Le World Tour se doit d'inclure des compétitions dans cette partie de la planète. Nous avons mis en place une commission indépendante de licence pour sélectionner les équipes, avec à sa tête quatre juges suisses de haut niveau. Les équipes sont évaluées selon des critères de gestion mais aussi de valeur sportive et éthique. Nous travaillons avec le cabinet d'audit Ernst&Young ; l'UCI fournit un rapport mais sans participer à la décision, pour éviter tout conflit d'intérêts.

L'affaire Armstrong nous a conduits à réfléchir à l'avenir du sport. Nous travaillons avec le cabinet Deloitte sur une grande étude internationale ; nous avons reçu 7 000 réponses à notre questionnaire en ligne. Nos partenaires travaillent autour de quatre axes : la mondialisation, l'antidopage, le calendrier et les coureurs. Des groupes de travail vont chercher à améliorer le système de points pour le World Tour. Nous voulons un dispositif qui n'incite pas les coureurs à se doper...

M. Jean-Jacques Lozach, rapporteur. - Vous êtes prêts à coopérer pleinement avec les autorités antidopage, dites-vous. Êtes-vous prêt à nous communiquer tous les contrôles effectués depuis 1999 sur Lance Armstrong, ainsi que son passeport sanguin ?

M. Patrick McQuaid. - Nous allons transmettre à l'USADA toutes nos informations concernant les prélèvements réalisés sur Lance Armstrong depuis 1999, et ce dès la semaine prochaine. Pour des raisons juridiques, nous ne pouvons communiquer les informations concernant le passeport biologique sans l'accord de l'athlète.

Pour le Tour de cette année, nos relations avec l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) sont excellentes, nous partageons des informations depuis des semaines dans la perspective du Tour de France, notamment sur les athlètes à cibler. Je ne doute pas de la qualité du rapport qui sera publié par la suite avec l'AFLD.

M. Jean-François Humbert, président. - Accepteriez-vous le retour de représentants de l'AMA sur le Tour de France 2013 ?

M. Patrick McQuaid. - L'AMA a le droit de participer au Tour de France si elle le souhaite, cela ne nous pose aucun problème.

M. Jean-Jacques Lozach, rapporteur. - Lorsque vous vous exprimez sur vos relations avec l'AFLD, vous semblez établir un distinguo entre la période où M. Pierre Bordry la présidait et la période actuelle. Pourquoi ? Que reprochez-vous à M. Bordry ?

M. Patrick McQuaid. - Je n'ai pas de reproche à faire à M. Bordry, avec lequel j'ai eu de bons rapports. Les quelques problèmes concernaient d'autres membres de l'AFLD, sur certains Tours... Le président actuel, Bruno Genevois, qui mesure la qualité et la quantité de notre travail contre le dopage, sait que nous partageons le même objectif : attraper les tricheurs et permettre aux coureurs propres de gagner.

M. Jean-Jacques Lozach, rapporteur. - Vous avez récemment signé un accord pour que l'AFLD prenne en charge les contrôles sur le Tour de France, après l'avoir refusé trois ans durant. N'a-t-on pas perdu trois ans ?

M. Patrick McQuaid. - L'AFLD n'est pas responsable des tests antidopage sur le Tour de France. Selon les règles de l'AMA, c'est la fédération internationale qui en est responsable. Nous travaillons de concert avec l'AFLD pour améliorer l'efficacité du régime antidopage. Ces trois dernières années, l'UCI est intervenue sur le Tour de France : nous n'avons pas perdu de temps.

M. Jean-Jacques Lozach, rapporteur. - Comment justifiez-vous la dissolution de la commission indépendante que vous aviez mise en place au sein de l'UCI pour mettre au jour les responsabilités des différents acteurs ?

M. Patrick McQuaid. - L'UCI a annoncé fin octobre, lorsque l'affaire Armstrong a éclaté, l'exclusion à vie du coureur. Fin octobre, lors d'une réunion d'urgence, nous avons décidé de lancer une enquête de haut niveau avec le président du Tribunal arbitral du sport, John Coates. Cette commission était tout à fait indépendante, mais l'USADA et l'AMA ont refusé de travailler avec elle. Il nous a dès lors paru inutile de dépenser des millions pour un rapport qui aurait de toute façon été critiqué. Il convenait de trouver une autre voie. Nous avons donc créé un sous-comité pour organiser avec l'AMA un audit indépendant de la période Armstrong. Les choses ont progressé, nous attendons sa réponse. Nous préciserons les choses lors du comité de direction de l'UCI qui se tient dans dix jours.

M. Jean-François Humbert, président. - Souhaitez-vous dire quelques mots de conclusion ?

M. Patrick McQuaid. - Merci de m'avoir donné l'occasion de m'exprimer devant vous. J'espère que j'ai pu vous faire mieux comprendre l'action de l'UCI contre le dopage. Je ne suis pas fier de l'affaire Lance Armstrong, j'aurais préféré que nous l'attrapions plus tôt. Armstrong a été contrôlé à de très nombreuses reprises, y compris par l'AMA et l'USADA qui nous critiquent aujourd'hui : aucune organisation n'a jamais trouvé de test positif. Nous portons collectivement la responsabilité de cet échec.

L'UCI est une organisation pionnière en matière d'antidopage, un exemple pour les autres. J'en suis très fier. En tant que président, j'ai deux priorités. D'abord, mettre un terme à la culture du dopage dans le cyclisme, pour que ce sport que j'adore devienne un sport propre. C'est la mission de ma vie. Nous n'y arriverons pas du jour au lendemain, mais les choses évoluent. Ensuite, changer le regard porté sur le cyclisme, trop souvent perçu comme un sport de tricheurs. C'est injuste. La science du vélo est très loin de la triche de coureurs dopés. J'espère qu'en regardant le Tour de France, vous pourrez vous dire que l'époque où sévissait un Lance Armstrong est bien révolue.

M. Jean-François Humbert, président. - Merci de vos réponses, merci d'avoir joué le jeu.

Audition de M. Jean-Marcel Ferret, ancien médecin de l'équipe de France de football de 1993 à 2004

M. Jean-François Humbert, président. - Notre commission d'enquête sur l'efficacité de la lutte contre le dopage a été constituée à l'initiative du groupe socialiste, en particulier de M. Jean-Jacques Lozach, notre rapporteur.

Une commission d'enquête fait l'objet d'un encadrement juridique strict. Je signale au public présent que toute personne qui troublerait les débats serait exclue sur le champ. Je vous informe en outre qu'un faux témoignage devant notre commission serait passible des peines prévues aux articles 434-13 à 434-15 du code pénal.

Conformément à la procédure applicable aux commissions d'enquête, M. Jean-Marcel Ferret prête serment.

M. Jean-Marcel Ferret. - Je tiens tout d'abord à dire que je suis honoré d'être auditionné par votre commission d'enquête.

On ne peut plus aujourd'hui parler de sport et de médecine sans parler de dopage. Or, le médecin n'est pas uniquement celui qui fait des piqûres ou qui promeut la performance ! La médecine française occupe une place particulière en Europe, dans la mesure où la formation de nos médecins est bien plus humaniste que celle que l'on dispense dans des pays comme l'Italie, l'Espagne ou l'Allemagne. Beaucoup de joueurs étrangers arrivent de ce fait en France avec une culture médicale différente.

J'ai débuté ma carrière dans le football en 1976, avec Aimé Jacquet, à l'Olympique lyonnais (OL). J'y suis resté trente ans. En 1993, j'ai eu la chance d'être appelé par Gérard Houiller pour m'occuper de l'équipe de France. J'y ai trouvé un fonctionnement médical amateur, dans la mesure où il n'existait pas de suivi des joueurs. On s'est aperçu que ce fonctionnement était très insuffisant pour tirer toute la quintessence souhaitée des joueurs -bien sûr dans le respect de l'éthique.

C'est pourquoi nous avons mis au point, en 1998, avec Aimé Jacquet, un suivi d'environ 35 joueurs, qui a duré pratiquement deux ans. À chaque rassemblement à Clairefontaine, nous faisions un certain nombre de tests qui nous ont permis de bien connaître les joueurs et de mettre au point, lors du Mondial de 1998, une préparation physiologique qui a beaucoup compté dans la réussite de l'équipe. Lors de la finale, on a écrasé les Brésiliens, mais certains joueurs m'ont dit ensuite qu'ils auraient été capables de jouer un huitième match !

L'aventure aurait toutefois pu s'arrêter en huitième de finale contre le Paraguay, sans le but en or de Laurent Blanc. On n'aurait alors pas échappé aux foudres médiatiques ! Après la victoire, les gens nous remerciaient de les avoir fait rêver, ce qui a été une grande récompense.

Lors de ce Mondial, dix-sept joueurs ont été contrôlés dans la phase de préparation par le ministère de la jeunesse et des sports, un an avant le début de la compétition ; durant cette dernière, quatorze joueurs ont par ailleurs été contrôlés. Nous avions également réalisé des contrôles internes, notamment en matière de drogues « récréatives », ce qui nous a permis de gérer les choses sans qu'il y ait de problèmes. L'ensemble de ces contrôles se sont révélés négatifs.

Il existe à ce sujet deux polémiques... La première résulte du contrôle des joueurs de l'équipe de France, à Tignes, le 26 décembre 1997, à l'initiative de Marie-Georges Buffet. Il s'agissait d'un stage familial, destiné à souder le groupe. Le lendemain de Noël, nous avons vu débarquer un préleveur, qui voulait contrôler un certain nombre de sportifs. Ceux-ci ont été contrôlés, mais cela a nécessité la journée, certains joueurs étant partis par monts et par vaux. Cela ne nous a pas tellement fait plaisir, mais je suis étonné qu'un ministre de la République affirme qu'elle n'a pas eu le courage de faire réaliser d'autres contrôles ! Il est vrai, pour autant que je me souvienne, que nous n'en avons plus subi jusqu'à la compétition, à l'exception de ceux de la Fédération française de football (FIFA) : deux joueurs sont tirés au sort après un match, finale comprise, et sont contrôlés, ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes. Les joueurs sont obligés d'aller directement au contrôle antidopage ; or, après la finale a lieu la remise de récompense aux vainqueurs. C'est un peu dommage pour les deux joueurs tirés au sort...

La deuxième polémique émane de mon confrère Jean-Pierre Paclet qui, plus dix ans après l'événement, a mis en cause les résultats biologiques de l'équipe de 1998. Je tiens ici à rassurer chacun : les sportifs présentent toujours des profils biologiques anormaux mais, avec un laboratoire lyonnais, nous sommes allés au bout des choses pour être sûrs qu'il n'existait aucun problème.

La prise d'érythropoïétine (EPO) provoque la fabrication de globules rouges. Il est donc facile de se rendre compte, d'après un examen biologique basique, si le taux de jeunes globules rouges est élevé ou non. Si c'est le cas, il y a suspicion de prise de produits exogènes. Cela n'a jamais été le cas !

J'ai également lu dans la presse qu'il existait une suspicion de transfusion sanguine durant la Coupe du monde. Je tiens à rassurer tout le monde : pour faire des transfusions sanguines, il faut un gros laboratoire derrière soi et beaucoup d'argent ! Il n'a jamais été question de perfusions, ni d'autoperfusions dans le cas évoqué ! Le taux de jeunes globules rouges est alors beaucoup moins élevé que la normale, puisqu'on injecte des globules rouges frais. On a donc des moyens directs de détecter une prise de produits exogènes.

Ce qui compte surtout, en biologie, ce sont les très grosses variations. Quand un hématocrite passe de 40 à 52, on peut se poser certaines questions. Quand ce taux d'hématocrite reste à environ 48-49 tout au long d'une saison, les choses ne sont pas de même nature !

Je l'ai dit à l'époque à la presse, quand on m'a interrogé : « Croyez-vous que je sois suffisamment stupide pour laisser des contrôles biologiques anormaux dans les dossiers des joueurs en cas de problème ? » Je regrette que certains confrères aient besoin d'exister à travers un livre, dix ans après l'événement -mais j'en ai fait mon deuil !

Pour en revenir au contrôle, je considère que le ballon rond a été relativement épargné par le dopage, au moins jusqu'en 2008, date à laquelle j'ai décroché du football professionnel français grâce, je le répète, à la formation humaniste dont ont bénéficié les médecins français. Notre premier credo est la santé du joueur, non la performance à tout prix. Nous nous distinguons ainsi de nos confrères étrangers, sans compter certains médecins sulfureux, italiens ou espagnols.

Certes, le dopage peut exister dans le football, mais il s'agit d'un sport multifactoriel. Les sports les plus touchés sont des sports énergétiques, où il suffit de prendre certains produits pour améliorer les performances de 20 à 25 %. Dans le football, la performance physique n'est pas tout. L'intelligence de jeu, la tactique et la technique comptent également. Le comprimé permettant d'acquérir la technique de Zizou n'existe malheureusement pas !

Ces deux facteurs ont fait que le football a été relativement épargné par les phénomènes de dopage organisé, qui nécessitent énormément d'argent. Dans l'affaire Armstrong, il fallait un budget d'environ un million d'euros par an pour arriver à ce qui a été fait.

Oui, j'ai été confronté au dopage, comme tout médecin qui s'est occupé de sportifs. Dans le football, le dopage est passé par les centres de formation, avec l'arrivée du haschich, dans les années 1980-1985. À l'époque, on avait alerté la Fédération et les pouvoirs publics. On nous a demandé de nous débrouiller seuls ! On était loin des contrôles actuels...

Le football peut être davantage touché par les drogues « récréatives » que par le dopage destiné à stimuler la performance. C'était du moins encore le cas en 2008. Je ne puis plus me prononcer à présent. Certaines rumeurs ont circulé à propos de l'Espagne. Je ne me prononcerai pas sur ce point, n'étant plus au fait de tous ces phénomènes.

Je regrette que l'on ne considère plus le sport et les victoires qu'à travers l'optique du dopage. Énormément de sportifs sont propres, et l'on peut être au plus haut niveau en football sans recourir à un procédé physique ou chimique contraire à l'éthique.

J'ai surtout été confronté au dopage individuel, souvent dû à l'entourage familial. Quand l'équipe ne tourne pas, on trouve toujours un dirigeant ou quelqu'un d'autre pour proposer certains produits. Il m'est arrivé à quelques reprises que les joueurs me soumettent un produit dont la boîte avait été grattée. Quand on est médecin, on reconnaît cependant les comprimés. J'ai été confronté deux ou trois fois à ce phénomène. La première fois, il s'agissait de Captagon, une pseudo-amphétamine. Cela remonte à loin. La seconde fois, il s'agissait de corticoïdes. Le capitaine de l'équipe m'a demandé ce que j'en pensais. Je lui ai dit que c'était un euphorisant, et qu'on ne faisait pas une carrière avec ce type de produit ! La longévité sportive des footballeurs de la génération 1998 a été extrêmement importante. C'est un critère qui va à l'encontre du dopage, au moins dans le milieu du football.

En trente ans d'OL et onze ans d'équipe de France, je n'ai jamais eu vent de dopage organisé, à l'instar d'autres disciplines. Les footballeurs ne sont pas des saints, et c'est plus l'aspect multifactoriel de la performance qui les a protégés. Je pense que le corps médical a également une responsabilité dans ce domaine, le football ayant été médicalisé -dans le bon sens du terme- à partir des années 1970, alors que d'autres sports ont été médicalisés beaucoup plus tard, et dans le mauvais sens du terme !

La présence du médecin a permis de préserver la santé des joueurs. Un bon médecin du sport était autrefois celui qui remettait un joueur le plus vite possible sur le terrain. Aujourd'hui, ce n'est plus d'actualité : le bon médecin est celui qui remet le sujet sur le terrain quand il est capable d'y être, à 100 % de ses performances physiques et mentales.

M. Jean-François Humbert, président. - La parole est au rapporteur.

M. Jean-Jacques Lozach, rapporteur. - De quelle nature ont été les contrôles effectués juste avant l'épreuve de 1998 ?

M. Jean-Marcel Ferret. - Il s'agissait de contrôles urinaires uniquement. Ce n'est qu'en 2002 que la FIFA a effectué des contrôles sanguins et urinaires. Ceux-ci ont tous été négatifs, comme en 1996, lorsque nous avons participé aux championnats d'Europe, en Angleterre.

Certes, les contrôles ne sont pas forcément efficaces -on le voit dans l'affaire Armstrong- mais je pense qu'il faut une solide organisation pour passer au travers, ainsi qu'un très gros budget !

M. Jean-Jacques Lozach, rapporteur. - Le docteur Paclet a affirmé à plusieurs reprises que certains cadres de l'équipe de France, qui évoluaient en Italie, présentaient un taux d'hématocrite anormal en 1998, lors de la Coupe du monde. Le confirmez-vous ?

M. Jean-Marcel Ferret. - Oui, le taux d'hématocrite d'un certain nombre de joueurs était élevé, mais c'était le cas en permanence. Je ne pense pas pour autant qu'ils prenaient de l'EPO à jets continus ! J'ose l'espérer en tout cas. Nous disposions de marqueurs indirects et sommes allés bien plus loin, ce taux d'hématocrite m'ayant également interpellé les premières fois. Un peu plus tard, on a même dosé l'EPO. On s'est aperçus que les signes indirects -notamment le taux de réticulocytes- étaient dans les normes. Quand on prend de l'EPO, on fabrique en effet beaucoup de globules rouges ; si on dose les réticulocytes, qui sont une forme jaune de globules rouges, on en trouve beaucoup plus que la normale. Or, les taux de réticulocytes de tous ces joueurs étaient normaux.

Je pense que ce sont les variations qui comptent. On peut avoir un taux d'hématocrite élevé dans certaines conditions ; le faire baisser de manière quasi instantanée est facile : il suffit de faire boire le sujet énormément ou de lui faire une perfusion...

M. Jean-Jacques Lozach, rapporteur. - Lors du procès de la Juventus de Turin, on a appris que le taux d'hématocrite de Didier Deschamps était de 51,9, ce qui n'est pas anodin. Comment analysez-vous cette réalité objective, scientifique ?

M. Jean-Marcel Ferret. - Je n'ai jamais enregistré de tel taux en équipe de France pour ce qui le concerne. Il est vrai que son taux d'hématocrite pouvait être élevé, mais les fluctuations des marqueurs indirects étaient normales. Je ne sais pas ce qui s'est passé à la Juventus. Ainsi que je le disais, certains pays médicalisent beaucoup. Les Italiens sont dans ce cas. Là où nous donnons un comprimé, ils font une piqûre, voire une perfusion. Leur médecine est bien plus agressive que la nôtre.

Ce n'est pas la même chose pour la médecine allemande. Les Allemands perfusaient leurs joueurs lors de la Coupe du monde de 1974, ce qui, pour nous, était une aberration. Les Français n'aiment pas les piqûres, et notre médecine n'est guère agressive de ce point de vue. Dans ma patientèle privée, j'essaye toujours d'éviter que les malades ne se fassent opérer. C'est la philosophie du médecin qui compte : en France, elle est beaucoup plus humaniste que dans d'autres pays.

Pour avoir beaucoup voyagé en tant que médecin de l'équipe de France, j'ai pu me rendre compte que les cultures médicales des autres pays sont différentes. Je crois qu'il faut en tenir compte.

M. Jean-Jacques Lozach, rapporteur. - Dans une interview de septembre 2010 vous disiez : « Paclet a pris ma succession, et nous avons eu des dossiers communs car nous avons soigné les mêmes joueurs. En 1998, nous avons effectivement constaté des anomalies biologiques, mais comme toujours en fin de saison chez les joueurs de très haut niveau, qui n'ont pas les mêmes aptitudes que M. tout le monde. Nous les avons rectifiées, mais toujours dans le respect de l'éthique, sans jamais avoir recours au dopage » -je vous cite...

Qu'entendez-vous par le terme « rectifié » ?

M. Jean-Marcel Ferret. - Je suis un adepte de la micronutrition. Quand j'ai débuté en équipe de France, on a commencé des bilans biologiques importants -vitamines, sels minéraux, etc. On s'est aperçu que des choses anormales apparaissaient pour une population sportive. Dans les problèmes d'oxydation cellulaire, les protections contre les radicaux libres sont importantes. Celles-ci -notamment la vitamine E, etc.- étaient extrêmement basses. Je me suis donc attaché à essayer d'améliorer ce statut, essentiellement par une approche nutritionnelle.

La micronutrition est une approche intéressante. Contrairement à la médecine orthomoléculaire pratiquée aux États-Unis, où les gens reçoivent des dosages vitaminiques extrêmement élevés, elle consiste à amener de petites doses dans un bol alimentaire normal.

Un sportif a en effet une membrane intestinale extrêmement fragilisée, qui ne permet pas toujours le passage de certains sels minéraux ou de certaines substances, l'intestin n'étant pas irrigué lors de l'effort. À la fin de celui-ci, une irrigation brutale -on parle d'ischémie-reperfusion- entraîne des dégâts importants sur la muqueuse intestinale.

Un bol alimentaire normal est constitué de glucides, de lipides et de protides. Quand on absorbe de la vitamine C, celle-ci se présente sous forme pure et synthétique. Lorsque ces micronutriments sont amenés dans un mini-repas, ils sont bien mieux absorbés.

Si l'on s'est attaché à l'oxydation cellulaire, c'est parce qu'elle permet de se rendre compte du phénomène de surmenage, et de savoir si les dépenses antiradicalaires sont ou non dépassées. C'est un des critères qu'on a utilisé en 2002. Quand on a fait le bilan, juste avant le stage préparatoire, L'Équipe a titré : « L'alerte bleue ». J'avais en effet prévenu que les joueurs de l'équipe de France étaient extrêmement fatigués. Les critères biologiques de sept à huit joueurs étaient extrêmement mauvais, et le phénomène antioxydant était complètement dépassé.

Je me suis donc attaché à mettre en place une nutrition adéquate durant un an et demi. On l'a expliqué aux joueurs, à tel point qu'en 1998, ils venaient eux-mêmes me chercher quand ils trouvaient quelque chose d'anormal dans le buffet. On a mené une préparation micronutritionnelle personnalisée.

Dans le domaine sportif, les entraîneurs réclament de la vitamine pour leurs joueurs. Ce n'est pas de la médecine. Il faut donner à chacun ce qui convient. Certains auront besoin de plus de fer, quelques-uns nécessiteront d'autres micronutriments. Il faut adapter la réponse à chaque demande.

C'est ce que je me suis attaché à faire. C'est un travail énorme de devoir s'occuper d'une trentaine de joueurs, qu'il faut essayer de connaître sur les plans physiologique et alimentaire. On a réalisé des bilans lipidiques en dosant les oméga-3 et les oméga-6. Quand j'ai commencé dans le football, les joueurs consommaient énormément de viande, symbole de viande, etc. Peu à peu, on leur a démontré que le rapport entre oméga-3 et oméga-6 était très important. On trouve les oméga-3 dans le poisson. Quand ce rapport est inversé, on a un profil pro-inflammatoire : la moindre blessure, le moindre choc, entraîne des conséquences plus importantes et un temps d'indisponibilité bien plus long que chez les autres. Notre action a donc été surtout alimentaire.

M. Jean-François Humbert, président. - Dans votre intervention liminaire, vous avez évoqué un contrôle quelque peu rocambolesque à l'initiative de Mme Buffet...

M. Jean-Marcel Ferret. - Malheureuse, dirais-je : la date était mal choisie !

M. Jean-François Humbert, président. - Il est vrai que ce n'est peut-être pas ce que l'on attend un lendemain de Noël... Mme Buffet, auditionnée par notre commission, a affirmé avoir subi des pressions de toutes sortes. Que pensez-vous de ces déclarations ? Avez-vous eu connaissance de telles pressions ? S'il y a eu pressions, de qui venaient-elles ?

M. Jean-Marcel Ferret. - Ce n'est pas de mon fait ! Je pense que la fédération a dû monter au créneau, mais c'était aussi sa faute ! La fédération avait en effet prévu ce stage comme un stage de préparation physique. Or, il s'agissait d'un stage familial. On a passé Noël tous ensemble. Cela a été très difficile à mettre sur pied, les joueurs ne voulant pas passer Noël seuls en famille. Ils ont bien passé ce moment en famille, mais tous ensemble, à Tignes. C'était un pari risqué. Il fallait que l'on ait des échanges en dehors d'un stage officiel de compétition.

On n'a pas refusé le contrôle. Il a eu lieu. Tous les joueurs sont venus. J'ai eu de la peine à récupérer Fabien Barthez, qui était sur les pistes mais, en fin de journée, ils étaient tous passés au contrôle -six joueurs, pour autant que je me souvienne. Quant aux pressions, je n'ai pas de réponses. J'ai appris dans L'Équipe les déclarations de Marie-George Buffet. Comme je le disais, si cela a suffi pour empêcher d'autres contrôles, c'est dommage ! On n'a jamais refusé un contrôle !

M. Jean-François Humbert, président. - Le docteur Paclet a parlé de raisons d'État. Pensez-vous qu'il se soit trompé ?

M. Jean-Marcel Ferret. - Personnellement, je n'en vois pas. Je vivais 24 heures sur 24 avec les joueurs. Je suis peut-être un grand naïf, mais je n'ai rien vu d'anormal. Les fameux taux se retrouvaient lors de tous les stages. Je ne sais plus combien de bilans biologiques nous avons réalisé, mais le budget a explosé, bien que j'aie trouvé des sponsors médicaux. Il a fallu qu'Aimé Jacquet monte au créneau au conseil fédéral pour que ce budget soit accepté.

Lorsque nous avons rencontré des situations anormales, nous sommes allés plus loin, ce que Jean-Pierre Paclet ne sait peut-être pas, puisqu'il n'a disposé que des premiers bilans. Les autres ont été réalisés en interne, avec dosage de l'EPO, etc., en recourant au laboratoire lyonnais dont j'ai parlé. Je peux vous communiquer les noms des deux biologistes. Si vous les auditionnez, ils vous diront que tout ce qui a été fait en 1998 ne leur a jamais paru anormal. Nous sommes allés aussi loin que possible dans le contrôle biologique.

M. Jean-François Humbert, président. - Il ne s'agit pas pour notre commission de créer un problème entre deux médecins qui se sont succédé...

M. Jean-Marcel Ferret. - Je n'ai aucun problème avec Jean-Pierre Paclet, mais j'estime que lorsqu'on a quelque chose à dire, on le dit tout de suite et non plus de dix ans après ! C'est trop facile !

M. Jean-François Humbert, président. - D'une manière générale, existe-t-il suffisamment de contrôles antidopage dans le football ?

M. Jean-Marcel Ferret. - Il y en a pas mal...

M. Jean-François Humbert, président. - Sont-ils selon vous assez nombreux dans les sports collectifs ?

M. Jean-Marcel Ferret. - Les contrôles en compétition et à l'entraînement se sont à présent généralisés.

Durant les dernières années de l'OL, huit joueurs ont subi un contrôle lors de l'entraînement. L'effectif a même été entièrement contrôlé, avec prises de sang, et analyses d'urine et de cheveux. On n'a jamais rien trouvé ! Or, les cheveux permettent de remonter assez loin. Le football n'est donc pas extrêmement touché par le dopage. Dire qu'il ne l'est pas du tout est utopique, mais je n'ai pas connaissance d'un dopage généralisé dans les clubs et en équipe de France !

Le dopage individuel existe. On connaît évidemment des pressions -par exemple de la part des présidents- mais je n'ai jamais été confronté au dopage institutionnalisé. Si tel avait été le cas, je ne serai pas resté longtemps dans le football ! Si on commence, on ne peut plus s'en sortir ! Je n'y ai jamais touché et je m'en porte très bien. Je peux me regarder dans une glace le matin. La Coupe du monde de 1998 a été une grande victoire, préparée de manière extrêmement rigoureuse.

Le football est un sport collectif. En stage, tout le monde vit ensemble. Les chambres sont ouvertes. S'il y avait eu des perfusions, je pense que le personnel hôtelier et tous ceux qui gravitent autour de l'équipe de France l'auraient vu. Je puis vous garantir qu'il n'y a rien eu de tout cela !

M. Alain Néri. - Il n'est pas question de jeter le moindre doute sur la victoire de l'équipe de France en 1998, mais on a quand même le droit de se poser des questions. Pourquoi ne le ferait-on pas alors qu'on est inondé de questions et d'interrogations concernant d'autres sports ?

Je ne partage pas votre sentiment lorsque vous faites une description idyllique du football. Vous affirmez que vous ne risquez rien parce que cela coûterait trop cher. S'il existe un sport où l'argent coule à flot, c'est bien le football ! Ce n'est donc pas une question de moyens financiers : il vaut mieux être un footballeur professionnel que coureur cycliste professionnel, quand on n'est pas la vedette numéro un ! Dans ce domaine, votre argument ne peut tenir.

M. Jean-Marcel Ferret. - Qui paye ? Imaginez-vous les joueurs sortir un million d'euros ?

M. Alain Néri. - Je ne sais pas, mais je vous livre mon sentiment. Tout comme vous, je ne suis pas tout à fait naïf !

En second lieu, vous affirmez que le football n'est pas un sport nécessitant de la force...

M. Jean-Marcel Ferret. - Je n'ai pas dit cela ! J'ai dit que c'était un des critères de performance...

M. Alain Néri. - Il arrive cependant que des équipes limitées techniquement compensent par le physique ! Quand on n'est pas bien physiquement, on n'est pas bien techniquement. C'est donc un tout...

M. Jean-Marcel Ferret. - C'est un tout...

M. Alain Néri. - Quand on compare les matchs d'il y a quelques années avec des matchs plus récents, on voit bien que la vitesse n'est plus la même, que les gabarits ont changé, que les passes ne sont plus de la même longueur, même si je sais que les ballons ne sont plus les mêmes et qu'il est aujourd'hui plus facile de faire une passe de 35 mètres qu'il y a vingt ans.

Des questions se posent néanmoins. Vous prétendez qu'il n'y a pas de dopage. Or, nous avons auditionné la directive du laboratoire de Châtenay-Malabry, qui nous a donné le hit-parade. Le football n'y est pas mal placé !

M. Jean-Marcel Ferret. - Quels sont les produits en cause ?

M. Alain Néri. - Ceux qui sont interdits !

M. Jean-Marcel Ferret. - Le haschich arrive largement en tête ! C'est une drogue récréative...

M. Alain Néri. - Vous parlez de contrôles inopinés. Didier Deschamps nous a dit qu'on n'en faisait pas parce que cela vient contrecarrer les séances d'entraînement !

Vous êtes le premier à dire qu'il n'est pas normal d'en avoir un le 26 décembre ! Dans d'autres sports, on peut subir un contrôle inopiné à 6 heures du matin, avant une étape de 180 kilomètres dans les cols ! Ce n'est pas forcément la meilleure des préparations !

M. Jean-Marcel Ferret. - Il s'agit d'une compétition !

M. Alain Néri. - On sait que si l'on se contente de faire des contrôles antidopage en compétition, on perd son temps ! C'est la préparation qui permet le dopage. Si on souhaite des contrôles inopinés, c'est effectivement parce que c'est là qu'on peut s'en rendre compte.

Je souhaiterais donc connaître votre avis concernant ces contrôles inopinés. Pensez-vous qu'il faille les maintenir ? Vous dites que c'est gênant en fin de match, les joueurs devant répondre aux interviews. Dans les autres disciplines sportives aussi ! Vous l'avez dit vous-même : si on attend, le joueur a le temps de se faire une injection d'eau pour faire tomber son taux d'hématocrite !

On aime tous le football : il faut qu'il puisse se justifier comme les autres ! Quel est donc votre sentiment sur les contrôles inopinés et sur les autorisations d'usage à des fins thérapeutiques (AUT) ?

M. Jean-Marcel Ferret. - Les arguments peuvent effectivement se retourner.

Pour en revenir au contrôle inopiné, j'y suis favorable. C'est, selon moi, bien plus important que les contrôles en compétition -et beaucoup plus facile à réaliser, même si cela dérange l'entraîneur.

Je sais ce qu'il en est en matière de contrôle en compétition, puisque j'ai été le médecin de la FIFA, lors de Coupe du monde de 1994. J'ai eu le triste privilège de contrôler Diego Maradona lorsqu'il a été déclaré positif. Quand on joue par 40 degrés à l'ombre, il faut parfois attendre jusqu'à cinq, six ou sept heures avant que le sujet puisse uriner. C'est pourquoi les contrôles sanguins, inaugurés en 2002 par la FIFA en Corée et au Japon, ont été mis en oeuvre. Quand les contrôles inopinés se font sur la base d'analyses de sang, de cheveux ou d'urine, peu de choses passent au travers !

Quant à l'argent, oui, il y en a beaucoup dans le football, mais je connais peu de footballeurs qui accepteraient de payer ce que paient certains athlètes ou certaines équipes dans d'autres disciplines pour un résultat aléatoire !

Certes, la dimension physique a beaucoup évolué au fil des années, mais tout mettre sur le compte du dopage est un peu facile !

J'ai pris l'OL en 1976. Il existait alors des consommations maximales d'oxygène extrêmement basses. En 1998, les joueurs étaient des athlètes et cela progresse encore de match en match ! Je suis en contact avec beaucoup de préparateurs, qui trouvent que la performance physique augmente sans arrêt : plus de sprints, plus d'actions explosives, etc. Le football a acquis une dimension physique extrêmement importante mais, sans technique, aucune équipe ne sera championne du monde !

Il faut donc relativiser. Je suis d'accord avec vous sur le fait qu'il ne faut pas être trop naïf : dans certains pays, les choses sont difficiles à contrôler car il ne s'agit que de rumeurs. En France, le football est relativement propre. Le danger vient de la drogue. Les joueurs côtoient le show-biz, ont beaucoup d'argent. Les drogues récréatives sont un véritable problème.

Le second problème peut venir du passage en professionnel ; certains managers, en centres de formation, poussent les jeunes joueurs à passer professionnels, les rapports étant assez juteux. Ils ne sont peut-être pas suffisamment contrôlés -encore que j'ignore ce qui se fait depuis quelques années dans les centres de formation.

Pensez-vous qu'Aimé Jacquet aurait accepté qu'on plonge dans le dopage ? Non, ce n'est pas possible.

M. Jean-François Humbert, président. - C'est effectivement mal le connaître !

Enfin, les AUT constituent un vrai problème. Les corticoïdes ont été interdits, sauf en application locale et en injection intra-articulaire, la voie intramusculaire passant dans le sang. Il y a là une certaine ambiguïté...

Les infiltrations constituent cependant un mode d'administration extrêmement réduit. Je pense que cette interdiction a cependant constitué un recul. Je pense qu'il est très facile de contourner la loi...

M. Stéphane Mazars. - Aujourd'hui, dans le football de haut niveau, la répétition des matchs est importante et la dimension physique prend de plus en plus de place. Le rythme des calendriers nationaux et internationaux est-il selon vous encore compatible avec une saine pratique de ce sport ?

Par ailleurs, en 1998, pratiquement tous les joueurs jouaient à l'étranger.

M. Jean-Marcel Ferret. - Cela n'a été le cas qu'après 1998 ! En 2002, seuls quatre joueurs n'étaient pas à l'étranger...

M. Stéphane Mazars. - Beaucoup de joueurs se sont transformés à partir du moment où ils sont partis jouer à l'étranger : ils ont pris de la masse musculaire et on le ressentait sur le terrain.

Vous avez par ailleurs estimé que certains pays n'ont pas la même approche de la médecine que la France. Quel regard portiez-vous, à cette époque, sur leur préparation et leur suivi médical ? Avez-vous eu des soupçons sur la méthode de préparation des clubs dans lesquels ils évoluaient ?

M. Jean-Marcel Ferret. - La charge de travail est un vaste problème. En 1998, nous avons basé notre préparation sur l'état physiologique des joueurs. On a repris leurs charges de travail sur quatre saisons pour affiner leur préparation.

Actuellement, un joueur court un grand risque de se blesser après trois à quatre saisons pleines. En 1998, la moyenne des matchs était de 41. En 2002, on est passé à 52, avec des extrêmes à plus de 70 matchs par saison. On insiste beaucoup sur la récupération des joueurs, mais plus on les fait récupérer, plus on leur fait faire de matchs. Il faut donc légiférer à propos de la charge de travail. Cela existe en médecine du travail ! Or, les cyclistes ou les footballeurs professionnels sont des salariés qui relèvent de la médecine du travail.

C'est un voeu pieu : nous en parlons depuis des décennies, mais nous n'avons jamais été suivis. Je me suis opposé à la Ligue quand, en France, celle-ci a décidé de faire des matchs tous les deux jours. Il faut un peu plus de trois jours pour récupérer d'un match de football. On oublie que le football et le rugby sont des sports de contact qui génèrent des chocs, des coups, et détériorent les tissus. Cela coûte très cher à l'organisme...

On maîtrise à présent les réserves énergétiques. On sait qu'il faut deux ou trois jours pour reconstituer un stock de glycogène, mais quand il faut réparer des tissus, trois jours, c'est bien court ! Au rugby, il serait impensable de faire des matchs tous les trois jours. Il faut sept à huit jours pour récupérer ! Un marathon nécessite beaucoup plus de temps, les percussions sur le sol déclenchant des dégâts membranaires et tissulaires. C'est ce qui coûte cher à l'organisme. C'est pourquoi le métabolisme d'un athlète est toujours en hyperactivité. Il faut donc en tenir compte.

Lorsque les matchs sont trop rapprochés, le sujet se blesse. La blessure est prévisible. La gestion des charges de travail, des compétitions, les ressources humaines sont très importantes dans le sport professionnel. Or, on fait malheureusement toujours jouer les meilleurs...

Peut-on faire une carrière de très haut niveau à 50 ou 60 matchs par saison, sans approche biologique ou alimentaire très poussée ? Je pense que c'est devenu extrêmement difficile. Il faut avoir une approche extrêmement personnalisée, que le sujet se connaisse bien, mène une vie adaptée et soit tourné vers sa profession. Je ne sais si c'est tout à fait le cas aujourd'hui.

Il aurait été bien plus facile de faire une piqûre d'EPO à tous les joueurs que de faire des stages à Tignes ! Le dopage, c'est un peu l'oreiller de paresse, comme dit Aimé Jacquet. Il est bien plus difficile de programmer un entraînement, de disséquer un sujet, de le connaître vraiment sur le plan physiologique. C'est un travail énorme. Je ne suis pas sûr qu'il soit conduit partout. Il est plus simple d'avoir recours à certaines techniques. Tout le monde est en forme et il n'y a pas de problème !

Quant à la métamorphose physique des joueurs, nous étions en contact permanent avec eux. Ils m'appelaient quand ils étaient blessés. Si j'estimais que c'était grave, je me déplaçais, et je leur demandais de m'informer de tout ce qu'on leur donnait. Ils me disaient souvent de leur propre chef qu'on leur avait prescrit telle ou telle molécule, et me demandaient s'ils pouvaient la prendre ou non.

En Italie, les joueurs de la Juventus prenaient énormément de produits, même en perfusion. La pharmacopée italienne est bien plus riche en produit de récupération -vitamines, sels minéraux, acides aminés- que la pharmacopée française, qui est de plus en plus restreinte d'ailleurs, ce qui nous protège. Aucun des produits que m'ont cités les joueurs ne faisait toutefois partie des produits de la liste. Cependant, énormément étaient détournés de leur utilité première. Il s'agissait souvent des produits utilisés pour leurs effets secondaires ou parce qu'ils contenaient un certain nombre d'éléments intéressants pour l'organisme -mais jamais interdits.

On peut bien entendu m'objecter qu'ils ne m'ont peut-être pas toujours dit la vérité...

M. Stéphane Mazars. - Eux-mêmes ne la savaient peut-être pas...

M. Jean-Marcel Ferret. - Les footballeurs sont des gens assez naïfs. À l'époque, ils ne demandaient pas ce qu'on leur injectait... C'est la raison pour laquelle je leur ai demandé de me tenir informé. Encore une fois, je n'ai jamais eu connaissance de produits interdits. Toutefois, la fameuse créatine, qui n'est pas un produit interdit, est donnée « larga manu » dans les pays étrangers. Les joueurs étrangers, en France, en prennent d'ailleurs beaucoup.

On trouve la créatine dans l'alimentation courante. Comme bien souvent, son excès est problématique, régi par l'homéostasie. Celle-ci impose le moins de variations possible, qu'elles soient de nature climatique, alimentaire, ou autres, le non-respect de celle-ci entraînant des perturbations extrêmement importantes pour l'organisme humain. Certes, on peut s'adapter, mais on doit le faire progressivement.

M. Jean-François Humbert, président. - En tant que médecin, faites-vous une distinction entre médicalisation et dopage ?

M. Jean-Marcel Ferret. - Oui, mais où commence le dopage ? Si l'on considère que tout ce qui est artificiel est contraire à l'éthique, on peut aller très loin. Un médecin m'a ainsi dit un jour qu'il n'était pas normal de donner de l'arnica lorsqu'un sujet reçoit un coup, celle-ci évitant l'ecchymose, ce qui le rend donc plus performant !

Lors de la finale de la Coupe du monde, en milieu de première mi-temps, Didier Deschamps a pris un coup dans le ventre. Il était très sensible à l'homéopathie. J'entre sur le terrain pour lui donner un tube d'arnica, qu'il absorbe d'un seul coup. À ce moment, la télévision réalise un gros plan. Le lendemain, une dizaine de télévisions étrangères m'appellent en me demandant si cette « fiole » contenait un produit dopant !

J'ai répondu qu'il aurait fallu que je sois stupide pour donner à Didier Deschamps un produit dopant devant des milliards de téléspectateurs ! J'ai expliqué qu'il s'agissait d'arnica destinée à lutter contre les contusions, produit auquel il était très sensible.

Un journaliste a sorti une biographie de Didier Deschamps dans laquelle il évoque à nouveau cet épisode en parlant de dopage. Je suis sidéré par l'incompétence de certaines personnes. Qu'il se renseigne ! On donne de l'arnica aux enfants !

Dans un autre livre, on prétend que Lilian Thuram aurait absorbé un produit dopant lors de la mi-temps contre la Croatie ! Or, le but Croate a été marqué en début de deuxième mi-temps. Je ne vois pas pourquoi il aurait pris quelque chose à la mi-temps, puisqu'il n'avait pas encore commis l'erreur qui l'a amené à réagir. À l'entraînement, il s'était fait rabrouer par les autres défenseurs, parce qu'il restait trop en arrière. Lors du match, il est à nouveau resté en arrière, ce qui a permis à Suker de marquer. Piqué au vif, il marque alors deux buts consécutifs, ce qu'il n'a plus jamais fait ensuite ! Le mental est capable de faire faire de grandes choses.

On peut tout ramener au dopage, même des gestes simples. C'est fort dommage. Cela me chagrine que l'on ne puisse plus assister à un exploit sportif sans que cela éveille des soupçons. Pour terminer un Tour de France, il faut autre chose que du dopage ! Il faut des qualités et énormément d'entraînement. Je veux encore croire à la beauté du sport, même si je sais qu'il existe des problèmes.

Faut-il légaliser le dopage ? Certains auteurs anglo-saxons ont posé la question...

M. Jean-François Humbert, président. - Certains sportifs aussi, si j'en crois les déclarations d'un tennisman qui a remporté Roland-Garros...

M. Jean-Jacques Lozach, rapporteur. - Vous avez beaucoup oeuvré dans le football, mais aussi dans le rugby. Avez-vous senti une différence d'approche entre les deux sports ?

Enfin, avez-vous le sentiment que les programmes de prévention des centres de formation des clubs professionnels soient suffisants ?

M. Jean-Marcel Ferret. - Je pense que l'on peut faire mieux. Il faut faire porter notre effort sur la formation et la préformation, aussi bien au niveau de l'apprentissage du métier qu'en matière d'alimentation ou de récupération.

À l'OL, on avait fait intervenir la cellule antidrogue de la police nationale pour présenter les produits et expliquer les contre-indications, les effets secondaires, etc. Je crois qu'on n'en fait jamais assez sur ce plan.

Quant au rugby, j'ai eu la chance de voir tous les clubs dont je me suis occupé aller jusqu'au plus haut niveau. J'étais allé à Castres pour réorganiser l'approche médicale et mettre en place un suivi personnalisé. J'espère que c'est ce qui les a emmenés vers la victoire.

Le rugby présente une grande différence par rapport au football. Beaucoup de joueurs sont anglo-saxons, et leur impératif porte sur le renforcement musculaire. Pratiquement tous les joueurs anglo-saxons prenaient de produits protéiniques. Il s'agissait souvent de produits d'étrangers, où il est facile d'adjoindre certains éléments à la poudre de protéine pour la rendre bien plus efficace !

Je n'ai pas le sentiment que le rugby soit particulièrement touché par le dopage, mais il existe cependant un risque. Il est plus facile de recourir à des stéroïdes ou à des hormones de croissance pour refaire du muscle, plutôt que de faire des heures et des heures de musculation. L'Italie a des programmes de musculation bien plus importants que la France. Ceci peut expliquer la fameuse prise de masse musculaire qu'on a relevée chez un certain nombre de joueurs. Je n'ai toutefois pas noté de variations de poids extraordinaires après le passage de tel ou tel joueur dans un pays étranger...

Il faut aussi savoir qu'il existe une sélection naturelle. En finale de Ligue des champions, il faut que les joueurs mesurent en moyenne plus de 1,80 mètre et pèsent 80 kilos. Il est vrai que certains joueurs espagnols sont petits, mais les équipes ibériques en comptent aussi de très grands. En moyenne, on parvient à ces chiffres. Tout morphotype peut être un grand joueur : on le voit avec Lionel Messi, comme on l'a vu, à Lyon, avec la génération Di Nallo, Lacombe, Chiesa.

Le football est intéressant, car tous les gabarits ont leur place -même si ce n'est pas à n'importe quel poste. Cependant, on ne peut jouer avec onze petits joueurs. Il faut une colonne vertébrale, un gardien de but, un défenseur central qui fassent plus de 1,80 mètre.

Tous les sports ont évolué : la puissance physique et la puissance musculaire vont de pair. Le football a beaucoup changé sur ce plan, mais l'entraînement et les préparations ont suivi. Il est facile de dire que tous les joueurs sont dopés ! Il y a derrière tout cela un travail énorme. Certes, certains produits ne peuvent pas aider : faisons donc des contrôles efficaces et qui lèvent toute ambiguïté -mais je crains que ce ne soit un voeu pieux ! On est toujours en retard d'une guerre, et j'ai peur qu'on en soit maintenant à la thérapie génique. Que faire ? Il y a de telles sommes d'argent en jeu, avec des gens qui, socialement, ont besoin de s'élever...

M. Alain Néri. - Le dopage permet aussi de supporter les charges d'entraînement !

M. Jean-Marcel Ferret. - Je suis d'accord. C'est pourquoi il faut légiférer sur cet aspect des choses et organiser des contrôles de qualité assez fréquents, réalisés dans de bonnes conditions. C'est d'ailleurs maintenant le cas. Les choses ont beaucoup avancé dans ce domaine grâce à l'Agence mondiale antidopage (AMA). Le football est aujourd'hui logé à la même enseigne que les autres sports. Les sanctions sont les mêmes que l'on soit cycliste ou footballeur -et je crois que c'est une bonne chose. Il faut une égalité dans le contrôle et dans les sanctions.

J'espère ne pas être naïf !