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E. COMPTE RENDU DE LA RENCONTRE AVEC L'ONG SIKKUY, LE MARDI 17 MAI, AU SIÈGE DE L'AMBASSADE DE FRANCE, À TEL AVIV

L'association Sikkuy était représentée par :

- Carl Gann-Perkal, directeur du développement ;

- Ali Haider, avocat, co-directeur.

Le responsable du développement de l'association s'est présenté comme un juif, sioniste, né en Israël, et à ce titre, représentant forcément les intérêts de la partie israélienne au sein de l'association.

A propos de la barrière de sécurité, il a estimé que ce mur symbolisait le rêve le plus doux des Israéliens à savoir se séparer des Palestiniens. Muraille conceptuelle au coeur d'Israël, la construction est destinée à défendre les juifs mais représente également une séparation ethnique. Il a rappelé à cet égard, que 80 % de la population israélienne était juive et 20 % arabe, ceux-ci étant restés sur la terre d'Israël après la « Nachbah ».

Il a proposé d'entrer dans l'arrière-cour de la population israélienne, en explorant la réalité de la vie des populations.

A titre d'exemple, il a indiqué que toute l'infrastructure d'un Kibboutz était financée selon le principe du « complément », d'une part par l'Agence juive et d'autre part par l'Etat d'Israël qui apportait les financements complémentaires.

Pour illustrer l'action du Sikkuy, il a cité le programme Galilée-Negueev qui vise à octroyer des financements de développement des infrastructures non plus selon une clé ethnique mais sur une base géographique.

C'est ainsi que, concrètement, l'organisation oeuvre pour l'amélioration des droits de la minorité arabe en Israël, dont il a rappelé qu'elle regroupait les Palestiniens restés en Israël après 1948, les réfugiés et ceux des territoires occupés et de Jérusalem.

Il a insisté sur l'exclusion des Arabes israéliens des centres de décision indiquant que le Parlement israélien comptait aujourd'hui 110 députés, et non 120, afin d'en exclure les Palestiniens.

Il a précisé que l'action de son association visait à faire évoluer les comportements à trois niveaux : au sein de l'administration centrale, parmi les élus locaux et dans le grand public.

Il a conclu sur la difficulté à faire évoluer les mentalités d'une société israélienne au sein de laquelle la signification du sionisme était aujourd'hui remise en cause.

Interrogé par Philippe Richert, président du groupe d'amitié France-Israël, sur le sort des députés palestiniens et sur une éventuelle exclusion de leur part, il a répondu que l'intention des députés arabes n'avait jamais été réellement mise à l'épreuve en l'absence de toute perspective de devenir membre du Gouvernement israélien. Il a néanmoins rappelé qu'un ministre druze appartenant au parti travailliste ainsi que deux vice-ministres palestiniens d'un autre parti sioniste avaient eu l'occasion d'y participer.

M. David Assouline, vice-président, a souligné que l'égalité sociale lui paraissait être une revendication plus importante de la part des Israéliens arabes que l'éventualité de participer au Gouvernement. A cet égard, il s'est interrogé sur les actions concrètes du Sikkuy tendant à promouvoir l'égalité des chances. Il s'est par ailleurs interrogé sur l'intérêt pour les citoyens arabes d'être représentés au sein du Gouvernement.

Les représentants de l'association ont indiqué que si l'égalité sociale était le but de leur action, le contexte rendait sa mise en oeuvre difficile. Ils ont indiqué que, selon des sondages récents, 42 % du peuple juif en Israël s'était dit favorable à l'adoption de lois encourageant les citoyens arabes à émigrer vers les pays arabes.

Il a rappelé les événements d'octobre 2000 au cours desquels 13 manifestants arabes avaient été tués par balle par la police israélienne, sous le Gouvernement d'Ehoud Barak, alors même que les arabes avaient voté en faveur de ce Gouvernement.

Une commission d'enquête nommée « Or » a été mise en place. Après trois ans de travaux et d'auditions, les conclusions de la commission ont dressé le tableau de l'échec de la promotion de l'égalité entre les juifs et les arabes. Préconisant des mesures concrètes pour faire reculer les discriminations, ses conclusions ont été adoptées par le Gouvernement. Depuis lors, un groupe de pression, financé notamment par la Commission européenne et par le Gouvernement finlandais, travaille à la promotion de l'égalité, notamment par la mise en place d'un indice d'égalité (notation des ministères).

Ce groupe de travail agit dans deux directions essentielles :

- l'élaboration de recommandations au Gouvernement ;

- la communication en direction du public afin de sensibiliser l'opinion publique à la nécessité de l'égalité des droits.

M. Jean-Pierre Plancade, vice-président, s'est interrogé d'une part sur le rapport de forces politiques existant entre les députés arabes et juifs et, d'autre part, sur le mode de financement, notamment de l'eau et des infrastructures dans les villages arabes.

En réponse, les représentants du Sikkuy ont attiré l'attention des membres de la délégation sur le rôle prépondérant des hauts fonctionnaires dans les institutions, soulignant à cet égard l'importance de nommer des fonctionnaires arabes, ce qu'a récemment fait le ministre des affaires intérieures.

Le directeur du développement a conforté l'idée que l'égale répartition des biens et des richesses était une revendication plus importante que la représentation. Il a rappelé qu'en 1994, un certain nombre de biens avaient été transférés aux autorités arabes. Quant à la question du financement des infrastructures, il a rappelé que le mouvement islamique oeuvrait sans relâche en faisant appel aux dons de la population pour y subvenir.

Interrogé sur l'accomplissement du service militaire par la population arabe et sur la recherche des mixités dans les villages juifs et arabes, il a indiqué qu'il n'existait pas de lois obligatoires pour les arabes de participer au service militaire.

Cherchant à minimiser le lien entre accomplissement des devoirs militaires et égalité sociale, il a rappelé que les membres du parti orthodoxe, bien que traités de manière égalitaire, n'accomplissaient pas leur service militaire, et qu'à l'inverse les bédouins, assujettis à ce service, étaient pourtant menacés en permanence d'être déplacés.

Aussi, estimant que la proposition qui a pu être exprimée par un député arabe concernant l'enrôlement des citoyens arabes dans l'administration israélienne consistait plus un alibi qu'une revendication de la population, il a indiqué que le Sikkuy était favorable au fait de laisser la liberté de décider à chacun.

M. David Assouline, vice-président, a indiqué que face à des problèmes similaires, la France avait mis en place une Haute Autorité contre les discriminations. Il a néanmoins reconnu que la question de la population arabe en Israël ne soulevait pas seulement le problème des discriminations mais celui de la cohabitation d'une minorité nationale au sein d'une entité constituée.

Les représentants de l'association Sikkuy ont relevé l'intérêt d'être mis en relation avec la Haute Autorité à l'intégration et à l'égalité, dans la perspective d'un échange d'informations et ont indiqué qu'un colloque qui s'était tenu la veille avait permis à un grand nombre de personnes de s'exprimer sur la question de l'égalité.

Ils ont conclu leur propos en soulignant toute la difficulté de faire adhérer l'opinion publique à l'intérêt de l'égalité sociale, dans un pays où le courant majoritaire estime que « Israël appartient aux juifs » développant un discours nationaliste et libéral sur le plan économique.