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Compte rendu analytique officiel du 3 octobre 2018

Réforme du baccalauréat (Suite)

M. Pierre Ouzoulias . - Si l'on ne se contente pas du bilan comptable et lénifiant que la ministre de l'enseignement supérieur a dressé de Parcoursup et que l'on tente une analyse qualitative, il faut entendre les demandes des candidates et des candidats. Ils souhaitent que les résultats du baccalauréat soient mieux pris en compte. Ce diplôme a l'avantage d'être national et anonyme ; il donne les mêmes droits à tous les candidats, quelles que soient leurs origines. Mme Vidal semble avoir entendu cette requête mais elle a annoncé, sans doute à l'issue d'une concertation interministérielle intense, que le calendrier de Parcoursup serait resserré pour que les inscriptions administratives soient réalisées avant la fin juillet. Cela rend matériellement très difficile l'intégration de tous les résultats du baccalauréat dans Parcoursup.

Quel rôle pédagogique et légal le Gouvernement veut-il donner à ce diplôme ? (Applaudissements sur les bancs du groupe CRCE)

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. - Le socle consensuel, c'est que le nouveau bac est conçu comme un tremplin pour la réussite dans l'enseignement supérieur ; nous avons clairement tranché en ce sens. Les notes obtenues au baccalauréat auront un sens pour la suite du parcours, celles obtenues en contrôle continu mais aussi les notes de spécialités qui devront intervenir tôt dans l'année. Nous travaillons sur l'hypothèse d'épreuves au retour des vacances de printemps, cela laisse un délai suffisant pour les prendre en compte dans Parcoursup.

Le désaccord porte sur Parcoursup. Je crois, moi, qu'il représente un progrès incontestable et l'on voit bien toute sa cohérence avec la réforme du bac.

M. Pierre Ouzoulias. - Je vous sais défenseur des langues anciennes. Aussi je vous dirai : Festina lente ! Hâtez-vous lentement ! Il aurait été préférable de penser ensemble réforme du baccalauréat et Parcoursup plutôt que de traiter les dossiers les uns après les autres au risque de l'incohérence. (Applaudissements sur les bancs du groupe CRCE et sur quelques bancs du groupe SOCR)

M. Jacques-Bernard Magner . - À la place des séries S, L et ES qui disparaissent, les lycéens choisiront trois matières principales, appelées « spécialités », puis deux seulement en terminale, qui feront l'objet d'épreuves écrites finales.

Tous les lycées proposeront-ils toutes les combinaisons ou y aura-t-il des triplettes contraintes ? Je crains un décalage entre les ambitions généreuses et la pratique.

Comment informer et conseiller les jeunes dans leur orientation si l'on ne connaît pas le contenu des disciplines que le Conseil supérieur des programmes doit finaliser avant le début de l'année 2019 ? À moins que ce ne soit une pseudo-concertation et que le ministère ait les programmes... Comme l'a bien dit mon collègue Ouzoulias, n'a-t-on pas mis la charrue avant les boeufs en mettant au point Parcoursup avant le nouveau bac ?

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. - Nous allons de l'aval vers l'amont. Nous avons, Mme Vidal et moi, une vision complémentaire. Il y a eu une grande consultation. Sept spécialités sont garanties dans chaque lycée. Leur combinaison est plus large que les séries actuelles. Nous éviterons à la fois la contrainte totale, qui serait une reconduction déguisée des séries actuelles, et la fragmentation complète des choix. La présence de plusieurs lycées sur un même territoire permettra un partage d'options, comme aujourd'hui. (M. François Patriat applaudit.)

Mme Françoise Laborde . - Le ministre de l'agriculture a-t-il pris toute sa place dans la réforme « Blanquer » ? L'enseignement agricole est inquiet. L'agronomie devient une option facultative, alors qu'elle était un enseignement de spécialité obligatoire. Or les titulaires d'un bac S obtenu en lycée agricole se destinent souvent à devenir ingénieurs agronomes.

Le choix de deux spécialités seulement en terminale est également problématique puisque les études supérieures en nécessitent trois. En prépa agro-véto, il faut un niveau élevé en mathématiques, en physique et en SVT.

En outre, la réforme annoncée du bac STAV, seul bac technologique de l'enseignement agricole, ne risque-t-elle pas de s'accompagner d'une baisse des horaires ?

Certes, la double tutelle de l'enseignement agricole ne facilite pas les choses mais comment prendre en compte sa spécificité ? (Applaudissements sur les bancs des groupes RDSE et UC et sur quelques bancs du groupe Les Républicains)

Mme Françoise Férat. - Très bien !

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. - Je ne rate jamais l'occasion de le dire : l'enseignement agricole est un modèle pour l'enseignement général. Il n'y a donc aucune volonté de l'affaiblir ou de le concurrencer. La spécialité « biologie et écologie » est inspirée des séries actuelles des lycées agricoles. Ce nouveau bac, plus modulaire, sera plus souple et plus interconnecté.

La prépa véto est un cas extrême, nous y avons aussi pensé. Les options « Mathématiques expertes » et « Mathématiques complémentaires » permettront aux élèves d'avoir le niveau requis qui est attendu d'eux dans les trois disciplines.

Nous avons travaillé de sorte qu'il n'y ait pas d'angle mort dans le continuum entre lycée et enseignement supérieur.

Mme Françoise Laborde. - Je connais votre attachement à l'enseignement agricole. Merci de vous assurer qu'aucune filière n'a été oubliée et que tous les élèves y auront accès.

Mme Colette Mélot . - Nous ne pouvons que saluer l'objectif de cette réforme. Aujourd'hui, le taux de réussite au bac est de 90 %, mais bien des élèves échouent ensuite dans l'enseignement supérieur. Le convoité « Très bien » est le sésame pour franchir la porte des établissements les plus prestigieux. La vérité est qu'il n'existe plus un bac, mais des bacs.

Il fallait réformer cet examen antique tel que décrit par Sartre. C'est le rôle du grand oral, qui prépare les élèves à des compétences utiles dans leur vie future. Mais il faut y mettre les moyens : formation des enseignants aux techniques oratoires ou encore valorisation de la parole de l'élève pendant les cours. Comment faire pour que le grand oral soit véritablement républicain ?

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. - La réforme du bac aura un impact sur l'ensemble des programmes, jusqu'à la maternelle. Sur le grand oral, la capacité à s'exprimer, lors des dernières assises de la maternelle, l'accent a été mis sur la confiance en soi et la capacité à s'exprimer. L'éducation artistique et culturelle mettra à l'honneur le théâtre. En troisième, il y aura trente minutes de plus de français pour consacrer plus de temps à la maîtrise de l'argumentation. Nous attendons les programmes pour la fin octobre - qui n'ont pas été pré-écrits. J'aurais bien été incapable de rédiger ces centaines de pages ! (Sourires) Si l'oral est discriminant, il faut préparer cette épreuve au plus tôt pendant la scolarité.

M. Stéphane Piednoir . - Le bac est une institution bicentenaire que chaque famille s'est appropriée depuis la massification des années 80. Chacun a ainsi un avis sur sa réforme.

Nous devons aussi écouter la parole des professeurs. Le niveau baisse-t-il ? Nous ne pouvons pas ne pas entendre leur désarroi face à l'échec dans le supérieur des élèves titulaires de ce diplôme.

Les enseignants s'inquiètent de la fin des séries. Si demain les séries S et ES disparaissent, que se passera-t-il pour les classes préparatoires aux grandes écoles de management, dites ECE et ECS, organisées en fonction des baccalauréats obtenus ? Les fusionnerez-vous, pour réaliser au passage de substantielles économies d'échelle, au risque de créer des classes de soixante élèves ?

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. - Nos réformes visent l'élévation du niveau général et la justice sociale - deux faces d'une même médaille, pour que chacun maîtrise les fondamentaux à l'entrée du supérieur. Ainsi le dédoublement des classes dans les REP visait-il les deux à la fois.

Le test de positionnement de début de seconde a été passé par tous les élèves de seconde - les résultats remontent en ce moment même de la France entière - afin de repérer les failles à combler et de déclencher l'aide personnalisée.

Les professeurs d'université et de classes préparatoires nous signalaient un affaissement du niveau, notamment en sciences. C'est ce qui a inspiré nos réformes. Il y a donc une hausse du niveau attendu, une hausse du plaisir et du désir aussi, par des choix plus nombreux et plus ouverts.

M. Stéphane Piednoir. - Vous n'avez pas répondu à ma question sur la fusion des filières. Il importe de préserver la diversité des profils en classes préparatoires et dans les écoles de management et de garantir le niveau des élèves en mathématiques ou en sciences humaines.

Mme Françoise Cartron . - La réforme du bac : on en parle, depuis si longtemps... Enfin, la voici lancée !

Le lycée doit être un tremplin vers la réussite. Aujourd'hui, seuls quatre enfants d'ouvriers non qualifiés sur dix sont bacheliers, et si 80 % des enfants de cadres supérieurs obtiennent un bac scientifique, ce n'est le cas que de 5 % des enfants d'ouvriers non qualifiés. On l'a vu avec la carte scolaire : la vigilance s'impose sur les stratégies des familles, qui peuvent renforcer les inégalités. Le secteur sera le garant de l'équité sur son territoire. Quel budget, quels outils le Gouvernement mobilisera-t-il pour éviter que certains enfants soient défavorisés ou victimes d'un déficit d'information ?

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. - La question est dense. Elle me permet de préciser, pour faire suite à la question précédente, que les enseignants de classes préparatoires réfléchissent à la modernisation du bac. La Conférence des grandes écoles se réunit demain et après-demain.

Nous voulons simplifier et clarifier. Dès la seconde, 54 heures seront spécifiquement consacrées à l'orientation pour éclairer les élèves et les familles. Nous voulons associer les enseignants pour éviter le fonctionnement en silo. La réforme aura l'avantage de supprimer la hiérarchie des filières et d'ouvrir des passerelles pour corriger les erreurs d'orientation.

Mme Sonia de la Provôté . - La question de l'orientation, centrale, doit permettre à chacun de réussir, de choisir son parcours en fonction de ses appétences.

La question de l'information sur les parcours, les options, les filières, leurs débouchés professionnels est donc cruciale. Or un jeune ne sait pas toujours en seconde ce qu'il veut faire après. L'appétence ne suffit pas.

Réformer le bac n'aura de sens que si l'orientation est réformée vite et sans demi-mesure. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe UC ; M. Pierre Ouzoulias applaudit également.)

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. - Vous me demandez de faire vite et bien, monsieur Ouzoulias, de me hâter lentement... Le Gouvernement tient la ligne de crête. Il réfléchit à cette réforme depuis un an : il était difficile de faire mieux.

Vous avez raison : l'orientation est centrale. Dès la sixième, l'orientation sera au coeur. L'instauration d'un second professeur principal au lycée va dans ce sens. J'ai déjà parlé des 54 heures d'accompagnement. Nous travaillons en outre avec les régions et développons des outils numériques. Le site maseconde2018-2019.fr aide aussi les lycéens.

Mme Sonia de la Provôté. - Il faut garantir une information et un accompagnement renforcés pour les deux ou trois générations de bacheliers qui essuieront les plâtres de la réforme.

Mme Maryvonne Blondin . - Le bac est un lieu de mémoire de l'identité française, selon l'historien Pierre Nora.

Nous sommes inquiets face à cette réforme. Les chefs d'établissement n'ont aucune visibilité sur ses modalités pratiques et d'organisation. Quelles seront les modalités de correction ? Les correcteurs seront-ils extérieurs ?

La liberté de choisir des spécialités sera très limitée dans certaines zones, notamment rurales, avec des difficultés de transport. Ne risque-t-on pas de recréer un lycée à deux vitesses ? L'élève deviendra entrepreneur de son parcours. Il devra choisir des spécialités, au risque de pénaliser les élèves des familles les moins favorisées, moins informés sur leur avenir.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. - Comme toute évolution, celle-ci suscite des questions. Mais entretenir les inquiétudes n'est pas constructif. Faisons preuve d'optimisme, dans l'intérêt général, et ne faisons pas semblant de croire qu'il n'y a pas de réponses à ces questions qui sont aussi égrenées par certains syndicats.

Les proviseurs seraient dans le brouillard ? Nous tenons actuellement des réunions d'information très régulières avec eux ; je les rencontre à chacun de mes déplacements, dans toutes les régions de France. Je le fais avec une inspectrice générale qui m'accompagne aujourd'hui au banc des commissaires du Gouvernement Dès janvier, la carte des spécialités sera connue. Beaucoup de choses changent, certes, et c'est heureux, puisque chacun le souhaitait.

L'objectif, je le redis, est de renforcer l'équité territoriale. Les implantations nouvelles constitueront des valeurs ajoutées par rapport à la situation actuelle.

M. Laurent Lafon . - La création des modules de « droit » et d'informatique pose la question de la formation des enseignants. En l'absence de Capes et d'agrégation dans ces matières, les lycées pourront-ils recruter librement dans la société civile des professeurs, qui n'a pas moins de ressources que le Conseil supérieur des programmes ?

Deuxième marge de manoeuvre à offrir aux établissements : le temps de travail. Les horaires des enseignants sont calculés sur une base strictement hebdomadaire. Le temps n'est-il pas venu d'instaurer une annualisation, ce qui serait facteur de souplesse et d'innovation pédagogique ?

Enfin, les établissements ont besoin de souplesse d'organisation, pour s'adapter aux spécificités des territoires. Vous avez repris la proposition de réseau du rapport Mathiot, mais quid de la liberté pédagogique au dernier trimestre ?

Raymond Barre disait qu'il faut « faciliter l'action des autres plutôt que décider à leur place ». Je ne sais si vous feriez vôtre cette citation... La réforme du baccalauréat n'est-elle pas l'occasion de donner plus d'autonomie aux lycées ?

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. - Les citations sont toujours des enrichissements. Raymond Barre, qui était lui-même universitaire, est une bonne référence, et pertinente en l'occurrence.

De la maternelle au collège, les élèves acquerront un socle commun à tous les élèves, de compétences, de connaissance, et de culture. À partir de la seconde, et jusqu'à l'enseignement supérieur, les élèves passent à une autre étape, plus autonome, fondée sur des choix responsables, en étant accompagnés. C'est le sens de la réforme.

Je rencontre régulièrement les enseignants, les proviseurs. Je les ai vus hier à Nancy, je les vois demain à Angers. Il appartient aux lycées de construire leur projet éducatif, afin d'accroître les choix des lycéens. Il est vrai que l'introduction de nouvelles disciplines pose la question des ressources humaines. Leur développement sera progressif.

M. Jacques Grosperrin . - À l'époque de Napoléon, qui l'a créé en 1808, le taux de réussite au bac n'était que de 1 %. L'épreuve orale - de latin et grec - existait déjà. Je suis un farouche défenseur du cycle commun. Je me réjouis de cette réforme qui s'inscrit dans le schéma « bac moins trois, bac plus trois », car on ne peut plus accepter l'échec massif à l'université.

Mais j'ai peur que l'on maintienne des filières déguisées. Il faut aller vite sur Parcoursup. Attention aussi à la proximité des élections professionnelles et aux instrumentalisations, au moment où des suppressions de postes sont annoncées.

Comment comptez-vous rassurer la communauté éducative ?

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. - Je ne veux pas seulement rassurer la communauté éducative mais aussi l'enthousiasmer ! Comme j'ai coutume de le dire aux proviseurs que j'ai rencontrés, cette réforme n'est pas de l'huile de foie de morue mais de la vitamine C ! (Sourires) Elle a été nourrie de nombreux travaux dont les vôtres, précédée d'une vaste consultation, impliquant 40 000 lycéens, puis largement approuvée.

Nous offrons aux lycéens un lycée plus ouvert, avec plus de choix, préparant mieux à l'enseignement supérieur. D'ailleurs les plus déçus sont les élèves de première et de terminale qui ne bénéficient pas de la réforme.

Les professeurs seront sensibles à l'approfondissement des programmes. Nous informons et mobilisons aussi tous les proviseurs. Le rythme de notre action est rapide mais serein.

Mme Claudine Lepage . - La réforme concernera aussi le baccalauréat des Français de l'étranger, dont le taux de réussite est supérieur à 90 %. Il n'est pas rare que les élèves du réseau AEFE maîtrisent trois voire quatre langues à l'issue de leur scolarité. L'enseignement des langues sera-t-il renforcé ?

Ensuite ces élèves ne disposent toujours pas d'un numéro INE - identifiant national des élèves - ce qui les empêche de faire leurs démarches de préinscription depuis l'étranger. (Quelques applaudissements sur les bancs du groupe SOCR ; M. Damien Regnard applaudit également.)

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. - Les lycées français de l'étranger sont très attractifs. Il faut le souligner.

Le rapport Manes-Bonnisseau et Taylor sur l'enseignement des langues vient de m'être remis. Nous voulons aller dans votre sens pour que chaque élève maîtrise deux langues au bac.

La réforme du baccalauréat est une occasion de modernisation. Nous nous inspirons de plusieurs pays, pas seulement de l'Angleterre ou de l'Italie. Le nouveau système modulaire facilitera en conséquence les interactions avec d'autres baccalauréats et valorisera nos baccalauréats binationaux.

À la rentrée 2019, tous les élèves à l'étranger auront un INE.

Mme Claudine Lepage. - Merci pour votre réponse, mais l'absence d'INE sera encore un problème cette année, en attendant la rentrée 2019.

M. Max Brisson . - L'introduction du contrôle continu dans la notation finale aurait pu être considérée comme positive, mais les 40 % dévolus à ce contrôle seront composés aux trois quarts d'épreuves partielles. Il est à craindre que la réforme ne conduise à un étalement du bachotage tout au long de l'année en lieu et place de contrôle continu et ne freine l'innovation pédagogique. Lors de votre audition devant la commission de la culture, le 4 juillet dernier, vous aviez déclaré : « le risque de bachotage est réel, il a été identifié et un travail est fait pour l'éviter. » Quels travaux avez-vous conduits pour le réduire ?

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. - Les dispositions prises garantissent l'objectivité - avec les banques de sujets nationaux - et la simplicité - avec la souplesse laissée aux établissements.

Cette organisation des épreuves n'est pas du bachotage continu, qui est d'ailleurs un oxymore : c'est comme la ville à la campagne ! Il s'agit bien d'un travail continu, étant entendu que l'évaluation régulière garantit l'acquisition des connaissances. C'est ce que nous voulons en première et en terminale : un travail continu et serein tout au long de l'année.

Cela n'exclut pas l'innovation pédagogique, au contraire. J'attends à ce titre que le Conseil supérieur des programmes donne du sens à cette structuration trimestrielle.

M. Max Brisson. - Une épreuve toutes les sept semaines, c'est bien du bachotage continu ! Vous avez reculé devant les organisations syndicales et repoussé, hélas, les propositions du rapporteur Mathiot. Vous n'avez pas répondu à ma question sur la liberté pédagogique et l'autonomie des professeurs !

Mme Laure Darcos . - Nul ne nie que le baccalauréat soit à bout de souffle. Tout plaidait pour une réforme de grande ampleur. Elle appelle une refonte des programmes, vous avez d'ailleurs saisi le Conseil supérieur des programmes. J'ai confiance en Souad Ayada, sa présidente. Mais le processus est long et j'espère que les tensions internes au Conseil ne ralentiront pas le rétro-planning.

Nul n'ignore en effet l'enjeu du livre scolaire, premier outil de mise en oeuvre de la réforme. Or les manuels scolaires papier sont financés par les régions. Le coût total de la réforme sera élevé : pour l'équipement complet des élèves des voies générale et technologique sur deux ans (2019 et 2020) et trois niveaux (seconde, première et terminale) il s'élèverait à plus de 300 millions d'euros. Par exemple, la région Ile-de-France devrait débourser 30 millions d'euros !

À quelle date les programmes définitifs seront-ils connus et les ressources pédagogiques communes des éditeurs, parents, élèves ?

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. - Je tiens à préciser, pour M. Brisson, que si je reculais devant les organisations syndicales, cela se verrait et se saurait ; nous ne serions pas là pour débattre de la réforme du baccalauréat ! Le rapport Mathiot ne recommandait pas 40 % de contrôle continu sur le bulletin. La part de contrôle continu que nous avons introduite marque une avancée très intéressante.

Quant aux manuels scolaires, il y a des problèmes structurels qui ne sont pas liés à la réforme du baccalauréat. Mais le rythme de la réforme sera tenu et le Conseil supérieur des programmes fait bien son travail ; c'est peut-être ce qui agace certaines personnes. Fin octobre, les programmes élaborés par les groupes de travail seront rendus publics et feront l'objet d'une consultation. Les éditeurs sont déjà en contact avec le Conseil supérieur des programmes. Certaines équipes sont au travail. Cela oblige à une certaine rapidité, mais pas davantage que lors de réformes précédentes.

Le financement est aussi transformé. Les dépenses régionales devront être considérées comme un investissement et l'occasion d'innover - tant pour les ressources numériques que papier.

Mme Vivette Lopez . - Si la réforme du bac va dans le sens de la modernité, il faut reconnaître que le bac reste considéré comme une garantie de réussite. Or la politique des 80 % de réussite est allée de pair avec une baisse de la valeur du diplôme. Un bac plus sélectif lui rendrait sa vocation première. Les pratiques de notation du bac ne sont pas étrangères à sa démonétisation, non plus que les phénomènes de triche.

Michel Fize, dans Le Bac inutile, a raison de dire que les bacheliers sont les grands bernés de la République. Le bac est couteux pour la nation et, dans de nombreux pays, les entreprises recrutent sur des tests psychotechniques, on admet à l'enseignement supérieur sans conditions de diplôme et cela se passe très bien ensuite...

Mme la présidente. - Votre question ?

Mme Vivette Lopez. - Comment rendre à l'examen son exigence ?

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. - La réforme vise à répondre à ces interrogations. Il s'agit, pour les lycéens, de combiner le sens de l'effort et le plaisir, le désir d'apprendre. Nous prenons la voie de la sincérisation du bac, de l'authenticité. On le sort de l'artificialité, celle des séries et du bachotage.

Nous l'objectivons aussi, en renforçant la cohérence entre le diplôme et les attendus de l'enseignement supérieur. Les corrections ont dès lors vocation à être plus sincères à compter de 2021.

M. Olivier Paccaud . - Un nouveau bac va donc s'extraire de la chrysalide que vous avez façonnée... Quelques esprits anciens auront peut-être la nostalgie d'un âge d'or, ce temps pas si lointain où bien peu de nos concitoyens pouvaient accéder à cette acropole lycéenne. Certains estiment que le bac est quasiment donné, ce qui est difficile à entendre pour les néo-bacheliers qui ont travaillé avec coeur et abnégation pour l'obtenir.

L'harmonisation de la notation, opaque, voire obscure, suscite des interrogations. Les inspecteurs de l'Éducation nationale donneraient des consignes d'harmonisation à la hausse ! Plus de transparence serait souhaitable. Le sénateur Jacques Legendre écrivait dans un rapport il y a dix ans que ces pratiques affaiblissaient la valeur du bac ! Donnerez-vous des consignes de clarté, monsieur le ministre ?

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. - Nous allons, je le répète, dans le sens de l'authenticité et de la sincérité. Nous verrons lorsque le nouveau bac sera mûr ; ne caricaturons pas pour autant les pratiques actuelles. Une harmonisation est nécessaire pour créer de l'objectivité et plus de justice entre les différents jurys. Il peut y avoir parfois des phénomènes ascensionnels qui n'ont jamais recueilli pleinement mon assentiment.

Les 80 % incluent tous les baccalauréats, généraux, technologiques, professionnels. Il est souhaitable que la plus grande part possible de nos enfants accède au bac. C'est même normal dans un pays moderne comme le nôtre. Sans céder à la nostalgie, souhaitons qu'au XXIe siècle, le plus grand nombre obtienne un des multiples bacs existants.

Renforcer le contrôle continu crée une objectivité, une authenticité de terrain : on peut s'attendre à une remontée du niveau.

M. Olivier Paccaud. - Monument historique, le bac est délicat à réformer. En cas de baisse du taux de réussite, on ne sait jamais, j'espère que vous ne retomberez pas dans ces travers. Nos enfants ont besoin d'être bien formés, pas d'être bercés par de fausses vérités.

Mme Catherine Morin-Desailly, présidente de la commission de la culture . - Merci à tous de vous être pliés aux contraintes de l'exercice, par nature frustrant - deux minutes, c'est bref.

Nous défendons tous la réussite de nos enfants et sommes, particulièrement au Sénat, soucieux d'équité territoriale en métropole comme en outre-mer.

Nous restons attentifs aux questions de calendrier. Nous l'approfondirons avec Mme Vidal, que nous auditionnerons le 9 octobre pour un bilan de Parcoursup.

D'autres points sont restés en suspens : les conséquences pour les classes prépas, l'autonomie des établissements.... Nous vous adresserons les questions complémentaires, monsieur le ministre.

Ce débat aurait dû se tenir avant la prise des décrets, si l'agenda parlementaire n'avait pas été si contraint...

Nous reviendrons également sur les enjeux budgétaires, la scolarisation des tout-petits, et la réflexion sur les enseignements, qui doivent être approfondis. (Applaudissements sur les bancs des groupes UC, Les Républicains et LaREM ; M. Martial Bourquin applaudit également.)