Lundi 31 mai 2021

- Présidence de M. Pierre Ouzoulias, président -

La réunion est ouverte à 14 h 30.

« Campus de demain » - Audition de MM. François Rio, délégué général de l'association des villes universitaires (AVUF), Raphaël Costambeys-Kempczynski, délégué général de l'Alliance Sorbonne Paris Cité (ASPC), Mmes Isabelle Demachy, vice-présidente « Formation innovation pédagogique et vie étudiante », Anne Guiochon-Mantel, vice-présidente « Vie universitaire » de l'université Paris-Saclay, Emmanuelle Dubrana-Léty, directrice de l'immobilier, M. Jean-Pierre Berthet, directeur délégué au numérique, Sciences Po Paris, et Mme Sarah Bilot, déléguée générale de l'association Animafac

M. Pierre Ouzoulias, président. - Mesdames et messieurs, chers collègues, je suis très heureux de retrouver cet après-midi ceux d'entre vous qui étaient présents au cinquantième anniversaire de la Conférence des présidents d'université (CPU), le 27 mai, et je souhaite la bienvenue au Sénat à celles et ceux d'entre vous qui interviennent pour la première fois devant cette mission d'information.

Nous avons abordé il y a quelque temps la problématique du campus de demain. Nous souhaitons la reprendre maintenant de façon plus approfondie avec cette table ronde, la dernière de notre mission d'information. Il restera quelques auditions dans un format plus restreint par la suite.

Au coeur de nos débats se pose cette question fondamentale pour notre mission d'information : le rapport entre le campus physique, qui demande la présence factuelle des enseignants et les étudiants, et le campus virtuel, qui met en oeuvre tous les moyens que nous offre le numérique. La question du campus de demain pose aussi celle des relations entre université et territoire. Nous nous rendrons jeudi 3 juin à Nanterre pour étudier comment concrètement un grand campus universitaire et une ville peuvent interagir. Cette problématique est pour nous essentielle.

J'ai donc le plaisir d'accueillir M. François Rio, délégué général de l'Association des villes universitaires de France (AVUF), dont nous avons déjà sollicité l'expertise au cours d'une précédente table ronde ; M. Raphaël Costambeys-Kempczynski, délégué général de l'Alliance Sorbonne Paris Cité (ASPC), qui était présent lors de l'audition de la CPU, le 18 mars ; Mme Isabelle Demachy, vice-présidente « Formation innovation pédagogique et vie étudiante » de l'université de Paris-Saclay ; Mme Anne Guiochon-Mantel, vice-présidente « Vie universitaire » de l'université de Paris-Saclay ; Mme Emmanuelle Dubrana-Léty et M. Jean-Pierre Berthet, directrice de l'immobilier et directeur délégué au numérique à Sciences Po Paris ; Mme Sarah Bilot, déléguée générale de l'association Animafac.

Je rappelle que cette réunion fait l'objet d'un enregistrement vidéo qui sera disponible sur le site du Sénat sans limitation de durée et qu'elle est également diffusée en direct sur le réseau Facebook.

Le rapporteur éclairera le débat par une série de questions précisant les attentes de la mission d'information, puis je vous donnerai la parole pour une dizaine de minutes.

M. Laurent Lafon, rapporteur. - Merci, monsieur le président. Nous vous invitons à des réflexions très prospectives cet après-midi, afin de réfléchir au campus de demain. J'imagine que vous aurez des points de vue très personnels sur cette question. Pour chacune des institutions et des établissements que vous représentez, quelles sont les pistes de réflexion dans lesquelles vous êtes engagés ? À quels besoins émergents doit répondre la problématique du campus de demain ? Nous pensons évidemment à deux sujets en particulier. Dans quelle mesure ces deux sujets doivent-ils imprégner les réflexions en cours sur l'avenir des établissements d'enseignement supérieur ? Le développement du numérique y est déjà présent ; nous savons qu'il a des répercussions sur l'organisation, les modalités d'enseignement, la relation entre l'enseignant et l'élève, etc.

Le second thème concerne la transition écologique : quel sera son impact sur les établissements universitaires ?

Un sujet qui nous est cher au Sénat, et que le président a abordé, concerne la dimension territoriale : comment envisagez-vous la relation entre l'établissement d'enseignement supérieur et les collectivités du territoire auquel il est rattaché ? Cette interaction a-t-elle vocation à se développer ? Si oui, selon quelles modalités ? Imaginez-vous un campus de demain en centre-ville, en lien étroit avec le territoire, ou plutôt un écosystème en marge ou loin des grands centres urbains ?

Enfin, dans quelle direction faut-il aller concernant l'organisation d'Eco Plus ? Faut-il concevoir de grands campus regroupant une large palette de formations, ou aller vers de petites structures à taille plus humaine en fonction des cycles d'études ?

M. François Rio, délégué général de l'association des villes universitaires (AVUF). - Je vous remercie d'avoir associé l'AVUF à vos débats. Vous avez sans doute eu connaissance des résultats du sondage d'Opinionway sur les universités. J'ai été frappé de constater que seuls 17 % des sondés considèrent que la qualité de vie sur les campus est un atout pour les universités françaises. C'est dire le chemin qu'il reste à faire sur ce sujet !

Ensuite, je rappelle que 6 étudiants sur 10 poursuivent leurs études en université. Il faut donc tenir compte, pour parler du campus de demain, des étudiants qui sont inscrits dans d'autres types d'établissements : écoles d'ingénieur, écoles de management, instituts d'étude catholique ou instituts d'études politiques. Mais de nombreux étudiants ne disposent pas des mêmes services, que ce soit dans des établissements de formation culturelle, paramédicale ou sociale.

De très beaux projets sont en cours de développement. Leur caractéristique majeure est qu'ils ont été conçus avant l'accélération du numérique à laquelle nous assistons depuis un an : ils devront donc s'adapter par la suite.

Le campus de demain est, selon nous, un campus durable dans une ville durable. Ce concept recouvre l'enjeu de la transition écologique et de l'état de l'immobilier universitaire, qui se dégrade. Un tiers du patrimoine public immobilier de l'enseignement supérieur est dans une situation déplorable. Comment penser le campus de demain si cette question n'est pas traitée ? L'entretien de l'immobilier est régulièrement abordé via les investissements, les contrats de projet État-région, les contrats de plan État-région ou le plan de relance en cours, ce qui ne répond que partiellement au sujet, étant donné qu'il faut souvent recommencer quelques années plus tard. Il est donc nécessaire de procéder à une remise à niveau d'un patrimoine parfois en mauvais état ou obsolète : les collectivités le font bien volontiers.

Les collectivités locales contribuent, parfois autant que l'État ou un peu plus, à l'entretien d'un patrimoine qui fait trop peu l'objet d'une maintenance régulière et rigoureuse qui permettrait l'adaptation du bâti aux nouveaux usages et le maintien de l'attractivité, sans oublier le bien-être des usagers. Je pense aux campus créés dans les années quatre-vingt-dix avec de nombreuses aides des collectivités locales dans le cadre du « Schéma Université 2000 ». Ils se sont dégradés progressivement faute d'entretien, alors que certaines collectivités auraient voulu contribuer à leur maintenance pour préserver leur attractivité.

Les campus peuvent souvent être des lieux d'expérimentation en matière d'aménagement grâce à la matière grise qui y est mobilisable - chercheurs et étudiants. Il est très important que les campus de demain se construisent aussi avec les étudiants, qui souhaitent être parties prenantes, comme le laissent penser les 140 associations fédérées par le Réseau étudiant pour une société écologique et solidaire. Il existe de nombreuses opportunités d'optimisation des équipements et de construction d'équipements à usage partagé : des incubateurs, des espaces de coworking, des salles de spectacle vivant, des équipements pensés pour une mutualisation entre les services d'une ville et les services destinés à la communauté universitaire (notamment le cadre des activités socioéducatives), l'organisation des mobilités douces, la question de la relation apaisée avec les riverains... Cette relation est parfois délicate. Par ailleurs, les campus peuvent être utilisés durant l'été, ce qui n'est pas le cas ; ces équipements sont donc sous-occupés.

La dévolution du patrimoine des universités, qui concerne quelques-unes d'entre elles, change la donne et contribue à transformer la relation entre université et collectivités locales. Il n'y a pas eu de bilan en la matière.

Nous proposons que les collectivités locales puissent intervenir avec les universités en co-maîtrise d'ouvrage sur des projets communs, surtout dans la gestion des nouveaux bâtiments et des bâtiments en restructuration. Or ce n'est pas pour le moment possible. Les sociétés publiques locales (SPL) pourraient constituer un véhicule juridique adapté à cette évolution si elles étaient ouvertes aux universités. La CPU, pour sa part, propose la création de sociétés publiques locales universitaires. Mais il suffirait d'autoriser les établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel (EPSCP) à créer des SPL avec les collectivités.

Au sujet du développement du numérique, nous avons pris conscience, nous collectivités, que le numérique permet d'élargir considérablement les activités d'enseignement supérieur, de recherche, de vie étudiante, d'innovation et de transfert technologique à de nouveaux publics éloignés de l'université pour des questions de mobilité ou géographiques. Je pense notamment aux étudiants en situation de handicap et aux bacheliers en milieu rural ou issus de petites villes, dont le taux de poursuite d'étude post-baccalauréat est inférieur à celui des bacheliers qui vivent dans des villes où l'offre d'enseignement supérieur est assez large. Il faut faire venir ces étudiants et les accueillir dans de meilleures conditions. Pour cette raison, la question de l'accessibilité est centrale. Elle a fait d'énormes progrès, mais il reste encore du travail. Les campus connectés sont une forme de réponse parmi d'autres à ces publics éloignés de l'enseignement supérieur. Le numérique ne devrait être envisagé que pour mettre le pied à l'étrier de ces étudiants.

La vie de campus est importante pour la formation des jeunes - des moins jeunes aussi, dans le cadre de reprise d'étude. La mobilité internationale est aussi très importante. L'accueil des étudiants internationaux sur nos territoires est un sujet essentiel. Les collectivités y contribuent à travers des initiatives telles que « la Nuit des étudiants du monde ». Nous nous sommes beaucoup posé la question des mobilités internationales hybrides. Il nous paraît extrêmement intéressant que des étudiants du monde entier puissent suivre des cursus à distance dans les universités françaises, sachant qu'il faut toutefois, dans le cadre de ces « e-mobilités », au moins un séjour en France en immersion. Il faut organiser les locaux de manière à prévoir des lieux d'échanges, de partage et de rencontre.

Les étudiants inscrits dans des parcours transdisciplinaires éprouvent parfois beaucoup de difficultés pour se déplacer entre établissements universitaires. Pourtant, des campus pluridisciplinaires fonctionnent : je souhaite évoquer l'exemple réussi d'Artem à Nancy, qui réunit sur une ancienne friche industrielle, dans un campus unique, une école d'art, une école d'ingénieurs et une école de management.

L'étudiant d'aujourd'hui - et plus encore demain - étudiera anyplace, anytime, anywhere. Les collectivités locales doivent penser l'usage d'une partie de leur équipement public dans cette logique. L'étudiant devra aussi, à l'avenir, être davantage acteur de son parcours de formation. Les collectivités locales souhaitent accompagner l'étudiant en stage, l'étudiant en entrepreneuriat, et l'étudiant bénévole, engagé dans des actions caritatives, culturelles, artistiques, etc. C'est un peu le campus dans la ville, à défaut de la ville dans le campus, rêve qui avait été associé au « Plan Campus » il y a une quinzaine d'années.

Enfin, quant à savoir si le campus de demain doit être tourné vers les centres-villes ou constituer un écosystème à part entière, il n'existe pas de réponse unique. Chaque université a ses spécificités et son histoire. Il faut éviter les modèles uniques à la française. Les collectivités locales sont plutôt favorables au retour des campus en centre-ville : il y a eu depuis une trentaine d'années un phénomène de retour vers les centres-villes qui n'est pas interrompu, même s'il n'est pas linéaire. Je citerai les exemples du campus La Citadelle à Amiens ou du campus Madeleine à Orléans. Les collectivités locales financent plus de 50 % de ces équipements.

Ce phénomène de retour en centre-ville est extrêmement pertinent pour les petites villes universitaires, dites « villes universitaires d'équilibre ». La présence étudiante en centre-ville est essentielle pour la revitalisation des villes moyennes. Le centre-ville constitue un cadre de vie beaucoup plus agréable que la périphérie de ces agglomérations, notamment pour les campus réunissant jusqu'à 4 000 ou 5 000 étudiants. C'est plus discutable pour les campus regroupant 10 000, 20 000 ou 30 000 étudiants.

J'ai été personnellement marqué par le choix de la Queens Margaret University qui disposait de 3 campus en centre-ville à Édimbourg. Cette université a décidé de créer un green campus à 30 kilomètres du centre. Ce projet semblait totalement incongru lorsqu'il a été présenté à l'AVUF réunie en colloque. Néanmoins, conçu avec des étudiants, mettant l'accent sur le développement durable, la liaison ferroviaire directe avec la ville d'Édimbourg, la sobriété énergétique, la réduction de l'empreinte carbone, etc., ce projet a offert une vraie qualité de vie. C'est a priori une grande réussite, même si ce n'est pas forcément un modèle. Le campus de Saclay mène probablement des expériences similaires qu'il sera intéressant d'étudier dans quelques années.

Pour terminer, il n'y a pas de modèle unique de campus du point de vue des collectivités locales. Il est important qu'il y ait une bonne insertion du campus dans le tissu urbain, que le campus soit en centre-ville ou en périphérie. La bonne insertion dans le tissu urbain est évidente pour les petites structures, mais aussi pour les grands campus, notamment au niveau des mobilités. La réussite du projet d'Edimbourg tient à la proximité d'une gare, ce qui a permis de bannir la voiture individuelle du campus.

Il est extrêmement important de penser aux mobilités, aux franges et aux riverains. Ce terme de frange est intéressant même s'il n'est pas très valorisant. Ce pourrait constituer un terrain de rencontre entre milieux académiques et économiques étant donné qu'il n'est pas toujours possible d'accueillir les entreprises au sein des campus. De même que l'on parle d'artistes en résidence, des travailleurs en résidence pourraient y être accueillis.

Le campus de demain saura inventer les moyens de développer les interfaces permanentes entre la production et la diffusion des connaissances dans tous les compartiments de la société.

M. Raphaël Costambeys-Kempczynski, délégué général de l'Alliance Sorbonne Paris Cité. - Je parlerai peut-être plus en tant que chercheur travaillant sur les politiques d'expérience étudiante depuis dix ans qu'en tant que délégué général.

L'université est en reconstruction permanente, les campus ne peuvent donc être des lieux figés. Ils doivent être constamment en mouvement.

Je me concentrerai sur trois facteurs. Le premier est la résilience, dans laquelle j'inclus le bien-être. Il s'agit de la résilience des campus de demain, mais surtout de l'accompagnement des étudiants pour gagner en résilience. Le second facteur est l'hybridation. J'y inclus la question du temps étudiant. Le troisième facteur est le multidimensionnel ou les réponses à géométrie variable.

À la rentrée de 2021, aucun étudiant n'aura connu une année normale. Les primo-arrivants auront connu une année universitaire fortement bousculée par la crise sanitaire. En 2025, le marché de l'emploi verra arriver des diplômés de master qui étaient inscrits en L1 en 2020 et des étudiants qui ont suspendu leurs études en 2019. Il sera sous tension, sauf si nous créons beaucoup d'emplois. Cette situation pose la question de l'individualisation des parcours dans le contexte d'une éducation de masse. Il est toujours très important de se poser ces questions, dont les réponses évoluent.

Je me concentrerai sur la problématique consistant à évoluer du rôle civique et citoyen des universités à une université civique et citoyenne. Je me repose pour mon propos sur les travaux du Professeur John Goddard de Newcastle University, qui parle des universités engagées de façon civique, versus les universités civiques où les engagements citoyens sont inscrits de façon systémique dans une stratégie globale.

Les objectifs de développement durable de l'ONU permettent d'articuler des actions globales et locales. Ils demandent de mobiliser le meilleur de la science. Ces objectifs consistent à trouver des solutions pertinentes du point de vue local. De cette manière, l'excellence et l'engagement civique ne sont pas exclusifs.

Nous pouvons créer un parallèle avec la question de la responsabilité sociale des universités en France. Cette question est posée de manière de plus en plus pressante depuis que les universités sont devenues autonomes. Comment une université et ses campus répondent-ils au besoin socio-culturel d'un territoire ? Comment fidéliser des étudiants et des diplômés sur un territoire ? Emmanuelle Annoot, de l'université du Havre, signalait ces enjeux en 2012.

Quels sont les objectifs en termes d'attractivité ? S'agit-il d'attirer les étudiants par la spécificité d'un établissement ou de son territoire ? Quelles sont les spécificités de ce territoire en matière de formation et de vie étudiante, locale et régionale ? Nous pouvons avoir en tête les exemples de Paris, La Rochelle, Rennes ou Grenoble. L'enjeu est aussi de garder les étudiants après leur diplôme. Je relie donc l'insertion professionnelle au développement durable.

Pour les jeunes, les sujets majeurs dans leur vie de citoyen sont l'emploi (pour 63 %) ainsi que l'environnement et le changement climatique (pour 62 %), si l'on se réfère à un sondage publié dans Le Figaro en mars 2020. La crise sanitaire fait penser à la question de l'hybridation, qui peut être envisagée comme un prisme pour repenser le plan étudiant et ne pas limiter le numérique à la transformation pédagogique, mais l'élargir à l'individualisation des parcours.

Le campus de l'avenir construit différemment le temps étudiant par l'hybridation des enseignements. Il repense l'engagement, l'emploi et le temps étudiant. L'hybridation permet un étirement de l'espace et du temps et nous aide à sortir d'une logique de ratio «  mètre carré par étudiant ».

De cette manière, nous allons créer davantage de fluidité sur le campus et décloisonner son fonctionnement. L'objectif consiste à tendre vers la mixité des populations et des communautés étudiantes. Il s'agit de repenser des études tubulaires ou « études TGV », avec la licence en trois ans, le master en cinq ans et l'insertion professionnelle à 23 ans. Il faut éventuellement permettre une licence en deux ans, ou en quatre ou cinq ans. Il s'agit de considérer les études comme un projet et non comme une fin en soi, et favoriser l'épanouissement entre études et employabilité. J'utilise sciemment le terme d'employabilité de préférence à la notion d'insertion professionnelle.

On considère souvent l'université comme un lieu de passage et non comme un lieu de vie, ce qui pose la question de l'impact des étudiants sur l'environnement de proximité des universités. Comment faire pour aider les collectivités à promouvoir une image positive des étudiants pour les riverains ? Je me suis beaucoup occupé de la construction du campus Nation à Paris. J'en ai suivi la programmation, l'avant-projet jusqu'au projet définitif. Je me rappelle ces expériences devant les conseils de quartier et la réticence exprimée par les riverains qui voyaient arriver la communauté étudiante dans un quartier assez résidentiel.

Lorsque nous dialoguions et que nous parlions de la possibilité d'accéder à des infrastructures - bibliothèque universitaire, salle de théâtre ou salle de projection - ces réticences se dissipaient. Néanmoins, les riverains ne profitent que moyennement de ces infrastructures. L'incidence directe sur l'environnement de proximité n'est pas à négliger. La diversification de l'offre commerciale est fondamentale : librairie, papeterie, alimentation de proximité...

Les questions de l'aménagement du territoire se posent évidemment : circulation douce, espaces verts, élargissement des voies piétonnes, réduction de la circulation automobile, développement du réseau de transport en commun, amélioration de l'accessibilité, etc. Il ne faut pas attendre que de nouvelles constructions arrivent, mais imaginer de nouvelles évolutions. Il ne faut pas oublier les universités lorsque nous étudions les baux commerciaux gérés par les collectivités locales.

J'élargirai le propos de François Rio à toutes les associations étudiantes, qui peuvent jouer un rôle crucial dans la structuration des liens entre universités, campus et quartiers de proximité ou territoire. En 2010, Yves Lichtenberger écrivait : « Longtemps les universités françaises, en référence à l'universalité de la science, ne se sont imaginé d'autre territoire que le monde. Au mieux, par réalisme sur le droit qui les fondait et sur la provenance de leurs moyens, se sont-elles reconnu un caractère national »1(*).

Bien entendu, l'université est une actrice territoriale, citoyenne, civique et économique. Les universités sont des institutions urbi et orbi. La crise sanitaire a démontré à quel point l'activité des associations étudiantes ne se limite pas à l'événementiel. Les campus de l'avenir mettront l'accent sur ce rôle social des associations : logique de socialisation, promotion sociale, lutte contre les fractures sociales, etc. L'engagement étudiant ne se limite pas au campus. Les bornes d'un campus sont très poreuses.

En conclusion, si les solutions sont à géométrie variable, cela n'interdit pas de formuler des recommandations et des principes de cadrage.

Il n'existe pas de modèle unique ou de taille parfaite d'un campus universitaire. En 1973, Schumacher écrivait « small is beautiful ». Il parlait de l'économie du durable et de l'échelle à taille humaine. Il s'agit de trouver le bon niveau de subsidiarité. L'enjeu n'est pas la taille du service, mais la qualité du service rendu à la collectivité. Il s'agit de ne pas déshumaniser le travail rendu par les personnes qui animent les services sur les campus. L'important est la résilience, s'assurer que les universités, les campus et les services de demain soient résilients, capables d'évoluer en fonction des crises et en fonction des besoins.

Mme Anne Guiochon-Mantel, vice-présidente « Vie universitaire » de l'université Paris-Saclay. - Le campus de demain est un lieu de travail connecté, un lieu de culture, de sport, durable et inclusif. C'est un lieu de rencontre, avec des espaces de travail ouverts si possible 24 heures sur 24, des lieux de vie qui offrent une qualité de vie et une mixité. C'est un campus intégré à la cité, un lieu social favorable au brassage des étudiants, des acteurs de l'université, de la société, les startupers et des habitants des villes environnantes. Ce sont des espaces de détente et de repos, de travail avec les acteurs économiques pour favoriser l'intervention des professionnels au sein de l'enseignement supérieur. Le campus bénéficie d'une offre de transports publics de proximité et de mobilités douces entre les sites.

Le campus est un lieu de vie sociale, culturelle et sportive, avec des lieux d'activité sportive et culturelle, des associations qui mettent en valeur le patrimoine et l'action culturelle, des résidences pour les professeurs invités, une restauration quotidienne, des librairies, des magasins, des coiffeurs, des services de conciergerie et surtout des horaires d'accessibilité si possible chaque jour, 24 heures sur 24.

Les étudiants participent à la vie de l'université et des services. Ils sont tuteurs en bibliothèque, travaillent au Centre régional des oeuvres universitaires et scolaires (Crous) et dans les salles informatiques. Il est important d'accompagner ces étudiants à la recherche d'un travail. Il faut aussi faire du campus un acteur majeur incontournable dans la dynamique du territoire, un lieu de rencontre pour les entreprises avec l'attractivité que représente la formation continue.

Le campus est écoresponsable. C'est un lieu de santé et de bien-être. Il offre des services de santé de proximité par spécialité. Les besoins en santé, et notamment en soutien psychologique, ont été mis en évidence avec la crise. L'offre doit permettre un accès simplifié à des aides sociales et financières adaptées à la situation des étudiants. Enfin, c'est un campus inclusif qui accueille tous les étudiants, nationaux et internationaux, notamment en situation de handicap. Il développe des actions de lutte contre les discriminations et contre les violences sexistes et sexuelles.

Mme Isabelle Demachy, vice-présidente « Formation innovation pédagogique et vie étudiante » de l'université Paris-Saclay. - L'évolution de l'enseignement supérieur par les réformes et l'individualisation des parcours conduit à repenser les campus, notamment au travers du développement du numérique. Cette évolution a été accélérée avec la pandémie et conduit à mettre en évidence des changements de pratique dans la diffusion des connaissances, qui étaient en mouvement depuis quelques années et se sont accélérés. Repenser présentiel et distanciel est une évidence et cette réflexion est très largement entamée dans les universités. La présence physique sur les campus se traduira différemment à l'avenir. Un étudiant passe du temps sur le campus pour suivre des enseignements ou travailler, être en situation d'apprentissage synchrone ou asynchrone.

L'étudiant doit articuler ses apprentissages et la vie de campus. Le développement des campus doit intégrer cette vision des études et de la vie étudiante. Les universités sont ouvertes - c'est particulièrement le cas de Paris-Saclay - à l'international, avec un nombre élevé d'étudiants étrangers. Ce campus interculturel doit être interconnecté avec d'autres universités dans le cadre d'alliances européennes. Des travaux étudiants sont réalisés entre étudiants présents dans des universités différentes en Europe et dans le monde : cela entraîne le développement d'autres pratiques pédagogiques.

Ces nouveaux formats d'apprentissage et d'enseignement ont des effets, pour les étudiants et le personnel, sur la gestion des formations, ce qui nécessite une facilité de connexion sur le campus et à l'extérieur afin d'ouvrir à d'autres pratiques professionnelles. L'organisation des lieux d'étude évoluera pour accompagner ces transformations de l'enseignement supérieur.

La crise sanitaire nous a amenés à envisager de nouveaux espaces pédagogiques qui doivent être modulables, polyvalents et connectés pour favoriser l'échange et la créativité. Le campus est un lieu de développement et d'opportunité pour les étudiants, ce qui doit se traduire par une évolution des locaux. Nous allons trouver des lieux adaptés à des formes d'enseignement et des temps d'apprentissage des étudiants, seuls ou en groupe. Nous allons également identifier des espaces d'apprentissage qui doivent permettre une connectivité virtuelle avec d'autres centres de l'université ou avec l'étranger, autour de la mobilité hybride. La réflexion sur la virtualisation des travaux pratiques des étudiants est en cours.

Il faudra également permettre aux étudiants d'accéder à des lieux adaptés dans des espaces projets ou de coworking. Ces évolutions impliquent une réorganisation des espaces et l'aménagement de nouveaux locaux, qui conduisent à une diminution des capacités d'accueil. Il faut donc conjuguer ces espaces à une nouvelle organisation des enseignements, avec l'idée de la mixité des publics au sein des mêmes locaux.

Il est indispensable de concevoir ces changements en intégrant la transition écologique, ce qui suppose de penser la connexion des transports. Le développement d'espaces verts est indispensable pour favoriser la santé, le bien-être, mais aussi la création. La gestion des déchets doit être repensée parallèlement au développement de sources d'énergie durable et de nouvelles constructions dont la conception intègre la dimension écologique. Du côté de la vie étudiante, les logements étudiants doivent être construits avec des matériaux appropriés et des propositions de repas responsables, tant pour le personnel que pour les étudiants. La lutte contre les inégalités et les discriminations doit également être intégrée, de même que le développement de tiers lieux et d'actions de recyclage avec les associations.

La transition écologique passe aussi par des formations sur ses enjeux et par des programmes de recherche développés en lien avec ces problématiques appliquées directement à la vie étudiante.

Mme Anne Guiochon-Mantel. - On constate un besoin d'accompagnement des collectivités locales sur les grands sujets de transport et de logement. L'université se positionne principalement sur la formation, la recherche et l'innovation. Dans le cadre de Paris Saclay, l'université répond à l'objectif du territoire avec une offre de proximité pour les bacheliers locaux, et une université de rang mondial, qui cherche à attirer les meilleurs étudiants, en France et à l'international. Nous devrons attirer ces étudiants et les loger. Nous sommes tous dans une logique de type grande école qui loge ses étudiants, plutôt que dans une logique d'université de proximité.

L'université Paris-Saclay se trouve entre quatre départements, dans le sud-ouest de Paris - la mobilité entre les campus est d'ailleurs un enjeu important. L'interaction avec les collectivités territoriales peut être complexe en raison de la dispersion des sites. Les collectivités locales ont plusieurs établissements sur leur territoire, ce qui peut diluer les responsabilités et les investissements.

Nous avons de multiples interactions avec la région, les départements, la communauté d'agglomération, en ce qui concerne notamment la mutualisation d'équipements sportifs ou des mises à disposition de locaux. Nous menons des activités dans le domaine de la culture scientifique, avec une maison d'initiation et de sensibilisation aux sciences et un musée des sciences. Nous nous impliquons beaucoup dans la réussite et la cité éducative. Le campus arboré d'Orsay est par ailleurs un lieu de promenade ouvert au public. Le RER B traverse le campus.

Le campus de demain doit-il être tourné vers le centre-ville ou être implanté en périphérie ? Il n'y a pas de solution idéale. Tout dépend de l'histoire des établissements. En centre-ville, les étudiants profitent des supermarchés, de la restauration rapide, de la vie culturelle, mais l'interaction n'est pas évidente. Certains résidents perçoivent les étudiants comme des nuisances.

À l'inverse, en périphérie, le campus se concilie avec les préoccupations écologiques à condition qu'il y ait un réseau de transports en commun à la hauteur de la demande et des besoins. Il faut aussi prévoir des logements étudiants de qualité, en quantité, et à un tarif abordable.

La philosophie du campus d'Orsay Saclay a évolué. Nous sommes partis d'une situation de campus fermé, avec une voirie privative, et nous nous orientons vers une évolution du patrimoine en lien avec les collectivités locales pour permettre la mixité et l'interpénétration.

Pour conclure, le campus doit s'adapter aux besoins. Par exemple, les grandes universités de plusieurs dizaines de milliers d'étudiants qui ont un équipement de recherche comme le Synchrotron ne peuvent se situer en centre-ville.

Les étudiants de Paris Saclay ont été interrogés sur la vie de campus et un reportage est présenté sur le site de l'université. Certains aiment les espaces d'aspect minéral, d'autres apprécient de se promener en forêt. Il en faut pour tous les goûts ! Il faut que les étudiants aient le choix de ces différents types de campus. Nous tâchons de le leur offrir.

Mme Emmanuelle Dubrana-Léty, directrice de l'immobilier (Sciences Po Paris). - J'évoquerai pour ma part la partie immobilière de la question du campus de demain, ainsi que les aspects concernant la transition écologique. La démarche de Sciences Po illustre le choix d'un campus urbain, ouvert sur la ville et ses habitants. Ce positionnement est le reflet assumé de l'identité de notre établissement. Il est cohérent avec son domaine d'enseignement, les sciences humaines et sociales. Ce choix sert aussi bien l'objectif pédagogique que socioculturel et d'engagement citoyen propre à Science Po.

Il était important d'associer les étudiants à la conception du campus. Nous l'avons fait par de nombreux groupes de travail et cette démarche se poursuit. Les espaces que nous concevons aujourd'hui sont amenés à évoluer chaque année, au moins en partie. Ce choix a donc nécessité de repenser en profondeur l'organisation du campus de Paris. L'objectif consiste à le rendre plus cohérent, d'améliorer la qualité de service, l'accessibilité, la visibilité depuis la ville, la porosité, tout en répondant aux nouveaux besoins d'espace pédagogique.

Dans cet environnement, les contraintes sont nombreuses. Parmi celles-ci, un sujet important est la rareté des mètres carrés en centre-ville. Le périmètre étant limité, il faut penser les besoins et les usages au plus juste, avec des objectifs de polyvalence, de fonctionnement optimal du campus et d'évolution dans le temps en fonction des besoins.

Par ailleurs, nous travaillons à la transformation de sites patrimoniaux : c'est une expérience riche et inspirante.

Une problématique à laquelle nous sommes confrontés consiste à créer des espaces ouverts sur la ville, ce qui n'est pas aisé dans un bâtiment classé ou patrimonial. Un autre enjeu tient aux exigences de sécurité et de sûreté. Nous voudrions faire du « hors les murs », alors que nous sommes contraints à plus de contrôle d'accès, ce qui limite l'activité des associations étudiantes qui le regrettent.

Concevoir un campus urbain implique de travailler sur la notion de contour. Les limites ne sont pas claires. Il s'agit de définir des « îlots » et de travailler sur le parcours étudiant. Nous recourons à la signalétique et au numérique avec des applications mobiles de guidage pour les aider à se repérer entre les divers sites.

Nous travaillons également sur l'organisation d'événements et d'expositions publiques. Cette démarche nécessite de déployer de nouvelles formes d'espace pour répondre aux temps de la vie étudiante. Il faut créer de la modularité et qualifier ces espaces dans le temps de la journée, à l'échelle d'une année universitaire. Cette ambition nécessite de mailler un réseau partenarial, car la rareté des surfaces ne permet pas de tout offrir aux étudiants à l'intérieur du campus, notamment des salles de spectacle pour les productions étudiantes, des équipements sportifs ou des logements. Cette situation nécessite de travailler avec les partenaires universitaires.

Enfin, nous voulons renforcer l'ancrage territorial en mobilisant notamment le réseau associatif et étudiant et en menant une politique proactive d'ouverture vers l'extérieur.

Avec cette notion de campus urbain, il faut s'attendre à ce que la vie étudiante déborde des frontières strictes du campus, et d'ailleurs nous l'espérons, même si l'étudiant est souvent considéré comme une nuisance par le voisinage. Or pour nous au contraire, c'est une source de vitalité, qui permet du reste à certains commerces de se maintenir.

Lorsque l'on fait comme Science Po le choix d'un campus urbain, les options sont très resserrées en termes de transition écologique. Il faut avant tout moderniser les bâtiments dans une logique de rénovation énergétique, en tenant compte des contraintes de restauration du bâti. Il faut privilégier des solutions minimalistes en termes d'équipement, en travaillant l'isolation de l'intérieur et en végétalisant très largement les espaces. Par exemple, trois cours minérales seront transformées en jardins paysagers, auxquels nous ajoutons 1 200 mètres carrés de surfaces végétalisées. À l'échelle de l'îlot entier, ce sera un bénéfice en termes d'apport de fraîcheur. En conclusion, nous exploitons au mieux les caractéristiques intrinsèques de nos bâtiments.

Je souhaite évoquer la difficulté à laquelle nous faisons face dans la stratégie de rénovation des bâtiments du fait d'une contrainte forte en termes de surface. Ces opérations nécessitent un relogement de tout ou partie des activités, ce qui surenchérit les coûts de manière très significative, au-delà de ceux afférents aux études.

Enfin, il faut travailler sur les usages pour accompagner cette question de la transition énergétique : tri des déchets, sobriété énergétique, recours limité aux emballages, réemploi des matériaux, etc. C'est donc un chantier quotidien qu'il faut animer. La responsable de la transition énergétique réunit toutes les composantes de Sciences Po à sa réflexion, en incluant les étudiants, enseignants chercheurs et personnels de Sciences Po.

M. Jean-Pierre Berthet, directeur délégué au numérique (Sciences Po Paris). - Depuis le mois de mars 2020 et la rentrée hybride en septembre 2020, nous avons mis en place un double campus - ou campus Ubique - avec plus de 130 salles hybrides occupées, pour permettre aux 49 % d'étudiants internationaux originaires de quelque 150 pays de poursuivre leurs études à distance. En raison du décalage horaire, des formules de replay ont été mises en place.

Depuis le mois de mars 2020, Sciences Po a organisé 400 000 cours et réunions et cours à distance pour des visioconférences ayant réuni 3,7 millions de participants. Le numérique a littéralement explosé depuis plus d'un an ! Des points complexes sont apparus, notamment l'absence de relation informelle extra-académique, ce qui nous a incités à mettre en place un dispositif spécifique pour permettre aux étudiants d'échanger. Le campus Ubique a pu constituer un lieu d'échanges virtuel.

Nous avons également observé de nouvelles pratiques chez les étudiants, dont la mise en place de visioconférences muettes afin de recréer les salles de travail silencieuses des bibliothèques.

Effet favorable du digital, les candidats qui ont passé les oraux en ligne semblaient moins stressés que ceux qui devaient venir à Paris, passer une nuit à l'hôtel, etc.

Comme pour le milieu du travail, le « monde d'après » ne sera pas comme le « monde d'avant ». Le mélange sera plus important entre physique et numérique. Les campus deviendront digitaux : ils intégreront le numérique in situ et seront augmentés par des écosystèmes numériques. L'application mobile de Sciences Po permet à nos étudiants d'obtenir des informations générales, mais aussi adaptées à un contexte local, et aux ressources extérieures au campus concernant, par exemple, les lieux de restauration. Le numérique doit permettre une interface avec le réel. Cette transformation aura une influence très forte sur la pédagogie et sur des choix tels que la nécessité de concevoir encore des amphis classiques ou de prévoir plutôt des espaces de collaboration, pour travailler en sous-groupe, comme il en existe dans d'autres pays ? Les lieux physiques devront-ils être réservés aux échanges en présentiel ?

Il n'y aura, selon moi, pas d'opposition à l'avenir entre présentiel et virtuel, mais un continuum en fonction des contextes et des conditions. Le développement de parcours mixtes, associant distanciel et présentiel, est indispensable pour développer l'attractivité des établissements d'enseignement supérieur à l'international.

Enfin, les villes numériques doivent être liées aux campus numériques, notamment en termes d'environnement ou de services, pour les différents acteurs locaux.

Je terminerai en disant que plusieurs éléments doivent être au coeur de cette construction : le respect des données, la maîtrise des algorithmes, l'orientation des usages vers la réussite étudiante, ainsi que le développement de la souveraineté numérique à l'échelle européenne.

Mme Sarah Bilot, déléguée générale de l'association Animafac. - Animafac est un réseau d'associations étudiantes créé il y a 25 ans pour permettre aux associations de mener leurs projets collectifs basés sur l'échange d'expériences entre les associations. Chaque citoyen et citoyenne a un rôle à jouer dans la vie de la cité. J'aborderai donc pour ma part la question de la vie étudiante au prisme des associations. Animafac a pendant deux ans mené un projet intitulé « Construire les villes étudiantes de demain », qui se rapproche de la thématique de cette table ronde sur le campus de demain.

Mon intervention sera plus spécifiquement ciblée sur la question des associations et de la vie étudiante. Nous estimons que le sujet qui nous réunit aujourd'hui est d'une importance cruciale, notamment sur la question des « villes campus » qui est l'une des modalités d'organisation de la vie de campus auxquelles nous sommes particulièrement attachés. La question de l'autonomie des universités permet de travailler facilement avec l'environnement territorial dans lequel elles évoluent, villes ou régions, ainsi qu'avec les différents acteurs de la vie étudiante, dans laquelle les Crous jouent un rôle très important.

Les associations étudiantes ont pris l'initiative d'organiser des actions de distribution alimentaire pendant la crise sanitaire, en lien avec les territoires et les acteurs locaux. L'établissement supérieur est en effet ancré dans un territoire local : il doit être considéré selon une logique globale et territoriale.

Comme je le disais précédemment, Animafac prône la notion de « ville campus ». Des campus sont bien implantés sur les territoires et les lieux de vie. Le rôle des étudiants et étudiantes ne se limite pas à celui d'apprenant ; ils sont aussi des citoyens et citoyennes à part entière, associés à l'ensemble des activités de la ville.

La présence des étudiants au sein de la ville engendre une vie active dont le dynamisme est renforcé lorsque des dispositifs sont mis en oeuvre. J'entendais évoquer tout à l'heure la problématique de la vie étudiante, qui serait perçue comme nuisible par les autres citoyens. Les associations étudiantes mènent des actions pour trouver l'équilibre entre le voisinage et les citoyens et citoyennes que sont les étudiants et étudiantes.

Une vie étudiante dynamique favorise l'épanouissement de chacun, l'innovation, la créativité et le rayonnement des campus au niveau national, voire international. Du côté des villes, nous souhaitons travailler dans une logique d'attractivité. Les établissements universitaires doivent donner envie de s'investir et de rester dans la ville où ils se trouvent. Si la vie étudiante n'est pas intéressante dans ce territoire, l'étudiant cherchera à partir. Les villes souhaitent encourager les étudiants et les étudiantes à rester dans le territoire et à en devenir, des acteurs et actrices à part entière.

On a vu apparaître pendant la crise sanitaire des partenariats particulièrement intéressants et inédits, des liens entre ville, centre communal d'action sociale (CCAS), université et Crous pour organiser l'aide alimentaire. Ces démarches aboutissent à répondre de manière pertinente aux besoins des étudiants.

En ce qui concerne le numérique, sujet sur lequel nous travaillons depuis de nombreuses années au sein du réseau, beaucoup a été dit et je n'y reviendrai pas.

La question de l'hybridation n'est pas forcément notre expertise, mais nous avons vu que le distanciel ne peut se substituer complètement au présentiel. Tous les intervenants sont d'accord sur ce point. Des solutions ont été apportées par le numérique aux questions posées par la crise, mais un besoin de créer du lien est apparu. Le lien social par le numérique a été très fort pendant les premiers mois de la pandémie, mais ensuite s'est confirmé le besoin de relations en présentiel.

Nous travaillons beaucoup avec le Réseau étudiant pour une société écologique et solidaire (RESES), une association qui offre un plaidoyer politique sur la transition écologique au coeur des campus. La question de la mobilité douce a été largement évoquée, de même que celles des infrastructures et de la biodiversité, avec des îlots de fraicheur et des aménagements verts. Se pose aussi la question de la capacité des acteurs de la vie étudiante à repenser cette notion sur un mode plus collaboratif, à agir toujours plus dans une logique d'alimentation durable avec les étudiants et les Crous. Les associations étudiantes se mobilisent de plus en plus sur les questions de tri des déchets, d'alimentation durable, etc. Des associations pour le maintien d'une agriculture paysanne (AMAP) permettent ainsi d'obtenir des produits frais de qualité et à prix abordable. La question de la vie étudiante est plus que nécessaire pour la prise en compte de besoins qui évoluent très rapidement. Les structures associatives peuvent efficacement accompagner les universités et les futurs campus dans leur évolution.

La prise en compte des modalités d'action par les acteurs de la vie étudiante est plus que nécessaire. La participation des étudiants et des étudiantes et l'intégration de leurs souhaits dans la réflexion sur le campus de demain sont importantes. Paris Saclay a précisément interrogé les étudiants sur leur manière de voir le campus. Il est logique selon nous d'appréhender de façon globale les exigences de la vie étudiante.

Mme Céline Boulay-Espéronnier. - Je remercie le président et le rapporteur pour l'organisation de cette table ronde très intéressante, qui a abordé sous l'angle de la réflexion sur le campus de demain des sujets évoqués par notre mission d'information au cours de séquences précédentes.

Une meilleure prise en charge de la vie étudiante au sens large, incluant la diversité des besoins du monde étudiant, est nécessaire : la pandémie a fonctionné à cet égard comme une loupe mettant en évidence des lacunes dans ce domaine. L'étude de l'Observatoire national de la vie étudiante (OVE) nous a permis de percevoir la demande de bien-être au sens large. Cette crise a révélé que la réussite étudiante n'est pas uniquement liée à la réussite dans les études, mais qu'elle englobe de nombreux autres sujets comme la question du logement.

Selon vous, à quelle échéance faut-il se projeter pour imaginer le campus de demain ? La délégation à la prospective du Sénat s'interroge régulièrement sur la durée pertinente de projection pour différents sujets. Dans le cas qui nous intéresse, faut-il se projeter sur 30 ans ? Ou au contraire sur un terme rapproché, de 3 ans par exemple ? Quel cap faut-il fixer ?

Vous avez mentionné des exemples étrangers, notamment anglo-saxons, comme l'université d'Edimbourg. L'enjeu du campus de demain est-il l'attractivité internationale de nos universités ?

Le campus devrait-il évoluer vers un modèle d'université répondant mieux aux attentes des entreprises ? J'aurais aimé que vous développiez ce point. Sur quelles études vous êtes-vous basés pour dégager les pistes que vous avez évoquées ?

Enfin, quelle sera la place de l'intelligence artificielle dans le campus de demain ? Il a été beaucoup question lors de nos auditions d'une accélération très importante du numérique. L'évolution ne sera-t-elle pas beaucoup plus rapide qu'elle ne l'a jamais été ?

M. Stéphane Piednoir. - Je souhaite revenir sur la nécessité d'une rénovation globale des locaux universitaires. J'ai noté une diversité de situations entre campus urbains et campus ruraux, avec parfois une dimension patrimoniale. Le plan de relance, tel qu'il a été défini, avec une forte composante de transition énergétique et de rénovation des bâtiments universitaires, est-il selon vous bien enclenché ? Répond-il à vos besoins et à vos demandes ? Faut-il mettre en place un projet plus ambitieux avec un nouveau plan campus ?

Nous avons noté que les étudiants ne sont pas toujours les bienvenus dans les centres-villes. La refonte des campus passe-t-elle par une consultation des étudiants et de tous les acteurs ? À ce titre, une mobilisation de de la contribution de vie étudiante et de campus (CVEC) est-elle envisagée pour des opérations ciblées à l'intérieur des campus ?

Mme Laure Darcos. - Je salue les deux représentantes de l'université de Saclay, qui me tient à coeur comme vous le savez. Vous avez évoqué l'interaction entre les établissements, une grande université et des écoles d'ingénieur. Nous sommes numéro 1 au classement de Shanghai pour les mathématiques. J'en suis très heureuse et très fière ! En tant qu'élue, j'éprouve parfois des difficultés à faire comprendre à la population locale l'intérêt d'un tel rayonnement.

Nous avons tout fait, lors de la conception du campus, pour sanctuariser un périmètre conséquent de terres agricoles. Des agriculteurs et des écologistes sont critiques sur l'utilité de la ligne 18. Certaines écoles ont été réticentes à s'installer sur le site de Saclay pour des raisons liées à l'insuffisance des transports entre entre Paris et le plateau de Saclay. J'attache pour ma part beaucoup d'importance au rayonnement de l'université.

Il est intéressant sur un campus de mixer des logements étudiants et de familles, de trouver des lieux de vie qui soient des lieux de partage. Nous aurons bientôt un complexe de cinémas, davantage de restaurants et des complexes sportifs communs qui bénéficieront à tous. Nous construisons progressivement une nouvelle ville !

L'interaction avec les clusters d'entreprises est très importante. De nombreuses startups et de pépinières sont en lien avec les universités et les établissements installés dans ces campus. Pouvez-vous développer davantage les interactions avec les bassins d'emploi, qui sont très importantes ?

Mon autre question concerne l'accueil des étudiants de troisième cycle qui rejoignent une université pour un master : comment pouvons-nous inclure dans la vie universitaire ces étudiants qui ont déjà choisi une spécialité ?

M. Laurent Lafon, rapporteur. - Nous avons entendu un certain nombre de remarques concernant l'innovation sur le plan des bâtiments et dans le domaine pédagogique, ce qui suppose de poser aussi la question du financement et du budget. Quel est l'accompagnement de votre ministère dans cette dimension d'innovation, qui implique un soutien financier de sa part ? Vous sentez-vous accompagnés ?

Enfin, vous avez beaucoup parlé des collectivités locales et des interactions entre universités et territoires. De quelles collectivités locales parlez-vous : des communes, des intercommunalités, des départements ou des régions ? Avez-vous identifié un niveau qui vous paraît plus adapté, ou souhaitez-vous qu'un acteur soit mieux identifié dans l'organisation territoriale ?

M. François Rio. - La dernière question posée par M. le rapporteur s'adresse plutôt à mes collègues des universités. Les collectivités locales compétentes en matière d'université sont essentiellement les intercommunalités et les régions. Le levier des fonds européens dont disposent les régions est extrêmement intéressant. Les intercommunalités exercent plutôt des compétences que l'on peut qualifier de « régaliennes », notamment dans le domaine du transport et de l'habitat.

J'ai été surpris par la décision de l'université d'Edimbourg d'installer un campus à l'extérieur de la ville. La plupart des classements internationaux ne tiennent pas compte de la vie des campus, mais uniquement des publications au titre de la recherche, dans une approche privilégiant la performance académique. Le cadre de vie n'est pas tellement pris en compte, ce qui ne signifie pas que ce critère ne joue pas sur la mobilité internationale.

Vous avez posé une question sur la place et le rôle de l'intelligence artificielle dans l'évolution des campus. Elle est probablement très importante, comme vous le suggérez. Je partage votre point de vue. Nous l'avons vu dans un petit concours lancé par la présidence des universités, « Entreprendre pour la vie étudiante », orienté sur les startups. Nous avons reçu 68 candidatures. Les 12 finalistes seront départagés le 25 juin. Plusieurs d'entre eux ont utilisé l'intelligence artificielle pour proposer des services de vie de campus en matière d'orientation et de débouché professionnels. Ces projets joueront vraisemblablement sur l'optimisation des bâtiments et la mutualisation des bâtiments. L'intelligence artificielle permettra peut-être de résoudre des problématiques inédites.

Vous avez évoqué la question de la rénovation des locaux. Le plan de relance était espéré et inattendu. Il a fallu cette crise très grave pour qu'un plan de relance soit axé sur la rénovation énergétique des bâtiments, en particulier des universités et des Crous. C'est formidable pour les logements étudiants ! La presque totalité du parc des Crous pourra être rénovée. Je ne peux vous donner un taux pour les bâtiments des universités, mais le plan permettra un certain rattrapage. En revanche, la question de l'entretien n'est pas réglée par ce type de plan de relance. En Suisse, les universités réussissent à faire beaucoup plus d'entretien des bâtiments en investissant uniquement 6 ou 8 euros de plus par mètre carré et par an : cet exemple pourrait inspirer les universités françaises.

M. Raphaël Costambeys-Kempczynski. - Chacune de ces questions mériterait un atelier ! Il est vrai, comme le disait François Rio, que les classements intègrent très peu la question de la vie de campus.

Néanmoins, le classement du Times Higher Education (THE) tient compte de la vie étudiante, avec des questions pédagogiques comme la taille des travaux dirigés (TD) ou la qualité ressentie des enseignements, mais aussi des critères tels que le prix du café à 100 mètres du campus, l'accès aux infrastructures de documentation et d'autres sujets en lien avec la vie quotidienne. Ce classement est très suivi par les institutions. Il montre le côté multidimensionnel de la vie de campus, quels que soient les murs du campus, et la porosité des campus.

La question qui m'a le plus frappé concerne la durée de la projection dans le temps la plus pertinente pour imaginer le campus de demain. On peut comprendre le besoin de fixer un cap et de se demander où nous serons dans 5, 10 ou 30 ans. Mais c'est aussi très risqué de concevoir la vie des campus à l'horizon de 20 ou 30 ans, car cela pourrait figer les choses alors qu'il faut faire en sorte que les campus de demain évoluent en permanence.

La question de la reprise d'études a été évoquée. Il est probable qu'à l'avenir les parcours se construiront de manière dynamique, autour de plusieurs carrières qui nous renverront à certains moments vers l'université. Les campus de demain doivent penser la question de la circulation des populations, en imaginant les primo-arrivants et l'accompagnement des étudiants ainsi que la mixité de ces populations.

Je suis persuadé que les associations étudiantes sont des vecteurs de lien entre campus et territoires. Cet ensemble assure l'employabilité et l'épanouissement des étudiants. Il est important d'encourager dans le cadre académique des dispositifs de valorisation de l'expérience associative. Des expériences dans les pays anglophones et hispanophones montrent l'intérêt de cette logique de prise en compte de l'engagement étudiant. De telles formules sont de nature à enrichir la démarche pédagogique et à créer des liens avec le territoire.

Les questions de la reprise d'études et de l'apprentissage par l'engagement associatif renvoient notamment à la thématique du positionnement des campus sur leur territoire et leur bassin d'emploi, en lien avec les entreprises qui forment leur écosystème.

Mme Anne Guiochon-Mantel. - La CVEC poursuit plusieurs axes importants : prévention, santé, sport, vie culturelle, initiatives étudiantes. Nous sommes très attachés à l'usage de la CVEC dans ces domaines, et non pour combler les insuffisances des infrastructures. La CVEC doit selon nous être utilisée au bénéfice de la vie étudiante, pour des actions de prévention en matière de la santé et dans le domaine du sport par exemple. Nous privilégions l'égalité dans l'accès à la pratique sportive, afin que tous les étudiants, y compris extérieurs au campus, puissent bénéficier des équipements.

J'ai noté une question sur le lien entre universités et communautés d'agglomération. Nous sommes confrontés à une problématique importante en matière de logement. Agro Paris Tech et la faculté de Pharmacie sont attendus sur le Plateau de Saclay en 2022, ce qui génère des besoins dans ce domaine. Nous travaillons à renforcer la confiance avec les propriétaires pour offrir un logement aux étudiants qui arriveront sur le plateau en 2022, en attendant les constructions de logements prévues sur le territoire par la suite.

En ce qui concerne le plan de relance, de nombreux critères étaient prévus pour émarger aux financements. Des actions seront mises en place, ce qui permettra de favoriser la rénovation énergétique de bâtiments, mais tous ne pourront pas être rénovés.

Mme Isabelle Demachy. - Les transformations en cours répondent à des besoins actuels. Il s'agit de transformer l'enseignement supérieur pour les prochaines années, et non à l'échéance de 30 ans. Certains indicateurs de résultat peuvent être étudiés à l'horizon de 30 ans.

L'université de Saclay est marquée par un campus hétérogène. Un très beau campus se développe sur le plateau. Le campus qui se situe dans la vallée est arboré, mais il correspond à un ensemble de bâtiments des années soixante dont les évolutions sont indispensables, d'autant qu'il accueille le premier cycle. La question de l'attractivité de l'université de Paris-Saclay se pose donc.

Ce sujet est préoccupant. Les échéances de rénovation des bâtiments dans la vallée ne sont pas les mêmes que pour les nouveaux bâtiments du plateau. Ces échéances vont s'étaler dans le temps, alors que des besoins très importants se font sentir maintenant, en particulier dans les bâtiments de la vallée. De plus, les nouveaux bâtiments coûtent beaucoup plus chers que les bâtiments anciens en termes de maintenance, ce qui est problématique. L'université peut se projeter sur de très beaux projets de transformation, mais nous sommes limités par la dimension budgétaire, avec un accompagnement qui existe, mais qui n'est pas suffisant. Nous cherchons à répondre à tous les programmes d'investissement d'avenir (PIA) selon une dynamique de transformation de nos établissements, qui n'est pas simple à gérer.

Ces différents aspects prennent du temps. Il faut se donner le temps de la réflexion et de l'adhésion des personnels.

L'accompagnement des étudiants qui arrivent en master se déroule dans le cadre de programmes de tutorat par d'autres étudiants. Nous sommes très attentifs à l'accueil et à l'intégration de ces étudiants.

La question de l'interaction avec les clusters d'entreprise du bassin d'emploi est très importante au travers des tiers lieux, avec des événements autour du dialogue entre science et société. C'est aussi un ensemble d'actions qu'il faut mener en commun, de réflexions, de groupes de travail et d'interactions dans la formation et la recherche, qui correspond à des axes qu'il convient de développer. La proximité géographique ne suffit pas.

M. Jean-Pierre Berthet. - J'interviendrai notamment sur la place de l'intelligence artificielle dans nos réflexions. Je livrerai trois exemples de son utilisation. L'université Laval au Québec l'utilise pour la réussite étudiante et la reconnaissance de signaux faibles, dans une logique de lutte contre le décrochage. Ce système permet d'alerter l'étudiant, mais aussi l'administration et les enseignants. Des assistants virtuels ont été mis en place pour les enseignants. Cette expérience montre que les étudiants ne se rendent pas compte qu'ils ont affaire à des assistants virtuels qui les aident à répondre. Saint-Louis University recourt à des assistants numériques installés dans les chambres des étudiants, et offrent des réponses rapides à ces derniers. Cependant, Amazon récupère toutes les données sur les étudiants qui participent à cette expérience, ce qui soulève la question de la souveraineté numérique et du respect des données.

Le sujet du temps de projection pour penser le campus de demain est complexe. Nul ne peut se projeter en matière de numérique à l'horizon de 10 ans : le changement considérable d'échelle intervenu depuis dix ans le montre. Il faut concevoir les bâtiments à un numérique qui évoluera. Les réseaux filaires seront aussi importants demain qu'aujourd'hui ? Quid du transport de l'électricité ? Nous savons nous projeter à peu près à l'horizon de 3 à 5 ans. Je fais partie d'un groupe qui publie des projections à 1, 3 et 5 ans pour étudier l'impact du numérique. Au-delà, cela devient extrêmement complexe.

Enfin, je rejoindrai Isabelle Demachy sur le financement de l'innovation et les aides, les appels à projets, les réponses au PIA, etc. Je mettrai un bémol sur le fait que dans les universités plus petites, la réponse aux appels à projet est très complexe. Ces appels arroseront toujours les universités ou les structures qui ont la capacité à répondre. Ce n'est pas forcément le cas de toutes les universités.

Mme Emmanuelle Dubrana-Léty. - Un élément important est la question du temps, et aussi des études et modèles. Concilier le temps des projets avec le temps du changement est très complexe. Le temps de l'amortissement de l'immobilier ou de la rénovation des bâtiments diffère complètement de la nécessité du changement. Un projet immobilier peut potentiellement être concrétisé 5ou 10 ans plus tard. Même si c'est compliqué, il faut ménager tout au long du projet une part d'inconnu pour intégrer ce que l'on constate de l'évolution des besoins. Il ne faut pas consommer la totalité des surfaces dès la phase de programmation.

On risque de voir apparaître des demandes qui seront impossibles à satisfaire. Il faut chercher à comprendre très régulièrement où l'on va et ce qu'on attend de nous.

M. Pierre Ouzoulias, président. - Je donne la parole, pour clore cette séquence, à Sarah Bilot.

Mme Sarah Bilot. - La consultation évoquée par M. Piednoir est essentielle sur de nombreux sujets, quels que soit les acteurs. Mais elle peut aussi parfois conduire à la création d'un besoin qui n'existait pas, et auquel on ne pourra pas répondre.

Certaines universités ont créé des budgets participatifs auprès d'étudiants et du personnel pour leur permettre d'impulser des changements en matière de vie étudiante. Le bilan est plutôt positif.

Le financement par la CVEC est lié à la vie étudiante. 30 % des fonds sont dédiés aux associations et aux expérimentations sur les campus. Le reste des fonds est dédié aux questions d'accompagnement social, de pratiques sportives, etc. Il est important que ces fonds soient dédiés à la vie étudiante, et non à la formation.

M. Pierre Ouzoulias, président. - Cette table ronde a été très dense et riche. Merci d'avoir apporté des réponses très concrètes à nos questions. Les réflexions que nous menons se poursuivront très certainement au-delà de cette mission d'information.

Ce point de l'ordre du jour a fait l'objet d'une captation vidéo qui est disponible en ligne sur le site du Sénat.

La réunion est close à 16 h 36.


* 1 Lichtenberger Y., « L'université et ses territoires », dans Urbanisme, Hors série, 38, 2010, p. 57-60.