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Burundi et Rwanda : le renouveau de la région des grands lacs

 

I- BURUNDI : CONFORTER LES ESPOIRS D'UN PEUPLE MEURTRI

Chronologie

- 1896 : le royaume du Rwanda-Urundi est intégré au protectorat colonial allemand.

- 1918 : le royaume est placé sous mandat de la société des nations et administré par la Belgique.

- 1961 : assassinat du prince Louis Rwagasore, fondateur de l'UPRONA.

Juillet 1962 : indépendance du Burundi.

- Novembre 1966 : coup d'Etat militaire qui met fin à la monarchie et porte au pouvoir le colonel Micombero.

- 1972 : répression militaire visant essentiellement les élites hutues, en représailles à la formation d'une rébellion hutue par des leaders exilés en Afrique de l'Est.

- 1976 : coup d'Etat du colonel Bagaza.

- 1987 : coup d'état du major Pierre Buyoya.

- 1992 : Pierre Buyoya amorce une ouverture politique (constitution autorisant le multipartisme).

- Juin 1993 : premières élections démocratiques de l'histoire du Burundi. Melchior Ndadaye (Hutu, FRODEBU) est élu président.

- 21 octobre 1993 : assassinat, par l'armée, du Président Ndadaye. Massacres visant, dans un premier temps, la communauté tutsie, puis répression militaire contre la communauté hutue.

- Juin 1994 : émergence d'une rébellion armée hutue, le CNDD-FDD de Léonard Nyangoma, issue d'une scission au sein de Frodebu.

- Septembre 1994 : désignation à la tête de l'Etat de Sylvestre Ntibantunganya en remplacement du Président Ntaryamira, décédé dans l'attentat contre le président Habyarimana (6 avril 1994).

- Juillet 1996 : retour au pouvoir du major Buyoya avec l'aide de l'armée. Le pays est placé sous embargo par ses voisins régionaux jusqu'en janvier 1999.

28 août 2000 : signature de l'accord de paix d'Arusha, en l'absence des principaux mouvements rebelles.

- Octobre 2001 : Pierre Nkurunziza et Hussein Radjabu prennent contrôle du CNDD-FDD.

- 1er novembre 2001 : entrée en fonction du gouvernement de transition issu des accords d'Arusha.

- Avril 2003 : déploiement de la MIAB, première force de maintien de la paix de l'Union Africaine.

- 1er mai 2003 : fin de la première phase de la transition. Le vice-président Ndayizeye succède à Pierre Buyoya.

- 16 novembre 2003 : signature d'un accord de paix entre le gouvernement et le CNDD-FDD de Pierre Nkurunziza.

- 6 janvier 2004 : mise en place de l'état-major intégré des armées (armée gouvernementale/FDD).

- Juin 2004 : déploiement, en relais de la MIAB, d'une force de maintien de la paix des Nations-Unies (Onub).

- Février 2005 : adoption par référendum de la constitution pour la période post transition.

- Juillet 2005: large victoire du CNDD-FDD aux élections législatives.

- 19 août 2005: élection de Pierre Nkurunziza à la présidence de la République.

A. UN PAYS SORTI EXANGUE D'UNE HISTOIRE CHAOTIQUE

1. Les années noires

Au lendemain de son indépendance, en 1962, le Burundi connaît des violences politiques qui dégénèrent progressivement en affrontements entre les communautés hutue (85 % des habitants) et tutsie (15 %), cette dernière détenant l'essentiel du pouvoir. Les massacres les plus importants sont, à cette époque, attribués à l'armée et visent à éliminer les élites hutues du pays.

Puis une série de coups d'Etat militaires tend à confisquer le pouvoir au bénéfice de la minorité tutsie issue de la province de Bururi (sud du Burundi). C'est cependant le Président Pierre Buyoya, originaire de cette province, qui introduit le multipartisme en 1992 et négocie pour la première fois avec les partis modérés hutus.

Cette ouverture aboutit à la tenue, en 1993, des premières élections démocratiques depuis l'indépendance, qui portent pour la première fois un Hutu à la Présidence de la République, Melchior Ndadaye, le Front démocratique burundais (Frodebu), à dominante hutue, disposant de la majorité absolue à l'Assemblée nationale. Mais le 21 octobre 1993, son assassinat par un groupe d'officiers putschistes marque le début d'une guerre civile qui s'étend progressivement dans tout le pays et durera treize ans. L'armée burundaise, dirigée par les Tutsis, ne peut, en effet, empêcher l'émergence d'une rébellion armée hutue, le CNDD-FDD, qui prend le contrôle d'une partie du territoire.

La mort simultanée des présidents burundais et rwandais dans l'attentat du 6 avril 1994, le déclenchement du génocide rwandais et ses conséquences déstabilisatrices sur le Burundi du fait de l'afflux de réfugiés qu'il entraîne, aggravent encore la situation.

Sous la pression de l'armée, Pierre Buyoya accède à nouveau au pouvoir le 25 juillet 1996. Soumis à la pression des pays voisins, il engage alors un processus de négociations politiques.

2. Vers la paix

a) L'accord d'Arusha

Entamés en juin 1998, interrompus par le décès, en octobre 1999, du médiateur tanzanien Julius Nyerere, les pourparlers de paix sont relancés par la désignation de Nelson Mandela comme nouveau médiateur le 1er décembre 1999.

Le 28 août 2000, un accord politique pour la paix et la réconciliation au Burundi est conclu à Arusha, en Tanzanie. Le texte de l'accord comprend deux protocoles :

- le premier analyse la nature du conflit burundais et justifie les solutions préconisées pour sortir du conflit, notamment la prise en compte des réalités ethniques pour parvenir à une démocratie stabilisée ;

- le second, intitulé « démocratie et bonne gouvernance », comprend les dispositions promulguées le 28 octobre 2001 sous le nom de « Constitution de transition de la République du Burundi », qui demeurera en vigueur jusqu'à la promulgation de la Constitution du 18 mars 2005.

L'accord d'Arusha n'est toutefois pas signé par les principaux mouvements de rébellion, notamment le FNL-Palipehutu et le CNDD-FDD, qui poursuivent les combats et retardent son application. Malgré l'absence de cessez-le-feu, les institutions de la transition se mettent en place à partir de novembre 2001, sur la base d'un partage du pouvoir entre Hutus (60 % des postes) et Tutsis (40 %), et le rétablissement de la paix et de la démocratie s'amorce.

La période de transition est fixée par les accords de paix à deux périodes de dix-huit mois avec une alternance du pouvoir entre Tutsis et Hutus à l'issue de la première période. Du 1er novembre 2001 au 30 avril 2003, la transition est ainsi présidée par Pierre Buyoya, épaulé d'un vice-président hutu, Domitien Ndayizeye, qui lui succède ensuite pacifiquement pour conduire la seconde phase du processus. Il est épaulé par un vice-président tutsi, Alphonse Kadege, remplacé par Frédéric Ngenzenbuhoro, le 11 novembre 2004.

La mise en place du gouvernement de transition s'est accompagnée du déploiement d'une force intérimaire de maintien de la paix de 2.870 soldats sud-africains, éthiopiens et mozambicains sous l'égide de l'Union africaine, à laquelle s'est substituée en juin 2004 une opération de maintien de la paix des Nations-Unies, dotée de 5.800 hommes.

b) L'aboutissement du processus de paix

Le processus de paix connaît une accélération sans précédent avec le ralliement de la principale rébellion hutue, le CNDD-FDD, par un accord de cessez-le-feu signé le 16 novembre 2003. Après avoir obtenu satisfaction sur sa principale revendication - la mise en place d'un état-major intégré et la promesse d'une intégration partielle de ses troupes dans les futures forces de sécurité du pays - il accepte d'intégrer les institutions de transition, ce qui permet d'améliorer significativement la sécurité sur l'ensemble du territoire. A partir de cette date et en dépit de plusieurs tentatives de médiation, seul le FNL reste en marge du processus de paix.

Sous l'égide de l'Afrique du Sud, un accord sur le partage du pouvoir pour la période post transition est ensuite intervenu le 5 août 2004 à Pretoria. C'est sur cette base qu'une nouvelle Constitution est élaborée et adoptée par référendum en février 2005, permettant la tenue des élections après deux reports successifs du calendrier (la communauté internationale a accordé une prolongation de neuf mois de la période initiale de transition à cet effet).

L'ensemble des élections prévues par les accords de paix ont eu lieu entre mars et août 2005, en présence d'observateurs internationaux de l'Union européenne, de l'Union africaine et de l'organisation internationale de la francophonie.