2. L'ABSENCE DE PERSPECTIVE ÉCONOMIQUE

Au delà des négociations politiques, le Kosovo présente une situation économique fortement dégradée. Economie essentiellement agricole (les exploitations assurent les deux tiers de la demande), le chômage touche plus de 50 % de la population active et frappe surtout les jeunes. Les indicateurs de développement font de la province une des zones les plus pauvres d'Europe : en 2003 le PIB par habitant s'élevait à 790 dollars en 2003), 36 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté (1,65 dollar par jour). 15 % sont placés dans une situation d'extrême pauvreté (moins de 2.100 calories par jour et par adulte). L'analphabétisme touche 20 % de la population, 35 enfants sur 1.000 n'atteignant pas l'âge de cinq ans.

Bien qu'il possède un sous-sol relativement riche en minerais (plomb, zinc, lignite, magnésite, chrome, fer, nickel), le Kosovo ne possède pas d'industrie moderne adaptée à son extraction, l'ancien appareil productif yougoslave étant largement dépassé et pour partie abandonné (conglomérat de zinc de Trepca fermé en 1999 avec la mise au chômage concomitante de 15.000 employés). La pollution industrielle est par ailleurs une donnée importante, frappant notamment la communauté rom du Sud de Mitrovica (saturnisme). La privatisation rendue impossible par l'absence d'un statut institutionnel adéquat empêche par ailleurs toute modernisation, qu'il s'agisse des 500 sociétés à propriété collective ou des conglomérats énergétiques, incapables de satisfaire la demande hivernale, malgré l'importance de leur potentiel.

Les ressources financières de la région sont principalement constituées des aides octroyées par la communauté internationale (2,2 milliards de dollars) et des dons de la diaspora kosovare (150.000 albanais vivant en Suisse, 150.000 en Allemagne et plus de 100.000 aux Etats-Unis). Du simple piratage de lignes électriques aux trafics mafieux (drogue, armes, prostitution) en direction de l'Allemagne, l'Autriche, la Suisse ou l'Italie, l'impact de l'économie informelle est également extrêmement important (20 à 30 % de la population active principalement jeune) et permet de compenser l'absence de revenus d'une majorité de la population.

La reconstruction économique orchestrée par la Communauté internationale a néanmoins permis une réhabilitation des infrastructures essentielles (près de 51.000 habitations reconstruites et 1.400 kilomètres de routes réaménagées) et une modernisation des structures financières (passage à l'euro, rationalisation du secteur bancaire). Elle a également facilité l'émergence de 30.000 petites entreprises (constructions, services) prospérant sur la présence internationale. Ce tissu économique reste néanmoins fragile, tant il est dépendant de la présence sur place de la Communauté internationale, et en particulier des troupes dont les effectifs sont appelés à se réduire.

Des mesures d'accompagnement spécifiques visant le coût du crédit ou le secteur agricole devraient être initiées, en vue de répondre au formidable défi économique qu'impliquent les caractéristiques démographiques du Kosovo (50 % de la population a moins de 25 ans) et les conséquences politiques qui s'y attachent. Il apparaît toutefois évident que l'absence de clarification du statut de la province constitue un obstacle insurmontable à l'afflux de capitaux étrangers.

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