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Islande : développement économique et protection de l'environnement, une symbiose réussie

 

B. LES RAISONS D'UN SUCCÈS

Quelles peuvent être les raisons de ce succès ?

· Un pays jeune et dynamique:

En premier lieu, il faut rappeler que l'Islande est un pays jeune où l'âge moyen est de 36 ans.

D'autre part, les étudiants islandais sont très mobiles et beaucoup poursuivent une partie de leurs études à l'étranger, notamment aux Etats-Unis. Ce phénomène génère des esprits ouverts, créatifs et permet aux jeunes Islandais de développer des contacts aux USA, très utiles pour les futurs entrepreneurs et cadres.

Un autre élément culturel sur lequel nous souhaitons insister est l'esprit d'entreprise, qui semble quasi inné chez les Islandais.

· Une économie de plus en plus diversifiée:

Depuis une dizaine d'années, les Islandais ont entrepris une réelle diversification de leur économie. Pendant longtemps l'Islande a vécu du produit de ses pêches et en particulier de la morue. Les Islandais n'ont pas oublié les dangers d'une économie aussi centrée sur la mer, notamment ceux liés à une fluctuation des prix du poisson.

Aujourd'hui, les Islandais ont développé de nouveaux secteurs porteurs : l'aluminium, les technologies avancées, le tourisme (300.000 visiteurs par an). Si la pêche représente encore 51,2% des exportations, le Ministère islandais de l'Industrie prévoit que la part de l'aluminium dans les exportations passe à 40% en 2010. Enfin, les activités bancaires et financières comptent aujourd'hui pour plus de 30 % des revenus de l'Islande.

Parmi les autres composantes de cette réussite islandaise, on peut relever l'importance des fonds de pension dans la structure économique islandaise, l'absence d'une bureaucratie pesante, ainsi que le faible niveau des taxes.

Nous avons souhaité nous pencher plus particulièrement sur trois éléments participant à cette réussite : les investissements directs islandais à l'étranger, le renouveau du système bancaire islandais et l'importance des fonds de pension.

1. La place des investissements directs islandais à l'étranger (IDE)

Ces investissements apparaissent comme l'une des données économiques les plus remarquables. Ils ont connu une très forte croissance depuis une dizaine d'années, ont triplé depuis 2004 et représentent 797,2 milliards de dollars américains, soit 8,39 milliards d'euros en septembre 2006.

Le marché local étant relativement étroit pour les entreprises islandaises, celles-ci n'ont rapidement eu d'autre alternative que d'investir à l'étranger, dans un premier temps en Scandinavie, puis au Royaume-Uni. Les États-Unis et la France font aujourd'hui partie des destinations intéressant les investisseurs islandais.

Les investissements directs islandais à l'étranger sont considérables, ils représentent près de 30 % du PNB en 2005. Cinq ans auparavant, le montant des IDE islandais ne dépassait pas le demi million de dollars. Les entreprises islandaises emploient aujourd'hui près de 103.000 personnes hors d'Islande (soit plus d'un tiers de la population du pays) dont 72.000 au Royaume-Uni.

Les IDE islandais vers la France ont connu une véritable accélération en 2006. Ainsi, dans le secteur des services, Avion Group a racheté Star Airlines (seconde compagnie de charter française). Dans le secteur industriel, le spécialiste français des ceintures lombaires Gibaud est passé sous le contrôle d'Ossür. Les principaux investissements islandais en France sont ceux d'Alfesca (rachat de Labeyrie, Blini), d'Icelandic Avion Group, et de Landsbanki (qui possède Kepler Equities depuis septembre 2005). On recense aujourd'hui une vingtaine de filiales islandaises en France.

2. Le système bancaire islandais

Lors de nos rencontres nous avons été intéressés par la remarque que l'un de nos interlocuteurs islandais, parfait connaisseur de notre pays, nous a faite sur notre système bancaire et ses pesanteurs. Il remarquait que les banques entretenaient des contacts difficiles avec les entreprises. Selon lui, au contraire, le système bancaire islandais serait davantage fondé sur la confiance et la foi en la réussite des entrepreneurs plaçant ainsi l'esprit d'initiative au coeur de leur calcul de risque. Avec la libéralisation financière, le système bancaire islandais s'est profondément métamorphosé.

a) Histoire de la mutation du système bancaire

Après la Seconde guerre mondiale, le gouvernement occupe une place prépondérante dans le contrôle et la gestion des marchés financiers. L'accès aux devises étrangères est restreint, les investissements étrangers sont interdits, les taux d'intérêts nominaux fixés par le gouvernement et la gestion des institutions financières est partagée entre les différents partis politiques.

Durant cette période, le crédit rationné pour les individus et les entreprises, était réservé aux initiatives décidées par les politiques.

La fin de ce système d'arrangement était sans doute inévitable. L'inflation accrue engendrait des taux d'intérêt à deux chiffres qui ont asséché une grande partie des dépôts bancaires.

L'année 1979 marque la fin de cette période. De nouvelles lois sont adoptées et permettent une dérégulation des taux d'intérêt. Le système se libéralise progressivement. En 1995, la circulation des capitaux internationaux devint totalement libre, achevant ainsi la libéralisation du marché financier.

Le gouvernement décida ensuite de la privatisation de ses propres banques et des principales institutions financières qu'il détenait.

b) Les effets positifs de la libéralisation bancaire

Pour les banques

Suite à la libéralisation et à l'ouverture du marché financier, le paysage de la place financière islandaise a changé. Sur le marché domestique, de nouvelles banques et de nouveaux types de banque sont apparus. On assiste à une spécialisation accrue de ses acteurs et, dans un même temps, à une arrivée importante d'investissements bancaires en Islande.

Les banques islandaises ont également été très actives dans le financement de l'expansion des sociétés islandaises à l'étranger, devenant elles-mêmes des acteurs sur les marchés étrangers. Elles rachètent des banques et des institutions financières dans d'autres pays, principalement en Scandinavie.

Pour l'État

Quand on observe le montant perçu de la taxe sur les bénéfices réalisés par les entreprises dans les dernières années -ce taux est actuellement de 18 %-, le montant global que le gouvernement retire des banques et des institutions financières croît de façon considérable. Le tableau suivant montre le revenu de la taxe collectée en couronnes islandaises pour la période allant de 1993 à 2006 :

Année

Produit de l'impôt sur les bénéfices des entreprises

1993

191 783 724

1994

203 099 056

1995

158 145 057

1996

180 194 228

1997

213 801 694

1998

230 791 814

1999

180 118 161

2000

88 347 502

2001

103 731 257

2002

1 274 668 019

2003

1 592 826 617

2004

1 296 135 113

2005

4 198 388 028

2006

11 314 002 657

Source: Ministère des Finances d'Islande

Il est important d'avoir en tête deux choses en observant ces différents chiffres :

· une grande part de l'augmentation du revenu est due à l'incroyable croissance de la bourse islandaise où de nombreuses banques ont investi activement et ont pu bénéficier de revenus importants ;

· la baisse du taux d'imposition a probablement servi de façon incitative afin que ces banques conservent leur siège en Islande plutôt que les délocaliser à l'étranger.

Pour le citoyen-client ?

En premier lieu, il n'y a plus de crédit rationné sur une base politique. Il y a 20 ans encore, obtenir un prêt bancaire était considéré comme une faveur spéciale accordée par son banquier au client. La compétitivité entre les banques a engendré un changement d'attitude : les banques offrent de nombreux avantages à leurs nouveaux clients et notamment les jeunes.

En raison de l'augmentation des prix des services et de l'accroissement des bénéfices réalisés par les banques, les clients n'apprécient pas toujours ce surcroît d'offres et d'efforts marketing. Cependant, il ne fait aucun doute que la libéralisation des marchés financiers a bénéficié aux consommateurs et a changé la relation que les particuliers et les entreprises pouvaient entretenir avec leurs banques.

3. La problématique des retraites et les fonds de pension en Islande

La délégation a souhaité connaître la position de l'Islande sur la question des retraites et de leur financement.

a) La situation des retraites

La question des retraites en Islande n'est pas aussi préoccupante que dans la plupart des pays occidentaux. En effet, l'âge à la retraite est tardif, la population jeune et le système de financement choisi particulièrement bien adapté au pays.

· Un départ en retraite tardif

En Islande, l'âge de départ en retraite est de 67 ans. Nos interlocuteurs nous ont précisé que certains Islandais travaillent même jusqu'à 70 ans et voudraient continuer encore plus longtemps.

· Une population jeune

Le système de financement par répartition, basé sur le prélèvement de cotisations salariales, est menacé à court terme par la combinaison de trois facteurs : l'arrivée massive de la génération des baby-boomers à l'âge de la retraite ; l'espérance de vie de plus en plus longue  et un taux de natalité relativement bas. Cette problématique, difficile pour la plupart des pays occidentaux, n'est pas une difficulté insurmontable en l'Islande.

En effet, la structure de la répartition de la population par tranche d'âge est différente et le pays est jeune. Ainsi, à la fin de 2004, 29,6% de la population avaient moins de 20 ans, et seulement 11,8% plus de 65 ans. Quant à l'âge moyen de la population en Islande, en 2005, il était de 35,9 ans. Les taux d'activité par tranche d'âge sont aussi significatifs : 61,7% chez les seniors (55-74ans), et 60,9% chez les jeunes (16-24ans). Considérant la situation du chômage, on ne peut pas parler de problème de sous-emploi en Islande, comme cela a tendance à être le cas dans les autres pays occidentaux.

· Un choix de financement des retraites judicieux

Autre différence majeure avec la problématique des pays européens : dans ce contexte de pleine activité, le système de financement des retraites s'organise essentiellement autour des fonds de pension.

b) Le choix des fonds de pension

En Islande, les fonds de pension ont été créés en 1969 et sont devenus obligatoires dès 1974. Aujourd'hui, chaque salarié doit verser 10 % de son salaire brut dans un fonds de pension. Le système de financement fonctionne ainsi depuis plus de trois décennies et il est inutile de prélever des cotisations supplémentaires pour financer les retraites. Pour compléter ce mode de financement, certaines retraites sont payées par le biais d'allocations versées par l'assurance nationale et un système de complémentaires est prévu

Les fonds de pension sont des fonds indépendants, non gouvernementaux et soumis à la surveillance de la Financial Supervisory Authority. A la fin de l'année 2003, ils étaient au nombre de 51.

La grande majorité des fonds de pension sont regroupés au sein de l'IFPA, l'Association des Fonds de Pension Islandais. Créée en 1998, l'institution regroupe 38 fonds de pension. Le montant global des actifs détenus par ces derniers au sein de l'IFPA représente 99,4% du total des actifs des fonds de pension en Islande. En décembre 2005, leur valeur s'élevait à 14,8 milliards d'euros.

Pour donner une idée de la puissance de ces fonds de pension, le montant de leurs actifs, à la fin de 2005, équivalait à 120 % du PIB islandais, soit le pourcentage le plus élevé de tous les pays de l'OCDE. A titre de comparaison, à la fin de 2004, le pourcentage était de 80 à 90 % aux Etats-Unis, où le système est aussi très développé. En Norvège, les fonds de pension sont financés par les revenus tirés du pétrole, et leurs actifs s'élèvent à 60 % du PIB. Mais le pourcentage était inférieur à 20 % dans la plupart des autres pays de l'OCDE, voire même inférieur à 10 % dans des pays comme l'Allemagne, l'Italie, la Belgique, l'Autriche, la Suède et la Finlande, où le système par répartition prédomine largement.

Les fonds de pension constituent ainsi une formidable force économique et sociale et jouent un rôle essentiel sur le marché boursier islandais, l'ICEX (Icelandic Stock Exchange), l'équivalent du CAC 40 en France.

A la fin de 2004, 12 % des valeurs de l'ICEX étaient détenues par des fonds de pension. A la fin du mois de mars 2006, cela représentait 16 % du total de leurs actifs qui étaient ainsi placés dans des entreprises cotées à l'ICEX. Les fonds de pension constituent les plus grands acheteurs d'obligations en Islande, notamment vers les obligations à long terme. Ils participent aussi aux investissements dans les grands projets et favorisent l'industrie locale.

Depuis quelques années, les fonds de pension investissent massivement à l'étranger. Leur capacité en investissements de portefeuilles est considérable. Ainsi, à la fin du mois de mars 2006, presque 30 % de leurs actifs étaient investis de cette manière, soit 40 % du total des investissements islandais à l'étranger. Ils possèdent des actifs dans des valeurs cotées dans les places boursières étrangères, mais aussi dans des fonds mixtes et des entreprises non cotées.

Les fonds de pension, par leurs investissements à l'étranger, ont également pu jouer un rôle stabilisant sur le cours de la couronne islandaise. Ainsi, quand la couronne islandaise est forte pendant une durée assez longue, cela encourage les fonds de pension à vendre leurs actifs détenus dans la monnaie nationale pour investir dans des devises étrangères. Cela induit une stabilisation de la couronne. A l'inverse, quand celle-ci se déprécie, la monnaie devient à nouveau attractive pour les investisseurs qui vont donc la racheter en vendant avec profit leurs devises étrangères.

c) La préoccupation sociale

Suite à nos interrogations sur l'égal accès de tous les travailleurs à ces fonds de pension, la commission des affaires sociales du Parlement nous a précisé que le problème avait pu se poser pour certaines corporations, notamment celles qui avaient rejoint le système tardivement (notamment ouvriers ou fermiers). Par conséquent, les retraites de ces professions étaient significativement en dessous de la norme.

Pour remédier à cette situation, l'Etat est intervenu par le biais de compensations. De même, les pouvoirs publics créent des fonds pour ceux qui ne peuvent constituer leurs retraites.

Les spécialistes estiment que les disparités liées à l'entrée plus ou moins tardive dans le système des fonds de pension devraient s'équilibrer à l'horizon 2030. A cette date les Islandais se verraient reverser de 70 à 90% de leur ancien salaire.