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L’exécution le jeudi 7 décembre 1815

La mort du maréchal Ney par Jean-Léon Gérôme (1868), domaine public, via Wikimedia Commons

 

 

Cette matinée du jeudi 7 décembre 1815 est humide et brumeuse.

Le maréchal est vêtu d’une redingote bleue, d’un gilet noir, d’une culotte courte et de bas de soie noire, et ne porte aucune décoration : il n’est donc pas nécessaire de le faire dégrader.


Le lieutenant-général de l’Espinois charge le général comte de Rochechouart d’exécuter l’arrêt de la Chambre des pairs. Le départ du palais du Luxembourg a lieu à 8h30. Faisant encore preuve d’humour et sang-froid,  le maréchal dit au curé lorsqu’il monte dans la voiture : « Montez, je vous prie, monsieur le curé. Tout à l’heure, je passerai le premier. »

 

 

L’exécution du maréchal, ses réhabilitations et sa postérité

 

Deux lieutenants de gendarmerie montent avec eux. La voiture est encadrée par cent trente gendarmes formant une file de chaque côté, suivis de Rochechouart et La Rochejaquelein, d’une compagnie de vétérans sous-officiers, du peloton d’exécution et d’un escadron de la garde nationale. Les mesures de sécurité sont appliquées tout au long du parcours jusqu’au lieu de l’exécution,  gardé secret, tant l’on craint des troubles.

Le trajet est très court (trois cents pas de la grille du jardin du Luxembourg). Le lieu de l’exécution n’est pas le lieu habituel, la plaine de Grenelle, où fut exécuté Charles de La Bédoyère, ce qui ne manque pas d’étonner le maréchal.

Il est situé entre l’entrée de l’avenue de l’Observatoire et la grille du jardin du Luxembourg, le long du mur d’un enclos. Dans le Paris d’aujourd’hui, le lieu de l’exécution est situé à l’emplacement de la station RER Port-Royal.

Ney remet au curé une tabatière pour son épouse et quelques louis pour les pauvres de Saint-Sulpice. Les troupes sont rassemblées et formées en bataillon carré, un public de curieux est également présent (environ deux cents personnes dont des pairs de France, des généraux, des officiers de toutes nations, et une majorité constituée d’ouvriers…)  Rochechouart désigne M. de Saint-Bias, officier d’origine piémontaise, pour commander le feu. Ney refuse de se mettre à genoux et d’avoir les yeux bandés, et déclare ainsi : « Ignorez-vous que depuis vingt-cinq ans, j’ai l’habitude de regarder en face les boulets et les balles. » Restant très calme et digne, plaçant la main sur son cœur, il dit : « Français, je proteste contre mon jugement… mon honneur… »

Celui qui a passé sa vie sur les champs de bataille et qui n’a pas réussi à se faire tuer à Waterloo meurt de onze  balles françaises dont six dans la poitrine. On entend alors un roulement de tambour et les cris de « Vive le Roi ! »

Rochechouart commentant l’exécution à La Rochejaquelein  dit : « Voilà, mon cher ami, une grande leçon pour apprendre à bien mourir. »  Au même moment, la maréchale est toujours en train d’attendre son audience auprès du roi  aux Tuileries, pour obtenir sa grâce. Elle n’obtient ni l’une ni l’autre et le duc de Duras, premier gentilhomme du roi, vient lui annoncer après l’exécution : « Madame, l’audience que vous sollicitez serait maintenant sans  objet. »

Conformément aux dispositions de la loi de 1793, le corps reste exposé pendant quinze minutes sur le terrain, pendant lesquelles deux incidents se produisent : le premier est dû à un Anglais à cheval qui a sauté par-dessus le cadavre puis s’est enfui ; le second vient d’un général russe en uniforme et à cheval qui est venu contempler l’exécution du maréchal.Ney à l'Hospice de la Maternité, extrait de la collection Pixérécourt.


Son avocat, Pierre-Nicolas Berryer, relate dans ses Souvenirs de M. Berryer que : « Le mur qui était en construction et ses débris furent bientôt recouverts de son sang ; la foule empressée se précipita pour en recueillir les moindres traces, avec la même ardeur que s’il se fût agi des morceaux de la vraie croix (…) »

Le corps est ensuite transporté dans un hospice proche, l’hospice de la Maternité, où il est remis aux sœurs de la Charité. Selon un rapport de police, de nombreuses personnalités sont venues le voir : pairs de France, généraux, officiers, ambassadeurs… Dès le lendemain matin, son corps est déposé dans un cercueil de plomb et un de chêne. Il est ensuite enterré au cimetière du Père-Lachaise dans une tombe très simple (une dalle posée au sol).

Symboliquement, cette exécution met un terme définitif à la Révolution, l’Empire et la période des Cent-Jours, mais pas au souvenir du maréchal Ney.