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C. RENCONTRE AVEC LES JOURNALISTES DU HAARETZ, JOURNAL DE RÉFÉRENCE EN ISRAËL, LE MARDI 17 MAI, AU SIÈGE DU HAARETZ, À TEL AVIV

Le rédacteur en chef a tout d'abord présenté le journal comme le seul véritable quotidien d'information générale du pays.

Distribué à environ 100.000 abonnés, Haaretz doit, selon lui, conquérir aujourd'hui un public plus large, notamment par le biais de ses divers « suppléments » (sport, magazine, littérature, culture, etc.).

Il a souligné qu'une version électronique du journal était consultable en anglais sur Internet.

Interrogé sur les sujets d'actualité du journal, il a indiqué que :

- sur le plan politique, la majorité des articles traitait du désengagement de la bande de Gaza et de la situation sociale ;

- sur le plan économique, l'attention portait particulièrement sur le processus de privatisation en cours.

Il a indiqué qu'un certain nombre de journalistes du Haarezt étaient implantés dans les territoires, citant l'exemple de la journaliste Amira Hass3(*), qui travaille depuis plusieurs années côté palestinien, a résidé longtemps à Gaza et habite aujourd'hui à Ramallah : journaliste de terrain et de combat, elle se trouve à l'heure actuelle dans le Gush Katif (implantation des colonies israéliennes dans le nord de la bande de Gaza), a t'il précisé.

Même s'il a insisté sur la diversité des opinions au sein du journal, il a néanmoins indiqué que la ligne éditoriale du journal s'était toujours positionnée contre la politique de colonisation menée par Israël et estimé que la majorité de la population soutenait aujourd'hui le désengagement.

Hostile au principe de la barrière de sécurité, il a tenu à dénoncer le lien simpliste établi entre l'avancée de la barrière et la diminution des attentats, considérant que l'accalmie actuelle allait également dans le sens des intérêts des autorités palestiniennes, pressées de voir les Israéliens se retirer de leurs territoires.

Il a estimé que rien ne garantissait qu'une nouvelle flambée de violence ne reprenne après le retrait, et ceci d'autant plus que la stratégie d'Ariel Sharon consistait à se servir du retrait unilatéral comme un alibi pour radicaliser ses positions sur les autres terrains.

David Assouline, vice-président du groupe d'amitié, a souhaité connaître les principaux sujets de préoccupation économiques et sociaux de la population israélienne.

Le rédacteur en chef lui a répondu que le mouvement de privatisation de grande ampleur était le principal facteur d'inquiétudes des Israéliens.

Il a considéré que l'affaiblissement de la Fédération générale du travail Histradout avait permis au Gouvernement d'entamer les droits des chômeurs et des retraités, sans que ces derniers n'aient de véritables moyens de protester.

Il a donné comme exemple du processus en cours le renvoi de 5.000 des 100.000 professeurs des écoles.

M. Laurent Béteille, vice-président du groupe d'amitié, s'est demandé si la disparition de Yasser Arafat n'avait pas été une occasion manquée pour normaliser les relations avec les Palestiniens.

Les responsables du journal ont indiqué que de grands changements étaient aujourd'hui à l'oeuvre, et en ont donné pour preuve les négociations à tous les niveaux menés entre l'OLP et les autorités israéliennes.

Interrogés sur l'avancée du Hamas aux dernières élections municipales, ils se sont, enfin, montré plutôt rassurants, considérant que ce mouvement, classé parmi les organisations terroristes par les instances internationales, était néanmoins en voie de modernisation.

* 3 Elle a tiré de son expérience gazaouite un livre traduit en français, « Boire l'eau de la mer à Gaza ». Elle a décrit la société palestinienne pendant l'intifada, ce qui lui a valu d'être accusée par les lecteurs israéliens de « traîtrise » (et entraîné de nombreux désabonnements...) mais elle a toujours eu le soutien du propriétaire du Haaretz, Amos Shocken, qui préfère perdre des lecteurs que modifier la ligne éditoriale du journal. Le Monde a publié un portrait de cette journaliste de terrain et de combat en 2001.