Allez au contenu, Allez à la navigation



Comment faire des affaires en Argentine et dans les Pays du Cône sud (Paraguay et Uruguay)

Table des matières


Comment faire des affaires en Argentine et dans les pays du Cône Sud (Paraguay et Uruguay)

Ouverture

Jean-Marc PASTOR
Questeur du Sénat, Président du groupe interparlementaire France-Pays du Cône Sud

Il me revient l'honneur d'ouvrir ce colloque au nom de Monsieur Gérard Larcher, Président du Sénat. C'est donc avec beaucoup de plaisir et de joie que je vous souhaite la bienvenue au Palais du Luxembourg. Le groupe interparlementaire France-Pays du Cône Sud que je préside a vu le jour il y a maintenant dix-huit mois afin de répondre à la nécessité de créer des entités plus proches des pays.

Je tiens à saluer plus particulièrement la présence parmi nous de Monsieur l'Ambassadeur d'Argentine en France, qui est à la fois un homme du monde de l'entreprise et un diplomate accompli. Je tiens également à saluer la présence des chargés d'affaires du Paraguay et de l'Uruguay. J'ai plaisir à relever la présence de nos Ambassadeurs au Paraguay et en Argentine, qui n'ont pas hésité à traverser l'Atlantique pour être des nôtres ce matin. Qu'ils se sentent tous ici chez eux. Enfin, je voudrais vous présenter les excuses de notre Ambassadeur à Montevideo, pris par d'autres manifestations.

Voilà bientôt quinze ans que le Président Monory a souhaité que le Sénat accueille ce type de colloque. Cette tradition perdure. Les relations économiques entre les nations sont le meilleur gage de prospérité. Chaque jour, l'actualité renvoie des signes d'inquiétude. Il suffit de prendre un peu de recul et de s'accorder du répit pour redécouvrir des champs insoupçonnés d'opportunités, lesquels champs sont confortés, dans les pays qui nous occupent aujourd'hui, par nos proximités culturelles et historiques.

Permettez-moi de former le voeu que vos travaux éclairent les chemins de la coopération pour le plus grand bien de nos pays.

Merci.

Christophe LECOURTIER
Directeur Général d'Ubifrance

Je voudrais d'abord remercier le Sénat de nous associer à ce genre de manifestation, tradition constante et extrêmement utile. Nous avons la chance d'avoir l'un des panels les plus relevés qu'il soit permis de réunir pour parler des pays du Cône Sud. Nous avons également la chance d'être entourés d'experts et d'hommes d'affaires qui possèdent une véritable expérience du terrain.

« Nous nous sommes tant aimés » : c'est par ce titre de film que nous pourrions décrire les relations franco-argentines. Il y a une dizaine d'années, l'Argentine était le pays hors OCDE dans lequel la France avait le plus grand stock d'investissements directs. Puis, il y a huit ans, un désastre s'est produit, d'abord pour le peuple argentin, ensuite pour les entreprises françaises.

La situation actuelle est très différente. Les signaux sont positifs. Ainsi, l'Argentine a renoué avec la croissance depuis de nombreuses années. Ce pays conserve un stock d'investissements français, notamment industriels, très important. D'autres messages sont infiniment plus difficiles à interpréter. Il n'en demeure pas moins que le gouvernement français a décidé de ne pas faire l'impasse sur ce pays, qui reste notre troisième partenaire sur le continent latino-américain. Dès le 1er janvier 2011, Ubifrance ouvrira un bureau commercial en Argentine.

Un pays comme le nôtre ne peut pas faire l'impasse sur un continent aussi déterminant que l'Amérique latine. Derrière le Brésil, il existe des puissances et des marchés importants, avec des populations éduquées. C'est ailleurs qu'en France et en Europe qu'il faut aller chercher la croissance. Or le commerce extérieur français hors Europe ne représente que 30 %, contre 60 % en Allemagne.

Jean-Michel BAYLET
Sénateur, Président Délégué pour l'Argentine

Je suis passionné par les pays de cette région, en particulier l'Argentine. J'ai un souvenir très fort : celui de l'investiture de Raul Alfonsin. Mes liens avec l'Argentine sont donc de coeur, mais également de raison. Je remercie Ubifrance pour son initiative. Pendant un temps, l'Argentine et l'Amérique latine ont été complètement ignorées par la France. Nous avons ensuite vécu des hauts, avant que les différentes crises ne ramènent nos relations a minima. Nous souhaitons aujourd'hui les relancer. Je m'en réjouis. Ce ne serait que le prolongement d'une histoire qui a vu la francophilie s'implanter fortement sur ce continent. Avec ce genre d'initiative et de la volonté politique, il est possible de faire beaucoup mieux.

Cadrage institutionnel et économique

I. Contexte institutionnel et relations franco-argentines

Son Exc. Jean-Pierre ASVAZADOURIAN,
Ambassadeur de France en Argentine

Permettez-moi tout d'abord de vous remercier de m'accueillir aujourd'hui au Sénat pour ce colloque organisé par Ubifrance sur le thème des affaires dans le Cône Sud. Je suis très heureux de partager cette tribune avec Monsieur l'Ambassadeur d'Argentine en France, qui a d'ailleurs dirigé la filiale d'un grand groupe automobile français en Argentine. Je vais, moi aussi, me faire l'ambassadeur de l'Argentine en France. Je me trouve dans ce pays gigantesque et magnifique depuis six mois. Je l'ai beaucoup visité, du Nord à la Terre de Feu en passant par la pampa.

Il n'est pas facile d'analyser l'Argentine. Ses spécificités ont parfois pu déconcerter. Un ancien Prix Nobel américain lui avait d'ailleurs réservé une place à part. L'Argentine est entrée avec beaucoup de difficultés dans le XXIe siècle. Il faut maintenant démontrer que ce pays s'est profondément transformé. Certes, la crise qu'il a traversée a laissé des stigmates, mais l'Argentine est désormais différente.

D'une certaine manière, cette crise a démontré toute la stabilité démocratique de ce pays. L'enracinement démocratique a certainement été l'une des explications à la rapidité de la récupération économique de l'Argentine. Cette récupération a été tirée par une croissance exceptionnelle de 8 % par an entre 2003 et 2008. L'Argentine a pu restaurer ses grands équilibres macro-économiques, et la crise de 2008 l'a moins touchée que d'autres pays. L'Argentine a tout de même été affectée en 2009, mais la croissance est désormais de retour, avec une prévision de 5 % pour 2010.

Les autorités argentines apportent une grande attention à la normalisation de la situation financière et au désendettement. La restructuration de la dette se poursuit. Le sujet du Club de Paris est régulièrement évoqué par les autorités. Aujourd'hui, l'Argentine affiche l'un des taux d'endettement les plus faibles des pays du G20, accompagné d'un excédent budgétaire à peine troublé par le déficit modeste de 2009. Enfin, la balance commerciale et des comptes externes est très positive. Les exportations ont été le moteur de la croissance argentine pendant six ans. Ces excédents ont permis de fortifier les réserves de la Banque Centrale - 48 milliards de dollars.

La consommation intérieure croît, alimentée par une politique de dépense publique destinée à maintenir le pouvoir d'achat, notamment par l'intermédiaire de programmes sociaux très importants. Certes, il ne faut pas occulter l'augmentation des prix, mais un sondage publié le week-end dernier dans la presse locale révélait que la population argentine percevait positivement la situation économique de son pays.

L'économie argentine s'appuie d'abord sur une relation économique toujours plus étroite avec le Brésil, un marché de 200 millions d'habitants qui absorbe 40 % des exportations argentines. La Chine est également un débouché important. L'amélioration structurelle des termes de l'échange, conséquence de la hausse des prix internationaux des denrées agricoles, est un autre pilier important sur lequel s'appuie l'économie argentine, qui dispose d'un avantage compétitif dans le secteur agricole. Les terres fertiles y sont abondantes et les exploitations modernes. L'agriculture argentine est devenue l'une des plus modernes du monde. A ce propos, l'année 2010 s'est avérée exceptionnelle en termes de volumes de récoltes.

Les relations entre la France et l'Argentine sont historiques et n'ont eu de cesse de se développer depuis 200 ans. L'influence et l'attrait de la culture et de la pensée françaises demeurent très importants. La France jouit d'un immense respect en Argentine. Les 20 000 Français qui vivent sur place pourraient aisément en témoigner. Les droits de l'homme sont un thème important de coopération entre les gouvernements des deux pays. La France et l'Argentine sont également partenaires au sein du G20, où leurs positions convergent sur un certain nombre de questions, de la réforme de la gouvernance mondiale à la prise en compte des normes sociales et environnementales dans la croissance. Les domaines de coopération bilatérale sont nombreux. La coopération scientifique est en plein développement. Des laboratoires et des instituts communs ont été créés. L'Argentine joue un rôle pionner en Amérique latine dans la recherche nucléaire, puisqu'elle est le seul pays d'Amérique latine qui conçoit et produit des réacteurs de recherche. Il s'agit d'un accomplissement exceptionnel. D'une manière générale, le budget de la recherche est en plein développement.

Plus d'un millier de jeunes français choisissent chaque année de faire leurs études en Argentine. C'est une reconnaissance de la qualité de l'enseignement universitaire de ce pays.

La France a longtemps figuré parmi les premiers investisseurs en Argentine, avant que la crise ne change la donne. Le stock de nos investissements a décru dans la première moitié de la décennie 2000, avant de recommencer à croître en 2006. Environ 200 entreprises françaises sont implantées en Argentine. Beaucoup de petits entrepreneurs tentent leur chance. Ils trouvent une bonne disposition à la prise de risque et une main d'oeuvre de bonne qualité. La distance, la concurrence croissante des pays émergents et la compétitivité de l'Argentine attirent les investissements français.

Enfin, pour célébrer le Bicentenaire de l'indépendance argentine, les autorités de ce pays avaient demandé à trois pays de tenir un pavillon dans le centre de Buenos Aires : l'Espagne, l'Italie, mais également la France.

Son Exc. Luis URETA SAENZ PENA,
Ambassadeur d'Argentine en France

Je suis très flatté et impressionné par ce que vient de dire Monsieur l'Ambassadeur de France en Argentine. Néanmoins, il me paraît important d'être plus précis sur certains chiffres. Jusqu'en 2002, l'Argentine était l'un des meilleurs élèves du Consensus de Washington. Nous ne souhaitons pas renouveler cette expérience. Le scénario d'après crise a déjà été évoqué. Je n'y reviendrai donc pas. La forte croissance qu'a connue l'Argentine durant ces dernières années est incontestablement un point important de la reconstruction du pays. Chaque année, le FMI annonçait une croissance de 3 %. La moyenne s'est en fait élevée à 7,5 %. En fin de premier trimestre 2010, nous nous trouvons encore sur une croissance estimative de 6,5 %.

Pas une seule banque argentine n'a de dettes auprès de la Banque Centrale. Ces sept dernières années, les réserves ont crû de 480 %. Elles sont actuellement de 15,8 % du PIB.

Pendant ces sept dernières années également, l'industrie a crû de 72 % et le bâtiment de 125 %. Ces deux secteurs sont encore en croissance en 2010. La consommation, après avoir progressé de 121 % en sept ans, connaît encore une croissance supérieure à 11 % sur le premier trimestre 2010. D'ailleurs, tous les secteurs sont restés en croissance durant la crise de 2009-2010.

Aujourd'hui, la participation des services dans l'économie argentine atteint 66 %. Fruit de la croissance cumulée de l'ensemble des secteurs économiques du pays, la capacité industrielle est utilisée à 80 % de son potentiel. Evidemment, de nouveaux investissements seront nécessaires pour maintenir la croissance.

Pourquoi investir en Argentine ? Parce que la croissance économique y est durable et les entreprises y sont attractives. L'économie argentine est intégrée globalement et régionalement. Le Mercosur garantit l'accès à un marché vaste et attractif. L'Argentine a signé 19 accords bilatéraux avec d'autres pays, y compris la France, afin d'éviter la double imposition. Sur l'ensemble des 45 dernières années, le pourcentage de brevets déposés par million d'habitant a été le plus élevé de la région. Les ressources naturelles sont abondantes et diversifiées. La vie culturelle est très dynamique, avec un PIB culturel argentin en croissance soutenue depuis 2003, tandis que la production de livres a atteint son plus haut niveau historique en 2008. Buenos Aires sera d'ailleurs la capitale mondiale du livre en 2011. L'industrie du cinéma connaît également un grand moment de grande créativité depuis dix ans.

Les infrastructures et les transports sont très développés, avec un réseau ferroviaire parmi les plus étendus du monde et 58 aéroports, dont 23 internationaux. Quant à l'investissement, il bénéfice d'aides publiques.

Depuis dix ans, l'Argentine a décidé d'augmenter sa participation au commerce mondial. Aujourd'hui, plus de 1 500 entreprises argentines participent activement à des foires et à des expositions dans le monde entier.

En outre, le pays s'en tient à une grande discipline fiscale. La dette totale est passée à 48,8 % du PIB en 2009. Sur les cinq premiers mois de l'année 2010, l'excédent fiscal primaire atteint 11 milliards de pesos et l'excédent financier dépasse les 3,2 milliards de pesos.

L'Argentine est une destination touristique de premier ordre.

12 % de l'énergie électrique du pays est aujourd'hui nucléaire. L'objectif consiste à atteindre 22 % à la fin de la décennie.

Plus de 200 entreprises françaises sont installées en Argentine dans l'industrie chimique, la pétrochimie, le commerce de produits agricoles, l'électricité, l'automobile, la défense, les transports aériens ou encore l'hôtellerie.

Enfin, l'Argentine est une démocratie moderne qui présente une économie dynamique. Il s'agit également d'une société intégrée qui régit ses conflits par des moyens démocratiques et pacifiques.

II. L'Argentine économique d'aujourd'hui : promesses et risques

Yves de RICAUD,
Chef du Service Économique Régional pour le Cône Sud,
Ministre Conseiller à l'Ambassade de France en Argentine

Je voudrais d'abord remercier les parlementaires qui ont bien voulu nous recevoir et nous accompagner pour cette journée.

Clairement, la croissance de l'Argentine s'est accélérée à partir de 2002-2003 jusqu'en 2009. Officiellement, il n'y a pas eu de récession par la suite, mais pour notre part, nous pensons que l'Argentine a connu une récession en 2009.

La croissance argentine est très dépendante de l'insertion internationale du pays. Elle est très dépendante de l'amélioration structurelle des termes de l'échange que l'Argentine a connue depuis vingt ans. D'ailleurs, la forte inflexion constatée à partir de 2002 s'explique par l'augmentation des prix des matières premières exportées par l'Argentine. Historiquement, les finances publiques étaient déficitaires en Argentine, mais elles sont devenues excédentaires à partir de la sortie de crise de 2003. L'accélération de l'inflation a un impact extrêmement fort sur les recettes publiques.

Conséquence de ce qui vient d'être dit, le chômage est en forte décrue, même si un léger retournement s'est opéré en 2009.

Les échanges commerciaux entre la France et l'Argentine se sont réduits pendant la crise de 2001-2002, avant de reprendre en 2003. Le volume des échanges a ensuite ralenti en 2009, mais les premiers chiffres de 2010 montrent une accélération. Certes, la France est excédentaire vis-à-vis de l'Argentine, mais cet excédent a tendance à se réduire.

Il existe des disproportions entre la part de marché de la France dans les importations argentines et celles des grands pays partenaires que sont le Brésil et les Etats-Unis. Notre part de marché évolue plutôt à la baisse. Celle de la Chine augmente. La part de marché de l'Allemagne a également tendance à augmenter.

La majorité des ventes argentines à la France est composée de produits alimentaires et agro-alimentaires, tandis que les ventes françaises à l'Argentine sont plus diversifiées, avec notamment des produits automobiles, d'autres biens d'équipement, des produits intermédiaires et un peu de produits de consommation. Il est à noter que le poids de l'automobile est considérable, puisque ce secteur représente environ un tiers des exportations françaises en Argentine.

La période post-crise a été marquée par une décrue assez forte du stock d'investissements des entreprises français en Argentine. La reprise est progressive et relativement lente, à des niveaux très inférieurs à ceux qui avaient été atteints durant la décennie 1990.

L'économie argentine est maintenant repartie sur un trend de croissance. Il est tout à fait possible que cette croissance atteigne 6 % en 2010. Le commerce extérieur est également en forte croissance.

Malgré tout cela, trois sujets importants restent posés. Le premier concerne la forte augmentation des dépenses publiques depuis 2003. Les subventions ont été accrues de manière considérable. Il est clair que cette évolution des dépenses publiques de 30 à 40 % par an depuis sept ans ne pourra pas se poursuivre éternellement.

Le deuxième sujet important est celui de l'inflation. L'accélération actuelle se double d'un problème de mesure. Clairement, il faut de la sincérité sur ce sujet. L'accélération de l'inflation est auto-entretenue par les négociations salariales. Il s'agit d'un sujet vraiment important, même s'il ne figure pas au premier plan des préoccupations du gouvernement actuel.

Enfin, le troisième sujet a trait à l'insertion économique internationale du pays.

Sur le plan commercial, les échanges franco-argentins ont fortement baissé en 2009. Inversement, ils augmentent en 2010. Tout cela est lié à la crise. Néanmoins, il existe des difficultés commerciales à l'entrée.

Au-delà de l'automobile et du secteur agro-alimentaire, l'énergie est un autre secteur porteur de l'économie argentine. En la matière, il existe des niches intéressantes - transport du gaz, regazéification. La relance du programme nucléaire est clairement un objectif du gouvernement actuel. Aujourd'hui, l'Argentine rencontre des problèmes de disponibilité du gaz. Il faudra donc accélérer la construction de nouvelles capacités. Enfin, l'économie argentine est mure dans sa diversité et son système de distribution.

Le 1er janvier 2011, Ubifrance ouvrira un bureau économique en Argentine. Cette structure sera consacrée spécifiquement à l'information sur les marchés et à la promotion des entreprises, des techniques et des produits français.

Madame Idrac, secrétaire d'Etat au Commerce extérieur, se rendra en visite en Argentine du 22 au 24 juillet prochain. Une délégation d'entreprises françaises l'accompagnera. Deux coups de projecteurs seront donnés sur les secteurs de l'automobile et de l'agro-alimentaire. Je ne peux qu'inciter les entreprises intéressées à d'ores et déjà se manifester. Nous aurons l'occasion de leur ménager les meilleurs contacts et de leur offrir les meilleures informations.

Pour finir, je voudrais vous dire à quel point l'Argentine est accueillante. Il serait dommage de s'en priver. Avec la communauté française des affaires et nos amis argentins, nous nous sommes organisés pour accueillir les nouveaux arrivants au sein de différentes associations.

Jean-Bernard LEMIRE,
Président de la section Argentine des CCEF

Mon propos concernera les contentieux qu'ont pu connaître les entreprises françaises en Argentine. Les grands litiges impliquant Suez et Total continuent. Heureusement, cela n'empêche pas les autres entreprises françaises de faire des affaires.

Deux secteurs ont quitté l'Argentine : celui de la banque et celui des opérateurs de service public. Le Crédit Agricole a mis fin à ses affaires du jour au lendemain. La Société Générale est ensuite partie en 2005. La BNP Paribas a mis fin à ses activités de dépôt en début d'année. Dans le secteur des services publics, les entreprises ont d'abord crû que le gel des tarifs décidé par le gouvernement argentin serait une mesure provisoire. Cela n'a pas été le cas.

Depuis 2001, l'essentiel des banques et des opérateurs de service public français ont donc quitté l'Argentine. A l'inverse, les Espagnols sont restés. Par ailleurs, le gouvernement argentin a instauré un mode de gouvernance ad hoc dans lequel la raison d'Etat s'impose. Jusqu'à maintenant, l'Argentine a refusé d'exécuter les arbitrages internationaux qui ont été rendus.

Des entreprises comme Renault, Total et Carrefour sont restées en Argentine. D'autres les ont rejointes. Ces entreprises sont confrontées à deux types de difficulté : l'inflation et le mode de gouvernance, ce dernier conduisant parfois à la mise en oeuvre de règles non-écrites. Pour autant, aucune entreprise n'envisage de quitter l'Argentine. Ce pays est une plate-forme à partir de laquelle il est possible d'attaquer les marchés locaux, régionaux et mondiaux. De plus, ces entreprises ont réussi à conduire des équipes de management extrêmement solides qui savent réagir avec rapidité aux grandes turbulences que connaît parfois l'Argentine.

Ce pays, comme beaucoup d'autres, traverse des difficultés, avec des tensions sociales et salariales qui s'exacerbent et une élection présidentielle qui approche. Pour autant, les fondamentaux de l'Argentine sont infiniment meilleurs que par le passé.

Peu d'entreprise françaises se sont installées en Argentine ces dernières années, mais celles qui l'ont fait ont réussi à développer leur business de manière satisfaisante. Dans le domaine énergétique, les cadres réglementaires sont trop volatiles pour financer des investissements privés.

Au final, l'Argentine a vécu un mouvement pendulaire extrêmement intéressant entre le libéralisme des années 90 et le national-populisme de ces dernières années.

III. Echanges

Philippe LECAPLAIN, journaliste

Un certain nombre d'entreprises françaises agissent en justice ou sollicitent des arbitrages internationaux. Que font les autorités argentines pour donner envie aux entreprises françaises de faire des affaires dans leur pays ?

Jean-Bernard LEMIRE, Président de la section Argentine des CCEF

Dans le secteur des services publics, que j'ai bien connus, des décisions politiques font que l'Etat considère que dans certains secteurs, c'est lui qui doit intervenir.

Philippe LECAPLAIN

Quels secteurs sont devenus les moins rentables ?

Jean-Bernard LEMIRE, Président de la section Argentine des CCEF

Les années 90 sont très critiquées aujourd'hui, mais elles s'étaient pourtant caractérisées par la mise en place de cadres régulatoires extrêmement clairs. Ces cadres ont été démantelés. Aujourd'hui, il me semble que le secteur industriel prend sa revanche sur le secteur public.

Son Exc. Jean-Pierre ASVAZADOURIAN, Ambassadeur de France en Argentine

Dans le domaine du transport urbain, une conférence internationale se tiendra au mois d'octobre. Ce moment devrait permettre d'évaluer les potentialités et les possibilités du pays.

De la salle

Je suis à la direction générale d'une PME française. Nous sommes en Argentine depuis les années 70, à présent à partir d'une plate-forme industrielle basée au Chili. Aujourd'hui, l'Argentine exporte très peu son vin. Il existe un projet commun absolument exceptionnel entre les viticulteurs français et leurs homologues argentins. Ce lien doit être renforcé. Or ce qui a été dit sur le secteur bancaire fragilise les entreprises argentines qui souhaitent exporter.

Son Exc. Jean-Pierre ASVAZADOURIAN, Ambassadeur de France en Argentine

Il existe une tradition viticole très ancienne dans ce pays. Depuis dix ans, le secteur viticole est en pleine expansion. Des contacts se développent avec les collectivités locales françaises.

De la salle

Je travaille pour Alstom, mais je ne suis pas du tout un spécialiste de l'Argentine. Ce pays est-il compétitif pour l'offshoring de services partagés ?

Jean-Bernard LEMIRE, Président de la section Argentine des CCEF

Une étude réalisée l'an dernier démontre que l'impact de 15 postes administratifs délocalisés de la France vers l'Argentine est de 1 million d'euros en bottom line. Il est de 1 million de dollars des Etats-Unis vers l'Argentine. L'inflation des salaires, à taux de change fixe, fait que cet avantage s'érode.

IV. La situation économique et la présence française au Paraguay et en Uruguay

Son Exc. Gilles BIENVENU,
Ambassadeur de France au Paraguay

Vu de France, le Paraguay est quasiment invisible. Il s'agit pourtant d'un pays grand comme l'Espagne. Aujourd'hui, le Paraguay est davantage dans la mouvance du Brésil que dans celle de l'Argentine. Il est souvent vu comme une puissance agricole. Pourtant, 45 % de son activité relève du secteur des services. Le Paraguay est le principal exportateur d'énergie électrique du continent latino-américain. Sa monnaie est stable, son inflation contrôlée et sa dette publique parmi les plus faibles.

Le Président paraguayen a très vite été catalogué comme un alter-ego de Chavez. Il a été porté au pouvoir par une coalition extrêmement vaste, mais minoritaire au Congrès, ce qui l'empêche de passer un certain nombre de réformes. Le gouvernement actuel est sans expérience de gouvernement, et l'opposition sans expérience d'opposition. Cela explique que les deux premières années aient été difficiles.

En tout cas, le Président paraguayen n'a pas rejoint la mouvance chaviste en Amérique du Sud. D'ailleurs, Chavez a placé une véritable bombe à retardement sous ses pieds quinze jours avant qu'il n'arrive au pouvoir avec la renégociation à la hausse d'une dette. Le nouveau régime est peut-être populiste, mais il n'est pas dans la mouvance chaviste. Il s'évertue à mettre en phase le Paraguay avec son époque.

La présence de la France au Paraguay n'est pas anecdotique. De nombreux véhicules français circulent à Asunción. Les parfums français sont très présents. Les secteurs de la pharmacie et des services aux hôpitaux sont également en vue.

Le volume des exportations françaises au Paraguay est extrêmement modeste, mais il est en forte croissance. La hausse a atteint 35,5 % en 2008. L'année 2009 a été une année de récession, non pas en raison de la crise financière, mais à cause de la sécheresse. Malgré cela, les exportations françaises ont continué de croître.

Les investissements français au Paraguay sont probablement d'environ 150 millions d'euros. Les perspectives sont liées au retard que connaît le Paraguay en matière d'infrastructures. Il existe un grand projet de construction d'une ligne électrique financé par le Brésil. Il existe également des projets dans les domaines de l'eau, du traitement des déchets ou du transport ferroviaire.

Le Ministre de la Défense du Paraguay s'est récemment rendu en France. La Direction Générale de l'Armement s'est rendu à plusieurs reprises à Asunción. Des entreprises françaises s'intéressent aux secteurs des mines et du pétrole. Plus anecdotique, un hôtel Ibis doit bientôt ouvrir à Asunción.

Les obstacles restent importants. Il s'agit notamment de l'instabilité juridique, de la corruption ou encore de la lenteur des processus de décision dans l'attribution des marchés publics. Les difficultés de mise à disposition de l'énergie électrique sont un frein quotidien au développement industriel. Néanmoins, le Paraguay devrait afficher un taux de croissance de 6 % en 2010.

La France et le Paraguay coopèrent dans le domaine scientifique, dans l'éducation, dans la coopération militaire, dans l'agriculture et dans la justice.

Philippe CRISTELLI,
Conseiller financier,
Service Économique Régional pour le Cône Sud

L'économie brésilienne est devenue de plus en plus importante dans le Mercosur. L'Argentine a une dimension moyenne. Le Paraguay et l'Uruguay présentent deux économies de dimension plus réduite. Néanmoins, le PIB par habitant de l'Uruguay est supérieur à celui de l'Argentine.

Les perspectives de croissance sont relativement bonnes, tant au Paraguay qu'en Uruguay. De 2005 à 2009, la croissance de l'Uruguay avait été importante.

Les indicateurs sociaux sont très bons en Uruguay et moins bons au Paraguay. Les inégalités sont moins marquées en Argentine et en Uruguay, pays qui possèdent des classes moyennes importantes.

Le Paraguay et l'Uruguay ont des niveaux d'inflation limités. En Argentine, le fort niveau d'inflation s'explique d'une part par l'inadéquation entre l'offre et la demande et d'autre part par une forte croissance des dépenses publiques.

Le soja, l'énergie hydroélectrique et les activités de réexportation sont les trois principes sources d'exportation du Paraguay. Le déficit du commerce extérieur ne représente donc pas la réalité. L'Uruguay a accompli des efforts de diversification très importants dans le domaine de la cellulose. De plus, le tourisme compense largement le déficit commercial.

Les finances publiques du Paraguay ont été considérablement assainies depuis 2003. Le budget est en relatif équilibre. La dette externe totale est égale à 24 % du PIB. En Uruguay, le poids de l'Etat est plus important. Le déficit des finances publiques est limité. La dette publique a été ramenée à 65 % du PIB.

Les investissements directs étrangers sont plus limités en Argentine, en Uruguay et au Paraguay qu'au Brésil ou au Mexique. Les IDE représentent 8 % des investissements en Uruguay et 19 % au Paraguay.

L'Uruguay est bien classé à l'indice de perception de la corruption. Les autres pays de la zone sont moins bien classés.

Enfin, la France est le 23e client et le 8e fournisseur en Argentine, ainsi que le 6e client et le 4e fournisseur au Paraguay.

L'Argentine qui gagne

I. Introduction

Marcelo ELIZONDO,
ancien Président de la Fondation « Export Ar » (Agence de promotion des exportations)
et Directeur général de DNI Conseil

L'Argentine a amélioré la qualité de ses institutions. Il y a dix ans, nous avons vécu une crise terrible. Elle a favorisé une croissance économique durable. Les élections de l'année prochaine amélioreront probablement les institutions pour tous les acteurs du pays.

Certains secteurs ont été gagnants. Le secteur agro-alimentaire est le secteur le plus compétitif. L'Argentine est l'un des principaux producteurs de céréales au monde. Plus de 80 % de la récolte est transportée par la route. Des services financiers doivent accompagner cette production agricole. La production est beaucoup plus grande que la consommation intérieure.

Sur le plan économique, les Argentins savent entreprendre. Il y a 650 000 entreprises, majoritairement petites et moyennes. Il existe des opportunités d'investissement pour accompagner la croissance. Je travaille avec des entreprises de différentes branches, notamment dans le design, qui ont besoin de partenaires internationaux. L'Argentine a connu une grande croissance exportatrice au cours des dernières années. Il existe 14 000 entreprises exportatrices en Argentine.

La crise économique a touché l'Argentine par la voie commerciale, pas par la voie financière. Même au pire moment de la crise, les entreprises argentines de produits manufacturés ont su absorber la chute des prix et ne pas diminuer leurs volumes d'investissements.

L'Argentine aura besoin d'investissements dans les infrastructures. Nous devons améliorer nos routes. L'énergie - renouvelable et alternative - ne doit pas non plus être oubliée. L'Argentine est un pays très ensoleillé et très venteux.

Le secteur du tourisme a permis d'accroître les revenus. Il représente 8 % du PIB. Entre cette année et l'année prochaine, 5 millions de touristes auront visité l'Argentine.

Le système bancaire argentin est très solide. Les comptes fiscaux du pays sont corrects. Les liens que l'Argentine entretient avec le monde permettent de prévoir une forte capacité de croissance.

Les affaires les plus importantes de ces dernières années proviennent d'Amérique latine. Le commerce entre pays émergents est maintenant plus important, en termes nominaux, que le commerce entre les pays émergents et les pays développés. Les trois principales destinations des exportations argentines sont le Brésil, le Chili et la Chine.

Evidemment, les défis sont nombreux. Des corrections devront être apportées. Je suis optimiste. Notre expérience d'une grande croissance économique ces dernières années nous permettra d'effectuer des sauts qualitatifs. L'Argentine se positionne comme une plate-forme d'échanges avec le monde.

Néanmoins, l'inflation est trop élevée. C'est un problème qu'il faut résoudre. De même, il faut encourager les investissements nationaux et internationaux. Les pays émergents ont des opportunités. La somme de connaissance et les ressources humaines qui existent en Argentine sont des avantages pour développer le commerce et l'investissement. De nombreux étrangers étudient en Argentine.

Je n'ignore pas les problèmes que nous avons vécus et les défis que nous devrons surmonter, mais je pense qu'il existe de très nombreuses opportunités en Argentine.

II. Le secteur agricole : la filière céréalière et ses opportunités pour les entreprises françaises

Martin FRAGUIO,
Directeur général, Association MAIZAR (interprofession du maïs argentin)

Notre association réunit des producteurs de maïs. En Argentine, ce concept n'est pas très répandu.

La chaîne de valeur se compose de cinq maillons : d'abord celui de la recherche, de la science et de la technologie, ensuite les entreprises qui s'occupent des processus des produits, puis les producteurs agricoles - aussi bien individuels qu'en association -, les institutions - bourses de commerce, bourses agricoles, exportateurs, éleveurs - et enfin la transformation.

L'Argentine a connu plusieurs crises économiques et financières, certaines très graves, d'autres moins. Ces crises ont créé un sentiment d'auto-sauvegarde. Les filières sont très importantes pour surmonter cette barrière mentale. Tous les secteurs publics et privés doivent partager les mêmes objectifs.

Les régions semées en maïs sont en décroissance. Nous devons modifier notre culture. La demande d'exportation est très importante. Notre association cherche à définir des concepts. L'Argentine doit-elle développer les zones semées de maïs ou doit-elle les limiter ? Il faut améliorer les éco-systèmes et les variétés de céréales dans les zones agricoles.

L'Argentine est un pays où le chômage et le niveau de pauvreté sont assez élevés. La chaîne des valeurs doit être un moteur pour résoudre ces problèmes de société.

Il est important d'assurer la transparence des marchés. De grandes interférences se sont produites ces dernières années. Nous avons besoin de marchés qui fonctionnement efficacement.

Nous nous sommes également interrogés sur le développement des infrastructures. Nous avons besoin d'un accès aux financements. Or les taux d'intérêt sont très élevés. Nous croyons que dans le monde moderne, la recherche et l'innovation doivent être la base des changements futurs. A cet égard, nous voyons la France comme un modèle.

Nous avons parlé avec chacun des acteurs représentés au sein de notre association pour nous enquérir de leur vision du futur. Dans le secteur de la viande bovine, principal consommateur de céréales fourragères, il est possible de passer de 3 millions à 5 millions de tonnes en dix ans, entre 2007 et 2017. Le secteur laitier est également très important. Du fait de la succession des crises, l'Argentine est un pays qui a arrêté de planifier l'avenir. Il est donc difficile de trouver des secteurs capables de se projeter. Le secteur laitier l'a fait. Il souhaite multiplier sa production de lait en deux ans. Le secteur porcin souhaite augmenter la consommation interne. Le secteur avicole affiche un taux de croissance de quasiment 10 % depuis 1990. Il envisage d'être un petit exportateur d'ici dix ans. Le secteur de la mouture sèche pense également qu'il peut avancer. Dans le cas de la mouture humide, de grands investissements sont en cours de réalisation. Enfin, le secteur du biogaz pourrait être développé.

Les biocombustibles n'ont pas démarré, mais les intentions d'investissements existent. Les gouvernements provinciaux sont intéressés par des aides. Ils souhaitent que leurs territoires soient considérés comme des opportunités.

Chaque maillon doit être le plus compétitif possible. L'esprit de filière doit être l'axe central de notre travail. Il est fondamental de mettre en place une stratégie public-privé afin de construire de nouvelles chaînes de valeurs et de se protéger de l'adversité.

III. Le secteur agricole, l'Argentine, une priorité pour Louis Dreyfus

Silvia TAUROZZI,
Présidente de Louis Dreyfus Argentina

Louis Dreyfus est un groupe privé présent dans plus de 55 pays qui emploie environ 40 000 personnes. Il dispose de 11 plates-formes principales de produits agricoles. Nous sommes présents dans toute la chaîne : nous cultivons, nous semons, nous stockons et nous exportons. 80 % des volumes que nous manipulons proviennent des pays émergents.

En 2050, la planète aura 9 milliards d'habitants. Les villes augmenteront de près de 50 %. Près de 70 % de la population vivra en ville. Il en résultera une croissance de la demande d'aliments. Pendant les quarante prochaines années, cette demande doublera. L'Amérique latine a un rôle fondamental. La technologie s'améliorera. L'Amérique du Sud est l'une des zones du monde qui se développera le plus.

En Argentine, nous sommes le troisième exportateur de produits agricoles. Nous avons plusieurs usines de stockage. En Uruguay, nous sommes le principal exportateur d'oléagineux. Au Paraguay, nous avons également des plantations de coton et nous travaillons le soja.

Le groupe Louis Dreyfus est présent en Argentine depuis 1895, en Uruguay depuis 2003 et au Paraguay depuis 2004. Les oléagineux sont au centre de nos activités.

Les deux dernières années, le secteur a connu un conflit très important, qu'il essaie maintenant de résoudre. Ce conflit s'est doublé de la sécheresse la plus importante depuis cinquante ans. Cette année, les récoltes seront en croissance. Le blé et le maïs ont perdu du terrain face aux oléagineux. Il faut recomposer toutes ces productions. Le régime des exportations aide à cette reprise. L'Argentine affiche une capacité de reprise et de récupération très développée. Le contexte mondial est très favorable. L'Argentine gagne la confiance d'autres pays.

Nous cultivons environ 60 % des terres arables. De nouvelles zones dont découvertes tous les jours. La manière dont les gouvernements provinciaux comptent développer leur agriculture soulève quelques questions.

L'Argentine possède de grands avantages compétitifs, avec d'importantes ressources en eau, un secteur privé très compétitif et des coûts de transport réduits. Elle souhaite maintenir et améliorer ses positions dans les pays du Cône Sud. Les investissements se poursuivront dans les processus de fabrication. Des ports continueront d'être construits en eaux profondes. Les fertilisants et le commerce du riz doivent être développés. Enfin, le secteur de la viande et le secteur laitier affichent d'importantes potentialités.

IV. Le secteur automobile : l'Argentine, un axe stratégique pour le groupe Renault

Dominique MACIET,
Président de Renault Argentina

Les investissements sont habituellement très importants dans le secteur de l'automobile. Ils doivent donc être appréciés sur la durée. Par le passé, les constructeurs argentins étaient seulement orientés sur la production nationale. Aujourd'hui, plus de 60 % de la production est exportée. A moyen terme, cette part montera à 85 %.

Aujourd'hui, l'industrie automobile emploie environ 80 000 personnes - 160 000 avec le réseau commercial. Les ventes ne sont financées qu'à 30 % par le crédit à la consommation. C'est ce qui explique que le marché argentin ne soit pas aussi développé qu'il devrait l'être. Les capacités installées - 1 million de véhicules - sont utilisées à 52 %.

Le tissu de fournisseurs est relativement réduit depuis 2002, du fait d'un manque d'investissements et de la chute du marché à 100 000 véhicules. Néanmoins, l'Argentine a pour ambition de se situer parmi les vingt-cinq premiers producteurs mondiaux de véhicules.

La production a suivi l'évolution du marché. De plus en plus, les exportations sont le moteur de l'industrie locale ; 74 % des exportations argentines vont vers le Brésil, mais un rééquilibrage s'opère vers le Mexique. Cette dépendance envers le Brésil est un problème de fond à résoudre dans les prochaines années. L'Amérique latine est un marché très vaste. Excepté le Venezuela, les autres marchés de la région sont en cours d'intégration.

Le marché automobile - toutes marques confondues - devrait atteindre 600 000 véhicules en 2010, puis 680 000 en 2015. L'instabilité économique et le développement du crédit sont les deux principaux freins à une meilleure croissance. Par manque de confiance, les Argentins sont faiblement bancarisés. Le marché automobile est étroitement corrélé avec le PIB et la confiance.

Fin 2011, l'Argentine devra résoudre son problème d'inflation. Son potentiel est d'un million de véhicules. Il existe donc une grande réserve de croissance sur ce marché. Le tissu de fournisseurs est trop faible. Cela génère un déficit de la balance commerciale du secteur automobile. Un plan est en cours d'élaboration. Il est important de favoriser l'installation de fournisseurs et d'équipementiers en Argentine. Il ne faudrait pas que nous nous retrouvions dans une impasse d'ici cinq à dix ans.

Renault Argentine est une entreprise de 3 500 personnes. Renault vise une part de marché de 15 % à l'horizon 2015. Les leaders actuels sont Volkswagen et General Motors. Le niveau d'exportation est prévu à 40 000 véhicules en 2010. En 2015, les deux tiers de la production devraient être exportés. Renault a investi 128 millions de dollars sur deux ans afin de moderniser l'outil industriel et se doter de nouvelles capacités de production. Présent en Argentine depuis 1955, Renault possède des capacités d'autofinancement.

L'Argentine est stratégique pour Renault car il s'agit d'un marché de 600 000 à 700 000 véhicules. Ce marché ira vers le million de véhicules. Il existe peu de doutes sur le sujet. Renault est présent dans toute l'Amérique latine. Les plates-formes véhicules ne s'y font pas concurrence. Ainsi, la Clio est produite en Argentine pour l'ensemble du Mercosur. Renault fournit tous les grands marchés d'Amérique latine. Les installations actuelles seront saturées car ce marché croîtra dans les années futures.

L'Argentine est une opportunité pour les équipementiers. Travaillé dans la durée, il s'agit d'un marché rentable. Ces derniers temps, l'ingénierie tend de plus en plus à être déconcentrée du Brésil vers l'Argentine, à la fois pour une question de qualité de la main d'oeuvre et pour une question de prix.

V. Echanges

De la salle

Je suis directeur général d'une petite entreprise française spécialisée dans les nouvelles solutions de biocontrôle pour l'agriculture. Comment collaborer avec l'Argentine sur ces nouvelles solutions de biocontrôle qui permettent de limiter les intrants ?

Martin FRAGUIO, Directeur général, Association MAIZAR (interprofession du maïs argentin)

Le gouvernement travaille à l'élaboration de plans stratégiques pour développer le secteur agricole en Argentine. Tous les sujets seront traités. C'est le bon moment pour développer le biocontrôle entre les deux pays.

Philippe LECAPLAIN

Les pays du Cône Sud offrent-ils des opportunités pour les petites et moyennes entreprises ?

Marcelo ELIZONDO, ancien Président de la Fondation « Export Ar » (Agence de promotion des exportations) et Directeur général de DNI Conseil

Oui. Enormément de petits acteurs interviennent dans le secteur laitier. Des collaborations avec des entreprises françaises seraient les bienvenues.

De la salle

Je suis président d'une grosse PME implantée depuis peu de temps en Argentine. Il s'agit d'un pays très accueillant, avec des techniciens et des juristes de bon niveau. Les services sont également très accueillants. L'environnement est très profitable. En revanche, une question se pose sur les possibilités d'exportation dans les autres pays, et pas seulement le Brésil.

Dominique MACIET, Président de Renault Argentina

Il est impossible de s'installer en Argentine en ne pensant qu'au marché national. Il faut penser Amérique latine. L'Argentine est encore un pays à bas coûts, alors que le Brésil est devenu un pays à coûts élevés.

Son Exc. Luis URETA SAENZ PENA, Ambassadeur d'Argentine en France

Quelle est la part de la masse salariale dans le coût d'un véhicule ?

Dominique MACIET, Président de Renault Argentina

Cette part est de 4 à 5 %.

Son Exc. Luis URETA SAENZ PENA, Ambassadeur d'Argentine en France

Quel est le coût horaire, charges comprises, de la main d'oeuvre en Argentine ?

Dominique MACIET, Président de Renault Argentina

Il est de 9 à 10 euros. Le prix horaire d'un ingénieur en Argentine est très compétitif. Voilà pourquoi Renault envisage d'accroître son ingénierie dans ce pays.

De la salle

Comment voyez-vous les évolutions des taxes douanières dans les années à venir ? Aujourd'hui, il est compliqué d'exporter du Chili vers l'Argentine.

Dominique MACIET, Président de Renault Argentina

Dans le secteur automobile, le Chili est un marché d'exception. C'est le marché test mondial de la compétitivité d'un constructeur automobile. Les droits de douane entre l'Argentine et le Brésil sont à 0 %. Ils sont à 0 % entre l'Uruguay et ses partenaires du Mercosur. La Colombie les fait progressivement baisser. A terme, tous les marchés seront à 0 %, excepté au Venezuela. Le Mexique est déjà devenu un marché libre. Le marché chilien est un peu à part car très ouvert sur le reste du monde.

De la salle

L'Argentine est le troisième exportateur d'OGM au monde. Quelles sont les perspectives ?

Silvia TAUROZZI, Présidente de Louis Dreyfus Argentina

L'Argentine produit des variétés d'oléagineux approuvées par les consommateurs finaux. C'est également le cas pour le maïs. La part des céréales qui ne sont pas génétiquement modifiées se réduit. Ce sujet ne se développe pas vraiment au Paraguay.

Silvia TAUROZZI, Présidente de Louis Dreyfus Argentina

La campagne pour la nouvelle récolte débute. L'huile qui doit être envoyée en Chine s'exporte à partir du Brésil et des Etats-Unis. La Chine représente 33 % des exportations de soja.

Clôture des débats

Yves de RICAUD
Chef du Service Economique Régional pour le Cône Sud, Ministre Conseiller à l'Ambassade de France en Argentine

Merci à tous nos intervenants. J'ai appris beaucoup de choses positives. Il a beaucoup été question de crises à propos de l'Argentine. Dans la période que nous vivons, il faut relativiser ce qu'a été la crise en Argentine et ce qu'elle peut être ailleurs. Nous avons des interrogations sur l'économie argentine. Néanmoins, il s'agit d'une économie en très forte croissance, avec des coûts extrêmement compétitifs. Il faut vraiment insister sur ce point.

La situation économique de l'ensemble de la région est plutôt bonne. Il existe de l'intégration régionale. Même un équipementier doit raisonner en termes d'intégration régionale pour pénétrer l'ensemble de l'Amérique latine. Dans le domaine agricole, Louis Dreyfus est intégré dans la région. Les gouvernements sont obligés de suivre.

Nous nous équiperons pour mieux répondre aux demandes des PME. L'ouverture d'un bureau Ubifrance répond essentiellement à cet objectif. L'Argentine est elle-même une économie de PME. Il existe des PME argentines à racheter, avec de la technologie et du savoir-faire. D'ailleurs, tous les intervenants qui se sont succédé sont à votre disposition. N'hésitez pas à vous adresser à eux.

Document rédigé par la société Ubiqus - Tél. 01.44.14.15.16 -
http://www.ubiqus.fr - infofrance@ubiqus.com