Intervention de M. Jean-Louis CASTELNAU, délégué général du CIAN

M. Jean-Louis CASTELNAU. - Je vous adresse les excuses du Président Prouteau, retenu par une réunion très importante, concernant notamment les épreuves de son fameux rapport annuel sur les entreprises françaises et l'Afrique, que beaucoup d'entre vous connaissent déjà. Il regrette très sincèrement de ne pas être parmi vous, je le déplore également. Ceci dit, j'essaierai de répondre aux attentes des investisseurs étrangers.

Je partage tout à fait les opinions du Président Vilgrain sur les sujets importants qu'il a abordés. Je vais essayer de compléter le tableau. Comme il s'agit d'un colloque sur l'Afrique francophone, mes propos s'adresseront à la fois au Gouvernement français et aux États africains.

En France nous attendons une volonté politique plus affirmée en faveur de l'Afrique et un dispositif d'appui aux investisseurs, plus incitatif, plus coordonné, et donc plus performant.

Je m'explique. En ce qui concerne la volonté politique plus affirmée en faveur de l'Afrique, nous attendons à tous les niveaux de l'État un message politique fort et déterminé en faveur de l'intérêt économique et commercial que représentent pour la France l'Afrique et les pays du champ.

Il ne s'agit pas d'un voeu pieux. A cela trois raisons :

1) la France est le premier partenaire du continent africain avec plus de 20 % de parts de marché à l'exportation devant l'Allemagne, les États-Unis, l'Italie et le Japon ;

2) l'Afrique représente encore aujourd'hui, qu'on le veuille ou non, le troisième marché du Commerce extérieur de la France, devant l'Asie, l'Europe de l'Est, l'Amérique Latine et le Japon.

3) L'arrivée sur le continent de nouveaux concurrents est à prendre au sérieux, je pense notamment aux États-Unis, à la Grande-Bretagne, à l'Inde, au Japon et à l'Afrique du Sud.

Par conséquent, ces trois raisons engagent publiquement le Gouvernement français à prendre une position volontariste sur le développement et le lien de la France avec l'Afrique.

Malheureusement les propos officiels aujourd'hui ne reflètent pas suffisamment cette donnée de base. Nous avons besoin de propos mobilisateurs, et il nous faut nous sentir non seulement accompagnés, mais également encouragés. Premier message.

Deuxième message, nous avons besoin d'un dispositif français d'appui aux investisseurs plus incitatif, plus coordonné et plus performant.

En ce qui concerne la coopération et le groupe de la Caisse Française de Développement (CFD), nous assistons à une trop grande multiplicité de l'aide française, et nous souhaitons pouvoir disposer d'un guichet unique, pour une meilleure productivité et une meilleure efficacité du système. Tout le monde y trouvera son compte.

Nous devons cependant, à ce stade, rendre hommage non seulement au ministère de la Coopération qui va organiser un colloque le 30 octobre prochain sur la relance de l'investissement et du secteur privé en Afrique, mais également au groupe de la CFD, qui oeuvre en faveur de la relance de cet investissement en Afrique, malgré les contraintes et les pesanteurs auxquelles ils peuvent être soumis.

Cela dit, nous avons besoin au niveau des courroies de transmission du groupe de la CFD en Afrique, d'interlocuteurs avec une plus grande mentalité d'entrepreneurs et une moins grande préoccupation administrative.

Concernant la COFACE, nous attendons un système de garantie moins frileux. Le rapport qu'elle a publié en juin dernier brille par son pessimisme. L'atlas des risques présenté à cette occasion devrait en toute bonne logique détourner les investisseurs français du continent africain. Il ne tient pas compte notamment des possibilités que l'approche de ces marchés peut ouvrir à moyen terme à des investisseurs ou à des commerçants actifs.

Nous attendons que la COFACE puisse procéder à l'analyse des risques par pays, par dossier et par nature de risque. C'est une notion importante.

Cela étant, notons de façon positive que la COFACE n'est pas fermée aux pays de la zone franc, et que les dossiers sont examinés cas par cas.

Maintenant qu'attendons-nous des États Africains ? Permettez-moi de vous parler franchement. J'étais Directeur de l'Air Liquide pour l'Afrique, le Proche et le Moyen-Orient, c'est donc un continent que je connais bien et que j'aime.

D'abord, un véritable assainissement, je n'ose pas dire une moralisation des économies africaines, afin de rétablir un vrai climat de confiance. Le ministre y a fait allusion tout à l'heure.

Ensuite, un respect des engagements de l'État, qui doit montrer l'exemple et sans lequel on ne retrouvera pas le climat que je viens d'évoquer, un respect des contrats et des conventions signés, également des paiements contractuels.

Enfin, une meilleure visibilité à moyen terme du contexte économique des pays d'accueil, et notamment une meilleure lisibilité des politiques et des programmes économiques, notamment des lois de finances.

Je pense que les États africains doivent, au lieu d'offrir un menu à la carte et multidimensionnel, se focaliser sur quelques axes prioritaires de développement sectoriel sur lesquels ils veulent effectivement avancer et mettre au point un dispositif adapté à la motivation des investisseurs étrangers.

Ne nous dispersons pas, concentrons-nous sur un, deux, trois programmes sectoriels, et nous verrons repartir le partenariat évoqué tout à l'heure.

Il faut une législation du travail plus flexible à la fois sur le plan de l'embauche et du licenciement, une pression fiscale moins forte, mieux équilibrée, plus juste.

Je pense que vous n'ignorez pas qu'aujourd'hui l'Afrique est une des régions dans lesquelles la fiscalité des personnes physiques et des sociétés est l'une des plus élevées du monde.

En conséquence, si l'Afrique doit se tourner vers l'économie mondiale et la Communauté économique internationale, elle se doit également sur ce plan de revenir à des standards internationaux, et alors les investisseurs reviendront accompagner le mouvement.

En corollaire je signale rapidement la réglementation douanière, qui doit être plus rigoureuse afin d'éviter le problème des importations sauvages et à la limite frauduleuses.

Ceci passe tôt ou tard, d'une manière ou d'une autre, par une réforme du système fiscal africain, et vous avez la chance d'appartenir à deux zones, cela facilite déjà le processus grandement par rapport à d'autres grandes régions du monde.

Enfin, un système bancaire efficace et fiable. Je ne m'étends pas sur le sujet, je voudrais cependant signaler deux ou trois points, la sous-bancarisation, mais aussi la sur-bancarisation dans certains pays.

Les investisseurs étrangers souhaitent disposer de banques fortes, capables d'assurer la sécurité de leurs opérations et la pérennité de leur présence, et d'offrir en même temps une gamme suffisante des services dans un contexte concurrentiel.

Pour cela il faut que les conditions d'exercice et les contraintes héritées du passé des activités bancaires et financières soient réellement libéralisées, et que les banques disposent d'une véritable autonomie de gestion ; que soient développés les établissements de capital-investissement, des établissements complémentaires de financement à long terme et par filière de type crédit agricole, logement, etc ; les fonds de garantie, je n'y reviens pas ; et une meilleure maîtrise du secteur informel - c'est important - par une réintégration progressive et non brutale dans le secteur formel grâce à une fiscalité adaptée, suffisamment souple et flexible.

Sans parler, bien sûr, de la taille critique des marchés, élément absolument indispensable qui a fait le succès notamment des investisseurs étrangers dans le sud-est asiatique : les marchés disposaient d'une population avec une taille critique, permettant un retour sur investissement rapide.

Je voulais compléter le propos du Président Vilgrain. Il a dit "la zone franc à elle seule représente à peu près 100 millions d'habitants". Le Nigeria, qui représente à lui seul l'ensemble de tous les PNB de la zone franc a également 100 millions d'habitants.

Si vous voulez avoir un équilibre -vous connaissez la voracité de votre voisin qui, par ailleurs, montre un dynamisme des affaires important- dans cette partie de l'Afrique, et constituer un contrepoids économique, paisible et pacifique, l'intégration régionale est indispensable.

(applaudissements)

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