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Compte rendu analytique officiel du 16 octobre 2013

Débat sur la place des femmes dans l'art et la culture

M. le président. - L'ordre du jour appelle un débat sur la place des femmes dans l'art et la culture.

Mme Brigitte Gonthier-Maurin, présidente et rapporteure de la délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes . - La délégation aux droits des femmes, que j'ai l'honneur de présider, a consacré l'essentiel de ses travaux à la place des femmes dans l'art et la culture durant la session 2012-2013. Au cours de douze auditions, nous avons entendu dix-sept professionnels. Notre rapport, qui a été adopté le 27 juin dernier à l'unanimité des présents, a mis en évidence des conclusions contre-intuitives en constatant la force du plafond de verre, la puissance des stéréotypes masculins et féminins dans un milieu artistique et culturel pourtant réputé accueillant aux femmes. En 2011, 132 oeuvres réalisées par les femmes sur 532 acquisitions des Fonds régionaux d'art contemporains (Frac). Celles du Fonds national d'art contemporain (Fnac) ne sont qu'à 21 % créées par des femmes. Le prix moyen des oeuvres des artistes femmes est inférieur de 27 % à celui des oeuvres des hommes. Cinq centres chorégraphiques sur dix-neuf seulement sont dirigés par des femmes.

La proportion de 25 % n'a pas évolué depuis le rapport de Reine Prat de 2009. Il y a peu de femmes aux postes stratégiques. Il faut noter, de plus, que ces femmes sont nommées à la tête des centres les moins subventionnés. À cette faible visibilité des femmes dans le milieu artistique, il faut ajouter le large spectre de comportements et propos sexistes dans les écoles d'art, pouvant aller jusqu'au harcèlement sexuel, que dénonçait un responsable auditionné, évoquant « un véritable fléau ». « Où sont les femmes ? » demandait à juste raison une récente plaquette de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD).

Tout se passe comme si, depuis les rapports de 2006 et de 2009, la situation n'avait guère évolué. Alors, 89 % des institutions musicales et 92 % des théâtres consacrés à la création dramatique étaient dirigés par des hommes. Dans la musique, les femmes représentaient 44 % des interprètes mais seulement 20 % des solistes. De manière plus surprenante encore, la proportion des femmes dans la chorégraphie passait de 43 % à 26 % de 2006 à 2009.

Ce triste bilan n'est pas propre à la France. En 2009, le Parlement européen adoptait des recommandations pour que prospèrent les candidatures féminines dans l'art. Il allait jusqu'à proposer des auditions pour les musiciens d'orchestre derrière un paravent, pour garantir l'anonymat des candidatures. Cela se passe de commentaires.

Alors, que faire ? Je détaillerai les mesures les plus importantes parmi les dix-neuf que nous avons identifiées. Il faut mettre fin aux stéréotypes relatifs aux femmes et aux hommes, défavorables à la promotion des femmes, faire preuve de vigilance et mener une action de sensibilisation dans les écoles d'art, mais aussi dans les médias, la littérature enfantine. Désamorcer ces préjugés sera un chantier de longue haleine. Voyez les jeux vidéo qui véhiculent une représentation de la femme consternante, au point qu'on y banalise le viol.

Pour encourager les candidatures féminines, nous souhaitons des jurys paritaires, qu'il faut aussi sensibiliser à la nécessité de ne pas juger différemment candidats et candidates. De même, pour une représentation équilibrée des femmes dans les institutions culturelles, fixons un objectif d'une proportion d'au moins un tiers. Cela pourrait valoir également pour les oeuvres, qu'elles soient dramatiques ou cinématographiques, créées par des femmes.

Afin de mieux appréhender ce phénomène de discrimination envers les femmes, et de mieux le faire connaître, nous devons continuer de publier des brochures et de recueillir les statistiques. Enfin, délocaliser les comités disciplinaires pour juger des affaires de harcèlement sexuel est un impératif.

« La littérature est appauvrie au-delà de tout ce qu'on peut en juger par toutes les portes refermées sur les femmes », écrivait Virginia Woolf. Cela est vrai pour la littérature comme pour tous les arts. Il n'est plus l'heure d'évaluer une situation hélas bien connue. Il est plus que temps de passer aux actes. (Applaudissements)

Mme Corinne Bouchoux . - « Qui c'est, cette nana ? » ou encore « Je vais appeler son président ou son mari ».Tout récemment à l'Assemblée nationale, un député UMP, heureusement sanctionné, s'est plu à caqueter pendant l'intervention de notre collègue Véronique Massoneau. Le sexisme a la vie dure en politique. Le monde de l'art et de la culture y échappe - t-il ? Pas sûr. Hélas, trois fois, hélas, la place des femmes n'a pas progressé dans ce monde depuis 2009.

Nous avons une ministre de la culture très féministe et c'est tant mieux ; hélas, ce n'est pas suffisant quand la culture ressemble fort à l'école : des femmes en maternelle, des hommes dans le supérieur.

La sur-masculinité des postes de direction est incontestable. Il y a pourtant un vivier. Nos compagnons ne se demandent jamais, eux, s'ils seront à la hauteur... Sans citer Gramcsi, la culture joue un rôle majeur dans la prise de conscience des inégalités ; luttons contre les préjugés sexistes.

Coûte que coûte, soutenons les mesures qui ne coûtent rien : des noms de femmes artistes sur les plaques des rues et des places, comme à Angers, des femmes au Panthéon, et pas seulement Germaine Tillion ou Lucie Aubrac, femmes de culture assurément, mais aussi des femmes artistes. Ces cérémonies doivent être un temps de partage démocratique et non de grands-messes laïques. Il faut s'ouvrir aux arts visuels, en particulier à la photographie, art accessible. Que les conservateurs de musées s'intéressent aux oeuvres des femmes d'autres jours que le 8 mars ! La culture est la parité, c'est tous les jours !

Chantal Akerman, Laure Albin-Guillot, Barbara, Rosa Bonheur, Hélène Cixous, Juliette, Annette Messager, Geneviève Asse, Louise Bourgeois, Marie-Laurencin, et toutes les autres : nous avons besoin de vous ! (Applaudissements)

M. Jacques Legendre . - Il fallait bien que les hommes participent à ce débat, eh oui ! (Sourires)

Les femmes sont trop peu présentes dans l'art et la culture, cette évidence est bonne à rappeler et le rapport de Mme Gonthier-Maurin appuie cette démonstration par des éléments chiffrés : la proportion des femmes augmente, mais celles-ci se heurtent au fameux plafond de verre. Face à ce constat partagé, que faire ? Le Gouvernement préconise l'établissement de shors lists - je n'aime guère ce terme anglais - et des mesures de discrimination positive en faveur des femmes.

Madame la ministre, vous avez farouchement défendu l'indépendance des responsables d'institutions publiques lors de l'examen du dernier projet sur l'audiovisuel. Pourtant, vous avez, ensuite, écarté des gens qui n'avaient pas démérité de postes artistiques au profit de femmes. Vous avez alors parlé de non-renouvellement du mandat, les principaux intéressés n'ont guère apprécié.

Nous ne sommes plus au temps de Camille Claudel. Plutôt que de sombrer dans les excès des quotas, que n'accepte pas le monde de l'art pourtant réputé ouvert, suscitons les vocations. Faisons confiance au secteur pour évoluer. Bien souvent, les jeunes femmes s'autocensurent. Parler d'abus de pouvoir des hommes, comme on le fait dans le rapport de Mme Gonthier-Maurin, paraît excessivement et inutilement polémique et ne me semble guère refléter la réalité. Pardonnons aux auteurs classiques de véhiculer les stéréotypes de la femme - fille, mère, épouse, servante - mais combattons-les dans les pièces contemporaines.

Mme Françoise Laborde. - Tout à fait !

M. Jacques Legendre. - Vous l'aurez compris, ce débat me laisse un peu dubitatif, même si j'en partage entièrement les préoccupations. Évitons d'user d'un ton vif, n'est-ce pas madame Bouchoux, qui suscite la polémique et freine notre progression vers une représentation équilibrée des femmes et des hommes. Il y a, à l'évidence, du chemin à faire. Je souhaite qu'il soit fait. (Mmes Maryvonne Blondin, Françoise Laborde, Marie-Christine Blandin applaudissent ; Mme Corinne Bouchoux applaudit vivement)

M. Pierre Laurent . - Les inégalités hommes femmes restent importantes, quels que soient les secteurs. C'est encore plus vrai dans la culture que l'on pouvait croire plus avancée. Celle-ci est non seulement le véhicule de représentations sexistes, mais en plus la place des femmes y est minorée, voire niée. J'y vois une véritable amputation de notre imaginaire créatif.

Travaillons, avec les dix-neuf préconisations proposées par la délégation aux droits des femmes, à corriger cette situation, qui a été diagnostiquée tardivement en 2006 avec le rapport de Mme Prat. Cela a été dit : le bilan ne s'est pas amélioré depuis.

Les chiffres sont éloquents ; ils ont été cités, je ne les reprendrai pas. Nous disposons aujourd'hui d'un constat objectif, agissons.

Je profite de ce débat pour aborder la question connexe du régime de l'intermittence. Les annexes 8 et 10 indemnisent deux tiers d'hommes et un tiers de femmes. Qui se soucie des femmes artistes et de la réforme de leur congé de maternité depuis 2003 ? Pour porter leur combat, elles se sont nommées les « matermittentes ». Les modes de calcul ouvrant droit au congé sont si complexes que de nombreuses « matermittentes » n'en profitent jamais. Les taux d'indemnisation restent extrêmement bas. D'autant que certaines, comme les danseuses, ne peuvent travailler à huit mois de grossesse. Cette situation a fait l'objet d'une plainte pour discrimination devant la Halde en 2010 qui est pleinement justifiée. Voilà l'observation que voulait ajouter le groupe CRC à ce débat. (Applaudissements à gauche)

Mme Maryvonne Blondin . - Le 23 septembre dernier, pour la première fois une femme était élue à la présidence du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac). Il s'agit de la direction de la scène de Morlaix, ville chère à Mme Lebranchu.

L'art, contrairement à ce qu'il y paraît à première vue, est un bastion sexiste. Des collectifs hommes/femmes se multiplient. Au théâtre de l'Odéon, ils ont dénoncé une programmation de quatorze textes exclusivement écrits par des hommes et mis en scène par des hommes. Poids des maux et choc des taux, voilà la situation.

Les femmes seraient-elles incompétentes, se demande la directrice du théâtre du Soleil, Ariane Mnouchkine. Non point. Depuis des siècles, on nomme des hommes incompétents aux postes de direction... La venue des femmes à ces postes de direction dans le spectacle vivant a provoqué bien des grincements de dents cet été, cela s'est heureusement bien terminé avec la nomination d'Irina Brook.

Par une lettre, le ministère a également demandé à 270 dirigeants d'institutions culturelles de renforcer la présence des femmes dans leur programmation et leur accès aux moyens de production. Finissons-en avec la vision de la femme comme muse, l'art ne doit pas être phallocentré. Comme l'aurait dit le sociologue Pierre Bourdieu, il ne doit pas être soumis à la domination masculine. Rien ne saurait justifier que l'exigence républicaine d'égalité entre les hommes et les femmes s'arrête aux portes des théâtres et des cinémas.

Le Gouvernement joint les actes aux paroles. Le jeudi 10 octobre a été signé au ministère une charte sur l'égalité homme-femme dans le cinéma. Il était urgent qu'une telle action soit prise, quand la cinéphilie est essentiellement masculine. Mme Bérénice Vincent, responsable de l'association Le deuxième regard en témoignait devant notre délégation le 4 avril 2013.

La part des femmes réalisatrices est de 25 % en France, 12 % en Europe, 5 % aux États-Unis. Peu de femmes siègent dans les jurys et commissions qui attribuent les aides financières. Agnès Varda raconte : à un réalisateur, on dit « oui, monsieur » ; à moi, « oui Agnès ». (Sourires)

Le problème de la précarisation des femmes est aigu. Un fonds de solidarité accompagne les intermittents les plus fragiles : alors qu'elles ne représentent que le tiers des intermittents, 51 % de ses bénéficiaires sont des femmes, vivant souvent seules avec leurs enfants, touchant des revenus annuels inférieurs à 15 000 euros.

De nombreuses femmes avouent qu'elles n'auraient jamais pu réaliser leur carrière si elles avaient eu des enfants. C'est effrayant. D'où le vote de mon amendement sur les « matermittentes » dans le cadre du projet de loi sur l'égalité hommes-femmes. Il faut mettre fin à ces injustices, les rendre visibles. Nous y reviendrons lors de la discussion du projet de loi d'orientation sur la création artistique.

Je salue la volonté politique du Gouvernement. Il est juste et nécessaire de faire cesser les inégalités hommes-femmes, particulièrement choquantes dans ce secteur culturel que l'on suppose ouvert et innovant.

La sous-représentation des femmes dans le monde de l'art et de la culture doit cesser. La panthéonisation de femmes est un mouvement intéressant à cet égard. Ouest-France titrait récemment « Et si les peintres des cavernes étaient des femmes ? ». La question mérite pour le moins d'être posée...

Mon tropisme finistérien est d'autant plus fort en ces moments difficiles. Je parlerai donc de Marie Helia et de son documentaire Les Chevalières de la table ronde sur des militantes féministes, parfois de très longue date, qui sont révoltées de constater que perdurent d?importantes différences salariales entre hommes et femmes, que ces dernières sont encore considérées comme des objets, qu'elles subissent de graves violences, des comportements machistes. Et la réalisatrice de revendiquer le label de « film de femmes » qu'on lui a souvent imposé malgré elle. La sortie nationale est prévue le 23 octobre, je vous invite à le voir car, aujourd'hui comme hier, un homme sur deux est une femme ! (Applaudissements)

Mme Françoise Laborde . - Natalie Dessay, Maguy Marin, Laurence Equilbey, Sophie Calle, Agnès Varda : notre pays a su faire émerger leur talent mondialement reconnu. La canadienne Alice Munro vient de recevoir le Nobel de littérature, c'est la quatrième femme en dix ans. Est-ce à dire que tout va bien ?

Il n'en est rien, comme le montre le remarquable rapport de Mme Gonthier-Maurin. Si j'ai parfois quelques réserves sur la présentation des travaux de la délégation aux droits des femmes, je reconnais la pertinence de son bilan. Les chiffres n'ont pas évolué depuis 2006, date du premier rapport remis au ministère de la culture par Mme Reine Prat sur le sujet. Les arts visuels seraient particulièrement discriminatoires. À la Biennale de Lyon, on compte tout de même de nombreuses femmes.

Quoi qu'il en soit, les femmes représentent 60 % des élèves des écoles d'art ; il est anormal que leur place sur le marché de l'art soit réduite à la portion congrue. Leurs oeuvres représentent moins de 30 % des achats des Frac et 25 % des acquisitions des musées d'art moderne. Les femmes sont souvent obligées de créer leur propre ensemble, leur propre troupe, comme Laurence Equilbey avec Accentus. Le fameux plafond de verre est sans doute encore plus infranchissable dans ce secteur.

Un passage du rapport est très alarmant : celui qui relate la banalisation du sexisme, voire du harcèlement sexuel, dans les écoles d'art. De tels comportements ne peuvent être tolérés. La justice doit agir.

Si toutes les recommandations du rapport ne sont pas de nature à aboutir au but recherché, la plupart d'entre elles y concourent. Je suis en désaccord avec la neuvième recommandation, visant à créer un centre de ressources dédié à la création féminine : on risque ainsi d'accroître la stigmatisation.

L'égalité doit se traduire concrètement. Les mentalités doivent se modifier en profondeur. Nous avons un vivier de femmes de talent, qui doivent être reconnues à leur juste valeur.

Sur la lutte contre les stéréotypes, je souscris entièrement à la politique de prévention et de sensibilisation qui doit être menée à l'égard des jeunes. On ne doit pas, pour autant, jeter Molière et Corneille aux orties. Il faut resituer les oeuvres dans leur contexte historique, et non les récrire. Une politique aveugle de quotas serait dépourvue de sens. Privilégions la lutte contre les discriminations par la prévention en lien avec l'éducation nationale. (Applaudissements)

Mme Aurélie Filippetti, ministre de la culture et de la communication . - « La place des femmes dans l'art et la culture : le temps est venu de passer aux actes », voilà le titre de votre rapport et toute ma politique. J'en ai fait un thème transversal au sein du ministère de la culture et de la communication ; je salue ici Nicole Pot, qui en est chargée. Après le comité interministériel présidé par le Premier ministre en février, j'ai mis en place un comité qui rassemble une quarantaine d'acteurs de la culture et de la communication, femmes et hommes. Il fallait d'abord rendre visible l'invisible, montrer les discriminations pour les combattre et les corriger. Une étude, riche d'enseignements, que vous avez annexée à votre rapport, a été publiée en mars. Elle sera actualisée, y incluant les données relatives au cinéma, puis régulièrement enrichie.

Les actions mises en place seront évaluées. Le changement passe par des mesures incitatives. Pour combattre les stéréotypes, les médias sont en première ligne. Nous veillerons à ce que leurs représentations reflètent la société, pas ses blocages. Je l'ai dit lors du colloque « En avant toutes ! ». Le rôle du service public audiovisuel, décisif, doit être exemplaire. Le CSA exercera une vigilance toute particulière quant à l'égalité dans l'audiovisuel. Il vient d'ailleurs de créer un groupe de travail, dont la présidence a été confiée à M. Pierre Brossolette, pour éradiquer les préjugés sexistes.

La formation joue un rôle crucial. Il n'existe pas de niveau au-delà duquel les ambitions des femmes devraient s'arrêter, en raison de la maternité, par exemple. Je constate hélas qu'il demeure d'énormes inégalités dans le milieu de la culture, pourtant réputé progressiste. Son organisation reflète les mêmes discriminations à l'encontre des femmes qu'ailleurs, voire davantage. Au nom de je ne sais quel obscur pouvoir démiurgique qui serait propre à l'homme dans la création. Aut liberi, aut libri, « soit des enfants, soit des livres », disait Nietzsche ; nous devons faire pièce à cette représentation. Les écoles d'enseignement supérieur artistique et culturel doivent agir. Leurs directrices sont trop souvent des directeurs.

Je porterai une attention particulière à la question du harcèlement sexuel dans les écoles d'art. Comptez sur moi. Jusque-là, j'avais eu vent de rares cas extrêmes, non de faits généralisés comme vous les avez décrits. Parce que la dimension symbolique compte, je me félicite des conclusions du rapport remis par Philipe Belaval au président de la République sur la panthéonisation de femmes. Nous ne manquons pas de femmes éligibles : Marguerite Yourcenar, Marguerite Duras, Simone de Beauvoir, Joséphine Baker qui a contre elle, alors qu'elle fut une grande résistante, d'avoir été danseuse...

Nous faisons évoluer le ministère. Les contrats qui le lient à certaines institutions tiendront compte de la promotion de l'égalité, de même que les contrats d'objectifs et de moyens des médias publics. La programmation des femmes artistes dans le respect de la liberté de programmation, qui est intangible, fera l'objet d'une attention particulière.

Françoise Laborde a évoqué la nomination d'Irina Brook à la tête du centre dramatique de Nice. Ce n'est pas le seul cas. Je favoriserai le renouvellement des institutions. Et ce, monsieur Legendre, sans écarter des hommes. J'ai fait simplement appliquer les règles relatives aux mandats confiés aux directeurs de ces établissements. Cela ne remet nullement en cause leur talent artistique, nous les accompagnerons d'ailleurs dans le retour à leurs troupes. Le renouvellement doit être l'occasion de renforcer la présence des femmes. J'ai envoyé aux préfets et aux Drac une circulaire, afin que les jurys soient paritaires et que les listes restreintes qu'ils établissent le soient aussi. Les résultats sont parlants. On est passé de moins de 20 % de candidates à plus de 50 %. On débloque ainsi des situations que l'on supposait bien ancrées. J'ai nominé neuf dirigeants de centres dramatiques nationaux dont quatre femmes pour l'instant. Sur dix, il y aura cinq hommes et cinq femmes, choisis sur la qualité de leurs projets, sur leur détermination et leur volonté.

De même, j'ai nommé six directrices régionales des affaires culturelles. Une femme vient d'être nommée à la direction du musée Guimet, une autre au CNC. Oui, les choses changent. Comme l'écrivait Ariane Mnouchkine dans Le Monde cet été, quand les femmes arrivent quelque part, cela dérange les situations acquises.

J'ai pour ambition d'atteindre la parité dans les conseils d'administration des opérateurs du ministère et dans les commissions consultatives. Nous constituons à cette fin des viviers, en repérant les talents et en organisant, le cas échéant, des formations adaptées. La signature d'une charte pour l'égalité engage à veiller aux stéréotypes et à favoriser les créations des femmes.

Cette politique commence à porter ses fruits. Je remercie Pierre Laurent d'avoir rappelé la question des femmes dans les régimes d'indemnisation des intermittents du spectacle, celle des « matermittentes », plaisant jeu de mot qui recouvre une bien difficile réalité.

Les femmes ont écrit de si belles pages de notre littérature, de notre histoire. Le nom d'Elsa Triolet est toujours associé à celui de Louis Aragon, comme si elle n'avait été que la muse du poète. Je suis heureuse d'avoir inauguré en Moselle une médiathèque qui porte son nom. Elle écrivait : « Les femmes, c'est l'avenir du monde. Leur force n'est pas découverte, mais est-ce que l'électricité a toujours été connue ? Elle remuera encore des montagnes, cette force ». Cette force qui remue les montagnes, cette électricité, ne permettons pas qu'elle demeure invisible. II y va de l'avenir du monde. (Applaudissements)

Le débat est clos.

Prochaine séance demain, jeudi 17 octobre 2013, à 9 h 30.

La séance est levée à 23 h 15.

Jean-Luc Dealberto

Directeur des comptes rendus analytiques

ORDRE DU JOUR

du jeudi 17 octobre 2013

Séance publique

À 9 HEURES 30

1. Débat sur la protection des données personnelles

À 15 HEURES

2. Questions d'actualité au Gouvernement

À 16 HEURES 15 ET LE SOIR

3. Débat sur le marché du médicament et des produits de santé

4. Conclusions des commissions mixtes paritaires sur le projet de loi et le projet de loi organique relatifs à l'indépendance de l'audiovisuel public

Rapports de M. David Assouline, rapporteur pour le Sénat (n°s 74 et 72, 2013-2014)

Textes des commissions mixes paritaires (n°s 75 et 73, 2013-2014)

5. Conclusions des commissions mixtes paritaires sur le projet de loi organique portant actualisation de la loi organique n° 99-209 du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie et sur le projet de loi portant diverses dispositions relatives aux outre-mer

Rapport de Mme Catherine Tasca, rapporteure pour le Sénat (n° 57, 2013-2014)

Textes des commissions mixtes paritaires (n°s 59 et 58, 2013-2014)

6. Conclusions de la commission mixte paritaire sur le projet de loi habilitant le Gouvernement à simplifier les relations entre l'administration et les citoyens

Rapport de M. Hugues Portelli, rapporteur pour le Sénat (n° 63, 2013-2014)

Texte de la commission mixte paritaire (n° 64, 2013-2014)