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Compte rendu analytique officiel du 2 mars 2016

Trentième anniversaire du baccalauréat professionnel

M. le président. - L'ordre du jour appelle un débat sur « le trentième anniversaire du baccalauréat professionnel ».

M. Patrick Abate, au nom du groupe communiste républicain et citoyen . - Dans les années 1980, un jeune sur trois décrochait un baccalauréat en France. Jean-Pierre Chevènement s'engage à porter ce taux à 80 %, la loi de décembre 1985 et le décret de 1986 créent le baccalauréat professionnel et l'objectif est atteint.

700 000 élèves sont aujourd'hui scolarisés dans l'enseignement professionnel, pourtant ces questions ont disparu de nos débats au Sénat depuis 2014 - la commission de la culture a même supprimé le rapport spécial pour avis prévu sur ce point. Ce débat vise à remédier à cette lacune et faire le point sur les difficultés liées à la réforme de 2009, ou à la régionalisation.

Le choix du baccalauréat professionnel peut être un beau choix de vie, et sa revalorisation s'impose.

Malgré une expérimentation mitigée, la réforme du baccalauréat professionnel a été menée au pas de charge, et a déstabilisé le personnel. La limitation du redoublement a également changé la donne, en rajeunissant des classes à visée pourtant professionnalisante. On en est ainsi arrivé à ce que 75 % des diplômés d'un baccalauréat professionnel poursuivent des études, par un BTS ou un DUT, voire à l'université avec une réussite mitigée. Je ne suis pas sûr qu'il faille pour autant instaurer un examen d'entrée à l'université.

Nous ne sommes pas hostiles à un parcours en trois ans pour les meilleurs mais nous plaidons pour que subsiste un parcours en quatre ans, modulable, afin d'éviter les sorties sans qualification. La question de la réussite en filière professionnelle, encore vue comme une filière par défaut, n'a pas encore été prise à bras le corps. La réforme, censée valoriser la filière, a donné lieu à l'ouverture d'un trop faible nombre de classes et rares sont les élèves qui obtiennent l'affectation correspondant à leur premier voeu, ce qui a des conséquences évidentes en termes de décrochage. Un bilan national est devenu indispensable à ce sujet. Comment expliquer que l'on forme si peu de professionnels aux métiers de bouche alors que les besoins sont criants ?

La régionalisation se heurte aux politiques adéquationnistes des conseils régionaux, qui adaptent les offres de formation à la situation des bassins d'emplois limités à un instant T. De plus, le développement de l'apprentissage se fait trop souvent au détriment de l'enseignement professionnel, alors que les deux pratiquent l'alternance, utile pour l'emploi.

Le taux de réussite de la filière scolaire est partout meilleur : l'écart de réussite est de 9 % pour le CAP et de 20 % pour le baccalauréat professionnel par rapport à l'apprentissage. Les référentiels de formation au lycée professionnel sont élaborés en lien avec l'entreprise. Je le constate dans ma ville de Talange, dont j'ai plaisir à citer le magnifique lycée Eiffel : les résultats de la filière professionnelle et son intégration avec le monde professionnel sont exemplaires.

Toutefois la réforme de 2009 s'est accompagnée d'un morcellement des tâches, d'une perte de culture professionnelle, que tous déplorent, enseignants comme employeurs, mais aussi de repères citoyens. La solution réside dans la mixité des parcours et des publics. La voie scolaire est utilisée comme un sas avant que les élèves se trouvent une place en apprentissage. Il y a là des risques de déstabilisation des lycées professionnels.

Nous manquons d'études sur la réalité des effets de cette diversification des publics - apprentis et élèves scolarisés.

Cette filière et ses élèves méritent la plus grande ambition. (Applaudissements sur les bancs du groupe communiste républicain et citoyen et du groupe socialiste et républicain)

Mme Marie-France Beaufils . - Je m'intéressais à l'enseignement professionnel agricole. La réforme a réduit le temps de formation d'un an, ce qui entraîne une perte de culture professionnelle, évoquée à l'instant par Patrick Abate. Le bac pro « conduite et gestion de l'exploitation agricole » a été le plus touché. Avant, la formation était articulée en deux temps : deux ans de formation au brevet professionnel agricole pour devenir ouvrier agricole, puis deux ans consacrés à la formation et à la réflexion sur le fonctionnement et l'environnement d'une exploitation, jusqu'au bac pro, lequel équivaut à une capacité à l'installation.

Le baccalauréat professionnel avait pour but de former des professionnels citoyens autonomes, ce qui ne permet plus une formation en trois ans alors qu'il faut plus que jamais répondre aux défis d'une agriculture durable.

Le nombre de reçus a baissé, de près de 90 % en 2009, il plafonne depuis 2012 à 83 %, malgré une nouvelle épreuve de rattrapage qui gonfle les résultats. Les dispositifs de remise à niveau dans les matières générales ont été supprimés, remplacées par des heures individuelles sur projet.

Résultat : les décrochages ont augmenté et le déséquilibre entre filières s'est accru.

Beaucoup d'élèves sont en souffrance, dans des classes surchargées. Les semaines de stage nécessaires à la certification sont passées de douze à huit.

Comment expliquer que la direction générale de l'enseignement et de la recherche ait refusé l'expérimentation de classes dédiées aux publics les plus fragiles à Laval et Radinghem (Pas-de-Calais) ? Ce dispositif est pourtant prévu réglementairement depuis 2008, sur le modèle du lycée de Tours Fondettes, qui compte la seule classe de ce type en France. Est-ce par idéologie ? Par refus de voire cohabiter deux filières ? Je souhaite, madame la ministre, que vous puissiez nous apporter une réponse ou à défaut en parler avec votre collègue de l'agriculture.

Au Sénat, nous connaissons la valeur et la qualité de l'enseignement agricole. Nous agissons, avec le comité permanent de défense et de développement de l'enseignement agricole public, dont je suis membre avec d'autres parlementaires Nous participerons le 24 mars à une journée de réflexion à Paris sur les enjeux de la réussite scolaire, de l'insertion professionnelle et de la poursuite des études. Donnons à l'enseignement agricole les moyens de réussir sa mission ! (Applaudissements sur les bancs du groupe communiste citoyen et républicain et du groupe socialiste et républicain)

M. Jacques-Bernard Magner . - A la rentrée 2013, plus d'un million de jeunes s'étaient engagés dans la filière professionnelle, dont 300 000 apprentis.

Un tiers des bacheliers sortent des lycées professionnels. Le taux de succès y est de 80 % et 27 % des bacheliers professionnels ont un emploi trois mois après. Dans le cadre de la mission sur l'orientation que nous menons actuellement avec mon collègue Guy-Dominique Kennel, la problématique de l'enseignement professionnel revient régulièrement. Trop souvent encore, l'orientation des jeunes vers la filière professionnelle est mal perçue, mal défendue, peu recherchée, subie plutôt que choisie par les élèves et leurs familles.

Depuis 2009, les jeunes ont le choix entre un parcours de deux ans vers un CAP ou de trois ans vers un baccalauréat professionnel. Plusieurs questions se posent pour l'avenir : la durée de la formation, la place réservée aux savoirs généraux, la concurrence de l'apprentissage, en particulier pour le versement de la taxe d'apprentissage, les modalités de certifications des diplômes de la voie professionnelle, le volume nécessaire de l'offre de formation et des capacités d'accueil sur l'ensemble du territoire, l'intégration dans des projets Erasmus et l'ouverture à l'international.

La carte des formations doit évidemment évoluer afin que se développent les formations aux métiers d'avenir : services à la personne, vendeurs, aides-soignants et infirmiers, métiers de la sécurité, cadres administratifs.

Mille postes d'enseignants seront créés pour étoffer l'offre des formations. Des jumelages entre lycées professionnels et centres de formation d'apprentis (CFA) ont été mis en place. Pour éviter les décrochages, le Gouvernement propose une période d'essai en classe de seconde professionnelle jusqu'à la Toussaint. C'est une bonne chose. La loi pour la refondation de l'école affichait déjà l'objectif de revalorisation de l'enseignement professionnel.

Trente et un campus des métiers ont été créés dans le cadre d'une demande partenariale au service de la réussite des jeunes. Les formations de technicien supérieur apparaissent de plus en plus comme une voie de sortie.

Certes, on pourrait encore augmenter les moyens, réfléchir aux débouchés. Mais si l'on compare avec d'autres pays souvent cités, dont l'Allemagne, nos difficultés sont la contrepartie de notre démographie...

Mme Maryvonne Blondin. - Très juste !

M. Jacques-Bernard Magner. - La filière professionnelle reste une chance pour nos jeunes. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et républicain et du groupe communiste républicain et citoyen)

Mme Leila Aïchi . - Un tiers des bacheliers sont des bacheliers professionnels, dont la moitié s'inscrit en BTS. La réforme de 2009 a réduit la formation à trois ans pour l'aligner sur le cursus commun. Mais le nombre d'inscrits a baissé trois années de suite, ainsi que le taux de réussite et les résultats sont très disparates.

Le Gouvernement a annoncé le déploiement de 500 nouvelles filières, grâce à la création de nouveaux postes. C'est une bonne chose. Le jumelage entre lycées professionnels et CFA est une piste à explorer. Valorisons la complémentarité entre enseignement professionnel et apprentissage et ne les opposons pas.

Le candidat Hollande avait déploré que l'enseignement professionnel fût malmené. Pourtant, la loi de juillet 2013 est très loin des promesses. Si une plus grande souplesse dans l'orientation est bienvenue, veillons à ce que la période d'essai ne se transforme pas en usine à gaz.

Le taux d'échec en bac professionnel reste supérieur à la moyenne, et le taux d'échec à l'université est lié. L'enseignement professionnel doit-il mener à l'enseignement supérieur ou être une garantie d'emploi ? Faut-il rétablir une formation en quatre ans ? Changeons l'image stigmatisante de cette filière : le développement des connaissances, l'accès à des études plus longues, l'accès à l'emploi, tels sont les défis à relever. (Applaudissements sur les bancs du groupe communiste républicain et citoyen)

Mme Françoise Laborde . - Trente ans après que Jean-Pierre Chevènement eut fixé l'objectif de mener 80 % d'une classe d'âge au baccalauréat, on constate une nette amélioration du niveau de formation de notre jeunesse, alors que la France était en retard. Un tiers des bacheliers sont désormais issus de l'enseignement professionnel et 60 % des bacheliers professionnels s'insèrent sur le marché du travail, preuve que l'équilibre entre formation pratique et théorique est judicieux.

Toutefois les inégalités entre filières sont fortes : certaines, qui conduisent à une impasse, attirent trop, d'autres guère alors que leurs débouchés sont certains.

Ce qui nous fait défaut aujourd'hui, c'est la vision prospective qui prévalait en 1985 lors de l'examen de la loi de programme sur l'enseignement technique et professionnel. Une réflexion d'ensemble, à de long terme, dans l'esprit de la mission alors confiée à Daniel Bloch, qui était président de l'Institut national polytechnique de Grenoble, est de nouveau nécessaire pour adapter les formations aux emplois de demain.

Des quotas ont été créés en section de technicien supérieur pour les diplômés de l'enseignement professionnel. Mais cette filière attire aussi les bacheliers généraux. À l'université, le taux d'échec des bacheliers est très élevé. Où en sont les réflexions du Gouvernement sur le continuum entre lycée professionnel et université ?

Le taux de réussite au baccalauréat professionnel a baissé de six points : la réduction de la formation à trois ans a entraîné des effets pervers. Les heures de soutien ne sont pas au rendez-vous. Avant tout, il faut faciliter une orientation réfléchie en amont, afin que le cursus scolaire ne soit pas le résultat de déterminismes sociaux ou géographiques.

Le savoir s'est démocratisé, mais les inégalités entre la division entre « ceux qui possèdent sans travailler et ceux qui travaillent sans posséder », que Ferdinand Buisson combattait ardemment au début du XXe siècle, existent toujours. Il faut continuer à lutter pour que le mérite et le talent orientent les enfants de la République. (Applaudissements à gauche et au centre)

M. Jacques Legendre . - Ce débat proposé par le groupe CRC est utile. Notre commission de la culture avait déjà, il y a huit ans, célébré le bicentenaire du baccalauréat général, pour dresser l'état des lieux de ce « monument national », selon la formule d'un ancien ministre de l'éducation, pierre angulaire de notre système éducatif, qui couronne l'ensemble de la scolarité primaire et secondaire et ouvre les portes de l'enseignement supérieur ou de la vie active.

En tant que rapporteur, j'expliquai alors comment la diversification des filières du baccalauréat et le souhait de donner une place nouvelle à la formation professionnelle avait conduit à la création du « baccalauréat professionnel » en 1986, il y a maintenant trente ans.

Mais l'objectif de 80 % d'une classe d'âge au baccalauréat n'a jamais été atteint : 64 % seulement en 2006.

Les élèves en échec scolaire sont trop souvent redirigés vers les filières professionnelles. Celles-ci sont trop souvent considérées comme inférieures. L'orientation par défaut persiste.

M. Jacques Grosperrin. - Absolument.

M. Jacques Legendre. - Dans mon rapport d'il y a huit ans, j'appelais déjà à un travail sur les représentations, pour que les élèves ne soient pas victimes d'un choix collectif. L'élève qui peut rester dans le cursus « normal » ne se posera jamais la question de savoir s'il aurait pu être attiré par une formation professionnelle. Il n'en a d'ailleurs pas l'occasion puisqu'il n'a presque jamais été mis en contact de l'univers professionnel.

Pour que l'orientation ait un sens, il faut que le collège devienne l'antichambre des études générales, technologiques et professionnelles : ces trois dimensions doivent être présentes dans la scolarité de tout collégien.

Des efforts ont été faits. Le « parcours de découverte des métiers et des formations » a été transformé en « parcours avenir » par la majorité actuelle, mais il faut bien évidemment aller plus loin et transformer radicalement la manière dont l'orientation est envisagée dans notre pays.

Pour lutter contre la hiérarchisation des filières au sein du baccalauréat, il faut assurer l'enseignement d'un tronc commun valant pour les trois voies. Chaque bachelier devrait avoir certaines connaissances et compétences, la méthodologie pour y parvenir pouvant être adaptée à chacune des trois filières.

Une bonne insertion professionnelle suppose des connaissances professionnelles et générales suffisantes et une expérience acquise pendant la scolarité. Or de plus en plus de bacheliers professionnels se tournent vers l'université : mais le taux d'échec est de 50 % en licence. Pourquoi ne pas instaurer un entretien personnalisé avant tout choix d'orientation ?

Inversement, il faudrait faciliter la reprise des études après une filière courte. Le niveau de formation initiale ne doit pas déterminer toute la vie.

Cessons en tout cas d'opposer enseignement général et enseignement professionnel. Puisse le Gouvernement appeler à la mobilisation en faveur de ces deux filières de réussite. (Applaudissements sur la plupart des bancs)

M. Michel Canevet . - Je remercie le groupe CRC d'avoir proposé ce débat sur une question importante pour l'avenir des jeunes. Le baccalauréat professionnel est né lorsque M. Chevènement a fixé l'objectif de 80 % d'une classe d'âge au baccalauréat. Pour revaloriser les filières professionnelles, le baccalauréat professionnel a été créé en 1985.

Aujourd'hui, 900 000 jeunes de 15 à 24 ans ne sont ni en formation, ni employés, ni en stage. 120 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans qualification. Ces chiffres montrent l'ampleur de l'effort à mener !

Cessons de désinciter les jeunes qui le souhaitent à s'orienter vers une filière professionnelle. Bien des professions, du BTP par exemple, ne trouvent plus de personnes qualifiées.

Un texte sur l'apprentissage a été déposé au Sénat. Le nombre d'apprentis baisse : 423 000 en 2013, 400 000 en 2014, 403 000 en 2015... Ce devrait être l'inverse !

Les jeunes ne sont pas assez orientés dans cette voie.

Mme Catherine Troendlé. - Il faudrait suivre l'exemple allemand.

M. Michel Canevet. - Les jeunes devraient pouvoir découvrir les métiers avant de s'orienter dans une formation. Certains métiers sont en déshérence ; je suis bien placé pour observer que notre flottille de pêche diminue, non parce que nous manquons de navires, mais parce que nous manquons de marins, alors qu'il y a tellement de chômeurs. Il serait bon d'envisager une formation spécifique au sein de l'enseignement professionnel, pour faire mieux connaître ces métiers difficiles mais passionnants à nos jeunes.

En outre, la répartition des compétences n'est pas claire. Il faut un pilote. La régionalisation va dans ce sens. J'insiste aussi, dans le sens de M. Legendre, sur l'orientation.

Enfin, le pluralisme entre le public et le privé est à encourager. (Applaudissements au centre et à droite)

Mme Maryvonne Blondin . - Oui, réussir par la voie professionnelle, c'est possible ! Le baccalauréat professionnel a pour vocation d'élever le niveau général de qualification, donc d'améliorer l'insertion des jeunes et de répondre aux besoins de recrutement des entreprises. Les vingt-deux semaines de stage en entreprise sont la force de cette filière. La carte des formations répond au mieux aux besoins locaux, même si des disparités existent entre les territoires.

La réforme de 2009 avait suscité des craintes mais les enseignants se sont adoptés et le nombre d'élèves a augmenté. Ainsi, 60 % des bacheliers professionnels intégraient le monde du travail, les autres poursuivaient dans le supérieur.

Les décrochages sont toutefois nombreux, à cause d'une orientation par défaut. De bonnes choses ont été faites comme la création de parcours d'avenir ou des partenariats entre lycées et CFA. L'enseignement professionnel doit cesser d'apparaître comme le parent pauvre de notre système. Au contraire, c'est une voie d'épanouissement. Il faudrait ainsi développer l'enseignement artistique et culturel dans les lycées professionnels. De même, il convient de lutter contre les stéréotypes du genre. C'est à ce prix que la filière professionnelle s'affirmera comme une filière de réussite personnelle et professionnelle. (Applaudissements à gauche)

présidence de M. Jean-Pierre Caffet, vice-président

M. Jean-Claude Carle . - La voie professionnelle est la grande oubliée de la refondation de l'école. Le baccalauréat professionnel avait pour but louable de promouvoir l'égalité des filières et des intelligences au sein d'un cursus académique. Il a été, hélas, dévoyé. En effet, les résultats sont loin d'être au rendez-vous, quand, sept mois après leur baccalauréat, 43 % seulement des bacheliers ont un emploi, 47 % sont au chômage. Comme le baccalauréat professionnel n'est plus un sésame pour l'emploi, de plus en plus de bacheliers poursuivent vers le supérieur, y compris dans des filières où ils sont voués à l'échec : leur taux d'échec est de 62 % en IUT et de 95 % en licence.

L'instauration des quotas en BTS suffira-t-elle à inverser la tendance ? La formation en lycée professionnel coûte 14 180 euros par élève, contre 9 415 euros par lycéen dans la filière générale...

Certaines filières, comme la comptabilité, ont un taux d'insertion très bas car les métiers ont évolué très vite. Les entreprises doivent être associées à la définition des référentiels.

Pourquoi ne pas s'inspirer de l'enseignement agricole, où les conseils d'administration sont présidés, non par le chef d'établissement, mais par une personnalité extérieure, issue du monde économique ?

Clarifions aussi les responsabilités en précisant le rôle du chef de file de la région. Limitons l'énorme gâchis humain et d'argent public que constitue l'échec scolaire dans la voie professionnelle. Il s'agit de rendre cette dernière plus efficiente et plus équitable, davantage en phase avec les besoins de l'économie, C'est l'intérêt de tous, et celui de notre jeunesse.

(Applaudissements au centre et à droite)

M. Jacques Grosperrin . - La loi de programme sur l'enseignement technique et professionnel du 23 décembre 1985 visait à rapprocher le monde éducatif et le monde professionnel. Le gouvernement socialiste avait dû convaincre, en fin de législature, les syndicats les plus conservateurs, CGT et Snes en tête. Mais c'est surtout à la droite, à René Monory, dont il faut saluer ici la mémoire, et à Jacques Legendre que l'on doit son succès.

Mme Catherine Troendlé. - Très bien !

M. Jacques Grosperrin. - Au passage, l'expérimentation menée au Maroc depuis 2014 est une très bonne chose...

On trompe nos lycéens professionnels en leur disant qu'ils pourront accéder à l'université : le taux d'échec est très élevé. Le baccalauréat professionnel a pour vocation première de conduire à un métier plutôt qu'à un diplôme.

Les 176 200 bacheliers professionnels constituent 22 % du total des bacheliers en France ; 60 % d'entre eux entrent directement sur le marché du travail. La réforme engagée en 2008 a atteint ses objectifs : recruter des candidats de bon niveau en troisième, capables de réussir en trois ans, et ayant réellement choisi cette voie. Nous regrettons que le président de la République, qui a fait des jeunes et de la diminution du chômage ses priorités, s'en désintéresse...

Ce trentième anniversaire est l'occasion de porter un regard sur la formation professionnelle. Le budget de la formation professionnelle, qui atteint 32 milliards, soit l'équivalent du budget de la défense, deuxième ministère le mieux doté, bénéficie à 61 % aux actifs occupés. Est-ce bien judicieux ? Ceux qui en profitent le moins sont les jeunes et les chômeurs... La précédente majorité avait simplifié le système, l'actuelle l'a rigidifié. Il est temps de corriger le tir. (Applaudissements à droite)

Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche . - (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et républicain) Quand on parle de formation en alternance, beaucoup pensent d'abord à l'apprentissage, et regardent vers l'Allemagne, sans toujours bien connaître la situation de notre voisin...

Mme Catherine Troendlé. - Si !

Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. - Mais il convient d'abord de voir ce qui se fait en France. L'alternance, c'est aussi l'enseignement professionnel, voie méconnue sinon ignorée mais essentielle à la prospérité du pays.

C'est pourquoi j'ai voulu célébrer de la meilleure façon le trentième anniversaire du baccalauréat professionnel, voie exigeante et d'avenir. Chaque année, près de 700 000 jeunes sont formés dans 1 600 lycées à des spécialités très variées, métiers d'art, automobile, hôtellerie, services à la personne...

Loin d'être en concurrence, l'enseignement professionnel et l'apprentissage sont complémentaires. Celui-ci prépare surtout au CAP, celui-là au baccalauréat professionnel. L'apprenti est salarié, tandis que le lycéen professionnel en stage reste sous statut scolaire. Le temps passé en entreprise n'est pas non plus le même.

Certains élèves, ayant une idée très claire du métier qu'ils veulent exercer, entrent en apprentissage ; d'autres optent pour une spécialisation progressive et préfèrent le lycée professionnel.

L'enseignement professionnel a besoin des entreprises et vice versa. Leur partenariat est extrêmement fécond, nous en avons des preuves tous les jours dans la réussite des élèves ; les comités dédiés ont à la dernière rentrée rénové dix-neuf diplômes.

Autre atout, l'enseignement professionnel évite une spécialisation trop précoce. L'intégration professionnelle doit être un objectif, non un destin. Les facultés d'adaptation sont aujourd'hui essentielles, nous refusons de rétablir l'apprentissage à 14 ans, qui ferme les perspectives.

M. Jacques Grosperrin. - Mieux vaut sans doute le décrochage...

Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. - À nos yeux, chacun doit pouvoir acquérir le socle commun de connaissances qui lui permettra de s'adapter toute sa vie. Le cumul de formations théoriques et pratiques donne aux élèves une curiosité d'esprit qui n'est pas moins importante.

Je suis partie d'un constat : l'enseignement professionnel reste méconnu des jeunes, comme l'alternance dans son ensemble. J'ai donc voulu des jumelages entre collèges et lycées professionnels et CFA, afin que les élèves n'effectuent pas un saut dans l'inconnu - et afin que les enseignants puissent parler de ces voies à leurs élèves en connaissance de cause. C'est aussi le moyen de déconstruire les a priori.

Puisque nous dénonçons tous l'orientation subie, remplaçons-la par une orientation choisie, éclairée, et qui ne soit pas irrémédiable. C'est pourquoi j'ai voulu mettre en place une sorte de période d'essai : de la rentrée prochaine aux vacances de la Toussaint, l'élève pourra revenir sur son orientation en voie professionnelle.

M. Jacques Grosperrin. - Cela sera difficile à gérer !

Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. - C'est vrai... Pourquoi pas dans toutes les voies ? Parce que l'enseignement professionnel exige des élèves une faculté d'adaptation et d'apprentissage considérable : savoirs académiques, mais aussi découverte de l'alternance et développement de compétences dans un secteur d'activité spécifique.

La seconde professionnelle doit faire l'objet d'une attention particulière, il importe de faciliter l'adaptation de l'élève à la spécificité de la voie qu'il a choisie - à commencer par l'alternance. Désormais, avec les parcours d'avenir, tous les élèves sont initiés dès la sixième à la vie professionnelle. Il n'en reste pas moins nécessaire de préparer les lycéens professionnels à l'arrivée en entreprise : une semaine y sera dédiée, pour former les lycéens aux attentes du monde professionnel et leur inculquer les règles de sécurité et de santé indispensables.

Beaucoup ont du mal à trouver une entreprise d'accueil. C'est pourquoi nous avons créé 330 pôles de stages, adaptés aux bassins d'emploi. (M. Jean-Louis Carrère s'en félicite)

M. Jacques Grosperrin. - La seule bonne chose que vous ayez faite !

Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. - Des journées d'accueil et d'intégration en seconde professionnelle auront lieu dès la rentrée prochaine, afin de fixer d'emblée un cadre très structuré. Les expériences en ce sens ont été probantes.

Autre chantier, celui des campus des métiers et des qualifications, qui regroupent des élèves sous statut scolaire ou en apprentissage, par exemple dans le secteur du numérique à Clermont-Ferrand et dans les métiers de la mer à Brest. Nous en avons labellisé dix de plus ce mois-ci, et un appel à projets sera lancé : c'est le moyen de valoriser les atouts d'un territoire, de faire bénéficier les jeunes d'un effet de réseau, et de leur ouvrir des passerelles.

La coopération avec les régions doit se renforcer sur la carte des formations. Je recevrai à partir de demain les présidents de région, pour discuter des 500 nouvelles formations qui devront toutes être consacrées aux métiers de demain, identifiés par France Stratégie, pour lesquelles nous créons 1 000 postes d'enseignants supplémentaires. Il ne s'agira pas seulement de la création de classes de lycée professionnel, mais aussi de sections de technicien supérieur (STS), où des quotas plus élevés de bacheliers professionnels seront imposés dès l'an prochain.

Ceux qui choisissent l'université doivent être accompagnés. C'est pourquoi le dispositif admission post bac (APB) a été amélioré : les voeux sont désormais accessibles aux enseignants et chefs d'établissement qui pourront ainsi en discuter avec les élèves.

Les injustices dont pâtissaient les enseignants de lycée professionnel doivent être corrigées. Une indemnité de 300 euros a été créée à la rentrée 2015, qui sera portée à 400 euros en 2016.

M. Jacques Grosperrin. - Cela sent 2017 !

Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. - En trente ans, le baccalauréat professionnel a beaucoup changé. Nous ne reviendrons pas au baccalauréat professionnel en quatre ans...

M. Jacques Grosperrin. - Très bien !

Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. - ...même si la réforme de 2009 a répondu à une logique purement comptable. Son mérite, cependant, a été de mettre la voie professionnelle sur un pied d'égalité avec les autres voies. En quatre ans, le nombre de bacheliers professionnels a augmenté de 60 %, et le taux de réussite est de 84,6% : preuve que les lycéens professionnels peuvent obtenir leur baccalauréat en trois ans...

Le baccalauréat a d'abord vocation à conduire à l'intégration professionnelle. D'ailleurs, 67 % des bacheliers professionnels ont un emploi trois mois après leur diplôme (M. Michel Canevet le conteste) Reste que la moitié souhaite poursuivre leurs études : ils doivent être accompagnés. C'est le sens des parcours d'excellence, qui concerneront aussi bien la voie générale que la voie professionnelle.

La création du baccalauréat professionnel, il y a trente ans, répondait au besoin de personnel qualifié et ce besoin demeure. L'adjectif « professionnel » désigne une qualité précieuse. Je vous invite donc à nous accompagner dans la valorisation et la modernisation de notre enseignement professionnel. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et républicain)