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Changement climatique : les incidences sur les îles du Pacifique

17 juillet 2015 : Changement climatique : les incidences sur les îles du Pacifique ( rapport de groupe interparlementaire d'amitié )

Rapport de groupe interparlementaire d'amitié n° 128 de Mme Catherine PROCACCIA - 17 juillet 2015


Groupe interparlementaire d'amitié France-Vanuatu-Iles du Pacifique(1(*))

CHANGEMENT CLIMATIQUE :

LES INCIDENCES SUR LES ÎLES DU PACIFIQUE

Actes du colloque du 9 juin 2015

Palais du Luxembourg

Salle Monnerville

OUVERTURE

Message du Président du Sénat, M. Gérard LARCHER

lu par Mme Catherine PROCACCIA, Présidente du groupe d'amitié France-Vanuatu-Iles du Pacifique du Sénat

Monsieur le Président de la République des Palaos,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et représentants des ambassades,

Chers collègues,

Mesdames et Messieurs,

Je suis particulièrement heureux de l'organisation ce matin, au Palais du Luxembourg, d'une grande manifestation entièrement consacrée aux incidences du dérèglement climatique sur les îles du Pacifique.

Le présent colloque offre ainsi une tribune à ceux qui réfléchissent et agissent actuellement pour sensibiliser l'opinion sur « l'urgence climatique », dans une région du monde dont on ne parle que trop rarement alors qu'elle est parmi les plus exposées de la planète aux effets du changement climatique.

Comme vous le savez, ce sujet figure au premier rang des priorités du Sénat en 2015. Le 28 mai dernier, j'ai présenté, avec M. Hervé Maurey, Président de la commission de l'Aménagement du territoire et du Développement durable, et M. Jérôme Bignon, Président du groupe de travail relatif aux négociations internationales sur le climat et l'environnement, les grandes orientations de l'action du Sénat en vue de la Conférence Paris Climat de décembre prochain.

J'ai en effet souhaité que toutes les instances de notre assemblée, les commissions, les délégations bien sûr, mais également les 80 groupes interparlementaires d'amitié, soient mobilisés pour contribuer à la réussite des négociations.

Je remercie donc tout particulièrement Mme Catherine Procaccia et les sénateurs membres du groupe d'amitié France-Vanuatu-Îles du Pacifique d'avoir pris l'initiative, avec la Délégation de la République des Palaos auprès de l'UNESCO, de cet ambitieux colloque.

Je salue le Président Tommy Remengesau qui nous fait l'honneur et l'amitié d'être présent aujourd'hui pour nous faire entendre la voix des États insulaires du Pacifique. Nous avons encore en mémoire les ravages du cyclone Pam sur la Vanuatu en mars dernier ou du typhon Maysak qui s'est abattu en avril sur la Micronésie.

La Conférence de Paris que nous préparons sera un événement politique considérable puisque des délégations du monde entier et près de 40 000 personnes sont attendues pour parvenir à un accord de portée mondiale et juridiquement contraignant, afin de limiter les effets du réchauffement climatique et de le contenir dans la limite de 2°C d'ici la fin du siècle.

Le processus prend place sous l'égide des Nations Unies et, pour l'essentiel, est intergouvernemental. Mais l'ensemble des Parlements, et le Sénat en particulier, entendent bien jouer leur rôle dans la préparation de cette conférence car ce sont les Parlements qui auront ensuite la tâche de décliner, au niveau national, les accords qui seront négociés au niveau international.

Le Sénat entend donc mener une politique très active d' « éclaireur » sur les enjeux de la Conférence de Paris, à destination de nos concitoyens mais aussi des personnalités de tous pays accueillies ou rencontrées au Sénat.

Le Président Hervé Maurey vous exposera tout à l'heure le volet parlementaire de la Conférence Paris Climat 2015, placé sous l'égide de l'Union interparlementaire, puisque c'est lui qui en sera le rapporteur le 6 décembre 2015.

Mais la déclaration finale n'est pas une fin en soi : elle doit être le début d'un processus. C'est pourquoi pour nourrir nos réflexions, j'ai souhaité qu'une plateforme spécifique soit mise en place sur le site Internet du Sénat.

J'incite chacun et chacune d'entre vous à nous faire part de ses analyses et à nous adresser des contributions. Chacun doit saisir cette opportunité d'enrichir les travaux parlementaires.

Le présent colloque constitue une excellente occasion et je vous remercie !

Je vous souhaite de fructueux travaux au long de cette matinée d'échanges et nous espérons tous qu'ils seront riches et constructifs.

M. Tommy REMENGESAU, Président de la République des Palaos

Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs,

Tout d'abord, je tiens à remercier la Présidente, Madame Catherine Procaccia pour l'organisation de ce colloque. Je suis également heureux que M. Vladimir Ryabinin, Secrétaire exécutif de la Commission océanographique intergouvernementale, sous-directeur de l'UNESCO, soit présent. C'est un honneur et un privilège d'être ici, de rencontrer les membres du Sénat français, ainsi que des ambassadeurs du Pacifique et d'être ensemble, amis et enfants de l'Océan, tous autant que nous sommes.

Premièrement, j'apporte un message d'enthousiasme. Il y a un réel engouement au sein des îles du Pacifique, tous les regards sont tournés vers Paris qui accueillera la COP21. La communauté du Pacifique et le monde ont de grandes attentes quant au succès de cette conférence et à la manière dont nous traitons le sujet de l'impact des changements climatiques.

Je ne pense pas avoir besoin de consacrer de longs développements à ce qui se passe dans le Pacifique : le changement climatique a déjà eu des incidences importantes dans notre quotidien, nos économies, notre culture et notre mode de vie. C'est le cas avec le récent cyclone qui a causé de nombreux dégâts au Vanuatu et dans les États fédérés de Micronésie. Aux Palaos, nous avons subi, il y a deux ans, les typhons Bopha et Haiyan qui se sont succédé. Je pense que la plupart d'entre vous avez vu leurs ravages sur les Philippines. Mais vous n'avez rien lu sur les Palaos, alors que les mêmes cataclysmes nous ont frappés.

La vulnérabilité, la situation délicate des îles du Pacifique, nous rendent plus déterminés et attachés à travailler avec la communauté internationale afin de trouver des réponses au changement climatique. L'Union européenne, en particulier la France, a été moteur en matière de partenariat avec les îles du Pacifique et plus précisément avec les petits États insulaires du Pacifique pour combattre les effets du dérèglement climatique. Je remercie Madame Procaccia, les sénateurs ainsi que la France pour leur solide leadership. Grâce à leur soutien, des partenariats ont été établis en matière d'énergies renouvelables qui sont très importants pour le développement durable dans les îles du Pacifique.

Aujourd'hui, je voudrais évoquer une question importante sur laquelle nous pouvons tous nous entendre. Il s'agit de la nécessité de mettre l'océan au coeur des Objectifs du Millénaire pour le développement des Nations Unies. Concrètement, la COP21 doit aborder les objectifs et les défis de l'océan, non seulement par rapport au mode de vie des peuples du Pacifique mais à l'échelle du monde entier.

Beaucoup de gens ne voient en nous que des petits États insulaires mais nous sommes aussi des États avec un immense océan qui les entoure. Il ne faut donc pas se concentrer seulement sur les petits territoires mais sur les grands océans et surtout sur ce qu'ils apportent, non seulement aux populations du Pacifique mais aussi à la communauté internationale, en termes de qualité de vie ou de ressources marines.

C'est la raison pour laquelle les petits États insulaires en développement sont intervenus de manière si forte dans les négociations et ont demandé aux scientifiques, politiciens, ONG et à tous les partenaires concernés de faire avancer les programmes de travail sur l'océan. J'entends souvent dire que nous devrions mieux gérer nos attentes pour la COP21. C'est en effet un vrai défi mais j'espère que nous pourrons réellement faire des progrès, fixer des objectifs réalistes et avoir des indicateurs de progression vers ces objectifs. Écrire sur le papier ces choses n'est pas suffisant, il faut s'assurer que ces buts sont réalisables et poursuivis dans les faits. Cela implique non seulement l'échelon national mais aussi les villes, les villages, les petits et les grands États de manière égale.

Madame la Présidente, mon dernier message aujourd'hui est qu'il est nécessaire de s'assurer que les questions relatives au changement climatique et à l'océan ne soient pas traitées séparément, ces sujets doivent être considérés ensemble. L'une des actions de résilience que nous menons dans le Pacifique est la promotion d'aires maritimes protégées. C'est pourquoi les mesures de conservation sont très importantes pour des pays comme les Palaos. Nous avons pris l'initiative de déclarer l'ensemble de notre zone économique exclusive, qui couvre 600 000 kilomètres carrés - à peu près la taille de la France -, « sanctuaire marin national ». Il n'y aura pas de pêche commerciale et nous allons nous concentrer sur l'écotourisme. 80 % de cette zone économique exclusive seront déclarés zone interdite aux prélèvements et les 20 % restants seront dédiés à la sécurité alimentaire de nos habitants et au développement de l'écotourisme.

Le développement durable ne peut fonctionner que lorsque les zones maritimes sont protégées, comme cela a été prouvé par le passé. Et il y a des retombées positives dans d'autres domaines dès lors qu'une certaine zone est protégée : la biodiversité et les ressources maritimes se régénèrent et cela rejaillit sur d'autres aspects comme les migrations halieutiques. De nombreux petits États insulaires en développement se sont fixé pour objectif de protéger de 10 % à 30 % de leur zone économique exclusive, selon les pays, et pour les Palaos, c'est d'emblée 80 %.

Je saisis cette opportunité pour vous remercier à nouveau des efforts et partenariats que nous entretenons, comme une réelle équipe, pour trouver des solutions au dérèglement climatique qui affecte le monde. Je vous remercie chaleureusement pour le leadership qu'assure la France et pour l'organisation du présent colloque qui nous permettra de traiter de ces sujets importants.

Mme Catherine PROCACCIA, Présidente du groupe d'amitié France-Vanuatu-Iles du Pacifique

Monsieur le Président de la République,

Monsieur le Président de la commission du Développement durable,

Messieurs et Mesdames les Ambassadeurs,

Mes chers collègues parlementaires,

Mesdames et Messieurs,

En tant que Présidente du groupe interparlementaire d'amitié France-Vanuatu-Iles du Pacifique, je me félicite de la tenue aujourd'hui au Sénat de ce colloque international consacré à la situation particulière des États insulaires du Pacifique confrontés aux effets du dérèglement climatique.

Ce sujet est suffisamment grave et sérieux pour nous mobiliser face à une véritable « urgence climatique », je crois que le mot n'est pas trop fort.

Je suis heureuse de cette initiative conjointe avec la délégation des îles Palaos auprès de l'UNESCO et de votre engagement personnel, Monsieur le Président de la République. Je tiens à remercier toutes les personnalités qui ont accepté de venir ce matin partager leurs analyses et le public qui s'est déplacé pour participer à ces échanges.

En guise d'introduction, je voudrais vous faire part de quatre observations.

Je souhaite tout d'abord vous présenter en quelques mots le groupe d'amitié que je préside depuis quelques mois mais dont je suis membre depuis de nombreuses années, notamment auparavant en tant que Présidente déléguée pour la Papouasie-Nouvelle-Guinée, un pays particulièrement inconnu des Français en règle générale.

La zone géographique du groupe d'amitié est très vaste puisqu'elle couvre 17 États et territoires du Pacifique. Cette partie du monde se caractérise à la fois par son immensité, un tiers de la surface de la terre, largement recouvert d'eau, et par sa diversité puisque toutes les types de reliefs y sont représentés, depuis les îles plates d'origine corallienne - affleurant à quelques centimètres au-dessus de l'eau - jusqu'aux îles volcaniques. Il faut signaler aussi la dimension de l'éloignement des grands continents, de l'Amérique et l'Asie, et pour nous encore plus loin de l'Europe. Ceci ne facilite pas nos échanges même si, comme le reconnaissent les deux grands États de la région, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, la France est aussi une puissance du Pacifique, grâce à ses collectivités territoriales de Polynésie, de Nouvelle-Calédonie et de Wallis et Futuna.

Je salue ici la présence de notre collègue Hilarion Vendegou, sénateur de la Nouvelle-Calédonie, et je salue également la présence de Robert Laufoaulu, sénateur des Iles Wallis et Futuna, qui se sont rendus à Paris spécialement pour ce colloque.

Le groupe compte actuellement une trentaine de membres, particulièrement sensibilisés aux problématiques environnementales, géostratégiques ou encore économiques de cette région.

Nos activités sont naturellement tournées vers le Pacifique. Nous accueillons régulièrement des personnalités : très récemment, le nouvel ambassadeur de France à Port Vila, une semaine seulement avant le cyclone Pam ; nous avons aussi accueilli en 2013 une délégation micronésienne, et je salue ici la présence parmi nous de deux députés des États fédérés de Micronésie. Il y a deux ans, la délégation de Micronésie était venue accompagnée comme aujourd'hui par son directeur législatif, M. Lam Dang, avec lesquels nous maintenons des contacts réguliers malgré l'éloignement de la Micronésie. Le groupe a eu aussi l'occasion de faire des déplacements et j'ai eu pour ma part le plaisir de me rendre aux îles Marshall, aux îles Salomon, au Vanuatu, dans le cadre d'un périple d'une semaine : nous avons donc fait des « sauts de puce » d'une journée et demie ou deux dans ces îles. Mais cela nous a permis quand même de nous rendre compte de la réalité qui, vue de Paris, n'est pas toujours bien comprise.

Nous travaillons en étroite coordination naturellement avec le Quai d'Orsay et plus précisément, avec la mission Océanie conduite par M. Olivier Barrat et notre ambassadeur que je salue, M. Christian Lechervy, Secrétaire permanent de la France pour le Pacifique, avec qui nous avons eu récemment un entretien absolument passionnant à la fois pour parler du Pacifique et de l'Indonésie.

Je n'entrerai pas dans le détail, face à nos éminents spécialistes, mais je voudrais attirer votre attention sur un constat que nous avons pu vérifier sur place. Les habitants des îles du Pacifique sont parmi les populations les plus gravement menacées dans leur vie quotidienne et dans leur identité même. Les îles du Pacifique, qui ne sont responsables que de 0,03 % des émissions de carbone mondiales, sont en effet les premières victimes du réchauffement climatique en raison de leur contexte géographique et topologique.

Chacun le sait : la région est déjà particulièrement exposée aux risques naturels, nous l'avons hélas constaté une nouvelle fois avec les cyclones Pam et Maysak qui se sont abattus au début de cette année. M. David Sheppard, Directeur général du Programme régional océanien pour l'environnement (PROE), qui s'est rendu récemment en France, a confirmé qu'il fallait s'attendre à une augmentation des cyclones de catégorie 5 dans la région. De plus, la variabilité du climat, la fréquence et l'intensité accrues des tempêtes ont aussi des conséquences négatives.

Avec l'élévation du niveau de la mer qui est une réalité pour les atolls de faible altitude, la question de l'existence physique et du maintien des habitants sur leurs terres est posée, à l'image des îles Carteret, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, qui culminent à 1,20 mètre au-dessus de la mer.

Le changement climatique a donc de multiples enjeux. Ils sont bien entendu de nature environnementale avec la menace pour la biodiversité - notre seconde table ronde évoquera notamment l'intrusion de l'eau salée, la dégradation des habitats terrestres.

Ils sont économiques : la perte de terres fertiles et d'infrastructures a des effets négatifs sur l'agriculture et du secteur touristique.

Ils sont également sociaux avec la destruction d'établissements humains, la migration forcée et l'apparition des premiers réfugiés climatiques, la perte de moyens de subsistance, l'accès difficile à l'eau douce, qui ont des effets négatifs sur la santé des habitants.

Tous ces sujets essentiels seront évoqués ce matin.

Mais nous avons souhaité avoir en outre une réflexion sur la croissance. Les habitants aspirent au développement économique mais les îles restent dépendantes des énergies fossiles. En effet, malgré le fait que ces États soient des territoires propices au développement des énergies renouvelables, celles-ci sont peu utilisées.

Comment concilier ces aspirations diverses ? Comment envisager l'avenir sur ces îles ?

Troisième remarque, il me semble que l'on voit apparaître une prise de conscience internationale. Les dirigeants et les populations des pays concernés ont accompli de réels efforts mais les progrès obtenus à ce jour ont porté plutôt sur la sensibilisation du public. Or aujourd'hui les États, comme les habitants, ont besoins de résultats concrets. Par ailleurs, ils se regroupent pour être plus forts et faire entendre leur voix.

Les déclarations fleurissent. La Déclaration de Lifou en Nouvelle-Calédonie, en avril 2015, est intitulée « Paris 2015 : Sauvez l'Océanie ! ». Que dit-elle ? Les dirigeants océaniens saluent « les efforts de la communauté internationale visant à lutter contre les changements climatiques, mais reconnaissent aussi qu'ils sont encore insuffisants pour les pays vulnérables en développement, en particulier pour les petits États insulaires en développement ».

Mais « l'insuffisance des financements pour la mise en oeuvre des politiques d'atténuation et d'adaptation, l'insuffisance du renforcement des capacités et du transfert des avancées technologiques, la faiblesse des mesures existantes en matière de pertes et dommages, ainsi que le manque d'inclusion de la société civile dans les négociations portant sur le climat » sont pointés du doigt. Ils appellent à une « révolution internationale dans la manière dont le monde fait face au changement climatique ».

Il y a eu aussi l'Appel de Manille à l'action pour le climat en février 2015 par le Président de la République française lors de son déplacement aux Philippines. Il comporte des éléments touchant aux problématiques auxquelles les îles du Pacifique sont confrontées. Notamment au paragraphe 4, je cite : « nous prenons conscience que les pays en développement, qui ont le moins contribué au changement climatique, sont ceux qui souffrent le plus de ses effets. Cependant, nous croyons qu'il est possible de réduire nos vulnérabilités et notre exposition aux aléas du climat » et au paragraphe 5 : « Nous appelons à la solidarité et à la justice face au changement climatique ». Enfin, le paragraphe 10.b) dispose : « nous appelons solennellement les pays développés et les pays en développement capables et désireux de le faire, à fournir aux pays les plus pauvres et les plus vulnérables des moyens de mise en oeuvre adéquats pour les aider à se transformer en territoires résilients et en économies sobres en carbone ».

Je pourrais en citer bien d'autres mais nous y reviendrons...

C'est pourquoi enfin la réussite de la Conférence Climat de Paris en 2015 est très importante à nos yeux et aux yeux de tous. Mon collègue Hervé Maurey va vous exposer tout à l'heure le calendrier et les modalités du volet parlementaire de la Conférence dans lequel beaucoup de nos collègues sénateurs sont impliqués. J'attends avec le plus vif intérêt les négociations portant notamment sur la mise en place de transferts de technologie et de connaissance afin de renforcer les capacités existantes ; un meilleur accès aux fonds internationaux et la mise à disposition de crédits supplémentaires pour soutenir les actions mises en place ; des mécanismes d'aide à la reconstruction et au développement les îles du Pacifique, frappées par les nombreuses catastrophes naturelles - et qui, semble-t-il, seront de plus en plus nombreuses ; les mécanismes encourageant la transition énergétique et les programmes d'éducation et de formation à destination des jeunes générations.

Je suis particulièrement heureuse de la présence nombreuse de représentants de l'Océanie ce matin à dans ce colloque, qui vont pouvoir témoigner à l'occasion des tables rondes de la réalité qu'ils vivent au quotidien.

Nous établirons un compte rendu de nos travaux pour nourrir les prochaines contributions du Sénat et que vous retrouverez ensuite sur notre site Internet.

Je vous remercie et je vais céder la parole à présent au Président de la commission de l'Aménagement du territoire et du Développement durable.

M. Hervé MAUREY,
Président de la commission de l'Aménagement du territoire
et du Développement durable

Monsieur le Président de la République,

Madame la présidente du groupe interparlementaire d'amitié,

Monsieur le secrétaire exécutif de la Commission Océanographique Intergouvernementale,

Messieurs les ambassadeurs,

Mes chers collègues sénateurs,

Mesdames et messieurs,

Je voudrais à mon tour saluer toutes celles et tous ceux qui sont là aujourd'hui et, comme ceux qui m'ont précédé à ce micro, vous dire la joie que nous avons d'accueillir aujourd'hui au Sénat ce colloque. Celui-ci traite en effet d'un sujet majeur : les incidences du réchauffement climatique sur les îles du Pacifique.

Nous le savons -  il y a de ce point de vue-là aujourd'hui consensus - les îles, et notamment celles du Pacifique, sont les premières victimes des bouleversements qui attendent la planète du fait des dérèglements climatiques. L'érosion des côtes, la salinisation des nappes phréatiques, le développement des maladies propagées par les moustiques, la diminution des ressources halieutiques, dues en particulier à la dégradation des récifs coralliens, les tempêtes plus fréquentes et plus puissantes, sont autant de conséquences graves et directes du dérèglement climatique sur les îles océaniennes. Plus grave encore, l'existence même de certaines îles est menacée avec la perspective devenue bien réelle et traumatisante de disparaître de la surface du globe. Les îles Carteret au large de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, par exemple, sont aujourd'hui condamnées par les scientifiques ; leurs habitants, soumis à des inondations de plus en plus dramatiques, se voient contraints de partir se réfugier ailleurs. Il y a un terrible paradoxe entre le fait que ces hommes ont l'une des plus basses empreintes écologiques du monde et sont en même temps obligés de devenir les premiers réfugiés du climat.

Nous ne pouvons évidemment pas nous désintéresser de ces évolutions qui concernent en premier lieu les îles du Pacifique mais également les autres parties du monde. Elles doivent nous conduire à nous interroger sur notre responsabilité de pays industrialisé, émetteur de gaz à effet de serre. Elles doivent aussi nous inciter à devenir plus solidaires puisque tous les habitants de la planète seront victimes à un moment ou à un autre de ces dérèglements climatiques. C'est pourquoi la Conférence de Paris sur le climat est si importante.

Nous sommes aujourd'hui à 175 jours de l'ouverture de la Conférence et chaque jour qui nous en rapproche doit être l'occasion d'accroître une prise de conscience qui est tout à fait indispensable aussi bien de la part des États que de l'opinion mondiale et surtout de nous permettre de préparer la négociation d'un véritable accord, qui doit, pour être efficace, être contraignant, universel et ambitieux pour notre planète.

Je me réjouis d'ailleurs que le Premier Ministre ait annoncé la tenue d'un sommet France-Océanie en amont de la préparation de la COP21.

Comment le Sénat se mobilise-t-il sur cette conférence ? C'est la question qui m'a été posée. Le Sénat et son Président, M. Gérard Larcher, ont voulu effectivement que nous soyons très engagés sur cette conférence. Bien sûr, c'est une priorité de la diplomatie française puisque cet événement va se tenir à Paris. Mais surtout, cette conférence concerne notre planète, et au-delà de la planète, l'humanité toute entière et c'est cela qui est très important.

Les tendances actuelles en matière d'émissions de gaz à effet de serre, de hausse de la température moyenne, de niveau de montée des océans, de fréquences de phénomènes climatiques extrêmes, sont tout à fait alarmantes et nécessitent que la communauté internationale s'engage plus rapidement, plus loin et plus fermement que jamais.

Donc les différentes instances du Sénat, que ce soient les commissions permanentes, les délégations - je pense notamment à la délégation aux collectivités locales -, les groupes de travail, ont tous engagé de très nombreux travaux sur le climat, dont il serait un peu long d'énoncer le détail ici. La délégation aux collectivités territoriales, par exemple, essaie de mettre en avant et de mobiliser les collectivités locales sur ces problématiques et nous aurons, dans le cadre du Congrès des maires de France, qui se tient toujours au mois de novembre, une séquence au Sénat où les élus locaux seront accueillis autour de ce dossier climat.

Je voudrais citer quelques exemples récents et concrets de notre mobilisation. Ici même, il y a à peine quelques jours, j'accueillais un colloque dont le thème a pu surprendre certains mais qui était vraiment très intéressant : « Le climat, quel enjeu pour les religions ?». Il a permis de montrer l'importance de la nature et du climat dans toutes les religions et la nécessité non seulement d'avoir un discours commun de la part des religions sur ce sujet, mais surtout de mettre en exergue le fait que les responsables religieux ont aussi un rôle important à jouer notamment auprès de leurs fidèles, en termes de sensibilisation de l'opinion à ces enjeux climatiques.

Je crois qu'il est très important de faire en sorte que nous ayons tous à coeur de sensibiliser nos concitoyens aux enjeux de ces dérèglements climatiques. Pour beaucoup, ils restent encore un petit peu théoriques et abstraits, alors que, nous l'indiquions, ils sont déjà très concrets et les conséquences de ces dérèglements, nous le savons, ne feront que s'accentuer dans les années qui viennent.

Je m'entretiens régulièrement avec les parlementaires étrangers qui se rendent en France. J'ai rencontré il y a une dizaine de jours des parlementaires canadiens et des proches collaborateurs de membres importants du Congrès américain. Cette semaine, nous recevons au Sénat des parlementaires chinois et des parlementaires indiens, et toutes ces rencontres sont intéressantes car elles permettent à la fois d'échanger sur la manière dont la problématique est abordée dans les différents pays et de mesurer la différence qui peut exister dans ces approches entre les différents pays et les différents parlements. Je crois que les parlements ont un rôle privilégié à jouer parce qu'ils se situent entre les gouvernements, qui sont souvent aux prises avec les urgences du quotidien, et les opinions publiques. Nous pouvons avoir entre parlementaires un discours bien sûr beaucoup plus libre et parfois beaucoup plus audacieux que les gouvernements eux-mêmes. Notre expérience est en cela une aide importante pour bien se comprendre et essayer d'avancer dans le bon sens.

Autre exemple de notre mobilisation, des tables rondes auront lieu jeudi, ici-même, sur la biodiversité dans les outre-mer qui sont confrontés aux changements climatiques. Au-delà de l'état des lieux et des connaissances, nous en attendons des pistes pour limiter la dégradation et en favoriser une meilleure préservation. Cela fait partie des travaux qui sont menés en commun entre la commission de l'Aménagement du territoire et du Développement durable que je préside et la délégation à l'outre-mer que préside mon collègue, M. Michel Magras, ici présent.

Je voudrais maintenant vous dire quelques mots sur la préparation de la journée interparlementaire qui aura lieu au Sénat, le 6 décembre. Cette journée sera organisée avec l'Union interparlementaire, qui réunit les parlements de tous les pays. Le dimanche 6 décembre, des parlementaires du monde entier viendront au Sénat et nous souhaitons élaborer une résolution à l'intention des gouvernements et de leurs négociateurs, qui sera en quelque sorte la contribution des parlements à cette COP21. J'ai été désigné rapporteur de cette résolution lors de l'Assemblée générale de l'UIP à Hanoï, en mars dernier. Nous allons préparer dès ce mois-ci une première ébauche qui sera ensuite amendée et travaillée en vue de la Conférence de Paris.

Nous espérons que ce texte sera ambitieux et permettra de dégager des lignes et des moyens communs. Nous sommes bien conscients que ces moyens ne peuvent pas être les mêmes pour tous et que les situations sont très différentes, mais il faut une véritable solidarité à l'échelle mondiale et le cas des îles du Pacifique en est une parfaite illustration. Nous essaierons de faire en sorte que cette déclaration figure dans les actes finaux de la Conférence parce que nous pensons que les parlements doivent être davantage associés qu'ils ne le sont actuellement aux grandes réunions internationales et notamment à celles sur cette question.

Mesdames et Messieurs, je souhaite que ce colloque soit le cadre d'échanges fructueux et je suis heureux qu'en accueillant ce colloque aujourd'hui, le Sénat puisse contribuer à amplifier le cri d'alarme que vous lancez depuis plusieurs années et qui devra être pleinement entendu lors de la Conférence de Paris.

M. Vladimir RYABININ, Secrétaire exécutif de la Commission océanographique intergouvernementale, Sous-directeur général de l'UNESCO

Mesdames et Messieurs,

Je tiens à vous remercier vivement pour cette invitation. Ce sujet rejoint le thème de la Journée de l'océan organisée hier par l'UNESCO, qui était « le changement climatique et l'océan » et dont nous avons parlé avec les ambassadeurs qui étaient présents. Auparavant, j'étais un scientifique spécialiste du climat mais maintenant, je m'entretiens avec des ambassadeurs auprès de l'UNESCO, ce qui constitue un changement important pour moi car je pense réellement qu'il est impératif d'aider à comprendre pourquoi le climat change. Je tiens à souligner que nous avons d'excellentes relations avec la délégation des Palaos auprès de l'UNESCO, qui nous soutient plus que nous lui apportons d'aide. Je l'en remercie.

Si l'on prête attention au graphique que je vous présente et qui a été obtenu en observant des carottes de glace en Antarctique, on peut remarquer que dans le système atmosphérique, le carbone et la température sont liés. Si la température augmente, on constate également une augmentation du taux de carbone. Au cours de l'histoire de la planète, et plus particulièrement au cours des huit cent mille dernières années, l'orbite de la Terre, c'est-à-dire la manière dont la Terre tourne autour du Soleil, a connu certaines modifications qui ont provoqué un changement de températures. Comme vous pouvez le voir sur ce graphique, ces changements coïncident avec une hausse de la quantité de carbone présente dans l'air. Ce qui s'est produit récemment, c'est que nous avons injecté une certaine quantité de carbone dans l'air. Ainsi, la même histoire va se répéter mais les causes sont différentes. La température va augmenter à cause du carbone. Si le mécanisme est le même, comme je le pense, il y aura donc une hausse inévitable de la température.

L'effet de serre a été découvert il y a plus de cent cinquante ans. Les premières démonstrations ont été réalisées il y a plus de cent ans, elles ont démontré que la hausse de la température liée à cet effet de serre serait de plus de 2°C. Dans les années 1980, un comité aux États-Unis prévoyait également, sans modélisation, que le réchauffement climatique allait affecter les pôles. Donc nous avons une image précise de ce qui est en train de se passer. Il existe néanmoins des négationnistes qui ne veulent pas voir la réalité en face. Mais il est important de comprendre que l'on ne peut pas nier celle-ci : l'océan va souffrir des conséquences du changement climatique et nous devons nous adapter. Et bien sûr, la COP21 sera un instrument clé dans la résolution de ce problème. Mais les solutions doivent être considérées sur le long terme. Cela ne peut pas se passer immédiatement donc nous devons nous adapter à ces changements. Il est très important d'être précis et de ne pas rester dans des généralités.

Ainsi, il est crucial d'étudier la trajectoire des cyclones afin de prévoir dans quelle direction ils peuvent aller mais également, là où ils ne peuvent pas aller. En réalité, les Palaos sont à la limite entre ces deux zones. En 1998, j'ai été invité par une entreprise de pétrole en Russie. Et on m'a demandé, la veille d'une importante réunion sur l'installation d'une plateforme offshore au large des côtes de Sakhaline, juste au nord du Japon, d'étudier les risques que pourrait rencontrer une telle infrastructure. J'ai demandé combien de temps l'entreprise comptait exploiter cette installation et on m'a répondu « quarante ans ». J'ai alors dit qu'il fallait penser aux cyclones tropicaux qui pourraient survenir dans la région. Je suis passé pour un fou à l'époque mais aujourd'hui, les cyclones tropicaux affectent New-York, il y en a au Japon également, et ils ont des impacts importants dans ces régions. Nous pouvons établir des prévisions mais si l'on parle en termes de décennies, il faut essayer de comprendre ce qui pourrait arriver et l'avenir n'est pas linéaire.

Par exemple, les tsunamis sont une menace importante pour les Palaos. Le tsunami Tohoku, au Japon, a causé un accident dans une centrale nucléaire et a constitué un grand danger dans la région. C'est pourquoi le concept de sécurité ne concerne pas seulement l'environnement. Il touche aussi à la sécurité alimentaire, à la sécurité en matière d'eau potable, et même parfois la politique. C'est donc plus compliqué que l'environnement.

Je voudrais encore une fois insister sur le fait que cette région est menacée par différents risques. Je pense que le système d'alerte aux tsunamis est très efficace. Mais la nature humaine tend à ne pas se souvenir des catastrophes, on oublie vite le passé, donc même si le système d'alerte aux tsunamis fonctionne bien, il est difficile de maintenir à long terme la contribution des pays à ce système. Or, la sécurité dans cette région en dépend.

Les récentes estimations du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) n'ont pas pu parvenir à des résultats clairs à propos de l'évolution des cyclones tropicaux. C'est l'un des problèmes encore non résolus de la climatologie. Je pense que les conclusions du GIEC tendent toutefois à démontrer que les cyclones tropicaux vont devenir plus forts, peut-être moins nombreux en termes de catégories différentes, mais plus puissants.

Mais en même temps, pour qu'un cyclone se développe, il a besoin de ce qu'on appelle la force de Coriolis, qui est nulle à l'Équateur. Si vous regardez le graphique, vous vous apercevrez que les îles Palaos sont à la limite des endroits où les cyclones tropicaux peuvent se rendre. Les cyclones tropicaux dans l'hémisphère nord se déplacent dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, ainsi les vagues sont plus fortes du côté droit que du côté gauche, donc ce sont de bonnes nouvelles pour les Palaos. Cette observation est importante pour prévoir l'impact potentiel et les dégâts.

Malheureusement, en ce qui concerne le niveau de la mer, on observe dans cette région la hausse la plus rapide du monde. Elle est trois fois supérieure à la hausse moyenne du niveau de la mer sur le reste de la planète au cours des trente dernières années. Il y a une explication partielle qui se trouve dans l'existence de vents anormaux, qui sont difficiles à prévoir. C'est assez évident lorsque l'on observe les modélisations : on se rend compte que la hausse du niveau de la mer est liée à l'évolution des vents. Lorsque j'ai travaillé pour le Programme mondial sur la recherche en climatologie, nous avons essayé de comprendre ces vents anormaux qui provoquent cette hausse rapide du niveau de la mer et que l'on observe depuis quelques décennies.

Si l'on examine les graphiques, on peut remarquer que le niveau de la mer n'augmente presque pas dans la partie orientale du Pacifique mais, au contraire, elle augmente très fortement dans l'ouest. Cela est lié au phénomène El Niño. Dans ce monde, tout ce qui se produit est lié : la fonte des glaciers dans les pôles est liée à la hausse du niveau de la mer dans le Pacifique à cause du champ de gravité. Il y a des choses que la science sait expliquer et d'autres qu'elle ne sait pas encore expliquer. Nous ne sommes pas en mesure de tout prévoir.

La bonne nouvelle pour les Palaos réside dans le fait que les océans polaires sont les plus affectés par le réchauffement climatique. Ce n'est qu'en partie une bonne nouvelle mais la situation est plus dramatique aux pôles car les espèces polaires disparaissent. Je pense donc que chaque pays et chaque île se trouvent dans une situation bien spécifique, qu'il faut prendre en compte dans la planification.

Le concept d'une économie bleue est très prometteur mais les défis sont différents pour chaque pays et ce concept doit être défini pour chaque région du monde. Les îles Palaos construisent leur avenir sur la pêche et le tourisme. Il existe des solutions pour aider au développement de ces activités mais il faut également préserver la nature, bien sûr. Au sein de la Commission océanographique intergouvernementale (COI), nous avons rédigé de nombreux guides, notamment celui intitulé « Pas à pas : la planification de l'espace maritime ». Il existe des mécanismes qui sont plus ou moins universels. La COI est reconnue par Convention des Nations Unies sur le droit de la mer et elle aborde la question du transfert de technologie marine. Donc je pense que nous pouvons faire beaucoup et notre approche doit être spécifique, c'est-à-dire prendre en compte les différentes situations régionales.

Nous pouvons améliorer la sécurité des îles du Pacifique car les prévisions en ce qui concerne les cyclones tropicaux sont de plus en plus précises et nous pouvons aussi, dans une certaine mesure, prévoir la formation de tsunamis, sauf si ceux-ci sont causés par des tremblements de terre ou quand un tsunami provoque un glissement de terrain près de la côte.

Donc, le climat est un sujet de première importance dans les différents programmes de l'UNESCO et du GIEC. Il est également crucial de former les populations. Récemment, lors d'un sommet sur l'éducation, il a été souligné à quel point il était important d'éduquer au développement durable. L'éducation sur l'océan et la formation d'experts sur l'océan sont aussi importantes. Il existe un programme appelé Ocean Teacher Program Academy2(*) qui est une manière de mettre à disposition des informations et des formations sur les activités marines fondées sur les technologies et Internet.

Je vous remercie beaucoup de votre attention, en espérant que mon intervention vous aura été utile.

TABLE RONDE 1 - QUEL AVENIR POUR LES ÎLES DU PACIFIQUE FACE AU DÉRÈGLEMENT CLIMATIQUE ?

Table ronde animée par M. Serge MASSAU, journaliste à Outre-mer 1ère

Ont participé à cette table ronde :

M. Robert LAUFOAULU, Sénateur des Iles Wallis et Futuna, Président délégué pour Fidji du groupe d'amitié France-Vanuatu-Iles du Pacifique

M. Lam DANG, Directeur de la législation au Parlement des États fédérés de Micronésie

S.E. M. Christian LECHERVY, Secrétaire permanent de la France pour le Pacifique, Ambassadeur représentant permanent de la France auprès de la Communauté du Pacifique

M. Anthony LECREN, membre du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, en charge de l'aménagement foncier, des affaires coutumières, de l'écologie et du développement durable

M. Serge MASSAU. - Bonjour et bienvenue à cette première table ronde dédiée à l'avenir. On entend beaucoup, ces derniers temps, dire que les océans sont les grands absents de cette COP21 alors que les habitants des îles basses du Pacifique sud sont annoncés comme les premières victimes du réchauffement climatique. Pourtant, on parle encore du Pacifique comme prochain centre du monde géostratégique et du développement de l'économie des océans avec l'extraction des minerais, la pêche, les énergies renouvelables. Encore une fois, les États insulaires du Pacifique ont uni leurs voix en avril dernier à l'occasion de la déclaration de Lifou d'Océania 21 en Nouvelle-Calédonie, une déclaration qui appelle à réussir cette COP21.

Alors pour entendre la voix de l'océan, rien de tel que d'écouter les Océaniens, habitants du plus grand océan du monde, l'Océan Pacifique, et les spécialistes de la région pour aborder la question des incidences du réchauffement climatique sur les îles du Pacifique.

Cette première table ronde nous donnera donc l'occasion de nous interroger : « Quel avenir pour les îles du Pacifique face au dérèglement climatique ? ». Nous allons en parler avec M. Robert Laufoaulu, sénateur des îles Wallis et Futuna, avec M. Christian Lechervy, secrétaire permanent de la France pour le Pacifique, avec M. Lam Dang, directeur de la législation au Parlement des États fédérés de Micronésie, et avec M. Antony Lecren, membre du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.

Pour commencer très concrètement, je vais laisser la parole à M. Robert Laufoaulu, sénateur des îles Wallis-et-Futuna et également Président délégué du groupe d'amitié France-Vanuatu-Îles du Pacifique, plus spécialement en charge des relations avec les îles Fidji. Monsieur le sénateur, vous allez nous parler spécialement des incidences du réchauffement climatique, à Wallis et Futuna. Quelles solutions y apporter au quotidien ? Je vous laisse la parole.

M. Robert LAUFOAULU. - Madame la Présidente, Monsieur le Président de la République, chers collègues parlementaires, Monsieur le membre du gouvernement de Nouvelle-Calédonie, Messieurs les ambassadeurs, Monsieur le secrétaire exécutif de la commission océanographique intergouvernementale, Mesdames et Messieurs. Le réchauffement climatique est-il seul responsable de la montée des eaux ? Pouvons-nous limiter celle-ci à 1, 2 ou 3 centimètres ? Quelle est la part de responsabilité humaine ? Quelle île est la plus menacée et à quelle échéance ?

Toutes ces questions sont nécessairement sujettes à discussions, voire à controverses, et bien d'autres que moi sont mieux à même de vous les exposer. Aussi m'a-t-il semblé plus intéressant, plutôt que de faire une intervention générale, de vous parler de la réalité concrète de ce petit bout de France des antipodes, Wallis et Futuna, que je représente au Sénat.

Quel avenir pour Wallis et Futuna face au dérèglement climatique ?

Ce qui vient immédiatement à l'esprit, me semble-t-il, à entendre la formulation de la question, c'est « par rapport à tous les scénarios d'inondation des milliers d'îles et d'archipels de la région Pacifique, quelle est la situation de Wallis et Futuna ? Par rapport aux prévisions du GIEC, comment Wallis et Futuna s'en sortiront-ils ? ».

En effet, nos îles, comme l'ensemble des îles basses de la région Pacifique, se trouvent en première ligne d'un affrontement qui sera de plus en plus fréquent et de plus en plus violent avec les tempêtes, les cyclones et les inondations diverses.

Une modélisation de l'éventuelle submersion de nos îles a été réalisée sur la base d'une élévation du niveau marin de 50 cm. Bien sûr, c'est une catastrophe annoncée, car des centaines d'habitations seront alors vouées à rejoindre le monde sous-marin.

L'organisation de la vie traditionnelle a toujours privilégié la fixation de la population des villages sur les côtes, afin de recevoir plus directement la brise des alizés, d'être à proximité des sources d'eau douce, du platier et des palétuviers pour la cueillette et le ramassage des coquillages et des crustacés, à proximité des récifs pour la pêche, des tarodières pour l'alimentation quotidienne. Une telle concentration n'est plus aussi dense aujourd'hui, mais il n'en demeure pas moins qu'une grande partie de la population vit encore en bord de mer. C'est donc un déplacement important de personnes qu'il faut envisager dans l'idée d'un scénario catastrophe.

La population de Wallis et Futuna est déjà bien sensibilisée au problème de la montée des eaux, car nous avons toujours connu des inondations et des phénomènes climatiques compliqués comme des tsunamis, des cyclones et des grandes marées. Durant ces deux dernières décennies, suite à des cyclones, des côtes ont été inondées, entraînant l'évacuation provisoire des populations de certains villages. Le subconscient collectif semble avoir intégré les caprices de la nature, et avoir créé un certain fatalisme chez les gens : « C'est ainsi, on verra bien », disent-ils. C'est la mentalité même de ces populations qui vivent en permanence à la merci des phénomènes climatiques extrêmes depuis des siècles. Quand il a fallu installer les premières sirènes d'alerte de tsunami, il y a une dizaine d'années, les responsables ont rencontré beaucoup de difficultés à faire partir les habitants des côtes, qui préféraient s'en remettre à la providence et à la protection divine plutôt qu'à la technique et aux alarmes.

Les choses changent heureusement, cependant, et pour nos populations, le drame de Fukushima, me semble-t-il, a contribué fortement à cette évolution des mentalités. En effet, elles ont vécu l'événement en direct à la télévision, à une heure de grande écoute. Les images terribles de l'énorme vague déferlant sur les côtes, écrasant et emportant tout sur son passage ont certainement ébranlé leur fatalisme. Les sirènes sont maintenant associées à quelque chose de concret. Je mets sur le compte de ce spectacle cataclysmique l'apparition d'une nouvelle et insistante préoccupation des chefs de villages, surtout à Futuna, à ouvrir et aménager des accès à proximité des villages pour faciliter une évacuation rapide des populations dès le déclenchement des sirènes ou l'annonce d'une montée de la mer.

Si ce déplacement de populations vers les zones élevées de nos îles est désormais une préoccupation, la question d'une émigration climatique, vers d'autres îles, ne se pose absolument pas. Concrètement, les terrains disponibles pour un déplacement interne, des côtes vers les hauteurs, sont suffisamment nombreux pour accueillir l'ensemble des habitants.

Il faut avouer qu'un mouvement de peuplement de l'intérieur de nos îles est déjà amorcé, aussi bien à Wallis qu'à Futuna, et je pense que c'est la conséquence d'une prise de conscience de la population de ce qui se passe et de la nécessité de trouver des solutions face aux événements climatiques qui ont surpris et contribué à renforcer un sentiment d'insécurité sur les côtes.

Ce mouvement est facilité dans certains villages, où une redistribution du foncier communautaire était de toute façon nécessaire pour permettre aux jeunes de sortir du foncier indivisible familial essentiellement situé sur les côtes en s'installant à l'intérieur des îles.

Il s'avère maintenant nécessaire pour la collectivité d'inscrire tout cela dans une stratégie territoriale globale et bien ciblée. On en parlait encore hier soir avec le préfet, le président de l'Assemblée territoriale de Wallis et Futuna, le député et la mission de l'assemblée territoriale présente actuellement à Paris. La situation exacte doit être connue pour l'élaboration d'un tel projet. Quelques études existent mais il faudra poursuivre dans cette constitution de bases de données essentielles à une prise de décision adéquate. Il faut envisager les conséquences des perturbations liées au réchauffement climatique, certes dans leur soudaineté, mais aussi dans leur lente et progressive avancée qui peut s'étendre dans le temps.

On peut dire que la lutte contre les effets du changement climatique est déjà en cours dans le territoire. Les côtes érodées par les cyclones, par les marées et par les inondations sont protégées par des enrochements, des murs de protection, la restauration des écosystèmes, la protection des plages, la plantation de palétuviers et de vétiver... Ce sont bien sûr des mesures provisoires par rapport à la montée de l'océan, que l'on sait désormais certaine et progressive. Elles seront inévitablement obsolètes et inefficaces si les choses devaient empirer.

La montée des océans n'a pas seulement des conséquences pour l'habitat côtier. Un autre grave problème qui nous menace est la question de l'eau douce. La protection de celle-ci est un combat qui mérite d'être mené. L'eau douce, c'est la vie, et nous avons à Wallis ce privilège rare de disposer d'une énorme nappe phréatique en plein océan, qui correspond à une vingtaine de fois les besoins de la population de l'île. La lutte contre sa contamination par l'infiltration de produits toxiques ou nuisibles peut être à notre portée par des mesures de prévention et de pédagogie. Mais la préservation de la nappe face à la montée du niveau de la mer est quasiment impossible. Les études et les simulations dont nous disposons montrent le danger auquel elle est exposée.

Le secteur primaire sera le premier à en souffrir. Par exemple, les tarodières, essentiellement situées sur les côtes et d'où les populations, surtout celles qui sont sans emploi, tirent une partie de leurs revenus, disparaîtront entièrement car l'eau de mer se substituera à l'eau douce et les rendront infertiles. Ainsi, outre le déplacement des populations vers les parties hautes de nos îles, la submersion des côtes aura des effets dramatiques sur l'économie déjà si faible et fragile du territoire.

Toutes ces mesures nécessitent des moyens et bien évidemment se pose la question de leur financement. La collectivité et l'État ne feront pas défaut mais les coûts seront énormes.

D'autres fonds, extérieurs, pourront-ils être sollicités ? C'est un point qui pourrait être soulevé dans le cadre de la demande de compensation qui est, je le sais, l'un des enjeux majeurs pour l'ensemble des responsables et gouvernants des îles du Pacifique et je crois que Wallis et Futuna devrait s'associer à ce mouvement.

C'est face à une telle situation de danger que l'on sent le besoin de se rapprocher de ses voisins qui sont confrontés aux mêmes risques. On se rappelle les adages pleins de bon sens, comme « l'union fait la force ». Il faut porter ensemble le combat de la lutte contre l'émission des gaz à effet de serre, mais aussi et peut-être surtout, tenter de convaincre les pays grands producteurs de CO2 de leur responsabilité et de leur juste solidarité à l'égard des îles dont ils menacent l'existence même par leur développement économique et humain.

Les instances de coopération régionale s'efforcent de jouer ce rôle moteur et fédérateur, en particulier le Forum des îles du Pacifique qui chaque année adopte des déclarations communes, mais aussi le Secrétariat général de la Communauté du Pacifique (CPS), le Programme régional océanien de l'environnement (PROE) et d'autres institutions et associations régionales dont je salue l'action efficace.

Les actions concrètes sont difficiles à mettre en place. Les gouvernements des îles semblent hésiter entre deux attitudes : résister, construire des digues, sans savoir si cela est encore possible, ou bien se déplacer en abandonnant les lieux. A Wallis, comme je le disais tout à l'heure, nous avons encore cette chance de pouvoir nous déplacer vers l'intérieur, ce qui n'est pas le cas pour certains de nos voisins. Je pense aux Kiribati qui ont été obligés d'acquérir des terrains ailleurs, aux Fidji.

Des propositions sont apparues - et c'est assez neuf comme approche - de se regrouper par zone géographique et si possible, culturelle. Ce sont théoriquement des propositions qui ont du bons sens et qui peut-être doivent être étudiées. Mais déjà je vois qu'il y a également beaucoup de difficultés à mettre tout cela en pratique. Je vous remercie.

M. Lam DANG. - Monsieur le Président, Mesdames Messieurs les sénateurs, je tiens à vous remercier de m'avoir invité ici à ce colloque pour partager un peu de ce qui se passe dans notre petit pays, la Micronésie, dont beaucoup d'entre vous n'ont probablement jamais entendu parler.

La Micronésie est un pays qui, comme M. Remengesau l'a rappelé, est un grand pays océanique. Nous avons 600 îles sur une étendue océanique de la taille des États-Unis. La distance entre les deux principales îles de la Micronésie, Yap et Kosrae, équivaut à peu près à celle entre Madrid et Varsovie, c'est donc une très grande étendue pour seulement 100 000 habitants.

Mais avec le changement climatique, notre gouvernement qui a été nommé le 11 mai, notre chef d'Etat et le Président du Congrès ont dû partir dans les îles pour distribuer de l'aide parce que nous avons subi les dommages du typhon Maysak il y a deux mois. Il y a tout le temps des cyclones mais ce qui est vraiment particulier depuis Maysak, c'est que dans un intervalle de deux mois, nous avons eu deux autres cyclones, qui n'ont heureusement pas fait de victimes : un typhon de catégorie 5 qui n'est passé sur aucune île puis le typhon Dolphin, il y a deux semaines, qui a menacé la capitale de Pohnpei juste quelques heures avant l'installation du nouveau gouvernement. Nous avons envisagé - j'étais l'un de ceux qui étaient en réunion de crise - la déclaration de l'état d'urgence dans le cas où le cyclone passerait sur la capitale. Heureusement, au dernier moment, douze heures avant l'évènement, le typhon a changé de direction et est passé à 50 km de Pohnpei.

Voilà le premier aspect du changement climatique, qui n'est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c'est l'amplitude et la fréquence de toutes ces manifestations. Nous avons toujours eu des ouragans mais jamais trois ouragans en deux mois. C'est la première fois que nous sommes confrontés à cette réalité.

Le deuxième aspect du changement climatique pour nous, c'est la fameuse montée des eaux. Tout le monde, lorsque l'on parle de montée des eaux, pense aux terres englouties mais ce n'est pas que cela. Bien avant que la montée des eaux engloutisse les îles, il suffit de 10 cm pour complètement envahir la réserve d'eau douce. A la différence de Wallis et Futuna, nous n'avons pas en Micronésie la chance d'avoir une nappe phréatique importante, nous avons seulement de petites nappes sous les différentes îles. Une montée de seulement 10 cm du niveau de la mer suffit à empoisonner tout cela. Il y a un vers d'un poème anglais très fameux qui dit « water, water everywhere, not any drop to drink » : « de l'eau, de l'eau partout, mais pas une seule goutte à boire ». C'est cela que le changement climatique veut dire, bien avant l'engloutissement.

Bien sûr, on parle ici aussi de la montée des eaux et, hier, j'ai fait une croisière sur la Seine, j'ai vu le Zouave du Pont de l'Alma. On m'a dit que lors des inondations, les eaux montaient jusqu'au cou du Zouave. Il faut dire que lorsque l'on a commencé toutes les négociations sur le climat, il y a vingt ans, on parlait de 2°C d'augmentation de la température en moyenne sur le globe. Maintenant on évoque de 4°C ou 5°C. Mais la différence entre 2°C et 4°C, c'est à peu près 50 cm, ce qui peut paraitre peu, mais quand vous avez de l'eau jusqu'au cou, c'est beaucoup. Avec 50 cm en plus, nous disparaissons.

Il y a un autre aspect, d'ordre économique celui-là. L'économie de la Micronésie repose sur la pêche. La première source de revenus résulte des licences de pêche et les revenus halieutiques, les revenus de la pêche du thon sont très importants pour l'économie.

Donc, toute notre économie dépend du contrôle de la zone économique exclusive de 200 miles autour de nos côtes. Si certaines îles disparaissent, il y aura un problème juridique majeur : comment va-t-on mesurer les 200 miles marins ?

Nous avons fait des projections et il semble que le territoire maritime des États fédérés de Micronésie pourrait être substantiellement réduit si certaines petites îles, petits îlots ou petits rochers disparaissaient, parce que nous ne pouvons plus calculer 200 miles marins autour de rien !

J'insiste, c'est un débat juridique essentiel, et cette année nous avons commencé à le porter devant les instances internationales. En plus de la disparition du territoire, nous constatons aussi la disparition des poissons. Vous avez tous entendu parler du phénomène El Niño, c'est-à-dire qu'avec le changement du climat, les courants marins changent de direction comme les vents. Avec les vents et les courants, les poissons partent aussi. On continuera à avoir des espaces marins de la taille de l'Europe occidentale mais il n'y aura plus de poissons à l'intérieur. Ils seront partis quelque part, peut-être vers l'est du Pacifique. C'est ce qui se passe, en effet, lors des années où se manifeste El Niño, avec le renversement des courants marins.

Auparavant, il y avait un phénomène récurrent El Niño toutes les douzaines d'années, maintenant on nous annonce qu'il y en aura un tous les deux ou trois ans. C'est un problème majeur parce que cela entraînera un déclin important de la pêche et donc des revenus économiques, mais aussi une disparition des coraux avec le réchauffement des eaux, d'où une perte aussi de revenus touristiques.

Qu'est-ce qu'on va faire face à ces évènements ? Nous ne voulons pas être seulement des victimes, nous allons lutter ! La Micronésie, et en particulier le Parlement où je travaille, est à l'avant-garde pour établir une législation novatrice. Nous avons été reconnus, au plan international, par l'Organisation intergouvernementale des législateurs, comme l'un des huit pays qui ont fait le plus de progrès dans le domaine de la législation sur le changement climatique. Nous n'avons pas attendu les résultats des négociations internationales pour commencer à adapter notre législation nationale.

Nous avons, par exemple, adopté une loi au Congrès, qui a reçu un écho international, pour obliger tous les ministères du gouvernement à prévoir dans leur budget une ligne spécifique pour la lutte contre le changement climatique.

Je vous remercie beaucoup de votre attention et je serai ravi de répondre à toutes vos questions.

S.E. M. Christian LECHERVY. - Monsieur le Président, Madame la Présidente du groupe d'amitié, Mesdames, Messieurs les parlementaires, chers collègues, chers amis. A l'occasion de sa visite en Nouvelle-Calédonie le 17 novembre dernier, à l'invitation du directeur général de la Communauté du Pacifique (CPS), le Président de la République a souligné, aux côtés des chefs d'États et de gouvernements océaniens, combien est urgente la lutte contre les changements climatiques dans le Pacifique. Je le cite : « il faut la conduire de manière sérieuse, efficace et équitable ». Aux côtés du Président des Philippines, l'archipel le plus proche de notre invité d'honneur, le Président des Palaos, fin février, le chef de l'État a rappelé une fois encore cet impératif de manière solennelle, comme l'a souligné Mme la présidente Catherine Procaccia tout à l'heure.

C'est dire combien nous sommes attachés à ce combat. Nous entendons le mener de manière déterminée, aux côtés et avec les États insulaires, les organisations régionales dont les États et territoires se sont dotés, les structures qui sont propres aux États insulaires en voie de développement et les organisations internationales. Dans cette logique inclusive, le Premier ministre, M. Manuel Valls, a annoncé vendredi la volonté du gouvernement de donner une suite positive à la proposition des Présidents des gouvernements de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et des élus de Wallis et Futuna, d'organiser à la fin de l'année, en amont de la 27e Conférence des Parties des Nations Unies à la Convention sur les changements climatiques, un quatrième sommet France-Océanie.

Pour répondre très concrètement aux défis auxquels les États et les territoires du Pacifique vont faire face, nous savons que la COP21 - et plus largement la communauté internationale -, se doit de conclure un accord qui est à la fois ambitieux, équitable et universel en s'appuyant sur les recommandations scientifiques du Groupe d'experts environnemental sur l'évolution du climat. Il s'agit - et même si ce constat n'est pas partagé par tous les États riverains du Pacifique - d'un enjeu vital, de la préservation de notre planète et de la possibilité pour les générations futures d'y vivre.

La France, pays qui est au coeur même du Pacifique, appelle à agir pour le climat, tout simplement pour que les territoires et les habitants du Pacifique continuent d'y avoir un avenir, social, politique et aussi institutionnel. Nous nous y employons avec l'énergie de nos territoires de la région. La Nouvelle-Calédonie, par exemple, a très récemment organisé le troisième sommet Océania 21, et on a fait référence tout à l'heure à la déclaration de Lifou. La Polynésie française rassemblera le groupe des dirigeants polynésiens (PLG) au début de l'été. Enfin, le sénateur de Wallis et Futuna, Robert Laufoaulu, mentionnait tout à l'heure les actes de solidarité avec les insulaires.

Comme le rappellent l'ensemble des élus du Pacifique, il convient que le sommet Paris Climat 2015 aboutisse à un accord, qui doit être le plus ambitieux possible et le plus conforme aux attentes et aux intérêts des pays et territoires insulaires et océaniens car le Pacifique constitue le poumon de notre planète et sa plus vaste réserve halieutique. On vient d'en rappeler pour la Micronésie l'enjeu économique. Mais il faut aussi bien percevoir que la dimension géographique du Pacifique n'est qu'une définition limitée de l'espace maritime. Au fond, le Pacifique n'est qu'un élément d'un espace maritime global qu'il faut traiter en tant que tel.

En réunissant à Paris les dirigeants océaniens, la France rappelle qu'elle est partie intégrante de la région du Pacifique et qu'elle partage ses préoccupations vitales et durables. Pour la France, la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française, Wallis et Futuna, le sommet France-Océanie 2015 constituera l'occasion de fédérer à nouveau la région autour des ambitions de réussite de la COP21, portée avec la France et l'Union européenne. Il s'agit de donner la parole au plus grand nombre des plus petits États, si vous me permettez cette formule. Il s'agit d'une ambition qui est à la fois politique, démocratique et éthique.

Nous le devons d'ailleurs aux populations du Pacifique car plusieurs orateurs l'ont déjà rappelé, ces dernières années, il y a eu toute une série d'évènements climatiques extrêmes et meurtriers. Le dernier visage le plus sombre, le plus dévastateur, s'est manifesté tout récemment au Vanuatu, à Kiribati, à Tuvalu ou encore en Micronésie.

Tout en sachant nous montrer solidaires, comme d'ailleurs l'ensemble de nos territoires l'ont fait à travers la générosité des citoyens, nous espérons la mobilisation efficace des États au travers d'accords intergouvernementaux et celle des collectivités locales, des ONG, des partis politiques et des institutions coutumières. Nous devons prendre aussi conscience que les États insulaires du Pacifique, qui ont le moins contribué au changement climatique, sont ceux qui souffrent le plus de ses effets.

Les populations du Pacifique font preuve d'une extraordinaire résilience qu'il faut souligner, vanter, mettre en valeur. A cet égard, les différentes manifestations qui se dérouleront autour de la COP21 le démontreront mais il nous faut aussi appeler à la solidarité et à la justice face au changement climatique. Ce terme de justice vient d'ailleurs d'être employé dans une déclaration commune de plusieurs États insulaires océaniens.

Il nous faut aussi conduire des efforts de connaissances, de gestion et de coopération régionale. A ce titre, je dirais qu'il nous faut établir une véritable stratégie de développement de nos connaissances pratiques, théoriques, et partager les nouveaux savoirs pour optimiser les politiques publiques insulaires.

Il nous faut faire un effort intellectuel car les efforts consentis ces dernières années ont mis en évidence certes de nombreux savoirs scientifiques coutumiers mais également l'existence de très nombreuses lacunes. Nous devons aujourd'hui les combler par des mesures de protection, de prévention, mais cela ne saurait suffire. Dans ce contexte, il est plus généralement important qu'à l'échelle du bassin Pacifique et pour chacun des territoires insulaires, nous engagions de nouveaux efforts.

Ces efforts consistent par exemple à poursuivre le développement des connaissances du milieu physique, les conséquences très concrètes des tsunamis et des cyclones, les connaissances de la biodiversité, les connaissances dans la mesure des évolutions et des distorsions... Il s'agit de comprendre l'état et le fonctionnement des écosystèmes, en particulier les chaînes alimentaires et les interactions entre l'environnement physique et le monde biologique. On se doit de chercher aussi à mieux comprendre les zones fonctionnelles pour la nutrition, la reproduction, les déplacements des organismes vivants, notamment les plus vulnérables aux activités humaines. A cet égard, nos scientifiques soulignent combien il est essentiel de renforcer nos connaissances du rôle des principaux reliefs, en particulier des monts sous-marins et du monde des très grandes profondeurs. En effet, au-delà de 4000 mètres, il faut bien reconnaître l'aporie de nos savoirs.

On doit aussi appréhender la complexité d'un milieu qui ne se résume pas à l'homogénéité que pourraient suggérer les termes génériques de « bassin Pacifique » ou de « bassin océanien ». Il nous faut réfléchir à un « monde Pacifique » fait d'interconnexions entre des milieux différents, physique, spatial, génétique... Mais également à l'échelle de la sous-région, par exemple de la barrière de corail qui dimensionne nos coopérations avec l'Australie.

En un mot, il nous faut mieux caractériser et hiérarchiser les enjeux, élaborer et proposer de nouvelles orientations de gestion reposant par exemple sur la création, comme l'a rappelé le Président des Palaos tout à l'heure, d'aires marines protégées, ce à quoi nous nous employons, notamment en Polynésie.

M. Serge MASSAU. - Merci M. Lechervy. Pour poursuivre cette discussion, une question à chacun d'entre vous. À partir de quel moment considérez-vous que la COP21 sera réussie ? Quels sont pour vous les enjeux de cette conférence pour les États insulaires du Pacifique ? Qu'est-ce que vous en attendez ?

M. Lam DANG. - Pour nous, c'est très simple. S'il y a un accord légal, valide, international qui limite la hausse de la température à 2°C, ce sera pour nous un grand succès.

M. Serge MASSAU. - Monsieur le sénateur, qu'attendez-vous concrètement de cette COP21 pour lutter contre le réchauffement climatique ?

M. Robert LAUFOAULU. - J'espère également que le fonds qui a été promis depuis des années, le Fonds vert, se mettra en place de façon consistante. Il me semble qu'on avait annoncé 100 milliards d'euros, on n'en est encore qu'à 10 milliards. On souhaite donc que la solidarité vis-à-vis des îles et des populations touchées par la montée des eaux soit renforcée.

M. Serge MASSAU. - Monsieur Lechervy, vous qui êtes donc le secrétaire permanent de la France pour le Pacifique, je vous poserai la même question : quel est l'objectif à atteindre pour cette COP21 pour les États insulaires du Pacifique dont on a entendu à l'instant justement les conséquences très pressantes du réchauffement climatique ?

M. Christian LECHERVY. - Il s'agit d'avoir un accord qui soit universel, contraignant et, comme l'a rappelé à l'instant Monsieur le sénateur Robert Laufoaulu, octroyant des moyens accrus, en particulier pour les États insulaires les plus vulnérables. Sur la mise en oeuvre du Fonds vert, nous savons qu'il ne s'agit pas seulement de moyens supplémentaires. La France a octroyé très concrètement 1 milliard de dollars à cette institution. Mais c'est aussi la capacité de décaissement rapide selon des mesures qui prennent en considération les spécificités de chacun des territoires, de leur capacité d'absorption, de leur capacité administrative et de gestion. C'est la raison pour laquelle nous considérons que, y compris dans la mise en oeuvre du Fonds vert, il est utile qu'un certain nombre de projets puissent déjà être opérationnels d'ici la fin de l'année, de manière à montrer aux opinions publiques que les propositions sont aujourd'hui concrètes, immédiates et perceptibles.

M. Serge MASSAU. - M. Lam Dang, pour poursuivre sur cette thématique, est-ce que la question du Fonds vert est essentielle pour vous aussi ? Sur cette question de solidarité entre les pays industrialisés et ceux qui en seront les victimes en matière de réchauffement climatique, et en matière de solutions concrètes, pratiques et immédiates, est-ce qu'il y a des choses à mettre en place, que ce soit en Micronésie ou ailleurs dans le Pacifique ?

M. Lam DANG. - Oui, c'est une question très importante pour nous parce que les États insulaires n'ont pas de moyens. Mais ce qui est vraiment crucial, c'est la limitation universelle des émissions. Par le passé, on a négocié plusieurs traités environnementaux, le traité de Montréal sur l'ozone par exemple, dans lesquels on a promis des soutiens financiers. L'expérience montre qu'on passe beaucoup trop de temps à parler d'argent et pas assez de temps à traiter de la réduction physique des problèmes. Nous considérons le Fonds vert comme très important mais pas autant que la limitation des émissions.

M. Serge MASSAU. - Pour rester dans cette partie du monde, l'Océanie, est-ce qu'il y a vraiment une prise de conscience générale, collective de tous les pays de cette nécessité de lutter contre le réchauffement climatique ?

On parlait tout à l'heure d'Océania 21 qui appelait d'une seule voix à réussir cette COP21 pour les pays du Pacifique. Est-ce qu'il y a vraiment une prise de conscience sur place de la part des habitants, de la part des institutions, Monsieur le sénateur Laufoaulu, par exemple ?

M. Robert LAUFOAULU. - Ah oui, certainement. Avec le Forum des îles du Pacifique, le PROE et la Commission du Pacifique sud, la sensibilisation des populations est déjà importante. Je pense que l'information circule et progresse auprès des populations de nos îles.

M. Serge MASSAU. - Il y a une réelle attente sur place dans la perspective de la COP21, c'est cela ?

M. Robert LAUFOAULU. - Oui, je le pense, comme Monsieur l'ambassadeur l'a souligné tout à l'heure. J'étais présent lors de la visite du Président de la République, M. François Hollande, en Nouvelle-Calédonie. J'ai senti la communauté océanienne unie, exprimant sa volonté de participer à ce rassemblement et demandant bien sûr à ce que l'on tienne compte de la réalité des îles. J'ai été surpris de la réponse du Président de la République à la question posée par le Président de Kiribati - parce que le Président avait fait l'annonce d'un milliard d'euros de participation de la France au Fonds vert - et il avait demandé pourquoi la France ne destinerait pas une partie de cette participation au Fonds vert d'aide au Pacifique. J'ai senti que c'était une demande unanime au niveau des responsables politiques de la région. Le Président de la République n'a pas directement dit oui mais il était à l'écoute et j'ai compris qu'il y aura une prise en compte de ces demandes des communautés du Pacifique au cours de la COP21. La preuve - je l'apprends ce matin, puisque c'est une décision récente -, c'est qu'un sommet France-Océanie sera réuni à nouveau après avoir été mis sous le boisseau pendant de nombreuses années.

M. Lam DANG. - Puis-je ajouter quelque chose ? Il y a une véritable passion dans tous les petits pays insulaires de l'Océanie pour débattre de la lutte contre le changement climatique dans tous les cadres multilatéraux : au Forum, à la CPS, à l'Alliance des Petits États insulaires (AOSIS)... Mais l'Océanie ne se réduit pas seulement aux petits pays insulaires, il y a aussi de grands pays développés qui en sont encore au stade du déni, c'est un problème.

M. Serge MASSAU. - Monsieur Lechervy, je disais tout à l'heure en introduction qu'on a entendu ces derniers jours que les océans seraient les grands oubliés de la COP21. Les habitants de ces pays du Pacifique nous disent le contraire justement, ce sont eux qui doivent être au centre des préoccupations pour réussir cette COP21.

M. Christian LECHERVY. - Ce dont je peux témoigner, c'est de la préparation extrêmement méthodique des États et des territoires du Pacifique à cette conférence. Quand je dis méthodique, cela veut dire très concrètement que les chefs d'État et de gouvernement se retrouvent au niveau sous-régional.

J'évoquais tout à l'heure la rencontre qui se tiendra prochainement à Papeete entre les dirigeants du triangle polynésien. On observe la même dynamique dans l'espace mélanésien et en Micronésie, et tout cela sera porté devant les instances régionales, à commencer par le Forum des îles du Pacifique que préside notre invité d'honneur aujourd'hui, le Président des Palaos. Il effectue d'ailleurs son déplacement à Paris sous cette double casquette de chef de l'État de la République des Palaos et de président en exercice du Forum des îles du Pacifique. Donc il y a une élaboration collective, des attentes.

Il y a une organisation méconnue mais réelle et très sophistiquée des positions, au travers de sommets. Je pense que le sommet France-Océanie de novembre sera l'un de ces réceptacles, comme vient de l'être d'ailleurs le sommet triennal entre le Japon et les États océaniens ou encore la manifestation qui s'est tenue il y a tout juste quinze jours, dans le cadre de la Convention des Nations Unies pour l'Asie et le Pacifique.

Mais, surtout, il faut souligner qu'au fond, les États et territoires insulaires ne sont pas simplement des « quémandeurs » de financements jouant une dramatisation excessive. Ils ont aussi, et on l'a rappelé tout à l'heure en évoquant les politiques d'énergies renouvelables, des solutions aux difficultés auxquelles ils doivent faire face. Je crois que ce qui valorise cela, c'est aussi la mobilisation de tous les espaces au-delà de leurs relations interétatiques : les organisations non gouvernementales, les entreprises, les espaces coutumiers... Cela s'est manifesté lors du troisième sommet Océania 21. Il y a une volonté de porter à la connaissance du monde les solutions, en termes d'énergie solaire, en matière de gestion des ressources halieutiques sur le long terme, en matière de protection d'aires marines inscrites dans un droit collectif...

Il sera très intéressant dans les années qui viennent de faire le bilan de toute cette énergie déployée. Elle irrigue très largement la négociation et, contrairement à ce que certains peuvent proclamer, il y une très forte visibilité, dans les négociations multilatérales, des messages portés par les États et territoires insulaires. J'insiste sur ces deux dimensions parce que l'on voit bien que concernant le défi auquel on est confronté, en matière de santé ou de gestion des risques alimentaires, il nous faut tenir compte de l'ensemble des territoires, quel que soit le statut juridique ou politiques des territoires, États souverains ou non.

M. Serge MASSAU. - Pour conclure et pour en revenir à la question de cette table ronde : « Quel avenir pour les îles du Pacifique face aux dérèglements climatiques ? », je me tourne vers M. Lam Dang, directeur de la législation du Parlement des États fédérés de Micronésie.

Comment voyez-vous l'avenir de l'Océanie, de la Micronésie, si l'objectif des 2°C dont vous parliez tout à l'heure, est atteint ou au contraire s'il ne l'est pas ?

M. Lam DANG. - Il y a une dimension psychologique dans cette question. Nous luttons, dans tous les petits États insulaires, contre l'émigration, c'est-à-dire le fait que les gens veulent partir pour des pays plus développés. Il faut donner aux gens de l'espérance : il y aura un futur, il y aura une île dans cinquante ans. Mais qu'est-ce qu'on va leur dire si tous les journaux du monde, si tout l'Internet leur assène que toutes les îles vont disparaître dans trente ans ? L'enjeu pour les petites îles du Pacifique est véritablement existentiel. Serons-nous encore là dans cinquante ans ? Il faut vraiment, pour la stabilité et la paix dans cette région, donner de l'espoir.

M. Serge MASSAU. - Merci à vous. Un mot pour conclure, M. Robert Laufoaulu, quel avenir voyez-vous pour les îles du Pacifique, pour Wallis et Futuna face aux dérèglements climatiques ?

M. Robert LAUFOAULU. - Je signale que M. Lecren, membre du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie vient d'arriver, il est à l'initiative d'Océania 21...

M. Serge MASSAU. - Nous allons en effet parler d'Océania 21 dans un instant.

M. Robert LAUFOAULU. - ... Ce sont toutes ces initiatives qui donnent de l'espoir pour la région. Si on ne réussit pas à faire aboutir cette volonté d'arrêter l'émission de gaz à effet de serre, on sera bien sûr condamné. Mais je ne me résigne pas à cette fin, parce que je constate aujourd'hui tellement de bonne volonté et je pense que cette triste situation va amener les populations à travailler ensemble : c'est cela que je retiens d'aujourd'hui. Encore une fois, une réunion comme celle de ce matin fait partie de ce mouvement de sensibilisation et du désir de prendre notre avenir en main. C'est le souhait que je formule bien sûr pour nous tous, pour nos responsables dans la région. Wallis et Futuna est un territoire qui ne peut pas vivre isolé, il ne peut pas envisager son avenir dans ce cadre-là tout seul. C'est dans le cadre d'une solidarité et d'un mouvement d'ensemble qu'il doit s'inscrire.

M. Serge MASSAU. - Merci Monsieur le sénateur Robert Laufoaulu. Monsieur Anthony Lecren, vous êtes membre du gouvernement de Nouvelle-Calédonie depuis 2011, actuellement en charge du développement durable et vous avez participé à Océania 21, cette déclaration commune des États insulaire du Pacifique dans la perspective de la COP21. C'est bien le signe que les États du Pacifique sont unis, parlent d'une même voix face aux dangers du réchauffement climatique. Est-ce que vous pouvez nous présenter cette initiative et le message que porte Océania 21 ?

M. Anthony LECREN. - Merci à Monsieur le sénateur qui effectivement a rappelé le long chemin, le chemin de croix comme on l'appelle, depuis Rio+20. Depuis 2012, on a lancé une initiative qui s'est appuyée sur un programme « un arbre, un jour, une vie ».

C'est l'appel du Pacifique auprès de la communauté internationale, face aux pays industrialisés, face aux grandes puissances de ce monde, pour qu'on prenne en compte « la vie » avant « les profits ». Cet appel nous a fédérés. Aujourd'hui se sont unis 17 États du Pacifique, hormis l'Australie et la Nouvelle Zélande, pour rappeler les difficultés du Pacifique face à ces dérèglements climatiques et à la montée des eaux. Cela s'est traduit par Océania 21. Mais, chez nous, avant toute prise de parole, on a une coutume : permettez-moi de faire ce petit geste coutumier pour vous demander l'autorisation de prendre la parole.

M. Serge MASSAU. - Avec grand plaisir. Merci, vous pouvez reprendre la parole.

M. Anthony LECREN. - L'ambition d'Océania 21 est effectivement de porter une politique commune à l'échelle du Pacifique. L'élément fédérateur de l'Europe a été la politique agricole commune et nous voulons, pour tirer les leçons à l'échelle de la planète de ce qui se passe sur les nouveaux modèles de développement, mettre en oeuvre de nouveaux modèles de gouvernance transcendant les considérations simplement étatiques. Nous prônons donc une politique commune du développement durable à l'échelle du Pacifique.

Océania 21 représente les trois piliers du développement durable : à la fois l'environnement, l'économie, les aspects culturels et pédagogiques avec une particularité, les savoirs traditionnels. Le geste coutumier que je viens de faire, c'est aussi cette culture, cette civilisation, en termes d'approche philosophique, en termes de gouvernance mais aussi en termes de savoirs traditionnels sur notre environnement, à la fois terrestre et maritime. Ces savoirs doivent être « compilés » avec les savoirs scientifiques.

La particularité d'Océania 21 est donc de faire référence à l'ensemble de ces connaissances. Celles-ci existent dès lors qu'on a à gérer un espace maritime, un espace terrestre, quand on a à promouvoir ou à protéger les connaissances sur les propriétés médicinales d'une plante, sur la capacité d'un homme, d'un peuple, à décrire une vague, à décrire les phénomènes climatiques qui ont aussi une expression scientifique... Toutes ces connaissances traditionnelles sont une richesse et Océania 21 tente de mettre en exergue l'ensemble de ces connaissances.

Le geste coutumier, c'est aussi la particularité du Pacifique : nous avons été en marge du développement mais cela nous a en quelque sorte préservés et nous avons pu conserver nos valeurs traditionnelles, nos relations à la fois humaines et avec l'environnement.

Je pense que la montée des eaux que nous subissons dans le Pacifique est une mise en danger de l'ensemble de ces savoirs. On peut évoquer par exemple le cas dramatique de Tokelau, où la montée des eaux se traduit par l'inondation des cimetières. Le cyclone Pam a détruit à 80 % le Vanuatu et a aussi frappé Kiribati.

A l'occasion de ce phénomène climatique, on a des morts et c'est ça, aujourd'hui, les réalités du Pacifique même si chaque État a ses propres problématiques.

Il nous faut des moyens pour étudier l'évolution de ces changements climatiques. L'impact est important puisqu'il touche au quotidien, à la vie des gens. Cela se traduit par ce qui est essentiel, c'est-à-dire la mémoire. Voilà, en quelques mots, résumée la situation.

M. Serge MASSAU. - Un dernier mot avant de passer la parole aux intervenants de la seconde table ronde. Dans Océania 21, on lit au point 10 : « nous, territoires et pays du Pacifique, ne sommes pas responsables de ce changement climatique mais nous en sommes les premières victimes, nous voulons avoir voix au chapitre lors de ces négociations ». Lors de la Conférence COP21, quel sera le message porté par les États du Pacifique et à partir de quel moment vous considèrerez que la conférence sera une réussite pour l'Océanie ?

M. Anthony LECREN. - L'intitulé de notre déclaration, c'est « sauvez l'Océanie ». On n'est pas pessimiste, mais simplement réaliste sur ce que l'on considère comme une menace et la non-prise en considération de la réalité. Il y a effectivement un certain nombre d'instruments financiers et de grandes déclarations internationales mais qui ne sont pas réellement mises en oeuvre dans les politiques publiques relatives à la protection et à la préservation de nos milieux. On ne voit pas encore les moyens poindre. Ce que l'on attend, c'est une véritable prise en considération du Pacifique. Le Pacifique, c'est 30 millions de kilomètres carrés : la Polynésie, à elle seule, couvre 5 millions de kilomètres carrés, cela représente la surface des pays de l'Union européenne, mais avec seulement 10 millions d'habitants au total.

Chez moi, on a la chance d'avoir l'amborella trichopoda, qui a 130 millions d'années, c'est le premier arbre à fleurs, c'est la « Lucy de la flore ». Et la « Lucy de la flore » n'existe qu'en Nouvelle-Calédonie. Nous avons cette responsabilité de la préserver à la fois pour nous, les gens du Pacifique, de la Nouvelle-Calédonie, mais aussi pour le reste de la planète. Quand on a la « Lucy de la flore » et que 93 % de certaines espèces sont complètement endémiques, on a la responsabilité de préserver le patrimoine de l'humanité. La « Lucy de la flore », la première fleur à avoir donné le premier fruit, le premier fruit, a peut-être nourri le premier homme et pourquoi pas le Paradis d'Éden ?

Aidez-nous à sauver l'Océanie, aidez-nous à préserver le Paradis d'Éden ; je dis cela tout simplement parce que nous n'en aurons pas les moyens tout seuls. Alors, qu'est-ce que j'attends, personnellement de la COP21 ? C'est que véritablement, ce ne soit pas l'Union européenne qui parle pour nous, ni les grandes ONG, il faut que l'on puisse disposer de moyens parce que nous savons comment les utiliser. Voilà en quelques mots ce que j'attends de la COP21. Mais il y a aussi d'autres initiatives...

M. Serge MASSAU. - Alors, un dernier mot...

M. Anthony LECREN. -La CPS, le PROE - Programme régional océanien pour l'environnement -, toutes les initiatives, quelles qu'elles soient, en tout cas pour cette partie du monde qui est si importante, peuvent aider à proposer des solutions... Quand je parlais de gouvernance, notre façon de concevoir le monde, par exemple, lorsque l'on crée le parc marin de la mer de corail, c'est de prévoir 1 200 000 kilomètres carrés ! L'histoire, on peut la changer, la géographie, on ne la changera pas. Moi, je suis dans le Pacifique et nous avons besoin d'agir au niveau de la Nouvelle-Calédonie.

Il nous faut véritablement des moyens. On a la possibilité d'associer le Vanuatu, les îles Salomon, la Papouasie Nouvelle-Guinée concernant le parc marin de la mer de corail. Dans notre proposition pour le comité de gestion, cela nous paraît tout naturel de proposer une représentation régionale, même si cela peut surprendre.

Voilà le type de proposition qui fait partie d'une philosophie, d'un concept. Chez nous on dit « Pacific way », voilà ce que nous pouvons proposer, nous les petits États du Pacifique.

M. Serge MASSAU. - Merci Anthony Lecren. Les enjeux sont bien posés avant de passer à la deuxième table ronde : « Comment concilier croissance et protection des écosystèmes océaniques ? ». Merci à vous tous.

TABLE RONDE 2 - COMMENT CONCILIER CROISSANCE ET PROTECTION DES ÉCOSYSTÈMES OCÉANIQUES ?

Table ronde animée par M. Steeven GNIPATE, journaliste à Outre-mer 1ère

Ont participé à cette table ronde :

Mme Isabelle AUTISSIER, Présidente du WWF France

M. Nicolas IMBERT, Directeur exécutif de Green Cross France et Territoires

S.E. M. J. Rimarkindu KALINOE, Ambassadeur de la Papouasie-Nouvelle-Guinée en Belgique

M. Jean-Michel DASQUE, ancien ambassadeur, Président de l'Institut du Pacifique

M. Daniel RAOUL, Vice-président du groupe d'amitié France-Vanuatu-Iles du Pacifique

M. Steeven GNIPATE. - Bonjour à tous, nous allons maintenant aborder notre deuxième table ronde. Dans certaines régions, les conséquences économiques du réchauffement climatique commencent à se faire ressentir, comme cela a été montré lors de la première table ronde. Pollution, surexploitation des ressources halieutiques, réchauffement climatique, il faut s'attendre à un bouleversement des conditions de vie qui aura des répercussions néfastes sur l'ensemble de l'écosystème marin. Les scientifiques parlent même « d'extinction de masse » menaçant les océans. Si le changement climatique doit donc provoquer des catastrophes, il est certain que la vie économique sera elle aussi profondément perturbée. Autant dès lors s'y préparer et travailler à « limiter la casse ». Le thème de cette table ronde est une question : « Comment concilier croissance et protection des écosystèmes océaniques ? ».

La première intervenante est Mme Isabelle Autissier, Présidente de WWF, à qui je pose la question : est-ce qu'on va tous mourir ?

Mme Isabelle AUTISSIER. - Malheureusement un jour, mais le plus tard possible !

Merci de m'accueillir dans cette table ronde et pour ce colloque en tant que présidente de WWF France.

Notre réflexion s'inscrit dans un cadre planétaire, vous savez que nous sommes la première organisation mondiale de l'environnement et que notre but est de remettre l'homme au coeur de l'environnement et de faire en sorte que l'homme respecte l'environnement dont il a besoin pour vivre. Cela rejoint donc le sujet de cette table ronde.

Dans cet environnement, les océans sont indispensables. WWF a produit, il y a deux mois, au niveau mondial, une étude3(*) pour analyser ce qu'il en était de l'importance de l'océan en termes économiques et financiers. Les océans sont la 7ème puissance économique du monde. En effet, les actifs en valeur de l'océan que nous avons fait évaluer par des spécialistes représentent 24 000 milliards de dollars, sans tenir compte du pétrole des grandes profondeurs. C'est à peu près l'équivalent du PIB de la France. C'est dire leur importance. Au coeur de ces ensembles, les écosystèmes des îles sont indispensables, et c'est pour ça que le Pacifique a un rôle particulier, et même d'avant-garde dans notre conception de l'économie des océans.

Pourquoi ? Parce que les océans représentent une biodiversité exceptionnelle et un taux d'endémisme, la plupart du temps, très important, c'est-à-dire qu'ils abritent des espèces qui ne se développent que dans ces endroits. Cela a été dit tout à l'heure mais je crois qu'il faut le souligner, les îles du Pacifique ont une place exceptionnelle à l'échelle mondiale par rapport à un certain nombre d'espèces et par rapport à l'ensemble de la biodiversité. Ce sont, en général, des zones à la fois de reproduction, de « nourrissage », des zones de transit pour un certain nombre d'animaux marins, pour les oiseaux, les mammifères... Ce sont également des zones indispensables pour l'autosuffisance alimentaire dans des endroits où souvent la vie, la nourriture, et en particulier les protéines, ne proviennent que de la mer.

Je n'oublie pas les aspects aujourd'hui récréatifs et touristiques qui constituent pour un certain nombre de pays, en particulier dans le Pacifique, le fer de lance de leurs activités économiques, ainsi que les valeurs culturelles et spirituelles évoquées tout à l'heure. Je crois qu'il est de notre responsabilité de préserver l'océan parce que l'océan est aussi ce qui nous fait rêver, ce qui nous fait bouger, agir et ce qui nous procure du plaisir.

Comment peut-on faire pour concilier le développement économique et la protection des océans qui, vous l'avez dit, sont très menacés ? Je rappellerai juste un ou deux chiffres : 90 % des stocks halieutiques sont surexploités ou à la limite de la surexploitation, 50 % des coraux ont disparu, comme 30 % de la mangrove et 39 % de la biodiversité marine en 40 ans. C'est le résultat d'une étude que nous menons tous les deux ans avec l'ensemble des scientifiques de la planète. Ces chiffres sont extraordinairement inquiétants !

Il y a trois jours, nous avons rendu publique une seconde étude sur un certain nombre de solutions qui s'articule autour d'une idée forte. Nous avons besoin de beaucoup plus d'aires marines protégées. J'ai été extrêmement intéressée et je salue le Président des Palaos qui dans son intervention a dit la volonté de son pays de classer 100 % de sa zone économique exclusive en sanctuaire national, dont 80 % en zone de non prélèvement. Cela nous montre que les pays du Pacifique peuvent être le fer de lance de la réflexion sur l'avenir. Les aires marines protégées, si elles sont correctement réparties par rapport aux écosystèmes et à la vie des hommes, et correctement gérées et surveillées, offrent vraiment des solutions.

L'Union Internationale pour la Conservation de la Nature en France (UICN) avait déjà étudié un certain nombre d'aires marines. Pour peu qu'elles soient matures, au bout d'un certain nombre d'années, bien sûr, pas la première ni la deuxième mais au bout de dix ans environ, on se rend compte que, dans une aire marine, on arrive à 20 % de biodiversité en plus, 120 % de densité d'espèces de plus, 250 % de biomasse en plus... Protéger ces zones, c'est donc efficace, du point de vue de la biologie.

Qu'en est-il pour les humains et leurs modes de vie ? On s'aperçoit que lorsque l'on s'éloigne de 4 km de ces aires marines protégées matures, on pêche déjà 10 % en plus. En termes de tourisme par exemple, le parc national de Port Cros, qui est le parc national le plus vieux en France, a fait une étude très précise : pour un euro consacré à la préservation et à l'entretien du parc, chaque touriste en dépense 19. Donc l'adage qui veut que le mérou mort se vend 20 euros le kilo mais que le mérou vivant rapporte pendant 90 ans, à raison de 10 euros la plongée, des dizaines de milliers d'euros, se confirme et montre bien tout l'intérêt des aires marines protégées.

WWF, qui vient de sortir au niveau mondial cette étude, propose des objectifs très clairs : 10 % de l'ensemble de la surface océanique protégée en 2020 et 30 % en 2030. À partir de 30 % protégés, nous arriverons à préserver les océans et nous parviendrons à produire de la richesse puisque même dans les différents scénarios économiques que nous avons pu évaluer, on constate que dans le pire des cas, pour un euro ou un dollar investi, on en récolte trois et dans le meilleur des cas, on atteint un pour vingt. Le résultat dépend évidemment de la biodiversité et de l'impact des activités humaines.

En conséquence, je crois que dans la série des propositions concrètes pour l'alliance des hommes et de leur nature, des hommes et de leur océan, la question du développement des aires marines protégées va être cruciale, et en particulier celles du Pacifique. Aujourd'hui, on est encore extrêmement loin de l'objectif, avec moins de 4 %. Au niveau des océans, le chiffre est très bas par rapport à ce qui se passe aujourd'hui sur la partie terrestre de notre planète. Il est grand temps à la fois pour la nature mais surtout pour les hommes et pour leur économie de faire progresser ce chiffre.

Comment ces aires marines vont-elles contribuer concrètement à la lutte contre le dérèglement climatique ? On sait que ce sont des zones de stockage de carbone. Pour que l'océan stocke correctement du carbone, il a besoin d'êtres vivants, et le plancton est la plaque tournante pour ce processus. La protection du littoral vis à vis de l'augmentation du niveau des mers est extrêmement importante via les aires marines protégées puisque cela concerne en général les mangroves, la protection des herbiers, des marais côtiers, qui ralentissent l'effet dévastateur des vagues, en cas de cyclone ou d'autres phénomènes. Les aires marines protégées sont aussi une source d'emplois importante, que ce soit en termes de tourisme, de surveillance mais aussi d'emplois à haute valeur ajoutée, tels que les emplois de gestionnaires ou de chercheurs. C'est donc, vraiment, une source de travail pour les populations dans leur ensemble.

Un dernier point encore sur ces aires marines, les Palaos le proposent d'ailleurs. On peut aussi imaginer des pêcheries traditionnelles et des pêcheries réglementées en termes de sécurité alimentaire, la stabilisation de populations océaniennes, grâce aux ressources en poissons, crustacés, coquillages... C'est un élément essentiel de la sécurité alimentaire et de la réduction de la pauvreté dans ces communautés.

Donc voilà, il y a des solutions aujourd'hui que WWF essaie de porter qui concernent le développement à l'échelle mondiale et en particulier dans le Pacifique, vu le potentiel de l'ensemble des aires marines protégées. Je vous remercie.

M. Steeven GNIPATE. - Merci, Mme Isabelle Autissier. Je vous propose à présent d'écouter M. Nicolas Imbert. Vous êtes directeur exécutif de Green Cross France et Territoires, vous êtes engagé dans des causes liées aux énergies, aux ressources naturelles et à la consommation éco-responsable. Vous allez vous aussi nous parler des enjeux et des propositions que peut apporter Green Cross France et Territoires sur cette question de la croissance et de la protection des écosystèmes océaniques.

M. Nicolas IMBERT. - Bonjour à toutes et à tous. Je voulais dire, en introduction, que je partage complètement l'analyse d'Isabelle Autissier : il y a une valeur économique forte des océans. Les travaux de WWF sont partagés à l'échelle mondiale et sont pour nous des éléments sur lesquels il est essentiel de s'appuyer parce qu'ils représentent un cadre impartial et d'investissement permettant d'appréhender directement le sujet dans sa dimension économique. C'est finalement par la dimension économique qu'on va pouvoir toucher aussi la dimension sociale et la dimension humaine. Je voudrais aussi remercier Isabelle Autissier pour la contribution que Philippe Germa, le directeur de WWF, a apportée hier à nos travaux « Paris Climat 2015 - Objectif OCEAN : les propositions de l'économie bleue »4(*) dont je vais vous parler.

Pour ceux qui ne connaissent pas Green Cross France et Territoires, je rappelle que cette association a été créée en 19935(*), parce qu'au moment de Rio 92, deux personnes, Mikhaïl Gorbatchev et le commandant Cousteau, participaient à l'ensemble des débats avec 190 chefs d'État et avaient pour ambition de les faciliter. Ils se sont rendu compte à quel point il allait falloir accompagner ces chefs d'État, d'une part par un plaidoyer au plus haut niveau pour essayer de faire mieux connaître les questions de l'environnement et du climat mais aussi d'autre part, par des solutions afin de proposer des projets concrets.

Qu'est-ce que nous observons dans les îles du Pacifique sud ? Cela a été dit tout à l'heure dans le propos introductif et lors de la première table ronde, nous sommes en présence d'îles qui sont des sentinelles du climat, sur lesquelles les conséquences du réchauffement climatique, qui ailleurs peuvent paraître progressives ou relativement peu problématiques, sont vécues d'une manière beaucoup plus radicale.

Pendant que je m'exprime, vous pouvez voir sur l'écran les images que nous avons présentées à l'UNESCO hier. Quelques photographies ont été prises peu après le cyclone Pam au Vanuatu, sur lesquelles on voit à la fois l'impact sur l'habitat et, c'est un point sur lequel je reviendrai tout à l'heure, la résilience des territoires. Ce qui nous semble très important, c'est que dans quelqu'île du Pacifique sud que ce soit - et c'est également le cas pour Saint-Pierre-et-Miquelon et quelques îles hors du Pacifique sud - je n'ai jamais vu personne se lamenter et dire « c'est injuste, ce qui m'arrive ». J'ai surtout vu des gens, des porteurs de projets qui étaient en situation d'action, qui constataient effectivement l'impact d'un dérèglement climatique à l'origine duquel ils sont pour très peu, mais dont ils subissent directement les conséquences. Ils ont envie d'agir, de se fédérer, de proposer des solutions.

C'est d'ailleurs pour cela qu'on a choisi de travailler avec le Forum régional Océania 21, pour aider à faire émerger ces solutions mais aussi pour les faire connaître dans ce qu'elles ont d'original par rapport aux autres régions du monde et aux autres outre-mer. Sur cette dimension de partage des connaissances, je sais qu'il est prévu, à la fin du mois de juin, une journée « 10 heures pour l'outre-mer » qui va permettre de faire en sorte que le Pacifique, l'Océan atlantique, l'Océan indien et les pôles, dont nous oublions trop souvent qu'ils subissent un impact significatif en termes de dérèglement climatique, puissent dialoguer ensemble et échanger sur les solutions.

Aujourd'hui, des solutions existent et elles sont nombreuses. Souvent, on se rend compte que ce sont des solutions opérationnelles et concrètes qui nous permettent d'apporter des pistes de réponse du dérèglement climatique. Et en même temps, Isabelle Autissier l'a très bien précisé dans son propos introductif, ces pistes sont pourvoyeuses d'emplois, de bien-être et vont également créer de la valeur économique.

Il ne faut pas avoir peur de dire que lorsqu'on fait des projets de territoires, on crée de la valeur économique, sociale et environnementale.

Les pistes avancées sont le résultat d'un travail qu'on a conduit, suite à Océania 21, pour identifier une trentaine d'initiatives prioritaires pouvant être mises en place dès maintenant. Je n'entrerai pas dans le détail de chacune d'entre elles car elles sont en ligne sur notre site Internet mais je vais néanmoins en préciser quelques-unes.

Il s'agit, par exemple, de gérer l'eau, l'agriculture, au plus près des territoires. On a parlé tout à l'heure de préservation des captages, de taille de la nappe... Si un cyclone ou un évènement climatique extrême survient - malheureusement il y en a de plus en plus -, une agriculture et un système d'eau entretenus localement accroissent la capacité de résilience et garantissent la continuité d'activité. Et dans les jours et dans les semaines qui suivront une catastrophe, on se rendra compte à quel point c'est important. Par l'activité agricole, ou aquacole, on va également arriver à contrer les effets du dérèglement climatique, à protéger la zone littorale et à être capable d'avoir, éventuellement, là aussi, en cas de tsunami ou en cas d'inondations, une zone humide servant de zone tampon. Je n'ai pas besoin d'insister sur l'importance de ces zones d'activités agricoles et aquacoles au plan des emplois.

On sait aussi à quel point il est important, justement, de travailler, au-delà des plans d'adaptation, au-delà des dispositifs législatifs, sur la question de la continuité et de prévoir la manière dont on réagit dans l'urgence et dans la reconstruction, à la suite des phénomènes climatiques extrêmes, pour éviter d'avoir tout à reconstruire. À ce titre, la manière dont la réponse a été apportée au Vanuatu, suite au cyclone Pam, doit nous questionner, y compris par rapport à ce que l'on fait en France métropolitaine. On était sur une zone d'impact immense, en termes de territoires, avec une population de 150 à 200 000 personnes. Les gens ont su réagir en situation d'urgence de telle sorte qu'on ne déplore qu'une dizaine de morts. Ce bilan est à comparer avec une inondation catastrophique en France métropolitaine, en période hivernale, sur laquelle on avait l'impression d'être mieux préparés.

Mais cela ne nous donne pas toute la solution.

On doit travailler davantage sur la résilience des bâtiments et des activités économiques, sur la manière de rétablir rapidement l'eau, l'assainissement, l'agriculture locale, l'accès à la scolarité, etc., en situation post-catastrophe. Et j'en viens à la question du Vanuatu - on parlera tout à l'heure d'investissements - qui aujourd'hui manque cruellement de bâches en plastique pour les toits des habitations. Aujourd'hui, en France, sur un marché, une bâche coûte cinq euros. Le même produit livré à Port-Vila revient à plus de 100 euros. Cela doit nous interroger sur la manière dont on travaille dans le domaine de la solidarité internationale.

L'économie circulaire est plus que jamais une voie vers des solutions. Dans la gestion des déchets, dans la gestion des D3E6(*), des matières premières secondaires, on est obligé de s'organiser de manière solidaire entre les différentes îles. Parce qu'il n'existe pas d'île qui ait la taille suffisante pour traiter ses déchets d'une manière optimale, on brûle et sous-optimise leur traitement. En revanche, quand on arrive à organiser une mobilisation régionale, cela marche bien. Dans l'Océan indien, à La Réunion, a été mis en place un outil de retraitement des D3E et de l'électroménager blanc qui aujourd'hui fonctionne tellement bien qu'il permet de gérer de l'électroménager blanc provenant de Madagascar et l'île Maurice. Là-bas, on a fait des exceptions à la Convention de Bâle pour de bonnes raisons. C'est une gestion performante des déchets qui mérite d'être soulignée.

M. Steeven GNIPATE. - Je vais vous demander de conclure, s'il vous plaît, Monsieur Imbert.

M. Nicolas IMBERT. - Je n'insisterai donc pas sur l'importance de l'efficacité énergétique et des énergies renouvelables. On a vraiment un potentiel absolument formidable. On a un acquis très important sur la biomasse ou sur les énergies marines, mais on peut arriver à mieux valoriser les innovations pour faire en sorte que ce qui se fait de bien sur une île puisse être diffusé, pas uniquement parce qu'il y a un fonds privé ou un milliardaire qui a décidé d'investir sur le secteur, mais parce qu'il y a des fonds de transition capables d'accompagner ce mouvement.

Hier, il y avait une journée de travail à l'Agence spatiale européenne à laquelle certains d'entre vous ont assisté. Elle a abouti à la Déclaration de Paris, qui reprend un certain nombre d'objectifs que l'économie bleue souhaite partager en vue de la Conférence Paris Climat 2015. WWF a signé cette déclaration, ainsi qu'une vingtaine d'organisations internationales, oeuvrant sur Océania 21, de l'Amérique du Sud, de l'Océan indien, etc.

S'il y avait juste un message à retenir, et ce sera ma conclusion, ce serait le suivant. Aujourd'hui, on est en train de mettre en place des outils comme le Fonds pour l'environnement mondial et le Fonds vert, qui sont de bons outils pour financer à la fois l'adaptation et l'atténuation au réchauffement climatique. Ces outils sont trop peu accessibles aux milieux diffus comme, typiquement, ceux des populations du Pacifique sud. On ne fera jamais des centaines de millions d'hectares de monoculture de transition ou de la conversion massive, en revanche, si on trouve un dispositif avec des intermédiaires de confiance qui permette de faire des petits projets en matière d'aquaculture, d'énergies renouvelables, d'habitats, on aura gagné.

Tout à l'heure, Isabelle Autissier nous disait à quel point l'argent qui est dépensé pour créer une aire marine protégée est de l'argent bien investi. Je pense que si on fait confiance aux acteurs du Pacifique sud pour investir dans des projets locaux, cette solidarité permettra de faire en sorte que ce soit de l'argent investi avec sagesse. Anthony Lecren nous le disait dans l'intervention précédente, il faut changer de logiciel. Si l'on passe de cette logique de propriété, de massification, à une logique de responsabilité partagée sur les écosystèmes, on aura gagné. Merci de votre attention.

M. Steeven GNIPATE. - La parole est maintenant à S.E. Rimarkindu Kalinoe, ambassadeur de Papouasie-Nouvelle-Guinée en Belgique, représentant de la Délégation permanente de la Papouasie-Nouvelle-Guinée à l'UNESCO.

S.E. M. J. Rimarkindu KALINOE. - Mesdames, Messieurs. Le problème qui nous est posé est très important et j'aimerais remercier la Délégation de la République des Palaos auprès de l'UNESCO ainsi que le gouvernement français d'associer les petits États insulaires en développement, y compris la Papouasie-Nouvelle-Guinée, aux réflexions portant sur ce sujet, car nous constatons les impacts du changement climatique dans nos vies quotidiennes.

J'aimerais également attirer votre attention en introduction sur mon pays, et en particulier, dans la province de Bougainville, sur les îles Carteret, où les populations sont contraintes de s'exiler. L'un des défis majeurs auquel nous sommes confrontés est le déplacement de la population vers les terres situées à l'intérieur à cause de l'engloutissement de leurs îles par la mer. Les côtes de la Papouasie-Nouvelle-Guinée sont progressivement érodées à cause des vagues qui s'abattent sur elles et les scientifiques ont prouvé que ces vagues dans le Pacifique sont très puissantes. L'érosion progresse donc plus rapidement qu'ailleurs, comme, par exemple, sur la côte méditerranéenne. Ainsi, comment pouvons-nous préserver l'océan tout en utilisant les ressources marines pour nous développer ?

Je tiens à saluer la déclaration du Président de la République des Palaos. Son pays a décidé de protéger 80 % de sa zone économique exclusive et je pense que c'est le chemin que nous devons suivre.

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, nous essayons de lancer des initiatives en matière d'économie bleue pour le développement durable. C'est la stratégie préconisée par les experts : utiliser l'océan pour se développer de façon durable. Nous devons nous concentrer sur les défis posés par le développement d'une économie bleue pour aider les petits États insulaires du Pacifique ainsi que d'autres îles touchées par les incidences du changement climatique afin de promouvoir le développement économique.

Le second domaine dans lequel la Papouasie-Nouvelle-Guinée a pris des initiatives, c'est en matière d'économie verte. Les États qui possèdent à la fois des ressources terrestres et maritimes ont de la chance, comme c'est le cas pour notre pays. C'est pourquoi la Papouasie-Nouvelle-Guinée a pris l'initiative, il y a quelques années, dans le cadre de la Coalition for Rainforest Nations7(*), de protéger ses forêts, en échange de compensations sur le marché d'échange des droits d'émissions de carbone. C'est un défi qui entre dans le programme de la COP21 et vous avez peut-être sans doute entendu parler de l'initiative « REDD+8(*) », dans laquelle la Papouasie-Nouvelle-Guinée est pleinement engagée avec d'autres membres de la Coalition for Rainforest Nations.

Notre contribution au défi du développement durable se retrouve donc dans des initiatives en matière d'économie verte. Nous espérons que les stratégies, réunions, débats et les colloques comme celui d'aujourd'hui pourront contribuer à renforcer le concept de développement durable à travers l'économie bleue et l'économie verte.

Quelles sont, dès lors, les stratégies que nous devons adopter ? Pour l'économie bleue, je pense que le gouvernement des Palaos a pris un engagement très positif mais la question posée est celle-ci : lorsque l'on décide de préserver un zone maritime qui pourrait facilement être exploitée par la pêche commerciale pour subvenir aux besoins du pays, quels sont les profits que l'on peut en tirer, sur le plan économique, afin de se développer ? Certes, il y a le tourisme, mais les touristes ne viendront pas si ce genre de mesure n'est pas assez connu et s'il n'y a personne pour faciliter leur venue. Comment attirer les populations âgées des économies européennes qui partent en vacances ? Comment aider les îles du Pacifique qui rêvent de voir leurs mesures de conservation se transformer en gains économiques ?

Nous devons nous demander comment les grandes économies peuvent aider les petits États insulaires pour la préservation de leurs ressources naturelles ou le développement durable. Je pense que cela peut se résumer à une meilleure coopération entre les petits États insulaires en voie de développement et les grands États développés. Il devrait y avoir un mécanisme à la disposition des petits États insulaires en développement leur permettant d'utiliser les ressources marines afin de sécuriser leurs financements en matière de développement - voilà encore un autre problème. Je veux insister sur le fait que nous ne sommes pas des pays passifs, qui n'agissent pas. Nous inventons des solutions, à l'instar de la République des Palaos.

Il faut donc que les États développés regardent toutes ces initiatives et qu'ils essayent de les faire appliquer. Non, pas seulement qu'ils essaient, mais qu'ils les fassent effectivement appliquer.

J'ai déjà parlé des initiatives en matière d'économie verte et je pense que la COP21 devrait les considérer sérieusement. Il faudrait utiliser la conservation des forêts afin de générer des bénéfices pour ceux qui disposent de nombreuses ressources dans ce domaine.

Mais soutenir le développement économique est une chose, définir les stratégies d'atténuation et de réduction des effets du réchauffement climatique en est une autre. On peut parvenir à conserver mais que peut-on faire pour arrêter l'érosion, pour empêcher de nouveaux dégâts ? Nous devons trouver ensemble des solutions.

Dans le cas de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, nous avons démarré un projet pilote appelé Sea Defence War9(*) en faveur des communautés vivant le long du littoral, qui ont besoin de protection contre le processus d'érosion de la côte. Je pense que l'Europe possède des technologies qui pourraient être employées dans ce cadre. Certaines régions littorales de l'Europe les ont déjà mises en oeuvre. C'est ce genre de collaboration que les États insulaires du Pacifique attendent.

Il ne s'agit pas seulement de préserver les ressources marines, mais aussi de les entretenir tout en les protégeant contre les dérèglements climatiques. Dès lors, toute stratégie, tout mécanisme mis en place doit répondre à ces deux défis. Se développer durablement signifie qu'il faut identifier des opportunités économiques permises par la conservation, tout en protégeant les îles de nouveaux dommages, grâce à des mécanismes de prévention.

Je voudrais insister sur un dernier point avant de conclure. Dans le Pacifique, nous sommes exposés à une activité volcanique importante. La Papouasie-Nouvelle-Guinée, par exemple, se situe sur la Ceinture de Feu et des volcans peuvent se réveiller à tout moment. Nous avons donc besoin d'observatoires très développés qui seraient capables de mettre en oeuvre des systèmes d'alertes. D'autres îles qui ne se situent pas sur la Ceinture de Feu sont soumises à des évènements climatiques extrêmes et elles ont besoin aussi de systèmes d'alertes. Mais si vous allez aujourd'hui dans le Pacifique, vous constaterez qu'il n'y en a pas, il n'y pas de bulletins météo qutodiens comme dans les autres parties du monde. S'il y a un danger imminent, il n'y a pas d'annonces à la radio ou à la télévision. Il y a l'Australie et la Nouvelle-Zélande à proximité, mais ces deux pays se soucient surtout de leur territoire dans leurs prévisions météorologiques, pas des États insulaires du Pacifique.

Donc, c'est une région où il serait intéressant de développer des systèmes d'alerte afin de permettre aux îles du Pacifique de se préparer en cas de danger. Qu'est-ce qui se passe lorsqu'il y a une catastrophe naturelle ? Comme dans le cas du Vanuatu, il y a des îles avec lesquelles on n'a pas pu entrer en contact pendant plusieurs semaines.

Le monde pourrait travailler avec les communautés des îles du Pacifique afin de mettre en place des unités d'action immédiate, localisées stratégiquement dans les zones exposées à de tels risques.

M. Steeve GNIPATE. - Avant de passer au prochain intervenant de cette table ronde, je voudrais signaler l'arrivée de M. Nicolas Hulot, Envoyé spécial pour la protection de la planète du Président de la République. La parole est maintenant à M. Jean-Michel Dasque, ancien ambassadeur en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

M. Jean-Michel DASQUE. - Madame la présidente, Messieurs les sénateurs, chers collègues ambassadeurs, Messieurs, Mesdames. Je remercie tout d'abord les organisateurs de m'avoir invité et je vais essayer d'être aussi bref que possible. Je n'insisterai pas sur la présentation générale du Pacifique sud, de l'Océanie. C'est un territoire immense, près de 60 millions de kilomètres carrés. C'est surtout un espace essentiellement marin, pélagique. Les terres émergées ne couvrent que 8,5 millions de kilomètres carrés, autour de 10 %, en incluant l'Australie. D'autre part, c'est un territoire très vaste mais extrêmement peu peuplé.

Mon exposé se composera de deux parties, d'une part les défis auxquels cette région est exposée et, d'autre part, les moyens d'affronter ces défis et de concilier à la fois le développement économique et la protection de l'environnement.

La situation se caractérise par des économies faibles et un environnement menacé. Les économies sont fondées essentiellement sur des productions primaires : matières premières, produits minéraux, produits agricoles, très sensibles aux aléas des marchés en général. Le secteur manufacturier est peu développé. Il y a des usines de premier traitement des ressources naturelles, quelques entreprises de radoub, un peu d'agro-alimentaire, et des conserveries de poisson ont été implantées notamment à Samoa et à Honiara (îles Salomon). Mais en définitive, les économies océaniennes reposent sur l'exportation d'un petit nombre de produits de base.

Or, des obstacles sérieux s'opposent au décollage économique. Les États insulaires souffrent de leur isolement, qui pèse lourdement sur le coût de transports et explique en partie la cherté de la vie. A l'exception de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et de quelques autres, ils se caractérisent par leur petite taille et l'étroitesse du marché intérieur. Cette situation leur interdit de réaliser des économies d'échelle, de développer des industries de substitution des importations et de diversifier l'appareil productif.

De plus, ces États sont des archipels dont les îles sont distantes de plusieurs dizaines et parfois de plusieurs centaines de kilomètres les unes des autres. Cet éclatement, bien sûr, renchérit les déplacements intra-insulaires et engendre un développement asymétrique, caractérisé par la concentration des activités dans la capitale, qui est souvent le seul port convenablement équipé.

En troisième lieu, les économies insulaires souffrent de l'insuffisance des infrastructures, notamment de transports et de communication. La plus grande partie de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, surtout la zone sud, est dépourvue de routes et les transports se font exclusivement par avion.

Un quatrième handicap est constitué par le régime foncier, dont il a été question. Les terres sont le plus souvent la propriété collective et inaliénable des tribus. L'acquisition par voie d'achat ou d'expropriation, même par l'État, ne se fait qu'au terme d'une procédure assez longue et souvent coûteuse. Ce régime foncier rend impossibles les emprunts hypothécaires et entrave le développement d'une agriculture moderne de type capitaliste. D'autres facteurs de blocage sont constitués par la pénurie de main-d'oeuvre formée, un coût élevé compte tenu d'une productivité faible, la cherté des services de base, en particulier de l'énergie.

Au retard économique et aux difficultés économiques s'ajoute un environnement menacé. Je crois qu'on en a parlé déjà mais je suis obligé de rappeler quelques faits...

Les récifs coralliens ont été endommagés, on l'a vu, ils subissent la dégradation mécanique des cyclones. L'environnement terrestre, dont on a moins parlé, est également dégradé du fait des déforestations, des rejets toxiques, de l'impact négatif des entreprises minières... Enfin, le réchauffement climatique a des conséquences directes et indirectes très graves sur les écosystèmes, on l'a déjà évoqué et je n'y reviendrai pas.

Face à ces défis, il faut trouver un moyen de promouvoir un développement respectueux de l'environnement, les États insulaires possédant des atouts qu'il conviendrait de valoriser. Les îles mélanésiennes notamment ont des richesses minières importantes : cuivre, or, cobalt, nickel. Ces îles ont également des ressources pétrolières et gazières qui peuvent être mises en valeur. Elles pourraient servir de base à un début d'industrialisation et au développement des services. Encore faut-il veiller à ce que développement se fasse dans le respect de l'environnement.

Un deuxième type de ressources est constitué par les richesses de la mer, les richesses halieutiques. Ces pays ont une zone économique exclusive considérable couvrant quelque 35 millions de kilomètres carrés. Mais ces ressources sont encore trop souvent exploitées par des entreprises étrangères. Il faudrait construire des flottes modernes, performantes, avec des équipages formés qui respectent en même temps l'environnement marin. On pourrait développer aussi d'autres industries, telles que l'aquaculture.

Des marges de croissance existent aussi dans les domaines de l'agriculture et de la sylviculture. Mais de nombreuses exploitations familiales ont encore des méthodes archaïques et des efforts devraient être menés pour perfectionner les techniques, accroître les rendements, freiner en même temps l'érosion des terres arables qui sont assez limitées.

Un autre domaine est celui du tourisme. L'Océanie possède un potentiel considérable ; malheureusement le tourisme se heurte là encore à des obstacles liés à l'insuffisance des infrastructures, l'isolement, le coût élevé des frais de transport et parfois l'insécurité.

Cependant les classes moyennes sont de plus en plus nombreuses en Asie et peuvent constituer une clientèle au sein de laquelle les États océaniens pourront recruter des touristes fortunés et désireux de découvrir le Pacifique sud.

Enfin, il y aurait peut-être une autre voie qui serait l'exploitation de ressources inexplorées, mais réelles, et qui pourraient devenir le levier d'un développement équilibré et respectueux de l'environnement. Je citerai les richesses des grands fonds marins, la recherche de nouvelles énergies, notamment le développement des énergies renouvelables. Il faut mentionner aussi l'exploitation de toutes les possibilités de la diversité biologique, extrêmement riche, tant en milieu terrestre qu'en milieu marin.

Je dirai que certaines technologies peuvent pallier les insuffisances des pays du Pacifique. Par exemple, l'utilisation des énergies renouvelables peut apporter une contribution importante dans une région où le coût des énergies constitue un handicap majeur. On peut citer les énergies marines, les énergies solaires, éoliennes, l'énergie géothermique qui peut se développer dans des pays caractérisés par une volcanologie active.

Outre leur intérêt économique, ces énergies ont l'avantage de ne pas augmenter les émissions de CO2. Dans un tout autre domaine, les nouvelles techniques d'information et de communication peuvent atténuer les effets de la distance.

En conclusion, en Océanie, le développement économique et la protection de l'environnement ne sont pas incompatibles mais sont plutôt complémentaires et la protection de l'environnement peut favoriser le tourisme et renforcer la sécurité alimentaire. Pour les écosystèmes, la nature en Océanie appartient au patrimoine de l'humanité et la destruction de l'environnement serait une perte irréparable pour l'humanité.

M. Steeven GNIPATE. - Merci, M. Dasque. Je vous demande maintenant d'accueillir Monsieur le sénateur Daniel Raoul, Sénateur de Maine-et-Loire et Vice-président du groupe d'amitié France-Vanuatu-Îles du Pacifique.

M. Daniel RAOUL. - Madame la Présidente, Excellences, chers collègues, Mesdames et Messieurs. Je remercie tout d'abord les organisateurs du colloque, et à ce titre principalement Mme Catherine Procaccia, de m'avoir donné l'occasion de prendre la parole devant vous sur ce sujet très pertinent et, en tous les cas, urgent.

Alors que les îles du Pacifique ne sont à l'origine que de 0,03 % de l'émission des gaz à effet de serre, gaz qui sont en grande partie responsables des changements climatiques de notre planète, ce sont pourtant elles qui vont en être les premières victimes et les plus affectées. J'y associe évidemment les îles des Caraïbes puisque je suis également Président du groupe d'amitié France-Caraïbes. J'évoquerai ce sujet en fin d'intervention.

Les îles du Pacifique sont devenues emblématiques des conséquences de nos rejets en carbone, comme dans les Caraïbes. Montée du niveau de la mer, intensification des cyclones, réchauffement et acidification des océans sont les menaces auxquelles elles doivent faire face désormais. Elles ne pourront relever ces défis qu'avec l'aide de la communauté internationale, et je dirai quelques mots tout à l'heure de la position du G7 le week-end dernier.

Le niveau de la mer ne cesse de monter. C'est une des conséquences les plus connues du réchauffement climatique dû à la production humaine de gaz à effet de serre, principalement produits par les rejets en carbone. La hausse du niveau des océans, si je me fie à ce que j'ai pu lire, pourrait atteindre entre 45 et 82 cm d'ici 2100, provoquant l'engloutissement de terres fertiles, l'accélération de l'érosion des zones littorales et, dans certains cas, la submersion de territoires entiers - cela a été évoqué d'ailleurs à Lifou - et en plus du défi de nourrir 9 milliards d'habitants. Autrement dit, la perte des surfaces agricoles utiles, combinée avec l'augmentation de la démographie sur la planète, sont deux phénomènes qui ne vont pas avoir un effet de ciseaux mais, à l'inverse, qui vont se conjuguer.

La disparition des îles Carteret de Papouasie-Nouvelle-Guinée avec l'apparition des premiers réfugiés climatiques au monde est un précédent qui montre bien ce qui est à l'oeuvre. L'archipel polynésien de Tuvalu est également concerné. Cela doit nous alerter et nous amener à prendre les mesures nécessaires pour limiter non seulement les conséquences du réchauffement climatique mais surtout de prendre, en amont, des mesures drastiques pour limiter l'émission de gaz à effet de serre. Il ne suffit pas de réparer les dégâts, il faudrait limiter au maximum, en amont, la possibilité de ce réchauffement.

Le cyclone Pam, qui s'est abattu il y a quelques semaines sur le Vanuatu, doit également nous faire prendre conscience de l'urgence climatique. Le Président du Vanuatu, pays malheureusement dévasté après le passage d'un des pires cyclones qu'ait connu le Pacifique, a désigné le réchauffement climatique comme la principale cause de la violence de cet événement. Je n'évoque même pas la fréquence et l'augmentation de la fréquence des cyclones que ce soit aux Caraïbes ou ailleurs.

Comment ne pas être interpellé par l'appel de Lifou lancé à la communauté internationale ?

Les îles, principales victimes du réchauffement climatique, sont d'autant plus touchées que - mon prédécesseur l'a déjà évoqué - cela a également un impact sur leur développement, caractérisé par une économie dont les ressources marines et côtières sont fragilisées durablement. La dégradation des récifs est un sujet dont je parle régulièrement avec mon collègue Robert Laufoaulu dans le cadre de l'Initiative française pour les Récifs Coralliens (IFRECOR). En effet, le réchauffement climatique et l'acidification des eaux ont des conséquences néfastes pour les espèces marines convoitées par les pêcheurs. Les littoraux, où l'on trouve les terres les plus fertiles et qui sont à la base de l'activité touristique, sont également directement menacés par l'érosion.

La COP21, qui aura lieu à Paris fin 2015 et qui s'est donné comme objectif l'adoption d'une stratégie permettant de limiter le réchauffement climatique à 2°C d'ici la fin du siècle, ne peut et ne doit pas être un échec. C'est un défi pour l'humanité toute entière que de trouver les solutions aux dérèglements climatiques et d'y consacrer les moyens nécessaires.

De nombreuses initiatives existent, depuis le creusement de mangroves dans le Pacifique pour limiter les effets de l'élévation du niveau de la mer jusqu'au reboisement dans les Caraïbes, comme cela a été fait à Haïti de façon efficace. Elles doivent être soutenues et les expérimentations en la matière doivent être multipliées et généralisées. Les moyens consacrés au financement de la transition vers des économies plus sobres en carbone doivent être amplifiés. Les pays développés, principaux émetteurs de gaz à effet de serre, doivent accroître leurs engagements financiers en la matière et assumer leur responsabilité concernant la planète.

Soyez assurés en tous les cas que votre cri d'alerte a été entendu même si le discours prononcé déjà à l'époque par Fidel Castro au Sommet de Rio en 1992 sur l'avenir de nos îles est resté pratiquement sans écho. J'espère que la réunion de Fort-de-France pour les Caraïbes, ainsi que la déclaration de Lifou en avril dernier et la position du G7 le week-end dernier déboucheront enfin sur des mesures drastiques pour limiter les gaz à effet de serre et ce réchauffement. Je vous remercie et je vous assure de mon soutien.

M. Steeven GNIPATE. - Merci, Monsieur le sénateur. Je vous invite à poser des questions à nos intervenants concernant la première table ronde. Je cède la parole à Mme Karine Claireaux, sénatrice de Saint-Pierre-et-Miquelon.

Mme Karine CLAIREAUX. - Oui, merci. Il s'agit plus d'un témoignage que de questions. C'est en qualité de Présidente du Bureau du conseil national de la mer et des littoraux que je veux vous dire à quel point le réchauffement climatique et les impacts que cela peut avoir sur les outremer en général, mais aussi sur la mer et les littoraux, ont beaucoup d'importance à mes yeux.

Je voudrais saluer l'initiative d'Océania 21 parce que je trouve que c'est vraiment quelque chose de très bien et qu'il faut soutenir ce genre de démarches, quels que soient les océans. Je crois qu'il faut qu'on prenne tous conscience ici que si on n'envisage pas la question globalement, on n'arrivera pas à résoudre le problème du réchauffement climatique et des difficultés auxquelles on fait face aujourd'hui, sur les littoraux et dans les outre-mer. Donc si les océans ne vont pas bien, la biodiversité marine n'ira pas bien non plus, de même que la biodiversité terrestre et ses habitants.

Je crois que chacun sait qu'au plus profond de sa campagne, quel que soit le geste qu'il pose, il a un impact sur le climat, sur le réchauffement climatique et toutes ses conséquences. C'est donc le message qu'il faut qu'on porte aujourd'hui. Je veux saluer les initiatives comme ce colloque qui est vraiment très intéressant. Est-il réellement encore nécessaire de convaincre la population du globe des enjeux aujourd'hui et de l'importance de s'engager pour la réussite de la COP21 ? Je voulais souligner que j'étais très contente, hier, lors de la Journée mondiale des Océans, que le ministre Laurent Fabius nous ait annoncé qu'il y aurait une journée consacrée à la mer lors de la COP21. Je pense que c'est une initiative à saluer parce qu'elle est extrêmement importante.

M. Steeven GNIPATE. - Merci. Je cède donc la parole à M. Nicolas Hulot pour la clôture de ce colloque.

CLÔTURE

M. Nicolas HULOT, Envoyé spécial du Président de la République française pour la protection de la planète

D'abord, merci au Sénat une fois encore de montrer qu'il est pleinement engagé pour faire en sorte que la Conférence de Paris aboutisse non pas à des déclarations d'intention mais, je l'espère, à des actions.

Je voulais saluer la présence du Président de la République des Palaos, à plusieurs titres. D'abord, il est utile de rappeler que ce petit État du Pacifique a inscrit il y a longtemps déjà dans sa Constitution, comme priorité politique, le respect non seulement de la bonne santé des écosystèmes mais aussi la conservation de l'intégrité et de la beauté des écosystèmes. Je dis souvent que l'histoire est restée aveugle à la nature. Mais si, par malheur, nous restons dans cette situation d'arrogance, nous devons faire attention à ce que la nature ne se manifeste pas dans notre histoire.

Je voudrais simplement dire, au-delà des constats que je ne vais ni commenter ni enrichir, parce qu'il me semble qu'ils ont déjà été largement nourris, qu'il y a une étrange coïncidence à ce que les territoires qui nous réunissent aujourd'hui soient rassemblés sous l'intitulé « les îles du Pacifique ». Je voudrais que l'on garde bien à l'esprit que l'enjeu climatique ou la menace climatique, c'est l'ultime injustice qui frappe prioritairement des hommes, des femmes et des enfants qui n'ont pas forcement profité d'un mode de développement mais dont ils subissent les conséquences. Il en va des territoires du Pacifique comme des territoires du Sahel, et je pourrais citer d'autres territoires encore.

Si nous souhaitons effectivement que le monde reste pacifique, je pense que l'heure de vérité a sonné pour que, notamment à Paris, les mots et les actes trouvent enfin une forme de cohérence. Je voudrais dire simplement aux représentants de ces territoires, loin géographiquement mais proches dans mon engagement, que la Conférence de Paris va être un moment de vérité. Évidemment, nous ne devons pas nous soustraire à l'espérance mais je ne veux pas non plus que l'on cède aux illusions. Si les mots ont un sens, si effectivement il ne s'agit plus simplement d'un problème d'environnement, si l'objectif n'est pas simplement de sauver la planète qui, au passage se passerait très bien de l'humanité - mais je ne suis pas certain que l'humanité puisse se passer de la planète - si effectivement, comme j'entends maintenant enfin, et je m'en réjouis, les plus hauts responsables le dire, il s'agit, ni plus ni moins, des conditions d'existence de l'humanité, alors ne cédons pas aux illusions des mots mais cédons simplement au réalisme des engagements.

Oui, les îles du Pacifique auront probablement, comme les Philippines l'ont fait, leur contribution face à cet enjeu-là. Le Président philippin, quand nous avons été sur place avec le Président François Hollande, simplement pour rappeler que l'enjeu climatique est un enjeu absolu de solidarité, a dit, alors que son pays subit des phénomènes qu'il n'a pas provoqués : « nous allons faire notre part ».

Mais il y a un certain nombre d'États - vous avez évoqué le G7, je pense aussi aux 15 États qui seront réunis en Turquie 15 jours avant la Conférence de Paris - qui représentent 70 % des émissions de gaz à effet de serre. Il existe une responsabilité historique de ces États qu'ils doivent assumer. Imaginer que nous pourrions simplement, par la technologie ou l'économie, permettre à tous ces territoires de faire face à l'enjeu climatique si nous laissons ce phénomène nous échapper est une illusion à laquelle je ne veux pas souscrire.

Nous devons briser un ordre cannibale, un modèle économique qui n'est basé non pas sur la gestion mais sur la prédation des ressources. Dit autrement, la Conférence de Paris doit être un moment où nous allons changer de paradigme et pour changer de paradigme, il faut sortir d'une forme d'incohérence, et je vais être peut-être un peu plus sévère, d'une forme de schizophrénie.

Le problème porte un nom, il s'agit des énergies fossiles, qui sont en grande majorité responsables de la situation climatique. Imaginez un seul instant que nous pourrions avoir une chance d'endiguer ces phénomènes en réorientant des centaines de milliards de dollars, 650 milliards de dollars selon la Banque Mondiale, plusieurs milliers de milliards de dollars selon le dernier rapport du FMI, qui sont accordés en subventions, en exonérations, en défiscalisation aux énergies fossiles.

Par ailleurs, ce problème qui nous coûte des centaines de milliards de dollars est à l'origine du sacrifice de centaines de milliers de vies humaines chaque année. Tant que nous ne sortirons pas de cette incohérence, tant que nous n'aurons pas acté que c'est bien d'une économie carbone dont nous devons nous extraire, tant que nous n'aurons pas mis en place les instruments juridiques, politiques, institutionnels, pour sortir de cette économie carbone, tant que nous n'aurons pas transféré ces subventions aux énergies fossiles vers la transition énergétique, tant que nous n'aurons pas fixé un taux d'émissions de carbone limite, tant que par ailleurs nous n'aurons pas créé des mécanismes qui permettront aux pays détenteurs des plus beaux écosystèmes, de réhabiliter ces écosystèmes, cela perdurera. Je pense aussi évidemment aux sols désertifiés, aux menaces pesant sur les zones humides, aux océans et vous avez bien fait de rappeler que ceux-ci constituent un bénéfice pour tout le monde.

Quand on investit un euro pour l'extension des aires marines protégées, un récent rapport démontre que le bénéfice est multiplié par trois au moins, sans tenir compte des nombreux emplois créés. Cela coûte beaucoup moins cher de réhabiliter des zones qui ont été désertifiées, pour notamment anticiper sur le milliard et demi d'individus que nous aurons à prendre en charge d'ici 2050. En réhabilitant les zones désertifiées notamment, nous proposons des lieux d'adaptation pour aider les populations concernées par cette désertification à rester sur leur territoire, et nous avons aussi un effet d'atténuation parce qu'en réhabilitant ces sols, nous pouvons stocker le CO2 avec tous les bénéfices humains que je viens d'expliquer.

C'est avec ces outils-là, et simplement avec ces outils-là que nous devons agir, de manière crédible et volontaire. Je ne mets pas en doute la sincérité des différents acteurs. Mais, pardon, l'histoire m'a appris à me méfier des mots et des intentions. Si je dis cela, c'est pour les représentants des îles du Pacifique, poussés dans leurs retranchements, et pour celles et ceux qui vont se fixer un certain nombre d'objectifs qui les engageront. Qui sera encore là en 2050 pour savoir si nous serons parvenus enfin à une neutralité carbone ? Il n'y aura plus forcément les mêmes acteurs. C'est sur ces instruments, financiers, politiques, fiscaux, que nous pourrons juger que Paris aura été ou non un moment d'ambition collective.

Voilà ce que je voulais vous dire aujourd'hui. S'il y a un message que nous devons collectivement porter, soyons inspirés à Paris, écrivons l'histoire, ne la subissons pas. L'autre jour, j'étais au Maroc, pays qui a une contribution aux émissions de gaz à effet de serre peut-être un peu supérieure à celle des îles du Pacifique, mais qui reste un faible émetteur. Il a pourtant proposé un engagement qui est loin d'être négligeable. À cette occasion, il y avait dans la salle des représentants de plusieurs pays africains et notamment des femmes qui se sont engagées pour le climat. L'une de ces femmes s'est levée et elle a eu une phrase que je demande à tous ceux qui parlent maintenant sur le climat de garder à l'esprit. Elle nous a dit : « A Paris, vous allez décider de qui va mourir ou pas ».

Je veux simplement rappeler que ce n'est pas un sujet purement environnemental. C'est un sujet profondément humain qui affecte les populations les plus vulnérables. Mais n'imaginons pas une seule seconde que si nous sacrifions les îles du Pacifique sur l'autel de notre indifférence ou de notre fatalisme, les pays qui auront été à l'origine de cette situation pourront, à un moment ou à un autre, tirer leur épingle du jeu. En clair, nous sommes liés par une communauté de destin avec les îles du Pacifique et si nous ne le faisons pas pour elles, faisons-le pour nous.

Je vous remercie.

M. Steeven GNIPATE. - Merci à vous tous d'avoir participé à ce colloque concernant les incidences du changement climatique sur les Îles du Pacifique.

ANNEXES

Déclaration de Lifou - 3ème Sommet Oceania 21 (30 avril 2015)

Déclaration de Paris - Paris Climat 2015 - Objectif OCÉAN : les propositions de l'économie bleue (8 juin 2015)

Fonds vert et financements climat (Ministère des Affaires étrangères et du développement international)

Les petites îles, l'océan et le climat (Rapport spécial pour le comité scientifique de la Plateforme Océan et Climat)

Ces documents sont disponibles en version PDF.


* (1) Membres du groupe interparlementaire d'amitié France-Vanuatu-Iles du Pacifique : Mme Catherine PROCACCIA, Présidente, M. Maurice ANTISTE, Mme Aline ARCHIMBAUD, Mme Delphine BATAILLE, Mme Nicole BONNEFOY, M. François COMMEINHES, M. Ronan DANTEC, Mme Catherine DEROCHE, M. Michel FONTAINE, M. Christophe-André FRASSA, M. Jean-Claude FRÉCON, M. Jacques GAUTIER, Mme Sylvie GOY-CHAVENT, Mme Sophie JOISSAINS, Mme Élisabeth LAMURE, M. Robert LAUFOAULU, M. Jean-François LONGEOT, M. Rachel MAZUIR, M. Jacques MÉZARD, M. Alain MILON, Mme Catherine MORIN-DESAILLY, M. François PILLET, M. Daniel RAOUL, M. Jean-Claude REQUIER, M. Yves ROME, M. Henri TANDONNET, M. Jean-Louis TOURENNE, M. Hilarion VENDEGOU.

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N° GA 128 - Juillet 2015

* 2 Académie de formation sur la gestion des données concernant l'océan et les ressources marines (N.D.T.)

* 3 Raviver l'économie des océans - Plaidoyer pour l'action (2015) disponible sur http://www.www.fr

* 4 document annexé au rapport

* 5 http://www.gcft.fr

* 6 Déchets d'équipements électriques et électroniques

* 7 Coalition pour les nations abritant des forêts tropicales (N.D.T.).

* 8 Reducing Emissions from Deforestation and forest Degradation : réduire les émissions de CO2 provenant de la déforestation et de la dégradation des forêts (N.D.T.)

* 9 Projet de défense côtière (N.D.T.)