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10 janvier 2003 : France - Etats-Unis, renouer le dialogue ( rapport de groupe interparlementaire d'amitié )

 

FRANCE-ETATS-UNIS : RENOUER LE DIALOGUE

Compte rendu de la visite à Washington, New-York et Boston d'une délégation du groupe interparlementaire France-Etats-Unis

7 au 13 septembre 2003


Table des matières





COMPOSITION DE LA DELEGATION

M. Paul GIROD
Président du groupe interparlementaire France-Etats-Unis
Sénateur de l'Aisne

M. André ROUVIÈRE
Vice-Président du groupe interparlementaire France-Etats-Unis
Sénateur du Gard

Mme Danielle BIDARD-REYDET
Secrétaire du groupe interparlementaire France-Etats-Unis
Sénateur de la Seine-Saint-Denis

M. Lucien LANIER
Secrétaire du groupe interparlementaire France-Etats-Unis
Sénateur du Val-de-Marne

M. Jean-Léonce DUPONT
Sénateur du Calvados

La délégation était accompagnée de Mlle Catherine FORGEARD, administrateur, secrétaire exécutif du groupe interparlementaire.

PROGRAMME DU DEPLACEMENT

Dimanche 7 septembre

16h40 Départ de Paris - Charles de Gaulle pour Washington D.C (vol AF 26)

19h00 Arrivée à Washington
Accueil par Mme Christine GRENIER, Deuxième Conseiller de l'Ambassade de France

Lundi 8 septembre

08h00 Petit-déjeuner de travail à la Résidence de France, offert par M. Jean-David LÉVITTE, Ambassadeur de France aux Etats-Unis

09h30 Entretien avec M. Dan FRIED, Conseiller du Président George W. BUSH pour l'Europe et l'Eurasie, National Security Council

10h30 Entretien avec M. Tom LANTOS, Représentant (D-Californie), Vice-Président de la Commission des relations internationales de la Chambre

13h00 Déjeuner à la Résidence du Ministre Conseiller, M. Denis PIETTON

15h00 Entretien avec Mme Elizabeth JONES, Assistant secretary (Directeur), Bureau des affaires européennes et eurasiatiques, Département d'Etat

15h45 Entretien avec MM. David SATTERFIELD et Philo DIBBLE, Deputy Assistant secretaries (Directeurs adjoints), Bureau des affaires proche-orientales, Département d'Etat

17h00 Entretien avec M. Chuck HAGEL, Sénateur (R-Nebraska), membre de la commission des affaires étrangères, président de la sous-commission « International Economic Policy, Export and Trade Promotion »

Mardi 09 septembre

09h00 Entretien avec M. Daniel HAMILTON, Professeur, Directeur du Centre d'Etudes transatlantiques, Paul H . Nitze School for advanced international studies, Université John Hopkins, suivi d'un débat avec son équipe du centre de recherche, notamment Mme Esther BRIMMER et Mme Chantal de JONGE-OUDRAAT

11h15 Entretien avec M. James OBERSTAR, Représentant (D-Minnesota), vice-président de la commission des transports et des infrastructures

12h30 Déjeuner à la Résidence de France1(*)

15h30 Entretien avec M. John MCCAIN, sénateur (R-Arizona), Président de la commission sur le commerce, les sciences et le transport

16h15 Entretien avec M. Paul SARBANES, Sénateur (D-Maryland)

17h00 Entretien avec Mme Dianne FEINSTEIN, Sénatrice (D-Californie)

Mercredi 10 septembre

10h00 Entretien avec Mme Marcy KAPTUR, Représentante (D-Ohio)

11h00 Entretien avec M. John BREAUX, Sénateur (D-Louisiane)

11h30 Entretien avec M. Evan BAYH, Sénateur (D-Indiana)

13h00 Déjeuner à la Résidence

14h00 Rencontre avec la presse française à la Résidence

18h00 Départ de Washington Reagan Airport pour New-York La Guardia (vol US 2182)

19h15 Arrivée à New-York La Guardia, accueil par M. Richard DUQUÉ, Consul général de France à New-York, M. Paul SERRE, stagiaire ENA auprès de la Mission permanente représentant la France à l'O.N.U et M. Régis BLAIN, chef du service de presse et de communication du Consulat Général

20h15 Dîner offert à la Résidence de l'Ambassadeur, Représentant permanent de la France auprès des Nations-Unies, M. Jean-Marc de la SABLIÈRE

Jeudi 11 septembre

09h15 Visite de la Mission permanente de la France auprès des Nations-Unies

10h30 Visite de l'Alliance Française de New-York, en présence de M. David BLACK, Président de la FIAF (French Institute Alliance Française) et d'enseignants de l'Alliance

11h45 Visite du Service culturel de l'Ambassade de France aux Etats-Unis, en présence de M. Jean-René GEHAN, Conseiller culturel

12h30 Déjeuner à la Résidence, offert par M. Richard DUQUÉ, Consul Général de France

15h Hommage aux victimes des attentats du 11 septembre 2001 : dépôt d'une gerbe au pied du Mémorial provisoire de Battery Park

18h00 Départ de New-York La Guardia pour l'aéroport Boston Logan (vol US 2138)

19h15 Arrivée à l'aéroport de Boston, accueil par M. Thierry VANKERK-HOVEN, Consul général de France et Mme Mireille MAKANDA, Attachée de presse

20h30 Réception offerte par M. Thierry VANKERK-HOVEN, Consul général de France, à la Résidence

Vendredi 12 septembre

09h30 Entretien avec Mme Kerry HEALEY, Vice-gouverneur du Massachusetts

10h00 Entretien avec Mme Kathi-Anne REINSTEIN, membre de la Chambre des Représentants du Massachusetts

10h30 Entretien avec M. Robert TRAVAGLINI, Président du Sénat du Massachusetts

11h00 Entretien avec M. Michael RUSH, membre de la Chambre des Représentants du Massachusetts

11h30 Visite guidée de la « State House »

12h30 Déjeuner offert par la Bibliothèque française - Alliance Française

14h30 Visite de la Bibliothèque - Alliance Française

18h30 Cocktail suivi d'un dîner organisé par la Chambre de commerce franco-américaine (Hôtel Méridien)

Samedi 13 septembre

10h00 Visite guidée du Musée des Beaux-Arts de Boston

12h30 Déjeuner au Musée des Beaux Arts

17h40 Départ de l'aéroport de Boston Logan pour Paris Charles de Gaulle (vol AF 337)

Dimanche 14 septembre

06h30 Arrivée à Paris Charles de Gaulle

INTRODUCTION

Mesdames, Messieurs,

Une délégation du groupe interparlementaire France-Etats-Unis s'est rendue à Washington, New-York et Boston, du 07 au 13 septembre 2003.

Le groupe interparlementaire s'était rendu, l'an dernier, en Californie et dans l'Etat de Washington pour un voyage d'étude sur la nouvelle économie. Depuis ce déplacement, l'actualité internationale a rendu nécessaire un voyage de tonalité beaucoup plus politique. Les divergences apparues au sujet de la guerre menée par les Etats-Unis en Irak appelaient un dialogue interparlementaire renforcé et des contacts directs, dépassant le stade des « petites phrases » relayées, de part et d'autre de l'Atlantique, par médias interposés.

La délégation qui s'est rendue à Washington, New-York et Boston a d'abord voulu témoigner de l'étroitesse des liens de solidarité historiques et culturels entre les peuples français et américain. Tous les membres de la délégation et notamment M. Jean-Léonce DUPONT, sénateur du Calvados, ont eu à coeur de rappeler que la France n'avait pas, loin s'en fallait, oublié le sacrifice des soldats américains sur son sol au vingtième siècle. Le groupe d'amitié a par ailleurs souhaité que ce déplacement soit l'occasion de rendre un hommage aux victimes des attentats du 11 septembre 2001, ce qui a donné lieu au dépôt d'une gerbe au Mémorial provisoire de Battery Park à New-York, le 11 septembre 2003. Ce fut aussi le moment de rappeler la communauté de valeurs existant entre les deux rives de l'Atlantique, une communauté de valeurs fondée sur la liberté et sur la démocratie, condamnant le fanatisme et le terrorisme.

Sur les questions de l'Irak et du Moyen-Orient, la délégation a pu avoir, avec tous ses interlocuteurs, un dialogue ouvert et franc, tourné vers la recherche de solutions pour l'avenir. Ce dialogue eut lieu dans le contexte des négociations sur la future résolution 1511 du Conseil de sécurité des Nations Unies et peu après le discours du Président américain George W. BUSH, demandant notamment au Congrès des moyens supplémentaires pour le financement des activités militaires et des efforts de reconstruction en Irak. Ce contexte était propice à un dialogue franco-américain constructif, dans un climat plus apaisé qu'au printemps dernier. Ce fut aussi l'occasion de rappeler que, si les Etats-Unis et la France avaient pu diverger dans leurs approches des enjeux, les deux alliés étaient en revanche en complet accord sur les objectifs fondamentaux de la lutte contre le terrorisme.

Au cours de son passage à Washington, la délégation a exprimé le souhait que l'établissement de liens durables entre le Congrès et le Parlement français soit susceptible, à l'avenir, de prévenir en amont certaines difficultés, dans l'intérêt d'une meilleure compréhension réciproque entre les deux pays. Cette demande fut suivie d'effet quelques semaines après le retour de la délégation, grâce à M. Amory HOUGHTON, Représentant républicain de l'Etat de New-York, qui a accepté de présider un « caucus » sur la France. La création de ce groupe a été annoncée le 22 octobre 2003. Il sera commun à la Chambre et au Sénat.

Enfin, au cours de son déplacement aux Etats-Unis, le groupe interparlementaire a également effectué des visites très enrichissantes à la Mission permanente de la France auprès des Nations-Unies, ainsi qu'aux Alliances Françaises de New-York et de Boston.

A Boston, les entretiens avec le Vice-Gouverneur ainsi qu'avec le Président du Sénat du Massachusetts furent l'occasion d'évoquer à nouveau les questions internationales et d'engager des discussions sur des sujets d'ordre politique et économique propres à cette région.

I. UNE CLASSE POLITIQUE AMERICAINE INQUIETE

A. LE TRAUMATISME DU 11 SEPTEMBRE

1. Le terrorisme, ennemi n°1

Le 11 septembre 2003, la délégation a souhaité se rendre à New-York, afin de rendre un hommage aux victimes des attentats. Il s'agissait aussi de témoigner de la solidarité de la France dans la lutte contre le terrorisme.

Certes, la délégation a pu constater, à New-York comme à Washington, que la volonté d'aller désormais de l'avant était manifeste. A New-York, le projet architectural destiné à combler le vide de « Ground Zero » a été choisi et il témoigne de cette volonté de tourner la page tout en commémorant les événements. George PATAKI, gouverneur de l'Etat de New-York, déclarait le 27 février 2003, après l'annonce du choix du lauréat2(*) : ce projet « montrera aux terroristes qu'ils ont échoué. Ils n'ont pas ébranlé notre confiance. Ils n'ont pas ravi notre liberté ». La cérémonie de commémoration du second anniversaire de la tragédie fut marquée par la sobriété. Les New-Yorkais vivent en fait quotidiennement avec le souvenir des attentats. Ce traumatisme est omniprésent depuis deux ans, au point qu'il ne paraît pas excessif de dire que l'ensemble de la politique américaine, tant sur les plans intérieur qu'extérieur, doit être lu au prisme des événements du 11 septembre 20013(*).

L'un des interlocuteurs de la délégation, M. Dan HAMILTON, Professeur à l'Université John Hopkins où il dirige le Centre d'Etudes transatlantiques, a établi un parallèle entre la chute du mur de Berlin et le 11 septembre 2001, le premier événement ayant clos une ère tandis que le second en ouvrait une autre. Selon le Dr HAMILTON, « Le 09 novembre nous a dit que le pire était passé, tandis que le 11 septembre nous a annoncé que le pire était à venir ».

Au delà de la formule (le 09/11 faisant écho au 11/09), le parallèle entre la période actuelle et la guerre froide est couramment effectué. Ainsi, le Président George W. BUSH stigmatise l' « axe du mal », ce qui n'est pas sans rappeler les discours du Président Ronald REAGAN contre l' « Empire du Mal ». Les Etats-Unis considèrent qu'aujourd'hui, comme par le passé, ils assument la charge de la défense du monde libre.

Prolongeant ce raisonnement, un Représentant a estimé, lors des entretiens de la délégation, que la lutte contre le terrorisme constituait une troisième « guerre mondiale », après la guerre contre le fascisme et celle contre le communisme. Comme lors de l'attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, les Etats-Unis ont été attaqués sur leur propre territoire. Par rapport à la guerre froide, cela constitue une différence de taille : le 11 septembre a montré aux Etats-Unis qu'ils étaient directement menacés. Le Dr HAMILTON a explicité ce point en soulignant que la ligne de front, située en Europe pendant quarante ans, se trouvait aujourd'hui sur le sol américain.

Cette obsession légitime du terrorisme est également apparue au cours de l'entretien de la délégation avec la sénatrice Dianne FEINSTEIN (D-Californie), membre de la Commission spéciale sur le Renseignement, qui a indiqué que, le 11 septembre 2001, une seconde vague d'attentats avait probablement été planifiée sur la côte ouest des Etats-Unis. Mme FEINSTEIN a souligné la menace persistante que le terrorisme faisait peser sur le sol américain, rappelant que les Etats-Unis craignaient toujours des attentats à l'anthrax, ainsi que des détournements aériens. Elle a ajouté que, puisque les compagnies américaines avaient drastiquement renforcé leurs mesures de sécurité, une telle attaque pourrait provenir d'un avion étranger.

Confrontés à cet état d'alerte permanent, les Etats-Unis sont partis en guerre contre un ennemi difficile à cerner.

2. Les moyens de la lutte anti-terroriste

Si un parallèle a pu être établi, lors des entretiens, entre la situation actuelle et celle de la guerre froide, ce parallèle a dû être abandonné sur la question des moyens de la lutte anti-terroriste.

En effet, Al Qaïda est un ennemi très mal connu, contre lequel la dissuasion classique ne fonctionne pas, d'une part parce que cet ennemi dispersé est peu visible et ne dispose pas d'un espace territorial propre, et d'autre part parce que ces terroristes ne craignent pas pour leurs propres vies, comme en témoigne le développement du phénomène « kamikaze ». Le monde libre et démocratique doit combattre un ennemi dont les modes de raisonnement lui sont complètement étrangers.

La lutte contre le terrorisme est donc d'abord une lutte contre les régimes complices du terrorisme, comme l'a souligné le Président George W. BUSH peu après le 11 septembre 2001. Ainsi, l'opération menée en Afghanistan était une réponse directe aux attentats. Mais le lien entre ces événements et l'intervention en Irak est moins clair, et le Président BUSH a lui-même reconnu récemment que les liens entre Saddam HUSSEIN et le réseau terroriste islamiste responsable du 11 septembre n'avaient pas été précisément établis.

Toutefois, le renversement du régime de Saddam HUSSEIN, tout comme la chute du régime taliban en Afghanistan, visent aussi à démocratiser le Moyen-Orient. Plusieurs interlocuteurs de la délégation ont en effet insisté sur la nécessité de promouvoir la liberté et la démocratie, c'est-à-dire de favoriser la mise en place de régimes susceptibles de mener un combat efficace contre les réseaux terroristes.

Cette démocratisation est perçue comme une prolongation nécessaire du mouvement qui a touché l'Europe de l'est après la chute du Mur de Berlin.

Ainsi, M. Dan FRIED, Conseiller de la Maison Blanche pour l'Europe et l'Eurasie, a souligné que la guerre contre le terrorisme n'était pas une guerre traditionnelle et que l'Europe et l'Amérique devaient travailler de concert pour promouvoir la poursuite du mouvement de démocratisation qui a balayé le monde depuis 1989.

B. L'AVENIR DU MOYEN-ORIENT

1. Une situation inquiétante en Irak

a) Le tournant du mois d'août

Les parlementaires américains rencontrés par la délégation ont tous exprimé une très grande inquiétude quant à l'évolution de la situation en Irak, depuis la fin proclamée de la guerre.

Ces interlocuteurs se sont montrés préoccupés par l'évolution de la situation sur le terrain, où des victimes étaient à déplorer presque chaque jour. Le mois d'août 2003 a en effet marqué un tournant dans l'après-guerre : après l'attentat du 7 août contre l'ambassade de Jordanie à Bagdad (10 morts), un camion piégé visant le quartier général des Nations Unies a tué 22 personnes le 19 août. Le représentant du Secrétaire Général des Nations Unies sur place, M. Sergio VIEIRA DE MELLO, fut lui-même victime de cet attentat. Depuis l'attaque contre l'ONU, le cycle des violences s'est poursuivi de façon quasiment ininterrompue. Le 29 août, une voiture piégée explosait à Nadjaf, devant le mausolée de l'imam Ali, causant une centaine de morts, dont l'ayatollah Mohammed BAQER AL-HAKIM.

Le 07 septembre 2003, le Président George W. BUSH a prononcé un discours télévisé au cours duquel il demandait l'aide de l'ONU et requérait 87 milliards de dollars auprès du Congrès pour stabiliser et reconstruire l'Irak (et, à hauteur de 800 millions de dollars, pour la reconstruction de l'Afghanistan). Cette somme portait à 160 milliards de dollars le coût total de la guerre.

Lors des entretiens de la délégation, le sénateur Chuck HAGEL (R-Nebraska), approuvant le discours prononcé la veille par le Président américain, a souligné la nécessité de partager le fardeau et les responsabilités décisionnelles dans le dossier irakien. Il a également insisté sur le fait qu'il n'y aurait pas de stratégie de sortie possible sans l'aide et le soutien de la communauté internationale. Il a précisé que le Président George W. BUSH était dans une situation difficile, pas seulement à cause de l'intervention en Irak, mais aussi en raison de la situation économique et des déficits, des pannes électriques qui ont concerné six Etats et des débats sur l'assurance médicale.

Le sénateur John MCCAIN (R-Arizona) a, quant à lui, estimé que l'Amérique vivait « un moment de faiblesse ».

Un autre interlocuteur de la délégation, pourtant proche du pouvoir, a reconnu que les Etats-Unis avaient commis deux erreurs majeures : dissoudre l'armée irakienne et démanteler le parti Bass. Plutôt que de « débassiser », a-t-il précisé, il aurait été préférable de « désaddamiser ».

La délégation a beaucoup apprécié que ses interlocuteurs se soient exprimés aussi franchement et librement. Elle a pu ainsi constater, en ce mois de septembre 2003, que la classe politique américaine était déjà saisie par une vive inquiétude.

b) Une situation qui n'a cessé de s'aggraver

Depuis la visite de la délégation aux Etats-Unis, l'évolution de la situation en Irak n'a pu que renforcer les craintes qui prévalaient déjà alors. Un nouvel attentat a frappé l'ONU le 22 septembre, des attaques ont visé l'hôtel Bagdad le 12 octobre puis l'hôtel Al-Rashid le 26. Le 27 octobre, le comité international de la Croix-Rouge était, à son tour, visé. Le 2 novembre, un hélicoptère de transport de troupes était abattu, causant la mort de 16 soldats américains. Le 12 novembre, le contingent italien était victime de cette escalade de la violence (28 morts à Nassiriya, dont 19 Italiens). Encore ne s'agit-il là que des opérations les plus spectaculaires.

Or la résistance des partisans de Saddam HUSSEIN ne suffit sans doute pas à expliquer une telle évolution. Il est probable que des terroristes étrangers aient infiltré le territoire irakien, comme ce « djihadiste » yéménite arrêté en octobre, qui détenait d'un passeport syrien.

Certes, les cibles visées par les terroristes ne sont pas exclusivement américaines. Les Irakiens sont les premières victimes de cette violence qui vise le chaos. Néanmoins, parmi les Américains présents (130 000 hommes), le bilan est lourd : à la fin du mois d'octobre 2003, le nombre soldats morts après la guerre (116) a dépassé le nombre de tués lors des combats de mars-avril (115). On est loin d'une situation semblable à celle de la guerre du Vietnam. Néanmoins, l'opinion publique américaine est très sensible à l'évolution de la situation en Irak, qui pourrait devenir l'un des enjeux majeurs de la campagne présidentielle qui commence.

L'aspect financier de la guerre est également préoccupant. A ce propos, et même si le vote des sommes demandées par le Président BUSH paraissait déjà acquis lors des entretiens de la délégation, l'inquiétude des Parlementaires de Washington annonçait des débats difficiles.

Le collectif budgétaire pour le financement de la stabilisation et de la reconstruction en Irak et en Afghanistan (concernant l'année fiscale 2004) a été adopté par le Congrès américain le 03 novembre 2003. Le Sénat s'est prononcé en faveur de ce collectif par un vote à main levée, tandis que la Chambre des Représentants l'a adopté par 298 votes contre 121. 64,7 milliards de dollars sont destinés à l'effort militaire, tandis que 18,6 milliards seront affectés à la reconstruction de l'Irak (contre 20,3 demandés initialement par le Président BUSH). Cette dernière enveloppe, destinée à la reconstruction, fut la plus controversée, notamment au Sénat où huit républicains se joignirent à la plupart des démocrates pour demander la conversion en prêts de la moitié de l'aide. Cette proposition n'a toutefois pas été retenue dans le texte final. En outre, le Congrès a également adopté un crédit d'1,2 milliard pour la reconstruction en Afghanistan, soit 400 millions de plus que le montant demandé par le Président.

Dans un contexte de déficit budgétaire important (374 milliards de dollars en 2003, plus de 500 milliards prévus pour l'année prochaine), le vote de crédits supplémentaires pour l'Irak était difficile à expliquer aux Américains, à qui l'on avait prédit que les ressources pétrolières viendraient financer l'effort de reconstruction.

Par ailleurs, le Congrès a adopté, le 12 novembre 2003, un budget de 401,3 milliards de dollars pour la Défense (hors coût de la guerre en Irak), en hausse de près de 2% par rapport à 2003. Un feu vert est donné à la recherche sur des têtes nucléaires de moins de cinq kilotonnes de puissance. Les responsables de l'administration affirment que ce type d'armes permettra de détruire des stocks d'armes chimiques ou nucléaires enterrés. Par ailleurs, 9,1 milliards de dollars sont affectés à la défense anti-missiles, ce qui représente une augmentation de 17% par rapport au budget 2003.

Le coût de la guerre en Irak, tant sur un plan humain que sur un plan financier, sera donc incontestablement l'un des principaux enjeux de l'élection présidentielle de 2004. Toutefois, l'Irak ne peut être isolé de son environnement. L'attitude des pays voisins sera déterminante, avec la crise israélo-palestinienne comme point de cristallisation de toutes les tensions.

2. L'escalade dans le conflit israélo-palestinien

Les entretiens ont donc porté également sur la situation en Israël. A ce propos, le voyage de la délégation s'est déroulé au moment des deux attentats-suicides du 10 septembre 2003, qui tuèrent 15 Israéliens à Jérusalem et Tel-Aviv. Dès le lendemain, Israël répliquait par un tir de missile sur Gaza, tuant deux proches d'un dirigeant du Hamas, Mahmoud AL-ZAHAR. Le Cabinet de sécurité israélien adoptait le principe de l'expulsion de Yasser ARAFAT, qualifiant le chef de l'Autorité palestinienne d'  « obstacle absolu à toute tentative de réconciliation entre Israéliens et Palestiniens ». Du côté palestinien, le Président du Parlement Ahmed QOREI était pressenti pour assumer la fonction de Premier ministre en remplacement de Mahmoud ABBAS.

Lors de son entretien avec la délégation, M. Dan FRIED a rappelé qu'il existait un consensus, d'une part sur l'objectif à atteindre (la coexistence de deux Etats) et d'autre part sur l'identification des enjeux de la négociation (tracé des frontières, statut de Jérusalem, avenir des réfugiés palestiniens et des implantations juives de Cisjordanie). M. FRIED a estimé que l'Autorité palestinienne ne semblait pas prête à s'engager sur la voie de la paix et qu'il était difficile de faire pression sur Ariel SHARON alors qu'Israël était victime d'actes terroristes. Le conseiller du Président BUSH a jugé que Yasser ARAFAT ne constituait plus un partenaire palestinien crédible.

Mme Elizabeth JONES, Directeur en charge de l'Europe et de l'Eurasie au Département d'Etat, a estimé elle aussi que, pour faire pression sur les Israéliens, il était indispensable d'avoir un partenaire palestinien crédible. Elle a souhaité que la nomination d'Ahmed QOREI au poste de Premier ministre, en remplacement de Mahmoud ABBAS, aille dans ce sens.

M. David SATTERFIELD, Directeur-adjoint pour les affaires proche-orientales au Département d'Etat, a souligné que c'était moins le nom du prochain Premier ministre palestinien qui comptait que le degré de responsabilités qui lui serait délégué. M. SATTERFIELD a ajouté que le conflit israélo-palestinien comportait deux autres dimensions :

D'une part, il a relevé que la dimension terroriste de cette crise impliquait des interventions non seulement du gouvernement palestinien mais aussi de la communauté internationale. A ce sujet, M. SATTERFIELD s'est réjouit de l'inscription de la composante politique du Hamas sur la liste européenne des organisations terroristes (entraînant le gel des fonds du mouvement), ce qu'il a considéré comme un pas dans la bonne direction. Le sénateur Evan BAYH (D-Indiana) a fait une remarque analogue à ce sujet, lors de son entretien avec la délégation.

D'autre part, M. SATTERFIELD a affirmé qu'il était nécessaire qu'Israël prenne des mesures pour renforcer la crédibilité du Premier ministre palestinien. Il a ajouté qu'Israël devait éviter les actions susceptibles de passer pour des provocations. L'Etat hébreu devait, selon lui, libérer les prisonniers ayant une importance politique, prendre des mesures contre les implantations juives illégales et veiller à améliorer les conditions matérielles de vie des Palestiniens. In fine, il a jugé qu'il avait sans doute été fait trop peu par les deux parties au conflit.

Répondant à une question d'un membre de la délégation, M. SATTERFIELD a considéré que Mahmoud ABBAS avait été soutenu, autant que les circonstances le permettaient, par les Etats-Unis et qu'il revenait à Yasser ARAFAT de lui donner les moyens de gouverner en optant pour une structure efficace de gouvernement et en acceptant l'unification des services de sécurité.

Concernant le mur dont le gouvernement israélien a entrepris la construction en réponse aux attaques terroristes, M. SATTERFIELD a précisé que c'était moins le principe de ce mur qui l'inquiétait que son tracé au-delà de la « ligne verte » séparant Israël de la Cisjordanie, car ce schéma risquait de conduire à l'annexion de facto par Israël de secteurs du futur Etat palestinien promis par le plan de paix international, la « feuille de route ».

3. Les autres « points chauds »

M. Dan FRIED a évoqué l'Iran, qui représente selon lui une véritable menace stratégique, en raison de son potentiel de développement d'armes nucléaires. Il a noté que les différences entre le Président iranien Mohammed KHATAMI et le « Guide Suprême » Ali KHAMENEI n'étaient peut-être pas aussi grandes qu'on avait pu le penser après l'élection (puis la réélection) du premier. Il a craint que l'Iran n'utilise ses ressources pétrolières pour faire pression sur la communauté internationale. La situation serait d'autant plus inquiétante que des liens existent entre l'Iran et la communauté chi'ite (majoritaire) d'Irak4(*).

Au sujet de la Syrie, M. SATTERFIELD a exprimé sa déception à propos de l'évolution de ce pays depuis la mort d'Hafez EL ASSAD et son remplacement par Bachar EL ASSAD. Il a jugé que le gouvernement syrien n'avait pris que des mesures superficielles pour lutter contre le terrorisme et qu'il lui restait encore à s'éloigner du Hezbollah et à se désengager du Liban. Il a ajouté que la France sous-estimait peut-être le danger constitué par la Syrie.

A propos des liens entre les Etats-Unis et l'Arabie saoudite, le sénateur Chuck HAGEL (R-Nebraska) a souligné l'efficacité de la coopération entre les services secrets des deux pays (échange d'informations, interrogation de prisonniers par des Américains).

M. HAGEL a noté que la situation pakistanaise était plus complexe, mais que le soutien au Président MUSHARRAF était d'une important cruciale. Il a ajouté qu'il ne fallait néanmoins pas approuver toutes les stratégies du Pakistan, afin de maintenir l'équilibre avec l'Inde.

Le sénateur Evan BAYH (D-Indiana), répondant à une question d'un des membres de la délégation évoquant l'assassinat du journaliste américain Daniel PEARL, a lui aussi indiqué qu'il fallait aider les autorités pakistanaises, y compris en faisant preuve de franchise au sujet des éléments incontrôlés qui existent dans cette société conflictuelle. Il a considéré que le mieux risquait en ce domaine d'être l'ennemi du bien et que les Etats-Unis faisaient leur possible pour renforcer les éléments favorables à la tolérance au Pakistan.

De façon plus générale, Mme Marcy KAPTUR (D-Ohio) et M. James OBERSTAR (D-Minnesota) ont mis en évidence l'incompréhension existant entre les Etats-Unis et les pays musulmans.

M. OBERSTAR a noté qu'il n'existait aux Etats-Unis que 34 universités sur 3000 qui proposaient des programmes d'études sur le Moyen-Orient. En outre, selon lui, neuf universités seulement proposent des enseignements d'arabe, et trois des programmes d'études sur l'islam. M. OBERSTAR a jugé que les Etats-Unis devaient inciter leurs universités à remédier à cette situation.

M. James OBERSTAR et Mme Marcy KAPTUR ont jugé que la France, quant à elle, avait une bien meilleure compréhension des pays musulmans. Mme KAPTUR a relevé que le terrorisme était bien plus qu'un phénomène superficiel, qu'il témoignait de la recherche d'identité de populations sortant d'une période coloniale et n'ayant jamais connu de mouvement intellectuel comparable aux « Lumières » européennes. Elle a attiré l'attention de la délégation sur le fait que les pays du Proche et du Moyen-Orient avaient finalement peu de relations directes avec Washington. Elle a souligné qu'il y avait très peu de communication entre les Représentants de ces pays d'une part, la Maison Blanche et le Congrès d'autre part.

Confrontés à ces questions difficiles, les Américains sollicitent volontiers l'aide de la France et de l'Europe.

II. DE FORTES ATTENTES VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'EUROPE

A. LA FRANCE VUE DES ETATS-UNIS

1. Un malentendu persistant

Au cours des entretiens, plusieurs interlocuteurs se sont exprimés au sujet du ressentiment que les différends franco-américains des derniers mois ont pu susciter à l'égard de la France. Aucun interlocuteur n'a exprimé de sentiments hostiles vis-à-vis de notre pays : tous se sont montrés ouverts au dialogue et ont espéré la reprise d'une coopération étroite. Mais le ressentiment d'une partie de la population américaine à l'égard de la France a néanmoins été mis en évidence.

M. Tom LANTOS, Représentant (D-Californie) a ainsi longuement expliqué à la délégation que le dommage serait très difficile à réparer car beaucoup d'Américains avaient le sentiment d'avoir été trahis. A Boston, Mme Kerry HEALEY, vice-gouverneur républicain du Massachusetts, a également jugé que le sentiment de déception à l'égard de notre pays était très répandu chez ses concitoyens.

Plusieurs parlementaires américains ont rappelé que des sentiments hostiles à la France s'étaient manifestés au Congrès, par exemple lorsque, au lendemain de l'intervention du Président français Jacques CHIRAC, au sujet de l'usage probable de son droit de veto par la France (10 mars 2003), il avait été proposé de rebaptiser les « french fries » en « freedom fries » dans les restaurants se situant dans l'enceinte du Congrès.

Par ailleurs, plusieurs parlementaires ayant voté contre la résolution autorisant l'emploi de la force militaire en l'Irak5(*) furent vivement critiqués, notamment s'ils avaient fait remarquer que certains éléments soulevés par la diplomatie française n'étaient pas sans fondement. Mme Marcy KAPTUR a indiqué avoir prononcé un discours en français à la Chambre, qui lui fut très vivement reproché par la suite. M. Paul SARBANES a également rappelé qu'un amendement contre les participations française et allemande à la reconstruction de l'Irak avait été déposé au Sénat. M. SARBANES s'était opposé à ce texte qui fut finalement retiré.

Si un certain ressentiment à l'égard de la France revient ainsi périodiquement sur le devant de la scène politique et médiatique américaine, ses conséquences réelles, en termes économiques, sont difficiles à évaluer.

2. Des conséquences économiques difficiles à évaluer

La dégradation de l'image de la France au cours des derniers mois est indéniable. Elle est d'autant plus préoccupante qu'elle se manifeste dans la frange la plus aisée et habituellement la plus francophile de la population américaine, comme le révèle un sondage Ipsos USA - Euro RSCG.

Toutefois, et peut-être justement parce que le ressentiment est venu de francophiles déçus, ce sondage met également en lumière un redressement rapide de l'image de la France entre mars et septembre 2003. Alors que 50% des consommateurs américains déclaraient, à la veille de l'intervention américaine, avoir « une très mauvaise image de la France », ils n'étaient plus que 42% en avril et 13 % en septembre. 60% des Américains trouvaient toutefois encore que le boycott était « plutôt » ou « tout à fait » justifié. L'étude Ipsos USA-Euro RSCG révèle dont l'existence de deux Amériques diamétralement opposées sur la question de l'image de la France.



Source : Ipsos USA - Euro RSCG (Etude menée du 12 au 14 septembre 2003 auprès de 1000 individus)

Certes, au premier semestre 2003, nos flux commerciaux avec les Etats-Unis se sont fortement contractés, nos exportations ayant fléchi de 10% et nos importations de 7,1%. Au cours du premier semestre, le recul des ventes françaises fut particulièrement sensible dans les secteurs de l'aéronautique (avec une baisse de 46%), du vin (- 8,6% en volume) et du tourisme (- 15% de touristes américains sur le sol français).

Mais, exprimés en dollars, nos échanges augmentent de 0,7%. Un effet lié à un éventuel boycott des produits français est difficile à mettre en évidence, pour de nombreuses raisons, au nombre desquelles figure bien sûr l'évolution de la parité euro/dollar. Mais il existe aussi des facteurs structurels susceptibles d'expliquer certaines évolutions : les ventes de boissons françaises aux Etats-Unis ont, par exemple, progressé de 5% sur un an, un score inférieur aux performances habituelles, mais qui s'explique surtout par le renforcement de l'environnement concurrentiel et la montée en puissance des vins américains (Chili, Argentine), australiens ou encore sud-africains.

Par ailleurs, les marques de luxe et, dans une moindre mesure, de grande consommation, ont maintenu leurs positions6(*).

Ces évolutions et l'étude Ipsos USA - Euro RSCG précitée incitent à penser, qu'à supposer même qu'il y ait réellement eu boycott des produits français, celui-ci n'aurait affecté que de façon ponctuelle et temporaire les relations économiques franco-américaines.

B. LE SOUHAIT D'UNE COOPERATION TRANSATLANTIQUE ACCRUE

1. La perspective du vote de la future résolution 1511

Les interlocuteurs de la délégation ont tous souhaité que la communauté internationale soit impliquée, d'une façon ou d'une autre, dans le processus de stabilisation et de reconstruction de l'Irak.

Au cours des entretiens, la délégation et M. Jean-David LÉVITTE, Ambassadeur de France ont souligné les nombreux points d'accord entre la France et les Etats-Unis dans la négociation sur la future résolution 1511. M. l'Ambassadeur a notamment précisé que la France acceptait les deux grandes orientations du projet de résolution : d'une part, le mandat donné à une force multinationale sous commandement américain, d'autre part le retour à la souveraineté irakienne à l'issue d'un processus politique devant faire l'objet d'un calendrier. Dès lors, les divergences entre la France et les Etats-Unis ont pu être ramenées à leurs justes proportions et les débats ont porté sur le rythme adéquat du retour à la souveraineté irakienne.

A ce sujet, le sénateur John MCCAIN (R-Arizona) a estimé que le transfert ne devrait avoir lieu que lorsque les Irakiens y seraient prêts. M. Jean-David LÉVITTE, Ambassadeur de France, a, pour sa part, préconisé un processus politique rapide, qui serait, selon lui, un gage de confiance à l'égard du peuple irakien, susceptible de modifier la situation sur le terrain.

Plusieurs interlocuteurs ont jugé souhaitable que ce soit les Irakiens qui définissent eux-mêmes le calendrier du retour à leur pleine souveraineté.

Le sénateur Chuck HAGEL (R-Nebraska) a souhaité, quant à lui, qu'un accord à l'ONU établisse les bases de relations plus solides entre les Etats-Unis et leurs alliés, avec à la clef un partage, non seulement du fardeau financier, mais aussi des responsabilités.

Le 15 octobre 2003, la résolution 1511 a été adoptée à l'unanimité du Conseil de sécurité des Nations Unies. Elle réaffirme les principes de souveraineté et d'intégrité territoriale de l'Irak et invite le Conseil de gouvernement à lui communiquer, au plus tard le 15 décembre 2003, un calendrier et un programme pour la rédaction d'une nouvelle constitution et la tenue d'élections démocratiques. Considérant que la sécurité et la stabilité de l'Irak sont les conditions de ce processus politique, la résolution autorise une force multinationale sous commandement unifié à prendre toutes les mesures nécessaires pour y contribuer.

Le 24 octobre 2003, la conférence internationale qui s'est tenue à Madrid a décidé la création d'un fonds multilatéral spécial géré par les Nations Unies et la Banque mondiale, alimenté à hauteur de 33 milliards de dollars en dons et prêts (jusqu'en 2007). Ces 33 milliards de dollars incluent toutefois les 20,3 milliards demandés par le Président George W. BUSH au Congrès américain, et dont seuls 18,6 milliards furent finalement adoptés. La France et l'Allemagne n'ont pas promis de fonds à titre individuel mais dans le cadre de l'Union européenne, dont la promesse totale s'est élevée à 1,5 milliard de dollars. Le secrétaire d'Etat américain Colin Powell a exprimé le souhait que la France, l'Allemagne et la Russie se montrent plus généreuses à l'avenir.

La conférence de Madrid aura au moins marqué une convergence d'intérêts pour l'Irak, de la part de pays naguère partisans ou opposants à la guerre. Le prochain chantier sera celui de la restructuration de la dette irakienne (environ 130 milliards de dollars), pour laquelle les Etats-Unis plaident vivement.

2. L'avenir des relations transatlantiques

Les entretiens de la délégation ont également porté sur l'avenir des relations transatlantiques dans le contexte international nouveau qui a vu le jour depuis quinze ans.

M. Dan FRIED, Conseiller de la Maison Blanche pour l'Europe et l'Eurasie, a rejeté la thèse de l'unilatéralisme américain : il a souhaité rappeler que les Etats-Unis avaient constamment sollicité l'aide de leurs alliés. En revanche, il a exprimé la crainte que la France n'ait profité du différend sur l'Irak pour s'opposer aux Etats-Unis et promouvoir un monde multipolaire. Il a estimé que l'Union européenne devait être prête à travailler de concert avec les Etats-Unis, et non se poser en rivale.

M. LANTOS a, lui aussi, craint qu'un certain égoïsme ne conduise l'Europe à laisser les Etats-Unis assumer seuls une tâche difficile.

La délégation a tenu à dissiper les craintes de ses interlocuteurs sur ces points, en expliquant que la France, si elle avait mis en garde contre les dangers d'une intervention militaire, n'avait jamais cherché à « utiliser » ou à « profiter » de la situation irakienne. Les membres de la délégation ont rappelé que la France était totalement solidaire des Etats-Unis dans leur lutte contre le terrorisme, d'autant plus que notre pays en avait également été la victime. Il a été souligné à de nombreuses reprises que la stabilisation de l'Irak était aujourd'hui dans l'intérêt commun des Américains et des Européens.

D'ailleurs, plusieurs interlocuteurs (M. Evan BAYH, Mme Dianne FEINSTEIN, M. Paul SARBANES) ont souligné que la coopération franco-américaine fonctionnait de manière très fructueuse dans au moins un domaine, celui du Renseignement.

M. Dan HAMILTON, professeur à l'université John Hopkins, a montré très clairement à quel point la France, l'Europe et les Etats-Unis avaient intérêt à avancer ensemble. Selon lui, de bonnes relations euro-américaines demeurent une garantie de bon fonctionnement du système international. Certes, l'ordre du jour des relations transatlantiques est devenu mondial. Il n'est plus aujourd'hui focalisé sur l'avenir de l'Europe, comme au temps de la guerre froide. Mais, selon M. HAMILTON, un accord entre les deux rives de l'Atlantique est un grand facteur de progrès au plan mondial, tandis qu'un désaccord constitue un frein puissant à toute avancée significative. M. HAMILTON a énuméré les domaines susceptibles d'évoluer considérablement selon lui, à condition que l'Europe et les Etats-Unis y travaillent de concert : d'une part, la transformation du Moyen-Orient, d'autre part le renforcement de la sécurité intérieure des Etats et, enfin, l'harmonisation des normes de gouvernance.

Cette convergence d'intérêts entre l'Europe et les Etats-Unis est au coeur du projet stratégique présenté par le Haut-Représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune, M. Javier SOLANA7(*), lors du Conseil de Thessalonique. Plusieurs interlocuteurs de la délégation ont mentionné ce document. M. FRIED l'a pleinement approuvé, jugeant qu'il constituait une excellente base de travail pour un partenariat transatlantique solide.

Dans ce document, le Haut Représentant pour la PESC estime que l'Europe doit être prête à assumer sa part de responsabilité dans un monde confronté à trois menaces principales : le terrorisme, la prolifération des armes de destruction massive et la déliquescence étatique qui favorise la criminalité organisée.

Le projet présenté par M. Javier SOLANA propose en conséquence trois objectifs stratégiques : étendre la zone de sécurité autour de l'Europe, mettre en place un ordre international fondé sur un véritable multilatéralisme et faire face aux menaces précitées. Or « notre concept traditionnel d'auto-défense (jusqu'à la guerre froide et pendant toute sa durée) répondait à la menace d'invasion. Face aux nouvelles menaces, c'est à l'étranger que se situera souvent la première ligne de défense. ». Pour remplir de tels objectifs, le rapport préconise donc des capacités de défense renforcées et promeut la coopération avec nos partenaires : « La relation transatlantique est irremplaçable. En oeuvrant de concert, l'Union européenne et les Etats-Unis peuvent constituer une formidable force au service du bien dans le monde. En développant nos capacités et en renforçant notre cohérence, nous deviendrions un acteur plus crédible et un partenaire plus influent ».

Le renforcement des capacités de défense et de planification de l'Europe devrait avoir pour cadre l'OTAN. A ce sujet, M. FRIED a exprimé la déception des Etats-Unis sur la question du quartier général européen séparé, réclamé par un certain nombre de pays (France, Allemagne, Belgique, Luxembourg)8(*), tandis que la Grande-Bretagne se prononçait, elle, en faveur d'une cellule de planification au sein du quartier général de l'OTAN (SHAPE9(*)) à Mons (Belgique).

On le voit, des divergences de vues subsistent sur certains aspects de la relation transatlantique et ces divergences se reflètent au sein de l'Union européenne. Néanmoins, un consensus émerge sur l'essentiel : seule une Europe forte diplomatiquement et militairement pourra être un allié crédible et efficace des Etats-Unis. Quelles qu'en soient finalement les modalités, une Europe de la défense est inéluctable. Et cette Europe de la défense ne sera pas une rivale mais bien un partenaire des Etats-Unis, tant les intérêts et les objectifs stratégiques sont similaires de part et d'autre de l'Atlantique.

ANNEXES

I. LA CREATION D'UN CAUCUS SUR LA FRANCE AU CONGRES

A. DÉPECHE AFP (22 OCTOBRE 2003)

WASHINGTON (AFP) - Un parlementaire américain, Amory HOUGHTON, a annoncé mercredi la création au Congrès d'un groupe d'amitié franco-américain pour renouer les liens entre Paris et Washington après l'affrontement sur l'Irak.

« Il est temps de repartir du bon pied et de reconstruire nos relations », a déclaré M. HOUGHTON en annonçant cette initiative en présence de M. Edouard BALLADUR, président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des députés française, lors d'un déjeuner à la résidence de l'Ambassadeur de France à Washington.

Ce groupe informel, appelé « caucus » au Congrès, compte déjà parmi ses membres environ 25 parlementaires américains, démocrates et républicains des deux chambres du Congrès, a précisé M. HOUGHTON.

« Les deux pays doivent dissiper les malentendus. Cela fait trop longtemps que cela dure » a ajouté le parlementaire, un républicain qui avait voté contre la résolution adoptée par le Congrès en octobre 2002 et donnant au président George W. BUSH pratiquement carte blanche pour lancer une guerre contre l'Irak.

Parmi les membres de ce groupe d'amitié figure notamment le représentant républicain Bob NEY qui s'était illustré en proposant de débaptiser les « french fries » - les frites en anglais - en « freedom fries » (frites de la liberté) dans tous les restaurants des annexes de la Chambre.

La mesure avait été adoptée en mars dernier alors qu'une campagne antifrançaise battait son plein dans les médias américains.

M. HOUGHTON a une attache ancienne avec la France. Son père a été ambassadeur à Paris de 1957 à 1961 sous la présidence de Dwight EISENHOWER.

B. LISTE DES MEMBRES AU 03 NOVEMBRE 2003

CHAMBRE DES REPRESENTANTS

Amo Houghton (R-NY), Président

Richard Baker (R-LA)

Chris Bell (D-TX)

Doug Bereuter (R-NE)

Lois Capps (D-CA)

Jo Ann Davis (R-VA)

Bill Delahunt (D-MA)

Jim DeMint (R-SC)

Paul Gillmor (R-OH)

Bill Jefferson (D-LA)

Chris John (D-LA)

Patrick Kennedy (D-RI)

Jim Kolbe (R-AZ)

John Larson (D-CT)

Jim Leach (R-IA)

Ed Markey (D-MA)

Jim McCrery (R-LA)

Jim McDermott (D-WA)

Jim McGovern (D-MA)

Bob Ney (R-OH)

Jim Oberstar (D-MN), Vice-Président

Ron Paul (R-TX)

Thomas Petri (R-WI)

Jack Quinn (R-NY)

Jan Schakowsky (D-IL)

Chris Shays (R-CT)

Billy Tauzin (R-LA)

David Vitter (R-LA)

Bob Wexler (D-FL)

Joe Wilson (R-SC)

SENAT

George Allen (R-VA)

Joseph Biden (D-DE)

John Breaux (D-LA), Vice-Président

Lincoln Chafee (R-RI)

Saxby Chambliss (R-GA)

Mike Crapo (R-ID), Vice-Président

Dianne Feinstein (D-CA)

Lindsey Graham (R-SC)

Chuck Hagel (R- NE)

Edward Kennedy (D-MA)

Pat Leahy (D-VT)

John Warner (R-VA)

Les Sénateurs John McCain (R-AZ) et Paul Sarbanes (D-MD) participeront aux réunions mais ne désirent pas être listés comme membres du caucus.

II. CHRONOLOGIE DE L'EVOLUTION DES RELATIONS FRANCO-AMERICAINES AU COURS DES DERNIERS MOIS

D'après : AFP

Janvier 2003

22 : Irrité par les positions françaises et allemandes contre une intervention à court terme en Irak, le Secrétaire à la Défense américain Donald RUMSFELD s'en prend à « la vieille Europe ».

Février

10 : La France, la Belgique et l'Allemagne opposent leur veto aux demandes de soutien de l'OTAN à la Turquie, en cas de conflit en Irak.

14 : Le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de VILLEPIN, affirme devant le Conseil de sécurité de l'ONU que « l'usage de la force ne se justifie pas aujourd'hui », s'attirant les ovations de l'assemblée.

Mars

10 : Jacques CHIRAC annonce que la France pourrait utiliser son veto à l'ONU contre une nouvelle résolution sur l'Irak.

11 : Des membres du Congrès rebaptisent « freedom fries » les « french fries » (frites).

20 : Quelques heures après les premiers bombardements sur Bagdad, Jacques CHIRAC déclare que « la France regrette » cette action engagée « sans l'aval des Nations unies ».

Avril

10 : Le numéro 2 du Pentagone, Paul WOLFOWITZ, déclare que la France devra « payer un prix » pour son opposition à la guerre.

15 : Premier contact téléphonique entre Jacques CHIRAC et George W. BUSH depuis le 7 février

22 : Le secrétaire d'Etat Colin POWELL affirme que la France aura à subir des conséquences pour son opposition à Washington.

23 : Dominique de VILLEPIN répond que la France continuera à « défendre la légalité internationale ». La Maison Blanche affirme que les propos de Colin POWELL ont été mal interprétés.

24 : George W. BUSH affirme que ce n'est « pas demain la veille » que son homologue français sera invité au ranch texan de Crawford.

26 : Les relations franco-américaines ont été « endommagées » mais « elles ne péricliteront pas », assure Colin POWELL.

Mai

: Visite en France du ministre américain de la Justice John ASHCROFT, la première d'un haut représentant de l'administration Bush depuis le début de la crise. La ministre de la Défense Michèle ALLIOT-MARIE assure que « le gros de la crise est derrière nous ».

15 : L'Ambassadeur de France, Jean-David LÉVITTE, dénonce une campagne de désinformation « inacceptable ». Le Washington Post publie un article en première page pour annoncer l'envoi d'une lettre de M. LÉVITTE à des personnalités politiques (Administration, Congrès) et aux medias, motivée par une longue « campagne de désinformation destinée à nuire à l'image de la France ». L'Ambassadeur note que la France a été accusée d'avoir vendu des armes à l'Irak, de posséder le virus de la variole, d'avoir fourni des passeports aux dirigeants irakiens en fuite ou encore d'avoir cherché à signer des contrats pétroliers avec l'Irak, juste avant le début de la guerre. Un porte parole de la Maison Blanche réfute toute participation de l'administration à une telle campagne de désinformation et déclare que la France est « amie et alliée, malgré les divergences que nous avons connues ».

22 : La France vote en faveur de la résolution 1483 levant les sanctions contre l'Irak et accordant un rôle plus important à l'ONU. Le vote de cette résolution est interprété comme le début d'un processus de réconciliation entre Washington et les pays opposés à la guerre en Irak. Colin POWELL affirme qu'il s'agit d'un « pas dans la bonne direction » mais que les désaccords ne sont pas oubliés. Le même jour, le Pentagone annonce que la France sera tenue à l'écart de l'exercice annuel de combat aérien « Red Flag » prévu en mars 2004.

29 : Le président BUSH affirme qu'il n'y aura pas de sanctions contre la France, ajoutant qu'il n'est pas en colère contre Paris mais simplement « déçu ». Il ponctue en français un entretien avec des journalistes européens d'un « vive la France ».

Juin

1er : MM. CHIRAC et BUSH se serrent la main au début du sommet du G8 d'Evian.

2 : Les deux présidents BUSH et CHIRAC ont un entretien en tête-à-tête pour la première fois depuis le début de la crise. Ils reconnaissent leurs désaccords mais affichent la volonté d'aller de l'avant.

16 : Aucun appareil américain ne participe aux démonstrations en vol au salon aéronautique du Bourget, une première dans l'histoire du Salon.

Juillet

9 : Dominique de VILLEPIN déclare qu'une présence militaire française en Irak n'est imaginable que sous mandat de l'ONU.

Août

21 : La France estime à l'ONU qu'il faut « réviser profondément la stratégie » suivie en Irak.

29 : Jacques CHIRAC prône un transfert du pouvoir aux Irakiens « sans délai ».

Septembre

13 : Colin POWELL juge « totalement irréalistes » les propositions françaises d'organiser des élections en Irak avant le printemps prochain.

18 : Jacques CHIRAC fait un geste envers Washington, en affirmant que la France est prête à former des policiers et soldats irakiens.

22 : Jacques CHIRAC fait savoir que la France ne mettra pas son veto à un projet de résolution des Etats-Unis sur l'Irak, dans une interview au New-York Times. Il ajoute : « Ce que je veux que vous compreniez, c'est que moi je ne dis pas blanc parce que les Américains disent noir. »

Octobre

16 : La résolution 1511 est votée à l'unanimité au Conseil de sécurité des Nations unies. Elle autorise la création en Irak d'une force multinationale sous commandement unifié américain. Le ministre des affaires étrangères français précise que cette résolution constitue « un premier pas » mais « n'est pas à la hauteur des enjeux ». « Nous aurions préféré que ce texte fixe des échéances plus contraignantes et plus rapprochées pour le transfert des responsabilités et la transition politique » en Irak, indique-t-il notamment.

17 : Le ministre des affaires étrangères Dominique de VILLEPIN assure dans un entretien publié dans Le Monde que le vote de la France en faveur de la résolution 1511 de l'ONU était motivé par une « attitude de responsabilité et de lucidité », malgré l'absence d'un calendrier précis de retour à la souveraineté irakienne.

22 : Annonce officielle de la mise en place du groupe d'amitié France-Etats-Unis au Congrès américain. Il sera présidé par le Représentant Amory HOUGHTON (R - New York)

III. L'INSTITUT FRANÇAIS - ALLIANCE FRANÇAISE DE NEW-YORK

Au cours de ses visites des Alliances Françaises de Boston et de New-York, la délégation a salué le remarquable travail de ces organismes pour la promotion de la langue et de la culture françaises10(*).

Le French Institute - Alliance Française (FIAF) de New-York fut créé en 1971 par la fusion de deux vieilles institutions new-yorkaises : l'Institut Français, fondé en 1911 et l'Alliance Française, qui date de 1898. Le but du FIAF, un organisme américain indépendant sans but lucratif, est de resserrer les liens culturels et éducatifs entre la France et les Etats-Unis.

La bibliothèque, héritée de l'Institut Français, comporte 35 000 livres en français et 100 abonnements aux plus importants périodiques et journaux français, ainsi que des ressources multimédias (CD-Roms, DVD, vidéos). Les locaux de la bibliothèque ont été magnifiquement rénovés par l'architecte Michael Graves. Le fonds est doté d'un catalogue informatisé accessible sur internet (Bestseller Portfolio). Au cours de l'année 2002, la Bibliothèque a accueilli plus de 57 000 visiteurs. En outre, ses ressources sont partagées par le réseau des Alliances Françaises, grâce au web. La bibliothèque organise également de nombreux événements et animations.

Le centre linguistique du FIAF propose des cours de français de tous niveaux, des cours spécialisés dans les entreprises, des ateliers sur des sujets divers, des services de traduction.

Enfin, le FIAF dispose de deux grands auditoriums (dont le Florence Gould Hall, récemment rénové, qui compte 400 places) et y organise de nombreux événements culturels dans des domaines variés (cinéma, théâtre, danse, littérature, musique). Des personnalités telles que Jean-Pierre Jeunet, Jeanne Moreau et Jane Birkin y ont récemment été accueillies.

Il faut souligner le remarquable travail de l'équipe du FIAF et de son Directeur, M. David BLACK. Leur engagement a permis de lever d'importants fonds privés pour la réalisation d'un véritable centre culturel au coeur de New-York, une véritable chance pour notre pays.

IV. PRESENTATION DU MASSACHUSETTS

A. HISTOIRE DU « BAY STATE »

Source : http://www.mass.gov

« Ense petit placidam sub libertate quietem » - « c'est par l'épée qu'il conquiert une

calme tranquillité, abritée par la liberté ». Ce sceau fut adopté en 1780 et officialisé en 1885. Il représente un indien avec une flèche pointée vers le bas, symbolisant la devise de l'Etat : « By the sword we seek peace, but peace only under liberty ».

L'histoire du Massachusetts se confond avec celle des Etats-Unis, cet Etat ayant joué un rôle fondamental dans la colonisation et dans l'émancipation américaines, ainsi que dans la formation de l'Union. Plymouth a constitué la première colonie de peuplement établie par les pèlerins du Mayflower qui souhaitaient s'émanciper de l'Eglise anglaise (1620). En dépit de grandes difficultés matérielles, leur colonie s'étendit. Le premier « Thanksgiving » fut célébré dans le futur Etat du Massachusetts en 1621, en remerciement aux Indiens qui avaient permis aux colons de survivre grâce à l'enseignement de leurs techniques de culture et de chasse. La colonie s'agrandit avec l'arrivée des Puritains qui développèrent les villes de Salem et de Boston à partir de 1630. La charte royale accordée à la Compagnie de la Baie du Massachusetts fixa les premières règles de gouvernement. Au cours des années qui suivirent, les Puritains gouvernèrent cette région. Ils y développèrent notamment l'enseignement (fondation de l'université de Harvard en 1636).

Le Massachusetts fut par la suite à l'avant-garde du combat pour l'indépendance des colonies. Après le « massacre de Boston » du 5 mars 1770, le conflit anglo-américain éclata au sujet des taxes et autres restrictions au commerce (célèbre épisode de la « Boston Tea Party » du 16 décembre 1773). La rébellion qui s'ensuivit aboutit aux batailles de Lexington et de Concord (19 avril 1775) puis de Bunker Hill (17 juin 1775), considérées comme les premiers « fait d'armes » de la guerre d'indépendance. Après le départ des Anglais de la région (1776), une convention rédigea une constitution pour le Massachusetts, ratifiée le 15 juin 1780. Ce texte servit de modèle à la constitution fédérale américaine. Il est considéré comme la plus ancienne constitution encore en vigueur dans le monde. En 1788, le Massachusetts fut le sixième Etat à ratifier la constitution des Etats-Unis.

Le dix-neuvième siècle fut marqué, du point de vue économique, par un développement très rapide de l'industrie (notamment textile) et, du point de vue intellectuel, par l'émergence en Nouvelle-Angleterre du « transcendantalisme » (Ralph EMERSON, Henry THOREAU), mouvement littéraire, philosophique et social. A partir des années 1830, la ville de Boston devint l'un des bastions du mouvement anti-esclavagiste mené notamment par Frederik DOUGLASS. Le Massachusetts fut le premier Etat à répondre à l'appel aux armes lancé par le président Abraham LINCOLN après l'assaut du Fort Sumter par la Confédération des Etats du sud (1861), qui marqua le début de la « civil war ».

Après la guerre de Sécession, le Massachusetts connut un développement économique rapide. Avec la poursuite de l'immigration, les communautés irlandaise et italienne devinrent de plus en plus influentes.

Depuis la seconde guerre mondiale et le déclin de l'industrie textile, ce sont les secteurs de l'électronique, de l'informatique et de la défense qui ont prospéré. Depuis les années 1990, le Massachusetts est l'une des régions leaders en matière de nouvelles technologies.

Plusieurs Présidents américains furent originaires du Massachusetts : Parmi eux et après John ADAMS (président de 1797 à 1801) et John Quincy ADAMS (1825-1829) figurent John F. KENNEDY (né à Brookline en 1917) et George H. W. BUSH (né en 1924 à Milton).

B. ECONOMIE : CRISE ET REFORMES

Source : http://www.enchantedlearning.com/usa/states/massachusetts/

Le Massachusetts compte aujourd'hui 6 427 801 habitants. Il est le dixième Etat américain en termes de richesse économique globale et le second en termes de PIB par habitant (37 992 $). L'agriculture et la pêche subsistent dans cette région qui a par ailleurs connu une désindustrialisation marquée. Le Massachusetts s'est en revanche rapidement développé dans le domaine des nouvelles technologies, où il est, avec la Californie, l'un des leaders.

La région de Boston est aujourd'hui le siège de nombreuses sociétés dans les secteurs de la défense (Raytheon), de la Banque (FleetBoston Financial), des produits aux particuliers (Gillette, Reebok International), de l'électronique (Analog devices, Teradyne), des sciences et des biotechnologies (Biogen).

Au cours des dernières années, le Massachusetts a subi une phase de crise économique (qui a débuté en décembre 2000). Les entreprises liées aux nouvelles technologies ont perdu, comme dans le reste des Etats-Unis, de très nombreux emplois, après l'éclatement de la bulle. Les transports aériens et le tourisme ont également connu des difficultés majeures liées à l'après 11 septembre. Grâce à une politique économique expansionniste, cette récession demeure toutefois moins grave que celle que le Massachusetts avait enregistré au début des années 1990. Le taux de chômage ne devrait pas dépasser les 6 % avant la reprise, prévue pour l'année prochaine (ce taux de chômage s'élevait à 5,4% en avril 2003). Certains secteurs ont par ailleurs échappé à la récession : il s'agit de la santé (hôpitaux), des sciences médicales, de la pharmacie et des biotechnologies.

Le secteur des biotechnologies emploie 42 000 personnes en 2003, dans près de 1000 entreprises. Ce secteur entretient des relations très étroites avec les grandes universités de la région. 5000 scientifiques dans les domaines des « sciences de la vie » ont été recensés dans l'Etat, ce qui constitue sans doute l'une des plus grandes concentrations au monde de chercheurs dans le domaine médical. Lors de son entretien avec la délégation, M. Robert TRAVAGLINI, Président du Sénat du Massachusetts, a insisté sur l'importance de ce domaine des « sciences de la vie » qui doit, selon lui, être considéré comme le moteur futur de la croissance de la région.

Malgré la reprise, annoncée pour l'année prochaine, des inquiétudes demeurent, notamment en raison de prix du logement très élevés qui sont peu attractifs pour les travailleurs très qualifiés que l'Etat voudrait attirer sur son territoire. Par ailleurs, comme l'a souligné Mme Kerry HEALEY, Vice-Gouverneur, lors de son entretien avec la délégation, la reprise économique semble plus lente dans le Massachusetts que dans le reste des Etats-Unis. Ce rythme modéré de reprise doit, selon elle, être imputé d'une part aux nombreuses suppressions d'emplois dans les secteurs technologiques et, d'autre part, à une pression fiscale qui demeure élevée.

Cette situation économique difficile, combinée à des réductions d'impôts (nombreux dégrèvements fiscaux au cours des dix dernières années), a entraîné un grave déséquilibre budgétaire. Le déficit est en effet de 4 milliards de dollars sur un budget global de 25 milliards. Ne souhaitant ni recourir à une augmentation de la pression fiscale (par crainte de délocalisations), ni réduire les services publics, le gouverneur Mitt ROMNEY a choisi de privilégier la restructuration administrative, comme l'a souligné Mme Kerry HEALEY. Cette restructuration passe par des licenciements, y compris dans des secteurs tels que l'éducation et la sécurité. Selon Mme HEALEY, ces évolutions sont perçues de façon positive par l'opinion. Huit mois après la prise de fonction en effet, le Gouverneur conservait une cote de popularité de plus de 60%.

C. VIE POLITIQUE : UNE « COHABITATION » DIFFICILE

La constitution du Massachusetts, qui inspira les rédacteurs de la constitution fédérale américaine, met en pratique le principe de séparation des pouvoirs.

Outre les postes de Gouverneur et de Vice-Gouverneur, quatre autres fonctions exécutives sont pourvues par élections quadriennales. Ces fonctions sont actuellement exercées par :

Gouverneur : Mitt ROMNEY (Républicain)
Vice-Gouverneur (Lieutenant Governor) : Kerry HEALEY (Républicaine)
Secrétaire du Commonwealth : William F. GALVIN
Trésorier et Receveur Général : Timothy P. CAHILL
Attorney General: Thomas REILLY
Auditeur: A. Joseph DENUCCI

Un Conseil exécutif (constitué du Vice-Gouverneur et de 8 membres élus pour deux ans) a pour fonction d'approuver certaines nominations et d'autoriser les dépenses du Trésor.

Le Parlement (General Court) est constitué d'un Sénat (40 membres élus tous les deux ans) et d'une Chambre des Représentants (160 membres, également renouvelés tous les deux ans). Le bicamérisme est appliqué de façon souple. Les textes sont en effet examinés par des commissions permanentes communes aux deux assemblées. Il existe 21 commissions, qui comprennent chacune six Sénateurs et onze Représentants. Ces commissions tiennent des auditions publiques au cours desquelles les citoyens et notamment les personnes intéressées par le projet peuvent s'exprimer. Les commissions se réunissent ensuite à nouveau, émettent un rapport qui comporte une recommandation sur le texte examiné. Après trois lectures, les textes votés sont déposés sur le bureau du Gouverneur qui peut les signer ou opposer son veto. Si le Gouverneur n'agit pas dans un délai de dix jours et que le Parlement est en session, le texte voté devient loi. Si le Parlement n'est plus en session, cette abstention équivaut au contraire à un veto (« pocket veto »). Seul un vote à la majorité des deux-tiers permet d'outrepasser l'exercice du veto.

La plus haute instance judiciaire est la Cour Suprême, composée d'une Présidente (Chief Justice Margaret H. MARSHALL) et de cinq juges, tous nommés par le Gouverneur.

Les deux chambres sont actuellement très majoritairement démocrates, tandis que le Gouverneur, élu en novembre 2002, est républicain. Cette situation de « cohabitation » entre un exécutif républicain et un parlement démocrate entraîne des difficultés politiques, notamment sur les questions budgétaires. Les tensions sont fortes entre le Gouverneur Mitt ROMNEY d'une part et le Speaker de la Chambre Thomas M. FINNERAN ainsi que le Président du Sénat Robert E. TRAVAGLINI d'autre part. Mme Kerry HEALEY a estimé, lors de son entretien avec la délégation, que cette situation n'avait pas empêché le Gouverneur de faire voter les principales réformes inscrites à son programme. Mme HEALEY a ajouté que, malgré cette « cohabitation » un budget équilibré avait pu être voté, sans augmentation de la pression fiscale. M. TRAVAGLINI a estimé quant à lui que les pressions exercées par les chambres avaient permis de sauver l'essentiel des services publics.

Lors des autres contacts de la délégation à la « State house », la question de la peine de mort a été abordée. La peine capitale fut instaurée dans le Massachusetts en 1898. Après l'exécution de 65 condamnés entre 1898 et 1947, aucune exécution n'eut plus jamais lieu. Depuis 1975, plusieurs décisions de la Cour Suprême de l'Etat ont aboli la peine de mort. Cette question est régulièrement débattue à la Chambre, où la peine capitale fut rejetée à plusieurs reprises, durant les dix dernières années. Par ailleurs, la peine de mort pourrait être infligée au nom du droit fédéral, même dans les Etats l'ayant abolie ou ne la pratiquant plus, ce qui est très contesté dans les treize Etats concernés, et notamment au Massachusetts (affaire en cours concernant Gary SAMPSON). Le Gouverneur ROMNEY s'est prononcé en faveur d'une réintroduction de la peine de mort au niveau de l'Etat. Le débat sur ce sujet est donc loin d'être clos, cinquante-six ans après la dernière exécution. Une commission d'experts a été mise en place pour déterminer dans quelles conditions la preuve de la culpabilité pourrait être administrée de façon scientifique, afin d'éviter, si cela est possible, tout risque d'erreur judiciaire. Un vote pourrait avoir lieu au début de l'année 2004.

D. PRESENCE FRANCAISE DANS LE MASSACHUSETTS

Le Consulat Général de France de Boston recense 4545 ressortissants français immatriculés dans le Massachusetts. Par ailleurs, 11,4 % de la population américaine de l'Etat se réclament d'une ascendance soit française (426 569 habitants) soit franco-canadienne (258 291 personnes).

Les implantations économiques françaises dans le Massachusetts sont nombreuses. Les principaux établissements industriels français sont ceux de branches spécialisées des groupes Saint-Gobain (1800 salariés dans l'unité de production de Worcester), Essilor (500 salariés) et Schneider (70 ingénieurs). La présence française est importante dans les secteurs de pointe comme l'informatique et les télécommunications.

Les sociétés françaises implantées le long de la « route 128 »11(*) sont principalement STMicroelectronics, Sopra, Soitec ou encore Dassault Systèmes. Dans le domaine des sciences de la vie, on note la présence de Rhodia et d'un certain nombre de PME, en particulier dans le secteur biotechnologique et pharmaceutique. Les sociétés françaises sont enfin présentes dans le secteur de la distribution, avec Decathlon ou Sodexho Pass, dans le service aux entreprises avec Altran, ainsi que dans le domaine des services financiers par l'intermédiaire d'investisseurs tels que Gérard Moufflet, Acceleration Capital, Lafayette Développement ou encore Ixis, filiale de la Caisse des Dépôts et consignations.

La Chambre de Commerce franco-américaine comporte un chapitre régional pour la Nouvelle-Angleterre basé à Boston, créé en 1985 et qui compte aujourd'hui 188 membres.

L'Alliance Française de Boston et Cambridge fut créée en 1898. La Bibliothèque Française, quant à elle, fut fondée après la seconde guerre mondiale. En 2000, les deux organismes ont signé un accord de coopération afin de promouvoir ensemble la langue et la culture françaises. Aujourd'hui, la French Library and Cultural center / Alliance Française , à statut privé, travaille en partenariat avec le service culturel du Consulat Général, avec pour objectif de promouvoir les relations culturelles entre la France et le Massachusetts. Outre sa vaste bibliothèque (plus de 30 000 ouvrages, ainsi que les archives de Marcel Carné, léguées par l'intéressé), le Centre propose des programmes toute l'année, notamment des cours de langue, des conférences, des expositions.

Ces organismes doivent être encouragés dans leur travail de promotion des entreprises françaises et de la culture de notre pays.

Enfin, la renommée des universités du Massachusetts (Harvard, Massachusetts Institute of Technology, Boston College...) attire de nombreux étudiants français ainsi que des scientifiques et chercheurs (une centaine par an). Plusieurs entreprises françaises ont des contrats de recherche avec ces universités prestigieuses, par exemple Saint-Gobain, France Telecom, EDF et Thomson avec le MIT ou Harvard.

De nombreux interlocuteurs ont souligné que l'image de la France auprès de la population américaine avait été sérieusement écornée au cours des derniers mois. Néanmoins, la délégation a pu constater qu'il existait dans la région de Boston une véritable dynamique de terrain des relations entre la France et les Etats-Unis, ainsi que des solidarités concrètes. Souhaitons que le développement de ce type d'échanges soit susceptible, à l'avenir, de dédramatiser quelque peu la relation bilatérale, dans l'intérêt d'une meilleure compréhension mutuelle.




1 Déjeuner offert par M. L'Ambassadeur, en présence de MM. Robert BRADTKE (Directeur adjoint Europe de l'ouest, Département d'Etat), David CALLEO (Directeur des Etudes européennes, Université John Hopkins), Ivo DAALDER (Senior fellow, The Brookings Institution), Michael HALTZEL (Staff member, Minority Staff, Comité des relations extérieures, Sénat), Jim HOAGLAND (Journaliste, Washington Post), Eric JOHNSON (Chief of staff, Représentant Robert Wexler [D-Floride]), James KITFIELD (Journaliste, National Journal), Vincent MORELLI (Staff Director, Majority Staff, Commission des relations extérieures, Sénat), Michael MUCCHETTI (Chief of Staff, Représentant Lloyd Doggett [D-Texas]), Mme Susan OLSON (Chief of Staff, Représentant Doug Bereuter [R-Nebraska]), M. Tom OMESTAD (Journaliste, US News & World Report),Mme Barbara SLAVIN (Journaliste, USA Today)

2 Le projet choisi à l'issue de l'appel d'offres lancé en août 2002 est celui de l'architecte Daniel LIBESKIND. Conformément aux souhaits des familles des victimes, l'emplacement exact des tours jumelles sera laissé libre de toute construction. Autour de ces vastes espaces laissés libres, s'élèveront plusieurs gratte-ciel aux toits inclinés ainsi que la Tour de la Liberté, qui sera construite par un autre architecte, David CHILDS. Haute de 541 mètres, soit 1776 pieds, en hommage à l'année 1776, date de la déclaration d'indépendance des Etats-Unis, elle constituera la plus haute tour habitée du monde. Quant au Mémorial qui doit également être érigé sur le site de « Ground Zero », il fait actuellement l'objet d'un concours. Quelque 5200 offres ont été déposées, venant de 62 pays.

3 Il faut rappeler que les attentats du 11 septembre 2001 ont coûté la vie à 2981 personnes, dont 2752 dans les tours jumelles du World Trade Center à New-York, 189 à Washington (avion lancé contre le Pentagone) et 40 en Pennsylvanie (crash du vol UA93). Il s'agit là des derniers chiffres disponibles, le bilan étant régulièrement actualisé (AFP, 29 octobre 2003).

4 Peu après le déplacement de la délégation, c'est la diplomatie européenne qui est parvenue à briser les réticences de l'Iran à coopérer avec l'Agence internationale pour l'énergie atomique (21 octobre 2003). Les ministres français, britannique et allemand des affaires étrangères ont obtenu du régime de Téhéran la suspension de l'enrichissement d'uranium et la ratification du protocole additionnel du Traité de non prolifération, permettant des visites inopinées et complètes sur tous les sites. Les Etats-Unis, qui ont jugé cette évolution très positive, attendent néanmoins que ces promesses se concrétisent dans les faits.

5 La résolution n° H.J.Res. 114 autorisant le Président à recourir à la force contre l'Irak a été adoptée à la Chambre des Représentants le 10 octobre 2002 par 296 voix contre 133 (3 Représentants n'ayant pas pris part au vote) et au Sénat le lendemain par 77 voix contre 23. Parmi les parlementaires rencontrés par la délégation, le Sénateur Paul Sarbanes (D-Maryland) et les Représentants Marcy Kaptur (D-Ohio) et James Oberstar (D-Minnesota) avaient voté contre.

6 Sources : Centre Français du Commerce extérieur, Direction des Relations économiques extérieures

7
Une Europe sûre dans un monde meilleur, Javier Solana, Haut représentant de l'UE pour la politique étrangère et de sécurité commune, Conseil européen de Thessalonique (20 juin 2003)

8 L'ambassadeur américain auprès de l'OTAN, Nicholas Burns, résumait ainsi le point de vue de son gouvernement le 27 octobre dernier : "La constitution d'une force européenne parallèle à l'OTAN et dotée d'un commandement séparé est un acte de division désastreux pour la relation transatlantique qui déséquilibrerait les forces en présence."

9 Supreme Headquarters Allied Powers Europe

10 Au sujet de la Bibliothèque Française - Alliance Française de Boston, voir p.40

11 La route 128 est l'axe périphérique qui depuis 1951 ceint l'agglomération de Boston (154 communes peuplées de 6 millions d'habitants au total) sur un rayon d'une quinzaine de kilomètres, et le long duquel se sont établies nombre de sociétés de haute technologie, au point que leur concentration est exceptionnelle aux Etats-Unis. La Route 128 est la Silicon Valley de la côte Est.